{"id":78787,"date":"2019-08-08T19:18:39","date_gmt":"2019-08-08T19:18:39","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/08\/08\/hypotourisme-massif-etusure-du-monde\/"},"modified":"2019-08-08T19:18:39","modified_gmt":"2019-08-08T19:18:39","slug":"hypotourisme-massif-etusure-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/08\/08\/hypotourisme-massif-etusure-du-monde\/","title":{"rendered":"\u201cHypotourisme\u201d massif et\u00a0\u201cusure du monde\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">\u00ab\u00a0Hypotourisme\u00a0\u00bb massif et \u00ab\u00a0usure du monde\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le Syst\u00e8me est par d\u00e9finition <strong>\u00e0 la fois la chose universelle et s&rsquo;il va \u00e0 son terme notre finitude absolue, sinon notre n\u00e9antisation<\/strong> ; de la m\u00eame fa\u00e7on pr\u00e9tendent l&rsquo;\u00eatre, avec raison, ses productions et incarnations terrestres, comme notre contre-civilisation et l&rsquo;am\u00e9ricanisme qui en sont les rejetons, qui en tant que manifestation \u00e0 pr\u00e9tention civilisationnelle (justement), qui en tant que courroie de transmission pour en faire le bras arm\u00e9. Cela implique que toutes les activit\u00e9s organis\u00e9es et figurant dans les normes <strong>sont \u00e0 l&rsquo;image du Syst\u00e8me, comme lui prospective de finitude absolue et de n\u00e9antisation<\/strong>. Cela implique (suite) que le tourisme dit \u00ab\u00a0de masse\u00a0\u00bb, est en train de devenir, par r\u00e9alisation conceptuelle d&rsquo;une <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a> et perception transmise \u00e0 une psychologie crisique en tension paroxystique, <strong>un monstre \u00e9pouvantable charg\u00e9 de tous les caract\u00e8res du Syst\u00e8me<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le \u00ab\u00a0tourisme de masse\u00a0\u00bb comme on dit \u00ab\u00a0terrorisme de masse\u00a0\u00bb commen\u00e7ant donc \u00e0 \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 pour ce qu&rsquo;il est, &ndash; \u00ab\u00a0monstre \u00e9pouvantable charg\u00e9 de tous les caract\u00e8res du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, &ndash; l&rsquo;on signale bienheureusement depuis 2-3 ans <strong>des mouvements d&rsquo;esprit insurrectionnel \u00e0 son encontre, ici et l\u00e0<\/strong>. Mike Beuve, de <em>Spoutnik-<\/em>France, a interview\u00e9 <a href=\"https:\/\/fr.sputniknews.com\/international\/201908071041889118-pollution-habitants-en-colere-ecosystemes-en-danger-le-tourisme-de-masse-exaspere\/\">le 7 ao&ucirc;t 2019<\/a> Rodolphe Christin, auteur du <em>Manuel de l&rsquo;antitourisme <\/em>et de <em>L&rsquo;Usure du monde<\/em>, pour parler de ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;aune du sartrien &laquo; <em>L&rsquo;enfer, c&rsquo;est les autres <\/em>&raquo;. Il semble en effet que des mesures pour limiter ou contenir ce \u00ab\u00a0tourisme de masse\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0surtourisme\u00a0\u00bb comme le nomme Christin, commencent \u00e0 \u00eatre prises dans des villes de grands flux touristissimes (Barcelone, Londres,  <a href=\"https:\/\/fr.sputniknews.com\/societe\/201906021041312026-hors-de-controle-un-navire-de-croisiere-percute-un-bateau-touristique-a-venise-video\/\" target=\"_blank\">Venise<\/a>, Amsterdam sont notamment cit\u00e9s). Des organisations activistes contre cette dynamique sont signal\u00e9es, comme <em>Arran <\/em>en Espagne, qui a diffus\u00e9 le 5 ao&ucirc;t une vid\u00e9o montrant deux militants masqu\u00e9s <a href=\"https:\/\/twitter.com\/Arran_jovent\/status\/1158289254528757762?s=20\">vandalisant<\/a> des voitures de location \u00e0 Palma de Majorque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>R\u00e8gne de la quantit\u00e9<\/em>, disait Gu\u00e9non : &laquo; <em>Selon l&rsquo;organisation mondiale du tourisme (OMT), <strong>le nombre de touristes dans le monde en 2030 devrait atteindre les 1,8 milliard. En 2018, 1,4 milliard de personnes se sont rendues dans un pays \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger (avec au moins une nuit sur place)<\/strong>. Un  <a href=\"https:\/\/www2.unwto.org\/fr\/press-release\/2019-01-21\/les-arrivees-de-touristes-internationaux-atteignent-14-milliard-deux-ans-pl\" target=\"_blank\">chiffre en augmentation de 6 %<\/a>  par rapport \u00e0 2017. D&rsquo;ailleurs, dans son \u00e9tude prospective publi\u00e9e en 2010, l&rsquo;OMT pr\u00e9voyait de franchir le cap de 1,4 milliard en&hellip; 2020 !<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Faut-il dire \u00ab\u00a0surtourisme\u00a0\u00bb, ou bien pourquoi pas \u00ab\u00a0hypertourisme\u00a0\u00bb (du grec <em>hyp\u00e9r<\/em>, \u00ab\u00a0au-dessus, au-del\u00e0\u00a0\u00bb) ; ou bien encore, pour \u00e9viter une suggestion de hauteur bien mal \u00e0 propos, ne faudrait-il pas dire, du point de vue qualitatif mais en conservant l&rsquo;aspect monstrueusement quantitatif \u00ab\u00a0hypotourisme\u00a0\u00bb (du grec <em>hypo<\/em>, \u00ab\u00a0sous, dessous, en dessous\u00a0\u00bb) ? Nous aurions alors <strong>un \u00ab\u00a0hypotourisme massif\u00a0\u00bb qui travaillerait \u00e0 miner par en-dessous, presque souterrainement, la forme du monde <\/strong>con\u00e7ue comme essence (selon la d\u00e9finition qu&rsquo;en donne Gu\u00e9non), exactement <strong>comme font <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-les-termites\">les termites<\/a><\/strong>, &ndash; mais elles, pour une t\u00e2che qui a au moins du sens selon le sens de leur esp\u00e8ce.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le mot \u00ab\u00a0tourisme\u00a0\u00bb est en lui-m\u00eame d\u00e9j\u00e0 suspect. Il fut un temps pas si lointain o&ugrave; <strong>l&rsquo;exclamation \u00ab\u00a0C&rsquo;est un touriste !\u00a0\u00bb portait une connotation extr\u00eamement p\u00e9jorative <\/strong>(un peu comme l&rsquo;on disait, de ce temps-l\u00e0, \u00ab\u00a0C&rsquo;est un bourgeois !\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0C&rsquo;est un nouveau-riche !\u00a0\u00bb) ; Flaubert l&#8217;employa dans ce sens, comme Pierre Louys et tous les grands voyageurs et d\u00e9couvreurs d&rsquo;autres civilisations du XIX\u00e8me si\u00e8cle, qui se distinguaient radicalement des sortes de Bouvard &#038; P\u00e9cuchet parcourant les pays lointains pour n&rsquo;en rien voir sinon les clich\u00e9s et les r\u00e9f\u00e9rences qui les conduisaient \u00e0 faire l&rsquo;apologie de leur propre m\u00e9diocrit\u00e9 g\u00e9ographique et sociale, leur \u00ab\u00a0chez-soi\u00a0\u00bb, chez les autres dont ils foulaient, dont ils d\u00e9sacralisaient le sol. A l&rsquo;\u00e9poque o&ugrave; l&rsquo;on savait encore un tout petit peu vivre, en 1873 pour ce cas, Littr\u00e9 donnait cette d\u00e9finition superbement m\u00e9prisante : &laquo; <em>&lsquo;Touriste&rsquo; : Il se dit des voyageurs qui ne parcourent des pays \u00e9trangers <strong>que par curiosit\u00e9 et d\u00e9s&oelig;uvrement<\/strong>, qui font une <strong>esp\u00e8ce de tourn\u00e9e <\/strong>dans des pays habituellement visit\u00e9s par leurs compatriotes.