{"id":78704,"date":"2019-06-23T09:33:38","date_gmt":"2019-06-23T09:33:38","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/06\/23\/archives-dde-les-usa-la-guerre-dalgerie\/"},"modified":"2019-06-23T09:33:38","modified_gmt":"2019-06-23T09:33:38","slug":"archives-dde-les-usa-la-guerre-dalgerie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/06\/23\/archives-dde-les-usa-la-guerre-dalgerie\/","title":{"rendered":"Archives-<em>dd&amp;e\u00a0<\/em>: Les USA &amp; la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Archives-<em>dd&#038;e <\/em>: Les USA &#038; la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous avons retrouv\u00e9 dans ces \u00ab\u00a0Archives-<em>dd&#038;e<\/em>\u00a0\u00bb un texte qui nous para&icirc;t d&rsquo;un grand int\u00e9r\u00eat ; il l&rsquo;\u00e9tait en 2007 quand nous le publi\u00e2mes, il l&rsquo;est <strong>peut-\u00eatre encore plus aujourd&rsquo;hui<\/strong>, \u00e0 l&rsquo;heure o&ugrave; l&rsquo;axe repentance-colonialisme est, en France, l&rsquo;une des termites <strong>les plus pr\u00e9datrices de la souverainet\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aises<\/strong>. Bien entendu, ce n&rsquo;est pas un hasard sur nous publions ce texte dans une m\u00eame s\u00e9quence, apr\u00e8s la publication, le <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-la-repentance-et-du-colonialisme\">21 juin 2019<\/a>, des textes du Marocain Driss Ghali sur la repentance et le colonialisme en France et par rapport \u00e0 la France. <strong>Les deux mises en ligne se compl\u00e8tent, se r\u00e9pondent et s&rsquo;enrichissent<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte de la rubrique <em>Analyse <\/em>de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dd&#038;e<\/em>, du 10 mars 2007 (Vol22 n&deg;12), est en fait une longue analyse critique (bien plus qu&rsquo;une recension, nous ne le cachons pas une seconde) d&rsquo;un des livres qui fait autorit\u00e9 sur le sujet de la politique des USA vis-\u00e0-vis de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, et vis-\u00e0-vis de la France dans la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. En effet, et ce n&rsquo;est pas une des moindres surprises par rapport au conformisme du politiquement correct, <strong>les USA jou\u00e8rent un r\u00f4le consid\u00e9rable dans la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/strong>, au point que l&rsquo;on peut dire que ce sont les USA qui <strong>permirent au FLN d&rsquo;acqu\u00e9rir le statut international <\/strong>conduisant \u00e0 l&rsquo;encha&icirc;nement de sa reconnaissance, et d&rsquo;une ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie passant exclusivement par lui (le FLN) et rejetant toute autre formule \u00e9ventuelle m\u00e9nageant des liens plus structur\u00e9s avec la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Le livre qui est ici consid\u00e9r\u00e9 est celui de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Irwin_M._Wall\">Irwin M. Wall<\/a>, <em>Les &Eacute;tats-Unis et la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie <\/em>[\u00e9ditions Soleb, septembre 2006 en traduction fran\u00e7aise avec un ajout exclusif de l&rsquo;auteur, version originale publi\u00e9e en 2000] &hellip; Wall est un sp\u00e9cialiste de la politique fran\u00e7aise post-1945, et des relations des USA avec la France sous la IV\u00e8me r\u00e9publique et les d\u00e9buts de la V\u00e8me.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si nous disons que ce texte nous para&icirc;t \u00ab\u00a0d&rsquo;un grand int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0peut-\u00eatre encore plus aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb qu&rsquo;en 2007 lorsqu&rsquo;il fut publi\u00e9, c&rsquo;est d&rsquo;abord parce qu&rsquo;entretemps divers travaux de r\u00e9vision de l&rsquo;histoire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, et surtout du r\u00f4le et de l&rsquo;identit\u00e9 m\u00eame du FLN, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s. Nous <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/fragments-memoriels-preliminaires\">rappelons ceci<\/a>, \u00e0 cet \u00e9gard, signalant cette tendance r\u00e9visionniste de la gauche institutionnalis\u00e9e, conduite \u00e0 mettre en \u00e9vidence <strong>l&rsquo;extr\u00e9misme du FLN jusqu&rsquo;\u00e0 en faire une sorte de \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb pour le ph\u00e9nom\u00e8ne-<em>Daesh <\/em>et toute la mouvance qui lui est associ\u00e9e<\/strong>, bien plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle plus tard :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Un autre aspect du bouleversement en cours, c&rsquo;est la \u00ab\u00a0r\u00e9vision m\u00e9morielle\u00a0\u00bb en cours de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. (Pour \u00e7a, voir l\u00a0\u00bbHistoriquement Show&rsquo; <a href=\"http:\/\/www.histoire.fr\/actualit%C3%A9s\/historiquement-show-235-sp%C3%A9ciale-guerre-d-alg%C3%A9rie\">238 du 15 avril 2016<\/a>, particuli\u00e8rement St\u00e9phane Courtois parlant du livre de Jean Birnbaum, &lsquo;Un silence religieux, la gauche face au djihadisme&rsquo;.) C&rsquo;est un bouleversement qui int\u00e9resse ma propre m\u00e9moire, et j&rsquo;y reviendrai un jour ou l&rsquo;autre. Pour la situation intellectuelle fran\u00e7aise, c&rsquo;est \u00e9galement, m\u00eame si d&rsquo;une autre fa\u00e7on, un bouleversement parce que la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie dans le r\u00e9cit officiel actuel (la narrative, pour le coup) est la poutre-ma&icirc;tresse de la dynamique intellectuelle en cours de la susdite-intelligence fran\u00e7aise<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cette r\u00e9vision n&rsquo;a certes pas entam\u00e9 la dynamique de \u00ab\u00a0l&rsquo;axe repentance-colonialisme\u00a0\u00bb comme dit plus haut et comme esp\u00e9r\u00e9 par certains (y compris PhG, qui fit ce commentaire ?). Il y a de la logique dans cet \u00e9chec, dans la mesure o&ugrave; \u00ab\u00a0l&rsquo;axe repentance-colonialisme\u00a0\u00bb est du domaine de la pens\u00e9e dite de la bienpensance, de l&rsquo;hyper-\u00ab\u00a0politiquement correct\u00a0\u00bb <strong>puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une pens\u00e9e atrophi\u00e9e dans les bornes inflexibles de la bienpensance<\/strong>, &ndash; donc qui n&rsquo;int\u00e9ressent ceux, assez nombreux, qui ne disposent pas de leur pr\u00e9cieux temps \u00e0 perdre \u00e0 penser par eux-m\u00eames : on ne les d\u00e9range donc pas&hellip; Pour les autres, vraiment le texte ci-dessous est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant parce qu&rsquo;il relie par un autre n&oelig;ud la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e0 notre \u00e9poque : <strong>en 1954-1962, comme aujourd&rsquo;hui pour <em>Daesh <\/em>et <em>al Qa\u00efda<\/em>, les USA jouent un r\u00f4le essentiel, d\u00e9structurant et d\u00e9stabilisateur<\/strong>.