{"id":78731,"date":"2019-07-10T07:39:52","date_gmt":"2019-07-10T07:39:52","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/07\/10\/archives-ddela-guerre-dechainee\/"},"modified":"2019-07-10T07:39:52","modified_gmt":"2019-07-10T07:39:52","slug":"archives-ddela-guerre-dechainee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/07\/10\/archives-ddela-guerre-dechainee\/","title":{"rendered":"<em>Archives-dd&amp;e\u00a0<\/em>:\u00a0La guerre \u201cd\u00e9cha\u00een\u00e9e\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>Archives-dd&#038;e <\/em>: La guerre \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est avec un r\u00e9el bonheur que nous avons retrouv\u00e9 ces deux textes (le premier publi\u00e9 aujourd&rsquo;hui) qui s&rsquo;appuient sur le travail de l&rsquo;historien italien Guglielmo Ferrero sur la p\u00e9riode de \u00ab\u00a0la Grande Peur\u00a0\u00bb, de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise au Congr\u00e8s de Vienne. C&rsquo;est avec une grande satisfaction que nous avons retrouv\u00e9 Guglielmo Ferrero (bien qu&rsquo;il ne nous ait jamais vraiment quitt\u00e9), que nous citions moins depuis l&rsquo;exploitation consid\u00e9rable que nous f&icirc;mes de son apport dans la premi\u00e8re p\u00e9riode de notre d\u00e9couverte de lui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Rest\u00e9 proche de nous, Ferrero, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;emprunt fondamental que nous f&icirc;mes de son travail, dans le chef <strong>des concepts antagonistes qu&rsquo;il pr\u00e9senta de \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9al de la perfection\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9al de la puissance\u00a0\u00bb<\/strong>. La pr\u00e9sence dans notre <em>Glossaire.dde <\/em>de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-lideal-de-puissance-1\">l&rsquo;id\u00e9al de la puissance<\/a>\u00a0\u00bb en t\u00e9moigne, ainsi qu&rsquo;un texte ou l&rsquo;autre notamment sur la Grande Guerre. [C&rsquo;est \u00e0 propos de la Grande Guerre, et en plein milieu de celle-ci qu&rsquo;il d\u00e9finit ces deux concepts, notamment dans une conf\u00e9rence dont le texte fut repris encore r\u00e9cemment, le <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notre-11-novembre-ferrero\">4 novembre 2018<\/a>.].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est manifeste que Ferrero nous aida consid\u00e9rablement \u00e0 identifier et \u00e0 d\u00e9finir quelques-uns de nos concepts essentiels, et notamment, celui, fondamental pour nos travaux, du \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est \u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque, avec Ferrero \u00e0 l&rsquo;esprit sinon dans l'\u00a0\u00bb\u00e2me po\u00e9tique\u00a0\u00bb (expression essentielle chez PhG), que nous f&icirc;mes plusieurs s\u00e9jours \u00e0 Verdun, lesquels d\u00e9bouch\u00e8rent sur <em><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/%C3%82mes-Verdun-Philippe-GRasset\/dp\/2960206215\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&#038;qid=1521140716&#038;sr=8-1&#038;keywords=les+ames+de+verdun\">Les &Acirc;mes de Verdun<\/a><\/em>, et il est \u00e9vident que cette pr\u00e9sence de Ferrero joua un r\u00f4le important dans ce que PhG nomme \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/operationnalite-de-la-nostalgie\">l&rsquo;intuition de Verdun<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ferrero fait partie de notre &laquo; <em>cha&icirc;ne de la connaissance<\/em> &raquo;, que nous citons dans le d\u00e9but du texte ci-dessous, qui se d\u00e9finit comme &laquo; <em>la d\u00e9couverte de compagnons d&rsquo;esprit qui, en vous livrant leurs propres r\u00e9flexions novatrices, enrichissent votre propre processus de novation de la pens\u00e9e<\/em> &raquo;. Avec lui, nulle comp\u00e9tition, nulle mesure relative, nulle comparaison de valeurs antagonistes des esprits, nulle mesure inqui\u00e8te sur les droits d&rsquo;auteur, enfin nul individualisme exacerb\u00e9 de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre suscitant n\u00e9cessairement une tension d\u00e9structurante (<strong>le mot est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 !<\/strong>) ; mais un compagnonnage confiant, une estime de l&rsquo;esprit et de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique\u00a0\u00bb qui permettent de parler d&rsquo;une sorte de collectivit\u00e9 historique de la pens\u00e9e, cette sensation d&rsquo;appartenir \u00e0 une chevalerie commune de l&rsquo;esprit qui transcende le temps, qui est install\u00e9 dans un pass\u00e9 commun caract\u00e9ris\u00e9 par la hauteur, <strong>qui effleure l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi en 2006-2007 appr&icirc;mes-nous \u00e0 conna&icirc;tre Ferrero et <strong>tr\u00e8s vite \u00e0 le tenir comme indispensable dans notre biblioth\u00e8que secr\u00e8te et sacr\u00e9e<\/strong>. Comment aurions-nous pu faire autrement, lui <strong>qui d\u00e9finit si parfaitement ce qui va devenir pour nous, ce qui est d\u00e9j\u00e0 pour nous la m\u00e9tahistoire <\/strong>dont nous jugeons que son intervention se retrouve quotidiennement dans les \u00e9v\u00e9nements-simulacre, dans les trag\u00e9dies-bouffe de cette si \u00e9trange \u00e9poque ? Cet extrait de lui, effectivement, n&rsquo;est-ce pas la d\u00e9finition \u00ab\u00a0op\u00e9rationnelle\u00a0\u00bb de la m\u00e9tahistoire <strong>au-dessus de l&rsquo;Histoire et hors d&rsquo;atteinte des pens\u00e9es trop vite ficel\u00e9es des <em>sapiens<\/em><\/strong> qui croient si vite tenir dans leurs mains press\u00e9es le destin du monde ? Car<strong> \u00ab\u00a0la m\u00e9taphysique triomphe sur la physique\u00a0\u00bb<\/strong>&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;&hellip;[L&rsquo;]<em>homme ne con\u00e7oit la force que comme une physique de causes et effets voulus, visibles et tangibles : les violences ext\u00e9rieures d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les actes et mouvements ext\u00e9rieurs que la force peut provoquer. Mais il y a aussi une m\u00e9taphysique de la force : les \u00e9branlements, les r\u00e9actions, les tumultes int\u00e9rieurs et ult\u00e9rieurs qui ne se voient pas et que la force provoque sans le vouloir et le savoir. Les hommes qui ne croient qu&rsquo;\u00e0 la logique de la force s&rsquo;imaginent facilement qu&rsquo;elle est leur docile servante, et qu&rsquo;ils la