{"id":78767,"date":"2019-07-31T11:58:23","date_gmt":"2019-07-31T11:58:23","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/07\/31\/archives-dde-suez-crise-exemplaire\/"},"modified":"2019-07-31T11:58:23","modified_gmt":"2019-07-31T11:58:23","slug":"archives-dde-suez-crise-exemplaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/07\/31\/archives-dde-suez-crise-exemplaire\/","title":{"rendered":"<em>Archives-dd&amp;e\u00a0<\/em>: Suez, crise exemplaire"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>Archives-dd&#038;e <\/em>: Suez, crise exemplaire<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>31 juillet 2019 &ndash; En novembre 2006, la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie <\/em>(<em>dd&#038;e <\/em>du Vol22, n&deg;7 du 25 novembre 2006) publiait un article sur la crise de Suez, cinquante ans apr\u00e8s. Nous nous basions sur des publications assez peu souvent consult\u00e9es parce qu&rsquo;elles ne correspondent plus, ou bien n&rsquo;ont jamais correspondu \u00e0 la perception bienpensante et politiquement correcte [PC] de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement. Outre des publications de l&rsquo;\u00e9poque, nous nous r\u00e9f\u00e9rions au livre de John Charmley dont nous avions publi\u00e9 une co-\u00e9dition de sa traduction en fran\u00e7ais sous le titre de <em>La Passion de Churchill<\/em>, de John Charmley. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Le livre de Charmley datait de 1996. Depuis et \u00e0 notre connaissance, il semble que l&rsquo;historien ait abandonn\u00e9 ce domaine de l&rsquo;histoire r\u00e9cente. Notre hypoth\u00e8se est que ses interpr\u00e9tations historiques, pourtant bas\u00e9es sur une documentation officielle directe, ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet d&rsquo;attaques violentes de la censure PC, &ndash; <strong>\u00ab\u00a0censure compl\u00e9tement-d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, bien plus impitoyable et efficace qu&rsquo;une censure institu\u00e9e d&rsquo;un &Eacute;tat totalitaire comme l&rsquo;on sait<\/strong>, &ndash; et que l&rsquo;homme s&rsquo;est d\u00e9courag\u00e9, notamment devant les r\u00e9ticences des \u00e9diteurs.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il ressortait de notre analyse cette appr\u00e9ciation qui est toujours la n\u00f4tre, qui est plus que jamais la n\u00f4tre, que la France de la IV\u00e8me R\u00e9publique si souvent condamn\u00e9e, vilipend\u00e9e et tra&icirc;n\u00e9e dans la boue, s&rsquo;av\u00e9rait capable dans certaines circonstances <strong>de politiques courageuses marqu\u00e9es par la souverainet\u00e9 et l&rsquo;ind\u00e9pendance<\/strong>. Nous faisons toujours n\u00f4tre, &ndash; plus que jamais, dirions-nous, nous qui ne cessons de croire davantage \u00e0 la m\u00e9tahistoire transcendante, &ndash; ces observations sur la continuit\u00e9 des r\u00e9actions fondamentales de la France. Aujourd&rsquo;hui, &ndash; <strong>et c&rsquo;est bien la marque de l'\u00a0\u00bbexceptionnalit\u00e9 invertie\u00a0\u00bb de notre \u00ab\u00a0\u00e9trange \u00e9poque\u00a0\u00bb<\/strong>, &ndash; cette continuit\u00e9 se manifeste dans certaines r\u00e9actions populaires et dans une dissidence marqu\u00e9e de l&rsquo;esprit dans les v\u00e9ritables \u00e9lites intellectuelles fortement antiSyst\u00e8me, qui s&rsquo;insurgent contre les \u00e9lites des zombiesSyst\u00e8me en place (en g\u00e9n\u00e9ral des domaines de la communication et de l&rsquo;<em>entertainment<\/em>, en plus du monde politique) totalement pass\u00e9es sous l&#8217;empire mal\u00e9fique du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>On d\u00e9couvre, sans surprise apr\u00e8s tout, une continuit\u00e9 des grands courants, des forces essentielles de l&rsquo;Histoire et des structures fondamentales du ph\u00e9nom\u00e8ne <strong>m\u00e9ta<\/strong>-historique qu&rsquo;est la France. Nos historiens asserment\u00e9s, eux, se contenteront de se quereller autour de questions annexes telles que la d\u00e9mocratie, le colonialisme, etc., toutes choses qui ne sont, malgr\u00e9 l&rsquo;importance qu&rsquo;on leur donne, que des <strong>cons\u00e9quences<\/strong>des grands mouvements structurels de l&rsquo;Histoire. Cela donne aux asserment\u00e9s l&rsquo;impression d&rsquo;exister et d&rsquo;\u00eatre des historiens<\/em>. [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; &#8230;<em>Que les machinistes de cette continuit\u00e9 soient m\u00e9diocres (Mollet &#038; Cie) ou grandioses (de Gaulle) ne change rien sur ce point-l\u00e0 de la logique de la transcendance. (La transcendance fait grand usage de la logique, qui est l&rsquo;apanage de la raison ; la susdite raison est un instrument donn\u00e9 pour servir la transcendance et non pour la d\u00e9noncer ; seuls les pauvres d&rsquo;esprit et les voyous, et les id\u00e9ologues ce qui revient au m\u00eame, s&rsquo;exercent \u00e0 cette imposture.)