{"id":78684,"date":"2019-06-13T05:30:03","date_gmt":"2019-06-13T05:30:03","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/06\/13\/archives-dde-la-tyrannie-de-lutopie\/"},"modified":"2019-06-13T05:30:03","modified_gmt":"2019-06-13T05:30:03","slug":"archives-dde-la-tyrannie-de-lutopie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/06\/13\/archives-dde-la-tyrannie-de-lutopie\/","title":{"rendered":"Archives-<em>dd&amp;e\u00a0<\/em>: la tyrannie de l&rsquo;utopie"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Archives-<em>dd&#038;e <\/em>: la tyrannie de l&rsquo;utopie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>PhG <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/voici-archives-dde\">\u00e9crivait hier<\/a> : &laquo; <em>&lsquo;Archives-dd&#038;e&rsquo; se propose de reprendre et de mettre en ligne sur le site &lsquo;dedefensa.org&rsquo;, d&rsquo;une fa\u00e7on syst\u00e9matique divers textes qui parurent dans la Lettre d&rsquo;Analyse &lsquo;dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie&rsquo; (dd&#038;e)<\/em>. &raquo; Voici le premier article, que le m\u00eame PhG annon\u00e7ait effectivement, avec ses pr\u00e9cautions oratoires habituelles : &laquo; <em>Je crois qu&rsquo;un des tous premiers textes repris, &ndash; non, c&rsquo;est-\u00e0-dire le premier, inutile de jouer au plus fin, &ndash; se d\u00e9veloppe autour du concept d'\u00a0\u00bbutopie\u00a0\u00bb (le titre : \u00ab\u00a0La tyrannie de l&rsquo;utopie\u00a0\u00bb) ; et l&rsquo;on verra qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, l&#8217;emploi de ce mot est, chez nous, compl\u00e8tement diff\u00e9rent<\/em>&#8230;  &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, c&rsquo;est le premier enseignement de ce texte, qui doit \u00eatre une correction : le mauvais emploi du mot \u00ab\u00a0utopie\u00a0\u00bb, qui suppose dans son acceptation classique une arri\u00e8re-pens\u00e9e id\u00e9ologique alors que le texte fait le constat de la n\u00e9antisation de l&rsquo;id\u00e9ologie. Aujourd&rsquo;hui o&ugrave; nos conceptions ont \u00e9volu\u00e9 et se sont affin\u00e9es, voici ce que <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/operationnalite-de-la-nostalgie\">nous disons de l&rsquo;utopie<\/a> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>En observant les divers aspects du mot \u00ab\u00a0utopie\u00a0\u00bb, une seule chose me retient et me fais finalement adopter le terme, mais bien s&ucirc;r une chose fondamentale : son \u00e9tymologie, de ce mot form\u00e9 par Thomas More \u00e0 partir du grec \u00ab\u00a0aucun lieu\u00a0\u00bb. Effectivement, et cela est si bien trouv\u00e9 (moi qui ignorais l&rsquo;origine du mot \u00ab\u00a0utopie\u00a0\u00bb), &ndash; songez-y, que la \u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb soit une \u00ab\u00a0utopie\u00a0\u00bb, <strong>c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0aucun lieu\u00a0\u00bb, un nulle part qui repr\u00e9sente une sorte de \u00ab\u00a0partout\u00a0\u00bb<\/strong> ; c&rsquo;est-\u00e0-dire, dirais-je en poursuivant ma perception de la d\u00e9finition, \u00ab\u00a0aucun lieu\u00a0\u00bb dans le pr\u00e9sent, ni n\u00e9cessairement dans le futur que ce pr\u00e9sent pr\u00e9tend imposer, mais <strong>\u00ab\u00a0partout\u00a0\u00bb (tous les lieux) dans le pass\u00e9 dont la nostalgie rend compte en faisant le choix des plus sublimes <\/strong>et donc en substituant au pass\u00e9 m\u00e9canique de nos m\u00e9moires, le v\u00e9ritable pass\u00e9, celui qui sugg\u00e8re des acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 &hellip;<\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>Ce n&rsquo;est que dans ce sens que la \u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb me para&icirc;t une \u00ab\u00a0utopie\u00a0\u00bb, <strong>mais alors quelle puissance, quelle ampleur, quelle hauteur !<\/strong><\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui encore, si nous avions \u00e0 \u00e9crire ce texte dont pourtant tant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments nous paraissent appropri\u00e9s \u00e0 notre situation pr\u00e9sente, 15 ans plus tard, <strong>ceci est absolument imp\u00e9ratif : nous emploierions bien entendu le mot \u00ab\u00a0simulacre\u00a0\u00bb \u00e0 la place du mot \u00ab\u00a0utopie\u00a0\u00bb<\/strong>. Le \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-virtualisme-narrative\">virtualisme<\/a>\u00a0\u00bb devient alors, au lieu de ce que nous en f&icirc;mes d&rsquo;abord avant d&rsquo;\u00e9voluer \u00e0 cet \u00e9gard, <strong>le \u00ab\u00a0bras arm\u00e9\u00a0\u00bb et l'\u00a0\u00bbacte\u00a0\u00bb du simulacre<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte repr\u00e9sente donc la rubrique <em>Analyse <\/em>du Volume 19, num\u00e9ro 19 du 25 juin 2004 de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie&rsquo; (dd&#038;e)<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Archives-<em>dd&#038;e <\/em>: la tyrannie de l&rsquo;utopie<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p><em>Durant ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, avec la guerre contre l&rsquo;Irak (sa pr\u00e9paration, son ex\u00e9cution, son \u00ab\u00a0apr\u00e8s-guerre\u00a0\u00bb), nous avons connu une extraordinaire concentration d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements. Il s&rsquo;agit de la confrontation directe, sans masque, de l&rsquo;utopie avec la r\u00e9alit\u00e9, rendue possible par le virtualisme.