feront toujours agir dans la direction choisie par eux. Et puis, tout \u00e0 coup, les r\u00e9sultats tangibles et visibles disparaissent, emport\u00e9s par l&rsquo;explosion inattendue des r\u00e9actions et des tumultes invisibles. <strong>La m\u00e9taphysique triomphe sur la physique<\/strong>. Le drame se r\u00e9p\u00e8te depuis le commencement des temps, toujours le m\u00eame et toujours si surprenant, que chaque fois il para&icirc;t in\u00e9dit<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais venons-en au sujet du premier texte plus pr\u00e9cis\u00e9ment, &ndash; sur lequel nous aurons \u00e0 en dire plus encore dans la pr\u00e9sentation du second texte que nous publierons dans les jours suivants, sur le sujet, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une s\u00e9rie de deux articles de la rubrique <em>Analyse <\/em>parues dans les num\u00e9ros du 10 et du 25 novembre 2007 de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie <\/em>(<em>dd&#038;e<\/em>), Volume 23, num\u00e9ros 5 et 6. Le texte ci-dessous porte pr\u00e9cis\u00e9ment sur la transformation radicale de la guerre qui eut lieu \u00e0 l&rsquo;occasion et du fait de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise continu\u00e9e dans les guerres napol\u00e9oniennes. Ferrero s&rsquo;attache surtout, et d&rsquo;une fa\u00e7on originale, \u00e0 ce qu&rsquo;il consid\u00e8re comme la premi\u00e8re application surpuissante de cette \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb qu&rsquo;il d\u00e9signe plut\u00f4t comme la \u00ab\u00a0guerre d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb (la guerre ayant perdu ses r\u00e8gles), c&rsquo;est-\u00e0-dire la campagne d&rsquo;Italie du G\u00e9n\u00e9ral Bonaparte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Loin d&rsquo;en faire le premier \u00e9clair du g\u00e9nie militaire que fut Napol\u00e9on, il pr\u00e9sente au contraire <strong>un Bonaparte prudent, et surtout tr\u00e8s attentif \u00e0 \u00ab\u00a0se couvrir\u00a0\u00bb, \u00e0 suivre les directions du Directoire, qui appara&icirc;t ainsi comme le v\u00e9ritable cr\u00e9ateur de la \u00ab\u00a0guerre d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb<\/strong>, notamment avec l&rsquo;une des trois plus importantes batailles de ce qui est devenu la l\u00e9gende de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne : &laquo; <em>Rivoli est la premi\u00e8re des trois grandes victoires de Napol\u00e9on, &ndash; Austerlitz sera la seconde, l\u00e9na la troisi\u00e8me, &ndash; qui n&rsquo;ont pas fait seulement du bruit mais de l&rsquo;histoire, parce qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9, en Italie, en Allemagne, trois coups de b\u00e9lier contre l&rsquo;Ancien R\u00e9gime<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e fondamentale de Ferrero, &ndash; qui rencontre compl\u00e8tement notre adh\u00e9sion, &ndash; est que <strong>les id\u00e9es, justement, ne comptent gu\u00e8re dans la soi-disant \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb<\/strong>. Ferrero parle en termes de rupture des structures existantes de l&rsquo;ordre, qui sont provoqu\u00e9es par les arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires. C&rsquo;est la force et la d\u00e9cision in\u00e9luctable de mener une guerre \u00ab\u00a0totale\u00a0\u00bb qui brisent ces structures, et cette conceptions nous renvoit nous-m\u00eames \u00e0 <strong>nos propres concepts de l&rsquo;opposition entre les forces structurantes et les forces d\u00e9structurantes, entre structuration et d\u00e9structuration<\/strong>. La force brise les structures, elle est d\u00e9structurante, &ndash; et l\u00e0, \u00ab\u00a0c&rsquo;est l&rsquo;aventure\u00a0\u00bb, qui peut d\u00e9boucher sur on ne sait quoi, et sur laquelle bien entendu <strong>on peut greffer les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires et ainsi proclamer que les id\u00e9es l&rsquo;ont emport\u00e9<\/strong>, qu&rsquo;elles constituent des forces bien plus grandes que les arm\u00e9es. Pirouette du th\u00e9oricien, puisqu&rsquo;inversion du processus de la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a>, <strong>effet devenant cause<\/strong> et ainsi de suite&hellip; Ferrero nous montre un Bonaparte (et un Directoire par cons\u00e9quent) h\u00e9sitant, tant\u00f4t trop prudent, tant\u00f4t trop audacieux, et fort peu int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 diffuser les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires. Les historiens-Syst\u00e8me feront plus tard un r\u00e9cit diff\u00e9rent, surtout int\u00e9ress\u00e9s par la l\u00e9gende napol\u00e9onienne. Ferrero, lui, cherche la v\u00e9rit\u00e9 du monde, et il la trouve dans le fracas de la guerre qui s&rsquo;est \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb (!), qui s&rsquo;est affranchie des r\u00e8gles que lui avaient appliqu\u00e9e les usages du XVIII\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Tout cela <strong>correspond parfaitement \u00e0 notre conception<\/strong> du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, et nous avons choisi le titre de \u00ab\u00a0la guerre d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e\u00a0\u00bb pour marquer cette intime connivence. <strong>La guerre de la modernit\u00e9 est n\u00e9e<\/strong> (plus que la \u00ab\u00a0guerre moderne\u00a0\u00bb qui se d\u00e9veloppe et se d\u00e9veloppera au rythme du d\u00e9veloppement du technologisme) ; <strong>comme un diable, elle est sortie de sa bouteille et plus rien ne l&rsquo;y fera rentrer, sinon l&rsquo;autodestruction de la modernit\u00e9 (en bonne voie, merci)<\/strong>. La guerre de la modernit\u00e9, comme une pr\u00e9monition d&rsquo;autres atours de la modernit\u00e9, est une guerre \u00ab\u00a0d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb, qu&rsquo;on pourrait qualifier \u00e9galement de \u00ab\u00a0guerre d\u00e9r\u00e9gul\u00e9\u00a0\u00bb, &ndash; \u00e0 l&rsquo;image du march\u00e9 libre et du libre-\u00e9change qu&rsquo;enfante la modernit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;image des d\u00e9structurations sociales et soci\u00e9tales <strong>qui prennent aujourd&rsquo;hui un rythme de d\u00e9mence<\/strong>. C&rsquo;est une guerre qui \u00e9chappe volontairement et avec arrogance aux r\u00e8gles de la souverainet\u00e9 et d\u00e9truit la souverainet\u00e9 des autres, <strong>rendant ainsi impossible des paix