{"id":78606,"date":"2019-04-30T17:56:26","date_gmt":"2019-04-30T17:56:26","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/04\/30\/en-attendant-de-gaulle\/"},"modified":"2019-04-30T17:56:26","modified_gmt":"2019-04-30T17:56:26","slug":"en-attendant-de-gaulle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/04\/30\/en-attendant-de-gaulle\/","title":{"rendered":"En attendant de Gaulle"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">En attendant de Gaulle<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>30 avril 2019 &ndash; Je vais compl\u00e9ter le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/1969-de-gaulle\">texte de ce jour<\/a> sur de Gaulle, d&rsquo;une plume britannique et n\u00e9anmoins gaulliste, par un extrait d&rsquo;un projet litt\u00e9raire jamais termin\u00e9e, et encore moins publi\u00e9, comme mes armoires regorgent. Le projet se nommait (j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 mon titre) <em>La parenth\u00e8se monstrueuse<\/em>, et j&rsquo;en ai d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 des extraits \u00e0 deux reprises : une fois concernant la <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/cannes-au-soleil-noir-de-la-beat-generation\">Beat Generation<\/a> <\/em>et l&rsquo;autre fois concernant <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/archives-phg-3-les-ombres-de-raymond-aron\">Raymond Aron<\/a>. Pour ne vous faire gr\u00e2ce d&rsquo;aucun d\u00e9tail, voici une reprise (du texte de pr\u00e9sentation du passage sur Raymond Aron, qui \u00e0 mon sens vaut le d\u00e9tour), explicitant de quoi il est question avec ce projet datant de 2005-2006 et d\u00e9j\u00e0 men\u00e9 assez loin, avant que je ne divergeasse vers un projet plus vaste qui incluait des \u00e9l\u00e9ments de <em>La parenth\u00e8se <\/em>et allait nous conduire vers <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire&hellip;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip;<em>Ce projet avait un titre, La parenth\u00e8se monstrueuse, dont on retrouve les orientations fondamentales dans une partie de La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire. (Rien n&rsquo;est donc jamais perdu tout \u00e0 fait.) La \u00ab\u00a0parenth\u00e8se\u00a0\u00bb en question va de 1933 \u00e0 1989-1991 et son interpr\u00e9tation se fonde sur l&rsquo;id\u00e9e que le grand \u00e9v\u00e9nement du XX\u00e8me si\u00e8cle fut la Grande Guerre, dont la signification fut en bonne partie comprise et \u00e9tudi\u00e9e dans l&rsquo;entre-deux, \u00e0 peu pr\u00e8s jusqu&rsquo;en 1933, quand tout bascula soudain dans la mainmise des id\u00e9ologies sur la politique du monde. D\u00e8s lors, l&rsquo;orientation de la r\u00e9flexion ne fut plus consacr\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 cet affrontement catastrophique des id\u00e9ologies, qui \u00e9carta l&rsquo;essentiel que nous avait inspir\u00e9 la Grande Guerre, lorsque nous \u00e9tions proches de la v\u00e9rit\u00e9 fondamentale de notre temps historique. Cette \u00ab\u00a0parenth\u00e8se\u00a0\u00bb vit donc, d&rsquo;une part, le paroxysme et l&rsquo;effondrement catastrophique de la dynamique allemande qui avait \u00e9t\u00e9 chronologiquement la premi\u00e8re \u00e0 prendre sous son aile la dynamique du \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_cha_nement_de_la_mati_re__05_11_2012.html\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00ab\u00a0, ou plut\u00f4t avait \u00e9t\u00e9 choisie par elle pour la repr\u00e9senter dans l&rsquo;histoire du monde ; et, d&rsquo;autre part, le courant am\u00e9ricaniste, d\u00e9j\u00e0 fort bien pr\u00e9par\u00e9, qui prit le relais \u00e0 son compte et nous mena au terme de la parenth\u00e8se (en 1989-1991) pour en \u00e9merger dans la position qu&rsquo;on sait et pour devenir d\u00e9finitivement l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment fondateur et nourricier de la catastrophe universelle qu&rsquo;est notre \u00e9poque de Grande Crise g\u00e9n\u00e9rale. <\/em>&raquo; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit ici de donner un extrait de ce texte, concernant la p\u00e9riode de la Guerre froide, et dans celle-ci l&rsquo;\u00e9volution de la France. L&rsquo;extrait m\u00e9lange la IV\u00e8me R\u00e9publique et la V\u00e8me R\u00e9publique avec l&rsquo;arriv\u00e9e de De Gaulle, en se concentrant sur les relations de la France avec les USA. Il s&rsquo;agit de montrer une certaine constance dans le destin fran\u00e7ais et les grands caract\u00e8res de cette nation, que ce soit dans la m\u00e9diocrit\u00e9 de la IV\u00e8me R\u00e9publique des partis (\u00ab\u00a0en partie\u00a0\u00bb r\u00e9habilit\u00e9e \u00e0 cette occasion) autant que dans la gloire de la V\u00e8me du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Il s&rsquo;agit de montrer \u00e9galement, &ndash; et cela avec mon propre t\u00e9moignage car j&rsquo;ai v\u00e9cu ce changement, &ndash; le paradoxe tout \u00e0 fait remarquable d&rsquo;une France soudain en plein vertige d&rsquo;am\u00e9ricanisation psychologique, culturelle et des m&oelig;urs, en m\u00eame temps que pr\u00e9sidait l&rsquo;homme le plus oppos\u00e9 \u00e0 un tel processus qui constituait n\u00e9cessairement une agression contre la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise. Au contraire, la France de la m\u00e9diocre IV\u00e8me R\u00e9publique avait su montrer une certaine r\u00e9silience dans sa r\u00e9sistance aux pressions am\u00e9ricanistes. Ces deux paradoxes sont par ailleurs, bien entendu, le reflet de la force des pressions de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et de son am\u00e9ricanisation, &ndash; beaucoup plus fortes au niveau des psychologies et des m&oelig;urs dans les ann\u00e9es 1960<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est pour cette raison que je reprends le passage d&rsquo;hier, dans <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/1969-de-gaulle\">la courte pr\u00e9sentation<\/a> du texte de Neil Clark :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Effectivement, la question se pose : \u00ab\u00a0Dieu sait ce qu&rsquo;aurait pu faire un homme d&rsquo;Etat comme &lsquo;le G\u00e9n\u00e9ral&rsquo; aujourd&rsquo;hui !