{"id":78674,"date":"2019-06-07T11:13:22","date_gmt":"2019-06-07T11:13:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/06\/07\/le-6-juin-de-phg\/"},"modified":"2019-06-07T11:13:22","modified_gmt":"2019-06-07T11:13:22","slug":"le-6-juin-de-phg","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/06\/07\/le-6-juin-de-phg\/","title":{"rendered":"Le 6 juin de PhG"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le 6 juin de PhG<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>7 juin 2019 &ndash; Je l&rsquo;avoue, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surpris, non stup\u00e9fait par la couverture hallucinante de nos grands r\u00e9seaux des fantastiques \u00e9v\u00e9nements du 5 et 6 juin 2019. Tel(le) journaliste ouvrant un d\u00e9bat o&ugrave; les d\u00e9batteurs soi-disant de bords adverses vont d\u00e9verser des tonnes de guimauve synth\u00e9tique m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 du sirop McDonald sur le \u00ab\u00a0souvenir de nos grands alli\u00e9s venus d\u00e9livrer la France du joug nazi et \u00e0 eux seuls remporter la deuxi\u00e8me Guerre Mondiale\u00a0\u00bb, par cette proposition (je cite de m\u00e9moire bienpensante, c&rsquo;est-\u00e0-dire transform\u00e9e comme il convient) : \u00ab\u00a0Alors, messieurs, croyez-vous que la c\u00e9l\u00e9bration de ce grand et glorieux \u00e9v\u00e9nement va rappeler aux alli\u00e9s [de l&rsquo;Occident am\u00e9ricaniste un-et-indivisible] combien leur alliance est n\u00e9cessaire \u00e0 la civilisation, \u00e0 la paix et aux droits de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb&#8230; \u00ab\u00a0Oui, oui, bien s&ucirc;r\u00a0\u00bb, furent leur unanime r\u00e9ponse. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surpris et \u00e9galement \u00e9c&oelig;ur\u00e9. Rien d&rsquo;inattendu pourtant, mais tout de m\u00eame, la veulerie, l&rsquo;inculture et le conformisme int\u00e9gral continuent \u00e0 me stup\u00e9fier ; et aussi, \u00e0 me fasciner, tant la bassesse des esprits continu\u00e9e \u00e0 ce point devient un objet d&rsquo;observation presque magique, tant l&#8217;emprise satanique sur les esprits est d&rsquo;une force in\u00e9gal\u00e9e <strong>qui doit mobiliser votre attention jusqu&rsquo;\u00e0 une sorte de fascination critique <\/strong>(ne pas pouvoir d\u00e9tacher son regard de l&rsquo;objet observ\u00e9 tout en accumulant les critiques que sa situation, sa complaisance pour lui-m\u00eame, sa satisfaction d&rsquo;\u00eatre justifient mille fois, <strong>et vous voil\u00e0 renforc\u00e9 \u00e0 mesure<\/strong>). Cela pour les quelques instants que je consacrai \u00e0 la chose. Je zappais de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre \u00e9c&oelig;urement avec l&rsquo;une ou l&rsquo;autre cha&icirc;ne, l&rsquo;une ou l&rsquo;autre bassesse, avant de passer \u00e0 des m\u00e9ditations plus saines, notamment l&rsquo;excellente s\u00e9rie TV de Fr\u00e9d\u00e9ric Mitterrand sur \u00ab\u00a0Les \u00e9crivains dans la guerre\u00a0\u00bb, avec notamment un chapitre sur Simone Weil, cette jeune femme si brillante, juive en mal de catholicisme, qui consid\u00e9rait la mort comme le seul instant de la vie digne d&rsquo;\u00eatre v\u00e9cu par les promesses qu&rsquo;il ouvre, qui v\u00e9cut et mourut comme une sainte, et qui mourut au nom de tous ceux qui se battaient&#8230; <strong>Comparez cela avec la comm\u00e9moration des 5-6 juin 2019<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour moi qui me reporte toujours \u00e0 ma grandiose jeunesse, le 6 juin est coinc\u00e9 entre deux productions cin\u00e9matographiques de la m\u00eame sorte, de 1962 et 1966, qui s&rsquo;interpellent et se r\u00e9pondent en s&rsquo;affrontant subrepticement : <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Jour_le_plus_long\">Le jour le plus long<\/a> <\/em>et <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paris_br%C3%BBle-t-il_%3F_(film)\">Paris br&ucirc;le-t-il ?<\/a> <\/em>C&rsquo;\u00e9tait le temps o&ugrave; les Europ\u00e9ens, c&rsquo;est-\u00e0-dire les Fran\u00e7ais, r\u00e9pondaient aux agressions am\u00e9ricanistes d&rsquo;Hollywood avec relais britannique, dans le champ de la r\u00e9cup\u00e9ration des \u00e9v\u00e9nements historiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pas invit\u00e9, Poutine n&rsquo;est pas venu pour ce cru 2019 : qu&rsquo;est-ce que les Russes ont \u00e0 voir avec cet \u00e9v\u00e9nement qu&rsquo;est la victoire uniquement et seulement am\u00e9ricaniste de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale ? Il est bon d&rsquo;affirmer sa puissance comme on peut, avec l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance qu&rsquo;on a, <strong>alors on n&rsquo;invite pas<\/strong>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Malgr\u00e9 l&rsquo;insistance de ses ministres, de Gaulle, ripostant au <em>Jour le plus long<\/em>, n&rsquo;avait pas assist\u00e9 non plus \u00e0 la comm\u00e9moration de 1964, dans ces termes selon Alain Peyrefitte : &laquo;  <em>C&rsquo;est Pompidou qui vous a demand\u00e9 de revenir \u00e0 la charge ? (Je ne cille pas).<\/em><em>Eh bien, non ! Ma d\u00e9cision est prise ! La France a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e comme un paillasson ! Churchill m&rsquo;a convoqu\u00e9 d&rsquo;Alger \u00e0 Londres, le 4 juin, il m&rsquo;a fait venir dans un train o&ugrave; il avait \u00e9tabli son quartier g\u00e9n\u00e9ral, comme un ch\u00e2telain sonne son ma&icirc;tre d&rsquo;h\u00f4tel. Et il m&rsquo;a annonc\u00e9 le d\u00e9barquement, sans qu&rsquo;aucune unit\u00e9 fran\u00e7aise ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue pour y participer. Nous nous sommes affront\u00e9s rudement. Je lui ai reproch\u00e9 de se mettre aux ordres de Roosevelt, au lieu de lui imposer une volont\u00e9 <strong>europ\u00e9enne<\/strong>(il appuie)<\/em>.<\/p>\n<p>&raquo; <em>Il m&rsquo;a cri\u00e9 de toute la force de ses poumons : \u00ab\u00a0De Gaulle, dites-vous bien que quand j&rsquo;aurai \u00e0 choisir entre vous et Roosevelt, je pr\u00e9f\u00e9rerai toujours Roosevelt ! Quand nous aurons \u00e0 choisir entre les Fran\u00e7ais et les Am\u00e9ricains, nous pr\u00e9f\u00e9rerons toujours les Am\u00e9ricains ! Quand nous aurons \u00e0 choisir entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large !\u00a0\u00bb (Il me l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit. Ce souvenir est ind\u00e9l\u00e9bile.)<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(&#8230; \u00ab\u00a0Souvenir ind\u00e9l\u00e9bile\u00a0\u00bb d&rsquo;accord, mais qu&rsquo;il s&rsquo;agit tout de m\u00eame de compl\u00e9ter pour \u00eatre <em>fair-play <\/em>avec les <em>British<\/em>, d&rsquo;apr\u00e8s le rapport que de Gaulle lui-m\u00eame en fit dans ses <em>M\u00e9moires de guerre<\/em> : &laquo; &#8230;<em>Apr\u00e8s cette sortie <\/em>[de Churchill]<em>, Eden, hochant la t\u00eate, ne me para&icirc;t gu\u00e8re convaincu. Quant \u00e0 Bevin, ministre travailliste du Travail <\/em>[et vice-Premier ministre]<em>, il vient \u00e0 moi et me d\u00e9clare assez haut pour que chacun l&rsquo;entende : \u00ab\u00a0Le Premier ministre vous a dit que, dans tous les cas, il prendrait le parti du pr\u00e9sident des &Eacute;tats-Unis. Sachez qu&rsquo;il a parl\u00e9 pour son compte et nullement au nom du cabinet britannique<\/em>.