{"id":78635,"date":"2019-05-17T11:21:15","date_gmt":"2019-05-17T11:21:15","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/05\/17\/notes-sur-le-cmi-aux-origines\/"},"modified":"2019-05-17T11:21:15","modified_gmt":"2019-05-17T11:21:15","slug":"notes-sur-le-cmi-aux-origines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/05\/17\/notes-sur-le-cmi-aux-origines\/","title":{"rendered":"Notes sur le CMI aux origines"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Notes sur le CMI aux origines<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Le 2 f\u00e9vrier 2006, nous publi\u00e2mes un texte sur le Complexe Militaro-Industriel (CMI) am\u00e9ricaniste dans la perspective historique de sa fondation. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une reprise de la rubrique <em>Analyse<\/em>, de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em>, volume 21 n&deg;09 du 25 janvier 2005. Il nous para&icirc;t int\u00e9ressant de republier ce texte (quelques modifications mineures), essentiellement ax\u00e9 sur le culte du technologisme qui est au c&oelig;ur du CMI, \u00e0 l&rsquo;heure o&ugrave; le \u00ab\u00a0faisant fonction\u00a0\u00bb de  ministre de la d\u00e9fense Patrick Shanahan, est officiellement pr\u00e9sent\u00e9 pour des auditions au Congr\u00e8s comme ministre l\u00e9gitim\u00e9. Cette d\u00e9cision de Trump est pour nous une surprise, montrant que la position du pr\u00e9sident est plus faible qu&rsquo;on ne croyait puisqu&rsquo;il a besoin de l\u00e9gitimation d&rsquo;un syst\u00e8me qu&rsquo;il d\u00e9nonce chaque jour comme ill\u00e9gitime par rapport \u00e0 son administration. C&rsquo;est aussi une date importante parce que, pour la premi\u00e8re fois, un industriel directement venu du <em>board <\/em>de direction de l&rsquo;un des deux g\u00e9ants de l&rsquo;industrie (Boeing) est nomm\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du Pentagone. (Il y a d\u00e9j\u00e0 eu des industriels ou chef d&rsquo;entreprise, &ndash; Wilson, McNamara, Carlucci, mais aucun aussi directement impliqu\u00e9 \u00e0 un tel niveau dans l&rsquo;industrie de la d\u00e9fense.) En d&rsquo;autres mots, le CMI a boucl\u00e9 la boucle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>17 mai 2019 &ndash; Quoi qu&rsquo;il arrive, quels que soient les d\u00e9boires rencontr\u00e9s, la puissance am\u00e9ricaine ne peut se d\u00e9partir de sa foi aveugle et exclusive dans l&rsquo;usage universel des technologies les plus avanc\u00e9es. Il semble que, pour les USA, la guerre soit d&rsquo;abord une \u00e9quation technologique. Les conflits depuis l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001 l&rsquo;ont montr\u00e9 avec d&rsquo;autant plus de force qu&rsquo;il s&rsquo;agit \u00e9videmment de guerres asym\u00e9triques o&ugrave; l&#8217;emploi des technologies avanc\u00e9es est fortement mis en question par les conditions de la bataille. Les intentions am\u00e9ricaines de recourir de fa\u00e7on syst\u00e9matique et \u00e9ventuellement exclusive \u00e0 la puissance a\u00e9rienne (voir <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2342\">notre Analyse<\/a>, notre num\u00e9ro du 10 janvier 2006) confirment si besoin est cette attitude.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La technologie est l&rsquo;outil principal, la raison d&rsquo;\u00eatre et, pour certains, une sorte de \u00ab\u00a0religion\u00a0\u00bb de la puissance am\u00e9ricaine. Elle constitue la particularit\u00e9 principale de ce qu&rsquo;on nomme le complexe militaro-industriel (CMI), qui regroupe les puissances qui sont parties prenantes dans l&rsquo;actuel syst\u00e8me am\u00e9ricaniste. On voit combien tous ces diff\u00e9rents facteurs sont li\u00e9s les uns aux autres, combien la combinaison qui les unit reste actuelle et fondamentale. Il ne s&rsquo;agit de rien moins que la formule m\u00eame de la puissance am\u00e9ricaniste. A la lumi\u00e8re de ce constat renouvel\u00e9 avec la guerre d&rsquo;Irak, il est int\u00e9ressant d&rsquo;explorer \u00e0 nouveau les origines du CMI, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas d'\u00a0\u00bbhistoire officielle\u00a0\u00bb, disons de \u00ab\u00a0version officielle\u00a0\u00bb de l&rsquo;histoire du CMI. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas consid\u00e9r\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re historique officielle. Le CMI est plus un fait qu&rsquo;on constate ou qu&rsquo;on ignore, c&rsquo;est selon, qu&rsquo;un \u00e9pisode historique institutionnalis\u00e9. Son appr\u00e9ciation reste ouverte et la libert\u00e9 peut d&rsquo;autant mieux s&rsquo;exprimer dans l&rsquo;appr\u00e9ciation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;histoire du CMI telle qu&rsquo;on peut la reconstituer n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec les versions en g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9pandues. On a coutume de faire du CMI une machinerie d&rsquo;abord militaire, dont la naissance r\u00e9elle a eu lieu avec la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. C&rsquo;est une vision grossi\u00e8re, qui nous prive de facteurs et d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments particuli\u00e8rement int\u00e9ressants et \u00e9clairants sur la r\u00e9alit\u00e9 de la puissance am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">5 hommes et quelques dates entre 1923 et 1944<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Autant le ph\u00e9nom\u00e8ne (le CMI) est \u00e0 la fois confus et diffus, et sans existence institutionnelle, autant son histoire se r\u00e9v\u00e8le fractionn\u00e9e, tr\u00e8s sp\u00e9cifique et, finalement, r\u00e9duite \u00e0 quelques personnages et \u00e0 quelques \u00e9v\u00e9nements en apparence assez anodins. Ce que nous montre l&rsquo;histoire du CMI lorsqu&rsquo;on parvient \u00e0 l&rsquo;explorer au-del\u00e0 des lieux communs, c&rsquo;est l&rsquo;extraordinaire capacit\u00e9 de d\u00e9multiplication, la puissance g\u00e9om\u00e9trique des effets qui caract\u00e9risent l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Cela est d&ucirc;, \u00e0 notre sens, \u00e0 la situation structurelle de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Le cadre o&ugrave; \u00e9volue l&rsquo;am\u00e9ricanisme est essentiellement un cadre de puissances priv\u00e9es, exprim\u00e9es en fortunes et en influences \u00e9conomique, sociale et politique. Ces puissances ne sont pas r\u00e9gies par des r\u00e8gles de tradition et de bien public d\u00e9pendant d&rsquo;une histoire longue et significative et d&rsquo;une structure nationale (exprim\u00e9e par un &Eacute;tat) imposant une unit\u00e9 politique et culturelle de conceptions. Il n&rsquo;y a pas de hi\u00e9rarchie nationale. Le poids des individus et des incidents (des hasards de circonstance) y est consid\u00e9rable. L&rsquo;histoire du CMI doit faire l&rsquo;objet d&rsquo;une enqu\u00eate constante pour trouver de nouveaux faits \u00e9pars. On doit \u00eatre pr\u00eat \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation constante du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans notre cas, nous rapportons des faits et des personnages \u00e0 partir de sources extr\u00eamement estimables, mais qui ne pr\u00e9sentent pas n\u00e9cessairement \u00ab\u00a0des faits et des personnages\u00a0\u00bb dans la mesure du r\u00f4le que ceux-ci ont jou\u00e9 dans la constitution du CMI. Les personnages sont au nombre de cinq. Au travers de quelques faits qui les concernent et de certains de leurs actes, on parvient \u00e0 une autre approche de l&rsquo;historique du CMI. Les personnages sont: les Guggenheim (Daniel et son fils Harry), le savant et Prix Nobel de physique (1923) Robert Millikan, le g\u00e9n\u00e9ral (\u00e0 partir de 1939) Henry &lsquo;Hap&rsquo; Arnold, le savant hongrois en a\u00e9rodynamique Theodore von Karman.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les Guggenheim p\u00e8re et fils (Daniel et Harry), d&rsquo;une dynastie qui a fait fortune dans le minerai, entendent faire &oelig;uvre de philanthropie, bien dans la mani\u00e8re des grandes fortunes am\u00e9ricanistes. Le service en Europe du fils, dans l&rsquo;U.S. Army Air Service, en 1917-18, a confort\u00e9 la famille dans son go&ucirc;t pour l&rsquo;a\u00e9ronautique. Les conditions \u00e9conomiques d\u00e9plorables de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique US apr\u00e8s 1918, sa marche vers la disparition si rien n&rsquo;est fait, ach\u00e8vent de la convaincre de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;agir. En 1924 et 1926, les Guggenheim p\u00e8re et fils \u00e9tablissent deux \u00ab\u00a0Fonds Guggenheim\u00a0\u00bb (plus de $2.4 millions entre 1925 et 