durables, c&rsquo;est-\u00e0-dire r\u00e9install\u00e9es dans des r\u00e8gles accept\u00e9es par tous<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Bien entendu, la modernit\u00e9, qui s&rsquo;y entend en fait de simulacres, ne manquera pas, dans la foul\u00e9e vertueuse de son entreprise de d\u00e9structuration du monde, <strong>de se capara\u00e7onner dans une cuirasse de vertus <\/strong>en fabriquant des faux-nez divers pour faire oublier le p\u00e9ch\u00e9 originel de la d\u00e9structuration qui la caract\u00e9rise (la d\u00e9structuration qui s&rsquo;attaque bien entendu aux principes, et par cons\u00e9quent aux r\u00e8gles). <strong>Elle inventera donc, en en faisant une panac\u00e9e universelle, \u00ab\u00a0les lois de la guerre\u00a0\u00bb<\/strong>, avec ses crimes (\u00ab\u00a0crime de guerre\u00a0\u00bb), ses \u00ab\u00a0tribunaux\u00a0\u00bb (de Nuremberg \u00e0 La Haye), en esp\u00e9rant nous faire \u00e9ventuellement oublier que le concept de \u00ab\u00a0loi de la guerre\u00a0\u00bb d\u00e9bouche toujours sur la \u00ab\u00a0loi du vainqueur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Mais ce dernier point est d&rsquo;assez peu d&rsquo;importance puisqu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral, ceux qui se targuent de respecter absolument les \u00ab\u00a0lois de la guerre\u00a0\u00bb, &ndash; en g\u00e9n\u00e9ral les gouvernements US et du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-bloc-bao-1\">bloc-BAO<\/a>, &ndash; sont \u00e0 la fois eux-m\u00eames le Droit, la Vertu, et par cons\u00e9quent les \u00ab\u00a0lois de la guerre\u00a0\u00bb ; et comme ils attaquent en g\u00e9n\u00e9ral beaucoup plus faibles qu&rsquo;eux, et qu&rsquo;ils l&#8217;emportent, ou dans tous les cas le proclament, \u00ab\u00a0lois de la guerre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0loi du vainqueur\u00a0\u00bb chez eux se confondent. <strong>C&rsquo;est ainsi que fonctionne la modernit\u00e9, ou plut\u00f4t qu&rsquo;elle p\u00e9trole<\/strong>, depuis que la guerre a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb\/\u00a0\u00bbd\u00e9r\u00e9gul\u00e9e\u00a0\u00bb pour \u00eatre \u00ab\u00a0l\u00e9gif\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb, &ndash; faut voir comme&hellip;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Nous terminons cette analyse de la guerre \u00ab\u00a0d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb\/\u00a0\u00bbd\u00e9r\u00e9gul\u00e9e\u00a0\u00bb qui nous appara&icirc;t comme un ph\u00e9nom\u00e8ne si fortement resurgi dans notre \u00e9poque \u00e9trange au moins depuis 9\/11, &ndash; comme si nous relancions deux si\u00e8cles plus tard, dans un effort final vers l&rsquo;autodestruction, la machine infernale mise en place par la R\u00e9volution et le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, &ndash; nous terminons donc en signalant que, bien entendu, face \u00e0 Bonaparte le d\u00e9constructeur de la campagne d&rsquo;Italie, Ferrero place Talleyrand le reconstructeur du Congr\u00e8s de Vienne. L&rsquo;historien italien professe une profonde admiration pour l&rsquo;\u00e9v\u00eaque-diplomate boiteux qu&rsquo;il tient ais\u00e9ment pour le plus grand diplomate des trois derniers si\u00e8cles, et peut-\u00eatre plus encore, parce que certainement <strong>le seul \u00e0 son sens \u00e0 s&rsquo;\u00eatre oppos\u00e9 au courant destructurant du Bonaparte du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb en comprenant parfaitement de quoi il s&rsquo;agissait<\/strong>. Ferrero se fiche bien des tares morales du Prince de B\u00e9n\u00e9vent qui dictent pour l&rsquo;essentiel sa tr\u00e8s-mauvaise r\u00e9putation chez la plupart des historiens fran\u00e7ais. (Les historiens \u00e9trangers ont bien plus admir\u00e9 Talleyrand que les historiens fran\u00e7ais, qui sont souvent des modernes, qui tiennent la vertu morale politiquement correcte, fille de l&rsquo;hypocrisie, comme r\u00e9f\u00e9rence fondamentale.) Seule lui importe, quelle que soit l&rsquo;\u00e9tiquette qu&rsquo;on lui colle et le jugement qu&rsquo;on porte sur l&rsquo;homme, la fonction extraordinaire et absolument m\u00e9tahistorique de son action structurante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais bien entendu, Talleyrand <strong>ne pouvait fondamentalement et d\u00e9cisivement d\u00e9vier le cours de la Grande m\u00e9taHistoire du monde<\/strong>. Il suscita un r\u00e9pit qui dura jusqu&rsquo;un 1848 apr\u00e8s la \u00ab\u00a0Grande Peur\u00a0\u00bb de 1789-1815. Ensuite, le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb et la cavalcade des \u00ab\u00a0d\u00e9constructeurs\u00a0\u00bb reprirent le dessus ; tant il est vrai que nous devons, comme Maistre le pensait de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise dont il jugeait <strong>qu&rsquo;il \u00e9tait du dessein divin <\/strong>qu&rsquo;elle all\u00e2t jusqu&rsquo;\u00e0 son terme et rend&icirc;t tous ses effets, <strong>subir l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 de cet \u00e9pisode mal\u00e9fique pour esp\u00e9rer r\u00e9unir les conditions d&rsquo;un redressement <\/strong>qui constituerait en termes th\u00e9ologiques et de la Tradition une r\u00e9demption ouvrant un nouveau cycle.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Le choc profond des armes<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>A partir de certaines remarques de l&rsquo;historien Guglielmo Ferrero, une r\u00e9flexion sur \u00ab\u00a0le choc des armes\u00a0\u00bb, &mdash; ou comment la guerre traduit bien plus que les id\u00e9es, dans notre \u00e9poque moderniste, les grands courants de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><p>Il nous est souvent arriv\u00e9, ces derniers temps, de citer l&rsquo;historien italien Guglielmo Ferrero, mort en 1942. Il faut dire que nous l&rsquo;avons \u00ab\u00a0d\u00e9couvert\u00a0\u00bb et que nous ne cessons de trouver chez cet auteur un enrichissement consid\u00e9rable pour nous-m\u00eames. Ferrero poss\u00e8de ce don si rare, qui est la vraie vertu de la connaissance, de nous livrer des r\u00e9flexions et des id\u00e9es dont l&rsquo;originalit\u00e9 intrins\u00e8que est av\u00e9r\u00e9e et dont la puissance provoque chez le lecteur ses propres r\u00e9flexions. Ainsi doit-on concevoir la cha&icirc;ne de la connaissance. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une prosternation devant quelque idole class\u00e9e dans la cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0g\u00e9nies\u00a0\u00bb, inatteignables et in\u00e9galables par d\u00e9finition, et dont on r\u00e9\u00e9dite r\u00e9guli\u00e8rement les &oelig;uvres compl\u00e8tes (ce qui n&rsquo;est pas le cas de Ferrero) mais bien de la d\u00e9couverte de compagnons d&rsquo;esprit qui, en vous livrant leurs propres r\u00e9flexions novatrices, enrichissent votre propre processus de novation de la pens\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Guglielmo Ferrero eut une famille superbe. Sa femme, Gina Lombroso, a laiss\u00e9 des ouvrages magnifiques sur <em>L&rsquo;\u00e2me de la femme<\/em> ou sur <em>La ran\u00e7on du machinisme<\/em>. Leur fils, Leo Ferrero, disparu pr\u00e9matur\u00e9ment en 1936, \u00e9tait un magnifique auteur, po\u00e8te et moraliste, notamment avec <em>L&rsquo;Am\u00e9rique, miroir grossissant de l&rsquo;Europe<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ferrero est un historien des profondeurs, proche de ce qu&rsquo;on nomme en France l'\u00a0\u00bbhistorien proph\u00e9tique\u00a0\u00bb. S&rsquo;il a des sujets de pr\u00e9dilection (l&#8217;empire romain, la p\u00e9riode de la R\u00e9volution fran\u00e7aise jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;Empire, Bonaparte et Talleyrand, le pouvoir, etc.), sa r\u00e9flexion est \u00e9videmment universelle. Elle n&rsquo;explique pas tout mais elle peut servir \u00e0 tout ce qui est humanit\u00e9 historique. Elle constitue un outil pr\u00e9cieux dans la panoplie que chaque esprit se constitue pour forger \u00e0 son tour son propre outil qu&rsquo;il transmettra \u00e0 ceux qui le suivront.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous allons examiner d&rsquo;abord l&rsquo;outil que nous donne Ferrero, le d\u00e9couvrir et le d\u00e9finir. Puis nous le lui empruntons pour en faire bon usage pour notre propre d\u00e9marche, pour forger notre propre outil.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Bonaparte en Italie&#8230; La guerre r\u00e9volutionnaire ou la guerre r\u00e9volutionn\u00e9e (\u00ab\u00a0la guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb) ?<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous rappelons ici une citation d\u00e9j\u00e0 faite, dans notre pr\u00e9c\u00e9dent num\u00e9ro, dans notre rubrique <em>de defensa<\/em>, extraite de la superbe \u00e9tude de Ferrero, <em>Aventure &ndash; Bonaparte en Italie, 1796-1797<\/em>. Ce qui est en cause ici (avec une r\u00e9f\u00e9rence au g\u00e9n\u00e9ral Jacques Antoine comte de Guibert et son <em>Essai g\u00e9n\u00e9ral de tactique<\/em>, paru \u00e0 Londres en 1773), c&rsquo;est le caract\u00e8re m\u00eame de la guerre, appr\u00e9ci\u00e9 dans sa structure, dans sa forme, dans sa dynamique essentiellement ; nullement dans son contenu \u00e9ventuel ni dans sa d\u00e9finition conceptuelle. (Au passage, comme nous l&rsquo;avions signal\u00e9, Ferrero s&rsquo;attaque \u00e9galement au mythe du g\u00e9nie napol\u00e9onien apparaissant lors de la campagne d&rsquo;Italie.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>En Italie d&rsquo;abord, en Allemagne un peu plus tard, l&rsquo;Ancien R\u00e9gime a \u00e9t\u00e9 d\u00e9moli par Guibert et ses disciples, beaucoup plus que par Voltaire ou Rousseau et leur \u00e9cole ; par la guerre sans r\u00e8gles plus que par les id\u00e9es et les principes de la R\u00e9volution. &Agrave; l&rsquo;origine du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, il n&rsquo;y a non pas la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une doctrine nouvelle mais un acte de force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e. C&rsquo;est ce qui justifie le dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle d&rsquo;avoir voulu r\u00e9gler la guerre. Il avait d\u00e9couvert que la guerre sans r\u00e8gle est la subversion totale de l&rsquo;ordre social, un cataclysme de la civilisation. La R\u00e9volution d&rsquo;abord, le dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle ensuite, ont m\u00e9connu cette grande d\u00e9couverte, et le monde expie depuis vingt ans l&rsquo;erreur mortelle<\/em>. &raquo; (Le texte est publi\u00e9 en 1936 et le \u00ab\u00a0depuis vingt ans\u00a0\u00bb caract\u00e9risant \u00ab\u00a0l&rsquo;erreur mortelle\u00a0\u00bb renvoie \u00e9videmment \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Nous y reviendrons nous-m\u00eames.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;exceptionnelle originalit\u00e9 de Ferrero, dans laquelle nos lecteurs retrouveront un de nos penchants pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, est qu&rsquo;il fonde toute son analyse sur un facteur psychologique dominant, universel, d\u00e9clench\u00e9 par un \u00e9v\u00e9nement dont personne n&rsquo;a pu pr\u00e9voir par avance la force et la dynamique. Dans son autre livre, compl\u00e9tant celui sur Bonaparte, <em>Reconstruction, Talleyrand au Congr\u00e8s de Vienne, 1814-1815<\/em>, Ferrero commence par un chapitre consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0La Grande Peur\u00a0\u00bb, n\u00e9e dans cette ann\u00e9e 1789 que les paysans fran\u00e7ais vont nommer l'\u00a0\u00bb<em>annado de la paou<\/em>\u00ab\u00a0. Rarement [sinon jamais] un \u00e9v\u00e9nement fut aussit\u00f4t per\u00e7u dans sa fantastique dynamique d\u00e9stabilisatrice que la R\u00e9volution de 1789, en cette ann\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment de 1789. Nous ferons m\u00eame, &ndash; bien \u00e9videmment&#8230; &ndash; l&rsquo;hypoth\u00e8se que c&rsquo;est cette force psychologique de la perception, qui engendre aussit\u00f4t la \u00ab\u00a0Grande Peur\u00a0\u00bb de 1789, qui alimente en retour l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, et ainsi de suite, et ce tourbillon en spirale donnant \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement son \u00e9nergie monstrueuse, sa dynamique irr\u00e9sistible. Il y a l\u00e0 un myst\u00e8re sorti des entrailles d&rsquo;une Histoire profonde, qui nous am\u00e8ne, &ndash; bien \u00e9videmment, \u00e0 nouveau. &ndash; \u00e0 rapprocher Ferrero de Joseph de Maistre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans tous les cas, nulle place pour l&rsquo;id\u00e9ologie, pour les id\u00e9es de Rousseau et de Voltaire. Cela, les id\u00e9es et \u00ab\u00a0les Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, c&rsquo;est tr\u00e8s beau, tr\u00e8s bon sujet de th\u00e8se