<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le Royaume-Uni, lui, connut une p\u00e9riode crisique lamentable avec Suez, commenc\u00e9e dans des conditions tr\u00e8s difficiles, avec un Premier ministre certainement d&rsquo;une haute tenue (Eden) mais d\u00e9j\u00e0 malade et de plus en plus handicap\u00e9e dans ses moyens et son autorit\u00e9, et <strong>un fort parti de soumission inconditionnelle aux USA dirig\u00e9 op\u00e9rationnellement par un tra&icirc;tre d&rsquo;une dimension shakespearienn<\/strong>e, le ministre du tr\u00e9sor Harold MacMillan, qui sabota les efforts de Eden et le rempla\u00e7a lorsque le maladie du premier le neutralisa compl\u00e8tement. La p\u00e9riode entre 1945 et 1956 avait vu certaines tentatives de redonner une certaine politique ind\u00e9pendante au Royaume-Uni (y compris du vieux Churchill, g\u00e9niteur passionn\u00e9 de cette soumission, et qui pourtant, dans ses derni\u00e8res ann\u00e9es d&rsquo;activit\u00e9 politique apr\u00e8s \u00eatre redevenu Premier ministre avait, <strong>gagn\u00e9 par une s\u00e9nilit\u00e9 vertueuse assez inexplicable sinon par son caract\u00e8re incontr\u00f4lable<\/strong>, suivi une politique d&rsquo;accommodement avec les pays communistes, dont la Chine de Mao, qui d\u00e9plut \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 Washington D.C.) ; mais \u00e0 partir de 1956, <strong>l&rsquo;alignement britannique sur les USA orchestr\u00e9 par MacMillan fut absolu, et absolument catastrophique<\/strong>&#8230; Les plus r\u00e9cents \u00e9pisodes des trois derni\u00e8res semaines ne font que <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/britannia-rule-thevaguelettes\">confirmer tristement<\/a> cette observation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La cons\u00e9quence de cette crise pour les deux pays fut bien r\u00e9sum\u00e9e dans la th\u00e8se d&rsquo;un homme politique cit\u00e9 dans le texte (le nom n&rsquo;est pas donn\u00e9, parce qu&rsquo;il \u00e9tait alors actif : il s&rsquo;agit de Pierre Lellouche) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Le Royaume-Uni avait tir\u00e9 comme le\u00e7on de cette crise qu&rsquo;il ferait en sorte de ne plus jamais se trouver, dans une crise internationale, dans une position antagoniste de celle des &Eacute;tats-Unis, tandis que les Fran\u00e7ais tir\u00e8rent la le\u00e7on qu&rsquo;ils feraient en sorte que jamais plus, dans une crise internationale, ils ne se trouveraient en position de d\u00e9pendance des &Eacute;tats-Unis. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Toute notre approche tend \u00e0 <strong>\u00e9carter les habituelles explications bienpensance\/PC o&ugrave; l&rsquo;on retrouve avec d\u00e9lice ses \u00ab\u00a0ismes\u00a0\u00bb favoris (racisme, supr\u00e9macisme, colonialisme)<\/strong>, pour rechercher les principes fondamentaux en action \u00e0 cette occasion. Bien entendu, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de deux pays europ\u00e9ens (Isra\u00ebl ne jouant qu&rsquo;un r\u00f4le annexe) et qu&rsquo;il y est question des USA, plus ou moins en position d&rsquo;entente avec l&rsquo;URSS qui recherchait l&rsquo;apaisement de ses relations avec l&rsquo;Ouest (<em>ditto<\/em>, les USA), la question primordiale concerne <strong>l&rsquo;attaque (des USA), constante par ailleurs, contre la souverainet\u00e9 de ces pays europ\u00e9ens<\/strong>. La situation alla m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 une menace \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e de frappe nucl\u00e9aire, de la part des USA, si les Europ\u00e9ens ne cessaient pas aussit\u00f4t leurs op\u00e9rations ; les Britanniques (et les Isra\u00e9liens) obtemp\u00e9rant, les Fran\u00e7ais suivirent par cons\u00e9quent et obligation politique et op\u00e9rationnelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On fit de cette affaire un dernier sursaut maudit du colonialisme europ\u00e9en, parce que <strong>notre pens\u00e9e est totalement subvertie et invertie par les id\u00e9ologies que r\u00e9pand la modernit\u00e9 depuis le \u00ab\u00a0d\u00e9chainement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb<\/strong>. Ces interpr\u00e9tations souvent venues de milieux qui se targuent vertueusement d&rsquo;\u00eatre antiSyst\u00e8me, font magnifiquement le jeu du Syst\u00e8me, y compris dans cette mani\u00e8re de \u00ab\u00a0raconter l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb qui induit compl\u00e8tement en erreur les jugements que l&rsquo;on peut avoir aujourd&rsquo;hui sur les \u00e9v\u00e9nements en cours&#8230; Comme si, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;on n&rsquo;avait pas, <strong>de la part du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-bloc-bao-1\">bloc-BAO<\/a> absolument et compl\u00e8tement progressiste-soci\u00e9tal, antiraciste, etc.<\/strong>, bien pire que tous les colonialismes du pass\u00e9, sous la forme <strong>du chaos que s\u00e8ment les armadas am\u00e9ricanistes-occidentalistes<\/strong>, de fa\u00e7on compl\u00e8tement impunies et ill\u00e9gales, dans le vaste monde non-automatis\u00e9 aux normes-Syst\u00e8me. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Pour compl\u00e9ter le texte ci-dessous, on pourra se reporter \u00e0 divers textes du site, notamment un texte courant du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/retour-sur-lhistoire-suez-1956\">6 novembre 2006<\/a> o&ugrave; l&rsquo;on retrouve des r\u00e9f\u00e9rences et des citations de Charmley et un autre texte, du m\u00eame <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/memoires-du-dehors-suez-vu-dalger\">6 novembre 2006<\/a>, plus personnel, avec un extrait des mythiques <em>M\u00e9moires du dehors <\/em>de PhG [jamais publi\u00e9s mais qui sait, un jour, peut-\u00eatre, sur ce site, ou bien ailleurs, bien ailleurs&#8230;], une partie consacr\u00e9e \u00e0 &laquo; <em>Suez vu d&rsquo;Alger <\/em>&raquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p><em>_________________________<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Suez et la souverainet\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Pour