1930). Finan\u00e7ant et alimentant des chaires universitaires, des programmes de recherche, prenant en charge des professeurs, des \u00e9tudiants dou\u00e9s, etc., ils \u00e9tablissent les rudiments d&rsquo;une base scientifique et technologique d&rsquo;une grande industrie a\u00e9ronautique. Cette activit\u00e9 les fait entrer en rapport en 1923 avec le professeur Robert Millikan, pr\u00e9sident du Californian Institute of Technology (CalTech); en 1926, avec l&rsquo;Army Air Service devenu l&rsquo;Army Air Corps et un de ses repr\u00e9sentants, le major Arnold. Les Guggenheim s&#8217;emploient \u00e9galement \u00e0 d\u00e9baucher des grands ing\u00e9nieurs et chercheurs europ\u00e9ens. A l&rsquo;insistance de Arnold et de Millikan, les Guggenheim font venir en 1929 aux USA, \u00e0 CalTech, le professeur Theodore von Karman, un scientifique hongrois sp\u00e9cialiste de l&rsquo;a\u00e9ronautique et de l&rsquo;a\u00e9rodynamique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Robert Millikan est un physicien de tr\u00e8s grand talent, le plus grand chercheur am\u00e9ricain des ann\u00e9es 1920. Il obtient le Nobel de physique en 1923 pour ses travaux sur la radio-\u00e9lectricit\u00e9. (Une pol\u00e9mique a accompagn\u00e9 ses travaux, essentiellement sur la validit\u00e9 de certaines de ses exp\u00e9rimentations.) Durant la Grande Guerre, il a travaill\u00e9 avec le minist\u00e8re de la guerre, il a pu mesurer l&rsquo;importance de l&rsquo;a\u00e9ronautique. Dans les ann\u00e9es 1920, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses recherches fondamentales, il s&rsquo;active par son influence et ses contacts \u00e0 promouvoir la recherche a\u00e9ronautique. A partir de ses contacts avec l&rsquo;Air Service\/Air Corps, dont il a besoin pour certaines de ses exp\u00e9rimentations, Millikan se lie avec le major Arnold. Il travaille \u00e9galement avec les Guggenheim. De la fin des ann\u00e9es 1920 aux ann\u00e9es 1930, il rassemble \u00e0 CalTech une formidable \u00e9quipe de savants, essentiellement \u00e9migr\u00e9s europ\u00e9ens (von Karman, Einstein, etc.). A partir de 1935-36, il pr\u00e9side \u00e0 la mise en place d&rsquo;un ensemble scientifico-technique et industriel et travaille avec l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique qui s&rsquo;implante dans la Californie du Sud. L&rsquo;un de ses relais est Donald Douglas, ing\u00e9nieur \u00e0 CalTech et propri\u00e9taire de la c\u00e9l\u00e8bre soci\u00e9t\u00e9 Douglas (cr\u00e9ateur du c\u00e9l\u00e8bre DC-3). Millikan est l&rsquo;\u00e2me et le ma&icirc;tre d&rsquo;&oelig;uvre du rassemblement scientifico-technologique de Californie du Sud, c&oelig;ur originel du CMI.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Henry &lsquo;Hap&rsquo; Arnold, officier de l&rsquo;Air Service\/Air Corps, est un formidable bagarreur bureaucratique. En 1926, il est en disgr\u00e2ce pour avoir soutenu de fa\u00e7on trop voyante le g\u00e9n\u00e9ral Billy Mitchell, qui passe en cour martiale cette ann\u00e9e-l\u00e0 pour avoir pr\u00f4n\u00e9 par des m\u00e9thodes peu orthodoxes l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une force a\u00e9rienne ind\u00e9pendante. &Eacute;cart\u00e9 des postes de responsabilit\u00e9, Arnold approfondit ses contacts ext\u00e9rieurs (Millikan, Guggenheim, etc.) en m\u00eame temps qu&rsquo;il s&rsquo;affirme comme un ma&icirc;tre des relations publiques. A la fin des ann\u00e9es 1930, sa fortune change parce que le courant d&rsquo;affirmation d&rsquo;une force a\u00e9rienne s&rsquo;impose. En 1939, il est chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;USAAC, bient\u00f4t (en 1942) USAAF. Pendant la guerre Arnold est l&rsquo;architecte de la puissante force a\u00e9rienne US en m\u00eame temps qu&rsquo;il pr\u00e9pare l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;USAF ind\u00e9pendante gr\u00e2ce \u00e0 ses contacts dans l&rsquo;industrie (sa fille \u00e9pouse le fils de Donald Douglas) et \u00e0 Hollywood (son ami Jack Warner, des Warner Brothers, veille \u00e0 ce qu&rsquo;on tourne des films \u00e0 la gloire de l&rsquo;USAAF). Le 10 ao&ucirc;t 1944, il retrouve von Karman et le charge d&rsquo;une mission essentielle&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Theodore von Karman, dont on a compris la biographie dans les d\u00e9tails ci-dessus, ma&icirc;tre de