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On sent bien, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une fa\u00e7on globale pour employer un terme irr\u00e9sistible aujourd&rsquo;hui, &mdash; que la guerre contre l&rsquo;Irak est un \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable ; mais qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas un \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable selon les arguments avanc\u00e9s, selon les \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;on nous avait annonc\u00e9s (lutte contre le terrorisme, \u00e9tablissement de l&rsquo;Empire am\u00e9ricain, introduction de la d\u00e9mocratie au Moyen-Orient, etc.) ; qu&rsquo;elle est un \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable d&rsquo;une fa\u00e7on compl\u00e8tement inattendue, qui secoue les fondements de notre civilisation m\u00eame, dont le \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb s&rsquo;est nourri de l&rsquo;individualisme moderniste de la Renaissance, de la r\u00e9volution scientifique du XVIIe si\u00e8cle, des Lumi\u00e8res du XVIIIe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On pourrait dire, pour renverser un th\u00e8me courant par ailleurs dans ce num\u00e9ro (voir notre rubrique <em>de defensa<\/em>), qu&rsquo;il existe un \u00ab\u00a0mod\u00e8le am\u00e9ricain\u00a0\u00bb qui r\u00e9siste \u00e0 la crise, contrairement au deuil que nous annon\u00e7ons : il s&rsquo;agit du mod\u00e8le m\u00eame de la crise, de l&rsquo;effondrement des ambitions et des capacit\u00e9s d&rsquo;une civilisation. A cet \u00e9gard, l&rsquo;Am\u00e9rique nous m\u00e8ne, elle nous inspire, elle est compl\u00e8tement notre mod\u00e8le.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La question plus pratique, plus \u00ab\u00a0activiste\u00a0\u00bb en un mot, qui se pose de plus en plus express\u00e9ment aujourd&rsquo;hui, concerne la mesure o&ugrave; nous nous r\u00e9v\u00e9lerons \u00e0 nous-m\u00eames ; et, cette fois, par \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb nous voulons signifier : nous, les Europ\u00e9ens. Dans quelle mesure saurons-nous nous s\u00e9parer du \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb politique et utopique am\u00e9ricain qui s&rsquo;effondre, et dans quelle mesure saurons-nous alors refuser le mod\u00e8le de crise et d&rsquo;effondrement que nous offre aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Am\u00e9rique ? Dans quelle mesure, si l&rsquo;on veut prendre ce m\u00eame probl\u00e8me autrement, saurons-nous sauver notre propre civilisation d&rsquo;une part, sauver les autres que nous avons forc\u00e9s \u00e0 suivre cette civilisation, par force, par persuasion, par inspiration d&rsquo;autre part ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais l&rsquo;on comprend que tout cela est un tout : la crise, le destin de cette crise, la possibilit\u00e9 que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre (mais en fait : seule l&rsquo;Europe pourrait y parvenir) trouve la formule pour \u00e9chapper \u00e0 cette crise. De toutes les fa\u00e7ons, c&rsquo;est le tournant d&rsquo;une civilisation qui se proclame <em>in fine <\/em>compl\u00e8tement universelle.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>La crise am\u00e9ricaine postmoderne, mod\u00e8le 9\/11, comme mod\u00e8le de la crise du monde : tentative de d\u00e9finition de cette crise<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous nommons cette crise irakienne \u00ab\u00a0crise am\u00e9ricaine postmoderne, mod\u00e8le 9\/11\u00a0\u00bb, pour marquer qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas la seule \u00ab\u00a0crise am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb, pour marquer \u00e9galement qu&rsquo;elle est l&rsquo;enfant direct mais conjoncturel de l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001, pour marquer enfin qu&rsquo;elle est sp\u00e9cifique \u00e0 notre temps historique que nous d\u00e9finissons comme post-moderne. Cela signifie d&rsquo;abord que nous estimons que cette crise n&rsquo;est ni une surprise, ni un accident, ni une aberration. C&rsquo;est un \u00e9v\u00e9nement logique, dont tous les facteurs et \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9existaient puissamment, que l&rsquo;attaque du 11 septembre a pr\u00e9cipit\u00e9 mais n&rsquo;a certainement pas caus\u00e9 dans ses structures fondamentales. C&rsquo;est une crise impr\u00e9vue et inattendue mais qui ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e finalement comme une surprise par rapport \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e9da.