{"id":78724,"date":"2019-07-06T02:50:28","date_gmt":"2019-07-06T02:50:28","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/07\/06\/manger-boire-et-dormir-le-monde-ecoeure-de-musset\/"},"modified":"2019-07-06T02:50:28","modified_gmt":"2019-07-06T02:50:28","slug":"manger-boire-et-dormir-le-monde-ecoeure-de-musset","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/07\/06\/manger-boire-et-dormir-le-monde-ecoeure-de-musset\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Manger, boire et dormir\u00a0\u00bb\u00a0: le monde \u00e9c\u0153ur\u00e9 de Musset"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">&laquo; Manger, boire et dormir &raquo; : le monde \u00e9c&oelig;ur\u00e9 de Musset<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Musset grand auteur ignor\u00e9&hellip; Dans ses Confessions d&rsquo;un enfant du si\u00e8cle, il d\u00e9crit le malaise moderne (on \u00e9crirait postmoderne, si la r\u00e9volution c&rsquo;est la modernit\u00e9&hellip;) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Un sentiment de malaise inexprimable commen\u00e7a donc \u00e0 fermenter dans tous les c&oelig;urs jeunes. Condamn\u00e9s au repos par les souverains du monde, livr\u00e9s aux cuistres de toute esp\u00e8ce, \u00e0 l&rsquo;oisivet\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;ennui, les jeunes gens voyaient se retirer d&rsquo;eux les vagues \u00e9cumantes contre lesquelles ils avaient pr\u00e9par\u00e9 leur bras. Tous ces gladiateurs frott\u00e9s d&rsquo;huile se sentaient au fond de l&rsquo;\u00e2me une mis\u00e8re insupportable. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le fric am\u00e8ne la lib\u00e9ration sexuelle ultra fa\u00e7on DSK-Robbe-Grillet-Sade-etc., la pauvret\u00e9 la gesticulation politico-sociale d\u00e9sordonn\u00e9e, des barricades romantiques aux gilets jaunes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les plus riches se firent libertins ; ceux d&rsquo;une fortune m\u00e9diocre prirent un \u00e9tat et se r\u00e9sign\u00e8rent soit \u00e0 la robe, soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9p\u00e9e ; les plus pauvres se jet\u00e8rent dans l&rsquo;enthousiasme \u00e0 froid, dans les grands mots, dans l&rsquo;affreuse mer de l&rsquo;action sans but. Comme la faiblesse humaine cherche l&rsquo;association et que les hommes sont troupeaux de nature, la politique s&rsquo;en m\u00eala. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La France ne produit plus d&rsquo;id\u00e9es, elle les recycle :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quand les id\u00e9es anglaises et allemandes pass\u00e8rent ainsi sur nos t\u00eates, ce fut comme un d\u00e9go&ucirc;t morne et silencieux, suivi d&rsquo;une convulsion terrible. Car formuler des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, c&rsquo;est changer le salp\u00eatre en poudre, et la cervelle hom\u00e9rique du grand Goethe avait suc\u00e9, comme un alambic, toute la liqueur du fruit d\u00e9fendu. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus personne ne croit en rien (d&rsquo;ailleurs est-ce si grave, Alfred ?) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce fut comme une d\u00e9n\u00e9gation de toutes choses du ciel et de la terre, qu&rsquo;on peut nommer d\u00e9senchantement, ou si l&rsquo;en veut, d\u00e9sesp\u00e9rance, comme si l&rsquo;humanit\u00e9 en l\u00e9thargie avait \u00e9t\u00e9 crue morte par ceux qui lui t\u00e2taient le pouls. De m\u00eame que ce soldat \u00e0 qui l&rsquo;on demanda jadis : A quoi crois-tu ? et qui le premier r\u00e9pondit : \u00e0 moi ; ainsi la jeunesse de France, entendant cette question, r\u00e9pondit la premi\u00e8re : \u00e0 rien. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Manger, boire et dormir (sans oublier la t\u00e9l\u00e9 et bronzer l&rsquo;\u00e9t\u00e9) d\u00e9finit le futur humain :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Voici donc ce que disait le corps :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;homme est ici-bas pour se servir de ses sens ; il a plus ou moins de morceaux d&rsquo;un m\u00e9tal jaune ou blanc avec quoi il a droit \u00e0 plus ou moins d&rsquo;estime. Manger, boire et dormir, c&rsquo;est vivre. Quand aux liens qui existent entre les hommes, l&rsquo;amiti\u00e9 consiste \u00e0 pr\u00eater de l&rsquo;argent ; mais il est rare d&rsquo;avoir un ami qu&rsquo;on puisse aimer assez pour cela. La parent\u00e9 sert aux h\u00e9ritages : l&rsquo;amour est un exercice du corps ; la seule jouissance intellectuelle est la vanit\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On reverra la Maman et la Putain de Jean Eustache, sommet du nihilisme parisien, snob, enfum\u00e9 &ndash; tourn\u00e9 sous la mis\u00e9rable pr\u00e9sidence Pompidou &#8211; et qui montrait le d\u00e9veloppement t\u00e9ratologique de cette weltanschauung du vide, qui peut tourner en rond pendant encore cent ans (cela d\u00e9pendra du climat).