l&rsquo;a\u00e9rodynamisme \u00e0 CalTech, qui conna&icirc;t Arnold, retrouve celui-ci le 10 ao&ucirc;t 1944, sur l&rsquo;a\u00e9roport de New York. Arnold le charge ce jour-l\u00e0 d&rsquo;un groupe de travail et d&rsquo;une \u00e9norme \u00e9tude sur le d\u00e9veloppement technologique qui comprendra 19 volumes: <em>Toward the Horizon<\/em>. C&rsquo;est le programme d&rsquo;action et d&rsquo;innovation technologique pour l&rsquo;industrie d&rsquo;armement, d&rsquo;a\u00e9ronautique, de l&rsquo;espace et de l&rsquo;informatique des USA jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1960. Le CMI, qui a son fondement (CalTech et le reste) et sa puissance (l&rsquo;USAAF de la guerre), a d\u00e9sormais sa \u00ab\u00a0feuille de route\u00a0\u00bb. La messe est dite.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Millikan et la philosophie du CMI<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Lorsqu&rsquo;on s&rsquo;attache aux r\u00f4les respectifs de ces quatre (cinq) hommes, on est conduit \u00e0 consid\u00e9rer l&rsquo;hypoth\u00e8se que Millikan est celui qui tient le plus important. C&rsquo;est une observation singuli\u00e8re, parce que l&rsquo;histoire officielle retient essentiellement de Millikan sa carri\u00e8re de scientifique et la pol\u00e9mique qui s&rsquo;est attach\u00e9e \u00e0 lui. Elle parle fort peu de son action dans la constitution du CMI; mais comme elle parle fort peu aussi du CMI, qui n&rsquo;a aucune existence officielle, on dira que c&rsquo;est tr\u00e8s bien ainsi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Millikan est le seul \u00e0 poss\u00e9der \u00e0 la fois une culture, une position, une vision et un dynamisme le conduisant \u00e0 travailler dans le sens de la constitution du CMI. Il est le seul homme aux &Eacute;tats-Unis, &mdash; avec Eisenhower mais <em>a contrario<\/em>, celui-ci d\u00e9non\u00e7ant le CMI dans son discours d&rsquo;adieu du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/un-general-president-nous-parle-du-cmi\">17 janvier 1961<\/a> &mdash; \u00e0 avoir exprim\u00e9 des vues pr\u00e9cises sur quelque chose qui pourrait effectivement \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 comme un \u00ab\u00a0complexe militaro-industriel\u00a0\u00bb. (Mais il faut alors songer \u00e0 remplacer le terme \u00ab\u00a0militaro\u00a0\u00bb par le terme \u00ab\u00a0scientifico\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les ann\u00e9es 1920, quand il effectue ses premi\u00e8res d\u00e9marches pouvant \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme une approche s\u00e9rieuse de ce qui deviendra le CMI (liens \u00e9tablis avec les Guggenheim, insistance pour faire venir von Karman, etc.), Millikan a des conceptions d\u00e9j\u00e0 bien faites. Cette description de Dik Alan Daso, dans <em>Hap Arnold and the Evolution of American Airpower<\/em>, nous permet de bien comprendre de quel personnage il s&rsquo;agit :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Les objectifs de Robert Millikan \u00e9taient d&rsquo;amener les programmes scientifiques de Caltech \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence nationale et de susciter l&rsquo;int\u00e9r\u00eat &ndash; et l&rsquo;investissement industriel &ndash; de l&rsquo;aviation en Californie du Sud. Millikan croyait que la science, &quot;la connaissance des faits, des lois et du processus de la nature&quot;, \u00e9tait vitale pour le destin des Am\u00e9ricains, \u00e0 condition qu&rsquo;elle soit appliqu\u00e9e correctement \u00e0 des utilisations pratiques comme l&rsquo;aviation<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cette vision se radicalise, notamment \u00e0 cause de la Grande D\u00e9pression, et se renforce de conceptions politiques et id\u00e9ologiques, sans aucun doute de tendance supr\u00e9maciste. (Certains lui firent aussi un proc\u00e8s d&rsquo;antis\u00e9mitisme. Le fait qu&rsquo;il ait travaill\u00e9 avec des juifs comme von Karman et Einstein et qu&rsquo;il ait proclam\u00e9 leurs valeurs ne rend pas caduque cette mise en cause. L&rsquo;am\u00e9ricanisme est aussi une mani\u00e8re d&rsquo;exploiter tout ce qui peut l&rsquo;\u00eatre, y compris chez ceux qu&rsquo;on d\u00e9nonce, du moment que le syst\u00e8me en est renforc\u00e9.) En 1935, Millikan d\u00e9crivait ainsi l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la