\u00a0\u00bb La r\u00e9ponse ne serait-elle \u00eatre : sans doute n&rsquo;aurait-il pas pu faire grand&rsquo;chose, sinon, ce qui est fondamental, nous avertir solennellement que nous nous trouvons bien au c&oelig;ur de cette Grande Crise, &ndash; et puis, qui sait, se v\u00eatir au moins un instant d&rsquo;un Gilet-Jaune avant de regagner Colombey-les-Deux-&Eacute;glises<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Cela est \u00e9crit sur le ton de l&rsquo;ironie mais refl\u00e8te en v\u00e9rit\u00e9 une conviction : <strong>contre ce qui se passe, nul ne peut rien de d\u00e9cisif, de fondamental<\/strong>, aussi ne reste-t-il qu&rsquo;\u00e0 <strong>acc\u00e9l\u00e9rer la crise selon la conviction de la justesse de l&rsquo;\u00e9quation surpuissance-autodestruction<\/strong>. Ce que pr\u00e9tend montrer ce passage, outre la sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise, l&rsquo;exceptionnelle l\u00e9gitimit\u00e9 gaulliste, la justesse tactique de la politique suivie, c&rsquo;est <strong>l&rsquo;apparition des premiers signes de la Grande Crise G\u00e9n\u00e9rale que nous subissons aujourd&rsquo;hui<\/strong>&hellip; Mon id\u00e9e est \u00e0 cet \u00e9gard que le d\u00e9part en 1969 du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, qui est l&rsquo;objet d&rsquo;un si intense d\u00e9bat depuis 50 ans et aujourd&rsquo;hui encore tr\u00e8s vivement, avec des hypoth\u00e8ses r\u00e9volutionnaires pour ce qui regarde ses projets ou bien la th\u00e8se classique d&rsquo;un \u00ab\u00a0suicide politique\u00a0\u00bb (Mauriac, Malraux), est \u00e9galement la cons\u00e9quence <strong>d&rsquo;une intuition d&rsquo;un homme si proche de la m\u00e9tahistoire<\/strong>, qu&rsquo;on se trouvait devant <strong>une crise catastrophique qui emporterait la civilisation et contre laquelle il ne pourrait plus rien de fondamental<\/strong>. <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Voici donc ce texte, extrait de l&rsquo;impubli\u00e9e <em>Parenth\u00e8se monstrueuse<\/em>. Sauf en de tr\u00e8s rares occurrences, le texte n&rsquo;a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 ; aussi faut-il tenir compte du fait qu&rsquo;il a quasiment 15 ans d&rsquo;\u00e2ge (\u00e9crit en 2005-2006), et <strong>s&rsquo;il est bien sign\u00e9 PhG on acceptera l&rsquo;id\u00e9e que certaines opinions et appr\u00e9ciations de PhG ont \u00e9volu\u00e9, parfois rondement, durant ces quinze ann\u00e9es<\/strong>&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>PhG (le vrai, celui de 2019)<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">De la m\u00e9diocre IV\u00e8me \u00e0 la glorieuse V\u00e8me<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je me lasse si peu de citer cette anecdote que je la cite \u00e0 nouveau ici, apr\u00e8s l&rsquo;avoir fait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 diverses occasions. Il s&rsquo;agit de la remarque que fit le Roi Baudouin Ier de Belgique lorsqu&rsquo;il apprit la d\u00e9cision de retrait de la France de l&rsquo;Organisation int\u00e9gr\u00e9e de l&rsquo;OTAN en 1966, ce qu&rsquo;on qualifiait un peu cavali\u00e8rement et d&rsquo;une fa\u00e7on inappropri\u00e9e comme \u00ab\u00a0le retrait de la France de l&rsquo;OTAN\u00a0\u00bb, &mdash;  cette remarque de Baudouin enfin, pour dire sa d\u00e9sapprobation la plus intime et la plus profonde de l&rsquo;acte du G\u00e9n\u00e9ral : &laquo; <em>Je croyais que le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e9tait un bon Chr\u00e9tien&hellip;<\/em> &raquo; Cette remarque introduit l&rsquo;esp\u00e8ce de sentiment religieux d&rsquo;appartenance au monde am\u00e9ricaniste chez nombre d&rsquo;Europ\u00e9ens, et elle identifie ici d&rsquo;une fa\u00e7on assez plaisante le domaine o&ugrave; nous allons n\u00e9cessairement \u00e9voluer, si nous voulons comprendre la position fran\u00e7aise pendant la guerre froide, qui n&rsquo;est que le reflet de la substance m\u00eame de la nation fran\u00e7aise, &ndash; de la \u00ab\u00a0Grande Nation\u00a0\u00bb disons, pour mieux cerner le propos. Il ne suffit pas de parler d'\u00a0\u00bbind\u00e9pendance\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0souverainet\u00e9\u00a0\u00bb, l&rsquo;un et l&rsquo;autre relevant de l&rsquo;\u00e9vidence pour le cas fran\u00e7ais. Il faut comprendre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pr\u00e9cis\u00e9ment pendant cette p\u00e9riode de la parenth\u00e8se monstrueuse qui montre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la \u00ab\u00a0splendeur\u00a0\u00bb gaullienne, la France dans des situations de grande d\u00e9tresse et de profond malheur, d&rsquo;affaiblissement g\u00e9n\u00e9ral, de d\u00e9cadence affirm\u00e9e, de quelque c\u00f4t\u00e9 qu&rsquo;on prenne la France subsiste la singularit\u00e9 fran\u00e7aise. J&rsquo;ai r\u00e9cemment retrouv\u00e9 un de ces jugements r\u00e9v\u00e9lateurs, dans un livre \u00e9crit par un Britannique, Alexander Wreth, et publi\u00e9 en 1957, <em>La France depuis la guerre (1945-1957)<\/em>. Il s&rsquo;agit de cette p\u00e9riode o&ugrave; la France est au plus bas de l&rsquo;indignit\u00e9 qui parut marquer la IV\u00e8me R\u00e9publique, o&ugrave; elle semble soumise \u00e0 l&rsquo;influence am\u00e9ricaine dans les domaines essentiels. Wreth rapporte cette remarque d&rsquo;un professeur britannique de renom, qu&rsquo;il donne comme exemplaire de ce qu&rsquo;on pensait de la France, &laquo; <em>au d\u00e9partement d&rsquo;&Eacute;tat, au Foreign Office, dans les universit\u00e9s de Grande-Bretagne et d&rsquo;Am\u00e9rique, dans les salles de r\u00e9daction&hellip;<\/em> &raquo; : &laquo; <em>Il<\/em> [ce professeur]<em> pensait que la France, puissance relativement faible, aurait mieux fait de s&rsquo;aligner d\u00e8s le d\u00e9but sur Washington plut\u00f4t que de se donner de pr\u00e9tentieuses allures d&rsquo;ind\u00e9pendance et de mettre sans cesse des b\u00e2tons dans les roues de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/em>. &raquo; Plus loin, beaucoup plus loin dans son bouquin, \u00e0 peu pr\u00e8s au milieu du propos de l&rsquo;auteur, dans un chapitre o&ugrave; il r\u00e9sume cinq ann\u00e9es de IV\u00e8me R\u00e9publique (1945-50) et donne la mesure de l&rsquo;exceptionnelle m\u00e9diocrit\u00e9 des \u00e9quipes dirigeantes politiques fran\u00e7aises, apr\u00e8s nous avoir d\u00e9crit des politiques d\u00e9sastreuses et des attitudes pitoyables, apr\u00e8s nous avoir fait mesurer la bassesse de ces temps pour la France, Werth nous offre ce contre-pied sur lequel il faut revenir toujours, et que j&rsquo;explorerai plus loin : &laquo; <em>Et pourtant, malgr\u00e9 la m\u00e9diocrit\u00e9 de son personnel, la France continuait, &mdash; non pas gr\u00e2ce mais <strong>malgr\u00e9<\/strong> ses gouvernements &mdash; \u00e0 jouer un r\u00f4le important dans les affaires mondiales. Ce fut, historiquement, un des traits les plus importants de la IV\u00e8me R\u00e9publique.<\/em> &raquo; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Bien s&ucirc;r, je me permets de souligner le mot important : l&rsquo;Histoire de la France se r\u00e9sume par le mot \u00ab\u00a0malgr\u00e9\u00a0\u00bb, &mdash; qui signifie dans son extr\u00eame : \u00ab\u00a0contre la volont\u00e9 de\u00a0\u00bb, ce qui r\u00e9sume nombre de passages de cette Histoire, incompr\u00e9hensibles pour la seule raison, o&ugrave; la France s&rsquo;affirme \u00ab\u00a0malgr\u00e9\u00a0\u00bb, &mdash; \u00ab\u00a0malgr\u00e9 ses dirigeants\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0malgr\u00e9 les Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, et ainsi de suite sur la voie royale du paradoxe devenu presqu&rsquo;un oxymore.