<em>\u00a0\u00bb <\/em>&raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De Gaulle dit encore \u00e0 Peyrefitte, en quelques mots furieux, <strong>ce que signifiait exactement ce grand \u00e9v\u00e8nement du 6 juin<\/strong>, non pour la guerre elle-m\u00eame qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9e depuis les victoires russes de 1943, de Stalingrad et de Koursk, <strong>mais pour l&rsquo;apr\u00e8s-guerre des nations du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-bloc-bao-1\">bloc-BAO<\/a>, de \u00ab\u00a0glorieux alli\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0glorieux alli\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong> : &laquo; <em>Le d\u00e9barquement du 6 juin, \u00e7&rsquo;a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;affaire des Anglo-Saxons, d&rsquo;o&ugrave; la France a \u00e9t\u00e9 exclue. Ils \u00e9taient bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 s&rsquo;installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s&rsquo;appr\u00eataient \u00e0 le faire en Allemagne !<\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>Ils avaient pr\u00e9par\u00e9 leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France \u00e0 mesure de l&rsquo;avance de leurs arm\u00e9es. Ils avaient imprim\u00e9 leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forc\u00e9. Ils se seraient conduits en pays conquis<\/em>.<em>Et vous voudriez que j&rsquo;aille comm\u00e9morer leur d\u00e9barquement, alors qu&rsquo;il \u00e9tait le pr\u00e9lude \u00e0 une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi !<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi est-on fond\u00e9 \u00e0 juger qu&rsquo;ils ont c\u00e9l\u00e9br\u00e9 hier, une fois de plus, une \u00ab\u00a0seconde occupation\u00a0\u00bb, non seulement du pays mais de l&rsquo;Europe, par ceux devant lesquels tous s&rsquo;inclinent. Et encore, comme le laisse entendre Poutine, est-il assur\u00e9 qu&rsquo;il y a d&rsquo;autres choses \u00e0 faire, et des plus urgentes, que ces constantes c\u00e9r\u00e9monies de comm\u00e9moration qui nous permettent d&rsquo;affirmer que si nous ne sommes plus ce que nous avons \u00e9t\u00e9 nous aimerions bien l&rsquo;\u00eatre encore et nous le sommes alors au moins pour cette comm\u00e9moration, quoiqu&rsquo;il apparaisse que la repr\u00e9sentation de ce que nous f&ucirc;mes restent tout de m\u00eame dans le halo d&rsquo;un brouillard incertain et un peu suspect de d\u00e9formation ; et puis, il reste les paillettes et l&rsquo;impression de gloire un peu factice accompagnant toutes les superproductions hollywoodiennes, surtout lorsqu&rsquo;elles sont copi\u00e9es par les Europ\u00e9ens ; et d&rsquo;ailleurs, toujours <a href=\"https:\/\/fr.sputniknews.com\/france\/201906061041364766-poutine-commente-le-fait-de-ne-pas-avoir-ete-invite-a-lanniversaire-du-debarquement-en-france\/\">selon Poutine<\/a>, <strong>ce sont les g\u00e9n\u00e9raux d&rsquo;op\u00e9rette, rien de moins, qui suivent cette sorte de c\u00e9r\u00e9monies<\/strong> : &laquo;<em> Pourquoi devraient-ils toujours m&rsquo;inviter partout? Je suis quoi, un g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;op\u00e9rette ? J&rsquo;ai assez de choses \u00e0 faire ici, ce n&rsquo;est absolument pas un probl\u00e8me <\/em>&raquo;<em>.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce constant ressassement de l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 am\u00e9ricaniste et occidentaliste, ce supr\u00e9macisme qui leur colle aux discours comme le sparadrap du capitaine Haddock, me conduisent \u00e0 penser qu&rsquo;il faut soi-m\u00eame, sans d\u00e9semparer, sans se d\u00e9courager jamais, sans cesse remettre sur le m\u00e9tier ces <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9s-de-situation<\/a> qui composent la v\u00e9ritable m\u00e9moire, celle de notre nostalgie et nullement celle de leurs mensonges&#8230; La Seconde Guerre mondiale, et l\u00e0-dedans le d\u00e9barquement du 6 juin 1944, forment une importante \u00e9trape de la formation de l&rsquo;infamie grotesque dont nous subissons aujourd&rsquo;hui la Grande Crise G\u00e9n\u00e9rale ; d&rsquo;o&ugrave; cette intention qui m&rsquo;est venue de remettre en ligne, ci-dessous, un texte du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-quelques-souvenirs-rectifies\">9 mai 2014<\/a>, comportant une appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale de la Seconde Guerre mondiale, et notamment des pr\u00e9cisions concernant le r\u00f4le de l&rsquo;exceptionnelle et indispensable puissance de l&rsquo;am\u00e9ricanisme&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Notes sur quelques souvenirs rectifi\u00e9s<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, elle, devint d\u00e8s son imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, et n&rsquo;a plus cess\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre depuis, un formidable \u00e9v\u00e9nement de communication l\u00e9gitimant l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaniste sur le monde et la pr\u00e9sence quasiment consubstantielle des USA en Europe. Parall\u00e8lement et d&rsquo;une fa\u00e7on antith\u00e9tique, le r\u00f4le essentiel sinon d\u00e9cisif de la Russie (l&rsquo;URSS) dans ce conflit a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement minor\u00e9, r\u00e9duit, sinon \u00e9cart\u00e9 et \u00ab\u00a0oubli\u00e9\u00a0\u00bb. L\u00e0 aussi, il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement de communication qui est, comme le premier aspect, toujours d&rsquo;actualit\u00e9 pour pr\u00e9tendre fonder des l\u00e9gitimit\u00e9s historiques qui ne sont en v\u00e9rit\u00e9 que factices, et rien que simulacres.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">R\u00f4le du \u00ab\u00a0monoth\u00e9isme politique\u00a0\u00bb des USA<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cette \u00e9vocation de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale que nous proposons ici n&rsquo;est nullement une entreprise historique conventionnelle, habituelle lors des c\u00e9l\u00e9brations, mais une d\u00e9marche tr\u00e8s actuelle concernant un \u00e9v\u00e9nement de communication dont les effets sont toujours tr\u00e8s puissants aujourd&rsquo;hui. Cet \u00e9v\u00e9nement de communication rest\u00e9 si actif a \u00e9videmment son r\u00f4le, tr\u00e8s important lui aussi, dans la crise ukrainienne. Cette crise, aujourd&rsquo;hui, ne concerne qu&rsquo;accessoirement l&rsquo;Ukraine, parce qu&rsquo;elle est devenue, en se d\u00e9veloppant et en se transmutant en quelques semaines, sans planification mais par la seule dynamique de la surpuissance de la politique-Syst\u00e8me, <strong>une attaque frontale de la Russie<\/strong>, et peut-\u00eatre l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement final de la crise g\u00e9n\u00e9rale que nous affrontons, et peut-\u00eatre l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement capital de la crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me. C&rsquo;est dans ce cadre qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer cet \u00e9v\u00e9nement de communication, et notre tentative d&rsquo;\u00e9vocation de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que nous allons \u00e9voquer de cette Deuxi\u00e8me Guerre, ce n&rsquo;est pas le r\u00f4le de la Russie (de l&rsquo;URSS), dont les actes historiques sont connus. (Nous avons encore \u00e9voqu\u00e9 ce r\u00f4le dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre argument de notre