Californie du Sud (outre sa fonction de centre \u00e9vident de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique naissante) \u00e0 \u00eatre la r\u00e9gion d&rsquo;accueil du complexe scientifico-industriel qu&rsquo;il envisageait:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>La Californie du Sud est aujourd&rsquo;hui, comme l&rsquo;Angleterre il y a deux cents ans, l&rsquo;avant-poste le plus occidental de la civilisation nordique,<\/em> [avec] <em>l&rsquo;opportunit\u00e9 exceptionnelle <\/em>[d&rsquo;avoir] <em>une population deux fois plus anglo-saxonne que celle existant \u00e0 New York, Chicago ou dans l&rsquo;une des grandes villes du pays<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Millikan \u00e9tait un social-darwiniste, farouchement oppos\u00e9 \u00e0 Roosevelt et \u00e0 ses conceptions sociales, celles-ci pourtant tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9ment progressistes. Roosevelt n&rsquo;eut jamais rien d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire; tout juste peut-on le voir comme un capitaliste r\u00e9formiste. Mais dans l&rsquo;esprit des conservateurs am\u00e9ricanistes comme Millikan, il n&rsquo;\u00e9tait rien de moins qu&rsquo;un socialiste pr\u00e9parant l&rsquo;av\u00e8nement du communisme et il \u00e9tait d\u00e9nonc\u00e9 comme tel. L&rsquo;id\u00e9ologie am\u00e9ricaniste de Millikan avan\u00e7ait que l&rsquo;Am\u00e9rique avait une destin\u00e9e exceptionnelle (<em>Manifest Destiny<\/em>), qui se manifesterait par une puissance destin\u00e9e \u00e0 devenir h\u00e9g\u00e9monique, qui se r\u00e9aliserait par une combinaison de brio scientifique, d&rsquo;ing\u00e9nuit\u00e9 et d&rsquo;inventivit\u00e9 industrielles impliquant l&rsquo;int\u00e9gration du progr\u00e8s technologique, sur le cimier d&rsquo;une communaut\u00e9 raciale anglo-saxonne. L&rsquo;aviation \u00e9tait l&rsquo;outil id\u00e9al pour r\u00e9aliser cette transmutation, en portant \u00e0 la fois le progr\u00e8s industriel et le progr\u00e8s technologique, et en fournissant un moyen d&rsquo;action compl\u00e8tement exceptionnel. L&rsquo;aviation avait \u00e9galement une dimension h\u00e9ro\u00efque et une tr\u00e8s forte signification symbolique qui s&rsquo;inscrivaient compl\u00e8tement dans la vision am\u00e9ricaniste et ach\u00e8veraient de donner au processus du CMI une indubitable force id\u00e9ologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Californie du Sud poss\u00e9dait les \u00e9tablissements scientifiques n\u00e9cessaires pour l&rsquo;\u00e9volution du projet: CalTech bien s&ucirc;r, avec sa formidable \u00e9quipe scientifique constitu\u00e9e par Millikan, mais aussi l&rsquo;observatoire du Mont Palomar, la Librairie Huntington. Plus tard, d&rsquo;autres \u00e9tablissements tels que le Jet Propulsion Laboratory, vinrent compl\u00e9ter le dispositif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;origine, la dimension militaire n&rsquo;\u00e9tait nullement per\u00e7ue comme n\u00e9cessaire dans le projet et elle \u00e9tait \u00e0 peine envisag\u00e9e, d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s annexe. Jusqu&rsquo;en 1938, l&rsquo;aviation produisait plus pour le domaine civil que pour le domaine militaire. Plus encore, une part importante de cette production militaire minoritaire \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exportation plus qu&rsquo;aux &Eacute;tats-Unis m\u00eames, r\u00e9duisant cette partie de l&rsquo;effort militaire \u00e0 une dimension commerciale, sans gu\u00e8re d&rsquo;effets au niveau conceptuel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout changea en 1938-39. Entre temps, Arnold avait retrouv\u00e9 toute son influence et devenait chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;U.S. Army Air Corps (future USAAF, future USAF). Le formidable effort conceptuel et industriel de l&rsquo;aviation militaire am\u00e9ricaine commen\u00e7ait. Le CMI en fut \u00e9videmment transform\u00e9. Dans la p\u00e9riode 1940-1945, Arnold joua un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l&rsquo;\u00e9volution de ce syst\u00e8me. Il avait des qualit\u00e9s de bureaucrate et d&rsquo;homme de relations publiques qui firent merveille. Il mit en place un \u00e9norme syst\u00e8me bureaucratique qui devint le principal relais du CMI au sein du gouvernement. Arnold, avec son excellent