{"id":78655,"date":"2019-05-28T02:08:59","date_gmt":"2019-05-28T02:08:59","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/05\/28\/paysage-de-ruines-apres-la-bataille\/"},"modified":"2019-05-28T02:08:59","modified_gmt":"2019-05-28T02:08:59","slug":"paysage-de-ruines-apres-la-bataille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/05\/28\/paysage-de-ruines-apres-la-bataille\/","title":{"rendered":"Paysage de ruines apr\u00e8s la bataille"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Paysage de ruines apr\u00e8s la bataille<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Un succ\u00e8s mitig\u00e9 pour le RN, un \u00e9chec en demi-teinte pour LREM, une demi-surprise pour les \u00e9cologistes et une opposition pour le reste atomis\u00e9e, tant \u00e0 droite qu&rsquo;\u00e0 gauche: tel est le paysage politique qui se dessine au lendemain des Europ\u00e9ennes. Si les opposants \u00e0 Macron veulent peser, il leur faudra op\u00e9rer des r\u00e9visions d\u00e9chirantes.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Les \u00e9lections europ\u00e9ennes en France se sont d\u00e9roul\u00e9es sur des sujets essentiellement fran\u00e7ais. C&rsquo;est le premier enseignement que l&rsquo;on peut en tirer. Elles ont \u00e9t\u00e9 un vote sur le bilan du Pr\u00e9sident.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est ce qui explique que le chiffre de l&rsquo;abstention ait \u00e9t\u00e9 nettement moins \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;en 2014. Si les classes populaires, mais aussi les jeunes, se sont assez largement abstenus, le taux de participation est remont\u00e9 de presque 8 points par rapport au niveau exceptionnellement bas de 2014.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">L&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;Emmanuel Macron<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ces \u00e9lections ont vu le succ\u00e8s relatif du RN, qui bat la liste LREM-MODEM-Renaissance, conduite par Nathalie Loiseau. L&rsquo;\u00e9chec relatif de cette liste, en d\u00e9pit du soutien actif du Pr\u00e9sident, est \u00e0 relever. Emmanuel Macron s&rsquo;\u00e9tait en effet engag\u00e9 au-del\u00e0 de toute d\u00e9cence, au vu de sa fonction, pour la liste LREM. Cet engagement, \u00e0 bien des \u00e9gards scandaleux, n&rsquo;a donc pas \u00e9vit\u00e9 l&rsquo;\u00e9chec. Il est donc personnel et va se ressentir dans la capacit\u00e9 du Pr\u00e9sident \u00e0 relancer sa politique. Emmanuel Macron se retrouve sur la d\u00e9fensive et un peu plus discr\u00e9dit\u00e9, que ce soit au niveau national ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le succ\u00e8s de la liste RN emmen\u00e9e par Jordan Bardella est incontestable, mais ce n&rsquo;est nullement un triomphe. Le RN peine \u00e0 retrouver le score de 24% qu&rsquo;il avait obtenu en 2014.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9chec de la liste Loiseau est cependant \u00e0 relativiser pour deux raisons: la premi\u00e8re est le score, au-dessus des 22%, de la liste LREM. Ce n&rsquo;est donc pas un effondrement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La seconde raison c&rsquo;est l&rsquo;effondrement, par contre, de la liste LR emmen\u00e9e par Fran\u00e7ois-Xavier Bellamy. Avec l\u00e9g\u00e8rement plus de 8% et la quatri\u00e8me place, la liste LR enregistre une v\u00e9ritable d\u00e9route, qui ne pourra que mettre en cause la direction exerc\u00e9e par Laurent Wauquiez sur <em>Les R\u00e9publicains<\/em>. Cette d\u00e9route s&rsquo;explique par la polarisation entre le RN et LREM qui s&rsquo;est impos\u00e9e dans les derni\u00e8res semaines de la campagne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un certain nombre d&rsquo;\u00e9lecteurs LR se sont port\u00e9s sur ces deux listes, et sans doute plus sur celle de LREM que sur celle du RN. Ce n&rsquo;est pas \u00e9tonnant. Emmanuel Macron est devenu, \u00e0 travers le mouvement des <em>Gilets jaunes<\/em>, le symbole du parti de l&rsquo;ordre. Il \u00e9tait donc naturel qu&rsquo;une partie de l&rsquo;\u00e9lectorat de droite l\u00e9gitimiste, une partie des \u00e9lecteurs de Fran\u00e7ois Fillon au 1er tour de la Pr\u00e9sidentielle de 2017, se soit retrouv\u00e9e parmi les \u00e9lecteurs qui ont vot\u00e9 pour la liste LREM.