texte du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-destin_e_russe_06_05_2014.html\">6 mai 2014<\/a>.) Nous allons \u00e9voquer l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de communication qui fait que le r\u00f4le de la Russie (de l&rsquo;URSS) est ainsi outrageusement ignor\u00e9 au m\u00e9pris de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement faisant de l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 la fois le d\u00e9miurge tout puissant et incontest\u00e9, le concepteur avis\u00e9 et organis\u00e9, l&rsquo;acteur essentiel et h\u00e9ro\u00efque, le vainqueur principal jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre d&rsquo;une essence diff\u00e9rente et n\u00e9cessairement vertueuse de cette guerre. (On en parlera \u00e0 nouveau, sans le moindre doute, dans des torrents d&rsquo;acclamations pour l&rsquo;Am\u00e9rique salvatrice de nos origines vertueuses et postmodernes, le 6 juin 2014, lorsque sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en Normandie le 70\u00e8me anniversaire du d\u00e9barquement de Normandie. Cette analyse sera \u00e0 nouveau d&rsquo;actualit\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, c&rsquo;est sur ce montage de communication qu&rsquo;est fond\u00e9e la pseudo-l\u00e9gitimit\u00e9 des USA sur le monde \u00e0 partir de 1945, comme si l'\u00a0\u00bbexceptionnalisme\u00a0\u00bb am\u00e9ricaniste n&rsquo;\u00e9tait rien de moins qu&rsquo;une sorte de monoth\u00e9isme politique ainsi impos\u00e9 \u00e0 un monde qui avait imprudemment proclam\u00e9 la \u00ab\u00a0mort de Dieu\u00a0\u00bb. Cette <em>narrative<\/em> quasi-m\u00e9taphysique, ais\u00e9ment d\u00e9clin\u00e9 lors de la toute-puissance des USA, est devenue aujourd&rsquo;hui un instrument implicite de la guerre de communication que livre le bloc BAO, avec le Syst\u00e8me pour l&rsquo;y pousser. (Il ne fait aucun doute pour nous que la <strong>haine extraordinaire<\/strong> qui accompagne l&rsquo;appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale du Syst\u00e8me et du bloc BAO de la Russie et de Poutine repose sur la perception du sacril\u00e8ge repr\u00e9sent\u00e9 par la pr\u00e9tention de la Russie de refuser la soumission \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement du \u00ab\u00a0monoth\u00e9isme politique\u00a0\u00bb des USA ; et ce sacril\u00e8ge devenu, dans la fi\u00e8vre de ces derni\u00e8res ann\u00e9es o&ugrave; le Syst\u00e8me se d\u00e9bat dans sa crise fondamentale, quasiment m\u00e9taphysique, &ndash; certes, de la cat\u00e9gorie de la \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique en toc\u00a0\u00bb, ou m\u00e9taphysique-simulacre [voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_psychanalytiques_et_m_taphysiques_sur_9_11_11_10_2011.html\">10 octobre 2011<\/a>] caract\u00e9risant notre pens\u00e9e si basse, &ndash; mais tout aussi pressante que la vraie pour nos petits esprits produisant notre pens\u00e9e si basse.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La guerre comme production hollywoodienne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, nous favorisons cette interpr\u00e9tation de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale comme un \u00e9v\u00e9nement de communication dont la manufacture est \u00e9videmment compl\u00e8tement inspir\u00e9e des studios de Hollywood. [&#8230;] <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Des studios du cin\u00e9matographe, nous passons ais\u00e9ment \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 puisque la r\u00e9alit\u00e9 est d\u00e9sormais celle qui sort des studios, et rien d&rsquo;autre ne s&rsquo;y peut comparer en v\u00e9rit\u00e9. Le professeur George H. Roeder Jr., qui est professeur of liberal art, dont l&rsquo;image du cin\u00e9matographe fait partie, et nullement historien, nous pr\u00e9sente la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale sous les traits d&rsquo;une \u00ab\u00a0guerre censur\u00e9e\u00a0\u00bb ; mais bien au-del\u00e0 de cet aspect somme toute conjoncturel, il nous instruit dans ses remarques introductives de ceci qui r\u00e9sume notre propos \u00e0 merveille : \u00ab\u00a0La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut le premier film dans lequel chaque Am\u00e9ricain pouvait avoir un r\u00f4le. <\/em>[&#8230;] <em>La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale offrit \u00e0 chaque citoyen [am\u00e9ricain] le double r\u00f4le de spectateur et de participant.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>George H. Roeder Jr. nous dit bien plus de la r\u00e9elle substance de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, de sa puissance et de son influence sur la psychologie am\u00e9ricaniste (et sur le renforcement de l&rsquo;am\u00e9ricanisation de la psychologie des Am\u00e9ricains), dans cette fa\u00e7on \u00ab\u00a0cin\u00e9matographique\u00a0\u00bb de l&rsquo;aborder, et il nous dit bien plus par cons\u00e9quent sur l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste ainsi sortie du spectre de la Grande D\u00e9pression, cette \u00e9pouvantable agression de la r\u00e9alit\u00e9, cette scandaleuse provocation en v\u00e9rit\u00e9 ; il nous en dit bien plus que toutes les studieuses et laborieuses, et n\u00e9cessairement conformistes, \u00e9tudes historiographiques enfant\u00e9es par le syst\u00e8me. Il ne s&rsquo;agit pas ici de signaler un \u00e0-c\u00f4t\u00e9, un aspect int\u00e9ressant mais tout de m\u00eame marginal de la perception du grand conflit, notamment chez les Am\u00e9ricains mais \u00e9galement sur les terres ext\u00e9rieures. Au contraire, nous pr\u00e9tendons d\u00e9crire la substance de la chose, telle qu&rsquo;elle fut model\u00e9e par la communication. L&rsquo;appr\u00e9ciation de George H. Roeder Jr., si elle para&icirc;t sortir du laboratoire original mais limit\u00e9 du sp\u00e9cialiste, concerne au contraire l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne. La politique g\u00e9n\u00e9rale, les appr\u00e9ciations des dirigeants de cette politique, du moins ceux qui sont acquis au syst\u00e8me, montrent une transcription en des concepts \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb de cette fa\u00e7on de percevoir l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une v\u00e9ritable mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;Histoire dans laquelle croit entrer l&rsquo;Am\u00e9rique, alors que ce qu&rsquo;elle fait est de tenter d&rsquo;annexer l&rsquo;Histoire pour la faire \u00ab\u00a0traiter\u00a0\u00bb par les r\u00e9giments de sc\u00e9naristes de Hollywood ; pour un certain temps, quelques d\u00e9cennies au moins, on put consid\u00e9rer que le tour avait r\u00e9ussi, passe-passe certes, mais dans le cadre s\u00e9rieux de l&rsquo;industrie cin\u00e9matographique. Dans tous les cas, il s&rsquo;agit de convenir que la communication, l\u00e0 encore, constitue l&rsquo;arme absolue de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>Puisque la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut un film o&ugrave; les Am\u00e9ricains \u00e9taient acteurs et dont ils \u00e9taient les spectateurs, il importait que ce film f&ucirc;t tourn\u00e9 \u00e0 Hollywood, que les bons y triomphassent sans qu&rsquo;on puisse \u00e9mettre le moindre doute sur leur vertu et leur puissance, que les mauvais y fussent punis \u00e0 mesure, que les acolytes fussent mis \u00e0 leur place et ainsi de suite. Ainsi la