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Que Mr. Birnbaum nous apprenne que le FLN est le mod\u00e8le de <em>Daesh <\/em>est d\u00e9j\u00e0 int\u00e9ressant ; mais qu&rsquo;il soit montr\u00e9 l\u00e0-dessus, notamment par un rappel de la signification profonde du livre de monsieur Wall, que les USA ont soutenu \u00e0 fond le FLN durant la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie redouble notre int\u00e9r\u00eat en compl\u00e9tant le parall\u00e8le avec notre \u00e9poque. L&rsquo;argument am\u00e9ricaniste pour expliquer ce soutien, selon l&rsquo;impeccable historien am\u00e9ricaniste qu&rsquo;est Mr. Wall, <strong>est la vieille-postmoderne tradition \u00ab\u00a0anticolonialiste\u00a0\u00bb des USA<\/strong>, lesquels revendiquent l&rsquo;honneur exclusif et \u00e9galement postmoderne d&rsquo;\u00eatre la premi\u00e8re r\u00e9bellion contre le colonialisme europ\u00e9en. On comprend ce qu&rsquo;il en est, avant d&rsquo;aller demander confirmations aux survivants des <em>Native Americans <\/em>qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Massacre_de_Wounded_Knee\">Wounded Knee<\/a>, lorsqu&rsquo;on lit la d\u00e9finition rapide que donne la \u00ab\u00a0r\u00e9volution am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb l&rsquo;impeccable intellectuel franco-am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/jacques-barzun-ou-lamerican-dreamfracasse\">Jacques Barzun<\/a> dans son livre magnifique <em>From Dawn to Decadence &ndash; 500 Years of Western Cultural Life<\/em>, &ndash; et voir alors <strong>ce qu&rsquo;il nous reste de la vertu anticolonialiste <\/strong>de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, \u00e0 moins de l&rsquo;\u00eatre, anticolonialiste, <strong>comme le fut le FLN, la main dans la main avec les USA<\/strong> :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>S&rsquo;il y en avait un, le but de la Guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine \u00e9tait r\u00e9actionnaire : \u00ab\u00a0Le retour au bon vieux temps !\u00a0\u00bb Les contribuables, les \u00e9lus, les marchands et n\u00e9gociants, les propri\u00e9taires voulaient un retour aux conditions existantes avant l&rsquo;\u00e9tablissement de la nouvelle politique anglaise. Les r\u00e9f\u00e9rences renvoyaient aux droits classiques et imm\u00e9moriaux des Britanniques : autogouvernement par le biais de repr\u00e9sentants et d&rsquo;imp\u00f4ts garantis par les assembl\u00e9es locales, et nullement d\u00e9sign\u00e9es arbitrairement par le roi. Aucune nouvelle id\u00e9e sugg\u00e9rant un d\u00e9placement des formes et des structures du pouvoir &ndash; la marque des r\u00e9volutions &ndash; ne fut proclam\u00e9e. Les 28 affronts reproch\u00e9s au roi George avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 souvent cit\u00e9s en Angleterre. Le langage de la D\u00e9claration d&rsquo;Ind\u00e9pendance est celui de la protestation contre des abus de pouvoir, et nullement celui d&rsquo;une proposition pour refonder le gouvernement sur de nouveaux principes. <\/em>&raquo; <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ainsi a-t-on une analogie de plus avec la situation pr\u00e9sente : la moraline am\u00e9ricaniste comme argument fondamental de l&rsquo;interventionnisme am\u00e9ricaniste, ou la vertu anticolonialiste des am\u00e9ricanistes de 1954-1962 correspondant \u00e0 celle du droitdel&rsquo;hommisme des \u00ab\u00a0r\u00e9volutions de couleur\u00a0\u00bb et autres \u00ab\u00a0printemps arabes\u00a0\u00bb d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Il est vrai que nous avons toujours pris soin de distinguer, comme le fait Arnold Toynbee, le \u00ab\u00a0colonialisme\u00a0\u00bb traditionnel de l'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0am\u00e9ricanisation\u00a0\u00bb) du monde entam\u00e9 en 1945 sur une conception supr\u00e9maciste de l&rsquo;anglosaxonisme (pour faire plaisir aux Britts), c&rsquo;est-\u00e0-dire du susdit am\u00e9ricanisme. Nous d\u00e9crivions cela pour <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, par exemple le 4 juin 2014, et \u00e0 cette lumi\u00e8re <strong>la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie devient un avant-propos sinon le premier chapitre <\/strong>dans la grande entreprise d&rsquo;am\u00e9ricanisation et de globalisation qui prendra tous ses effets entre 1989-1991 et 9\/11 :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>L'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb du monde est entam\u00e9e justement, selon Toynbee, juste apr\u00e8s la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Le paradoxe est que ce d\u00e9marrage co\u00efncide exactement avec le d\u00e9but de la d\u00e9colonisation (ind\u00e9pendance de l&rsquo;Inde en 1947, guerre d&rsquo;Indochine, etc.). Cela nous conduit \u00e0 consid\u00e9rer l'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb, non comme la poursuite de la colonisation, comme on l&rsquo;avance souvent, mais bien comme quelque chose de tout \u00e0 fait diff\u00e9rent de la colonisation. En fait, la d\u00e9colonisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire la destruction de la colonisation, \u00e9tait n\u00e9cessaire pour permettre le lancement de l&rsquo;occidentalisation. Il n&rsquo;y a pas compl\u00e9mentarit\u00e9 ni substitution, mais bien opposition entre les deux termes.<\/em> [&#8230;] <em>La notion de \u00ab\u00a0racisme anglo-saxon\u00a0\u00bb avanc\u00e9e par Toynbee doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e avec une extr\u00eame attention. Pour nous, les Anglo-Saxons ne sont pas racistes, ils sont supr\u00e9macistes, le supr\u00e9macisme n&rsquo;\u00e9tant pas une cat\u00e9gorie du racisme, mais un caract\u00e8re en soi&#8230; Pour nous, le racisme se d\u00e9finit par rapport aux autres, de diverses fa\u00e7ons, dans un univers relatif et circonstanciel ; le supr\u00e9macisme se d\u00e9finit par rapport \u00e0 soi, et \u00e0 soi seul \u00e0 l&rsquo;exclusion du reste, comme un caract\u00e8re identitaire dans un univers absolu. (Le racisme ne conduit pas n\u00e9cessairement \u00e0 l&rsquo;oppression et il peut changer, \u00e9voluer, \u00e9ventuellement dispara&icirc;tre ; le supr\u00e9macisme ne peut \u00e9voluer par d\u00e9finition et conduit n\u00e9cessairement \u00e0 l&rsquo;oppression.) L&rsquo;anglosaxonisme, ou panam\u00e9ricanisme, est supr\u00e9maciste, comme le fut le pangermanisme et son rejeton catastrophique que fut le nazisme&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On ne doit plus alors s&rsquo;\u00e9tonner que l&rsquo;affrontement feutr\u00e9 entre les USA et de Gaule, notamment sur la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, jusqu&rsquo;\u00e0 voir un Adenauer protester aupr\u00e8s des dirigeants USA parce qu&rsquo;ils poussaient le FLN \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9misme contre la recherche de solutions plus nuanc\u00e9es de la part de De Gaulle, &ndash; que <strong>cet affrontement port\u00e2t <em>in fine<\/em><\/strong><strong>ce qui est devenu aujourd&rsquo;hui la d\u00e9finition