ami Jack Warner, sut rallier la propagande hollywoodienne \u00e0 la cause de l&rsquo;aviation militaire. Enfin, on l&rsquo;a vu, il d\u00e9finit avec von Karman en 1944-45 une voie de d\u00e9veloppement des technologies pour les vingt prochaines ann\u00e9es. Ces orientations vont d\u00e9boucher sur l&rsquo;expansion de la puissance militaire US, mais aussi sur la maturation de l&rsquo;industrie spatiale, de l&rsquo;\u00e9lectronique et de l&rsquo;informatique. C&rsquo;est le moteur de la grande \u00e9poque de la technologie triomphante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend combien le complexe militaro-industriel n&rsquo;est ni une usurpation, ni un \u00ab\u00a0coup d&rsquo;&Eacute;tat\u00a0\u00bb, mais au contraire l&rsquo;accomplissement logique d&rsquo;un outil d&rsquo;action et de d\u00e9veloppement et d&rsquo;un processus d&rsquo;inspiration pour le projet am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le CMI porte la Grande D\u00e9pression en lui<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Si on laissait cette proposition d&rsquo;historique du CMI en l&rsquo;\u00e9tat, on aurait trop l&rsquo;impression d&rsquo;une lin\u00e9arit\u00e9. Notre propre impression est que, si la Grande D\u00e9pression n&rsquo;avait pas eu lieu, il est possible que le CMI ne se serait pas constitu\u00e9, il est probable qu&rsquo;il ne se serait pas constitu\u00e9 sous la forme qu&rsquo;il prit \u00e0 partir de 1940-45.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est aussi avec cette intuition \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il faut appr\u00e9cier l&rsquo;importance du r\u00f4le de Robert Millikan. Le personnage, autant que la pens\u00e9e qui guide et accompagne son action, expriment d&rsquo;une fa\u00e7on proche d&rsquo;\u00eatre parfaite cette origine quasiment g\u00e9n\u00e9tique du CMI. Les racines du complexe militaro-industriel sont \u00e9videmment \u00e0 chercher dans les ann\u00e9es 1920 am\u00e9ricaines, dans leur rythme, dans leur ambition, dans leur \u00e9tonnant spiritualisme mat\u00e9rialiste. Aucune p\u00e9riode n&rsquo;est aussi clairement une transcription dans l&rsquo;action qu&rsquo;elle suscite, dans l&rsquo;orientation qu&rsquo;elle propose, dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit qu&rsquo;elle exprime, d&rsquo;une attitude philosophique g\u00e9n\u00e9rale et d&rsquo;une conception du monde, &mdash; l&rsquo;attitude et la conception qui fondent et d\u00e9finissent l&rsquo;am\u00e9ricanisme moderniste du XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le CMI est une cr\u00e9ation, une expression de puissance de l&rsquo;am\u00e9ricanisme moderniste. Il r\u00e9unit en lui les caract\u00e9ristiques fondamentales des ann\u00e9es 1920: vulgarisation des sciences d\u00e9sormais per\u00e7ues comme l&rsquo;outil de la puissance et r\u00e9alis\u00e9es dans la technologie; \u00e9litisme fond\u00e9 sur l'\u00a0\u00bbanglo-saxonisme\u00a0\u00bb ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, sur la supr\u00e9matie des races nordiques; connivence accentu\u00e9e entre le capital (l&rsquo;argent) et le monde scientifico-universitaire; affirmation du secteur priv\u00e9 contre l&rsquo;&Eacute;tat; \u00e9closion de l&rsquo;aviation; triomphe des communications et des relations publiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend mieux combien, dans ce cadre, la dimension militaire n&rsquo;est pas fondatrice du CMI. Elle en est devenue l&rsquo;outil d\u00e9sormais n\u00e9cessaire parce qu&rsquo;elle est devenue la porteuse fondamentale des technologies. Elle ne fut pas pour autant une condition sine qua non \u00e0 l&rsquo;origine du CMI. Mais entre l&rsquo;origine du CMI et son \u00e9closion se trouve l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement gigantesque de la Grande D\u00e9pression. On doit consid\u00e9rer l&rsquo;hypoth\u00e8se, comme on l&rsquo;a sugg\u00e9r\u00e9 plus haut, que la Grande D\u00e9pression joua un r\u00f4le fondamental dans les conditions de l&rsquo;\u00e9closion du complexe militaro-industriel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y eut deux effets fondamentaux de la Grande D\u00e9pression sur la psychologie et les conceptions am\u00e9ricanistes qui favoris\u00e8rent le d\u00e9veloppement du CMI. Le premier fut la perception de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du