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip; \u00ab\u00a0Trait important\u00a0\u00bb \u00e9crit Werth, pas seulement de la IV\u00e8me, comme on ne l&rsquo;ignore pas. Les observateurs sensibles de la France ont toujours eu cette attitude qu&rsquo;on pourrait apparenter \u00e0 un r\u00e9flexe, comme la pr\u00e9monition d&rsquo;une n\u00e9cessaire m\u00e9thodologie pour ouvrir les portes du myst\u00e8re. Il importe d&rsquo;observer la France en tant que telle, comme la personne que Michelet, le premier d&rsquo;une fa\u00e7on si cat\u00e9gorique, avait distingu\u00e9e en elle. Il faut identifier, reconna&icirc;tre et percevoir cette personne, ce pays, le s\u00e9parer de ses dirigeants, de ses intellectuels dont la ligne de conduite est le d\u00e9faitisme, parfois des Fran\u00e7ais eux-m\u00eames. Accueillons cette m\u00e9thode classique et irr\u00e9futable pour juger de la France, m\u00e9thode aussi belle que son objet lui-m\u00eame, qui est de mettre le pays \u00e0 part. Le reste va et vient. Parfois, l&rsquo;une de ces r\u00e8gles annexes du va et vient est d\u00e9mentie et, par exemple, la vertu et la clairvoyance de tel ou tel dirigeant de la France rencontre la vertu transcendantale de la nation. Il y a alors comme un temps suspendu, un moment du temps qui domine le temps et rencontre l&rsquo;Histoire, une union miraculeuse de la terre et du Ciel. C&rsquo;est un \u00e9clair de lumi\u00e8re qui vous fait r\u00e9aliser que l&rsquo;ombre fran\u00e7aise n&rsquo;est jamais que l&rsquo;\u00e9cume de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;ent\u00eatement de la France \u00e0 \u00eatre la France est une ardeur venue des profondeurs, quand tout est sens dessus dessous et que les profondeurs s&rsquo;\u00e9clairent de la lumi\u00e8re qui ne peut \u00eatre que l&rsquo;En-Haut. Rien d&rsquo;autre n&rsquo;offre une raison et une inspiration d&rsquo;\u00eatre aussi parfaite \u00e0 l&rsquo;ent\u00eatement de cette nation, et cette perfection comble la raison. On en d\u00e9duit aussit\u00f4t, dans un \u00e9tat de bonheur complet de l&rsquo;esprit, que ce pays est la terre d&rsquo;\u00e9lection de la rencontre de la raison et de la transcendance intuitive. Ma conviction conduit ma r\u00e9flexion \u00e0 cet \u00e9gard ; cet aveu doit \u00eatre fait plut\u00f4t que de dissimuler la m\u00e9thode, ne serait-ce que pour \u00e9carter le risque terrible que cette conviction, au bout du compte, ne m&rsquo;aveugle si je la dissimule. Dans cette mati\u00e8re, je ne <strong>suis<\/strong> pas un homme de conviction puisqu&rsquo;il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 <strong>donn\u00e9<\/strong> de l&rsquo;\u00eatre. Cette conviction doit \u00eatre brandie comme un \u00e9tendard, parce qu&rsquo;elle trace le sens irr\u00e9sistible de ma d\u00e9marche. Elle est \u00e0 la fois mon identit\u00e9 et le signe qui me guide.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Ici, je fais un <em>a-parte<\/em> n\u00e9cessaire, pour justifier ces quelques phrases. Comment, doit-on se demander rationnellement, &mdash; comme puis-je oser \u00e9crire de la sorte ? Comment puis-je poser de cette fa\u00e7on, sans pudeur ni preuves avanc\u00e9es, que je suis ainsi <strong>habit\u00e9<\/strong>, et m&rsquo;autoriser \u00e0 avancer la chose de fa\u00e7on si p\u00e9remptoire et naturelle, comme argument d&rsquo;une m\u00e9thodologie d&rsquo;historien ? Ce jour o&ugrave; j&rsquo;\u00e9cris ce texte [<u>12 mai 2006<\/u>], je me pose cette question simultan\u00e9ment, et je me la pose parce que j&rsquo;ai trouv\u00e9 la r\u00e9ponse qui, elle-m\u00eame, a suscit\u00e9 la question d\u00e9j\u00e0 r\u00e9solue&#8230; En lisant ces quelques phrases r\u00e9v\u00e9latrices du dissident am\u00e9ricain <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/lhomme-qui-disseque-lamericanisation-de-lamerique\">Mike Davis<\/a>, &mdash; nous sommes entre amis, &mdash; d&rsquo;une interview publi\u00e9 le 11 mai, j&rsquo;ai la r\u00e9ponse :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Dans mon livre, j&rsquo;ai d\u00e9fini comme contrepoids \u00e0 la croissance des bidonvilles p\u00e9riph\u00e9riques, &ndash; la classe moyenne abandonnant sa culture traditionnelle, avec le centre des villes, pour se retirer dans des mondes ext\u00e9rieurs avec des styles de vie \u00e0 th\u00e8mes californiens. Certaines d&rsquo;entre ces mondes ext\u00e9rieurs sont de v\u00e9ritables forteresses, incroyablement soucieux de la s\u00e9curit\u00e9. D&rsquo;autres sont des banlieues plus typiquement am\u00e9ricaines, mais toutes s&rsquo;organisent autour d&rsquo;une obsession pour une Am\u00e9rique fantasm\u00e9e, et en particulier la Californie fantasm\u00e9e universellement transmise par la t\u00e9l\u00e9vision. Ainsi, les nouveaux riches de P\u00e9kin peuvent se rendre par l&rsquo;autoroute dans des lotissements cl\u00f4tur\u00e9s portant des noms comme Orange County et Beverly Hills, &ndash; il y a aussi un quartier de Beverly Hills au Caire, et tout un quartier sur le th\u00e8me de Walt Disney. Djakarta a la m\u00eame chose, &ndash; des complexes o&ugrave; les gens vivent dans des Am\u00e9riques imaginaires. Celles-ci prolif\u00e8rent, soulignant l&rsquo;absence de racines de la nouvelle classe moyenne urbaine \u00e0 travers le monde. Cela s&rsquo;accompagne d&rsquo;une obsession d&rsquo;obtenir les choses telles qu&rsquo;elles sont dans les images de la t\u00e9l\u00e9vision. Vous avez donc de v\u00e9ritables architectes du comt\u00e9 d&rsquo;Orange qui con\u00e7oivent un \u00ab\u00a0Orange County\u00a0\u00bb en dehors de P\u00e9kin. Vous \u00eates extr\u00eamement fid\u00e8le \u00e0 ce que la classe moyenne mondiale voit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ou au cin\u00e9ma<\/em>. &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Que cet artefact non-historique qu&rsquo;est l&rsquo;am\u00e9ricanisme produise cela, enfante cette monstruosit\u00e9 qui \u00e9clipse toutes les monstruosit\u00e9s rencontr\u00e9es sur cette terre, &ndash; j&rsquo;\u00e9cris et r\u00e9p\u00e8te, en assumant les cons\u00e9quences du jugement : <strong>toutes<\/strong>&hellip;, &ndash; que cela soit ainsi justifie compl\u00e8tement que je me sois exprim\u00e9 comme je l&rsquo;ai fait. Le monde de l&rsquo;am\u00e9ricanisme est un artefact de la subversion ultime qui entend tuer l&rsquo;Histoire du monde ; la France est l&rsquo;ultime r\u00e9sistance de l&rsquo;Histoire du monde. Qui me comprend m&rsquo;a entendu. Les autres ont quartier libre.