{"id":78837,"date":"2019-09-07T03:34:58","date_gmt":"2019-09-07T03:34:58","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/09\/07\/levi-strauss-et-la-civilisation-cannibale\/"},"modified":"2019-09-07T03:34:58","modified_gmt":"2019-09-07T03:34:58","slug":"levi-strauss-et-la-civilisation-cannibale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/09\/07\/levi-strauss-et-la-civilisation-cannibale\/","title":{"rendered":"L\u00e9vi-Strauss et la civilisation cannibale"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">L\u00e9vi-Strauss et la civilisation cannibale<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Les voyages, la mondialisation, la civilisation, la science, le progr\u00e8s ? Voici ce que cet \u00e9l\u00e9gant marginal \u00e9crivait au d\u00e9but de ses fameux et si peu lus tropiques :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Est-ce alors que j&rsquo;ai, pour la premi\u00e8re fois, compris ce qu&rsquo;en d&rsquo;autres r\u00e9gions du monde, d&rsquo;aussi d\u00e9moralisantes circonstances m&rsquo;ont d\u00e9finitivement enseign\u00e9 ? Voyages, coffrets magiques aux promesses r\u00eaveuses, vous ne livrerez plus vos tr\u00e9sors intacts. Une civilisation prolif\u00e9rante et surexcit\u00e9e trouble \u00e0 jamais le silence des mers. Les parfums des tropiques et la fra&icirc;cheur des \u00eatres sont vici\u00e9s par une fermentation aux relents suspects, qui mortifie nos d\u00e9sirs et nous voue \u00e0 cueillir des souvenirs \u00e0 demi corrompus. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le progr\u00e8s ronge et d\u00e9vore ce monde depuis longtemps &ndash; et l&rsquo;immobilise. A l&rsquo;heure o&ugrave; Chine et Usa s&rsquo;affrontent partout dans la zone indopacifique comme on dit, on relira ces lignes \u00e9crites il y a trois quarts de si\u00e8cle :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aujourd&rsquo;hui o&ugrave; des &icirc;les polyn\u00e9siennes noy\u00e9es de b\u00e9ton sont transform\u00e9es en porte-avions pesamment ancr\u00e9s au fond des mers du Sud, o&ugrave; l&rsquo;Asie tout enti\u00e8re prend le visage d&rsquo;une zone maladive, o&ugrave; les bidonvilles rongent l&rsquo;Afrique, o&ugrave; l&rsquo;aviation commerciale et militaire fl\u00e9trit la candeur de la for\u00eat am\u00e9ricaine ou m\u00e9lan\u00e9sienne avant m\u00eame d&rsquo;en pouvoir d\u00e9truire la virginit\u00e9, comment la pr\u00e9tendue \u00e9vasion du voyage pourrait-elle r\u00e9ussir autre chose que nous confronter aux formes les plus malheureuses de notre existence historique ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>S&rsquo;ensuite une d\u00e9finition plus acerbe encore :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cette grande civilisation occidentale, cr\u00e9atrice des merveilles dont nous jouissons, elle n&rsquo;a certes pas r\u00e9ussi \u00e0 les produire sans contrepartie. Comme son &oelig;uvre la plus fameuse, pile o&ugrave; s&rsquo;\u00e9laborent des architectures d&rsquo;une complexit\u00e9 inconnue, l&rsquo;ordre et l&rsquo;harmonie de l&rsquo;Occident exigent l&rsquo;\u00e9limination d&rsquo;une masse prodigieuse de sous-produits mal\u00e9fiques dont la terre est aujourd&rsquo;hui infect\u00e9e. Ce que d&rsquo;abord vous nous montrez, voyages, c&rsquo;est notre ordure lanc\u00e9e au visage de l&rsquo;humanit\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors on se console ; c&rsquo;est que notre civilisation est une solide et durable catastrophe : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des r\u00e9cits de voyage. Ils apportent l&rsquo;illusion de ce qui n&rsquo;existe plus et qui devrait \u00eatre encore, pour que nous \u00e9chappions \u00e0 l&rsquo;accablante \u00e9vidence que vingt mille ans d&rsquo;histoire sont jou\u00e9s. Il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 faire : la civilisation n&rsquo;est plus cette fleur fragile qu&rsquo;on pr\u00e9servait, qu&rsquo;on d\u00e9veloppait \u00e0 grand-peine dans quelques coins abrit\u00e9s d&rsquo;un terroir riche en esp\u00e8ces rustiques, mena\u00e7antes sans doute par leur vivacit\u00e9, mais qui permettaient aussi de varier et de revigorer les semis. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre \u00e9rudit voyageur ajoute :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;humanit\u00e9 s&rsquo;installe dans la monoculture ; elle s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On risquait jadis sa vie dans les Indes ou aux Am\u00e9riques pour rapporter des biens qui nous paraissent aujourd&rsquo;hui d\u00e9risoires : bois de braise (d&rsquo;o&ugrave; Br\u00e9sil) : teinture rouge, ou poivre dont, au temps d&rsquo;Henri IV, on avait \u00e0 ce point la folie que la Cour en mettait dans des bonbonni\u00e8res des grains \u00e0 croquer. Ces secousses visuelles ou olfactives, cette joyeuse chaleur pour les yeux, cette br&ucirc;lure exquise pour la langue ajoutaient un nouveau registre au clavier sensoriel d&rsquo;une civilisation qui ne s&rsquo;\u00e9tait pas dout\u00e9e de sa fadeur. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici \u00e0 quoi servent les voyages et les photos alors :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dirons-nous alors que, par un double renversement, nos modernes Marco Polo rapportent de ces m\u00eames terres, cette fois sous forme de photographies, de livres et de r\u00e9cits, les \u00e9pices morales dont notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e9prouve un besoin plus aigu en se sentant sombrer dans l&rsquo;ennui ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un autre parall\u00e8le me semble plus significatif. Car ces modernes assaisonnements sont, qu&rsquo;on le veuille ou non, falsifi\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le blanc transforme le sauvage en mis\u00e9rable d\u00e9racin\u00e9 &#8211; revoyez les statues meurent aussi de Resnais &#8211; avant de devenir lui-m\u00eame ce white trash, ce mis\u00e9rable d\u00e9racin\u00e9. Et apr\u00e8s il pleurniche, d\u00e9bloque et veut se faire pardonner \u00e0 tout prix&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais je m&rsquo;oublie. L\u00e9vi-Strauss :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;ouvre ces r\u00e9cits d&rsquo;explorateurs : telle tribu, qu&rsquo;on me d\u00e9crit comme sauvage et conservant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque actuelle les m&oelig;urs de je ne sais quelle humanit\u00e9 primitive caricatur\u00e9e en quelques l\u00e9gers chapitres, j&rsquo;ai pass\u00e9 des semaines de ma vie d&rsquo;\u00e9tudiant \u00e0 annoter les ouvrages que, voici cinquante ans, parfois m\u00eame tout r\u00e9cemment, des hommes de science ont consacr\u00e9s \u00e0 son \u00e9tude, avant que le contact avec les blancs et les \u00e9pid\u00e9mies subs\u00e9quentes ne l&rsquo;aient r\u00e9duite \u00e0 une poign\u00e9e de mis\u00e9rables d\u00e9racin\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est que le voyage, qui de nos jours forme plus la vieillesse que la jeunesse, est valorisant. On va chercher du primitif, c&rsquo;est plus classe :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Car ces primitifs \u00e0 qui il suffit de rendre visite pour en revenir sanctifi\u00e9, ces cimes glac\u00e9es, ces grottes et ces for\u00eats profondes, temples de hautes et profitables r\u00e9v\u00e9lations, ce sont, \u00e0 des titres divers, les ennemis d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui se joue \u00e0 elle-m\u00eame la com\u00e9die de les anoblir au moment o&ugrave; elle ach\u00e8ve de les supprimer, mais qui n&rsquo;\u00e9prouvait pour eux qu&rsquo;effroi et d\u00e9go&ucirc;t quand ils \u00e9taient des adversaires v\u00e9ritables. Pauvre gibier pris aux pi\u00e8ges de la civilisation m\u00e9canique, sauvages de la for\u00eat amazonienne, tendres et impuissantes victimes, je peux me r\u00e9signer \u00e0 comprendre le destin qui vous an\u00e9antit, mais non point \u00eatre dupe de cette sorcellerie plus ch\u00e9tive que la v\u00f4tre, qui brandit devant un public avide des albums en kodachrome rempla\u00e7ant vos masques d\u00e9truits. Croit-il