<\/em> &raquo; Il faut retenir le mot \u00ab\u00a0tourn\u00e9e\u00a0\u00bb puisqu&rsquo;il correspond au mot \u00ab\u00a0touriste\u00a0\u00bb, comme on tourne en rond dans un salmigondis anglo-fran\u00e7ais bien significatif&#8230; &laquo; <em>L&rsquo;origine du mot est anglaise,&rsquo;tourist&rsquo;, qui trouve son \u00e9tymologie dans le mot fran\u00e7ais &lsquo;tour&rsquo;, <strong>ou &lsquo;voyage circulaire&rsquo;<\/strong>.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi en arrivons-nous o&ugrave; justement nous voulions en arriver : cette id\u00e9e de \u00ab\u00a0voyage circulaire\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0tourner en rond\u00a0\u00bb <strong>rejoint l&rsquo;id\u00e9e de la rotondit\u00e9 de la terre qui est utilis\u00e9e comme symbole de la modernit\u00e9 triomphante <\/strong>chez PhG (<em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>), Tome-II, comme le relevait justement l&rsquo;ami Bonnal dans son texte du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/philippe-grasset-et-le-supremacisme-anglo-saxon\">30 juillet 2019<\/a> : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Ce que Hamlet appelle The Distracted Globe (TDG), apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 le fant\u00f4me (I, 5), ce mot global donc, et toutes ses connotations n\u00e9ototalitaires, Philippe Grasset en parle bien, en parle extraordinairement \u00e0 sa page 200 :<\/em> <\/p>\n<p>&raquo; \u00ab\u00a0<em>La rotondit\u00e9 de la terre permet de sugg\u00e9rer que l&rsquo;espace physique prend la forme d&rsquo;un symbole de l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de la modernit\u00e9 comme ma&icirc;trise du monde (on dira plus tard globalisation du monde, ce qui veut dire sous forme pl\u00e9onastique globalisation du globe et confirme que le globe terre n&rsquo;est pas seulement un ph\u00e9nom\u00e8ne physique, et qu&rsquo;il est \u00e9galement le symbole \u00e0 la fois de la ma&icirc;trise et de la fermeture du monde par la modernit\u00e9).\u00a0\u00bb <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce passage, tout en affirmant, sans doute un peu hypocritement ou d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9nigmatique (au choix) si l&rsquo;on conna&icirc;t le bonhomme (PhG), que &laquo; <em>Ce qu&rsquo;on observe ici n&rsquo;est pas le regret de la formule \u00ab\u00a0la terre est plate\u00a0\u00bb<\/em>&#8230; &raquo;, on lit qu&rsquo; &laquo; <em>Avant la Renaissance, les perspectives, du monde physique \u00e9taient inconnues ; avec la Renaissance, on reconna&icirc;t son immensit\u00e9 mais \u00e9galement et surtout sa finalit\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9e n\u00e9cessairement par la forme de la rotondit\u00e9 de la terre, devenue globe et devenue n\u00e9cessairement ferm\u00e9e, emprisonnant d&rsquo;une certaine fa\u00e7on tous les \u00e9lans du pass\u00e9. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Effectivement, cette \u00e9volution symbolique correspondant \u00e0 la modernit\u00e9 rompt compl\u00e8tement avec la situation symbolique d&rsquo;avant. La situation symbolique de \u00ab\u00a0La terre est plate\u00a0\u00bb, renforc\u00e9e par l&rsquo;id\u00e9e du monde connue <strong>born\u00e9 par les colonnes d&rsquo;Hercule [le d\u00e9troit de Gibraltar] ouvrant sur une <em>terra incognita <\/em>ou un <em>cosmos incognitum<\/em><\/strong>, o&ugrave; Platon situait l&rsquo;Atlantide, perspective qui est peut-\u00eatre, plus loin, celle de l&rsquo;&Eacute;ternit\u00e9 ; tout cela constituant un puissant symbole de libert\u00e9, sinon de sens de la vie et du monde, alors que la rotondit\u00e9 en tant que symbole en est priv\u00e9e par rapport aux capacit\u00e9s de d\u00e9placement du <em>sapiens <\/em>\u00ab\u00a0qui tourne en rond\u00a0\u00bb, &ndash; \u00e0 moins que l&rsquo;on prenne en compte une <em>narrative <\/em>nomm\u00e9e \u00ab\u00a0conqu\u00eate de l&rsquo;espace\u00a0\u00bb, une fois qu&rsquo;on se sera mis d&rsquo;accord sur la question du nombre de premiers pas sur la Lune, ainsi que sur la marque des semelles imprim\u00e9es dans la gadoue lunaire&#8230;). <\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Le symbole qui est pr\u00e9sent\u00e9 ici avec la rotondit\u00e9 de la Terre compl\u00e8tement envahi par le tourisme <strong>est celui de l&#8217;emprisonnement<\/strong>, et s&rsquo;il peut s&rsquo;appliquer au \u00ab\u00a0tourisme de masse\u00a0\u00bb, \u00e0 l'\u00a0\u00bbhypotourisme massif\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 la fois pour le susciter dans l&rsquo;immensit\u00e9 du globe terrestre, et l&#8217;emprisonner dans sa rotondit\u00e9, <strong>avec comme occupation la t\u00e2che de destruction que nous d\u00e9crivent aujourd&rsquo;hui les critiques d&rsquo;une telle zombification, dont Christin<\/strong>. Ainsi, les fonctions essentielles du Syst\u00e8me sont-elles symboliquement (et op\u00e9rationnellement pour certains effets) remplies par l'\u00a0\u00bbhypotourisme massif\u00a0\u00bb : <strong>surveillance, occupation\/<em>entertainment <\/em>et contr\u00f4le des foules zombifi\u00e9es, entropisation syst\u00e9matique des espaces investis, perte des identit\u00e9s structurantes, etc.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Les r\u00e9ponses de Christin montrent bien que la r\u00e9solution du probl\u00e8me ainsi pos\u00e9, qui appara&icirc;t aujourd&rsquo;hui dans toute sa puissance d\u00e9structurante, <strong>implique purement et simplement un changement de civilisation<\/strong>, autrement dit selon le jargon dialectique de notre ligne de sp\u00e9culation, <strong>la destruction du Syst\u00e8me (<em>Delenda Est Systemum<\/em>)<\/strong>. On voit que chaque grande activit\u00e9, dont certaines pourraient \u00eatre d&rsquo;abord consid\u00e9r\u00e9es comme anodine et neutre, prennent tr\u00e8s rapidement sous la pouss\u00e9e massificatrice et d\u00e9structurante du <em>r\u00e8gne de la quantit\u00e9<\/em>, une dimension politique et m\u00e9tahistorique impossible \u00e0 ignorer, avec une aggravation de la Grande Crise qui va avec. On observe \u00e9galement l&rsquo;imbrication de toutes les situations crisiques cr\u00e9\u00e9es par le Syst\u00e8me (l&rsquo;\u00e9conomie importante mais tr\u00e8s fragile cr\u00e9\u00e9es par l'\u00a0\u00bbhypotourisme massif\u00a0\u00bb, qui s&rsquo;effondrerait si cette activit\u00e9 \u00e9tait contrari\u00e9e, etc.), ce qui implique une impossibilit\u00e9 totale de r\u00e9forme&#8230; <strong><em>Delenda Est Systemum<\/em>, impossible de sortir de cette prescription vitale<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, donc, <a href=\"https:\/\/fr.sputniknews.com\/international\/201908071041889118-pollution-habitants-en-colere-ecosystemes-en-danger-le-tourisme-de-masse-exaspere\/\">l&rsquo;interview<\/a> de