Deuxi\u00e8me Guerre devint-elle une guerre am\u00e9ricaniste et, v\u00e9ritablement, l&rsquo;aube claire et radieuse d&rsquo;une \u00e9poque nouvelle et sans pr\u00e9c\u00e9dent&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Premier aspect : l&rsquo;Am\u00e9rique vertueuse, seule victorieuse<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de nos historiens postmodernes est ax\u00e9e sur la conception absolument exclusive qu&rsquo;en 1941-45, les USA ont sauv\u00e9 l&rsquo;Europe et le monde, qu&rsquo;ils ont battu l&rsquo;Allemagne nazie, avec les autres certes mais, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, comme s&rsquo;ils \u00e9taient seuls et comme s&rsquo;ils \u00e9taient les seuls \u00e0 le pouvoir. Cette th\u00e8se est sous-jacente dans nombre de productions am\u00e9ricanistes du syst\u00e8me de la communication, comme, par exemple, dans un film aussi fameux et pr\u00e9sent\u00e9 comme une quasi-r\u00e9f\u00e9rence historique pour la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale que <em>Saving Private Ryan<\/em>, de Steven Spielberg. L&rsquo;on y voit effectivement, comme en une fresque \u00e0 la fois d\u00e9cisive et d\u00e9finitive, le 6 juin 1944 avec pas un seul Anglais, pas un seul Canadien, et quelques indig\u00e8nes, ou autochtones, ou Fran\u00e7ais, parqu\u00e9s dans leurs villages et pas vraiment exaltants, ni d&rsquo;intelligence, ni de dignit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Pour ce premier aspect de l'\u00a0\u00bbAm\u00e9rique vertueuse\/victorieuse\u00a0\u00bb, nous empruntons des parties importantes d&rsquo;un texte que nous avions publi\u00e9 le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-en_souvenir_de_vous_16_02_2003.html\">16 f\u00e9vrier 2003<\/a>. Comme dans un emprunt \u00e9galement important d&rsquo;un second texte [voir plus bas], nous ne signalons pas pr\u00e9cis\u00e9ment les reprises <em>verbatim<\/em> de ce texte pour permettre une meilleure int\u00e9gration de cette analyse.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">L&rsquo;Allemagne vaincue en 1943, &ndash; sans les USA<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, la v\u00e9rit\u00e9 historique est tout autre et m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre rappel\u00e9e \u00e0 une occasion ou l&rsquo;autre. Celle de la c\u00e9l\u00e9bration de la victoire de 1945, sur fond de crise ukrainienne, est une de ces occasions, sans nul doute&#8230; D&rsquo;o&ugrave; ces quelques remarques<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;\u00e9valuation g\u00e9n\u00e9rale de la guerre est que la machine de guerre allemande a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e lors de trois chocs : El Alamein, Stalingrad et Koursk en 1942-1943. Les Am\u00e9ricains ne particip\u00e8rent \u00e0 aucune de ces batailles et n&rsquo;en influenc\u00e8rent aucune, ni par leur strat\u00e9gie, ni par leur mat\u00e9riels. (Tout juste peut-on signaler l&#8217;emploi en nombre significatif de Curtiss P-40 <em>KittyHawk<\/em> et de Douglas A-20 <em>Boston<\/em>, bien adapt\u00e9s au d\u00e9sert, par les Britanniques dans la campagne d&rsquo;El Alamein, &mdash; rien de d\u00e9cisif, sans aucun doute). La bataille de Koursk notamment, formidable affrontement de plus de deux millions d&rsquo;hommes durant pr\u00e8s de 50 jours, est fondamentale et marque la d\u00e9faite d\u00e9cisive de l&rsquo;Allemagne, en brisant la colonne vert\u00e9brale de la machine de guerre allemande. <em>Wikip\u00e9dia<\/em> peut \u00e9crire dans son article \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bataille_de_Koursk\">bataille de Koursk<\/a>\u00a0\u00bb :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>&#8230; Apr\u00e8s cette d\u00e9faite, la Wehrmacht ne parvint plus jamais \u00e0 reprendre l&rsquo;offensive sur le front russe. Elle subit d\u00e8s lors une pouss\u00e9e continue, parsem\u00e9e de d\u00e9faites successives, qui allait conduire \u00e0 la lib\u00e9ration du territoire sovi\u00e9tique de l&rsquo;occupation nazie, \u00e0 la travers\u00e9e de la Pologne par l&rsquo;Arm\u00e9e rouge et enfin \u00e0 la conqu\u00eate de Berlin. Mais apr\u00e8s cette bataille, fin ao&ucirc;t 1943, il appara&icirc;t que l&rsquo;Allemagne a probablement d\u00e9j\u00e0 perdu la Seconde Guerre mondiale.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les consid\u00e9rations sur l&rsquo;altruisme am\u00e9ricain de venir \u00ab\u00a0lib\u00e9rer\u00a0\u00bb l&rsquo;Europe sont \u00e9mouvantes et peuvent avoir leur place dans un \u00e9tat d&rsquo;esprit sentimental. A c\u00f4t\u00e9 de cela, elles deviennent futiles d\u00e8s lors que la g\u00e9opolitique est s\u00e9rieusement prise en compte, d\u00e8s lors qu&rsquo;on observe que l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e9tait directement menac\u00e9e : Pearl Harbor \u00e9tait l&rsquo;\u00e9tape vers la Californie, la guerre \u00e9tait mondiale et la s\u00e9curit\u00e9 nationale des USA, ainsi que leurs ambitions expansionnistes, \u00e9taient d\u00e9sormais concern\u00e9es par les menaces japonaise et allemande. Cela n&#8217;emp\u00eachait pas les calculs pr\u00e9cis : selon Mark Perry, dans son livre <em>Four Stars<\/em> (Houghton Miflin, Boston, 1989), l&rsquo;US Navy avait une strat\u00e9gie dite de <em>Pacific First<\/em> et entendait n&rsquo;intervenir que le plus tard possible dans l&rsquo;Atlantique pour que la Royal Navy subisse le plus de pertes possibles et soit l&rsquo;obstacle le plus r\u00e9duit possible \u00e0 la volont\u00e9 de domination navale de l&rsquo;US Navy dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Au contraire, l&rsquo;US Army, qui d\u00e9fendait ses exigences professionnelles, plaidait qu&rsquo;une intervention terrestre importante et rapide en Europe permettrait aux USA de faire reculer de fa\u00e7on substantielle, \u00e0 leur profit, l&rsquo;influence britannique en Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Quelques mots de De Gaulle \u00e0 Churchill<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La fable de l&rsquo;Am\u00e9rique emportant quasiment seule la guerre et sauvant le monde et la libert\u00e9 fut un montage virtualiste et m\u00e9diatique auquel le Royaume-Uni pr\u00eata lui-m\u00eame son concours, effa\u00e7ant d&rsquo;autant son propre r\u00f4le. La tactique de Churchill \u00e9tait de s&rsquo;effacer derri\u00e8re les USA pour s&rsquo;accrocher \u00e0 eux (<em>special relationships<\/em>) et profiter (tenter de profiter) de leur future puissance. D\u00e8s 1942, les Britanniques consentaient de fa\u00e7on contestable aux Am\u00e9ricains des commandements importants pour que ces derniers puissent affirmer leur pr\u00e9tention \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence politique. De Gaulle avait parfaitement saisi cela. Ce passage de ses <em>M\u00e9moires de guerre<\/em> est \u00e0 lire et \u00e0 relire; il d\u00e9crit un d\u00e9jeuner \u00e0 Downing Street le 18 novembre 1942, dix jours apr\u00e8s le d\u00e9barquement en Afrique du Nord dont le Royaume-Uni avait laiss\u00e9 le commandement aux Am\u00e9ricains. (Extrait des <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, P.315-316, <em>Trag\u00e9die<\/em>, collection La Pl\u00e9iade.