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les cons\u00e9quences de cette situation sont contradictoires. Emmanuel Macron a, assur\u00e9ment, limit\u00e9 les d\u00e9g\u00e2ts et peut crier victoire \u00e0 court terme. Mais, son r\u00e9servoir potentiel de voix s&rsquo;est r\u00e9duit et il a \u00e9puis\u00e9 ses r\u00e9serves \u00e0 droite. Cela aura des cons\u00e9quences sur les \u00e9lections municipales \u00e0 venir en 2020, car <em>Les R\u00e9publicains<\/em> ne peuvent esp\u00e9rer remonter qu&rsquo;en se situant d\u00e9sormais dans une opposition franche et assum\u00e9e \u00e0 Emmanuel Macron. Des listes communes apparaissent d\u00e9sormais moins probables au niveau municipal. Or, c&rsquo;est \u00e0 travers ces \u00e9lections que se jouera ou se perdra la capacit\u00e9 de LREM \u00e0 s&rsquo;enraciner localement, ce qui est la condition de sa p\u00e9rennisation et donc de la capacit\u00e9 d&rsquo;Emmanuel Macron \u00e0 se repr\u00e9senter en 2022.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Succ\u00e8s d&rsquo;EELV, \u00e9chec de LFI<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le succ\u00e8s d&rsquo;EELV est incontestable. La liste d&rsquo;EELV arrive en troisi\u00e8me position avec plus de 12% des suffrages. Mais il faut se souvenir que les \u00e9lections europ\u00e9ennes ont toujours \u00e9t\u00e9 favorables aux formations \u00e9cologiques. Le score de dimanche soir n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas le plus \u00e9lev\u00e9 qui ait \u00e9t\u00e9 atteint par les \u00e9cologistes. De plus, ce score renvoie \u00e0 l&rsquo;autre surprise de ces \u00e9lections: l&rsquo;effondrement, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre mot, de la liste de la <em>France Insoumise<\/em>, conduite par Manon Aubry, ainsi que le mauvais r\u00e9sultat enregistr\u00e9 par la liste du PCF emmen\u00e9 par Ian Brossat avec autour de 2,4%.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour la <em>France Insoumise<\/em>, le probl\u00e8me est plus grave. Avec \u00e0 peine plus de 6,5%, \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec la liste du PS-Place Publique, LFI enregistre une d\u00e9route, un d\u00e9sastre magistral. Les causes en sont connues. Tout comme en Espagne, o&ugrave; <em>Podemos<\/em> paye durement ses h\u00e9sitations et son flou politique, la <em>France insoumise<\/em> a pay\u00e9 cash le changement de ligne qui s&rsquo;est produit depuis la fin du printemps 2018, et qui s&rsquo;est traduit par des man&oelig;uvres d&rsquo;appareil indignes et l&rsquo;exclusion ou le d\u00e9part volontaire de ceux que l&rsquo;on appelle les &laquo;souverainistes de gauche&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;abandon de la ligne de &laquo;rassemblement du peuple&raquo;, qui avait port\u00e9 Jean-Luc M\u00e9lenchon \u00e0 pr\u00e8s de 20% lors du 1er tour de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2017, est la cause de cet effondrement. La d\u00e9claration de Jean-Luc M\u00e9lenchon le dimanche 26 au soir, o&ugrave; l&rsquo;on pouvait entendre dans un phras\u00e9 h\u00e9sitant, et sous un vocabulaire se voulant gaullien, l&rsquo;extr\u00eame d\u00e9sarroi du chef de fait des Insoumis en t\u00e9moigne. La France Insoumise ne pourra faire l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;une autocritique de fond, impliquant tant un r\u00e9ajustement de la ligne politique &ndash;qui devrait revenir aux positions du printemps 2017&ndash; que celui d&rsquo;une forme d&rsquo;institutionnalisation d\u00e9mocratique, avec des structures au fonctionnement clair et transparent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le probl\u00e8me principal est bien celui de la ligne politique. D&rsquo;aucuns, qui ne r\u00eavent que de ramener la FI vers des positions st\u00e9riles d&rsquo;union des gauches, l&rsquo;ont bien compris. On a pu le voir au cours de la soir\u00e9e post\u00e9lectorale. Mais la question de la d\u00e9mocratie interne et de la transparence a aussi eu son r\u00f4le dans cet \u00e9chec. <em>LFI<\/em> n&rsquo;a pas donn\u00e9 d&rsquo;elle-m\u00eame le meilleur des visages ces neuf derniers mois. Il est cependant \u00e0 craindre que la victoire du RN entra&icirc;ne certains des cadres dans une logique d&rsquo;antifascisme d&rsquo;op\u00e9rette et de pacotille, alors que la logique