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le m\u00e9contentement du pauvre reste \u00e0 l&rsquo;ordre du jour :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais si le pauvre, ayant bien compris une fois que les pr\u00eatres le trompent, que les riches le d\u00e9robent, que tous les hommes ont les m\u00eames droits, que tous les biens sont de ce monde, et que sa mis\u00e8re est impie ; si le pauvre, croyant \u00e0 lui et \u00e0 ses deux bras pour toute croyance, s&rsquo;est dit un beau jour : Guerre au riche ! \u00e0 moi aussi la jouissance ici-bas, puisque le ciel est vide ! \u00e0 moi et \u00e0 tous, puisque tous sont \u00e9gaux ! \u00f4 raisonneurs sublimes qui l&rsquo;avez men\u00e9 l\u00e0, que lui direz-vous s&rsquo;il est vaincu ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s la maladresse communiste (Chateaubriand dans sa c\u00e9l\u00e8bre conclusion des M\u00e9moires), on le calme le pauvre, par la malbouffe et le smartphone. Ce sont les riches qui sont les plus rebelles, voyez Chesterton et Tocqueville. Ils sont insatiables et ils se garderont  pour eux seuls ce que le capital laisse de cette plan\u00e8te.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis Musset voit qu&rsquo;on n&rsquo;invente plus rien : on recycle. Le monde anesth\u00e9si\u00e9 et st\u00e9rilis\u00e9 du progr\u00e8s n&rsquo;est bon qu&rsquo;\u00e0 recycler, d\u00e8s le d\u00e9but du romantisme, qui recycle l&rsquo;orient des voyages ou bien le moyen \u00e2ge (Heine en parle bien aussi, qui en souligne le danger&hellip;en Allemagne) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Notre si\u00e8cle n&rsquo;a point de formes. Nous n&rsquo;avons donn\u00e9 le cachet de notre temps ni \u00e0 nos maisons, ni \u00e0 nos jardins, ni \u00e0 quoi que ce soit. On rencontre dans les rues des gens qui ont la barbe coup\u00e9e comme du temps d&rsquo;Henri III, d&rsquo;autres qui sont ras\u00e9s, d&rsquo;autres qui ont les cheveux arrang\u00e9s comme ceux du portrait de Rapha\u00ebl, d&rsquo;autres comme du temps de J\u00e9sus-Christ. Aussi les appartements des riches sont des cabinets de curiosit\u00e9s ; l&rsquo;antique, le gothique, le go&ucirc;t de la Renaissance, celui de Louis XIII, tout est p\u00eale-m\u00eale. Enfin nous avons de tous les si\u00e8cles, hors du n\u00f4tre, chose qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 vue \u00e0 une autre \u00e9poque ; l&rsquo;\u00e9clectisme est notre go&ucirc;t ; nous prenons tout ce que nous trouvons, ceci pour sa beaut\u00e9, ceci pour sa commodit\u00e9, telle autre chose pour son antiquit\u00e9, telle autre pour sa laideur m\u00eame; en sorte que nous ne vivons que de d\u00e9bris, comme si la fin du monde \u00e9tait proche. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On r\u00e9p\u00e8te, car c&rsquo;est g\u00e9nial : &laquo; nous ne vivons que de d\u00e9bris, comme si la fin du monde \u00e9tait proche. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme Pouchkine dans Eug\u00e8ne On\u00e9guine, Musset trouve qu&rsquo;on lit trop (aujourd&rsquo;hui &laquo; on se goinfre d&rsquo;images &raquo;, comme dit Clint Eastwood !). La surconsommation litt\u00e9raire produit le champ de ruines Bovary que traitera Flaubert :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tel \u00e9tait mon esprit ; j&rsquo;avais beaucoup lu ; en outre, j&rsquo;avais appris \u00e0 peindre. Je savais par c&oelig;ur une grande quantit\u00e9 de choses, mais rien par ordre, de fa\u00e7on que j&rsquo;avais la t\u00eate \u00e0 la fois vide et gonfl\u00e9e, comme une \u00e9ponge&hellip; Je devenais amoureux de tous les po\u00e8tes l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre ; mais, \u00e9tant d&rsquo;une nature tr\u00e8s impressionnable, le dernier venu avait toujours le don de me d\u00e9go&ucirc;ter du reste. Je m&rsquo;\u00e9tais fait un grand magasin de ruines, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;enfin, n&rsquo;ayant plus soif \u00e0 force de boire la nouveaut\u00e9 et l&rsquo;inconnu, je m&rsquo;\u00e9tais trouv\u00e9 une ruine moi-m\u00eame. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certains tancent l&rsquo;individualisme, et ils ont tort. Le monde moderne liquide tout, et le salut ne se situera qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9chelle ! Et on conseillera \u00e0 ceux que ce Musset \u00e9c&oelig;ur\u00e9 rebute le g\u00e9nial et dynamique r\u00e9cit \u00e9rotique Gamiani, th\u00e9oriquement anonyme, et qui \u00e9tait recommand\u00e9 par Evola dans sa m\u00e9taphysique du sexe. <\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo; Manger, boire et dormir &raquo; : le monde \u00e9c&oelig;ur\u00e9 de Musset Musset grand auteur ignor\u00e9&hellip; Dans ses Confessions d&rsquo;un enfant du si\u00e8cle, il d\u00e9crit le malaise moderne (on \u00e9crirait postmoderne, si la r\u00e9volution c&rsquo;est la modernit\u00e9&hellip;) : &laquo; Un sentiment de malaise inexprimable commen\u00e7a donc \u00e0 fermenter dans tous les c&oelig;urs jeunes. 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