saluer le 50\u00e8me anniversaire de l&rsquo;exp\u00e9dition de Suez, voici une appr\u00e9ciation du r\u00f4le de la France dans cette crise, essentiellement avec des apports britanniques pour l&rsquo;\u00e9clairer. Nullement une crise \u00ab\u00a0postcoloniale\u00a0\u00bb mais une crise de la souverainet\u00e9<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous publions sur le site <em>edde.eu<\/em>(site de co-publication de notre site <em>dedefensa.org<\/em>) une adaptation fran\u00e7aise du livre de l&rsquo;historien britannique John Charmley, <em>Churchill&rsquo;s Grand Alliance<\/em>(titre fran\u00e7ais: <em>la Passion de Churchill, Histoire du fondement des special relationships<\/em>). Publi\u00e9 en 1995, le livre de Charmley repr\u00e9sente une somme pr\u00e9cieuse analysant et d\u00e9crivant les <em>special relationships<\/em>entre les USA et le Royaume-Uni, de 1941 (Charte de l&rsquo;Atlantique) \u00e0 la crise de Suez (octobre-novembre 1956). Sur ce dernier point (Suez), c&rsquo;est, \u00e0 notre connaissance, la description la plus tranchante et la plus d\u00e9taill\u00e9e de la crise, du c\u00f4t\u00e9 britannique et principalement \u00e0 l&rsquo;\u00e9clairage des relations USA-UK.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le r\u00e9cit anglais de la crise que nous fait Charmley est int\u00e9ressant parce qu&rsquo;il envisage l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement beaucoup moins du point de vue \u00ab\u00a0op\u00e9rationnel\u00a0\u00bb (l&rsquo;invasion de l&rsquo;&Eacute;gypte par les Anglo-Fran\u00e7ais, coordonn\u00e9e avec l&rsquo;attaque isra\u00e9lienne dans le Sina\u00ef) que du point de vue de l&rsquo;affrontement de souverainet\u00e9 entre les USA et le Royaume-Uni. Indirectement mais de fa\u00e7on tr\u00e8s paradoxale, il met en \u00e9vidence le r\u00f4le surprenant de la France. En fait, il est tr\u00e8s peu question de la France, simplement parce que la position de la France ne varie gu\u00e8re. Si le r\u00e9cit de Charmley d\u00e9crit longuement les chamailleries, les h\u00e9sitations et les trahisons des Anglo-Saxons entre eux, le r\u00f4le des Fran\u00e7ais est r\u00e9duit (?) \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation et \u00e0 la description d&rsquo;une r\u00e9solution in\u00e9branlable et d&rsquo;une ind\u00e9pendance d&rsquo;action qui va de soi. Tableau surprenant pour la IV\u00e8me R\u00e9publique, qu&rsquo;on a l&rsquo;habitude d&rsquo;enterrer sous des sarcasmes dont un grand nombre sont pourtant justifi\u00e9s ; mais tableau qui d\u00e9crit la position naturelle de la France dans les domaines de la souverainet\u00e9 et de l&rsquo;ind\u00e9pendance. M\u00eame la IV\u00e8me R\u00e9publique avec ses nombreuses turpitudes n&rsquo;a jamais tout \u00e0 fait \u00e9cart\u00e9 ces attitudes fran\u00e7aises qui sont comme la nature m\u00eame de ce pays.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette fa\u00e7on de voir m\u00e9ritait une description et une analyse sp\u00e9cifiques. Nous les faisons en d\u00e9crivant l&rsquo;\u00e9poque, la crise et l&rsquo;action des Fran\u00e7ais par rapport aux Britanniques et aux Am\u00e9ricains. Bien entendu, les r\u00e9f\u00e9rences que nous donne Charmley tiennent leur juste place dans ce travail.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Le cadre fran\u00e7ais de la crise : la IV\u00e8me R\u00e9publique et la politique du mouvement nationaliste inattendu dit du \u00ab\u00a0national-molletisme\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le sentiment populaire vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Am\u00e9rique, durant les douze ann\u00e9es de la IV\u00e8me R\u00e9publique, avait \u00e9t\u00e9 de la m\u00e9fiance jusqu&rsquo;\u00e0 la col\u00e8re apr\u00e8s les effusions initiales de la Lib\u00e9ration. Les n\u00e9gociations de Blum avec les Am\u00e9ricains pour un contingentement du cin\u00e9ma am\u00e9ricain en France, en 1947, avait marqu\u00e9 le d\u00e9but de ces relations d\u00e9licates. L&rsquo;affaire Rosenberg, en 1953, provoqua une pouss\u00e9e d&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme qui fit croire \u00e0 un v\u00e9ritable sentiment d&rsquo;unit\u00e9 nationale tant la r\u00e9action traversait les courants de pens\u00e9e diff\u00e9rents et semblait les rassembler. Alors que ses dirigeants d\u00e9faillants se d\u00e9battaient dans un marasme d&rsquo;impuissance et de d\u00e9sarroi, le peuple de la France sentait intuitivement ce qu&rsquo;il y avait de d\u00e9mesur\u00e9 et de pathologique dans l&rsquo;attitude am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1954, la situation fut encore diff\u00e9rente, montrant l&rsquo;\u00e9tonnante plasticit\u00e9 de la sc\u00e8ne politique fran\u00e7aise. (Sans doute l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir de Pierre Mend\u00e8s-France, cet \u00e9trange \u00ab\u00a0exception politique\u00a0\u00bb de la IV\u00e8me R\u00e9publique, y est-elle pour beaucoup.) Cette situation conduisit \u00e0 un d\u00e9bat d&rsquo;une grande intensit\u00e9 et d&rsquo;une haute tenue, notamment \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale \u00e0 la fin ao&ucirc;t, \u00e0 propos de la CED et du r\u00e9armement allemand. Pour les Fran\u00e7ais, en effet, il ne faisait aucun doute que la CED &mdash; pourtant propos\u00e9e par eux au d\u00e9part &mdash; \u00e9tait devenue un faux-nez pour dissimuler le \u00ab\u00a0complot\u00a0\u00bb anglo-saxon du r\u00e9armement allemand.