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">\u00ab\u00a0&hellip;Mettre des b\u00e2tons dans les roues\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ces affirmations de ma conviction \u00e0 propos de la France mesurent et \u00e9clairent le champ o&ugrave; je veux exposer le r\u00f4le de la France dans la parenth\u00e8se monstrueuse ; dans ce cas \u00e9galement, peut \u00eatre \u00ab\u00a0malgr\u00e9 elle\u00a0\u00bb ; le r\u00f4le de la France dans la parenth\u00e8se monstrueuse, <strong>malgr\u00e9 elle<\/strong> oppos\u00e9e \u00e0 sa plus vieille amie, \u00e0 sa tendre amie, &mdash; oppos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique. Pour mieux entendre le propos liminaire expos\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on h\u00e2tive, il faut faire justice d&rsquo;un mot. La position fran\u00e7aise d'\u00a0\u00bbopposition\u00a0\u00bb fran\u00e7aise \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique (&laquo; &hellip;<em>de mettre sans cesse des b\u00e2tons dans les roues de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/em> &raquo;) est plus justement d\u00e9crite par le mot \u00ab\u00a0dissidence\u00a0\u00bb, que j&rsquo;ai employ\u00e9 \u00e0 propos de ceux qui, en Am\u00e9rique, principalement les \u00e9crivains et d&rsquo;autres du m\u00eame acabit, sont d\u00e9crits comme \u00e9tant \u00ab\u00a0sortis du rang\u00a0\u00bb (<em>to brake the rank<\/em>) impos\u00e9 par le syst\u00e8me alors qu&rsquo;ils n&rsquo;y furent jamais tout \u00e0 fait align\u00e9s. Cette position n&rsquo;est pas une politique, c&rsquo;est une n\u00e9cessit\u00e9 de la nature du monde dans la mesure o&ugrave;, par \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb, il nous faut consid\u00e9rer la vision transcendantale de la substance m\u00eame de la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;opposition de la France et de l&rsquo;Am\u00e9rique est une id\u00e9e et nullement une r\u00e9alit\u00e9. Elle permet d&rsquo;envisager une \u00e9volution, vers un mieux ou vers une d\u00e9gradation qu&rsquo;importe ; elle permet d&rsquo;\u00e9mettre un jugement politique imm\u00e9diat, et de rester dans l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9, sur une situation qui ne peut \u00eatre embrass\u00e9e que dans la dimension historique. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;affrontement, ce n&rsquo;est pas un vis-\u00e0-vis qui devient un face-\u00e0-face. Les positions respectives de la France et des USA, et les rapports qui s&rsquo;en d\u00e9duisent ou qui sont d\u00e9nonc\u00e9s c&rsquo;est selon, forment \u00e0 la lumi\u00e8re de la dimension historique la synth\u00e8se du conflit ultime au c&oelig;ur de la civilisation. Je dis \u00ab\u00a0conflit ultime\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;il n&rsquo;existe plus d&rsquo;alternative \u00e0 notre civilisation, parce que la puissance technologique de notre civilisation, &mdash; du syst\u00e8me, certes, &mdash; l&rsquo;interdit. Ce facteur essentiellement mat\u00e9riel qui a la fonction d&rsquo;un verrou met d&rsquo;autant plus en \u00e9vidence les aspects spirituels et transcendantaux du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La situation de la France tout au long [de la parenth\u00e8se monstrueuse] mesure le degr\u00e9 et les tourments d&rsquo;une contestation permanente. La France ne se comprend pas elle-m\u00eame, dans cette aventure, elle s&rsquo;interroge d&rsquo;une fa\u00e7on critique \u00e0 propos de sa propre dissidence, elle s&rsquo;en \u00e9tonne, elle en \u00e9prouve de la honte ; cela ne change rien \u00e0 la chose ; on dirait qu&rsquo;il y a, dans le chef de la France, une compl\u00e8te impuissance \u00e0 modifier l&rsquo;orientation g\u00e9n\u00e9rale de sa pens\u00e9e, et les actes qui sont \u00e0 mesure. (\u00ab\u00a0On dirait\u00a0\u00bb ? Non, on doit le dire, parce que c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame.) La France a v\u00e9cu la Guerre froide comme on suit un feuilleton cousu de fil blanc, comme un de ces curieux films fran\u00e7ais qu&rsquo;on allait voir \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des ann\u00e9es 1950 o&ugrave; les autorit\u00e9s ext\u00e9rieures et quelques autorit\u00e9s fran\u00e7aises crurent que la France \u00e9tait \u00ab\u00a0am\u00e9ricanis\u00e9e\u00a0\u00bb ; ces films se nommaient <em>Les femmes s&rsquo;en balancent<\/em>, <em>La m\u00f4me vert de gris<\/em>, l&rsquo;action se passait dans un cadre \u00e9trange qui \u00e9tait la France vue par un Fran\u00e7ais (par exemple, le r\u00e9alisateur Bernard Borderie) qui devait se figurer comment \u00e9tait la France vue par Hollywood, avec comme h\u00e9ros celui, fameux, de Peter Cheney, Lemmy Caution, <em>alias<\/em> Eddy Constantine avec son accent am\u00e9ricain \u00e0 couper au whisky, \u00ab\u00a0agent du FBI\u00a0\u00bb en mission en France et qui s&rsquo;y trouve comme chez lui. Plus tard, Godard se servit de Constantine, <em>alias<\/em> \u00ab\u00a0Lemmy Caution, &lsquo;agent du FBI'\u00a0\u00bb, homme qui n&rsquo;\u00e9tait pas sans finesse et en connaissait un brin sur l&rsquo;am\u00e9ricanisation du cin\u00e9ma et la pourriture g\u00e9n\u00e9rale r\u00e9gnant \u00e0 Hollywood, pour son film herm\u00e9tique et cotonneux, salu\u00e9 comme un chef d&rsquo;&oelig;uvre par d&rsquo;autres, <em>Alphaville<\/em>. Les Fran\u00e7ais v\u00e9curent le Guerre froide comme on regarde un spectacle, comme s&rsquo;ils \u00e9taient \u00ab\u00a0en-dehors\u00a0\u00bb. Cela n&#8217;emp\u00eachait certainement pas le marxisme d&rsquo;\u00eatre partout pr\u00e9sent dans les milieux intellectuels dominants de l&rsquo;<em>establishment<\/em> ni le z\u00e8le anticommuniste d&rsquo;y \u00eatre encore plus vif qu&rsquo;ailleurs. (Ceci n&#8217;emp\u00eachant pas cela r\u00e9p\u00e9tons-le, mais les plan\u00e8tes sont diff\u00e9rentes.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1951, la revue <em>La Nef<\/em> publia une enqu\u00eate sur \u00ab\u00a0<em>Le mal du si\u00e8cle<\/em>\u00ab\u00a0, o&ugrave; le pr\u00e9facier, Jacques Lebar, pr\u00e9sentait son \u00e9poque fran\u00e7aise comme \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;angoisse totale\u00a0\u00bb : &laquo; <em>Au moment o&ugrave; le monde ne semble plus promettre que des trag\u00e9dies, atomiques ou autres, le philosophie, elle aussi, s&rsquo;assombrit et l&rsquo;influence des doctrines existentielles n&rsquo;est pas une mode ou un  hasard.