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>&#8230;Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner \u00e0 Downing Street, o&ugrave; toute la bonne gr\u00e2ce de Mme Churchill eut fort \u00e0 faire pour animer la conversation parmi les dames inqui\u00e8tes, et les hommes, lourdement soucieux, le Premier Ministre et moi repr&icirc;mes en t\u00eate \u00e0 t\u00eate l&rsquo;entretien: \u00ab\u00a0Pour vous, me d\u00e9clara Churchill, si la conjoncture est p\u00e9nible, la position est magnifique. Giraud est, d\u00e9s \u00e0 pr\u00e9sent, liquid\u00e9 politiquement. Darlan sera, \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance, impossible. Vous resterez le seul.\u00a0\u00bb Et d&rsquo;ajouter: \u00ab\u00a0Ne vous heurtez pas de front avec les Am\u00e9ricains. Patientez! Ils viendront \u00e0 vous, car il n&rsquo;y a pas d&rsquo;alternative.<\/p>\n<p>&raquo; &ndash; Peut-\u00eatre, dis-je. Mais, en attendant, que de vaisselle aura \u00e9t\u00e9 cass\u00e9e! Quant \u00e0 vous, je ne vous comprends pas. Vous faites la guerre depuis le premier jour. On peut m\u00eame dire que vous \u00eates, personnellement, cette guerre. Votre arm\u00e9e avance en Libye. Il n&rsquo;y aurait pas d&rsquo;Am\u00e9ricains en Afrique si, de votre c\u00f4t\u00e9, vous n&rsquo;\u00e9tiez pas en train de battre Rommel. A l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, jamais encore un soldat de Roosevelt n&rsquo;a rencontr\u00e9 un soldat d&rsquo;Hitler, tandis que, depuis trois ans, vos hommes se battent sous toutes les latitudes. D&rsquo;ailleurs, dans l&rsquo;affaire africaine, c&rsquo;est l&rsquo;Europe qui est en cause et l&rsquo;Angleterre appartient \u00e0 l&rsquo;Europe. Cependant, vous laissez l&rsquo;Am\u00e9rique prendre la direction du conflit. Or, c&rsquo;est \u00e0 vous de l&rsquo;exercer, tout au moins dans le domaine moral. Faites-le! L&rsquo;opinion europ\u00e9enne vous suivra.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>Cette sortie frappa Churchill. Je le vis osciller sur son si\u00e8ge. Nous nous s\u00e9par\u00e2mes, apr\u00e8s avoir convenu qu&rsquo;il ne fallait pas laisser la crise pr\u00e9sente rompre la solidarit\u00e9 franco-britannique et que celle-ci demeurait, plus que jamais, conforme a l&rsquo;ordre naturel des choses d\u00e8s lors que les &Eacute;tats-Unis intervenaient dans les affaires du vieux monde.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Second aspect : l&rsquo;Am\u00e9rique, vertueux arsenal de la libert\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans l&rsquo;\u00e9valuation hagiographique, hollywoodienne et virtualiste du r\u00f4le sublime de l&rsquo;Am\u00e9rique durant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, il y a deux axes principaux. Il y a celui qu&rsquo;on a vu, de l&rsquo;Am\u00e9rique g\u00e9n\u00e9reuse et vertueuse qui a sauv\u00e9 la civilisation que les d\u00e9mocraties europ\u00e9ennes d\u00e9cadentes (la France en premier, tandis que le Royaume-Uni est laiss\u00e9 dans une incertitude oc\u00e9anique) laissaient s&rsquo;effondrer sous les coups de la barbarie nazie. Le second est celui de l&rsquo;activit\u00e9 am\u00e9ricaniste de l&rsquo;Am\u00e9rique industrieuse, miracle industriel et pinacle de la vertu capitaliste gr\u00e2ce \u00e0 une mobilisation \u00e9conomique et technologique qui est et restera la r\u00e9f\u00e9rence du genre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, ce second aspect est lui aussi absolument vertueux, comme le capitalisme lui-m\u00eame, et se pla\u00e7ant \u00e0 cet \u00e9gard absolument contre le diabolique nazisme dans un affrontement o&ugrave; l&rsquo;on distingue ais\u00e9ment les \u00ab\u00a0partenaires\u00a0\u00bb habituels, &ndash; le Bien et le Mal. Pour cette question de vertu, et avant de passer au fond de la question (\u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb industriel, capitalisme, etc.), nous rappellerons cet aspect qui n&rsquo;est pas sans int\u00e9r\u00eat, notamment du comportement et des liens avec le Diable suscit\u00e9s par les imp\u00e9ratifs du <em>Big Business<\/em>. (Extrait d&rsquo;un texte paru sur ce site le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_affinit_s_lectives_de_l_am_ricanisme_16_11_2010.html\">16 novembre 2010<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Une autre connexion majeure est celle du business. Les relations d&rsquo;affaire, d&rsquo;investissement, aux plus hauts niveaux financiers et du capitalisme, furent intenses entre les USA et l&rsquo;Allemagne d\u00e8s apr\u00e8s la d\u00e9faite de l&rsquo;Allemagne en 1918. Elles se poursuivirent malgr\u00e9 les vicissitudes politiques et id\u00e9ologiques. Il est admis qu&rsquo;en planifiant l&rsquo;offensive strat\u00e9gique a\u00e9rienne US contre l&rsquo;Allemagne d\u00e8s 1940, les officiers de l&rsquo;US Army Air Force charg\u00e9s de ce travail entr\u00e8rent en contact avec les grandes banques et groupes industriels US pour identifier et localiser les entreprises allemandes avec forts investissements US, et les placer hors des objectifs des bombardiers US. Plus encore, divers grands groupes US (Standard Oil of New Jersey, ITT, Chase Manhattan Bank, Ford, etc.) continu\u00e8rent \u00e0 travailler avec l&rsquo;Allemagne nazie, m\u00eame durant la guerre avec l&rsquo;engagement des USA, jusqu&rsquo;en 1945, y compris sur des contrats \u00e0 caract\u00e8re strat\u00e9gique. Dans son livre \u00ab\u00a0Trading with the Enemy, the Nazi-American Money Plot, 1933-1945\u00a0\u00bb (Barnes &#038; Noble, 1983), Charles Higham a largement document\u00e9 ce domaine. (Higham, Britannique demi-juif dont une partie de la famille avait p\u00e9ri dans les camps nazis, avait pris la nationalit\u00e9 am\u00e9ricaine par choix id\u00e9ologique et c&rsquo;est la d\u00e9couverte des r\u00e9alit\u00e9s du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme qui le poussa \u00e0 \u00e9crire son livre.) <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">La <em>narrative<\/em> du Bien comme mythe industriel<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cet aspect du \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb d&rsquo;activit\u00e9 industrielle et technologique des USA pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale est une <em>narrative<\/em> essentielle dans le ph\u00e9nom\u00e8ne de communication que nous d\u00e9taillons. C&rsquo;est sur lui principalement, et notamment gr\u00e2ce \u00e0 son appendice \u00ab\u00a0vertueux\u00a0\u00bb du Bien contre le Mal, que s&rsquo;est b\u00e2tie la l\u00e9gende, non seulement de l&rsquo;Am\u00e9rique comme phare \u00e9conomique du monde, mais plus encore, du capitalisme comme vertu \u00e9conomique absolue, comme le seul avenir possible du monde. On comprend, dans la logique du propos, que cette base mythique est le cimier sur lequel s&rsquo;appuient l&rsquo;argument, la coh\u00e9rence, voire la sacralit\u00e9 du processus qui conduit \u00e0 notre situation actuelle, et qui verrouille cette situation selon une ligne catastrophique que rien ne fait d\u00e9vier. L&rsquo;absolue pr\u00e9\u00e9minence du capitalisme dans la pens\u00e9e-Syst\u00e8me aujourd&rsquo;hui est n\u00e9e dans les usines de Detroit et de San Diego, enlumin\u00e9es par les visites des <em>stars<\/em>de Hollywood et la <em>narrative<\/em> qui accompagne notre propos, le tout formant cette base mythique, cette mythologie du fondement dont nous parlons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; \u00ab\u00a0Base mythique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mythologie du fondement\u00a0\u00bb en effet, dans la mesure o&ugrave; l&rsquo;on d\u00e9couvre que cette \u00ab\u00a0mobilisation\u00a0\u00bb de 1941-1945 qui sert de r\u00e9f\u00e9rence aux capacit\u00e9s, \u00e0 la productivit\u00e9, \u00e0 la rationalisation et \u00e0 la coordination structur\u00e9e du capitalisme am\u00e9ricaniste, a des aspects bien douteux et communs par rapport au contexte non-US. La puissance industrielle de l&rsquo;Am\u00e9rique fut \u00e9videmment une contribution \u00e0 la mesure de cette puissance \u00e0 l&rsquo;effort de guerre g\u00e9n\u00e9ral, mais ce n&rsquo;est nullement l&rsquo;image irr\u00e9sistible et quasiment religieuse qui se r\u00e9pandit comme parole d&rsquo;Evangile \u00e0 partir de 1945, sous la f\u00e9rule de l&rsquo;influence et de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie des USA sur le reste du monde d\u00e9vast\u00e9 (l&rsquo;Am\u00e9rique ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard, comme si la g\u00e9ographie suivait les prescriptions divines).