Rodolphe Christin, sociologue et auteur du <em>Manuel de l&rsquo;antitourisme <\/em>(&Eacute;d. &Eacute;cosoci\u00e9t\u00e9) et de <em>L&rsquo;Usure du monde : critique de la d\u00e9raison touristique<\/em> (Ed. L&rsquo;&Eacute;chapp\u00e9e)<\/p>\n<\/p>\n<div>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p><em>_________________________<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le tourisme de masse exasp\u00e8re<\/h2>\n<\/p>\n<\/div>\n<p><p><strong>Spoutnik France <\/strong>: &laquo;Comment expliquez-vous que le tourisme soit d\u00e9sormais per\u00e7u comme quelque chose de globalement n\u00e9gatif ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Rodolphe Christin <\/strong>: &laquo; C&rsquo;est une perception de la n\u00e9gativit\u00e9 du tourisme qui est r\u00e9cente. En tout cas, r\u00e9cente dans les manifestations visibles qu&rsquo;elle prend dans les capitales europ\u00e9ennes qui, \u00e0 mon avis, restent minoritaires. On observe quand m\u00eame un consensus global \u00e0 la fois des pouvoirs publics, des pouvoirs priv\u00e9s et entrepreneuriaux, sur les bienfaits du d\u00e9veloppement touristique. En effet, il y a une r\u00e9alit\u00e9, pronostiqu\u00e9e par l&rsquo;organisation mondiale du tourisme (OMT), qui pr\u00e9voit des flux toujours plus importants de touristes dans le monde. C&rsquo;est une industrie qui a de beaux jours devant elle, si aucun impr\u00e9vu ne survient, mais qui effectivement rencontre, de par ses exc\u00e8s de plus en plus de contestations. C&rsquo;est un nouveau ph\u00e9nom\u00e8ne qui va aller en s&rsquo;amplifiant parce que les probl\u00e8mes s&rsquo;aggravent, notamment ceux li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;occupation de l&rsquo;espace, \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s au territoire, ou encore \u00e0 la gestion des ressources et des nuisances apport\u00e9es par le tourisme.<\/p>\n<p>&raquo; Il y a quelque chose de particulier dans le tourisme c&rsquo;est que les profits sont priv\u00e9s, mais la prise en charge des co&ucirc;ts occasionn\u00e9s par celui-ci est bien souvent socialis\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire que ce sont les pouvoirs publics, nos imp\u00f4ts, qui prennent en charge ces co&ucirc;ts<em>.&raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Spoutnik France <\/strong>: &laquo;Quels sont les dangers que repr\u00e9sente le tourisme de masse ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Rodolphe Christin <\/strong>: &laquo; Le tourisme d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, et non pas uniquement le tourisme de masse, comporte intrins\u00e8quement des dangers. Le tourisme est une industrie comme les autres, qui a pour ambition de se d\u00e9velopper toujours plus, pouss\u00e9 par une logique de recherche de profits maximums comme tout syst\u00e8me capitaliste. Le tourisme n&rsquo;\u00e9chappe en rien \u00e0 des logiques qui pr\u00e9valent pour toute l&rsquo;industrie. Ce sont donc des probl\u00e9matiques sociales parce que le tourisme occupe l&rsquo;espace habit\u00e9 par des gens qui vivent sur place. Lorsque le tourisme est tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9, ils ont de plus en plus de mal \u00e0 vivre normalement leur vie quotidienne parce que lorsque le nombre de visiteurs devient important, l&rsquo;offre de biens et services se met \u00e0 leur service, au d\u00e9triment des r\u00e9sidents.