<\/em> &raquo; Alexander Werth, que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, qui commente dans son livre cette enqu\u00eate qu&rsquo;il juge r\u00e9v\u00e9latrice de ce temps fran\u00e7ais, observe qu&rsquo;il y avait chez les jeunes Fran\u00e7ais soumis \u00e0 enqu\u00eate &laquo; <em>&hellip;une bonne dose d&rsquo;anarchisme ou de nihilisme intellectuel&hellip; cette sorte de philosophie qui balaya la France pendant la guerre de Cent ans et pendant la peste noire, alors que la mort dominait toutes les pens\u00e9es&hellip;<\/em> &raquo; La France vivait son \u00e9poque, o&ugrave; la Guerre froide prenait le monde dans ses griffes, au rythme du d\u00e9senchantement que lui sugg\u00e9rait le r\u00e9gime politique qui la conduisait. C&rsquo;est une \u00e9poque o&ugrave; la France ne s&rsquo;aimait pas, o&ugrave; le sentiment si souvent d\u00e9sign\u00e9 par l&rsquo;expression assez lourde d'\u00a0\u00bbavoir mal \u00e0 la France\u00a0\u00bb pr\u00e9dominait indiscutablement. Robert Brasillach, le collaborateur devenu le fusill\u00e9 et ainsi devenu martyr, avait bien r\u00e9sum\u00e9 l&rsquo;\u00e9poque qui s&rsquo;ouvrait, par une sorte de pr\u00e9monition alors qu&rsquo;il croyait chanter son propre sort, et qu&rsquo;il le faisait effectivement, dans ses <em>Po\u00e8mes de Fresnes <\/em>: &laquo; <em>Mon pays m&rsquo;a fait mal<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autre part, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque de la mort assur\u00e9, m\u00e9canique, in\u00e9luctable. La Bombe vous donne ce sentiment terrible de l&rsquo;Humanit\u00e9 prise dans la perspective du hachoir atomique, en m\u00eame temps que la B\u00eate Immonde, la communiste, la sovi\u00e9tique cette fois, bloque toutes les issues de secours. C&rsquo;est une \u00e9poque o&ugrave; les d\u00e9buts de la Guerre froide en marquent d\u00e9j\u00e0 le paroxysme, o&ugrave; cette guerre qui n&rsquo;en est pas une parce qu&rsquo;elle ne peut en \u00eatre une se d\u00e9finit par une certitude de la destruction m\u00e9canique et apocalyptique, o&ugrave; cela envahit l&rsquo;esprit et marque le caract\u00e8re, o&ugrave; le pessimisme et l&rsquo;angoisse ne sont plus le produit d&rsquo;une pens\u00e9e mais la cons\u00e9quence d&rsquo;un r\u00e9flexe, &mdash; o&ugrave; un sentiment &laquo; <em>presque unanime d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et de p\u00e9ril grave <\/em>[&hellip;] <em>est le principal \u00e9l\u00e9ment de notre climat moral<\/em> &raquo;, selon l&rsquo;auteur Henri Bernstein, qui commente cette enqu\u00eate ; qui ajoute aussit\u00f4t : &laquo; <em>La notion de dur\u00e9e n&rsquo;est plus : personne, aujourd&rsquo;hui, ne croit au lendemain.<\/em> &raquo; Le sentiment des \u00ab\u00a0jeunes\u00a0\u00bb se partage entre l&rsquo;h\u00e9donisme nihiliste, le go&ucirc;t du profit imm\u00e9diat, la tentation de l&rsquo;action pour elle-m\u00eame qui vous sorte du temps et de l&rsquo;\u00e9poque ; le sentiment est conforme au monde qu&rsquo;on leur a m\u00e9nag\u00e9, sans horizon, insens\u00e9, sans perspective. &laquo; <em>Le vrai Mal du Si\u00e8cle est ailleurs, <\/em>\u00e9crit Jean-Marie Domenach, d&rsquo;<em>Esprit<\/em>. &hellip; <em>ce n&rsquo;est plus la maladie des oisifs mais des actifs&hellip; Cette cit\u00e9 est d\u00e9pourvue de sens et de grandeur. La meilleure partie de la jeunesse et des couches sociales jeunes (le prol\u00e9tariat) l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9e pour prendre d&rsquo;autres inscriptions.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend que la Quatri\u00e8me R\u00e9publique tombait \u00e0 pic pour illustrer et justifier ce sentiment g\u00e9n\u00e9ral, autant qu&rsquo;elle pouvait en appara&icirc;tre comme la cause pour certains chroniqueurs un peu court. Faire une cause d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement aussi faible, c&rsquo;est lui faire bien de l&rsquo;honneur. Le r\u00e9gime illustre l&rsquo;\u00e9poque, il la r\u00e9sume, il lui donne le ton autant qu&rsquo;il la refl\u00e8te mais il ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 la substance qu&rsquo;il faut \u00eatre pour, \u00e0 soi seul, justifier une humeur aussi noire. Sa m\u00e9diocrit\u00e9 et sa corruption justifient qu&rsquo;on le d\u00e9nonce mais il n&rsquo;est qu&rsquo;une partie infiniment r\u00e9duite de la cause g\u00e9n\u00e9rale ; le Quatri\u00e8me ne peut, elle-m\u00eame, \u00eatre cause de quoi que ce soit ; comme la Seconde Guerre mondiale pour les jeunes gens de la <em>Beat Generation <\/em>aux USA, le r\u00e9gime de la IV\u00e8me R\u00e9publique est &laquo; <em>le sympt\u00f4me de leur pessimisme, et non sa cause premi\u00e8re<\/em> &raquo;. Il se trouve qu&rsquo;on peut juger, \u00e0 distance comme je le fais, que ce sentiment noir des Fran\u00e7ais \u00e9tait d&rsquo;une grande justesse. Il identifiait pertinemment les caract\u00e8res cach\u00e9s du temps historiques, d\u00e9passant avec bonheur la seule terreur de l&rsquo;affrontement Est-Ouest et de la Bombe, pour rendre compte d&rsquo;un mal plus profond qui est ce que la parenth\u00e8se monstrueuse tente de dissimuler. Cette humeur noire montrait que la France n&rsquo;\u00e9tait pas dupe de la com\u00e9die install\u00e9e au c&oelig;ur des relations internationales. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autre part, la IV\u00e8me R\u00e9publique n&rsquo;a pas fait que de mauvaises choses, m\u00eame si on l&rsquo;observe du point de vue de la fiert\u00e9 fran\u00e7aise. Elle a redress\u00e9 certaines forces vives de la nation. Elle a \u00ab\u00a0modernis\u00e9\u00a0\u00bb la France, elle lui a donn\u00e9 une assise technologique qui lui permit ensuite d&rsquo;asseoir son ind\u00e9pendance nationale sur un r\u00e9el socle de puissance, selon les r\u00e9f\u00e9rences m\u00e9canistes du temps. Elle place la France premi\u00e8re du monde dans la technologie des chemins de fer, ressuscite son industrie a\u00e9ronautique et son industrie automobile, lance l&rsquo;industrie atomique et conduit tr\u00e8s loin la production de la premi\u00e8re Bombe que de Gaulle mena rapidement \u00e0 bien. Elle restaure certaines conditions qui sont la nature m\u00eame de cette nation, d&rsquo;une fa\u00e7on presque automatique, par \u00ab\u00a0r\u00e9flexe fran\u00e7ais\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut, par habitude de la grandeur, sans y croire pour l&rsquo;essentiel, ou plut\u00f4t sans y penser pr\u00e9cis\u00e9ment. M\u00eame corrompue et affairiste, m\u00eame d\u00e9risoire et ridiculis\u00e9e, la Quatri\u00e8me R\u00e9publique fonctionne comme la France, cette personne \u00e0 part comme le d\u00e9couvre Michelet, entend que l&rsquo;on fonctionne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le retour de De Gaulle eut lieu, si l&rsquo;on accepte ce point de vue, dans des conditions mat\u00e9rielles moins contraignantes qu&rsquo;on ne se le figura \u00e0 cette \u00e9poque. La trag\u00e9die alg\u00e9rienne a obscurci notre jugement jusqu&rsquo;\u00e0 avoir fait para&icirc;tre la France \u00ab\u00a0au bord du gouffre\u00a0\u00bb alors qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que d&rsquo;une orni\u00e8re. (J&rsquo;\u00e9cris cela avec un c&oelig;ur bless\u00e9 qui m&rsquo;est devenu l\u00e9ger. J&rsquo;ai v\u00e9cu cette trag\u00e9die \u00e0 ce point d&rsquo;en \u00eatre, comme l&rsquo;on disait \u00e9galement \u00e0 cette \u00e9poque o&ugrave; l&rsquo;on confondait trop ais\u00e9ment la pompe avec le talent oratoire, \u00ab\u00a0bless\u00e9 dans ma chair\u00a0\u00bb. Les trag\u00e9dies de l&rsquo;Histoire s&rsquo;estompent bien vite avec le temps, lorsqu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 faite bonne et juste mesure du poids disproportionn\u00e9 de l&rsquo;\u00e9motion et de la sensibilit\u00e9 personnelles dans le jugement initial. Seuls les id\u00e9ologues y songent encore, pour avoir raison malgr\u00e9 tout, un demi-si\u00e8cle plus tard. Laissons-les jouer avec cette poussi\u00e8re. Au contraire d&rsquo;eux, je pr\u00e9f\u00e8re savoir reconna&icirc;tre mes torts que d&rsquo;avoir toujours raison. [Note du <u>30 avril 2019<\/u> : cette note justement m\u00e9riterait d&rsquo;\u00eatre largement revisit\u00e9e ; car mon sentiment et mon souvenir ont bien \u00e9volu\u00e9.].)