de l&rsquo;opposition <\/strong>entre la politique ext\u00e9rieure de globalisation d\u00e9structurante et dissolvante des USA et le souverainisme ind\u00e9pendant et populaire, n\u00e9cessairement identitaire comme une identit\u00e9 appartient \u00e0 un tout sans c\u00e9der sur sa sp\u00e9cificit\u00e9, qui d\u00e9finit en termes actuels ce qu&rsquo;\u00e9tait le gaullisme. L\u00e0 aussi, nous mettons en \u00e9vidence combien tout cela \u00e9tait domin\u00e9 par la notion de puissance et de coercition du c\u00f4t\u00e9 US, et la notion d&rsquo;\u00e9quilibre et d&rsquo;harmonie de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, cela rejoignant <strong>la classification fondamental<\/strong>e telle qu&rsquo;\u00e9nonc\u00e9e par l&rsquo;historien Guglielmo Ferrero <strong>entre <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-lideal-de-puissance-1\">id\u00e9al de puissance<\/a> et id\u00e9al de perfection<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi peut-on justement faire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, au-del\u00e0 des consid\u00e9rations et engagements de type tactiques et id\u00e9ologiques, <strong>un \u00e9pisode pr\u00e9curseur de l&rsquo;immense bataille qui se poursuit aujourd&rsquo;hui au plus haut niveau<\/strong>, &ndash; au niveau strat\u00e9gique pour garder le classement militaire, mais magnifi\u00e9 et d\u00e9finitivement hauss\u00e9 par son inscription dans la m\u00e9taphysique de l&rsquo;Histoire (m\u00e9tahistoire).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Nous r\u00e9sumons en g\u00e9n\u00e9ral ce conflit, &ndash; pour faire vite <strong>et sans s&rsquo;attacher aux multiples consid\u00e9rations tactiques<\/strong>dont certaines peuvent atteindre une dimension strat\u00e9gique dans leur d\u00e9veloppement, &ndash; selon <strong>l&rsquo;\u00e9quation op\u00e9rationnelle de l&rsquo;antiSyst\u00e8me contre le Syst\u00e8me<\/strong>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parmi les textes qui d\u00e9veloppent notre d\u00e9finition de la souverainet\u00e9, qui fut ainsi un des grands enjeux indirects de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, nous proposons ceux qui r\u00e9unissent les r\u00e9flexions de l&rsquo;historien Guglielmo Ferrero et de celui qui fut son mod\u00e8le, le Prince de B\u00e9n\u00e9vent, Charles-Maurice de Talleyrand-P\u00e9rigord. D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, <strong>la souverainet\u00e9 est pour nous un attribut fondamental et l\u00e9gitime de l&rsquo;identit\u00e9 (individuelle ou collective) en tant qu&rsquo;ontologie <\/strong>(on parle de l'\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/etudesplatoniciennes\/340\">identit\u00e9 ontologique<\/a>\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb de Plotin). Voir notamment les textes du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/eloge-et-necessite-de-la-legitimite\">16 ao&ucirc;t 2007<\/a>et du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/sarko-et-loption-talleyrand\">2 mai 2011<\/a>, dont est extrait le passage ci-dessous, qui met en \u00e9vidence la diff\u00e9rence entre \u00ab\u00a0id\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0id\u00e9al de perfection\u00a0\u00bb auquel renvoie la souverainet\u00e9, en montrant un cas o&ugrave; <strong>la souverainet\u00e9 se renforce <\/strong>avec l&rsquo;abandon de territoires issus de conqu\u00eates, &ndash; <strong>ce qui pourrait servir d&rsquo;argument en faveur de l&rsquo;abandon de l&rsquo;Alg\u00e9rie (et des autres colonies) par de Gaulle<\/strong> :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Le principe fondamental qui guidait Talleyrand \u00e0 Vienne, en 1814, \u00e9tait le principe de la l\u00e9gitimit\u00e9 et, au-del\u00e0, de la souverainet\u00e9. Il s&rsquo;agit \u00e9videmment de principes fondamentaux de restructuration, principes qualitatifs contre l&rsquo;affirmation quantitative de la puissance d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e des armes (syst\u00e8me du technologisme). On peut lire (sur ce site, au <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-eloge_et_necessite_de_la_legitimite_extraits_des_memoires_de_talleyrand_16_08_2007.html\">16 ao&ucirc;t 2007<\/a>) une d\u00e9finition de la l\u00e9gitimit\u00e9 et de la souverainet\u00e9 selon Talleyrand, &ndash; quelques pages qui boulevers\u00e8rent Guglielmo Ferrero (cit\u00e9 dans la pr\u00e9sentation du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-eloge_et_necessite_de_la_legitimite_extraits_des_memoires_de_talleyrand_16_08_2007.html\">texte<\/a> de Talleyrand), qui chang\u00e8rent sa perception du fondement des choses. (Ferrero donna \u00e0 son livre magnifique dont le sous-titre est &lsquo;Talleyrand au Congr\u00e8s de Vienne&rsquo;, le titre de &lsquo;Reconstruction&rsquo;, &ndash; ce qui doit s&rsquo;entendre dans le sens de \u00ab\u00a0restructuration\u00a0\u00bb.) Ces principes, que Talleyrand entendait offrir \u00e0 toute l&rsquo;Europe au nom de la France, &ndash; la nation du milieu des choses, c&rsquo;est-\u00e0-dire de leur \u00e9quilibre structur\u00e9 par les principes et de leur harmonie accomplie par leur structuration, et pour cela &lsquo;Grande Nation&rsquo; en v\u00e9rit\u00e9, &ndash; ces principes le mettaient, lui le vaincu, dans cette curieuse posture d&rsquo;inspirateur et de v\u00e9ritable esprit de la conf\u00e9rence. Talleyrand r\u00e9sumait ainsi sa th\u00e9orie, pour justifier le retour de la maison des Bourbons sur le tr\u00f4ne :<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; \u00ab\u00a0<em>La maison de Bourbon seule, pouvait noblement faire reprendre \u00e0 la France les heureuses proportions indiqu\u00e9es par la politique et par la nature. Avec la maison de Bourbon, <strong>la France cessait d&rsquo;\u00eatre gigantesque pour devenir grande<\/strong>. Soulag\u00e9e du poids de ses conqu\u00eates, la maison de Bourbon seule, pouvait la replacer au rang \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;elle doit occuper dans le syst\u00e8me social ; seule, elle pouvait d\u00e9tourner les vengeances que vingt ans d&rsquo;exc\u00e8s avaient amoncel\u00e9es contre elle.