{"id":78817,"date":"2019-08-24T16:22:51","date_gmt":"2019-08-24T16:22:51","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/08\/24\/leurope-et-son-tourbillon-crisique\/"},"modified":"2019-08-24T16:22:51","modified_gmt":"2019-08-24T16:22:51","slug":"leurope-et-son-tourbillon-crisique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/08\/24\/leurope-et-son-tourbillon-crisique\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Europe et son \u201ctourbillon crisique\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">L&rsquo;Europe et son \u00ab\u00a0tourbillon crisique\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Malgr\u00e9 ce que sugg\u00e9rerait notre titre, le texte pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessous, &ndash; de Pierre L\u00e9vy, r\u00e9dacteur-en-chef de <em><a href=\"https:\/\/ruptures-presse.fr\/\">Ruptures<\/a><\/em>, &ndash; s&rsquo;int\u00e9resse essentiellement \u00e0 la situation italienne apr\u00e8s la d\u00e9mission du gouvernement Conte. N\u00e9anmoins, il se termine judicieusement par un rapprochement entre deux crises qui ont une place essentielle dans le \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-tourbillon-crisique\">tourbillon crisique<\/a>\u00ab\u00a0, celle de l&rsquo;Italie et celle du Royaume-Uni. Par ailleurs et pour mettre un grain de coh\u00e9rence dans ce d\u00e9sordre consid\u00e9rable, on observera que ce rapprochement est sollicit\u00e9 par une tr\u00e8s grande proximit\u00e9 de deux dates ; en effet, c&rsquo;est le 15 octobre au plus tard que l&rsquo;Italie doit boucler son budget qui constitue un enjeu consid\u00e9rable (dont le <em>leader <\/em>de la<em>Liga <\/em>Salvini ne sera sans gu\u00e8re de doute plus comptable) et sera examin\u00e9 \u00e0 la loupe par l&rsquo;UE ; tandis que c&rsquo;est le 31 octobre qu&rsquo;expire le d\u00e9lai d\u00e9cid\u00e9 pour tenter de trouver un accord UK-UE pour la sortie \u00ab\u00a0en douceur\u00a0\u00bb du Royaume-Uni de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Comparaison n&rsquo;est pas raison, mais deux analogies sont frappantes avec la situation qui pr\u00e9vaut au Royaume-Uni. D&rsquo;abord, l&rsquo;ombre omnipr\u00e9sente de l&rsquo;UE dans la politique nationale de ces pays. Mais aussi les tentatives d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es d&rsquo;une partie de la classe politique pour contourner la volont\u00e9 populaire : \u00e0 Rome, un improbable \u00ab\u00a0tout sauf Salvini\u00a0\u00bb dans le seul but d&rsquo;\u00e9viter un verdict \u00e9lectoral ; \u00e0 Londres, la proposition (vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec) de Jeremy Corbyn de rassembler d\u00e9put\u00e9s travaillistes, rebelles conservateurs, lib\u00e9raux-d\u00e9mocrates et ind\u00e9pendantistes \u00e9cossais dans l&rsquo;unique objectif de faire tomber Boris Johnson<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela suffit bien entendu pour remettre \u00e0 sa place l&rsquo;\u00e9pisode italien de la d\u00e9mission du gouvernement Conte, qui d\u00e9bouche sur une situation de blocage entre de nouvelles \u00e9lections que refusent les adversaires de Salvini, et un \u00ab\u00a0gouvernement de circonstances\u00a0\u00bb, form\u00e9 effectivement et justement dans ce seul but \u00e0 tr\u00e8s court terme et sans la moindre fondation d&#8217;emp\u00eacher des \u00e9lections dont Salvini serait assur\u00e9 de sortir grand vainqueur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Conte a reproch\u00e9 \u00e0 Salvini son comportement dans des circonstances extr\u00eamement tendues, le 20 ao&ucirc;t au S\u00e9nat, comme le rapportent tous les observateurs et commentateurs : &laquo; <em>Il y a eu un d\u00e9bat au S\u00e9nat avant la d\u00e9mission de Conte. Ce dernier dans un discours de 50 minutes, a r\u00e9gl\u00e9 