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Le si\u00e8ge du Roy<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Bien s&ucirc;r, l&rsquo;essentiel est ailleurs. De Gaulle ranimait un souffle que nous n&rsquo;avions plus parce que c&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;\u00e9ch&ucirc;t cette mission. Il fouetta les \u00e9nergies, il suscita les ardeurs. Il remit l&rsquo;\u00e2me de la nation \u00e0 la place qui est la sienne, &ndash; mais cette \u00e2me n&rsquo;\u00e9tait pas morte, bien entendu. La France avait failli attendre. Je ne parviens plus \u00e0 trouver l&rsquo;origine de cette anecdote mais je la tiens pour si <strong>juste<\/strong> qu&rsquo;elle ne peut \u00eatre que vraie, qu&rsquo;elle doit \u00eatre accept\u00e9e pour telle de confiance s&ucirc;re si la trace en a \u00e9t\u00e9 perdue, &mdash; au point qu&rsquo;un Italien en perdrait son ironie fataliste pour dire son fameux dicton, cette fois avec la gravit\u00e9 du constat que l&rsquo;interpr\u00e9tation, lorsqu&rsquo;elle est inspir\u00e9e, cr\u00e9e la r\u00e9alit\u00e9 : &laquo; <em>Si non \u00e8 vero, \u00e8 ben trovato<\/em> &raquo;, &mdash; ce qui se traduirait, pour notre culture : \u00ab\u00a0c&rsquo;est trop beau pour ne <strong>pas<\/strong> \u00eatre vrai\u00a0\u00bb. C&rsquo;\u00e9tait au printemps de 1963, lorsque de Gaulle se rendit \u00e0 Reims avec l&rsquo;Allemand catholique Konrad Adenauer pour entendre une grand&rsquo;messe en la cath\u00e9drale. On dit que l&rsquo;\u00e9v\u00eaque, pla\u00e7ant ses h\u00f4tes illustres, invita le g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 occuper le si\u00e8ge qui \u00e9tait celui du roi de France, et qui avait \u00e9t\u00e9 gard\u00e9 inoccup\u00e9 depuis l&rsquo;ex\u00e9cution de Louis XVI. Cela n&rsquo;est pas glorifier outre mesure un homme mais saluer ce dont il \u00e9tait porteur et qui ne d\u00e9pendait pas de lui ; l&rsquo;&Eacute;glise s&rsquo;y entend, pour cette sorte de reconnaissance, aussi politiquement habile qu&rsquo;habituellement divinatoire. Le trait essentiel de la R\u00e9publique gaullienne est d&rsquo;avoir renou\u00e9 un fil rompu par l&rsquo;\u00e9chafaud, d&rsquo;avoir rassembl\u00e9 la France d&rsquo;avant et celle du temps pr\u00e9sent, pour bien marquer l&rsquo;\u00eatre d\u00e9cid\u00e9ment intemporel de cette nation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le paradoxe est que cette \u00ab\u00a0divine surprise\u00a0\u00bb gaullienne n&rsquo;installa nullement les m&oelig;urs et les faits de soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 mesure. Le paradoxe gaullien est que l&rsquo;installation de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique marque le d\u00e9but, dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 d&rsquo;installation de la modernit\u00e9 (et non pas processus de \u00ab\u00a0modernisation\u00a0\u00bb, &ndash; comme on \u00ab\u00a0modernise\u00a0\u00bb une substance qui reste elle-m\u00eame, &ndash; comme on le crut d&rsquo;abord, de Gaulle le premier). Ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne peut \u00eatre d\u00e9fini temporellement que par un terme : \u00ab\u00a0am\u00e9ricanisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le sentiment populaire vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Am\u00e9rique, durant la IV\u00e8me, avait \u00e9t\u00e9 de la m\u00e9fiance jusqu&rsquo;\u00e0 la col\u00e8re. L&rsquo;affaire Rosenberg, en 1953, provoqua une pouss\u00e9e d&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme qui fit croire \u00e0 un v\u00e9ritable sentiment d&rsquo;unit\u00e9 nationale tant la r\u00e9action traversait les courants de pens\u00e9es diff\u00e9rents et semblait les rassembler. Alors que ses dirigeants d\u00e9faillants se d\u00e9battaient dans un marasme d&rsquo;impuissance et de d\u00e9sarroi, le peuple fran\u00e7ais sentait intuitivement ce qu&rsquo;il y avait de d\u00e9mesur\u00e9 et de pathologique dans l&rsquo;attitude am\u00e9ricaniste. En 1954, la situation fut encore diff\u00e9rente, conduisant \u00e0 un d\u00e9bat d&rsquo;une grande intensit\u00e9 et d&rsquo;une haute tenue, notamment \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale \u00e0 la fin ao&ucirc;t, \u00e0 propos de la CED et du r\u00e9armement allemand, &mdash; car, pour les Fran\u00e7ais, la CED n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un faux-nez pour dissimuler le complot anglo-saxon du r\u00e9armement allemand. Il y avait le m\u00eame sentiment d&rsquo;unit\u00e9 nationale, regroup\u00e9 cette fois autour d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 politique qui se montrait assez digne de l&rsquo;enjeu qu&rsquo;impliquait cette grave question. Mais la France, qui avait liquid\u00e9 la CED, dut capituler sur le r\u00e9armement allemand. Les pressions anglo-saxonnes avaient \u00e9t\u00e9 horribles, frisant une singuli\u00e8re grossi\u00e8ret\u00e9 dans certaines occasions. Churchill, qui s&rsquo;offrait comme dernier caprice un s\u00e9jour prolong\u00e9 au 10 Downing Street, se montra excessivement in\u00e9l\u00e9gant ; en pr\u00e9sence du ma&icirc;tre, le contrema&icirc;tre ne m\u00e9nage pas les humiliations \u00e0 celui qui refuse de se conformer au r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral dont il est le garde-chiourme ; pour l&rsquo;occasion, il aurait pu \u00e9carter ces exc\u00e8s qui rel\u00e8vent du sous-fifre ; la conf\u00e9rence des Bermudes, o&ugrave; le Premier ministre fran\u00e7ais (est-il utile de rappeler son nom ? Laniel a disparu de la m\u00e9moire historique) fut trait\u00e9 comme un chien, mesure ce comportement des Anglo-Saxons, d&rsquo;une m\u00e9diocre arrogance, comme si la m\u00e9diocrit\u00e9 de Laniel pouvait faire oublier qu&rsquo;il repr\u00e9sentait la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette p\u00e9riode o&ugrave; la France fut battue bien qu&rsquo;elle e&ucirc;t raison contre tous les autres en cherchant \u00e0 affirmer