\u00a0\u00bb <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le texte venu de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dd&#038;e <\/em>du 10 mars 2007 est introduit par un sous-titre disant ceci :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Petite le\u00e7on d&rsquo;histoire bien actuelle malgr\u00e9 qu&rsquo;on y parle de l&rsquo;Alg\u00e9rie, de la IV\u00e8me R\u00e9publique et de De Gaulle, de Foster Dulles et de Ike. La psychologie am\u00e9ricaniste en sc\u00e8ne, comme argument central de l&rsquo;Histoire<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_______________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">L&rsquo;Alg\u00e9rie de John Foster Dulles<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous nous attachons \u00e0 un livre de l&rsquo;historien am\u00e9ricain Irwin M. Wall, <em>Les &Eacute;tats-Unis et la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie <\/em>(\u00e9ditions Soleb, septembre 2006 en traduction fran\u00e7aise avec un ajout exclusif de l&rsquo;auteur, version originale publi\u00e9e en 2000). Wall est un des sp\u00e9cialistes am\u00e9ricains de l&rsquo;histoire fran\u00e7aise, et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment des relations entre France et USA (sa p\u00e9riode de pr\u00e9dilection est la IV\u00e8me R\u00e9publique et les d\u00e9buts de la V\u00e8me). Il observe dans l&rsquo;ajout exclusif qu&rsquo;il a donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise: &laquo; [L]<em>es Am\u00e9ricains \u00e9tudient la France plus que quiconque, peut-\u00eatre autant voire plus que les Fran\u00e7ais eux-m\u00eames<\/em>. &raquo;  Nous avions lu, <em>in illo tempore<\/em>, un autre important travail de Wall : <em>L&rsquo;influence am\u00e9ricaine sur la politique fran\u00e7aise, 1945-1954 <\/em>(Balland, 1989). Ici ou l\u00e0, nous y ferons allusion.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi ce livre (ces deux livres) ? Manifestement, l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise, faite en 2006 pour un livre datant de 2000, se veut comme un clin d&rsquo;&oelig;il. Il y a un parall\u00e8le \u00e0 faire entre l&rsquo;attitude fran\u00e7aise vis-\u00e0-vis des USA dans l&rsquo;affaire irakienne et l&rsquo;attitude des USA vis-\u00e0-vis de la France dans l&rsquo;affaire alg\u00e9rienne. Wall n&rsquo;en disconvient pas implicitement, r\u00e9duisant l&rsquo;analogie \u00e0 Irak-2003 versus Suez-1956.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce n&rsquo;est pas la voie qui nous int\u00e9resse. Selon nous, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;analogie possible, sinon sentimentale, entre deux situations o&ugrave; les partenaires auraient une position invers\u00e9e alors qu&rsquo;ils sont ces puissances si diff\u00e9rentes. Disons que l&rsquo;analogie est trompeuse et la faire c&rsquo;est faire une tromperie, volontairement ou pas. Ce n&rsquo;est pas un proc\u00e8s, c&rsquo;est un constat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au contraire, il y a beaucoup \u00e0 apprendre de la politique US vis-\u00e0-vis de la crise alg\u00e9rienne et de la France plong\u00e9e dans la crise alg\u00e9rienne. Il y a aussi un enseignement consid\u00e9rable dans les visions r\u00e9ciproques (am\u00e9ricaine et fran\u00e7aise) des relations entre les deux pays, et dans leurs fa\u00e7ons de voir si diff\u00e9rentes. C&rsquo;est une appr\u00e9ciation historique que nous offrons, qui a incontestablement une grande actualit\u00e9 par le biais \u00e9vident de sa permanence. Toute v\u00e9ritable appr\u00e9ciation historique a cette dimension de permanence, ou bien son int\u00e9r\u00eat est temporaire et sporadique.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>L&rsquo;activisme US dans la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie : l&rsquo;effet d&rsquo;une politique, d&rsquo;une conception du monde radicale et de ses certitudes<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Sans aucun doute, l&rsquo;un des grands apports du livre est l&rsquo;image qu&rsquo;il donne de la puissance, de la constance et de l&rsquo;insistance de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat US pour la crise alg\u00e9rienne. C&rsquo;est une d\u00e9couverte, tant on avait \u00e0 l&rsquo;esprit que la crise alg\u00e9rienne \u00e9tait d&rsquo;abord une \u00ab\u00a0crise fran\u00e7aise\u00a0\u00bb (pour la France) qui avait accessoirement et \u00e9pisodiquement int\u00e9ress\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique. Ce n&rsquo;est pas le cas. L&rsquo;affaire alg\u00e9rienne fut aussit\u00f4t interpr\u00e9t\u00e9e par Washington comme une bataille essentielle dans la vision am\u00e9ricaniste du monde durant la Guerre froide ; \u00e9galement, comme un \u00e9pisode essentiel dans ses rapports avec la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Un des paradoxes de d\u00e9part est expos\u00e9 involontairement en une seule phrase de l&rsquo;introduction du livre (par le professeur Georges-Henri Soutou) : &laquo; <em>Outre leur anticolonialisme traditionnel, et la conviction que le conflit en Alg\u00e9rie, \u00e0 la diff\u00e9rence de celui d&rsquo;Indochine, rel\u00e8ve d&rsquo;une autre cat\u00e9gorie que la guerre froide et donc ne justifie pas un soutien automatique \u00e0 la politique fran\u00e7aise, tout au long de la crise leur politique est dict\u00e9e par la conviction que la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie compromet la participation effective de la France \u00e0 l&rsquo;Otan et risque de pousser l&rsquo;Afrique du Nord dans les bras de Moscou<\/em>. &raquo; La guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie n&rsquo;est pas vue comme un \u00e9v\u00e9nement de la Guerre froide et, pourtant, les deux effets n\u00e9gatifs qu&rsquo;on en craint ont \u00e0 voir directement avec la Guerre froide. Peut-\u00eatre est-ce leur \u00ab\u00a0anticolonialisme traditionnel\u00a0\u00bb qui explique ce qui est \u00e0 nos yeux une contradiction des USA interf\u00e9rant consid\u00e9rablement sur la perception du probl\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Au contraire, l&rsquo;obsession de la guerre froide est constamment pr\u00e9sente, et c&rsquo;est l&rsquo;une des causes de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat US pour la crise. Foster Dulles, le secr\u00e9taire d&rsquo;Etat de Eisenhower, ne vit que dans l&rsquo;obsession de l&rsquo;\u00e9largissement du conflit, souvent dans une mesure bien irr\u00e9aliste et qui laisse r\u00eaveur. Lorsqu&rsquo;il explique l&rsquo;intervention US constante, Wall rapporte le &laquo; <em>sc\u00e9nario cauchemardesque<\/em> &raquo; qui semble constamment \u00e0 l&rsquo;esprit de Dulles : &laquo; [L]<em>a politique men\u00e9e par la France conduisait n\u00e9cessairement \u00e0 entra&icirc;ner dans un conflit sans issue les voisins de l&rsquo;Alg\u00e9rie, la Tunisie d&rsquo;abord et ensuite le Maroc et la Libye. La France allait bient\u00f4t se trouver en guerre avec l&rsquo;Afrique du Nord toute enti\u00e8re, soutenue par Nasser et d&rsquo;autres Etats arabes, lesquels seraient arm\u00e9s et financ\u00e9s par l&rsquo;URSS et le communisme international<\/em>. &raquo; Parall\u00e8lement, on nous explique, par exemple, que la Tunisie qui vient d&rsquo;avoir son ind\u00e9pendance, tente de trouver des armes pour \u00e9quiper son premier r\u00e9giment de 3.000 hommes et que l&rsquo;ALN alg\u00e9rienne r\u00e8gne dans le pays en absolue ma&icirc;tresse. Cela invite \u00e0 se demander, pour ce cas qui \u00e9quivaut aux autres mentionn\u00e9s, comment les Fran\u00e7ais auraient pu d\u00e9clencher un conflit avec une Tunisie qui n&rsquo;avait aucune existence de puissance r\u00e9elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette hyst\u00e9rie ne cessera pas. Wall nous rapporte, sans le moindre commentaire impliquant