<\/p>\n<p>&raquo; C&rsquo;est aussi un probl\u00e8me \u00e9cologique, par exemple de gestion des d\u00e9chets sur les territoires, des ressources en \u00e9nergie, en eau. Pour cette derni\u00e8re, dans certaines r\u00e9gions, cela cr\u00e9e des conflits d&rsquo;usage, par exemple, entre les douches que doivent prendre les touristes chaque jour, voire plusieurs fois par jour lorsque le climat est chaud, l&rsquo;entretien des terrains de golf sur lesquels ils s&rsquo;amusent et puis l&rsquo;irrigation agricole qui permet de produire de la nourriture. <\/p>\n<p>&raquo; D&rsquo;autre part, le tourisme est un facteur de pollution importante notamment parce qu&rsquo;il repose beaucoup sur l&rsquo;usage de l&rsquo;avion qui est un producteur de gaz \u00e0 effet de serre extr\u00eamement important. L&rsquo;impact \u00e9cologique r\u00e9side aussi dans les innombrables infrastructures n\u00e9cessaires au d\u00e9veloppement du tourisme, qui alt\u00e8rent les paysages: routes, autoroutes, a\u00e9roports, parkings, stations r\u00e9sidentielles, parcs d&rsquo;attractions&hellip;<\/p>\n<p>&raquo; En outre, le tourisme pose \u00e9galement une probl\u00e9matique \u00e9conomique. Effectivement, si tout le monde vante les richesses produites par le tourisme, on a aujourd&rsquo;hui suffisamment de recul pour s&rsquo;apercevoir que le tourisme n&rsquo;a jamais \u00e9radiqu\u00e9 la pauvret\u00e9 notamment dans les pays du sud. De plus, l&rsquo;\u00e9conomie touristique a toujours tendance \u00e0 mettre sous sa coupe tous les autres secteurs d&rsquo;activit\u00e9 comme l&rsquo;h\u00f4tellerie, la restauration, le BTP ou m\u00eame l&rsquo;artisanat. Or, c&rsquo;est une \u00e9conomie qui d\u00e9pend de flux ext\u00e9rieurs au territoire donc elle reste de ce fait potentiellement tr\u00e8s fragile. Si pour une raison ou pour une autre les flux de touristes sont contrari\u00e9s, c&rsquo;est tout un territoire, toute une r\u00e9gion, tout un &Eacute;tat qui peut se retrouver dans une situation difficile. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Spoutnik France <\/strong>: &laquo;Les populations locales sont de plus en plus m\u00e9fiantes face au \u00ab\u00a0surtourisme\u00a0\u00bb. On pourrait citer le cas de <a href=\"https:\/\/fr.sputniknews.com\/international\/201611281028915947-touristes-manifestations-maire-location-immobilier\/\" target=\"_blank\">Barcelone<\/a>  o&ugrave; l&rsquo;on a vu fleurir des graffitis \u00ab\u00a0<em>Tourists go home, refugees welcome<\/em>\u00a0\u00bb [\u00ab\u00a0touristes rentrez chez vous, r\u00e9fugi\u00e9s bienvenus\u00a0\u00bb]. Comment expliquez-vous ce ressentiment ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Rodolphe Christin <\/strong>: &laquo; Les gens commencent \u00e0 mal vivre le tourisme, de mani\u00e8re intense et ils le manifestent. Notamment, dans certaines grandes capitales marqu\u00e9es par ce qu&rsquo;on appelle d\u00e9sormais le \u00ab\u00a0surtourisme\u00a0\u00bb. En effet, ces villes sont confront\u00e9es \u00e0 une croissance rapide de la fr\u00e9quentation touristique. N\u00e9anmoins, c&rsquo;est important de souligner que, si on en parle beaucoup, car c&rsquo;est devenu une esp\u00e8ce de concept \u00e0 la mode, ce ph\u00e9nom\u00e8ne de saturation n&rsquo;est pas r\u00e9cent. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes existent depuis les d\u00e9buts du tourisme [&hellip;], mais ils affectaient des lieux circonscrits dont personne ne parlait. Aujourd&rsquo;hui, ce qui est nouveau, c&rsquo;est que ce ph\u00e9nom\u00e8ne impacte les grandes capitales europ\u00e9ennes et que les gens se mobilisent pour manifester leur m\u00e9contentement de mani\u00e8re ostensible. Nombreux sont les m\u00e9dias qui s&rsquo;en emparent et donnent de la visibilit\u00e9 \u00e0 ces mouvements. A titre personnel, cela fait pr\u00e8s de 15 ans que je d\u00e9veloppe dans l&rsquo;ombre une critique du tourisme et c&rsquo;est seulement depuis ces deux derni\u00e8res que les sollicitations affluent.<\/p>\n<p>&raquo; Il est important d&rsquo;analyser, de critiquer le syst\u00e8me touristique pour \u00e9viter une esp\u00e8ce de ressentiment qui pourrait \u00eatre parfois x\u00e9nophobe et qui pourrait s&rsquo;attaquer aux touristes. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Spoutnik France <\/strong>: &laquo;Comment pourrait-on allier le tourisme avec la pr\u00e9servation de l&rsquo;environnement et des cultures voire des sp\u00e9cificit\u00e9s locales? Le tourisme \u00ab\u00a0\u00e9thique\u00a0\u00bb peut-il \u00eatre une solution? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Rodolphe Christin <\/strong>: &laquo; Le tourisme \u00e9thique, ou solidaire, est un segment commercial de plus, qui est sans doute moins toxique que les autres, mais qui n&rsquo;est en aucun cas une solution au probl\u00e8me. Il correspond aux envies d&rsquo;une client\u00e8le qui a envie de se d\u00e9douaner des m\u00e9faits du tourisme en versant un peu plus d&rsquo;argent aux soci\u00e9t\u00e9s locales, ou en consacrant une part du forfait achet\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9servation ou \u00e0 la restauration des \u00e9cosyst\u00e8mes locaux. <\/p>\n<p>&raquo; N\u00e9anmoins, ces d\u00e9placements \u00e9cotouristiques ou de tourisme \u00e9quitable se font souvent en avion comme n&rsquo;importe quel d\u00e9placement touristique pour des dur\u00e9es qui sont relativement courtes. Leur impact \u00e9cologique est loin d&rsquo;\u00eatre neutre et, pour ce qui concerne les relations nord-sud, l&rsquo;\u00e9change touristique reste asym\u00e9trique: des riches vont visiter plus pauvres qu&rsquo;eux et ce n&rsquo;est pas gr\u00e2ce \u00e0 ce type de tourisme qu&rsquo;on va \u00e9radiquer la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>&raquo; Le tourisme responsable ne r\u00e8gle pas les probl\u00e8mes. Si tous les touristes se mettaient \u00e0 acheter des forfaits de tourisme \u00e9quitable, tr\u00e8s vite \u00e7a ne resterait pas responsable, \u00e9quitable et \u00e9cologique bien longtemps. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Spoutnik France <\/strong>: &laquo; Finalement, quelle pourrait \u00eatre la solution id\u00e9ale ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Rodolphe Christin <\/strong>: &laquo; De mon point de vue, la solution serait de se livrer \u00e0 une forme de d\u00e9croissance touristique, qui reviendrait \u00e0 prendre le contrepied des logiques du capitalisme et de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Pourquoi a-t-on autant besoin de partir en vacances ? Qu&rsquo;est-ce que cela signifie ? Est-ce le sympt\u00f4me d&rsquo;une vie quotidienne devenue extr\u00eamement harassante, invivable ? Il faudrait donc r\u00e9fl\u00e9chir sur les moyens \u00e0 mettre en &oelig;uvre pour transformer cette vie quotidienne.