son ind\u00e9pendance nationale conduisit \u00e0 une r\u00e9action que les historiens du temps nomm\u00e8rent \u00ab\u00a0National-Molletisme\u00a0\u00bb, du nom du Premier ministre socialiste qui appliqua une politique de force en Alg\u00e9rie en 1956. On a perdu de vue l&rsquo;ampleur de cette r\u00e9action nationaliste qui fait fi de toutes les classements politiques artificiels. Pour en fixer la forte impression qu&rsquo;on en \u00e9prouva, on citera ceci, de Werth :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Le National-Molletisme ne ressemblait pas au National-Socialisme allemand ni au Fascisme de Mussolini. Il comportait moins de <strong>pr\u00e9m\u00e9ditation<\/strong>. Et, cependant, il avait avec eux quelque chose de commun. De m\u00eame que la mont\u00e9e de l&rsquo;hitl\u00e9risme avait \u00e9t\u00e9, pour une part, d\u00e9termin\u00e9e par l&rsquo;humiliation inflig\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Allemagne par le Trait\u00e9 de Versailles, de m\u00eame que le Fascisme \u00e9tait, au moins en partie, la cons\u00e9quence du sentiment que l&rsquo;Italie avait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0roul\u00e9e\u00a0\u00bb par les faiseurs de paix de 1918, de m\u00eame le National-Molletisme \u00e9tait une r\u00e9action \u00e0 l&rsquo;impression que la France avait \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e de fa\u00e7on indigne par le monde ext\u00e9rieur.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette approche est d&rsquo;un grand int\u00e9r\u00eat parce qu&rsquo;elle \u00e9tablit une continuit\u00e9 inattendue entre 1954-56 et 1958, entre la IV\u00e8me R\u00e9publique et De Gaulle, qui est une continuit\u00e9 de la France. Les circonstances les opposent, certes, mais dans une ambigu\u00eft\u00e9 qui s&rsquo;explique alors ais\u00e9ment ; le National-Molletisme s&rsquo;exprime dans une d\u00e9fense \u00e0 outrance de l'\u00a0\u00bbAlg\u00e9rie Fran\u00e7aise\u00a0\u00bb que de Gaulle va prestement liquider, et par <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/memoires-du-dehors-suez-vu-dalger\">une exp\u00e9dition de Suez<\/a> que de Gaulle juge avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 (mais du bout des l\u00e8vres, par esprit-\u00ab\u00a0anti-IV\u00e8me\u00a0\u00bb). Qu&rsquo;importe, il nous appara&icirc;t \u00e0 observer l&rsquo;histoire dans ses profondeurs que 1954 pr\u00e9pare 1958, ne serait-ce que parce que la construction de la bombe atomique commence cette ann\u00e9e-l\u00e0 (d\u00e9cid\u00e9e par Mend\u00e8s) et qu&rsquo;elle va devenir, avec de Gaulle, l&rsquo;outil principal de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale (point circonstanciel) et de la refondation de la souverainet\u00e9 nationale (point totalement structurel) ; ne serait-ce que parce que 1954 a vu la France de la IV\u00e8me se raidir sous les agressions et les humiliations des Anglo-Saxons et que la premi\u00e8re t\u00e2che du gaullisme sera de mettre en place un syst\u00e8me et une puissance qui ne permettront plus cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(La le\u00e7on que les Fran\u00e7ais retiendront de Suez, o&ugrave; les USA les forc\u00e8rent \u00e0 capituler, est qu&rsquo;il leur faudrait une puissance qui leur permettrait d&rsquo;affirmer une souveraine ind\u00e9pendance, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire la Bombe. La le\u00e7on que les Anglais,<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/suez-et-la-metamorphose-de-macmillan\">MacMillan en t\u00eate<\/a>, tir\u00e8rent de cette aventure fut qu&rsquo;il ne faudrait plus jamais se trouver en position de d\u00e9saccord avec les USA, d&rsquo;autant que leur Bombe \u00e0 eux \u00e9tait<em>Made In USA<\/em>&hellip; Cette id\u00e9e fut l&rsquo;objet du travail du jeune th\u00e9sard <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Lellouche\">Pierre Lellouche<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p> On d\u00e9couvre, sans surprise mais non sans satisfaction je l&rsquo;avoue, une continuit\u00e9 des grands courants, des forces essentielles de l&rsquo;Histoire et des structures fondamentales du ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9tahistorique qu&rsquo;est la France. Nos historiens asserment\u00e9s, eux, se contenteront de se quereller autour de questions annexes telles que la d\u00e9mocratie, le colonialisme, etc., toutes choses qui ne sont que des <strong>cons\u00e9quences<\/strong> souvent accessoires des grands mouvements structurels de l&rsquo;Histoires ; cela donne aux asserment\u00e9s l&rsquo;impression d&rsquo;exister et d&rsquo;\u00eatre des historiens ; je ne vais pas leur refuser cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Seuls ceux qui rejettent l&rsquo;historiographie transcendantaliste et proph\u00e9tique s&rsquo;\u00e9tonneront de cette affirmation de la continuit\u00e9. Pour les autres au contraire, les <em>happy few <\/em>disons pour faire lettr\u00e9, cela s&rsquo;impose comme la logique m\u00eame une fois qu&rsquo;est pos\u00e9e l&rsquo;affirmation de la continuit\u00e9. Que les machinistes de cette continuit\u00e9 soient m\u00e9diocres (Mollet &#038; Cie) ou grandiose (de Gaulle) ne change rien sur ce point-l\u00e0 de la logique de la transcendance. (La transcendance, m\u00eame si elle est offerte par l&rsquo;intuition, fait pour s&rsquo;\u00e9tendre grand usage de la logique, qui est l&rsquo;apanage de la raison ; la susdite raison est un instrument donn\u00e9 pour servir la transcendance et non pour la d\u00e9noncer ; seuls les pauvres d&rsquo;esprit et les voyous, et les id\u00e9ologues ce qui revient au m\u00eame, s&rsquo;exercent \u00e0 cette imposture.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais le peuple changeait ses pr\u00e9occupations. Plus haut, je parle du \u00ab\u00a0souffle\u00a0\u00bb que de Gaulle ranime. Le peuple de France en est satisfait mais nullement transport\u00e9. Le dirigeant r\u00e9tablit la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aise, qui s&rsquo;appuie de toutes ses forces sur une logique structurante qu&rsquo;il oppose \u00e0 la force d\u00e9structurante de l&rsquo;am\u00e9ricanisme ; le peuple, lui, s&rsquo;ab&icirc;me dans les d\u00e9lices des paillettes venues d&rsquo;Outre-Atlantique. On pourrait avancer l&rsquo;explication qu&rsquo;il y a une sorte de relais qui s&rsquo;effectue, l&rsquo;un s&rsquo;\u00e9tant \u00e9puis\u00e9 dans une opposition qui contredit apparemment les principes modernistes dont on pr\u00e9tend qu&rsquo;ils assurent la fondation vertueuse de la France, l&rsquo;autre reprenant le flambeau. Avec la France qui entre dans ce que nous avons coutume de nommer sans crainte de la redondance \u00ab\u00a0le monde moderne\u00a0\u00bb, qui y entre ou qui y est pouss\u00e9e c&rsquo;est selon, la contradiction est une seconde nature qui