une appr\u00e9ciation un peu \u00e9tonn\u00e9e ou une observation critique, que, le 7 novembre 1960, le NSC (*) mentionne au cours d&rsquo;une r\u00e9union sa crainte d&rsquo;une implication de l&rsquo;OTAN en Alg\u00e9rie &laquo; <em>dans l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 d&rsquo;une intervention, dans le nord de l&rsquo;Alg\u00e9rie, d&rsquo;unit\u00e9s de forces arm\u00e9es sovi\u00e9tiques organis\u00e9es et identifiables <\/em>&raquo;. Cette obsession extraordinaire, relevant de la bande dessin\u00e9e de l&rsquo;\u00e9poque maccarthyste, marque effectivement l&rsquo;appr\u00e9ciation sans cesse exc\u00e9d\u00e9e des Am\u00e9ricains \u00e0 l&rsquo;encontre de la pr\u00e9tention fran\u00e7aise \u00e0 r\u00e9sister pour conserver un territoire dont on a peine \u00e0 se souvenir qu&rsquo;il fait alors partie int\u00e9grante du territoire fran\u00e7ais. Les Am\u00e9ricains pensent, d\u00e8s 1954, comme nous le rappelle Soutou, que &laquo; <em>la France ne peut gagner la guerre et <\/em>[que] <em>l&rsquo;Alg\u00e9rie deviendra t\u00f4t ou tard ind\u00e9pendante<\/em> &raquo;. Cette conviction est si grande qu&rsquo;on a bient\u00f4t l&rsquo;impression, de plus en plus confirm\u00e9e tout au long du livre, que les USA font effectivement tout pour que l&rsquo;Alg\u00e9rie devienne ind\u00e9pendante, que ce sont eux qui ont jou\u00e9 le r\u00f4le principal dans cette affaire o&ugrave; Moscou n&rsquo;a rien \u00e0 voir. Le soutien diplomatique de Washington au FLN, \u00e0 l&rsquo;ONU, au d\u00e9partement d&rsquo;&Eacute;tat du r\u00e9publicain Dulles, au Congr\u00e8s o&ugrave; Kennedy fit un discours m\u00e9morable en 1957, dans les capitales \u00e9trang\u00e8res, fut constant et fondamental. Ainsi les USA peuvent assurer aux Fran\u00e7ais qu&rsquo;ils ne peuvent gagner la guerre, de science certaine puisqu&rsquo;ils sont les principaux soutiens diplomatiques et politiques du FLN.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est un autre enseignement pr\u00e9cieux du livre. Les USA ont, pour une part principale, assur\u00e9 les fondements de l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Une grande explication est offerte. Face au danger sovi\u00e9tique que les Fran\u00e7ais ne comprennent pas, seul l&rsquo;anticolonialisme naturel de l&rsquo;Am\u00e9rique fait l&rsquo;affaire. Curieux argument, alors que les Fran\u00e7ais tentent de convaincre Washington que l&rsquo;Occident est en danger dans les djebels alg\u00e9riens. Seuls les Am\u00e9ricains savent distinguer le danger communiste et y r\u00e9pondre avec la finesse qui importe. Ce sera l&rsquo;obsession anticolonialiste. (En attendant, Wall passe en un mot tr\u00e8s rapide sur cette Alg\u00e9rie devenue ind\u00e9pendante en 1962 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;habilet\u00e9 de Washington \u00e0 \u00e9carter la mainmise communiste, et se retrouvant en 1965, avec Boumedienne, socialiste, tiers-mondiste et amie de Che Guevara, et amie de Moscou cela va sans dire.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le poids de la vertu anticolonialiste de l&rsquo;Am\u00e9rique est consid\u00e9rable dans la politique de Washington nous explique-t-on, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre d\u00e9terminant. Ce n&rsquo;est pas sa puissance qui donne \u00e0 Washington le \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb de chapitrer interminablement Paris, mais sa vertu anticolonialiste. C&rsquo;est elle qui permet aux Am\u00e9ricains de mieux \u00ab\u00a0comprendre\u00a0\u00bb la crise et d&rsquo;\u00eatre \u00e0 m\u00eame de lui donner l&rsquo;issue qui importe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Curiosit\u00e9 historique : l&rsquo;Am\u00e9rique est, para&icirc;t-il, la premi\u00e8re \u00ab\u00a0colonie\u00a0\u00bb \u00e0 s&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9e, donc avec un titre de propri\u00e9t\u00e9 de la vertu anticolonialiste. Voire. L&rsquo;analogie avec l&rsquo;Alg\u00e9rie est int\u00e9ressante. Les <em>insurgents <\/em>am\u00e9ricains de 1776 n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec les Arabes d&rsquo;Alg\u00e9rie : ce sont les \u00ab\u00a0pieds-noirs\u00a0\u00bb de l&rsquo;Am\u00e9rique qui se r\u00e9voltent contre la m\u00e8re-patrie. Les vrais Arabes de l&rsquo;Am\u00e9rique, ce sont les Indiens. C&rsquo;est avec le traitement global inflig\u00e9 par les Am\u00e9ricains immigrants aux Indiens compar\u00e9 au traitement inflig\u00e9 par les pieds-noirs aux Arabes qu&rsquo;on peut \u00e9tablir une analogie int\u00e9ressante. Les \u00e9volutions d\u00e9mographiques respectives des deux populations indig\u00e8nes sont peut-\u00eatre une indication plus int\u00e9ressante des vertus respectives que les discours \u00e0 ce propos. L\u00e0 devrait \u00eatre la source du brevet d&rsquo;anticolonialisme.)<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Une intervention am\u00e9ricaniste marqu\u00e9e par une seule attitude : le refus de consid\u00e9rer l&rsquo;existence de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>R\u00e9partissons bien les critiques. Le proc\u00e8s de la \u00ab\u00a0France colonialiste\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 fait, fait et refait <em>ad nauseam<\/em>. Les vilenies fran\u00e7aises sont expos\u00e9es en place publique, amplifi\u00e9es extraordinairement, d\u00e9monis\u00e9es dans une orgie de repentance bien dans l&rsquo;air du temps, au vu et au su de tout le monde, d&rsquo;ailleurs \u00e0 l&rsquo;initiative des intellectuels fran\u00e7ais, sans la moindre restriction. Ce n&rsquo;est certainement pas sur ce point que porte l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du livre, bien que les Am\u00e9ricains ne manquent pas de froncer les sourcils devant les comportements des Fran\u00e7ais. Il s&rsquo;agit ici de d\u00e9couvrir le fondement de l&rsquo;attitude am\u00e9ricaniste, du proc\u00e8s am\u00e9ricaniste fait contre la France dans cette affaire. Ce proc\u00e8s est permanent dans le r\u00e9cit historique de Wall, implicite et explicite \u00e0 la fois. Il est fond\u00e9 moins sur les faits, quels que soient ces faits, que sur une conviction fondamentale du juge, &ndash; et c&rsquo;est le point capital pour nous. Il s&rsquo;agit, comme on dit, d&rsquo;une \u00ab\u00a0question de principe\u00a0\u00bb, &ndash; et ce livre pr\u00e9tendument de \u00ab\u00a0science historique\u00a0\u00bb est fait pour juger et condamner, et certainement pas pour instruire et comprendre. (Et le juge qui incarne ces principes au nom desquels on condamne au bout du compte, ce sont les USA, sans le moindre doute.