et argument fleuri de discours, bon pour les bateleurs \u00e0 la tribune de la Convention, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;accessoire. L&rsquo;essentiel, c&rsquo;est que cette peur souleva les \u00e2mes d&rsquo;angoisse et arma les bras, qu&rsquo;ils fussent progressistes ou conservateurs. (Vanit\u00e9 des \u00e9tiquettes : l\u00e0-dessus, \u00e9galement, nous reviendrons.) D\u00e8s 1791-1792 s&rsquo;amorce une \u00ab\u00a0longue guerre\u00a0\u00bb (<em>The Long War<\/em>), particuli\u00e8rement \u00e0 partir de Valmy, \u00e0 l&rsquo;automne 1792, entre tous et toutes, les monarchies, les piliers de l&rsquo;Ancien Ordre, paralys\u00e9s de peur devant les r\u00e9volutionnaires soi-disant en marche ; les r\u00e9volutionnaires, transis de peur devant les arm\u00e9es des dynasties coalis\u00e9es. Ferrero ne cesse de le r\u00e9p\u00e9ter : la R\u00e9volution Fran\u00e7aise est un \u00e9v\u00e9nement politique d&rsquo;abord pour ses effets ext\u00e9rieurs, pour ses effets europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est de tout cela que na&icirc;t l'\u00a0\u00bbaventure\u00a0\u00bb italienne. La peur est toujours l\u00e0, &ndash; d&rsquo;ailleurs elle ne cessera plus jusqu&rsquo;en 1815 et, selon Ferrero, c&rsquo;est elle qui pousse Napol\u00e9on dans sa qu\u00eate insatiable et sans espoirs de conqu\u00eates.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, les arguments id\u00e9ologiques si souvent mis en avant pour expliquer ces guerres sont, selon Ferrero, souvent de convenance ou bien ils viennent apr\u00e8s coup justifier une guerre d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9e. Ferrero d\u00e9crit un Bonaparte inhabituel en Italie ; souvent h\u00e9sitant, toujours inquiet, syst\u00e9matiquement attentif aux consignes du Directoire et prenant bien garde d&rsquo;informer le Directoire de tous ses actes. Il effectue son p\u00e9riple au milieu d&rsquo;un pays qui n&rsquo;en est pas un, qui est fait d&rsquo;une multitude de petits pouvoirs r\u00e9gionaux, avec quelques joyaux \u00e9vidents comme la R\u00e9publique de Venise, au Nord un tuteur \u00e0 la fois bonhomme et discret (l&rsquo;Autriche), et le tout domin\u00e9 (influenc\u00e9) par une structure spirituelle d&rsquo;une incomparable puissance. La papaut\u00e9 tient la botte italienne, ce \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb d&rsquo;une richesse prodigieuse, dans la lign\u00e9e centrale de ce que Ferrero nomme l&rsquo;Ancien R\u00e9gime. (Pour Ferrero, les quatre colonnes de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime en Europe, ce c&oelig;ur du monde, sont en 1789 la Cour de Versailles, la Cour de Vienne, la R\u00e9publique de Venise et la papaut\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La confrontation des deux ph\u00e9nom\u00e8nes, &ndash; la dynamique statique de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime et la dynamique en fusion de l&rsquo;arm\u00e9e de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, &ndash; va conduire \u00e0 un effet explosif. Mais ce ne sont pas les id\u00e9es qui vont triompher. L&rsquo;Italie n&rsquo;est pas une masse d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9e par le virus de la R\u00e9volution, qui attend son inspirateur supr\u00eame. &laquo; <em>L&rsquo;Italie<\/em>, \u00e9crit Ferrero, <em>n&rsquo;a pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l&rsquo;invasion non pas parce qu&rsquo;elle \u00e9tait affaiblie par l&rsquo;esprit r\u00e9volutionnaire, mais parce qu&rsquo;elle avait trop d&rsquo;ordre et n&rsquo;avait pas d&rsquo;esprit r\u00e9volutionnaire<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s la victoire de Rivoli, brusquement l&rsquo;Italie se d\u00e9fait, devient un chaos incontr\u00f4lable. &laquo; <em>Rivoli est la premi\u00e8re des trois grandes victoires de Napol\u00e9on, &ndash; Austerlitz sera la seconde, l\u00e9na la troisi\u00e8me, &ndash; qui n&rsquo;ont pas fait seulement du bruit mais de l&rsquo;histoire, parce qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9, en Italie, en Allemagne, trois coups de b\u00e9lier contre l&rsquo;Ancien R\u00e9gime<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Les id\u00e9es n&rsquo;y sont pour rien. C&rsquo;est l&rsquo;obscur et terrible fracas des armes qui dirige le destin. La guerre r\u00e9volutionnaire n&rsquo;est pas une guerre des id\u00e9es mais une guerre de la d\u00e9structuration.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Dans un autre de ses ouvrages (<em>Les deux r\u00e9volutions fran\u00e7aises<\/em>), Ferrero donne cette d\u00e9finition : &laquo; <em>Par esprit r\u00e9volutionnaire, il faut entendre le d\u00e9sir et l&rsquo;espoir de s&#8217;emparer du pouvoir en dehors de tout principe de l\u00e9gitimit\u00e9, de s&rsquo;en emparer par la force et de l&rsquo;exercer par la terreur.<\/em> &raquo; L&rsquo;id\u00e9e importante est l&rsquo;absence de l\u00e9gitimit\u00e9. C&rsquo;est la m\u00eame chose pour la soi-disant \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire&quot;, celle qui d\u00e9ferle sur l&rsquo;Italie. Elle imprime sa marque, elle \u00ab\u00a0triomphe\u00a0\u00bb en un sens, moins par ses victoires militaires que par les effets de ses soi-disant victoires. Elle brise, elle affole, elle d\u00e9clenche chez les hommes, dans le pays qu&rsquo;elle parcourt une sorte de perte de sens. Elle n&rsquo;instaure pas la R\u00e9volution ni n&rsquo;impose les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires ; elle d\u00e9structure l&rsquo;ordre existant, &ndash; d&rsquo;ailleurs sans chercher cela, sans le vouloir si l&rsquo;on veut. Les cas sont nombreux, qui montrent Bonaparte ou le Directoire, ou les deux \u00e0 la fois, reculant devant le soutien \u00e0 tel ou tel parti se r\u00e9clamant des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires, craignant le d\u00e9sordre, etc. ; comme, \u00e0 d&rsquo;autres moments, l&rsquo;un ou\/et l&rsquo;autre c\u00e9dant \u00e0 un vertige soudain, par exemple lorsque le Directoire donne \u00e0 Bonaparte la consigne d&rsquo;envisager la destruction pure et simple de la papaut\u00e9 qui est ce bastion fondamental de l&rsquo;ordre et de la l\u00e9gitimit\u00e9 spirituelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces h\u00e9sitations, ses vaticinations contradictoires de la volont\u00e9 et du dessein, montrent bien que les conqu\u00e9rants r\u00e9volutionnaires