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Comme signal\u00e9 plus haut, nous reprenons ci-dessous l&rsquo;essentiel d&rsquo;un texte que nous avons publi\u00e9 le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-alan_l_gropman_mobilizing_us_industry_in_world_war_ii_08_06_2009.html\">8 juin 2006<\/a>, qui apportait des \u00e9l\u00e9ments extr\u00eamement int\u00e9ressants sur les conditions de la \u00ab\u00a0mobilisation industrielle\u00a0\u00bb des USA pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">La <em>narrative<\/em> des \u00ab\u00a0miracles\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Les USA en guerre, c&rsquo;est cette capacit\u00e9 industrielle consid\u00e9rable, qui fournit une base technologique et une production industrielle d&rsquo;une telle puissance qu&rsquo;elles permirent, \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 elles seules, la victoire, &ndash; CQFD, l&rsquo;Am\u00e9rique a bien remport\u00e9 la guerre \u00e0 elle seule, &ndash; ainsi se r\u00e9sume la <em>narrative<\/em>. Si l&rsquo;on veut, en bon \u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et du Syst\u00e8me, affiner le commentaire hagiographique qui permet en g\u00e9n\u00e9ral de disposer d&rsquo;un passe pour le paradis du statut du commentateur s\u00e9rieux, on d\u00e9termine que le \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb am\u00e9ricaniste g\u00e9n\u00e9ral se subdivise en quatre \u00ab\u00a0sous-miracles\u00a0\u00bb d\u00e9taillant le bonheur qui nous fut ainsi donn\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Miracle du volume de la production. La production industrielle am\u00e9ricaine pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale (303.000 avions, plus d&rsquo;une centaine de porte-avions d&rsquo;attaque, etc.) est per\u00e7ue, dans son volume et dans son rythme d&rsquo;expansion, comme un ph\u00e9nom\u00e8ne unique de l&rsquo;histoire industrielle. C&rsquo;est effectivement d\u00e9fini comme un \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Miracle de la productivit\u00e9. Il est \u00e9galement entendu que la performance quantitative de la production am\u00e9ricaine pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale se double d&rsquo;une performance qualitative, avec l&rsquo;affirmation que l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9tablir une capacit\u00e9 de productivit\u00e9 \u00e9galement hors du commun, avec am\u00e9lioration constante des produits, rentabilisation, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Miracle de la restructuration industrielle. L&rsquo;image ambiante est \u00e9galement que l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine r\u00e9ussit \u00e0 passer, de mani\u00e8re massive et en un laps de temps extr\u00eamement court (1939-42 au plus, plus s&ucirc;rement 1940-42), d&rsquo;une industrie de consommation civile \u00e0 une industrie militaris\u00e9e, produisant l&rsquo;ensemble des syst\u00e8mes n\u00e9cessit\u00e9s par une guerre moderne de la plus haute intensit\u00e9 concevable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Miracle de la coordination et de la direction industrielle, enfin. Le quatri\u00e8me \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb est que tout cela fut dirig\u00e9 de main de ma&icirc;tre, par un gouvernement am\u00e9ricain prenant soudain en mains toutes les commandes de l&rsquo;\u00e9conomie du pays, dans un consensus g\u00e9n\u00e9ral figurant l&rsquo;union sacr\u00e9e dont on raconte qu&rsquo;elle est la cause principale de la victoire des alli\u00e9s en 1945.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, il s&rsquo;agit d&rsquo;une <em>narrative<\/em>, comme on l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 laiss\u00e9 entendre \u00e0 plusieurs reprises. L&rsquo;intervention de la puissance industrielle am\u00e9ricaine pendant la guerre fut un facteur important de cette guerre mais ce n&rsquo;est point le r\u00e9sultat d&rsquo;une activit\u00e9 humaine hors du commun, activant des conditions exceptionnelles et les ma&icirc;trisant de bout en bout. La <em>narrative<\/em>, elle, permet de renforcer dans son domaine d&rsquo;une part les id\u00e9es d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9es de l&rsquo;exceptionnalisme \u00e0 la fois du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme (du Syst\u00e8me, finalement), de la population et de la direction am\u00e9ricaine, d&rsquo;autre part l&rsquo;id\u00e9e \u00e9galement exprim\u00e9e de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale comme une sorte de \u00ab\u00a0guerre sacr\u00e9e\u00a0\u00bb, l\u00e9gitimant l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;Am\u00e9rique dans le monde et son h\u00e9g\u00e9monie sur le monde par une vertu id\u00e9ologique et morale sans contestation possible. On voit l&rsquo;avantage de la <em>narrative<\/em>. On peut ici introduire deux-trois observations qui se compl\u00e8tent, qui illustreront le jugement que la <em>narrative<\/em>, effectivement, est bien une <em>narrative<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;aide mat\u00e9rielle US aux alli\u00e9s fut constamment importante, elle ne fut jamais d\u00e9cisive, ni pour le Royaume-Uni, ni pour l&rsquo;URSS, pour citer les deux principaux alli\u00e9s. Elle est un des \u00e9l\u00e9ments de la victoire parmi d&rsquo;autres, elle ne peut en aucun cas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif. (Il y a beaucoup de consid\u00e9rations r\u00e9visionnistes, venues des Am\u00e9ricains eux-m\u00eames, sur l&rsquo;ampleur de l&rsquo;effort de guerre industriel US, &ndash; massif certes, mais en aucun cas miraculeux ni totalement \u00e9crasant par rapport aux autres nations en guerre, comme on l&rsquo;a souvent d\u00e9crit).