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Wall mentionne souvent la chose (la \u00ab\u00a0question des principes\u00a0\u00bb), en passant et comme allant de soi, sous diff\u00e9rentes formes. On comprend rapidement qu&rsquo;il accepte cette th\u00e8se implicite qu&rsquo;on d\u00e9crit ici comme \u00e9vidente, plus encore, qu&rsquo;il l&rsquo;accepte presque inconsciemment comme la description d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 indiscutable. Un passage sur la fin du livre, tr\u00e8s marquant parce qu&rsquo;il ne met pas de Fran\u00e7ais en sc\u00e8ne, \u00e9clairera notre argument et les effets immenses de cette situation psychologique par le biais d&rsquo;une description pr\u00e9cise du r\u00f4le des Am\u00e9ricains dans cette affaire. Wall rapporte une visite du chancelier Konrad Adenauer (tr\u00e8s proche de De Gaulle, contre les USA, dans l&rsquo;affaire alg\u00e9rienne), \u00e0 Washington le 12 avril 1961.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Quant \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;attitude des &Eacute;tats-Unis \u00e0 l&rsquo;ONU qui, pour lui, \u00e9tait responsable de l&rsquo;\u00e9chec de la France dans ses relations avec ce pays <\/em>[l&rsquo;Alg\u00e9rie] <em>et, <\/em>[fit observer Adenauer]<em>, il <\/em>[Adenauer] <em>ne pouvait pas le leur pardonner <\/em>[aux USA]<em>. Deux ans plus t\u00f4t, les rebelles \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 signer un accord de paix et ils l&rsquo;auraient fait s&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas eu le soutien de Washington. &Agrave; l&rsquo;\u00e9poque, il avait abord\u00e9 le sujet. avec Eisenhower qui lui avait r\u00e9pondu qu&rsquo;autrefois les Am\u00e9ricains avaient \u00e9t\u00e9 aussi un peuple colonis\u00e9 et qu&rsquo;ils ne pouvaient pas se d\u00e9sint\u00e9resser de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Le chancelier ne pouvait comprendre cela ni suivre les Am\u00e9ricains l\u00e0-dessu<\/em>s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous voyons aussit\u00f4t que le proc\u00e8s permanent est si tranch\u00e9 d&rsquo;avance qu&rsquo;on ne devrait m\u00eame pas parler de proc\u00e8s. Le juge a fait sa conviction, il est conviction lui-m\u00eame. Le cas politique n&rsquo;a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00eatre d\u00e9battu, il s&rsquo;efface devant la nature de la chose. La conviction am\u00e9ricaniste, relay\u00e9e par la puissance de ce pays si habile \u00e0 transmuter la force en droit, est par avance que l&rsquo;Alg\u00e9rie existe souverainement d\u00e8s l&rsquo;origine, que cette existence est usurp\u00e9e par la France avec le crime atroce du colonialisme. La seule chose que peuvent faire les USA pour leur alli\u00e9 fran\u00e7ais qu&rsquo;ils aiment bien, qui est une bonne chose par essence puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit des USA, est d&rsquo;am\u00e9nager d&rsquo;une fa\u00e7on acceptable la marche in\u00e9luctable vers l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie. La souverainet\u00e9 fran\u00e7aise sur le territoire alg\u00e9rien est absolument ni\u00e9e. C&rsquo;est un artefact d&rsquo;une psychologie malade, la psychologie fran\u00e7aise qui est ici la principale cible (cible des am\u00e9ricanistes et des intellectuels fran\u00e7ais). Cette approche est int\u00e9ressante parce qu&rsquo;en menant le d\u00e9bat sur ce point (l&rsquo;Alg\u00e9rie avant 1954 et m\u00eame jusqu&rsquo;en 1962, souverainet\u00e9 fran\u00e7aise ou pas ?), elle met en \u00e9vidence que la question principale de la crise alg\u00e9rienne est moins le colonialisme consid\u00e9r\u00e9 comme probl\u00e8me historique central que la question historique centrale de la souverainet\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode historique circonstanciel du colonialisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A cet \u00e9gard, un passage du c\u00f4t\u00e9 des intellectuels fran\u00e7ais fera l&rsquo;affaire, en nous confirmant qu&rsquo;il y a identit\u00e9 de vue entre les Am\u00e9ricains, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;\u00e9quipe Eisenhower-Dulles ou de l&rsquo;\u00e9quipe Kennedy-Rusk, et les intellectuels fran\u00e7ais, de la gauche marxiste au lib\u00e9ralisme am\u00e9ricaniste selon les \u00e9poques, qui m\u00e8nent la charge jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. (Wall s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8re quand il le faut, avec un enthousiasme qui en dit long.) Dans le livre r\u00e9f\u00e9rence de l&rsquo;\u00e9tude historique vertueuse de la \u00ab\u00a0question alg\u00e9rienne\u00a0\u00bb, <em>La Guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, 1954-2004 la fin de l&rsquo;amn\u00e9sie<\/em>, livre rassemblant une \u00e9quipe d&rsquo;historiens n\u00e9cessairement comp\u00e9tents sous la direction de Mohammed Harbi et Benjamin Stora, cette question de la nation alg\u00e9rienne, &ndash; ou du \u00ab\u00a0fait national alg\u00e9rien\u00a0\u00bb pour dire plus vertueusement et \u00e9viter l&rsquo;accusation incroyable de nationalisme, &ndash; est partout pr\u00e9sente comme une ombre. Effectivement, elle est \u00e9voqu\u00e9e par les deux auteurs dans des termes cat\u00e9goriques, puisqu&rsquo;elle suscite le seul interdit de cette somme lib\u00e9rale : &laquo; <em>Un souci de pluralisme anime ce volume, dont chaque contribution n&rsquo;engage, bien \u00e9videmment, que son auteur. Mais nous devons nous distancier du texte de Mohand Hamoumou et Abderhamen Moumen sur les harkis, dont l&rsquo;analyse se fonde sur la n\u00e9gation du fait national alg\u00e9rie<\/em>n. &raquo; Pourtant les quelques remarques de Harbi lui-m\u00eame sur l&rsquo;Alg\u00e9rie d&rsquo;avant 1954 ne sont pas encourageantes. En 1830 (lors du d\u00e9barquement fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie), &laquo; <em>les notions de peuple, de souverainet\u00e9 du peuple, de nation et de culture nationale sont \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l&rsquo;esprit des populations<\/em> &raquo;. Cela rejoint le si fameux et si galvaud\u00e9 &laquo; <em>J&rsquo;ai visit\u00e9 les cimeti\u00e8res alg\u00e9riens, je n&rsquo;y ai trouv\u00e9 aucune trace d&rsquo;une nation alg\u00e9rienne<\/em> &raquo; de Ferhat Abbas en 1936.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[La question du \u00ab\u00a0fait national alg\u00e9rien\u00a0\u00bb] n&rsquo;est pas indiff\u00e9rente parce qu&rsquo;elle fonde la l\u00e9gitimit\u00e9 historique, et la souverainet\u00e9. Au-del\u00e0, elle justifie certaines violences et autorise \u00e0 qualifier d'\u00a0\u00bbexactions\u00a0\u00bb celles des autres. Le FLN ne fut pas moins avare que l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise des unes comme des autres. Mais s&rsquo;il n&rsquo;est pas soutenu par la l\u00e9gitimit\u00e9 historique de la souverainet\u00e9 ? Les r\u00e9volutionnaires diront que la souverainet\u00e9 s&rsquo;acquiert dans la juste lutte. Tout au plus, elle se confirme, si l&rsquo;on retrouve la l\u00e9gitimit\u00e9 historique, sinon la lutte n&rsquo;a rien de juste par elle-m\u00eame. A cette lumi\u00e8re, par quoi est justifi\u00e9 le soutien constant des USA aux rebelles alg\u00e9riens ? D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 et toujours \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;histoire, ce soutien US entache la cause du combat des rebelles d&rsquo;ombres suspectes.