sont emport\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements plus qu&rsquo;ils ne les dirigent. Et ces \u00e9v\u00e9nements, c&rsquo;est d&rsquo;abord la guerre. Les conqu\u00e9rants sont emport\u00e9s par la dynamique et le fracas des armes et l&rsquo;id\u00e9ologie n&rsquo;est qu&rsquo;un facteur accessoire, ici utilis\u00e9, l\u00e0 tenu \u00e0 distance avec d\u00e9cision. La guerre r\u00e9volutionnaire n&rsquo;attaque pas une id\u00e9ologie, elle attaque l&rsquo;ordre existant et rencontre ainsi son premier et principal handicap. Elle porte avec elle l&rsquo;absence de l\u00e9gitimit\u00e9. Aux yeux de la civilisation, elle est ill\u00e9gale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On observera que cela ne signifie rien des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires qui apparaissent ici, qui sont repouss\u00e9es l\u00e0. On dirait que ces id\u00e9es sont \u00e0 part, qu&rsquo;elles font partie d&rsquo;une autre <em>narrative<\/em>, qu&rsquo;elles concernent une autre histoire, parall\u00e8le si l&rsquo;on veut, de la vraie histoire qu&rsquo;oriente le fracas des armes. Ces id\u00e9es sont n\u00e9cessairement accessoires parce qu&rsquo;elles ne sont pas la vraie histoire. Plus encore, la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb est d\u00e9structurante (\u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb) par son action, ses victoires qui sont d&rsquo;abord obtenues par l&rsquo;abandon des r\u00e8gles du XVIII\u00e8me si\u00e8cle de ce qu&rsquo;on nomma avec un m\u00e9pris significatif \u00ab\u00a0la guerre en dentelles\u00a0\u00bb &ndash; &laquo; <em>A l&rsquo;origine du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, il y a non la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une doctrine nouvelle mais un acte de force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e.<\/em> &raquo; C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;essentiel de l&rsquo;acte r\u00e9volutionnaire, qui concerne effectivement l&rsquo;acte de la guerre, le choc obscur et le fracas des armes, et toujours rien des id\u00e9es elles-m\u00eames. De ce point de vue qui nous appara&icirc;t si puissant dans la perspective actuelle (nous y viendrons plus en d\u00e9tails), Guibert est l&rsquo;inspirateur de la R\u00e9volution, et nullement Rousseau ni Voltaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore n&rsquo;a-t-on rien r\u00e9solu avec ces constats qui concernent la surface des choses, l&rsquo;apparence, l'\u00a0\u00bb\u00e9cume des jours\u00a0\u00bb de cette guerre (la guerre en Italie en l&rsquo;occurrence). Un autre aspect de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement doit imp\u00e9rativement \u00eatre pris en compte. La \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb aboutit \u00e0 un r\u00e9sultat apparent et, d&rsquo;autre part, de fa\u00e7on beaucoup plus profonde mais qui n&rsquo;est pas imm\u00e9diatement distingu\u00e9e, et qui n&rsquo;est m\u00eame que tr\u00e8s rarement distingu\u00e9e, \u00e0 un r\u00e9sultat dans les profondeurs. Il faut l&rsquo;historien proph\u00e9tique pour comprendre et expliciter cela, en offrant une appr\u00e9ciation prodigieusement riche de l&rsquo;usage de la force, et pr\u00e9cis\u00e9ment de cette \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb, &ndash; car elle seule, derri\u00e8re sa pr\u00e9tention faussaire d&rsquo;\u00eatre r\u00e9volutionnaire dans le sens des id\u00e9es (l&rsquo;interpr\u00e9tation faussaire que lui plaquent les id\u00e9ologues), est prisonni\u00e8re de ses effets profonds et contradictoires qui sont la revanche de l&rsquo;Histoire profonde, m\u00e9taphysique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;&hellip;[L&rsquo;]<em>homme ne con\u00e7oit la force que comme une physique de causes et effets voulus, visibles et tangibles : les violences ext\u00e9rieures d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les actes et mouvements ext\u00e9rieurs que la force peut provoquer. Mais il y a aussi une m\u00e9taphysique de la force : les \u00e9branlements, les r\u00e9actions, les tumultes int\u00e9rieurs et ult\u00e9rieurs qui ne se voient pas et que la force provoque sans le vouloir et le savoir. Les hommes qui ne croient qu&rsquo;\u00e0 la logique de la force s&rsquo;imaginent facilement qu&rsquo;elle est leur docile servante, et qu&rsquo;ils la feront toujours agir dans la direction choisie par eux. Et puis, tout \u00e0 coup, les r\u00e9sultats tangibles et visibles disparaissent, emport\u00e9s par l&rsquo;explosion inattendue des r\u00e9actions et des tumultes invisibles. La m\u00e9taphysique triomphe sur la physique. Le drame se r\u00e9p\u00e8te depuis le commencement des temps, toujours le m\u00eame et toujours si surprenant, que chaque fois il para&icirc;t in\u00e9dit<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb est-elle un moyen, un instrument, donn\u00e9 \u00e0 des hommes inconscients des effets de l&rsquo;instrument. En ce sens, fussent-ils des g\u00e9nies, les hommes que Ferrero classe dans la cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0aventuriers\u00a0\u00bb sont les jouets de la force m\u00e9taphysique qu&rsquo;ils ignorent en s&rsquo;en tenant \u00e0 la seule force physique qu&rsquo;ils manipulent, qu&rsquo;ils imaginent ensuite \u00eatre id\u00e9ologique. C&rsquo;est le cas pour le grand g\u00e9nie qu&rsquo;est Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ferrero a une attitude assez complexe vis-\u00e0-vis de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, puisqu&rsquo;il en voit deux (d&rsquo;o&ugrave; le titre d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 de son livre sur l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement). Il y a l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement des id\u00e9es qu&rsquo;a v\u00e9hicul\u00e9es la R\u00e9volution, qu&rsquo;il juge comme un apport \u00e9videmment positif, et puis cette brutalit\u00e9, cette \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb, cette ill\u00e9galit\u00e9 et cette ill\u00e9gitimit\u00e9 fondamentales, d&rsquo;autre part. Il s&rsquo;agit de deux \u00ab\u00a0R\u00e9volutions\u00a0\u00bb contraires, antagonistes. Il est manifeste que la seconde, la R\u00e9volution de la \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb qui ne s&rsquo;exprima pas plus fortement que dans la campagne d&rsquo;Italie de 1796-1797, portant \u00e0 un premier