syst\u00e8me, de l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame. Pour la premi\u00e8re fois de son histoire, la psychologie am\u00e9ricaniste se trouva touch\u00e9e par la perception de la possibilit\u00e9 de l&rsquo;effondrement, de la volatilisation du syst\u00e8me. Tous les t\u00e9moins et les acteurs s&rsquo;entendent sur ce point de la puissance exceptionnelle de ce ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique. Le choc fut d&rsquo;autant plus fort que la premi\u00e8re perception \u00e9tait que cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas relative (face \u00e0 un ennemi ext\u00e9rieur, par exemple) mais ontologique. On pouvait croire d\u00e9sormais qu&rsquo;il existait dans la facture m\u00eame du syst\u00e8me une faiblesse qui pouvait se r\u00e9v\u00e9ler mortelle dans certaines circonstances.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certains t\u00e9moins et acteurs de la Grande D\u00e9pression ont fait l&rsquo;hypoth\u00e8se que la psychologie am\u00e9ricaniste fut si fortement touch\u00e9e qu&rsquo;elle en fut modifi\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on irr\u00e9m\u00e9diable. Elle se d\u00e9couvrit une cause fondamentale de pessimisme, qui allait \u00e9videmment contre la texture m\u00eame de cette psychologie. Cette contradiction fut r\u00e9solue d&rsquo;une fa\u00e7on circonstancielle par ce que nous serions conduits \u00e0 nommer une perception paroxystique de la situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est le second effet. Pour ne pas ent\u00e9riner cette effrayante d\u00e9couverte de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du syst\u00e8me, d&rsquo;un \u00ab\u00a0vice de facture\u00a0\u00bb fondamental, on fut conduit \u00e0 rejeter la cause de l&rsquo;immense accident sur un hypoth\u00e9tique Ennemi ext\u00e9rieur, sur des forces sombres acharn\u00e9es \u00e0 la perte de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Cette dimension pessimiste et paroxystique conduisit les milieux am\u00e9ricanistes qui favorisaient la constitution du CMI \u00e0 l&rsquo;orienter d&rsquo;une fa\u00e7on beaucoup plus d\u00e9fensive et agressive \u00e0 la fois qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait naturel de le voir \u00e9voluer primitivement. Cette r\u00e9action s&rsquo;exprima temporairement par une hostilit\u00e9 contre les pouvoirs publics, sp\u00e9cifiquement contre l&rsquo;administration Roosevelt d\u00e9nonc\u00e9e comme \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb. Mais cette attitude reste transitoire dans son importance et, sans dispara&icirc;tre, se r\u00e9solut par la fusion entre le CMI (celui-ci justifiant alors sa d\u00e9nomination) et les militaires \u00e0 partir de 1939-40. Au contraire, cette r\u00e9solution \u00e0 l&rsquo;amiable de l&rsquo;hostilit\u00e9 originelle entre le gouvernement et le CMI conduisit \u00e0 la mise en &oelig;uvre de l&rsquo;essentiel de ce second effet de la Grande D\u00e9pression : le CMI se transforma en un instrument g\u00e9n\u00e9ral dont la destination fut d\u00e9sormais de renforcer la puissance de l&rsquo;am\u00e9ricanisme contre l&rsquo;Ennemi ext\u00e9rieur. Cette logique, toujours active et fondamentale, justifie les deux principaux aspects de la puissance du CMI : d&rsquo;une part le d\u00e9veloppement des technologies avanc\u00e9es (avec toutes les utilisations possibles, civiles et militaires, et leur protection maximale contre les tentatives de pillage ext\u00e9rieur) ; d&rsquo;autre part, l&rsquo;int\u00e9gration de ces technologies dans la puissance militaire am\u00e9ricaniste, de fa\u00e7on \u00e0 permettre son renforcement constant contre les menaces ext\u00e9rieures.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous croyons beaucoup \u00e0 cette dualit\u00e9 d\u00e9fensive-offensive qu&rsquo;on a signal\u00e9e dans le CMI telle que nous avons essay\u00e9 de la reconstituer \u00e0 partir de ses origines. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;au d\u00e9part du CMI tel qu&rsquo;il s&rsquo;est form\u00e9 pour aboutir \u00e0 sa forme actuelle, il y a effectivement la grande peur de la Grande D\u00e9pression. Cet \u00e9norme \u00e9v\u00e9nement psychologique a irr\u00e9m\u00e9diablement transform\u00e9 le projet initial, comme il a irr\u00e9m\u00e9diablement transform\u00e9 l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre propos nous conduit par cons\u00e9quent \u00e0 voir dans le complexe militaro-industriel autre chose qu&rsquo;un accident industriel, ou un dessein industriel (ou\/et militaire, ou\/et id\u00e9ologique), qui pourrait avoir pour certains des allures de complot. En d&rsquo;autres mots, le CMI n&rsquo;est pas quelque chose de monstrueux mais venu de l&rsquo;ext\u00e9rieur, pour se greffer sur le syst\u00e8me, pour le subvertir puis le transformer. Au contraire, le CMI est le c&oelig;ur m\u00eame de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, la r\u00e9alisation fondamentale de la doctrine et de la vision du monde de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, telles qu&rsquo;elles se concr\u00e9tis\u00e8rent dans les ann\u00e9es 1920 puis telles qu&rsquo;elles furent fondamentalement modifi\u00e9es par la Grande D\u00e9pression.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;id\u00e9ologie et la psychologie plus que la puissance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Les faiblesses courantes des analyses et des \u00e9valuations du complexe militaro-industriel sont de l&rsquo;appr\u00e9cier en fonction d&rsquo;id\u00e9ologies ext\u00e9rieures \u00e0 lui (le marxisme, le capitalisme, etc.). La sp\u00e9cificit\u00e9 du CMI, son caract\u00e8re unique, son exceptionnalit\u00e9 pour employer le terme si souvent accol\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, est qu&rsquo;il est la r\u00e9alisation, en grandeur nature si l&rsquo;on veut, d&rsquo;une id\u00e9ologie sp\u00e9cifique (l&rsquo;am\u00e9ricanisme) et d&rsquo;une psychologie qui la caract\u00e9rise avec les accidents historiques essentiels.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le tort g\u00e9n\u00e9ral de ceux qui observent d&rsquo;un oeil critique la structure et l&rsquo;\u00e9volution de la puissance am\u00e9ricaniste est donc de faire du CMI une application \u00e9norme, un exemple monstrueux d&rsquo;une activit\u00e9 qui n&rsquo;est pas sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique : la production de technologie, la production d&rsquo;armement, l&rsquo;industrie aff\u00e9rente, la bureaucratie qui lui est li\u00e9e, etc. Bref, un \u00e9norme \u00ab\u00a0marchand de canons\u00a0\u00bb. Le CMI est n\u00e9cessairement tout cela mais il n&rsquo;est pas que cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;essentiel pour le d\u00e9finir est bien entendu dans cette ultime restriction. Sans elle, on ne saisit pas l&rsquo;essence fondamentale du ph\u00e9nom\u00e8ne, ce qui fait sa profonde originalit\u00e9, sa puissance unique et sa faiblesse potentielle consid\u00e9rable, &mdash; et, pour certains, et avec bien des arguments, ce qui fait de ce ph\u00e9nom\u00e8ne une menace consid\u00e9rable. On exag\u00e9rerait \u00e0 peine, et m\u00eame pas du tout, si on paraphrasait  <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=201\">les paroles de Rumsfeld<\/a>  sur la bureaucratie du Pentagone pour les proposer comme la v\u00e9ritable d\u00e9finition du danger que repr\u00e9sente le complexe militaro-industriel:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Peut-\u00eatre cet adversaire para&icirc;t ressembler \u00e0 ce que fut l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique, mais cet ennemi s&rsquo;en est all\u00e9 : nos ennemis sont aujourd&rsquo;hui plus subtils et plus implacables. Vous devez penser que je suis en train de d\u00e9crire un de ces dictateurs d\u00e9cr\u00e9pits qui survivent encore. Mais leur temps est pass\u00e9, \u00e0 eux aussi, et ils ne font pas le poids \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cet adversaire que je d\u00e9cris<\/em><em>&#8230;<\/em> &raquo;, &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire, <em>What Else ? <\/em>Le <em>Militaro-Industrial Complex<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur le CMI aux origines Le 2 f\u00e9vrier 2006, nous publi\u00e2mes un texte sur le Complexe Militaro-Industriel (CMI) am\u00e9ricaniste dans la perspective historique de sa fondation. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une reprise de la rubrique Analyse, de la Lettre d&rsquo;Analyse de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie, volume 21 n&deg;09 du 25 janvier 2005. 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