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Un jugement sur de Gaulle appuy\u00e9 sur l&rsquo;incompr\u00e9hension de ses buts et de sa d\u00e9marche<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Or il s&rsquo;av\u00e8re que toute la croisade US faite au nom de la justice, et dont on comprend \u00e9videmment qu&rsquo;elle doit trouver sa justification dans la l\u00e9gitimit\u00e9 historique de la souverainet\u00e9 et de la nation (alg\u00e9riennes), pour que la justice soit r\u00e9elle et non une usurpation de la chose, cette croisade se fait pour partie en face d&rsquo;un homme dont la qu\u00eate obsessionnelle est celle de la souverainet\u00e9. La confrontation est int\u00e9ressante et \u00e9clairante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;\u00e9clate l&rsquo;incompr\u00e9hension de Wall pour de Gaulle et pour le principe de souverainet\u00e9, ce qui ach\u00e8ve de mettre en cause la validit\u00e9 de ses conclusions g\u00e9n\u00e9rales puisqu&rsquo;en effet le soutien am\u00e9ricaniste \u00e0 l&rsquo;insurrection alg\u00e9rienne est fond\u00e9 sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de ce combat (la souverainet\u00e9 de la nation alg\u00e9rienne qui en est sortie). D&rsquo;ailleurs, &ndash; et l&rsquo;on gardera ce point \u00e0 l&rsquo;esprit pour une future r\u00e9flexion sur le travail de l&rsquo;historien, &ndash; la conception de Wall est naturellement, par nature doit-on insister, celle d&rsquo;un am\u00e9ricaniste et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, d&rsquo;un moderniste (voire d&rsquo;un postmoderniste). Elle d\u00e9finit la souverainet\u00e9 selon le r\u00e9sultat de la politique et \u00e0 la condition sine qua non que cette politique et son r\u00e9sultat soient moraux. Les tentations de distorsion de l&rsquo;Histoire sont par cons\u00e9quent infinies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Wall, comme les am\u00e9ricanistes, ne comprend pas que la souverainet\u00e9 c&rsquo;est exister (librement, &ndash; pour ce cas, par la r\u00e9alisation d&rsquo;une politique libre, ind\u00e9pendante, &ndash; souveraine) et non obtenir certaines choses par le moyen d&rsquo;une politique qui force selon la morale. La souverainet\u00e9 concerne l&rsquo;identit\u00e9 de soi-m\u00eame et non la force qui, en affirmant une soi-disant identit\u00e9, contraint celle des autres. Ce livre nous montre une fois de plus qu&rsquo;en traitant ce probl\u00e8me de la souverainet\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on critique chez un autre, les am\u00e9ricanistes d\u00e9couvrent involontairement la r\u00e9alit\u00e9 du probl\u00e8me que cette d\u00e9finition leur pose \u00e0 eux-m\u00eames, et dont ils commencent \u00e0 peine \u00e0 mesurer la profondeur puisque leur force d\u00e9faillante ne peut plus masquer la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Constamment, Wall confond les moyens et les fins, dans une d\u00e9marche habituelle \u00e0 l&rsquo;esprit am\u00e9ricaniste. Il fait des r\u00e9sultats de la politique ind\u00e9pendante de De Gaulle l&rsquo;enjeu de l&rsquo;affirmation de la souverainet\u00e9, alors que c&rsquo;est cette politique elle-m\u00eame et son ind\u00e9pendance, quelles que soient ses variations tactiques, qui produisent la construction et l&rsquo;affirmation de la souverainet\u00e9. Bien peu \u00e0 son aise dans la compr\u00e9hension de son sujet et trop empress\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire ce sujet, Wall ne recule pas devant la contradiction formelle d&rsquo;une page \u00e0 l&rsquo;autre. On en donnera ici un exemple frappant, mais cette contradiction est partout pr\u00e9sente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &bull; Page 297, il \u00e9crit : &laquo; <em>Si 1962 est une ann\u00e9e d\u00e9cisive, c&rsquo;est qu&rsquo;elle consacre l&rsquo;\u00e9chec des grandes man&oelig;uvres gaulliennes visant \u00e0 r\u00e9organiser le monde de mani\u00e8re que la France y occupe un nouveau rang, et qui supposaient, \u00e0 la base, une Alg\u00e9rie \u00e9troitement associ\u00e9e, &ndash; soumise, en fait, &ndash; \u00e0 la France dans une relation n\u00e9o-coloniale<\/em>. &raquo; Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un constat d&rsquo;\u00e9chec, puisque la th\u00e8se de Wall \u00e0 cet instant \u00e9tait que de Gaulle voulait garder l&rsquo;Alg\u00e9rie associ\u00e9e \u00e0 la France (\u00ab\u00a0soumise\u00a0\u00bb), et que cela aurait servi \u00e0 restaurer le rang de la France et, par cons\u00e9quent, sa souverainet\u00e9 ; et que cela n&rsquo;a pas r\u00e9ussi&#8230; Donc, la souverainet\u00e9 n&rsquo;est pas restaur\u00e9e ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Page 301, soit quatre pages plus tard, il \u00e9crit : &laquo; <em>Son objectif principal en revenant au pouvoir \u00e9tait de doter la France de nouvelles institutions. S&rsquo;il pouvait faire que l&rsquo;Alg\u00e9rie reste fran\u00e7aise, il le ferait ; si elle devait \u00eatre un obstacle \u00e0 ses projets, alors il chercherait une autre solution<\/em>. &raquo; L\u00e0 (p.297), l&rsquo;abandon de l&rsquo;Alg\u00e9rie marque l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;une politique de restauration de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, ici (p.301) cet abandon est, selon les circonstances et dans ce cas au contraire du pr\u00e9c\u00e9dent, le n\u00e9cessaire sacrifice pour poursuivre par une autre voie l&rsquo;entreprise de restauration de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais on le comprend. Pour la conception am\u00e9ricaniste, l&rsquo;identit\u00e9, la souverainet\u00e9, l&rsquo;ind\u00e9pendance sont les fruits d&rsquo;une politique, les fruits des circonstances. Elles sont une conqu\u00eate, par la force et par la morale (qu&rsquo;on arrange \u00e0 sa fa\u00e7on), qui se fait au d\u00e9triment n\u00e9cessairement d&rsquo;un autre (nation, ethnie, etc.). Pour l&rsquo;esprit fran\u00e7ais, et de Gaulle en premier, la souverainet\u00e9 est un \u00e9tat d&rsquo;esprit, une psychologie tremp\u00e9e \u00e0 la transcendance de l&rsquo;identit\u00e9 de soi, et l&rsquo;ind\u00e9pendance en est le produit naturel qui va de soi. Cette m\u00e9sentente des conceptions \u00e9clate dans la question du \u00ab\u00a0directoire\u00a0\u00bb (participation de la France au \u00ab\u00a0directoire\u00a0\u00bb anglo-saxon USA-UK \u00e9tabli de facto, au sein et m\u00eame en-dehors de l&rsquo;OTAN, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec de Suez de 1956), dont Wall fait grand cas en tentant d&rsquo;en r\u00e9viser la signification. De Gaulle avait demand\u00e9 cette participation d\u00e8s septembre 1958 et il devait, en 1961, constater l&rsquo;\u00e9chec de sa d\u00e9marche. Wall critique cette exigence de De Gaulle, en remarquant : &laquo; <em>On a du mal \u00e0 voir en tout cela le mod\u00e8le de monde multipolaire que la plupart des auteurs portent g\u00e9n\u00e9ralement au cr\u00e9dit de De