{"id":78871,"date":"2019-09-27T16:31:33","date_gmt":"2019-09-27T16:31:33","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/09\/27\/faux-vrai-gaulliste-ou-vrai-faux-gaulliste\/"},"modified":"2019-09-27T16:31:33","modified_gmt":"2019-09-27T16:31:33","slug":"faux-vrai-gaulliste-ou-vrai-faux-gaulliste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/09\/27\/faux-vrai-gaulliste-ou-vrai-faux-gaulliste\/","title":{"rendered":"Faux vrai-gaulliste ou vrai faux-gaulliste"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Faux vrai-gaulliste ou vrai faux-gaulliste<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>27 septembre 2019 &ndash; Il est vrai que j&rsquo;ai termin\u00e9 il y a quelques semaines un \u00ab\u00a0vieux bouquin\u00a0\u00bb (<em>dito<\/em>, venu d&rsquo;un bouquiniste) assez r\u00e9cent puisque de 2006, <em>L&rsquo;apr\u00e8s de Gaulle <\/em>(*), de Jean Mauriac, fils de Fran\u00e7ois. L&rsquo;auteur, de la grande maison des Mauriac (Fran\u00e7ois \u00e0 mon sens l&rsquo;homme le plus influent des milieux politico-litt\u00e9raires de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, plus que Sartre ou Malraux), h\u00e9ritant de ce prestige mais moins en vue que le p\u00e8re, moins conscient de la puissance du nom de Mauriac et parfois un peu indiff\u00e9rent \u00e0 cette position, mais plus ind\u00e9pendant que le p\u00e8re, enfin intime des gaullistes et du gaullisme, tr\u00e8s proche des gardiens du temple, absolument sourcilleux sur ce sujet, mais tout de m\u00eame esprit ind\u00e9pendant me semble-t-il, vraiment je le r\u00e9p\u00e8te avec force. En plus de cela, avec notamment une carri\u00e8re de grand journaliste de terrain, essentiellement \u00e0 l&rsquo;AFP de 1944 \u00e0 1988, jusqu&rsquo;\u00e0 un des postes de direction avec comme fonction le poste prestigieux d&rsquo;accr\u00e9dit\u00e9 de l&rsquo;Agence \u00e0 l&rsquo;&Eacute;lys\u00e9e sous de Gaulle, Pompidou et Giscard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Maintenant, une pr\u00e9cision absolument indispensable : le livre, qui fait un peu dat\u00e9 (il couvre la p\u00e9riode 1969-1989), l&rsquo;est \u00e0 cause des citations et jugements qui sont rapport\u00e9s. Jean Mauriac a voulu prendre un peu de temps pour laisser se d\u00e9canter certaines situations et livrer la teneur d&rsquo;un nombre impressionnant d&rsquo;entretiens confidentiels mais conduits avec ses interlocuteurs dans un but agr\u00e9\u00e9 de publication \u00e0 terme. Quoi qu&rsquo;il en soit, <strong>en t\u00eate du livre figure cet avertissement sans absolument la moindre concession<\/strong> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Jean Mauriac assume la pleine responsabilit\u00e9 de la transcription qu&rsquo;il a effectu\u00e9e, aussit\u00f4t apr\u00e8s les avoir recueillis, des propos de ses diff\u00e9rents interlocuteurs<\/em>&hellip; &raquo; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>On imagine l&rsquo;affaire &#8230; Le livre sur la 1969-1989, fourmillant de confidences, essentiellement de tous les \u00ab\u00a0barons\u00a0\u00bb gaullistes, <strong>essentiellement une chronique tragico-cynique de la d\u00e9sint\u00e9gration du gaullisme <\/strong>\u00e9crit avec les \u00ab\u00a0notes confidentielles\u00a0\u00bb d&rsquo;un gaulliste absolu.. Il est vrai que le livre est plein de coups vachards et de petites haines, avec des critiques, des insinuations, parfois m\u00eame des am\u00e9nit\u00e9s et des amabilit\u00e9s de l&rsquo;un pour l&rsquo;autre&#8230; Mais il y a ceci, qui se d\u00e9gage peu \u00e0 peu puis, une fois