ses comptes avec son ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur Salvini, avec qui il avait travaill\u00e9 \u00e9troitement jusqu&rsquo;\u00e0 il y a deux semaines. Il a accus\u00e9 Salvini, qu&rsquo;il appelait \u00ab\u00a0caro Matteo\u00a0\u00bb (cher Matteo), de rechercher personnellement le pouvoir et d&rsquo;\u00eatre irresponsable et l&rsquo;a critiqu\u00e9 pour avoir provoqu\u00e9 sans raison une \u00ab\u00a0crise grave\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0a de graves cons\u00e9quences pour le pays, la vie \u00e9conomique, financi\u00e8re, politique et sociale<\/em>\u00a0\u00bb &raquo; (selon Marianne Arens, sur <em>WSWS.org <\/em><a href=\"https:\/\/www.wsws.org\/fr\/articles\/2019\/08\/23\/cont-a23.html\">le 23 ao&ucirc;t<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est vrai que Salvini n&rsquo;a pas brill\u00e9 par l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance ni le sens de la responsabilit\u00e9 collective dans cet \u00e9pisode, mais c&rsquo;est bien l\u00e0 son r\u00f4le. Il \u00e9volue dans le Syst\u00e8me mais ne veut se plier ni \u00e0 ses r\u00e8gles ni \u00e0 ses compromis, selon une ambition politique qu&rsquo;il veut ext\u00e9rieure \u00e0 ces r\u00e8gles et \u00e0 ces compromis. Certes, il veut le pouvoir, mais il ne pourrait l&rsquo;avoir <strong>qu&rsquo;\u00e0 cette condition d&rsquo;agir comme un dynamiteur, nullement comme un constructeur<\/strong>, &ndash; cela, quelles que soient ses ambitions assum\u00e9es, quels que soient les buts politiques pr\u00e9cis qu&rsquo;il poursuit rationnellement et en toute conscience. La formidable puissance de la communication qui l&rsquo;accompagne, jusqu&rsquo;au verdict \u00e0 son encontre de &laquo; <em>la l\u00e8pre <\/em>&raquo; selon Macron, image d&rsquo;une grande stupidit\u00e9 mais efficace dans ce courant de communication, tout cela fait de Salvini sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire qu&rsquo;il le r\u00e9alise ni qu&rsquo;il le calcule un dynamiteur, <strong>le contraire d&rsquo;un constructeur respectant son \u00ab\u00a0devoir constitutionnel\u00a0\u00bb que Conte lui reproche avec justesse de ne pas avoir rempli<\/strong>. Le reste n&rsquo;est que tactique politicienne, pour voir concr\u00e9tis\u00e9e dans la repr\u00e9sentation parlementaire de la <em>Liga <\/em>son actuelle sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9crasante dans les sondages.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;est pas assur\u00e9, selon nous, que Salvini veuille vraiment des \u00e9lections imm\u00e9diates comme but principal de son premier dynamitage du d\u00e9but ao&ucirc;t, et il n&rsquo;est pas assur\u00e9 <strong>qu&rsquo;il ne pr\u00e9f\u00e9rerait pas un gouvernement \u00ab\u00a0anti-Salvini\u00a0\u00bb fait de bric et de broc, et oblig\u00e9 de s&rsquo;atteler au \u00ab\u00a0sale travail\u00a0\u00bb (le budget)<\/strong> ; la circonstance le ferait, lui qui s&rsquo;en laverait les mains et n&rsquo;y aurait aucune responsabilit\u00e9, <strong>encore grimper dans les sondages<\/strong>. Nous voulons dire par l\u00e0 qu&rsquo;il n&rsquo;est pas assur\u00e9 que Salvini n&rsquo;en arrive pas \u00e0 juger plus int\u00e9ressant de c\u00e9der un peu de temps contre une mont\u00e9e suppl\u00e9mentaire de sa popularit\u00e9 qui propulserait la <em>Liga <\/em><strong>\u00e0 proximit\u00e9 d&rsquo;une majorit\u00e9 absolue<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230;Certains jugent Salvini effectivement convaincu qu&rsquo;il peut atteindre de tels sommets pour son parti. Une telle hypoth\u00e8se, qui n&rsquo;est pas la moins probable, tant s&rsquo;en faut, signifie des conditions <strong>encore plus proches d&rsquo;une \u00ab\u00a0explosion populiste\u00a0\u00bb qui pourrait vraiment secouer l&rsquo;Union