Gaulle. Il suffisait que les Am\u00e9ricains l&rsquo;acceptent comme membre du \u00ab\u00a0directoire\u00a0\u00bb des Occidentaux pour l&#8217;emp\u00eacher de prendre ses distances et pour que l&rsquo;Ouest reste intact dans ce qui devait toujours \u00eatre, du seul fait de la puissance am\u00e9ricaine, un monde bipolaire<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re r\u00e9action qu&rsquo;on a est \u00e9videmment celle-ci: mais pourquoi n&rsquo;ont-ils pas pris de Gaulle dans leur \u00ab\u00a0directoire\u00a0\u00bb puisque c&rsquo;\u00e9tait ainsi le neutraliser, selon Wall ? La r\u00e9ponse tombe sous le sens. Au contraire de ce qu&rsquo;avance Wall, ce n&rsquo;\u00e9tait pas du tout le neutraliser. Le Fran\u00e7ais de Gaulle au sein du \u00ab\u00a0directoire\u00a0\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 intenable, exigeant, autonome. Il e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 souverain, dans un \u00ab\u00a0directoire\u00a0\u00bb devenu bien s&ucirc;r, du fait m\u00eame de sa seule pr\u00e9sence, multipolaire. Le contraire des Britanniques, soumis \u00e0 la baguette depuis l&rsquo;\u00e9chec de Suez.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La souverainet\u00e9 est une question d&rsquo;esprit et d&rsquo;identit\u00e9, pas de position politique, ni m\u00eame de force. La \u00ab\u00a0puissance am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb n&rsquo;aurait en rien contraint de Gaulle \u00e0 suivre les consignes, comme elle n&rsquo;y \u00e9tait pas parvenue en 1942-45. (&laquo; <em>De Gaulle ne demandait pas, il r\u00e9clamail, mieux il exigeait &hellip; Cette tactique, curieusement, avait \u00e9t\u00e9 payante pendant la Seconde guerre mondiale, o&ugrave; l&rsquo;agressivit\u00e9 de son comportement semblait \u00eatre inversement proportionnelle \u00e0 la puissance r\u00e9elle de la France<\/em> &raquo;. Le \u00ab\u00a0curieusement\u00a0\u00bb, qui est tellement de trop, mesure l&rsquo;incompr\u00e9hension de Wall.) Mais quelque chose de tout \u00e0 fait inconscient, ainsi que les craintes de leur vanit\u00e9, firent qu&rsquo;ils s&rsquo;en dout\u00e8rent bien, et c&rsquo;est pourquoi ils n&rsquo;ont pas pris de Gaulle dans leur \u00ab\u00a0directoire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>La question de la souverainet\u00e9 est la clef de la trag\u00e9die politique de notre temps, y compris du \u00ab\u00a0colonialisme\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La critique de De Gaulle est la principale d\u00e9marche de ce livre plus que la critique du colonialisme (ou bien faut-il faire de De Gaulle un colonialiste ? Sans doute, par opposition \u00e0 un Foster Dulles qui, lui, n&rsquo;est que vertueux). Elle rejoint \u00ab\u00a0curieusement\u00a0\u00bb (sic) la critique des ann\u00e9es 1960 des anti-gaullistes de droite, comme celle de Jacques Laurent, &ndash; mais avec infiniment plus de talent pour Laurent, &ndash; dans son<em>Mauriac sous de Gaulle<\/em>. C&rsquo;est dire qu&rsquo;elle date un peu et qu&rsquo;elle est absolument paradoxale puisque l&rsquo;antigaullisme de Laurent se faisait au nom de la d\u00e9fense de l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. Cette critique consiste \u00e0 reprocher \u00e0 de Gaulle de n&rsquo;avoir pas accompli certaines des ambitions qui lui sont pr\u00eat\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire de n&rsquo;\u00eatre pas puissant et \u00ab\u00a0souverain\u00a0\u00bb selon les conceptions am\u00e9ricanistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Cette critique conduit \u00e0 la remarque plus g\u00e9n\u00e9rale, qui semble un enseignement important \u00e0 sortir de la lecture tr\u00e8s critique de ce livre, que la question de la souverainet\u00e9 d\u00e9passe tout, que la crise du colonialisme qui est soulev\u00e9e aussi pour ce cas de l&rsquo;Alg\u00e9rie est moins un drame moral sp\u00e9cifique qu&rsquo;une trag\u00e9die de la souverainet\u00e9. Si ce constat appara&icirc;t si fortement \u00e0 ce propos, c&rsquo;est que les USA, dans leur action, posent pour eux-m\u00eames la question de la souverainet\u00e9 et que la France (puis de Gaulle) y r\u00e9pond d&rsquo;une fa\u00e7on toute diff\u00e9rente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La question de la souverainet\u00e9 est essentielle parce que c&rsquo;est la question de l&rsquo;existence. Dans ce cas, on la voit d\u00e9natur\u00e9e par la conception moralinesque des USA, qui pr\u00e9f\u00e8re la cantonner sur une vision d\u00e9form\u00e9e et partisane du \u00ab\u00a0colonialisme\u00a0\u00bb. L&rsquo;Alg\u00e9rie garde des traces des erreurs trop faciles de ses premiers chefs. Aller chercher le soutien des USA, avec leur conception fauss\u00e9e de la souverainet\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait entacher au d\u00e9part ce concept. Ils auraient d&ucirc; prendre exemple sur de Gaulle et s&rsquo;inspirer de la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Note<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>(*) NSC : <em>National Security Council<\/em>, conseil formant avec une bureaucratie sp\u00e9cifique sous la direction du conseiller sp\u00e9cial du pr\u00e9sident pour ce domaine une sorte de \u00ab\u00a0gouvernement personnel\u00a0\u00bb du pr\u00e9sident des USA, et r\u00e9unissant en consultations r\u00e9guli\u00e8res les principaux responsables de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, &ndash; Pentagone, CIA, etc., &ndash; autour du pr\u00e9sident pour traiter toutes les mati\u00e8res de ds\u00e9curit\u00e9 nationale.  <\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Archives-dd&#038;e : Les USA &#038; la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie Nous avons retrouv\u00e9 dans ces \u00ab\u00a0Archives-dd&#038;e\u00a0\u00bb un texte qui nous para&icirc;t d&rsquo;un grand int\u00e9r\u00eat ; il l&rsquo;\u00e9tait en 2007 quand nous le publi\u00e2mes, il l&rsquo;est peut-\u00eatre encore plus aujourd&rsquo;hui, \u00e0 l&rsquo;heure o&ugrave; l&rsquo;axe repentance-colonialisme est, en France, l&rsquo;une des termites les plus pr\u00e9datrices de la souverainet\u00e9 et&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[11889,2631,2745,19151,4450,17991,2685,2778,4345,19152,3961,19150,2786,2937,2779,2746,2699,3132],"class_list":["post-78704","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-colonialisme","tag-de","tag-dulles","tag-ferreri","tag-fln","tag-foster","tag-gaulle","tag-ideal","tag-independance","tag-irvin","tag-john","tag-lalgerie","tag-m","tag-nationale","tag-puissance","tag-souverainete","tag-talleyrand","tag-wall"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78704","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78704"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78704\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78704"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78704"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78704"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}