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &#8230; Un exemple significatif est la production d&rsquo;avions pour la guerre : 303.000 par les USA, 158.000 par l&rsquo;URSS, 131.000 par le Royaume-Uni, 119.000 par l&rsquo;Allemagne, 76.000 par le Japon. Compte tenu du fait que les USA, en plus de la puissance naturelle qui \u00e9tait la leur et de leur avantage g\u00e9ographique de l&rsquo;impunit\u00e9, \u00e9taient les seuls \u00e0 mener deux guerres totales (Europe et Pacifique) et qu&rsquo;ils d\u00e9velopp\u00e8rent \u00e0 cause de leurs conditions g\u00e9opolitiques (et de leurs ambitions h\u00e9g\u00e9moniques?) une composante strat\u00e9gique importante, absente par exemple en URSS (pourtant accus\u00e9e de vis\u00e9es expansionnistes) et chez les Allemands, le chiffre am\u00e9ricain est logique et ne tient en rien du \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb ; il est simplement dict\u00e9 par les besoins am\u00e9ricains, avec un suppl\u00e9ment effectivement destin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide aux alli\u00e9s. (Ces chiffres sont d&rsquo;autant plus significatifs de la r\u00e9partition de l&rsquo;effort entre alli\u00e9s qu&rsquo;ils concernent un domaine, la puissance a\u00e9rienne, sur lequel les Anglo-Saxons, et surtout les USA, mirent constamment l&rsquo;accent.) Les mat\u00e9riels a\u00e9riens am\u00e9ricains livr\u00e9s au Royaume-Uni et \u00e0 l&rsquo;URSS ne d\u00e9pass\u00e8rent jamais 10% des effectifs de premi\u00e8re ligne de ces deux pays tout au long de la guerre. L\u00e0 o&ugrave; l&rsquo;aide US fut plus importante, c&rsquo;est dans la vente et la livraison de mati\u00e8res premi\u00e8res (fer, acier, etc.), qui permirent aux alli\u00e9s de maintenir leur rythme de production : ainsi les USA apparaissent-ils surtout comme un fournisseur de mati\u00e8re brute, comme un vulgaire pays du tiers-monde ayant acc\u00e9d\u00e9 par ses conditions naturelles \u00e0 une industrialisation massive mais sommaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les USA furent tr\u00e8s loin d&rsquo;une domination technologique sur le reste. Dans les relations UK-USA, les Britanniques donn\u00e8rent beaucoup plus qu&rsquo;ils n&rsquo;obtinrent, et dans des domaines-clef. Ils donn\u00e8rent aux USA les \u00e9l\u00e9ments essentiels du radar ; ils fournirent \u00e0 Packard et \u00e0 North American leur moteur Rolls-Royce Merlin qui fit du P-51 <em>Mustang<\/em> le meilleur chasseur de la guerre, et l&rsquo;avion de combat qui sauva d&rsquo;un d\u00e9sastre, \u00e0 partir de fin-1943, l&rsquo;offensive strat\u00e9gique US au-dessus de l&rsquo;Allemagne en fournissant aux B-17 et aux B-24 un chasseur d&rsquo;escorte capable d&rsquo;accompagner les bombardiers jusqu&rsquo;au-dessus de leurs objectifs et de prot\u00e9ger leur retour ; ils fournirent aux USA leur premier moteur \u00e0 r\u00e9action, qui permit \u00e0 Bell de produire le premier chasseur \u00e0 r\u00e9action US, le P-59 <em>Airacomet<\/em>, et lan\u00e7a l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique US dans cette \u00e8re nouvelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Pas de \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb du tout<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;explication des r\u00e9alisations industrielles am\u00e9ricaines pendant la guerre est plus simple, et l\u00e0 aussi doit \u00eatre \u00e9cart\u00e9e la sollicitation du \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb dont le Ciel aurait fait b\u00e9n\u00e9ficier la \u00ab\u00a0nation exceptionnelle\u00a0\u00bb. Elle tient simplement \u00e0 la puissance naturelle de l&rsquo;Am\u00e9rique, un pays qui est aussi grand qu&rsquo;un continent, qui poss\u00e8de \u00e0 la fois les ressources naturelles d&rsquo;un continent, les ressources humaines d&rsquo;une population largement aliment\u00e9e par une immigration sollicit\u00e9e dans le but explicite du renforcement de l&rsquo;\u00e9conomie, et les ressources structurelles d&rsquo;un syst\u00e8me qui est tr\u00e8s peu entrav\u00e9 par une intervention du gouvernement syst\u00e9matiquement favorable aux puissances \u00e9conomiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut \u00e0 cet \u00e9gard recommander la lecture d&rsquo;un document diffus\u00e9 par l&rsquo;Institut INSS (Institute for National Security Studies), de la National Defense University d\u00e9pendant du d\u00e9partement de la d\u00e9fense. Les r\u00e9f\u00e9rences sont donc impeccables. Le document est diffus\u00e9 dans la s\u00e9rie \u00ab\u00a0McNair <em>Papers<\/em>\u00a0\u00bb et porte le num\u00e9ro 50 en date d&rsquo;ao&ucirc;t 1996 (le document, qui fut \u00e9galement \u00e9dit\u00e9 en version-livre, est <a href=\"http:\/\/permanent.access.gpo.gov\/lps7942\/mcnair\/mcnair50\/mcnair50.pdf\">accessible<\/a> gratuitement sur l&rsquo;internet en version pdf). Le titre de l&rsquo;\u00e9tude est: <em>Mobilizing U.S. Industry in World War II<\/em> et l&rsquo;auteur est Alan L. Gropman. (Gropman, ancien colonel de l&rsquo;USAF, ancien cadre dirigeant de la Syscon corporation, dipl\u00f4m\u00e9 de Boston University et de Tufts University, professeur d&rsquo;histoire au National War College, avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pr\u00e9sident du Department of Grand Strategy, Industrial College of the Armed Forces, National Defense University, en juillet 1996.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9tude est tr\u00e8s compl\u00e8te et permet d&rsquo;avoir une r\u00e9f\u00e9rence pr\u00e9cise sur la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e, dans le domaine tr\u00e8s peu connu en Europe, &ndash; \u00e0 part les <em>narrative<\/em> &ndash; de la mobilisation industrielle aux USA. On y d\u00e9couvre que la \u00ab\u00a0mobilisation\u00a0\u00bb pour 1941-45 repr\u00e9senta une activit\u00e9 industrielle certes soutenue mais nullement exceptionnelle, y compris en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 d&rsquo;autres s\u00e9quences industrielles US ; que la productivit\u00e9 US ne fut pas non plus exceptionnelle, puisque d&rsquo;autres pays bellig\u00e9rants la surpass\u00e8rent ; que la production fut plut\u00f4t l&rsquo;effet d&rsquo;un processus industriel naturel et que les interventions gouvernementales furent souvent soit maladroites et improductives, soit entrav\u00e9es par le secteur priv\u00e9. (Il faut noter en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un passage ci-dessus que le gouvernement US ne put rien contre les entreprises de collaboration, y compris strat\u00e9giques, de conglom\u00e9rats US avec l&rsquo;Allemagne nazie pendant la guerre. La seule personnalit\u00e9 \u00e0 protester aupr\u00e8s de Roosevelt pour ces pratiques fut le juge \u00e0 la Cour Supr\u00eame Felix Frankfurter. Roosevelt lui r\u00e9pondit que s&rsquo;il prenait des mesures d&rsquo;interdiction, il y avait le risque exprim\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment que le <em>Big Business<\/em> r\u00e9pliquerait en stoppant la production de guerre et que lui-m\u00eame, Roosevelt, n&rsquo;y pourrait rien. Roosevelt laissa entendre que trop de dirigeants politiques US \u00e9taient li\u00e9s ou tenus par le <em>Big Business<\/em> pour esp\u00e9rer r\u00e9ussir une mobilisation de contrainte. Cela marque les limites path\u00e9tiques de la v\u00e9ritable \u00e9tendue du pouvoir politique par rapport aux autres forces dominantes.