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous d\u00e9taillons ci-dessous les trois \u00e9l\u00e9ments consid\u00e9r\u00e9s, cela permettra d&rsquo;avancer dans la d\u00e9finition de la crise. Successivement : ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re \u00ab\u00a0crise am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb, elle est l&rsquo;enfant seulement conjoncturel de 9\/11, c&rsquo;est une crise postmoderne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Ce n&rsquo;est certes pas la seule \u00ab\u00a0crise am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb \u00e0 moins que l&rsquo;on accepte l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine, depuis la Grande D\u00e9pression et l&rsquo;orientation n\u00e9cessaire vers l&rsquo;ext\u00e9rieur (la \u00ab\u00a0fuite en avant\u00a0\u00bb), comme une grande crise continue \u00e9voluant par paliers paroxystiques s&rsquo;ajoutant les uns aux autres. Le professeur Simon Serfaty, du CSIS de Washington, envisage la possibilit\u00e9 d&rsquo;un retrait en catastrophe des USA d&rsquo;Irak, et, se r\u00e9f\u00e9rant au pr\u00e9c\u00e9dent de l&rsquo;\u00e9vacuation de Saigon en 1975, explique qu&rsquo; &laquo; <em>un Saigon-II serait infiniment plus grave que le Saigon de 1975<\/em> &raquo;, notamment par les r\u00e9percussions int\u00e9rieures aux &Eacute;tats-Unis. On voit combien, par cette simple analogie paroxystique, les crises am\u00e9ricaines s&rsquo;encha&icirc;nent et se ressemblent, jusqu&rsquo;\u00e0 faire consid\u00e9rer l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une seule crise continue dont 9\/11 et l&rsquo;Irak sont le dernier avatar.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;attaque 9\/11 n&rsquo;est donc pas cr\u00e9atrice de la crise qui s&rsquo;exprime en un nouveau palier paroxystique \u00e0 partir d&rsquo;elle. Elle en est le d\u00e9tonateur en m\u00eame temps qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment central d&rsquo;incontestable aggravation. Pr\u00e9cisons notre pens\u00e9e, \u00e0 partir du \u00ab\u00a0plus rien ne sera jamais comme avant\u00a0\u00bb que vous r\u00e9p\u00e8tent les Am\u00e9ricains, \u00e0 qui mieux mieux, du vice-pr\u00e9sident Cheney au <em>Common Man<\/em>qui ne sait plus penser aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ombre de la banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e : l&rsquo;impact de la crise est moins au niveau g\u00e9opolitique et strat\u00e9gique qu&rsquo;au niveau psychologique. (Mais le reste suivra : l&rsquo;impact psychologique va entra&icirc;ner l&rsquo;affaiblissement dramatique, tant g\u00e9opolitique que strat\u00e9gique.) 9\/11 est donc \u00e0 la fois un encha&icirc;nement in\u00e9luctable, si l&rsquo;on consid\u00e8re le pass\u00e9 de crise de la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale des USA (les interventions ext\u00e9rieures et manipulations diverses, comme la cr\u00e9ation des maquis islamistes de Ben Laden en Afghanistan dans les ann\u00e9es 1980, \u00e9tant du domaine de \u00ab\u00a0la fuite en avant\u00a0\u00bb qui conduit \u00e0 des effets dits de <em>blowback<\/em>, ou choc en retour) ; et, \u00e0 la fois, pour l&rsquo;effet psychologique, un d\u00e9chirement, quelque chose de tout \u00e0 fait nouveau qui fait effectivement de cette crise un \u00e9v\u00e9nement qui n&rsquo;a pas de pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; C&rsquo; est surtout dans son aspect postmoderniste que cette crise est sans pr\u00e9c\u00e9dent ; dans ce cas, \u00e9galement, la psychologie est directement concern\u00e9e. Le postmodernisme implique dans sa d\u00e9finition, notamment, le &laquo; <em>d\u00e9passement par les techniques<\/em> &raquo;, &mdash; et, certes, dire \u00ab\u00a0&#8230; par les technologies\u00a0\u00bb est encore plus appropri\u00e9. C&rsquo;est de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit : gr\u00e2ce aux technologies de communication et \u00e0 l&rsquo;usage intensif qui en est fait, cette crise est devenue postmoderne, au point o&ugrave; l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;existence d&rsquo;une nouvelle id\u00e9ologie nous para&icirc;t justifi\u00e9e. Il s&rsquo;agit du virtualisme, la premi\u00e8re id\u00e9ologie caract\u00e9ris\u00e9e d&rsquo;abord par l&rsquo;absence d&rsquo;un contenu id\u00e9ologique, mais plut\u00f4t par la forme technique de d\u00e9structuration du monde r\u00e9el, et son remplacement par un autre monde virtualiste. C&rsquo;est parfaitement le cas avec la crise irakienne, qui a \u00e9volu\u00e9 dans sa premi\u00e8re partie, dans sa partie ma&icirc;tris\u00e9e, comme une pure cr\u00e9ation virtualiste, &mdash; et qui, ensuite, imm\u00e9diatement, en a subi les effets n\u00e9gatifs.