Europ\u00e9enne<\/strong>. Si l&rsquo;on ajoute un <em>Brexit <\/em>dur assum\u00e9, le d\u00e9clin continue de l&rsquo;Allemagne avec l&rsquo;effacement d&rsquo;une Merkel dont le maintien forc\u00e9 \u00e0 son poste acc\u00e9l\u00e8re ce d\u00e9clin, une France qui voudrait s&rsquo;affirmer comme <em>leader <\/em>europ\u00e9en avec l&rsquo;effacement allemand et un rapprochement de la Russie, mais qui serait paradoxalement isol\u00e9e dans sa position de seule grande puissance si elle tentait d&rsquo;imposer \u00ab\u00a0au nom de l&rsquo;UE\u00a0\u00bb une politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 volontariste comme celle qui a \u00e9t\u00e9 vaguement esquiss\u00e9e \u00e0 Br\u00e9gan\u00e7on avec Poutine, <strong>effectivement on peut envisager pour l&rsquo;UE des secousses telluriques de tr\u00e8s-tr\u00e8s grandes magnitudes<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Peut-\u00eatre un jour Macron jugera-t-il que le seul moyen de tenir est de pr\u00e9voir un s\u00e9jour \u00e0 Canossa pour y rencontrer un Salvini devenu Premier ministre, pour envisager l&rsquo;issue de secours d&rsquo;une \u00ab\u00a0Europe des nations\u00a0\u00bb tournant un visage aimable vers la Russie (ce qui satisferait compl\u00e8tement Salvini). Mais il s&rsquo;agit certainement <strong>d&rsquo;un sc\u00e9nario de pure sp\u00e9culation et un peu trop ordonn\u00e9 pour ces temps de d\u00e9sordre<\/strong>. Il est bien plus probable que l&rsquo;\u00e9volution de la situation europ\u00e9enne, d&rsquo;ailleurs interd\u00e9pendante avec d&rsquo;autres situations r\u00e9gionales chaotiques, se fasse <strong>dans le sens d&rsquo;une acc\u00e9l\u00e9ration de son \u00ab\u00a0tourbillon crisique\u00a0\u00bb <\/strong>dont les secousses telluriques ont comme effet principal <strong>une acc\u00e9l\u00e9ration correspondante du d\u00e9sordre<\/strong>. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a donc beaucoup d&rsquo;arguments pour penser que Salvini en Italie, comme Johnson au Royaume-Uni et comme nombre d&rsquo;autres, constituent des facteurs de d\u00e9sordre <strong>impossibles \u00e0 \u00e9liminer malgr\u00e9 les diverses tentatives des rescap\u00e9s de \u00ab\u00a0l&rsquo;ancien monde\u00a0\u00bb<\/strong>. En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;\u00e9volution des choses se poursuit \u00ab\u00a0selon le plan pr\u00e9vu\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire hors de tout \u00ab\u00a0plan\u00a0\u00bb assur\u00e9, avec comme arme principale contre les derniers balbutiements d&rsquo;agonie du susdit \u00ab\u00a0ancien monde\u00a0\u00bb, &ndash; <strong>la formule dantonesque \u00ab\u00a0du d\u00e9sordre, encore du d\u00e9sordre, toujours du d\u00e9sordre\u00a0\u00bb<\/strong>. Cette occurrence fait que les \u00e9v\u00e9nements fondamentaux et d\u00e9cisifs qu&rsquo;on pr\u00e9voit r\u00e9guli\u00e8rement (<em>Brexit<\/em>, Salvini, etc.) sont certes fondamentaux mais nullement d\u00e9cisifs, mais avec comme apport principal d&rsquo;alimenter ce \u00ab\u00a0tourbillon crisique\u00a0\u00bb dont nul ne sait dans quel trou noir il se contractera finalement pour ouvrir la voie vers quelque chose qu&rsquo;on pourrait envisager de qualifier de \u00ab\u00a0nouveau monde\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;enjeu de la crise en Italie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La crise politique en Italie \u00e9tait certaine. Seule, la date \u00e9tait inconnue. En annon\u00e7ant, le 8 ao&ucirc;t, que son parti ne pouvait plus gouverner dans le cadre de la coalition form\u00e9e il y a quatorze mois avec le Mouvement 5 \u00e9toiles (M5S), Matteo Salvini, le chef de la Ligue et omnipr\u00e9sent ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur sortant, a mis fin \u00e0 ce suspense&hellip; et en a relanc\u00e9 un autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il a fait valoir qu&rsquo;un gouvernement ne pouvait raisonnablement durer si l&rsquo;un des partenaires &ndash; en l&rsquo;occurrence le M5S &ndash; bloque les d\u00e9cisions. Et il est vrai que de plus en plus de dossiers \u00e9taient l&rsquo;objet d&rsquo;affrontements entre les deux forces qui formaient ensemble l&rsquo;ex\u00e9cutif. Le dernier conflit en date portait sur la r\u00e9alisation du tunnel ferroviaire sur la ligne Lyon-Turin, un projet d&rsquo;infrastructure que la Ligue avait fait inscrire dans le programme initial de gouvernement, mais qui se heurtait \u00e0 l&rsquo;opposition du M5S. Objectivement, M. Salvini \u00e9tait donc fond\u00e9 \u00e0 pointer ces bisbilles toujours plus nombreuses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ses anciens alli\u00e9s de m\u00eame que ses adversaires, ainsi que la majeure partie de la presse italienne, ont de leur c\u00f4t\u00e9 accus\u00e9 ce dernier de vouloir provoquer des \u00e9lections anticip\u00e9es dans le seul int\u00e9r\u00eat de son parti, en l&rsquo;occurrence pour profiter opportun\u00e9ment de la remarquable popularit\u00e9 de celui-ci. Car en lui accordant 36%, 38%, voire 40% des intentions de vote, les sondages semblent confirmer et m\u00eame amplifier la spectaculaire progression de la Ligue : lors des europ\u00e9ennes de mai dernier, celle-ci avait obtenu plus de 34% des suffrages, soit le double du score r\u00e9alis\u00e9 lors des l\u00e9gislatives de f\u00e9vrier 2018.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette analyse n&rsquo;est sans doute pas fausse. Matteo Salvini ne s&rsquo;en est d&rsquo;ailleurs pas cach\u00e9, affirmant qu&rsquo;un retour aux urnes constituait &laquo; la voie royale &raquo; de la d\u00e9mocratie, et que le pays avait besoin qu&rsquo;on lui confie &laquo; les pleins pouvoirs &raquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire une majorit\u00e9 ne d\u00e9pendant pas de partenaires r\u00e9ticents.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lors du d\u00e9bat qui s&rsquo;est tenu le 20 ao&ucirc;t au S\u00e9nat, dans une ambiance particuli\u00e8rement tendue, le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a annonc\u00e9 la fin du gouvernement, rendant ainsi caduque la motion de d\u00e9fiance que s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 d\u00e9poser la Ligue. M. Conte s&rsquo;est montr\u00e9 particuli\u00e8rement dur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de celui qui a pris l&rsquo;initiative de la rupture, lui reprochant en particulier son irresponsabilit\u00e9 et son absence de sens constitutionnel. En outre, selon le pr\u00e9sident du Conseil, cette situation serait de nature \u00e0 affaiblir l&rsquo;Italie au sein de l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Institutionnellement, la balle est d\u00e9sormais dans le camp du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, qui a entam\u00e9 ses consultations avec les pr\u00e9sidents des chambres et les leaders des principaux partis. Sergio Mattarella, qui avait d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9, au printemps 2018, de faire capoter la formation de la coalition entre la Ligue et le M5S au nom du respect par l&rsquo;Italie des r\u00e8gles et du cadre europ\u00e9ens, est un pro-UE notoire, et ne fait pas myst\u00e8re de son souhait d&rsquo;\u00e9viter des \u00e9lections anticip\u00e9es. C&rsquo;est la tenue de celles-ci qui est d\u00e9sormais l&rsquo;enjeu des tractations en cours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ou bien le chef de l&rsquo;&Eacute;tat constate l&rsquo;existence d&rsquo;une majorit\u00e9 alternative \u00e0 l&rsquo;attelage actuel qui a failli, ou bien les \u00e9lecteurs devront retourner aux urnes d&rsquo;ici fin octobre. Cette