r\u00e9alis\u00e9, devient absolument \u00e9crasant, une \u00e9crasante <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a> ; un fil rouge fait d&rsquo;une grosse corde bruyante et remueuse comme du gros rouge, \u00e0 propos de laquelle <strong>tous, absolument tous les gaullistes dits-\u00ab\u00a0historiques\u00a0\u00bb se retrouvent : la personnalit\u00e9 et le r\u00f4le de Chirac ! <\/strong>Ou dit-autrement, Jacques Chirac comme <strong>le tra&icirc;tre absolu, le tra&icirc;tre parfait au gaullisme<\/strong>, dont le comportement est caract\u00e9ris\u00e9 par trois mots : <strong>mensonge, mensonge et mensonge.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est le rythme m\u00eame du livre m\u00eame si la chose n&rsquo;est nullement affich\u00e9e ni m\u00eame explicit\u00e9e, et  Jean Mauriac n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 payer de sa personne, \u00e0 se mettre en sc\u00e8ne lui-m\u00eame, toujours sur le th\u00e8me du \u00ab\u00a0mensonge-de-Chirac\u00a0\u00bb. Par exemple, ce moment d&rsquo;une r\u00e9ception donn\u00e9e par Messmer qui vient d&rsquo;\u00eatre fait Grand Chevalier, en juillet 1974. Mauriac vient de publier un article qui a fait grand bruit, tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9, extraordinairement tendu et tragique (moi-m\u00eame, je m&rsquo;en rappelle, puisque diffus\u00e9 sur AFP), sur le dernier et affreux conseil des ministres de Pompidou, quelques jours avant sa mort du tout-d\u00e9but avril dont tout le monde per\u00e7oit l&rsquo;ombre sinistre et in\u00e9luctable envahir la salle avec son assembl\u00e9e solennelle&#8230; <strong>Soudain, au milieu des petits fours et des coupes de champagne de Messmer, Chirac apostrophe Mauriac, et vivement<\/strong> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>\u00ab\u00a0Votre papier, monsieur Mauriac, sur le dernier Conseil des ministres de Georges Pompidou, n&rsquo;est que mensonges !\u00a0\u00bb Je r\u00e9plique aussit\u00f4t : \u00ab\u00a0C&rsquo;est vous le menteur, monsieur le Premier ministre ! Vous \u00eates un menteur !\u00a0\u00bb Nous crions aussi fort l&rsquo;un que l&rsquo;autre, au point que plusieurs invit\u00e9s se rapprochent et font cercle autour de nous. \u00ab\u00a0Monsieur Mauriac, ne me faites pas sorti de mes gonds, reprend Chirac. &ndash; Sortez si vous voulez, lui dis-je. De toutes les fa\u00e7ons, vous n&rsquo;\u00eates qu&rsquo;un menteur !\u00a0\u00bb Le Premier ministre semble vouloir en venir aux mains, quand Olivier Guichard et d&rsquo;autres invit\u00e9s, ainsi que les gardes du corps, s&rsquo;interposent, poussant Chirac vers sa voiture qui l&rsquo;attend portes ouvertes&#8230; En proie \u00e0 une v\u00e9ritable col\u00e8re, je me pr\u00e9cipite vers le v\u00e9hicule et crie \u00e0 travers les vitres baiss\u00e9es : \u00ab\u00a0Vous n&rsquo;\u00eates qu&rsquo;un menteur !\u00a0\u00bb tandis que la voiture officielle s&rsquo;\u00e9loigne<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Veut-on quelques autres instantan\u00e9s de la saga du \u00ab\u00a0mensonge-de-Chirac\u00a0\u00bb faisant \u00e9quipe avec son vis-\u00e0-vis \u00ab\u00a0la trahison-de-Chirac\u00a0\u00bb ? Voici la m\u00e8re de Val\u00e9ry Giscard d&rsquo;Estaing (toutes ces interventions pour Jean Mauriac, directement) : &laquo; &#8230; <em>Je me souviens de Peyrefitte , me disant au moment du d\u00e9part <\/em>[d&rsquo;une r\u00e9ception] <em>: \u00ab\u00a0Quand Val\u00e9ry sera \u00e9lu, qu&rsquo;il ne prenne jamais Chirac comme Premier ministre. Il a trahi Chaban. Il retrahira&#8230;\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Maurice Druon, gaulliste historique, acad\u00e9micien aussi bien auteur du <em>Chant des Partisans <\/em>que des <em>Rois maudits<\/em> :  &laquo; <em>Curieux destin que celui de Chirac, qui fait que r\u00e9guli\u00e8rement il emp\u00eache un gaulliste d&rsquo;arriver au sommet de l&rsquo;&Eacute;tat !