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous donnons ci-dessous, pour conclure cette analyse, deux extraits de ce travail de Alan L. Gropman, <em>Mobilizing U.S. Industry in World War II<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extraits de <em>Mobilizing U.S. Industry in World War II<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">&bull; Extrait du Chapitre 9, <em>U.S. Production in World War II<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>It is equally true, however, that there was no production \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb in the United States during World War II. <\/em><em>Unquestionably, munitions production expanded greatly, but the base on which the expanded production was measured was a depressed one. Compare, for example, the period 1941 to 1945 with another period of rapid industrial expansion (and peacetime at that), 1921 to 1925. Wartime farm output increased about 25 percent in the former and peacetime output increased by more than 28 percent. In the case of total industrial production, the peacetime output increase was double that of wartime (53 percent versus 25 percent). If the period 1941 to 1944, when wartime production peaked and before it turned down, is compared with the period 1921 to 1924, the wartime figure is 7 percent higher (45 percent compared to 38 percent). <\/em><em>How then did the United States produce the hundreds of thousands of airplanes, tens of thousands of tanks, tens of thousands of landing craft if the output increase in the early 1940s was no greater than it had been in the early 1920s.? <\/em><em>Through massive conversion of the industrial base and generous government funding for infrastructure construction.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">&bull; Extrait du Chapitre 14, <em>People mobilization, \u00ab\u00a0Rosie the Riveteer\u00a0\u00bb<\/em>.<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>There should be no doubt, therefore, that United States industrial production in World War II was no miracle. United States production in World War II was about what one should have expected given the size of the prewar technological-industrial base, the population size (three times that of Britain, nearly twice that of Germany, and greater than that of the Soviet Union after Hitler&rsquo;s conquests in 1941). In the face of allied bombing and sea blockade, and with her troops scattered from the north of Norway to the Pyrenees, and from the North Sea and Atlantic Ocean to the Caucasus, Germany increased its productivity by 25 percent between 1943 and 1944 &ndash; a percentage that exceeded that in the United States. <\/em><em>The Soviet Union lost 40 percent of its most productive territory and tens of millions of its people but still produced at a furious pace. Great Britain, while suffering bombing and rocket attacks, produced more tanks, ships (but not submarines), and airplanes than Germany, with about 60 percent of Germany&rsquo;s population. <\/em><em>Paul Koistinen argues that when viewed in terms of \u00ab\u00a0prewar potential and when compared with other belligerents, America&rsquo;s World War II munitions production effort was not outstanding.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>Koistinen assembles productivity statistics to make his case. <\/em><em>The United States, even mired in the depression in the period 1936 to 1938, manufactured almost one-third of the world&rsquo;s products (32.2 percent). The United States outproduced Germany about three times (10.7 percent) and Japan almost ten times (3.5 percent). Taking the United States prewar productivity in terms of production per man-hour as the standard and giving it a value of 100, the following chart indicates the relative productivity ranking of World War II foes :<\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>&hellip;Between Pre War War (&rsquo;35-&rsquo;38) and 1944 &ndash; All Manufacturing Munitions Country Industries Industries: United States 100 &ndash;100, Canada 71 &ndash; 57, United Kingdom 36 &ndash; 41, Soviet Union 36 &ndash; 39, Germany 41 &ndash; 48, Japan 25 &ndash; 17&hellip;<\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>One must not forget, however, that the United States was \u00ab\u00a0almost alone in increasing rather than diminishing consumer output during the war.\u00a0\u00bb To reiterate the point, all belligerents fiercely produced munitions during the war, not just the United States. America possessed advantages that none of the other warring states had. Its output, while noteworthy, was what a prewar analyst might have expected given the size of the country, its educated population, the status of its technology, the abundance of its raw materials, the quality of its transportation network. <\/em><em>In short, America&rsquo;s munitions production in World War II was no \u00ab\u00a0miracle.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>Could the United States have been more productive? Could it have produced more munitions more rapidly at a lower cost? <\/em><em>Almost certainly, although it is difficult to determine what difference it might have made by August 1945. Robert Cuff, a generally friendly critic of the U.S. World War II mobilization effort, argues that U.S. Federal Government administrative machinery was not up to the task of managing the economy for war from a central position: \u00ab\u00a0administrative personnel and control coordinating machinery was rudimentary at best.\u00a0\u00bb <\/em><em>More critically, \u00ab\u00a0A cadre of political appointments loyal to the President is not the same as a higher civil service\u00a0\u00bb and \u00ab\u00a0Wartime Washington was awash with competing centers of administrative decision-making.\u00a0\u00bb Where were the weaknesses? \u00ab\u00a0Those with governmental authority did not possess relevant knowledge and control in technical matters, while those with technical knowledge and industrial control did not possess governmental authority.\u00a0\u00bb <\/em><em>In a war the objective was to \u00ab\u00a0bind them together, not drive them apart\u00a0\u00bb and to create cohesion when the country, before Pearl Harbor was attacked, \u00ab\u00a0divided on the very issue of war itself.\u00a0\u00bb The uneasy alliance between business executives and bureaucrats was patched together by Roosevelt and senior government officials (often from the worlds of business or finance) much as Bernard Baruch had pieced together a government\/business coalition in World War I. In World War II, as in World War I, the \u00ab\u00a0alliance\u00a0\u00bb was not designed to be permanent, and it did not last beyond the emergency. Given the structure of United States policy, it could not have lasted, and it was never cohesive.<\/em>&raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 6 juin de PhG 7 juin 2019 &ndash; Je l&rsquo;avoue, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surpris, non stup\u00e9fait par la couverture hallucinante de nos grands r\u00e9seaux des fantastiques \u00e9v\u00e9nements du 5 et 6 juin 2019. Tel(le) journaliste ouvrant un d\u00e9bat o&ugrave; les d\u00e9batteurs soi-disant de bords adverses vont d\u00e9verser des tonnes de guimauve synth\u00e9tique m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 du&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[8381,19118,707,8390,2631,11737,3532,2685,2645,3535,7627,3084,3851,2671],"class_list":["post-78674","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-8381","tag-amgot","tag-churchill","tag-commemoration","tag-de","tag-debarquement","tag-deuxieme","tag-gaulle","tag-guerre","tag-industrielle","tag-juin","tag-mobilisation","tag-mondiale","tag-us"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78674","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78674"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78674\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78674"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78674"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78674"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}