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y avait le m\u00eame sentiment d&rsquo;unit\u00e9 nationale, regroup\u00e9 cette fois autour d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 politique qui s&rsquo;\u00e9tait montr\u00e9e, \u00e0 cette occasion, assez digne de l&rsquo;enjeu qu&rsquo;impliquait cette grave question de la d\u00e9fense europ\u00e9enne. Mais la France, si elle fit capoter la CED, dut capituler sur l&rsquo;essentiel du projet, qui \u00e9tait la question du r\u00e9armement allemand dissimulant sous divers artifices la prise en main de la d\u00e9fense europ\u00e9enne par les Anglo-Saxons. Les pressions anglo-saxonnes avaient \u00e9t\u00e9 horribles, frisant une singuli\u00e8re grossi\u00e8ret\u00e9 dans certaines occasions. Churchill, qui s&rsquo;offrait comme dernier caprice un s\u00e9jour prolong\u00e9 au 10 Downing Street, se montra excessivement in\u00e9l\u00e9gant lors de la conf\u00e9rence des Bermudes o&ugrave; il avait invit\u00e9 (en d\u00e9cembre 1954) les Fran\u00e7ais et les Am\u00e9ricains. Le Premier ministre fran\u00e7ais (est-il utile de rappeler son nom ? Laniel a disparu de la m\u00e9moire historique) y fut trait\u00e9 comme un chien. C&rsquo;est sans doute l\u00e0 une bonne la mesure du comportement des Anglo-Saxons, qui peut \u00eatre d\u00e9crit comme \u00e9tant d&rsquo;une m\u00e9diocre arrogance (le principal souci de Churchill ayant \u00e9t\u00e9 en l&rsquo;occurrence de se faire valoir aupr\u00e8s d&rsquo;Eisenhower), comme si la m\u00e9diocrit\u00e9 de Laniel pouvait faire oublier qu&rsquo;il repr\u00e9sentait la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette p\u00e9riode o&ugrave; la France fut battue bien qu&rsquo;elle e&ucirc;t raison contre tous les autres en cherchant \u00e0 affirmer son ind\u00e9pendance nationale conduisit \u00e0 une r\u00e9action que les historiens du temps nomm\u00e8rent \u00ab\u00a0National-Molletisme\u00a0\u00bb, du nom du Premier ministre socialiste (Guy Mollet) qui appliqua une politique de force en Alg\u00e9rie en 1956. On a perdu de vue l&rsquo;ampleur de cette r\u00e9action nationaliste qui fait fi de tous les classements politiques artificiels. Pour en fixer la forte impression qu&rsquo;on en \u00e9prouva \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, on citera ceci, du Britannique Alexander Werth (journaliste au <em>Guardian<\/em>, qu&rsquo;il repr\u00e9senta \u00e0 Paris sous la IV\u00e8me R\u00e9publique, auteur, en 1957, de <em>La France depuis la guerre -1945-1957<\/em>)<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>Le National-Molletisme ne ressemblait pas au National-Socialisme allemand ni au Fascisme de Mussolini. Il comportait moins de pr\u00e9m\u00e9ditation. Et, cependant, il avait avec eux quelque chose de commun. De m\u00eame que la mont\u00e9e de l&rsquo;hitl\u00e9risme avait \u00e9t\u00e9, pour une part, d\u00e9termin\u00e9e par l&rsquo;humiliation inflig\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Allemagne par le Trait\u00e9 de Versailles, de m\u00eame que le Fascisme \u00e9tait, au moins en partie, la cons\u00e9quence du sentiment que l&rsquo;Italie avait \u00e9t\u00e9 &quot;roul\u00e9e&quot; par les faiseurs de paix de 1918, de m\u00eame le National-Molletisme \u00e9tait une r\u00e9action \u00e0 l&rsquo;impression que la France avait \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e de fa\u00e7on indigne par le monde ext\u00e9rieur<\/em>.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cette approche est d&rsquo;un grand int\u00e9r\u00eat parce qu&rsquo;elle \u00e9tablit une continuit\u00e9 inattendue entre 1954-55 et 1958, entre la IV\u00e8me R\u00e9publique et de Gaulle, qui est une continuit\u00e9 de la France. Les circonstances les opposent, certes, mais dans une ambigu\u00eft\u00e9 qui s&rsquo;explique alors ais\u00e9ment. Le National-Molletisme s&rsquo;exprime dans une d\u00e9fense \u00e0 outrance de l'\u00a0\u00bbAlg\u00e9rie Fran\u00e7aise\u00a0\u00bb que de Gaulle va prestement liquider, ou par une exp\u00e9dition de Suez que de Gaulle juge avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 (mais du bout des l\u00e8vres, par esprit-\u00ab\u00a0anti-IV\u00e8me\u00a0\u00bb). Qu&rsquo;importe, il nous appara&icirc;t \u00e0 observer l&rsquo;histoire dans ses profondeurs que 1954 pr\u00e9pare 1958, ne serait-ce que parce que la construction de la bombe atomique commence cette ann\u00e9e-l\u00e0 (d\u00e9cid\u00e9e par Mend\u00e8s) et qu&rsquo;elle va devenir, avec de Gaulle, l&rsquo;outil principal de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale (point circonstanciel) et de la refondation de la souverainet\u00e9 nationale (point totalement structurel) ; ne serait-ce que parce que 1954 a vu la France de la IV\u00e8me se raidir sous les agressions et les humiliations des Anglo-Saxons et que la premi\u00e8re t\u00e2che du gaullisme sera de mettre en place un syst\u00e8me et une puissance qui ne permettront plus cela. On d\u00e9couvre, sans surprise apr\u00e8s tout, une continuit\u00e9 des grands courants, des forces essentielles de l&rsquo;Histoire et des structures fondamentales du ph\u00e9nom\u00e8ne <em>m\u00e9ta<\/em>-historique qu&rsquo;est la France. Nos historiens asserment\u00e9s, eux, se contenteront de se quereller autour de questions annexes telles que la d\u00e9mocratie, le colonialisme, etc., toutes choses qui ne sont, malgr\u00e9 l&rsquo;importance qu&rsquo;on leur donne, que des <strong>cons\u00e9quences <\/strong>des grands mouvements structurels de l&rsquo;Histoire. Cela donne