paroxysme cette guerre constante qui violenta l&rsquo;Europe pendant presque un quart de si\u00e8cle, l&#8217;emporta \u00e9videmment sur la premi\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>\u00ab\u00a0Aventuriers\u00a0\u00bb contre \u00ab\u00a0reconstructeurs\u00a0\u00bb, ou Napol\u00e9on contre Talleyrand : une bataille vieille comme le monde, aussi profonde que l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Pour poursuivre l&rsquo;\u00e9tude de la pens\u00e9e de cet historien sur ce cas particulier de l&rsquo;identification des forces fondamentales de l&rsquo;Histoire \u00e0 partir de l&rsquo;examen de la p\u00e9riode 1789-1815, il faut lier au livre <em>Aventure<\/em> .., le livre <em>Reconstruction, Talleyrand \u00e0 Vienne, 1814-1815<\/em>, du m\u00eame Ferrero \u00e9videmment, qui le compl\u00e8te manifestement. Les deux livres se suivent (<em>Aventure<\/em> en 1936, <em>Reconstruction<\/em> en 1940) et ils pr\u00e9c\u00e8dent de peu la mort en 1942 de l&rsquo;historien en Suisse, o&ugrave; il s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tabli apr\u00e8s avoir fui l&rsquo;Italie fasciste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ferrero ne cache pas l&rsquo;admiration profonde qu&rsquo;il \u00e9prouve pour Talleyrand. Son interpr\u00e9tation du Congr\u00e8s de Vienne est tr\u00e8s originale. Il en fait le triomphe d&rsquo;un trio inattendu form\u00e9 du tsar Alexandre, de Louis XVIII et, bien s&ucirc;r, de Talleyrand. Mais il ne s&rsquo;agit pas du triomphe d&rsquo;une ou de plusieurs nation(s), ou d&rsquo;int\u00e9r\u00eats donn\u00e9s, ou m\u00eame d&rsquo;une id\u00e9ologie ; il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une issue d\u00e9pendant de la guerre qui y a conduite, prisonni\u00e8re de cette guerre en quelque sorte (et alors le vaincu l&rsquo;aurait pay\u00e9 cher tandis que les vainqueurs se seraient servis). Le propos est bien plus vaste et, surtout, d&rsquo;une substance absolument \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ces d\u00e9comptes de force qui ressemblent \u00e0 des calculs d&rsquo;\u00e9picier. Si nous le transcrivions en termes modernes, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans les termes de notre jargon pour d\u00e9crire notre \u00e9poque, nous dirions qu&rsquo;il s&rsquo;agit du triomphe des forces structurantes sur les forces d\u00e9structurantes en action depuis 1789. C&rsquo;est une sorte de \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb puisqu&rsquo;au contraire triomphaient jusqu&rsquo;alors toutes les forces d\u00e9structurantes. Il s&rsquo;agit aussi d&rsquo;une victoire sur la peur qui s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9e de l&rsquo;Europe en 1789, -&mdash; et, alors, le \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb s&rsquo;explique peut-\u00eatre. La psychologie, soudain habitu\u00e9e par les n\u00e9cessit\u00e9s de la sauvegarde, a brusquement modifi\u00e9 la structure et l&rsquo;ordre des dynamiques en action, au profit des forces structurantes. Ferrero en donne le cr\u00e9dit notamment [et essentiellement] \u00e0 Alexandre et \u00e0 Talleyrand lors de leur rencontre du 31 mars 1814, plus de 7 ans apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre beaucoup vus lors de la n\u00e9gociation de la paix d&rsquo;Erfurt. L&rsquo;on comprend d&rsquo;autant mieux, \u00e0 la lumi\u00e8re de cette interpr\u00e9tation, l&rsquo;importance que nous attachons \u00e0 cet aspect psychologique, que nous pla\u00e7ons au-dessus de tout comme le moteur fondamental de l&rsquo;action des hommes dans l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip; Mais triomphe temporaire, bien entendu, ou simple \u00e9tape en forme de coup d&rsquo;arr\u00eat temporaire sur la voie d&rsquo;une \u00e9volution in\u00e9luctable. Ferrero situe bien s&ucirc;r \u00e0 1848 la fin de la p\u00e9riode, avec le retour en force du courant d\u00e9structurant. Ces diverses dates rappellent \u00e0 notre esprit l&rsquo;interpr\u00e9tation id\u00e9ologique conformiste de tous ces \u00e9v\u00e9nements (conservatisme ou \u00ab\u00a0r\u00e9action\u00a0\u00bb contre progressisme ou \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisme\u00a0\u00bb avec toutes les variantes autour de ces deux grands th\u00e8mes). Si Ferrero accepte \u00e9videmment la chronologie, il repousse r\u00e9solument l&rsquo;interpr\u00e9tation qui en est faite, justement cette interpr\u00e9tation id\u00e9ologique. Les psychologies personnelles (justement) renforcent sa d\u00e9marche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Talleyrand, qu&rsquo;on situerait selon l&rsquo;interpr\u00e9tation id\u00e9ologique conformiste dans le camp conservateur ou r\u00e9actionnaire, est tout sauf un conservateur. Dans sa vie personnelle, cet homme fut un r\u00e9volt\u00e9 presque constamment. Sa premi\u00e8re r\u00e9volte, la plus fondamentale, est sa r\u00e9volte contre l&rsquo;&Eacute;glise que sa famille l&rsquo;obligea \u00e0 embrasser puisqu&rsquo;elle en fit un abb\u00e9 promis \u00e0 devenir \u00e9v\u00eaque, qu&rsquo;il ne cessa jamais de d\u00e9fier cette puissance, parfois d&rsquo;une mani\u00e8re qu&rsquo;on pourrait juger gratuite et tr\u00e8s inattendue de la part de cet homme mesur\u00e9 et calculateur (lorsqu&rsquo;il \u00e9pousa une femme divorc\u00e9e parce que Bonaparte le Premier Consul l&rsquo;aurait press\u00e9 de r\u00e9soudre le cas de sa vie personnelle, alors qu&rsquo;il aurait pu conserver cette femme comme ma&icirc;tresse sans aucune g\u00eane de personne).