par leur interm\u00e9diaire r\u00e9ussir \u00e0 s&rsquo;approprier vos charmes ? Non satisfait encore ni m\u00eame conscient de vous abolir, il lui faut rassasier fi\u00e9vreusement de vos ombres le cannibalisme nostalgique d&rsquo;une histoire \u00e0 laquelle vous avez d\u00e9j\u00e0 succomb\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ah oui, le cannibalisme culturel&hellip; Notre grand seigneur ajoute :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Qu&rsquo;est-ce que Lahore ? Un terrain d&rsquo;aviation dans une banlieue impr\u00e9cise ; d&rsquo;interminables avenues plant\u00e9es d&rsquo;arbres, bord\u00e9es de villas ; dans un enclos, un h\u00f4tel, \u00e9vocateur de quelque haras normand, aligne plusieurs b\u00e2timents tous pareils, dont les portes de plain-pied et juxtapos\u00e9es comme autant de petites \u00e9curies donnent acc\u00e8s \u00e0 des appartements identiques : salon par-devant, cabinet de toilette par-derri\u00e8re, chambre \u00e0 coucher au milieu. Un kilom\u00e8tre d&rsquo;avenue conduit \u00e0 une place de sous-pr\u00e9fecture d&rsquo;o&ugrave; partent d&rsquo;autres avenues bord\u00e9es de rares boutiques : pharmacien, photographe, libraire, horloger. Prisonnier de cette vastit\u00e9 insignifiante, mon but me para&icirc;t d\u00e9j\u00e0 hors de port\u00e9e. O&ugrave; est-il, ce vieux, ce vrai Lahore ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est Debord qui insiste sur le mot-cl\u00e9 de cette \u00e9poque entropique : falsification. Comme disait William Engdahl dans le Saker, <strong>on exige<\/strong>de l&rsquo;homme et du b\u00e9tail transg\u00e9niques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Empreint de sagesse biblique (l&rsquo;eccl\u00e9siaste, les proverbes), L\u00e9vi-Strauss se demande \u00e0 quelle \u00e9poque il aurait fallu vivre. C&rsquo;est la question de beaucoup d&rsquo;insatisfaites vies, et sa r\u00e9ponse n&rsquo;est gu\u00e8re rassurante :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Alors, insidieusement, l&rsquo;illusion commence \u00e0 tisser ses pi\u00e8ges. Je voudrais avoir v\u00e9cu au temps des vrais voyages, quand s&rsquo;offrait dans toute sa splendeur un spectacle non encore g\u00e2ch\u00e9, contamin\u00e9 et maudit ; n&rsquo;avoir pas franchi cette enceinte moi-m\u00eame, mais comme Bernier, Tavernier, Manucci&#8230; Une fois entam\u00e9, le jeu de conjectures n&rsquo;a plus de fin. Quand fallait-il voir l&rsquo;Inde, \u00e0 quelle \u00e9poque l&rsquo;\u00e9tude des sauvages br\u00e9siliens pouvait-elle apporter la satisfaction la plus pure, les faire conna&icirc;tre sous la forme la moins alt\u00e9r\u00e9e ? E&ucirc;t-il mieux valu arriver \u00e0 Rio au XVIIIe si\u00e8cle avec Bougainville, ou au XVIe avec L\u00e9ry et Thevet ? Chaque lustre en arri\u00e8re me permet de sauver une coutume, de gagner une f\u00eate, de partager une croyance suppl\u00e9mentaire. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le bon vieux temps ? Quel bon vieux temps ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gu\u00e9non nous avait quitt\u00e9 nos illusions en d\u00e9non\u00e7ant le si\u00e8cle \u00e0 perruques dans la crise du monde moderne. Et L\u00e9vi-Strauss remarque l&rsquo;inconfortable de sa position :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais je connais trop les textes pour ne pas savoir qu&rsquo;en m&rsquo;enlevant un si\u00e8cle, je renonce du m\u00eame coup \u00e0 des informations et \u00e0 des curiosit\u00e9s propres \u00e0 enrichir ma r\u00e9flexion. Et voici, devant moi, le cercle infranchissable : moins les cultures humaines \u00e9taient en mesure de communiquer entre elles et donc de se corrompre par leur contact, moins aussi leurs \u00e9missaires respectifs \u00e9taient capables de percevoir la richesse et la signification de cette diversit\u00e9. En fin de compte, je suis prisonnier d&rsquo;une alternative : tant\u00f4t voyageur ancien, confront\u00e9 \u00e0 un prodigieux spectacle dont tout ou presque lui \u00e9chappait &#8211; pire encore inspirait raillerie et d\u00e9go&ucirc;t ; tant\u00f4t voyageur moderne, courant apr\u00e8s les vestiges d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 disparue. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et d&rsquo;ironiser sur les romantiques du futur :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Dans quelques centaines d&rsquo;ann\u00e9es, en ce m\u00eame lieu, un autre voyageur, aussi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 que moi, pleurera la disparition de ce que j&rsquo;aurais pu voir et qui m&rsquo;a \u00e9chapp\u00e9. Victime d&rsquo;une double infirmit\u00e9, tout ce que j&rsquo;aper\u00e7ois me blesse, et je me reproche sans rel\u00e2che de ne pas regarder assez. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin, notre savant ne rate jamais une pointe contre les am\u00e9ricains qui le pers\u00e9cutent administrativement du reste \u00e0 Porto-Rico. Il ironique encore sur cette &laquo; civilisation &raquo; :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &Agrave; Porto Rico, j&rsquo;ai donc pris contact avec les Etats-Unis ; pour la premi\u00e8re fois, j&rsquo;ai respir\u00e9 le vernis ti\u00e8de et le<em>wintergreen<\/em>(autrement nomm\u00e9 th\u00e9 du Canada), p\u00f4les olfactifs entre lesquels s&rsquo;\u00e9chelonne la gamme du confort am\u00e9ricain : de l&rsquo;automobile aux toilettes en passant par le poste de radio, la confiserie et la p\u00e2te dentifrice ; et j&rsquo;ai cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9chiffrer, derri\u00e8re le masque du fard, les pens\u00e9es des demoiselles des <em>drugstores <\/em>en robe mauve et \u00e0 chevelure acajou. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est que ces grands d\u00e9mocrates sont des m\u00e9fiants :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip;ensuite et surtout les soup\u00e7ons que j&rsquo;avais pr\u00eat\u00e9s \u00e0 la police martiniquaise relativement \u00e0 mes documents ethnographiques, et dont je m&rsquo;\u00e9tais si judicieusement prot\u00e9g\u00e9, la police am\u00e9ricaine les partageait au plus haut point. Car, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 de jud\u00e9o-ma\u00e7on \u00e0 la solde des Am\u00e9ricains \u00e0 Fort-de-France, j&rsquo;avais la compensation plut\u00f4t am\u00e8re de constater que, du point de vue des U.S.A., il y avait toute chance pour que je fusse un \u00e9missaire de Vichy, sinon m\u00eame des Allemands. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une autre pique, et pas des moindres, sur nos sacr\u00e9s missionnaires am\u00e9ricains :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;ai connu beaucoup de missionnaires et j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 la valeur humaine et scientifique de plusieurs. Mais les missions protestantes am\u00e9ricaines qui cherchaient \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans le Mato Grosso central autour de 1930 appartenaient \u00e0 une esp\u00e8ce particuli\u00e8re : leurs membres provenaient de familles paysannes du Nebraska ou des Dakota, o&ugrave; les adolescents \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s dans une croyance litt\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;Enfer et aux chaudrons d&rsquo;huile bouillante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certains se faisaient missionnaires comme on contracte une assurance. Ainsi tranquillis\u00e9s sur leur salut, ils pensaient n&rsquo;avoir rien d&rsquo;autre \u00e0 faire pour le m\u00e9riter ; dans l&rsquo;exercice de leur profession, ils t\u00e9moignaient d&rsquo;une duret\u00e9 et d&rsquo;une inhumanit\u00e9 r\u00e9voltantes. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d;font-size:1.25em;\">Source<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Claude L\u00e9vi-Strauss &ndash; Tristes tropiques, pp. 27-37, p. 341<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u00e9vi-Strauss et la civilisation cannibale Les voyages, la mondialisation, la civilisation, la science, le progr\u00e8s ? 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