menace \u00e0 chaque instant d&rsquo;occuper la premi\u00e8re place. Il n&#8217;emp\u00eache qu&rsquo;on distingue l&rsquo;ouverture d&rsquo;une p\u00e9riode qui semble marqu\u00e9e par la rectitude ; il y a, dans le domaine social, des m&oelig;urs et de la culture, un nouvel \u00e9lan de la d\u00e9cadence qui est donn\u00e9e, qui ne se d\u00e9mentira plus. R\u00e9p\u00e9tons-le pour faire court et pol\u00e9mique, et leur donner une raison de nous vilipender, et nommons cela \u00ab\u00a0am\u00e9ricanisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai bien connu ces ann\u00e9es 1960 parce qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 le cadre de la fin de mon adolescence et de mon entr\u00e9e dans la vie d&rsquo;homme. Les sens exacerb\u00e9s, curieux de tout et assur\u00e9 du reste, je me pr\u00e9cipitai avec la force d&rsquo;une conscience bien rang\u00e9e dans les affirmations les plus d\u00e9testables. Je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 plus pro-am\u00e9ricaniste dans mon opinion discr\u00e8tement ma&icirc;tris\u00e9e que dans cette p\u00e9riode o&ugrave; la jeunesse fran\u00e7aise jouait \u00e0 ne l&rsquo;\u00eatre pas du tout dans ses opinions bruyamment proclam\u00e9es, mais en s&rsquo;y vautrant inconsciemment, dans son comportement, dans ses m&oelig;urs, dans sa conformation psychologique qui subit un changement consid\u00e9rable durant la p\u00e9riode. Aux films de Lemmy Caution correspond, pour mesurer l&rsquo;\u00e9volution, le film de 1966 <em>Un homme et une femme<\/em>. A l&rsquo;agent du FBI exotique avait succ\u00e9d\u00e9 le Fran\u00e7ais moderne, vivant au rythme des nouveaux temps m\u00e9caniques, pilote de course c\u00e9dant au sentimentalisme \u00e0 180 \u00e0 l&rsquo;heure, qui partage la vedette du film avec les voitures Ford, &mdash; <em>Mustang<\/em> et GT-40, &mdash; dont Paris faisait ses gorges chaudes. Lemmy Caution contre les voitures Ford : l&rsquo;am\u00e9ricanisation entrait dans nos m&oelig;urs. La jeunesse vivait d\u00e9sormais aux rythmes musical, <em>rock<\/em> et compagnie, des Anglo-Saxons ; le cin\u00e9ma am\u00e9ricain triomphait et je me rappelle que le comble du s\u00e9rieux dans cette activit\u00e9 \u00e9tait de n&rsquo;accepter de voir les films qu&rsquo;en version originale, au <em>MacMahon<\/em>, \u00e0 <em>La Pagode<\/em> ou au <em>Ranelagh<\/em> ; la mode des jeunes gens \u00e9tait am\u00e9ricaine, des chaussettes <em>Burlington<\/em> aux blousons de cuir et aux chemises \u00e0 col boutonn\u00e9 trouv\u00e9es aux puces, venus d&rsquo;Am\u00e9rique ; le \u00ab\u00a0style Kennedy\u00a0\u00bb triomphait chez <em>Renoma<\/em>, rue de la Pompe, presque en face du lyc\u00e9e Janson-de-Sailly ; le <em>Jean&rsquo;s<\/em> \u00e9tablissait son empire. Les Fran\u00e7ais d\u00e9couvraient le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;automobile en suivant la voie am\u00e9ricaniste qui avait \u00e9t\u00e9 de faire d&rsquo;un moyen de locomotion une philosophie de la vie. La presse se convertissait au <em>news magazine<\/em> (Jean-Jacques Servan-Schreiber avec son <em>Express<\/em>). Jean-Fran\u00e7ois Revel exaltait la \u00ab\u00a0r\u00e9volution am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb apr\u00e8s avoir succomb\u00e9 \u00e0 ses charmes comme un homme d&rsquo;\u00e2ge m&ucirc;r \u00e0 une jeune beaut\u00e9 qui ranime sa flamme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mai 1968 peut sans aucun doute \u00eatre d\u00e9finie dans les profondeurs de ses aspirations comme une r\u00e9volte pro-am\u00e9ricaniste. Depuis qu&rsquo;on en a vu les effets, notamment sur ceux qui pr\u00e9tendirent en faire autant d&rsquo;\u00e9tendards de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb et se retrouv\u00e8rent trente ans plus tard comme fermes soutiens du Pentagone, les \u00e9tiquettes en vogue, du mao\u00efsme \u00e0 l&rsquo;anarcho-d\u00e9constructionniste, ont montr\u00e9 quel code il importait d&#8217;employer pour les d\u00e9crypter. Le <em>State Department<\/em> se r\u00e9jouissait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, presque ouvertement, du d\u00e9sordre r\u00e9pandu par ces jeunes gens ; pour une fois, les am\u00e9ricanistes saisissaient les nuances. Depuis, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise n&rsquo;a cess\u00e9 de poursuivre cette marche forc\u00e9e \u00e0 la poursuite de la chim\u00e8re moderniste qui a bien pour nom : am\u00e9ricanisation, \u00e0 laquelle ses \u00e9lites lui reprochent de ne jamais sacrifier assez. Depuis, \u00e9galement, de Gaulle s&rsquo;en est all\u00e9. Ainsi le d\u00e9sastre fran\u00e7ais para&icirc;t-il complet et achev\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce n&rsquo;est un d\u00e9sastre fran\u00e7ais qu&rsquo;en apparence. Je ne dirais pas que \u00ab\u00a0la France en a vu d&rsquo;autres\u00a0\u00bb, m\u00eame si cela est vrai. Ce jugement donnerait faussement l&rsquo;impression que tout va poursuivre son chemin, avec un cahot de plus surmont\u00e9, un obstacle \u00e9cart\u00e9 avant le suivant et ainsi de suite. Au contraire, au bout de la p\u00e9riode lui en succ\u00e8de une autre dont on se demande si elle ne va pas s&rsquo;av\u00e9rer \u00eatre un cul-de-sac, et le chemin, une impasse. Le d\u00e9sastre qui para&icirc;t \u00ab\u00a0complet et achev\u00e9\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas celui de la France, en ce sens qu&rsquo;il n&rsquo;est pas <strong>seulement<\/strong> celui de la France. La France reste un miroir du monde et refl\u00e8te la b\u00e9ance de la rupture o&ugrave; s&rsquo;ab&icirc;me le monde. &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En attendant de Gaulle 30 avril 2019 &ndash; Je vais compl\u00e9ter le texte de ce jour sur de Gaulle, d&rsquo;une plume britannique et n\u00e9anmoins gaulliste, par un extrait d&rsquo;un projet litt\u00e9raire jamais termin\u00e9e, et encore moins publi\u00e9, comme mes armoires regorgent. Le projet se nommait (j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 mon titre) La parenth\u00e8se monstrueuse, et j&rsquo;en ai&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[11719,19037,3376,3484,2747,8397,13325,1225,4029,2740,6639,11965],"class_list":["post-78606","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-11719","tag-19037","tag-americanisation","tag-annees","tag-francaise","tag-intuition","tag-iveme","tag-referendum","tag-republique","tag-suez","tag-transcendance","tag-veme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78606","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78606"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78606\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78606"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78606"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78606"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}