aux asserment\u00e9s l&rsquo;impression d&rsquo;exister et d&rsquo;\u00eatre des historiens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Seuls ceux qui rejettent l&rsquo;historiographie transcendantaliste et proph\u00e9tique s&rsquo;\u00e9tonneront de cette affirmation de la continuit\u00e9. Pour les autres au contraire, les <em>happy few<\/em>disons pour faire lettr\u00e9, cela s&rsquo;impose comme la logique m\u00eame une fois qu&rsquo;est soulev\u00e9e l&rsquo;hypoth\u00e8se de la continuit\u00e9. Que les machinistes de cette continuit\u00e9 soient m\u00e9diocres (Mollet &#038; Cie) ou grandioses (de Gaulle) ne change rien sur ce point-l\u00e0 de la logique de la transcendance. (La transcendance fait grand usage de la logique, qui est l&rsquo;apanage de la raison ; la susdite raison est un instrument donn\u00e9 pour servir la transcendance et non pour la d\u00e9noncer ; seuls les pauvres d&rsquo;esprit et les voyous, et les id\u00e9ologues ce qui revient au m\u00eame, s&rsquo;exercent \u00e0 cette imposture.)<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>La crise de Suez: un th\u00e9\u00e2tre o&ugrave; un homme (Nasser) est repr\u00e9sent\u00e9 en Satan et o&ugrave; les autres protagonistes se d\u00e9couvrent \u00e0 eux-m\u00eames <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On peut s&rsquo;en tenir aux faits apparents lorsqu&rsquo;on entreprend de restituer la crise de Suez. Ils conduisent effectivement \u00e0 des jugements \u00e0 l&#8217;emporte-pi\u00e8ce, qui ont l&rsquo;heureuse particularit\u00e9 de coller aux engagements id\u00e9ologiques \u00e0 la mode. On parle d&#8217;empires d\u00e9clinants, de n\u00e9o-colonialisme, d&rsquo;aventure irresponsable, etc. Ce sont des faits apparents, l&rsquo;\u00e9cume de la chose plus que sa substance. Il importe de tenter de suivre une autre voie, de conduire une autre hypoth\u00e8se. Au travers des motifs des acteurs de la pi\u00e8ce, on en vient \u00e0 une autre interpr\u00e9tation, comme <strong>par nature <\/strong>dirait-on.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nasser d&rsquo;abord. Ce jeune colonel \u00e9gyptien qui a d\u00e9gomm\u00e9 la vieille garde (g\u00e9n\u00e9ral N\u00e9guib) au pouvoir depuis le renversement du roi Farouk est porteur d&rsquo;un message nationaliste et d&rsquo;ind\u00e9pendance des peuples de la nation arabe. Ses motifs ne sont pas d\u00e9testables et sa d\u00e9marche a une certaine grandeur. Lorsqu&rsquo;il nationalise le Canal de Suez en juillet 1956, Nasser r\u00e9pond au terme de sa logique qui le pousse \u00e0 un d\u00e9fi autant symbolique que politique lanc\u00e9e \u00e0 deux nations anciennement ma&icirc;tresses de la r\u00e9gion (mais essentiellement le Royaume-Uni, accessoirement la France). Aux yeux de l&rsquo;Histoire, il n&rsquo;a pas tort et l&rsquo;on dit alors qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0dans le sens de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En face de Nasser, ses adversaires naturels le caricaturent affreusement, mais de fa\u00e7on diff\u00e9rente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les Britanniques en font un tyran \u00e9pouvantable. Eden le compare souvent \u00e0 Mussolini, voire \u00e0 Hitler. L&rsquo;outrance habite d\u00e9j\u00e0 les esprits anglo-saxons. Il est certain que les Britanniques ont des ranc&oelig;urs coloniales, mais qui s&rsquo;expriment en substance moins contre Nasser que contre les Am\u00e9ricains. Ceux-ci, anticolonialistes par <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/archives-dde-les-usa-la-guerre-dalgerie\">habitude, id\u00e9al \u00e0-propos et int\u00e9r\u00eats<\/a>, ont beaucoup de tendresse pour Nasser. Ils pensent aussi qu&rsquo;en l&rsquo;attaquant de front, on se met \u00e0 dos le Tiers-Monde (qui commence \u00e0 compter). Cela, disent les Am\u00e9ricains, ne peut profiter qu&rsquo;aux Sovi\u00e9tiques. A quoi les Britanniques, passant \u00e0 ce m\u00eame registre, r\u00e9torquent qu&rsquo;en soutenant Nasser on compromet toutes les positions occidentales (<em>ditto<\/em>, britanniques) dans la r\u00e9gion, c&rsquo;est-\u00e0-dire en Irak, en Jordanie, etc., au profit de l&rsquo;influence sovi\u00e9tique justement. Si les Britanniques, et Eden surtout, ont effectivement un esprit de revanche colonialiste, c&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 contre les Am\u00e9ricains qu&rsquo;ils le d\u00e9veloppent secr\u00e8tement puisque ce sont les USA qui, depuis 1945, ont forc\u00e9 \u00e0 la liquidation de l&rsquo;Empire pour prendre les march\u00e9s ainsi \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb. La ranc&oelig;ur et l&rsquo;amertume de Eden s&rsquo;expriment d&rsquo;autant qu&rsquo;il a attendu longtemps (jusqu&rsquo;en 1955) une succession de Churchill promise pour 1953 alors que Churchill est l&rsquo;homme qui, s&rsquo;alliant inconditionnellement aux Am\u00e9ricains (<em>special relationships<\/em>) sous pr\u00e9texte de sauver l&rsquo;Empire, leur ouvrit en fait l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 cet Empire et \u00e0 sa liquidation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les Fran\u00e7ais pr\u00e9sentent un cas compl\u00e8tement diff\u00e9rent. Ils sont obs\u00e9d\u00e9s par la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie qui les rongent. Loin d&rsquo;\u00eatre seulement une guerre coloniale, la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, qui concerne quatre d\u00e9partements fran\u00e7ais (l&rsquo;Alg\u00e9rie est administrativement