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Au plus la crise avance et grandit en intensit\u00e9, au plus l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement se r\u00e9duit et s&rsquo;efface, &mdash; alors, il ne reste que l&rsquo;id\u00e9ologie du virtualisme pour justifier historiquement les actes<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Une caract\u00e9ristique remarquable de la guerre contre l&rsquo;Irak fut sa pr\u00e9paration. Pendant plus d&rsquo;un an, il ne fut question, le plus publiquement du monde, que d&rsquo;attaquer un pays affaibli, exsangue qui, pieds et poings li\u00e9s, attendait qu&rsquo;on dispos\u00e2t de lui. Cela en dit long sur l&rsquo;honneur et la dignit\u00e9 des attaquants, mais cela n&rsquo;est pas nouveau, sauf pour les aveugles et les sourds, et les autistes en g\u00e9n\u00e9ral : plus l&rsquo;Occident s&rsquo;affiche moralisatrice, plus elle se conduit avec la l\u00e2chet\u00e9 d&rsquo;une puissance obs\u00e9d\u00e9e par une trouille hyst\u00e9rique. Cette l\u00e2chet\u00e9, plus tard, lorsqu&rsquo;elle sera mise \u00e0 jour, \u00e9tonnera les peuples. Ce proc\u00e8s est pour plus tard, dans une autre Histoire, dans un autre monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui nous retient ici est \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb. Ce qui nous attache est ce ph\u00e9nom\u00e8ne, que nous allons tenter de montrer, d&rsquo;une \u00ab\u00a0mission\u00a0\u00bb uniquement technique (comment faire accepter l&rsquo;id\u00e9e de la guerre). Le champ de bataille en fut les opinions int\u00e9rieures, y compris (et surtout, dirait-on) celle de l&rsquo;<em>establishment <\/em>washingtonien ; l&rsquo;arme principale, voire exclusive, qu&rsquo;on y employa fut celle de la communication, sous toutes ses formes, avec tous ses moyens ; les tactiques allaient de soi, le mensonge, la dissimulation, la manipulation, la d\u00e9sinformation, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;activit\u00e9 m\u00e9diatique et dialectique de l&rsquo;avant-guerre de Washington et autour de Washington, et, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, dans le reste du monde, est un ph\u00e9nom\u00e8ne de communication consid\u00e9rable. La question pos\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait pas de savoir si le danger pouvait \u00eatre \u00e9vit\u00e9 ou non, si la guerre \u00e9tait in\u00e9luctable ou pas, si le conflit possible secouerait le monde ou non, etc. On pourrait croire, \u00e0 s&rsquo;en tenir aux apparences, que l&rsquo;on abordait effectivement ces sujets, comme dans un avant-guerre \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb. Mais la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait diff\u00e9rente, en raison de la disproportion inimaginable des forces et, &ndash; ici la capacit\u00e9 d&rsquo;agir en toute libert\u00e9, &ndash; l\u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e9vidente d&rsquo;agir. La question pos\u00e9e, froidement consid\u00e9r\u00e9e, \u00e9tait celle-ci : \u00ab\u00a0Est-ce que je cogne ou pas ?\u00a0\u00bb, sachant que rien ne pouvait emp\u00eacher le coup qu&rsquo;on envisageait. On pourrait dire que c&rsquo;est d\u00e9crire un acte projet\u00e9 de sang-froid ; la r\u00e9alit\u00e9 est que c&rsquo;est d\u00e9crire un acte projet\u00e9 de fa\u00e7on hyst\u00e9rique, l&rsquo;hyst\u00e9rie concernant notamment et pr\u00e9cis\u00e9ment les images innombrables du soi-disant \u00ab\u00a0adversaire\u00a0\u00bb que l&rsquo;on se jeta \u00e0 la figure pendant des mois.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend ais\u00e9ment que la crise s&rsquo;imposait d\u00e8s le d\u00e9but, d\u00e8s ses pr\u00e9misses comme on les voit, comme essentiellement psychologique, &ndash;  ni strat\u00e9gique, ni g\u00e9opolitique<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le constat devient par cons\u00e9quent que, tr\u00e8s rapidement, l&rsquo;on ne d\u00e9battait plus de la r\u00e9alit\u00e9 des rapports de forces (r\u00e9alit\u00e9 strat\u00e9gique, r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique). (C&rsquo;est simple, comme on l&rsquo;a vu plus haut : \u00ab\u00a0on ne d\u00e9battait plus de la r\u00e9alit\u00e9 des rapports de forces\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;un tel rapport ne pouvait exister, puisqu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de forces qui pussent \u00eatre comparables.) Devant ce vide de la r\u00e9alit\u00e9 habituelle d&rsquo;un avant-guerre, et sous la pression sans cesse grandissante de la psychologie s&rsquo;exprimant avec l&rsquo;hyst\u00e9rie habituelle, il fallut trouver un substitut. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, ce n&rsquo;\u00e9tait pas difficile, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame. Le substitut existait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat potentiel, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat larv\u00e9, voire dans un \u00e9tat d\u00e9j\u00e0 de semi-d\u00e9veloppement et donc quasiment \u00e9tabli dans la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;<em>establishment<\/em>am\u00e9ricain. La tendance virtualiste a toujours marqu\u00e9 l&rsquo;<em>establishment<\/em>washingtonien depuis l&rsquo;origine, et elle dispose d\u00e9sormais, depuis une ou deux d\u00e9cennies, de structures tr\u00e8s solides (syst\u00e8me m\u00e9diatique et de relations publiques), de moyens technologiques (communication) d&rsquo;une tr\u00e8s grande puissance, d&rsquo;un cadre \u00ab\u00a0non-politique\u00a0\u00bb (omnipr\u00e9sence des int\u00e9r\u00eats commerciaux et financiers, r\u00e9duction sinon inexistence d&rsquo;un &Eacute;tat de bien public). Tr\u00e8s vite, tout fut en place pour le d\u00e9veloppement d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 virtualiste d&rsquo;une tr\u00e8s grande puissance, un th\u00e9\u00e2tre si l&rsquo;on veut mais un th\u00e9\u00e2tre imp\u00e9ratif, qui d\u00e9signait la r\u00e9alit\u00e9 comme obsol\u00e8te et inexistante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;on vit et l&rsquo;on lut alors des choses extraordinaires. On nous parla des armes de destruction massive (ADM) dont on sait qu&rsquo;elles sont du domaine de Fant\u00f4mas, de l&rsquo;affaire de l&rsquo;uranium du Niger qui allait permettre \u00e0 Saddam de fabriquer la bombe, &mdash; tr\u00e8s vite, dans les mois qui venaient ; d&rsquo;un avion sans pilote qui allait bient\u00f4t permettre \u00e0 l&rsquo;Irak d&rsquo;attaquer jusqu&rsquo;aux pays les plus vertueux de l&rsquo;Occident lointain. Tout cela, bien entendu, autant de constructions manipul\u00e9es de A \u00e0 Z ; pas une ADM, la fili\u00e8re de l&rsquo;uranium comme un grossier canard si ais\u00e9 \u00e0 d\u00e9monter. L&rsquo;avion sans pilote \u00e9tait une sorte de maquette grandeur nature capable de voler quelques kilom\u00e8tres. Le spectacle fut consid\u00e9rable, de voir ces s\u00e9rieux analystes des grands SR occidentaux, la CIA (quand elle y croyait), le MI6, se pencher avec gravit\u00e9 sur ces calembredaines qu&rsquo;un sc\u00e9nariste de Hollywood \u00e9carterait d&#8217;embl\u00e9e pour un film-catastrophe sur le sujet. Ce qui menace le renseignement anglo-saxon aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;erreur d&rsquo;\u00e9valuation, c&rsquo;est le ridicule d&rsquo;avoir tenu pour s\u00e9rieuses des choses si \u00e9videmment d\u00e9risoires et fabriqu\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tel \u00e9tait le climat de l&rsquo;hyst\u00e9rie ambiante que l&rsquo;on vit des grands esprits, dont on attendrait qu&rsquo;ils montrassent du bon sens \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;ind\u00e9pendance, se compromettre dans des affirmations si mirobolantes et grossi\u00e8res de fausset\u00e9 qu&rsquo;on a peine aujourd&rsquo;hui \u00e0 croire qu&rsquo;elles furent \u00e9crites, il y a \u00e0 peine quelques mois. On rappellera les \u00e9valuations de l&rsquo;historien britannique Paul Johnson, consid\u00e9r\u00e9 comme une r\u00e9f\u00e9rence (Wall Street <em>Journal<\/em>du 11 mars 2003) : &laquo; <em>II est faux d&rsquo;argumenter que l&rsquo;Irak est un petit &Eacute;tat : Saddam a cinq ou six fois la puissance d&rsquo;an\u00e9antissement dont Hitler disposait en 1939 et plus que n&rsquo;en avait Staline lorsque l&rsquo;OTAN fut form\u00e9e. Si Saddam atteint son but de disposer de bombes atomiques \u00ab\u00a0sales\u00a0\u00bb, sa capacit\u00e9 \u00e0 faire le mal exc\u00e9dera celles de Hitler et de Staline additionn\u00e9es..<\/em> &raquo; Rien l\u00e0-dedans ne vaut l&rsquo;honneur d&rsquo;une r\u00e9futation, sinon du m\u00e9pris.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut bien comprendre que la n\u00e9cessit\u00e9 de consid\u00e9rer s\u00e9rieusement de telles fariboles implique un habillage intellectuel extr\u00eamement corset\u00e9, puissant, qui puisse tenir une construction aussi absurde et aussi d\u00e9risoire, et pourtant affirm\u00e9e aussi massivement. Cet habillage ne pouvait \u00eatre qu&rsquo;id\u00e9ologique. Il s&rsquo;agissait de construire un cadre id\u00e9ologique qui achev\u00e2t de mettre en place les structures de la r\u00e9alit\u00e9 virtualiste qui constituait d\u00e9sormais la r\u00e9alit\u00e9 tout court. La t\u00e2che \u00e9tait urgente.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Nous voici devant la tyrannie de l&rsquo;utopie : au bout du compte, il faut bien comprendre que c&rsquo;est AUSSI en son nom que le monde fait ses sottises sans fin et sans fond<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il s&rsquo;agit de s&rsquo;entendre pr\u00e9cis\u00e9ment. Contrairement aux affirmations des tr\u00e8s nombreux z\u00e9lateurs et inquisiteurs occidentaux et compl\u00e8tement lib\u00e9raux qui se font frissonner \u00e0 bon compte, sans trop de risques, en jouant aux Savonarole-d\u00e9mocrates, &mdash; contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;ils glapissent, il n&rsquo;y a pas une entreprise de conqu\u00eate id\u00e9ologique en cours. A part un bastion ou l&rsquo;autre (type Cor\u00e9e du Nord), sans la moindre importance ni la moindre r\u00e9alit\u00e9 dans ce qu&rsquo;on pourrait envisager d&rsquo;appeler une bataille id\u00e9ologique, personne n&rsquo;envisage une seconde de contester toutes les vertus habituelles que chacun se doit d&rsquo;avoir dans sa poche arri\u00e8re, pr\u00eates \u00e0 servir, c&rsquo;est-\u00e0-dire pr\u00eates \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es comme le mot de passe qui vous ouvre les portes de la pens\u00e9e conformiste : d\u00e9mocratie, droits de l&rsquo;homme, march\u00e9 libre, libre-\u00e9change, etc. (Que ceci ou cela soit vraiment appliqu\u00e9 n&rsquo;a strictement aucune importance. Nos temps ne sont m\u00eame plus ceux du cynisme et de la d\u00e9magogie, mais ceux du virtualisme. La r\u00e9alit\u00e9 qui nous est propos\u00e9e n&rsquo;a pas le moindre int\u00e9r\u00eat.