seconde hypoth\u00e8se constituerait le succ\u00e8s du plan con\u00e7u par Matteo Salvini. Celui-ci peut en effet esp\u00e9rer remporter une large victoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ou bien les diverses forces politiques r\u00e9ussissent \u00e0 mettre sur pied une alliance de circonstance &ndash; et donc de court terme &ndash; \u00e9vitant des \u00e9lections imm\u00e9diates. Mais contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;affirment certains commentateurs, ce cas de figure ne serait pas un \u00e9chec pour la Ligue. Loin de l\u00e0. Car le nouveau cabinet aurait comme t\u00e2che prioritaire de pr\u00e9parer le budget 2020, qui doit \u00eatre soumis \u00e0 la Commission europ\u00e9enne \u00e0 l&rsquo;automne, et doit \u00eatre conforme \u00e0 ses r\u00e8gles. En l&rsquo;occurrence, celles-ci imposent de trouver au bas mot 23 milliards (compte tenu des n\u00e9gociations ant\u00e9rieures entre Rome et Bruxelles), c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;op\u00e9rer des coupes majeures dans les budgets publics, et de renoncer aux baisses d&rsquo;imp\u00f4ts initialement promises. En un mot, il faudrait d\u00e9sormais faire le &laquo; sale boulot &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce nouveau gouvernement devrait \u00e9galement rompre avec la &laquo; fermet\u00e9 &raquo; vis-\u00e0-vis des arriv\u00e9es de migrants sur les c\u00f4tes italiennes, fermet\u00e9 sur laquelle Matteo Salvini a construit une large part de son aura. Celui-ci, fort de l&rsquo;art de la communication populaire dans lequel il excelle, pourrait alors appara&icirc;tre comme le seul opposant, et encaisser ainsi tranquillement les dividendes d&rsquo;une popularit\u00e9 qui ne pourrait que cro&icirc;tre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dernier \u00e9l\u00e9ment qui nourrirait celle-ci, et pas des moindres : il ne manquerait pas de pointer &ndash; non sans quelque raison &ndash; les sordides <em>combinazione<\/em>des partis unis par leur seule volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9viter le retour aux urnes (et donc par la seule envie des parlementaires sortants de s&rsquo;accrocher \u00e0 leur fauteuil). Un argument particuli\u00e8rement d\u00e9vastateur pour le M5S : fond\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine comme un &laquo;non-parti&raquo; d\u00e9non\u00e7ant les turpitudes et l&rsquo;entre-soi de la caste politique, cette formation perdrait ce qui lui reste de cr\u00e9dit dans un contexte o&ugrave; elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9gringol\u00e9 consid\u00e9rablement entre les \u00e9lections de mars 2018 et les europ\u00e9ennes de mai 2019 (passant de 33% \u00e0 17%).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9j\u00e0, les paris sont ouverts : une alliance entre le Parti d\u00e9mocrate (PD, class\u00e9 &laquo; centre gauche &raquo;) et le M5S, telle que l&rsquo;a propos\u00e9 l&rsquo;ancien pr\u00e9sident du Conseil, le tr\u00e8s impopulaire Matteo Renzi ? Ce serait stup\u00e9fiant au regard des insultes que les deux partis se sont \u00e9chang\u00e9es dans les ann\u00e9es r\u00e9centes (&laquo; populistes dangereux et irresponsables &raquo; d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, &laquo; corrompus et pourris &raquo; de l&rsquo;autre). Une coalition \u00e9largie \u00e0 Forza Italia, de Silvio Berlusconi, comme l&rsquo;a sugg\u00e9r\u00e9 Romano Prodi, qui fut lui-m\u00eame chef du gouvernement italien (1996-1998 et 2006-2008) et pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne (1999-2004) ? Une construction encore plus baroque, mais qui aurait l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre bruxello-compatible, a pr\u00e9cis\u00e9 M. Prodi ; celui-ci a m\u00eame baptis\u00e9 son projet Ursula &ndash; le pr\u00e9nom de Mme Von der Leyen, la future chef de l&rsquo;ex\u00e9cutif europ\u00e9en&hellip; On \u00e9voque aussi la formation d&rsquo;un &laquo;gouvernement technique&raquo;, comme ce fut le cas sous pression de Bruxelles entre 2011 et 2013, sous la conduite de l&rsquo;ex-commissaire europ\u00e9en Mario Monti.