int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la France) est presque une guerre civile. Elle n&rsquo;a aucun rapport avec la guerre d&rsquo;Indochine, qui concerna \u00e0 peine la France. Elle d\u00e9chire le pays dans sa substance. Or, Nasser est per\u00e7u &mdash; \u00e0 tort et \u00e0 raison, et plut\u00f4t \u00e0 tort dirait-on &mdash; comme le <em>diabolus ex machina <\/em>qui alimente et manipule la r\u00e9bellion alg\u00e9rienne. Liquidez Nasser et vous porterez un coup fatal au FLN, mettant un terme victorieux \u00e0 la guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e0-dessus, les int\u00e9r\u00eats franco-britanniques (la Compagnie du Canal, franco-britannique, qui g\u00e8re la voie d&rsquo;eau dont le passage est payant) jouent un r\u00f4le dans la dramatisation de la crise et la volont\u00e9 franco-anglaise d&rsquo;en d\u00e9coudre, mais plut\u00f4t comme un d\u00e9tonateur. S&rsquo;il n&rsquo;y avait eu que cette question, un arrangement aurait pu \u00eatre conclu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La mont\u00e9e vers le paroxysme de la crise va prendre quatre mois, avec une intense activit\u00e9 diplomatique mettant principalement en sc\u00e8ne Britanniques et Am\u00e9ricains. Les Fran\u00e7ais tiennent un r\u00f4le de second plan, nullement par effacement mais parce que leur r\u00e9solution est faite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Britanniques h\u00e9sitent, cherchent des voies diverses, s&#8217;emportent et se durcissent, reviennent un peu en arri\u00e8re, tout cela plus par rapport aux Am\u00e9ricains que par rapport \u00e0 Nasser. Les Am\u00e9ricains favorisent une solution n\u00e9goci\u00e9e, mais d&rsquo;une fa\u00e7on ambigu\u00eb et incertaine, souvent avec un double langage, prenant des positions officielles de conciliation qu&rsquo;ils contredisent par des encouragements discrets, ou \u00e0 tout le moins une neutralit\u00e9 bienveillante pour le bellicosit\u00e9 par \u00e9clipse des Britanniques. En fait, les Am\u00e9ricains ne savent tr\u00e8s bien quoi faire, ne voulant rompre ni avec Nasser ni avec les Britanniques. Finalement, ils prendront une position tr\u00e8s dure durant l&rsquo;attaque, pour beaucoup par r\u00e9action de col\u00e8re parce que les Britanniques avaient finalement agi sans leur autorisation ni une consultation sur la chose, comme s&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas des vassaux. La crise de Suez est d&rsquo;abord une crise des <em>special relationships<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;ailleurs, les deux vaincus en tireront des le\u00e7ons exactement contraires mais sur le m\u00eame sujet. Un homme politique fran\u00e7ais, actuellement tr\u00e8s en vue dans l&rsquo;entourage des Sarkozy, fit sa th\u00e8se de science politique, qu&rsquo;il conclut en substance:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Le Royaume-Uni avait tir\u00e9 comme le\u00e7on de cette crise qu&rsquo;il ferait en sorte de ne plus jamais se trouver, dans une crise internationale, dans une position antagoniste de celle des &Eacute;tats-Unis, tandis que les Fran\u00e7ais tir\u00e8rent la le\u00e7on qu&rsquo;ils feraient en sorte que jamais plus, dans une crise internationale, ils ne se trouveraient en position de d\u00e9pendance des &Eacute;tats-Unis. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Mais il n&rsquo;est pas vraiment question de le\u00e7ons. Les Britanniques agirent selon leur pente (MacMillan ayant liquid\u00e9 Eden, trop ind\u00e9pendant, pour le compte des Am\u00e9ricains). Les Fran\u00e7ais, aussi, ne firent que suivre la leur, avec leur incapacit\u00e9 \u00e0 la soumission qui s&rsquo;\u00e9tait exprim\u00e9e tout au long de la crise marqu\u00e9e par leur maximalisme, confirm\u00e9 par Charmley. Paris n&rsquo;avait fait que pousser \u00e0 la guerre, arrangeant la coordination avec une attaque d&rsquo;Isra\u00ebl, consid\u00e9rant le recours \u00e0 l&rsquo;ONU comme une man&oelig;uvre dilatoire pour retarder l&rsquo;attaque, promettant \u00e0 Washington du bout des l\u00e8vres et ne comptant rien tenir. Paris s&rsquo;exasp\u00e9rait des h\u00e9sitations britanniques (\u00ab\u00a0<em>disgusted<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e9crit Charmley).<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>La description implicite des fran\u00e7ais par Charmley durant la crise : une volont\u00e9 sans faille dans une action d\u00e9cisive<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Orient\u00e9e de fa\u00e7on massive vers les rapports anglo-am\u00e9ricains, l&rsquo;\u00e9tude de Charmley laisse peu de place aux rapports franco-britanniques et \u00e0 la France. Parlant peu des Fran\u00e7ais, Charmley ne parle par cons\u00e9quent que des choses importantes dans l&rsquo;action des Fran\u00e7ais, des choses qui influent sur les d\u00e9cisions et le jugement des autres acteurs. On peut ainsi mieux se former un jugement g\u00e9n\u00e9ral cons\u00e9quent sur le comportement des Fran\u00e7ais, \u00e0 partir du tri de l&rsquo;essentiel que nous propose involontairement l&rsquo;historien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Constamment, Charmley se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une position fran\u00e7aise dont il semble aller de soi qu&rsquo;elle est autonome, \u00e0 ce gouvernement fran\u00e7ais dont il para&icirc;t \u00e9vident qu&rsquo;il suit sa propre politique (que celle-ci soit sage ou pas concerne un autre d\u00e9bat, on le comprend) et qui la manifeste avec