<\/p>\n<p>&raquo; Sur un plan politique, \u00e0 court terme, je serais plut\u00f4t partisan de la mise en place d&rsquo;un moratoire afin de cesser de cr\u00e9er des infrastructures touristiques qui transforment durablement la vie dans les territoires. Par ailleurs, il faut remettre en cause et comprendre ce que cela signifie d&rsquo;avoir une \u00e9conomie qui serait enti\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9e au tourisme. En disant cela, j&rsquo;ai bien conscience d&rsquo;\u00eatre compl\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de ce qui se profile. En effet, tous les pays du monde, tous les territoires, toutes les r\u00e9gions veulent d\u00e9velopper ce secteur d&rsquo;activit\u00e9. <\/p>\n<p>&raquo; Pourtant, l&rsquo;activit\u00e9 touristique n&rsquo;est absolument pas compatible avec un monde en transition, en lutte contre les d\u00e9r\u00e8glements climatiques. On parle beaucoup de transition \u00e9cologique, \u00e9nerg\u00e9tique, li\u00e9e notamment aux transformations du climat, mais si on veut r\u00e9pondre \u00e0 ce d\u00e9fi de mani\u00e8re non hypocrite, il faudra, \u00e0 un moment donn\u00e9, revoir tous nos comportements, y compris nos comportements touristiques. Par cons\u00e9quent, il nous faudra revoir les organisations mises en place pour d\u00e9velopper le tourisme. Au-del\u00e0, il devient n\u00e9cessaire d&rsquo;envisager une sortie du capitalisme vers des soci\u00e9t\u00e9s plus \u00e9galitaires, qui exp\u00e9rimenteraient ce qu&rsquo;\u00e0 la suite de Murray Bookchin j&rsquo;appellerais des formes d'\u00a0\u00bb\u00e9cologie sociale\u00a0\u00bb. Comme nous ne sommes pas \u00e0 la veille d&rsquo;un tel mouvement, le tourisme a de beaux jours devant lui.<\/p>\n<p>&raquo; Apr\u00e8s c&rsquo;est \u00e9galement une r\u00e9flexion sur le sens de la vie. Souhaite-t-on devenir les figurants de l&rsquo;industrie touristique ? Voir nos territoires se transformer en parc d&rsquo;attractions ou en zone commerciale \u00e0 ciel ouvert ? Est-ce int\u00e9ressant de vivre dans ce monde-l\u00e0? C&rsquo;est une r\u00e9flexion politique qu&rsquo;il faudrait mener de mani\u00e8re un peu s\u00e9rieuse, c&rsquo;est-\u00e0-dire radicale. &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Hypotourisme\u00a0\u00bb massif et \u00ab\u00a0usure du monde\u00a0\u00bb Le Syst\u00e8me est par d\u00e9finition \u00e0 la fois la chose universelle et s&rsquo;il va \u00e0 son terme notre finitude absolue, sinon notre n\u00e9antisation ; de la m\u00eame fa\u00e7on pr\u00e9tendent l&rsquo;\u00eatre, avec raison, ses productions et incarnations terrestres, comme notre contre-civilisation et l&rsquo;am\u00e9ricanisme qui en sont les rejetons, qui en&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[19268,2643,19269,19267,19245,19246,2631,12322,7632,5270,14029,4119,19266,19270,5665],"class_list":["post-78787","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-antitourisme","tag-atlantide","tag-barcelone","tag-christin","tag-colonnes","tag-dhercule","tag-de","tag-eternite","tag-ethique","tag-interview","tag-masse","tag-platon","tag-rodolphe","tag-spoutnik-france","tag-tourisme"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78787","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78787"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78787\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78787"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78787"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78787"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}