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Politiquement, Talleyrand savait parfaitement s&rsquo;arranger des circonstances pour introduire par r\u00e9alisme de situation des \u00e9l\u00e9ments id\u00e9ologiques que d&rsquo;autres jugent fondamentaux, sans pour cela proclamer une orientation id\u00e9ologique mais pour conforter un pouvoir et sa l\u00e9gitimit\u00e9, &ndash; et pour conforter ce pouvoir parce qu&rsquo;il avait la l\u00e9gitimit\u00e9. Effectivement, c&rsquo;est ce dernier mot qui doit nous arr\u00eater, &ndash;  \u00ab\u00a0l\u00e9gitimit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le trio identifi\u00e9 par Ferrero, Talleyrand est le philosophe de l&rsquo;action. Il n&rsquo;est pas fondamentalement royaliste ou l\u00e9gitimiste (au sens id\u00e9ologique). Il est \u00ab\u00a0constructeur\u00a0\u00bb, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab\u00a0reconstructeur\u00a0\u00bb puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit toujours de reconstruire dans une bataille d\u00e9crivant la r\u00e9sistance et la r\u00e9action permanente de forces de reconstruction contre les destructions provoqu\u00e9es par les forces aventuri\u00e8res (ou d\u00e9structurantes). Ferrero explique dans son livre <em>Pouvoir<\/em> ce que fut pour lui cette r\u00e9v\u00e9lation qu&rsquo;il connut en novembre 1918, &ndash; p\u00e9riode pr\u00e9monitoire, &ndash; alors qu&rsquo;il \u00e9tait clou\u00e9 au lit pendant plusieurs semaines par une affection stomacale, &mdash; r\u00e9v\u00e9lation des &laquo; <em>g\u00e9nies myst\u00e9rieux qui, \u00e0 mon insu, m&rsquo;aidaient ou me pers\u00e9cutaient<\/em>. [&#8230;] <em>Pour passer le temps, je m&rsquo;\u00e9tais mis \u00e0 lire de vieux livres, plus ou moins dans la couleur du temps. Un jour, en lisant les &lsquo;M\u00e9moires&rsquo; de Talleyrand, je tombai sur sept pages du second volume (page 155 \u00e0 162) qui m&rsquo;apprirent qu&rsquo;il existait au monde des principes de l\u00e9gitimit\u00e9. La r\u00e9v\u00e9lation \u00e9tait d\u00e9cisive. Depuis ce jour, je commen\u00e7ai \u00e0 voir clair dans l&rsquo;histoire du monde et de ma destin\u00e9e<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, avec l&rsquo;aide du principe de la l\u00e9gitimit\u00e9 tremp\u00e9 aux fers de la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9vast\u00e9e de l&rsquo;Europe, Talleyrand va r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9pouvantable d\u00e9cha&icirc;nement de la \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb de la guerre r\u00e9volutionnaire, il va repousser la peur qui paralysait le continent depuis 1789. Il va apaiser les \u00e9v\u00e9nements et les psychologies. La d\u00e9marche est bien entendu politique mais elle concerne moins le contenu politique des choses (l&rsquo;id\u00e9ologie) que la structure de la politique. Dans ce cas, effectivement, le principe de l\u00e9gitimit\u00e9 est un formidable moyen qui permet de soumettre tous les facteurs de la crise de la d\u00e9structuration aux exigences de la structuration, de la reconstruction du monde.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Pourquoi Ferrero, pourquoi Bonaparte, pourquoi Talleyrand ? Une perspective qui oriente une r\u00e9flexion r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e vers notre \u00e9poque<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>C&rsquo;est dans la deuxi\u00e8me partie de sa vie d&rsquo;historien que Ferrero s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on intensive \u00e0 la p\u00e9riode de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et de l&rsquo;Empire. C&rsquo;est, d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e0 la fois naturelle et \u00e9vidente, apr\u00e8s la r\u00e9v\u00e9lation que fut pour lui la d\u00e9couverte de la d\u00e9finition du principe de la l\u00e9gitimit\u00e9 par Talleyrand. (Le premier objet de sa vie d&rsquo;historien avait \u00e9t\u00e9 essentiellement l&#8217;empire romain.) Pour Ferrero, la perception brutale de l&rsquo;apport fondamental que constitue la l\u00e9gitimit\u00e9 lui parut effectivement la clef du myst\u00e8re de l&rsquo;Histoire ; et, dans le cas qu&rsquo;il allait \u00e9tudier, elle constituerait la r\u00e9ponse fondamentale \u00e0 la d\u00e9structuration que la \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb de la guerre r\u00e9volutionnaire imposait \u00e0 la civilisation. Pour Ferrero, l&rsquo;analogie avec l&rsquo;\u00e9poque qu&rsquo;il vivait apparut \u00e9galement \u00e9vidente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pr\u00e9fa\u00e7ant Les deux r\u00e9volutions fran\u00e7aises en 1951, Luc Monnier \u00e9crivait, \u00e0 partir d&rsquo;une citation de Ferrero :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Ce furent donc les \u00e9v\u00e9nements dont Ferrero avait \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin et dont il devait \u00eatre la victime, qui lui rendirent intelligible le drame de 1789 et qui lui firent d\u00e9couvrir ses significations profondes. La R\u00e9volution Fran\u00e7aise devint alors l&rsquo;objet de ses m\u00e9ditations profondes. Il y chercha une explication au d\u00e9sordre de notre monde contemporain<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On pourrait reprendre cette remarque mot pour mot, et notamment sa fin concernant notre \u00ab\u00a0monde contemporain\u00a0\u00bb. C&rsquo;est en effet dans cet esprit que nous nous sommes attach\u00e9s aux id\u00e9es de Ferrero et avons expos\u00e9 ce qu&rsquo;elles suscitent pour notre r\u00e9flexion. Il nous para&icirc;t assez naturel de prolonger cette r\u00e9flexion (la n\u00f4tre) en la faisant \u00e9voluer vers notre monde contemporain. Il s&rsquo;agit \u00e9videmment de comprendre qu&rsquo;il existe un encha&icirc;nement \u00e9v\u00e9nementiel et une cha&icirc;ne de causalit\u00e9 similaire. L&rsquo;enseignement du pass\u00e9 devient imp\u00e9ratif pour comprendre le pr\u00e9sent.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Archives-dd&#038;e : La guerre \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e\u00a0\u00bb C&rsquo;est avec un r\u00e9el bonheur que nous avons retrouv\u00e9 ces deux textes (le premier publi\u00e9 aujourd&rsquo;hui) qui s&rsquo;appuient sur le travail de l&rsquo;historien italien Guglielmo Ferrero sur la p\u00e9riode de \u00ab\u00a0la Grande Peur\u00a0\u00bb, de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise au Congr\u00e8s de Vienne. C&rsquo;est avec une grande satisfaction que nous avons retrouv\u00e9&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[19194,7311,6120,18674,7283,2782,2747,3283,2781,8292,2879,2699],"class_list":["post-78731","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-1796-1797","tag-bonaparte","tag-campagne","tag-ditalie","tag-directoire","tag-ferrero","tag-francaise","tag-general","tag-guglielmo","tag-napoleon","tag-revolution","tag-talleyrand"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78731","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78731"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78731\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78731"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78731"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78731"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}