la plus extr\u00eame vigueur. Une autre remarque, pour compl\u00e9ter cette observation, est l&rsquo;absence compl\u00e8te, du c\u00f4t\u00e9 des Anglo-Saxons, et, particuli\u00e8rement, du c\u00f4t\u00e9 des Am\u00e9ricains, d&rsquo;espoir qu&rsquo;on puisse influer sur les Fran\u00e7ais pour qu&rsquo;ils changent cette fa\u00e7on de voir ind\u00e9pendante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au contraire, dans les moments d\u00e9cisifs, l&rsquo;impression pr\u00e9vaut que les Britanniques sont l&rsquo;enjeu d&rsquo;une lutte d&rsquo;influence entre Am\u00e9ricains et Fran\u00e7ais, ce qui est accorder aux Fran\u00e7ais une influence consid\u00e9rable puisque per\u00e7ue comme pouvant \u00e9quilibrer, voire d\u00e9passer celle des Am\u00e9ricains. Ce jugement implicite ne se comprend que par le constat, \u00e9galement implicite parce qu&rsquo;inexprim\u00e9 ni m\u00eame formul\u00e9, que les Anglais et les Am\u00e9ricains avaient la perception constante, presque inconsciente ou, disons, comme allant de soi, d&rsquo;une forte affirmation autonome et ind\u00e9pendante de la part des Fran\u00e7ais ; ou bien, dirait-on encore, une affirmation &quot;plus forte que soi&quot;, parce que c&rsquo;est la nature m\u00eame qui parle. Le myst\u00e8re est l\u00e0. Pourquoi les Fran\u00e7ais ont-ils cette nature si ce n&rsquo;est parce que la France en est effectivement nimb\u00e9e? Pourquoi cette nature se manifeste-t-elle de fa\u00e7on si constante, jamais vaincue, jamais entam\u00e9e, jamais lasse, m\u00eame dans les moments historiques les plus notoirement indignes ? (Nous sommes alors dans la p\u00e9riode o&ugrave; la m\u00e9diocre IV\u00e8 R\u00e9publique, tant et justement moqu\u00e9e, est proche de l&rsquo;effondrement.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Charmley rapporte cet \u00e9pisode critique o&ugrave; les Isra\u00e9liens attaquent l&rsquo;&Eacute;gypte, le 29 octobre 1956 :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Les Am\u00e9ricains furent totalement surpris par l&rsquo;invasion isra\u00e9lienne de l&rsquo;&Eacute;gypte. Ils avaient assum\u00e9 que la Jordanie \u00e9tait l&rsquo;objectif du renforcement militaire isra\u00e9lien que leur renseignement avait identifi\u00e9. D&rsquo;abord, Eisenhower ne put \u00ab\u00a0croire que l&rsquo;Angleterre s&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9e entra&icirc;ner dans ce truc\u00a0\u00bb et Dulles exprima la crainte que les Arabes imaginent que l&rsquo;Am\u00e9rique en avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement inform\u00e9e. Le 29 octobre, Eisenhower \u00e9tait encore si peu convaincu que les Britanniques \u00e9taient \u00ab\u00a0dans le coup&quot; qu&rsquo;il se demandait s&rsquo;il ne fallait pas les avertir que &quot;les Fran\u00e7ais nous ont tromp\u00e9s\u00a0\u00bb. Mais, contrairement \u00e0 son vieil ami MacMillan, Eisenhower avait correctement interpr\u00e9t\u00e9 la pens\u00e9e de son alli\u00e9. Il pensait que les Britanniques \u00ab\u00a0estim[ai]ent que nous finir[i]ons par aller avec eux\u00a0\u00bb mais il n&rsquo;avait pas l&rsquo;intention d&rsquo;agir de la sorte. Quels que soient les m\u00e9rites de la cause britannique, \u00ab\u00a0rien ne les justifie de nous doubler\u00a0\u00bb. L&rsquo;assistant au secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat Hoover parlait pour une majorit\u00e9 de dirigeants am\u00e9ricains lorsqu&rsquo;il affirmait que \u00ab\u00a0si nous nous \u00e9tions mis du c\u00f4t\u00e9 anglo-fran\u00e7ais nous aurions trouv\u00e9 l&rsquo;URSS align\u00e9e avec les Arabes et, en fait, avec toute l&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb. Dulles, qui affirmait qu'\u00a0\u00bbil y avait eu une bataille entre les Fran\u00e7ais et nous-m\u00eames pour attirer \u00e0 soi les Britanniques dans la situation de crise du Moyen-Orient et d&rsquo;Afrique du Nord\u00a0\u00bb, pensait que l&rsquo;Am\u00e9rique devait saisir \u00ab\u00a0sa chance \u00e0 bras le corps\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9rer\u00a0\u00bb les Britanniques<\/em>&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&hellip; Finalement, non, les Fran\u00e7ais l&#8217;emportent et, contre l&rsquo;espoir de Dulles, \u00ab\u00a0entra&icirc;nent\u00a0\u00bb les Britanniques dans l&rsquo;attaque&hellip; Allons donc ! Est-ce de la sorte qu&rsquo;on peut interpr\u00e9ter la crise \u00e0 cet instant crucial, selon la propre interpr\u00e9tation de Dulles : un bras de fer entre Fran\u00e7ais et Am\u00e9ricains pour emporter la d\u00e9cision des faibles et h\u00e9sitants Britanniques, et que les Fran\u00e7ais emporteraient finalement ? Pourtant, ce sch\u00e9ma g\u00e9n\u00e9ral des Fran\u00e7ais tenant une position d&rsquo;influence fondamentale semble bien \u00eatre celui que favorisent les duettistes Ike-Dulles, qui conduisent la plus grande puissance du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>N&rsquo;est-ce qu&rsquo;un incident ou une mauvaise interpr\u00e9tation passag\u00e8re du comportement des Fran\u00e7ais ? Le reste ne nous pousse pas \u00e0 accepter cette vue restrictive et accidentelle. D&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, les Fran\u00e7ais tels que les d\u00e9crit Charmley se montr\u00e8rent beaucoup plus avis\u00e9s dans leur comportement, et certainement beaucoup plus r\u00e9alistes. Ils prirent leurs pr\u00e9cautions pour pouvoir r\u00e9sister aux pressions financi\u00e8res des Am\u00e9ricains, ce que ne firent pas les Britanniques qui y