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Donc, il n&rsquo;y a, aujourd&rsquo;hui, aucune bataille id\u00e9ologique en cours. Peut-\u00eatre y a-t-il des conflits de culture, de religion, etc., &mdash; et cela reste \u00e0 voir ; encore, ces \u00e9ventuels conflits ne pr\u00e9sentent aucune unit\u00e9 conflictuelle entre eux. Dans le conflit des Balkans jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre du Kosovo (1999), les musulmans, dont pas mal d&rsquo;extr\u00e9mistes, sont les alli\u00e9s privil\u00e9gi\u00e9s des Am\u00e9ricains, parfois jusqu&rsquo;\u00e0 la trahison de leurs alli\u00e9s europ\u00e9ens (en Bosnie, en 1993-94) par ces m\u00eames Am\u00e9ricains. Aujourd&rsquo;hui, les Am\u00e9ricains sont les adversaires des musulmans extr\u00e9mistes, et peut-\u00eatre au-del\u00e0 des extr\u00e9mistes, et ils ont bien du mal \u00e0 convaincre leurs alli\u00e9s europ\u00e9ens de les suivre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout le monde applaudit aux prescriptions occidentales, m\u00eame avec des arri\u00e8re-pens\u00e9es, parfois dans une mesure o&ugrave; les Occidentaux en viennent eux-m\u00eames \u00e0 trahir leurs principes pour tenter d&rsquo;en \u00e9liminer des cons\u00e9quences qu&rsquo;ils d\u00e9couvrent d\u00e9rangeantes. En 1989, en Alg\u00e9rie, le FIS islamiste s&rsquo;impose au premier tour des \u00e9lections. Le gouvernement liquide le processus d\u00e9mocratique pour cette fois, pour \u00e9liminer le FIS (et lancer une guerre civile bien sanglante), avec l&rsquo;approbation g\u00ean\u00e9e, distraite, passive, pas trop regardante, etc., de tous nos z\u00e9lotes des r\u00e8gles d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car, bien s&ucirc;r, tout le monde adopte ces principes sacr\u00e9s en les interpr\u00e9tant \u00e0 sa fa\u00e7on. On le voit aussi en Floride en 2000, en Russie en 2004, dans diverses dictatures reconverties des zones du Sud. Cela, ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;id\u00e9ologie, c&rsquo;est de la magouille. En d&rsquo;autres mots, il n&rsquo;y a plus d&rsquo;id\u00e9ologie en tant que telle aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus cet ensemble de r\u00e8gles politiques exprimant une vision sp\u00e9cifique du monde, par opposition \u00e0 telle ou telle autre. Il n&rsquo;y a plus aujourd&rsquo;hui d&rsquo;id\u00e9ologique que le cadre, c&rsquo;est-\u00e0-dire un conformisme de pens\u00e9e qui se rapproche de la terreur intellectuelle. On n&rsquo;a jamais autant glapi la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9mocratie dans des pays o&ugrave; personne, absolument personne, ne songe \u00e0 proposer autre chose que la d\u00e9mocratie, malgr\u00e9 les fables sur les extr\u00e9mismes, &mdash; on songe \u00e0 des pays comme la France, la Belgique, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette situation fait que s&rsquo;est install\u00e9 un cadre id\u00e9ologique tr\u00e8s fort, tr\u00e8s contraignant (une tension, une pression constante, proche de la terreur intellectuelle), mais tout cela sans objet r\u00e9el, sans n\u00e9cessit\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9. Nous ne sommes pas, aujourd&rsquo;hui, oblig\u00e9s de liquider les <em>koulaks<\/em>, les Ukrainiens ou les anciens du Parti, comme Staline en 1928-29, 1932-33 et 1936-37. Nous d\u00e9non\u00e7ons des dangers imaginaires, des l\u00e9gions de fant\u00f4mes, cr\u00e9ons des comit\u00e9s de vigilance contre rien, traquons la plus petite allusion \u00e0 la couleur de peau, la moindre appr\u00e9ciation \u00e9logieuse du style d&rsquo;un \u00e9crivain des ann\u00e9es trente qualifi\u00e9 de fasciste et ainsi de suite. Nous avons cr\u00e9\u00e9 une immense architecture compl\u00e8tement vide, baptis\u00e9e id\u00e9ologie, o&ugrave; nous empilons des principes, des anath\u00e8mes, des prescriptions id\u00e9ologiques qui n&rsquo;ont aucun lieu d&rsquo;\u00eatre et qui sont d&rsquo;autant plus terrifiants qu&rsquo;on ne sait quoi en faire. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e8re du virtualisme en action.