<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chaban-Delmas, sur un entretien avec Chirac : &laquo; <em>Au passage, une pommade inf\u00e2me, une ignoble flatterie \u00e0 vous d\u00e9go&ucirc;ter, si tant est que l&rsquo;on puisse encore \u00eatre d\u00e9go&ucirc;t\u00e9 de Chirac<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Robert Boulin : &laquo; <em>L&rsquo;appel de Cochin a \u00e9t\u00e9, pour nous ministres, quelque chose d&rsquo;affreux. Chirac a os\u00e9 dire que le gouvernement auquel nous participons conduisait \u00e0 l&rsquo;abaissement de la France. Ce n&rsquo;est pas supportable<\/em>. [&#8230;] <em>Il n&rsquo;y a rien de gaulliste en lui. Il n&rsquo;a \u00e9pous\u00e9 les th\u00e8ses gaullistes que dans un but \u00e9lectoral<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Olivier Guichard : &laquo; <em>Chirac ne change pas, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il continue \u00e0 changer sans cesse d&rsquo;avis, \u00e0 tenir un langage compl\u00e8tement diff\u00e9rent d&rsquo;un mois \u00e0 l&rsquo;autre, \u00e0 se d\u00e9mentir sans vergogne, avec une d\u00e9sinvolture et un aplomb incroyables. Mais il vient d&rsquo;\u00eatre assez malin pour dicter un livre \u00e0 Thierry Desjardins, tout \u00e0 sa gloire. Ce livre <\/em>[<em>Un inconnu nomm\u00e9 Chirac<\/em>, La Table Ronde, 1983]<em>, c&rsquo;est : Chirac par lui-m\u00eame ! <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un souvenir personnel, tenant \u00e0 la fr\u00e9quentation que j&rsquo;eus de Michel Jobert \u00e0 partir de 1991-1992 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, &ndash; un des tr\u00e8s rares non-gaullistes avec Barre que Jean Mauriac juge digne du gaullisme. Quelque part entre 1995 et 1997, Chirac devenu pr\u00e9sident, Jobert m&rsquo;annon\u00e7a qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 pour \u00eatre averti que le nouveau Pr\u00e9sident entendait l&rsquo;honorer d&rsquo;une d\u00e9coration dans l&rsquo;Ordre de la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur. Je l&rsquo;ai entendu conclure d&rsquo;une voix coupante, but\u00e9e et sans r\u00e9plique, si inhabituelle chez lui que j&rsquo;ai toujours entendu chaleureux, suave ou ironique, voire r\u00eaveur : &laquo; <em>J&rsquo;ai refus\u00e9, bien entendu. Il n&rsquo;est pas question que j&rsquo;accepte quoi que ce soit de lui. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi pourriez-vous croire que je d\u00e9verse une vindicte quelconque, que je monte un proc\u00e8s, ou simplement que j&rsquo;\u00e9cris une analyse o&ugrave; j&rsquo;entends montrer le caract\u00e8re sombre du personnage. Il n&rsquo;en est rien, d&rsquo;autant que je ne proc\u00e8de qu&rsquo;\u00e0 partir d&rsquo;un seul livre bien que sa qualit\u00e9 et sa v\u00e9racit\u00e9 le rendent exceptionnel, et qu&rsquo;<strong>il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un exercice qui n&rsquo;a rien d&rsquo;un historien mais d&rsquo;une recherche intuitive d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9-de-situation <\/strong>autour d&rsquo;un homme qui vient de nous quitter dans des pompes extravagantes qui brouillent absolument tout&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Avez-vous