succomb\u00e8rent. Jusqu&rsquo;au bout, au c&oelig;ur de cette crise o&ugrave; ces puissances moyennes se trouvaient soumises aux pressions mena\u00e7antes des deux &quot;superpuissances&quot;, et principalement de la &quot;superpuissance&quot; amie, les Fran\u00e7ais tinrent ce m\u00eame r\u00f4le d&rsquo;acteur r\u00e9solu qui assume ses responsabilit\u00e9s, &mdash; en un mot, toujours le m\u00eame, d&rsquo;acteur autonome et ind\u00e9pendant :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>D&rsquo;autre part, les Fran\u00e7ais insistaient, malgr\u00e9 leurs propres doutes, pour lancer imm\u00e9diatement l&rsquo;op\u00e9ration de d\u00e9barquement a\u00e9roport\u00e9e et l&rsquo;acceptation de l&rsquo;UNEF <\/em>[la force de la paix des Nations-Unies en &Eacute;gypte, cr\u00e9\u00e9e par un vote de l&rsquo;Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ONU] <em>aurait hypoth\u00e9qu\u00e9 cette op\u00e9ration. Il y eut une r\u00e9union houleuse du cabinet le 4 novembre. Eden avait d\u00e9cid\u00e9 que les op\u00e9rations seraient acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es, comme les Fran\u00e7ais le d\u00e9siraient, mais des rumeurs de cessez-le-feu isra\u00e9lien provoqu\u00e8rent une r\u00e9volte chez certains ministres&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>D\u00e9cid\u00e9ment, ce qui impressionne le plus dans ces constats est bien que Charmley ne parle gu\u00e8re des Fran\u00e7ais. Il n&rsquo;en \u00e9prouve pas le besoin. Les Fran\u00e7ais n&rsquo;ont pas leur place dans le r\u00e9cit parce que l&rsquo;agencement des \u00e9v\u00e9nements et le point de vue (britannique) de l&rsquo;auteur conduisent \u00e0 cette combinaison dont les Fran\u00e7ais ne sont jamais un rouage essentiel. Ils apparaissent accessoirement, pourtant cet accessoire s&rsquo;inscrit dans la manifestation d&rsquo;une substance aussi dure que le marbre&hellip; L&rsquo;exceptionnalit\u00e9 fran\u00e7aise sourd m\u00eame de l&rsquo;accessoire, malgr\u00e9 la m\u00e9diocrit\u00e9 de ceux qui la servent, pipe au bec et gouailleurs (Guy Mollet et compagnie). Ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9chappe \u00e0 la raison m\u00eame s&rsquo;il en use dans la mesure de ses besoins.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Comment la crise de Suez annonce la crise qui frappe le monde depuis 9\/11 : non pas la crise du colonialisme mais la crise de la souverainet\u00e9<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la crise de Suez a eu de nombreux adeptes ces derni\u00e8res semaines. C&rsquo;est normal pour un 50\u00e8me anniversaire. C&rsquo;est justifi\u00e9 du point de vue historique et du point de vue de l&rsquo;analogie pouss\u00e9e \u00e0 son extr\u00eame, jusqu&rsquo;\u00e0 des caract\u00e8res paradoxalement erron\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;attaque contre Nasser par les Anglo-Fran\u00e7ais (et les Isra\u00e9liens) en 1956 est pr\u00e9sent\u00e9e comme une crise qui implique autant la question du colonialisme que la question du \u00ab\u00a0choc des cultures\u00a0\u00bb (ou des religions, plut\u00f4t que civilisations). Le r\u00f4le des USA est consid\u00e9r\u00e9 \u00e9galement \u00e0 cette lumi\u00e8re. L&rsquo;interpr\u00e9tation se rapproche, on le comprend, de celle qui est g\u00e9n\u00e9ralement offerte pour la crise actuelle (l&rsquo;encha&icirc;nement, de 9\/11 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Irak).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre appr\u00e9ciation, \u00e0 la lumi\u00e8re des indications pr\u00e9cieuses que nous donne Charmley, est que la crise de Suez est d&rsquo;abord importante comme un affrontement de souverainet\u00e9s, et\/ou \u00e0 propos de la souverainet\u00e9. Les principaux acteurs agissent diff\u00e9remment \u00e0 cet \u00e9gard, et s&rsquo;en sortent diff\u00e9remment.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On observera que c&rsquo;est \u00e9galement l&rsquo;analyse que nous privil\u00e9gions pour la crise g\u00e9n\u00e9rale pr\u00e9sente, avec ses multiples foyers. La crise irakienne, par exemple, est certainement d&rsquo;une tr\u00e8s grande importance pour les rapports anglo-am\u00e9ricains, et elle porte essentiellement sur la question de la souverainet\u00e9. Lord Steyn, un des plus vieux et plus honorables magistrats anglais, qui a abandonn\u00e9 sa fonction de juge en 2005, disait le 19 octobre :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Tristement, on est conduit \u00e0 conclure que notre premier ministre et l&rsquo;actuel cabinet ont permis que notre pays devienne le caniche ob\u00e9issant de l&rsquo;administration Bush. L&rsquo;Irak est un d\u00e9sastre plus grand de politique \u00e9trang\u00e8re que Suez. Longtemps apr\u00e8s que ce premier ministre sera parti, notre pays paiera le prix de l&rsquo;abdication par une grande nation souveraine de son ind\u00e9pendance de choix et de d\u00e9cision, dans les affaires \u00e9trang\u00e8res<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Par contre, la France, en 1956 comme en 2003, sut maintenir son ind\u00e9pendance et sa souverainet\u00e9. Vieux r\u00e9flexe.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Archives-dd&#038;e : Suez, crise exemplaire 31 juillet 2019 &ndash; En novembre 2006, la Lettre d&rsquo;Analyse dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie (dd&#038;e du Vol22, n&deg;7 du 25 novembre 2006) publiait un article sur la crise de Suez, cinquante ans apr\u00e8s. 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