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce cadre ne pouvait manquer d&rsquo;\u00eatre transcrit dans le paroxysme virtualiste qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 la guerre en Irak, puisque, l\u00e0 aussi, il n&rsquo;y avait rien que les magouilles internes et les batailles de chapelles \u00e0 Washington, D.C., entre groupes d&rsquo;influence, lobbies, agences, bureaucraties, etc. La guerre devint une formidable croisade pour l&rsquo;installation de la d\u00e9mocratie dont nul ne savait rien, ni l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, ni la possibilit\u00e9 qu&rsquo;on l&rsquo;install\u00e2t, ni, bien entendu, de quelle d\u00e9mocratie il s&rsquo;agissait. A tout hasard, on cassa tout, esp\u00e9rant, comme dans les loteries, qu&rsquo;un Dieu quelconque, de pr\u00e9f\u00e9rence d\u00e9mocrate et am\u00e9ricaniste, \u00ab\u00a0reconna&icirc;trait les siens\u00a0\u00bb et permettrait l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;utopie en grandeur r\u00e9elle, sous la direction \u00e9clair\u00e9e du Montesquieu des bords du Tigre, le ci-devant Bremer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Irak devenant la catastrophe qu&rsquo;on sait, sans aucun des arguments qu&rsquo;on avait avanc\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9craser sous les missiles et sous les bombes, sans aucune des r\u00e9alit\u00e9s s\u00e9rieuses qui, d&rsquo;habitude, caract\u00e9risent les situations autour des guerres, avant et apr\u00e8s, l&rsquo;argument de l&rsquo;id\u00e9ologie la plus grandiose possible devint imp\u00e9ratif. A mesure que la guerre irakienne s&rsquo;av\u00e9rait \u00eatre un \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb, un vide absolu dans sa signification historique, et en regard de toutes les destructions et de toutes les souffrances inflig\u00e9es, il devint imp\u00e9ratif que l&rsquo;argument de l&rsquo;utopie, le seul qui restait, le seul qui pouvait \u00eatre enfl\u00e9 sans crainte d&rsquo;exploser puisqu&rsquo;il n&rsquo;a strictement aucune r\u00e9alit\u00e9 physique comme celle du gaz compress\u00e9 qui \u00e9clate, il devint imp\u00e9ratif que cet argument dev&icirc;nt colossal, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un Monde nouveau, d&rsquo;une Histoire compl\u00e8tement refaite. L&rsquo;argument du \u00ab\u00a0grand dessein\u00a0\u00bb de la d\u00e9mocratisation du Moyen-Orient apparut comme ces <em>liftings<\/em>de fond en comble qu&rsquo;on fait subir au visage de l&rsquo;actrice-vedette qui commence \u00e0 vieillir, et qu&rsquo;on a int\u00e9r\u00eat \u00e0 garder en l&rsquo;\u00e9tat parce qu&rsquo;elle repr\u00e9sente un tel paquet de milliards de dollars.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Soyons s\u00e9rieux, cette fois : il n&rsquo;y a pas plus de s\u00e9rieux que cela \u00e0 accorder aux ricanements de Richard Perle, aux d\u00e9lires de Michael Ledeen, aux discours \u00e2nonn\u00e9s de GW et aux b\u00ealements g\u00e9n\u00e9raux qui, pendant quelques mois, servirent de commentaires aux plus prestigieuses plumes occidentales, avec ce seul mot : d\u00e9mocratie, d\u00e9mocratie.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>L&rsquo;histoire \u00e9v\u00e9nementielle n&rsquo;existe plus, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement n&rsquo;existe plus, l&rsquo;un et l&rsquo;autre r\u00e9duits, tu\u00e9s par le virtualisme qui est le nom post-moderne donn\u00e9 \u00e0 ce singulier r\u00e9gime d&rsquo;oppression : la tyrannie de l&rsquo;utopie<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ainsi se trouve-t-on dans une situation pouss\u00e9e \u00e0 son extr\u00eame et \u00e0 son absurde. La r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;y existe plus dans les motifs et les conceptions historiques des actes voulus et d\u00e9clench\u00e9s par les hommes qui poss\u00e8dent puissance et pouvoir terrestres. Par contre cette r\u00e9alit\u00e9 existe compl\u00e8tement dans les cons\u00e9quences terribles de ces non-actes, avec les larmes, le sang, le feu et la mort. C&rsquo;est donc l&rsquo;utopie qui est avanc\u00e9e comme argument g\u00e9n\u00e9ral pour justifier cette \u00e9volution, l&rsquo;utopie qu&rsquo;<em>a priori<\/em>personne ne peut ni contrecarrer, ni contredire puisqu&rsquo;elle se trouve hors de la logique humaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qui cela peut-il surprendre ? En effet, la boucle est boucl\u00e9e. L&rsquo;utopie avanc\u00e9e par les dirigeants dont nombre s&rsquo;av\u00e8rent \u00eatre des m\u00e9diocres, et, en g\u00e9n\u00e9ral, des menteurs et des imb\u00e9ciles pris la main dans le sang, est \u00e9videmment la m\u00eame qui sert de moteur principal et exclusif au r\u00e9gime impos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire. De la m\u00eame fa\u00e7on que ces dirigeants \u00e0 court d&rsquo;arguments donnent comme explication de leur guerre lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;impose comme un g\u00e2chis sans raison l&rsquo;utopie universelle (d\u00e9mocratie, d\u00e9mocratie), de m\u00eame cette utopie est depuis longtemps offerte et mise en avant pour expliquer le mouvement g\u00e9n\u00e9ral tendant \u00e0 d\u00e9structurer la r\u00e9alit\u00e9 pour y installer une autre r\u00e9alit\u00e9, celle que nous nommons virtualisme. C&rsquo;est cette utopie qui a transform\u00e9 des humanistes \u00e0 l&rsquo;\u00e2me sensible devant les souffrances des paysans vietnamiens ou des \u00e9tudiants chiliens, en guerriers assoiff\u00e9s d&rsquo;exploits militaires, applaudissant au pilonnage de Belgrade par l&rsquo;U.S. Air Force.