consisterait \u00e0 contester l&#8217;emprise du RN sur les masses populaires en r\u00e9pondant \u00e0 leurs aspirations et en renouant avec le th\u00e8me de la souverainet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Souverainistes, le prix de la division<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il faut examiner l&rsquo;\u00e9chec des diff\u00e9rentes formations se r\u00e9clamant aussi de la souverainet\u00e9. Elles payent toutes leur manque de maturit\u00e9 politique. Le parti de Nicolas Dupont-Aignan, DLF, face \u00e0 la chute spectaculaire de la liste LR, aurait d&ucirc; normalement progresser. Or, il recule par rapport \u00e0 son score du 1er tour de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Une analyse s\u00e9rieuse de la strat\u00e9gie, mais aussi du style de direction, s&rsquo;impose comme condition de la survie m\u00eame de ce parti.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ceci est vrai aussi pour l&rsquo;UPR et Les Patriotes. L&rsquo;UPR ne d\u00e9passe les 1% que de peu, et Les Patriotes sont \u00e0 0,7%. Pourtant, leur exposition m\u00e9diatique a \u00e9t\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 celle du Parti animaliste, qui a fait autour de 2,4%. Il est plus que temps qu&rsquo;un terme soit mis aux exclusives, au comportement sectaire des uns et des autres. L&rsquo;existence d&rsquo;autant de micropartis ne se justifie pas et les condamne \u00e0 v\u00e9g\u00e9ter, comme c&rsquo;est actuellement le cas. La question d&rsquo;une fusion entre DLF, l&rsquo;UPR et <em>Les Patriotes<\/em> se pose et elle est d&rsquo;autant plus importante que l&rsquo;\u00e9chec de la strat\u00e9gie de DLF, qui avait mod\u00e9r\u00e9 ses positions quant \u00e0 l&rsquo;UE dans l&rsquo;espoir de grignoter des morceaux des R\u00e9publicains, est patent. La l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;existence de ces trois partis est directement pos\u00e9e apr\u00e8s les \u00e9lections europ\u00e9ennes du 26 mai. Et quand on se r\u00e9clame du gaullisme et de la souverainet\u00e9, on devrait accorder une certaine importance \u00e0 la question de la l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;en reste pas moins que, fors le RN, l&rsquo;opposition \u00e0 Emmanuel Macron est en miettes. La force de ce dernier vient de la faiblesse de ses adversaires. Ils ne peuvent esp\u00e9rer refonder leur l\u00e9gitimit\u00e9 et construire les conditions de leur unit\u00e9 qu&rsquo;au travers des comit\u00e9s pour le recueil des 4,7 millions de voix qui sont n\u00e9cessaires pour que le r\u00e9f\u00e9rendum sur la privatisation d&rsquo;ADP ait lieu. L&rsquo;engagement dans cette campagne sans calcul d&rsquo;appareil et sans exclusive sera donc le test dans les semaines qui viennent pour savoir si une opposition \u00e0 Emmanuel Macron est capable de se reconstituer, de rebondir et de travailler ensemble, ce qui sera la cl\u00e9 de son succ\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Jacques Sapir<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(Article paru dans <em>Spoutnik-<\/em>fran\u00e7ais le <a href=\"https:\/\/fr.sputniknews.com\/points_de_vue\/201905271041254280-elections-europeennes-paysage-de-ruines-apres-la-bataille\/\">27 mai 2019<\/a>.)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paysage de ruines apr\u00e8s la bataille Un succ\u00e8s mitig\u00e9 pour le RN, un \u00e9chec en demi-teinte pour LREM, une demi-surprise pour les \u00e9cologistes et une opposition pour le reste atomis\u00e9e, tant \u00e0 droite qu&rsquo;\u00e0 gauche: tel est le paysage politique qui se dessine au lendemain des Europ\u00e9ennes. Si les opposants \u00e0 Macron veulent peser, il&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[2803,4141,8384,2711,2617,8315,3314,7823],"class_list":["post-78655","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-effondrement","tag-elections","tag-europeennes","tag-le","tag-macron","tag-melenchon","tag-pen","tag-sapir"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78655","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78655"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78655\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78655"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78655"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}