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comparaison n&rsquo;est pas raison, mais deux analogies sont frappantes avec la situation qui pr\u00e9vaut au Royaume-Uni. D&rsquo;abord, l&rsquo;ombre omnipr\u00e9sente de l&rsquo;UE dans la politique nationale de ces pays. Mais aussi les tentatives d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es d&rsquo;une partie de la classe politique pour contourner la volont\u00e9 populaire : \u00e0 Rome, un improbable &laquo;tout sauf Salvini&raquo; dans le seul but d&rsquo;\u00e9viter un verdict \u00e9lectoral ; \u00e0 Londres, la proposition (vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec) de Jeremy Corbyn de rassembler d\u00e9put\u00e9s travaillistes, rebelles conservateurs, lib\u00e9raux-d\u00e9mocrates et ind\u00e9pendantistes \u00e9cossais dans l&rsquo;unique objectif de faire tomber Boris Johnson et de diff\u00e9rer ainsi encore un peu l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance du Brexit dont le principe a \u00e9t\u00e9 act\u00e9 par les citoyens en juin 2016.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les deux cas, ces calculs sont non seulement vains, mais pourraient bien se retourner contre les man&oelig;uvriers en exacerbant encore un peu plus la col\u00e8re populaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C\u00f4t\u00e9 Royaume-Uni, la sortie aura lieu. C\u00f4t\u00e9 Italie, on suivra \u00e9videmment avec attention les d\u00e9veloppements de ces prochains jours. Dans ce cas cependant, la question majeure reste enti\u00e8re : d\u00e8s lors que les amis de Matteo Salvini auront conquis le pouvoir, sauront-ils, voudront-ils assumer l&rsquo;affrontement in\u00e9vitable avec Bruxelles, le moment venu ? C&rsquo;est l\u00e0 que se situe en r\u00e9alit\u00e9 tout l&rsquo;enjeu.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Pierre L\u00e9vy<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(Publi\u00e9 le <a href=\"https:\/\/francais.rt.com\/opinions\/65144-gagnant-gagnant-ou-perdant-perdant-crise-en-italie\">21 ao&ucirc;t 2019<\/a>, \u00ab\u00a0<em>Opinions<\/em>\u00ab\u00a0, RT.com)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Europe et son \u00ab\u00a0tourbillon crisique\u00a0\u00bb Malgr\u00e9 ce que sugg\u00e9rerait notre titre, le texte pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessous, &ndash; de Pierre L\u00e9vy, r\u00e9dacteur-en-chef de Ruptures, &ndash; s&rsquo;int\u00e9resse essentiellement \u00e0 la situation italienne apr\u00e8s la d\u00e9mission du gouvernement Conte. N\u00e9anmoins, il se termine judicieusement par un rapprochement entre deux crises qui ont une place essentielle dans le \u00ab\u00a0tourbillon crisique\u00ab\u00a0,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[12496,17389,5355,3079,3442,2866,3771,2617,3387,3022,5303,18737,18370,9656,4935],"class_list":["post-78817","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-brexit","tag-conte","tag-demission","tag-europeenne","tag-italie","tag-johnson","tag-levy","tag-macron","tag-noir","tag-pierre","tag-populisme","tag-ruptures","tag-salvini","tag-trou","tag-union"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78817","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78817"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78817\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78817"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78817"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78817"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}