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Dans ce cas, nous parlons du processus des arguments des humanistes lib\u00e9raux, sans pour autant juger l&rsquo;attaque contre la Serbie. Nous la jugeons s\u00e9v\u00e8rement, mais pour d&rsquo;autres raisons, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas utile de d\u00e9velopper ici.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais on ne fait l\u00e0 que r\u00e9p\u00e9ter l&rsquo;\u00e9vidence. L&rsquo;importance du ph\u00e9nom\u00e8ne doit \u00eatre trouv\u00e9e au-del\u00e0 : elle est de constater le v\u00e9ritable effet et l&rsquo;effet fondamental qu&rsquo;a eu l&rsquo;utopie, en nous conduisant au virtualisme une fois que nous dispos\u00e2mes des moyens de le faire (les technologies de la communication), pour inventer une r\u00e9alit\u00e9 qui soit conforme aux suggestions tyranniques de l&rsquo;utopie. Ce processus, qui nous a offert toute sa r\u00e9alisation avec la guerre irakienne, a comme effet de pulv\u00e9riser l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement historique, de le r\u00e9duire \u00e0 rien. Le virtualisme en tant qu&rsquo;il est l&rsquo;effet extr\u00eame de la tyrannie de l&rsquo;utopie nous conduit au ph\u00e9nom\u00e8ne fondamental qui est la destruction de fond en comble de l&rsquo;histoire \u00e9v\u00e9nementielle, par le moyen de la destruction de tout \u00e9v\u00e9nement possible, remplac\u00e9 par sa d\u00e9formation et sa transformation virtualiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce n&rsquo;est certainement pas \u00ab\u00a0la fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb (voir Fukuyama et notre <em>Analyse<\/em>, dans notre num\u00e9ro du 25 juin 2004), au point o&ugrave; ce pourrait \u00eatre m\u00eame le contraire. C&rsquo;est la fin de l&rsquo;histoire \u00e9v\u00e9nementielle, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;histoire faite par l&rsquo;homme, puisque l&rsquo;homme, succombant au <em>diktat<\/em>de l&rsquo;utopie, a invent\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements qui correspondent \u00e0 cette utopie plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Pour autant, l&rsquo;Histoire n&rsquo;est pas finie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il subsiste en effet les courants profonds, que nous croyons plus forts que jamais puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d\u00e9sormais d&rsquo;interf\u00e9rences humaines contraires. C&rsquo;est la fameuse \u00ab\u00a0force des choses\u00a0\u00bb, pour laquelle d&rsquo;autres expressions devraient \u00eatre \u00e9ventuellement forg\u00e9es. R\u00e9p\u00e9tons-le, le signe et m\u00eame la preuve que l&rsquo;Histoire subsiste dans ses courants profonds, on les trouve dans le fait que le cheminement virtualiste et la liquidation de l&rsquo;histoire \u00e9v\u00e9nementielle ont pour cons\u00e9quence de mettre \u00e0 nu l&rsquo;imposture de la puissance am\u00e9ricaine, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la source m\u00eame du virtualisme, du centre m\u00eame de la tyrannie de l&rsquo;utopie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un processus extr\u00eamement paradoxal, qui nous montrerait d&rsquo;une part l&rsquo;effondrement de la structure m\u00eame d&rsquo;un processus historique, mais au b\u00e9n\u00e9fice de la r\u00e9elle substance de l&rsquo;Histoire, apparaissant du fait de cet \u00e9v\u00e9nement de fa\u00e7on beaucoup plus visible et identifiable.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Archives-dd&#038;e : la tyrannie de l&rsquo;utopie PhG \u00e9crivait hier : &laquo; &lsquo;Archives-dd&#038;e&rsquo; se propose de reprendre et de mettre en ligne sur le site &lsquo;dedefensa.org&rsquo;, d&rsquo;une fa\u00e7on syst\u00e9matique divers textes qui parurent dans la Lettre d&rsquo;Analyse &lsquo;dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie&rsquo; (dd&#038;e). &raquo; Voici le premier article, que le m\u00eame PhG annon\u00e7ait effectivement, avec ses pr\u00e9cautions oratoires&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[3702,10679,868,3162,5875,857,7627,3965,610],"class_list":["post-78684","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-3702","tag-archives","tag-bush","tag-dde","tag-ideologie","tag-irak","tag-juin","tag-simulacre","tag-virtualisme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78684","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78684"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78684\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78684"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78684"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78684"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}