remarqu\u00e9 que, pour le d\u00e9signer, comme je fais d&rsquo;habitude par une pirouette s\u00e9mantique ou l&rsquo;autre, j&rsquo;ai plut\u00f4t utilis\u00e9 les expressions \u00ab\u00a0le mensonge-de-Chirac\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0la trahison-de-Chirac\u00a0\u00bb, au lieu de celles-ci, qui eussent \u00e9t\u00e9 plus normales, logiques, et mieux-trouss\u00e9es : \u00ab\u00a0Chirac-le-menteur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Chirac-le-tra&icirc;tre\u00a0\u00bb. <strong>Mon v&oelig;u ici est de s\u00e9parer le mensonge et la trahison de Chirac<\/strong>, sans nier un seul instant, &ndash; oh, loin de moi cette intention, &ndash; que Chirac ait continuellement exerc\u00e9 <strong>son art complet, son \u00ab\u00a0art premier\u00a0\u00bb si vous voulez, du mensonge et de la trahison<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(D&rsquo;autre part, on me r\u00e9pliquera qu&rsquo;il en fut lui-m\u00eame \u00f4 combien la victime, de mensonges et de trahisons. D&rsquo;abord, on dira  qu&rsquo;il l&rsquo;avait cherch\u00e9 ; ensuite, je poursuivrai, moi, en remarquant que ce n&rsquo;\u00e9tait pas la m\u00eame chose, c&rsquo;\u00e9taient \u00ab\u00a0mensonges\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0trahisons\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la maison-Chirac, dans une g\u00e9n\u00e9ration nouvelle, hors-gaullisme et post-gaullisme, et lui menant toute la chevauch\u00e9e en donnant ses le\u00e7ons \u00e0 ses divers archers, de Balladur \u00e0 Sarko, et lui ayant finalement domin\u00e9 toute la sc\u00e8ne [de la pseudo-droite et du \u00ab\u00a0gaullisme\u00a0\u00bb-en-d\u00e9sint\u00e9gration] de 1974 \u00e0 2007, donc meneur du jeu et faiseur des r\u00e8gles du jeu. Comme Jean Mauriac assume, lui-m\u00eame, Chirac, doit assumer, &ndash; et moi de m\u00eame du reste, pour les risques de l&rsquo;interpr\u00e9tation.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je poursuis donc \u00e0 partir de mes exercices de s\u00e9mantique pour pr\u00e9ciser que, pour moi, s&rsquo;il exer\u00e7a continuellement \u00ab\u00a0mensonges\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0trahisons\u00a0\u00bb, il n&rsquo;en fut jamais enti\u00e8rement d\u00e9fini ni par l&rsquo;un ni par l&rsquo;autre sans que rien pour autant ne d&ucirc;t lui \u00eatre pardonn\u00e9, &ndash; <strong>simplement, le \u00ab\u00a0pardon\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas le probl\u00e8me, l\u00e0 o&ugrave; il n&rsquo;y a pas vraiment culpabilit\u00e9 parce que le crime est difficile \u00e0 d\u00e9finir et qu&rsquo;il n&rsquo;est nullement question de proc\u00e8s<\/strong>. Autrement dit, malgr\u00e9 tout ce que j&rsquo;ai dit, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 me d\u00e9barrasser de ma sympathie, ou bien dirais-je plut\u00f4t de mon int\u00e9r\u00eat presque avec de l&#8217;empathie pour l&rsquo;homme tout en sachant fort bien qu&rsquo;il est absolument venimeux et qu&rsquo;on ne peut lui faire aucune confiance hors du cadre de ses int\u00e9r\u00eats et de sa pr\u00e9occupation intellectuelle du moment.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;ailleurs, vous le savez bien, nous sommes dans une \u00e9poque sombre et diverse, incompr\u00e9hensible, furieuse et trompeuse, faussaire et simulacre, pleine de glaces d\u00e9formantes, <strong>o&ugrave; les mots \u00ab\u00a0mensonge\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb ont si peu de sens qu&rsquo;ils en ont de multiples et de si compl\u00e8tement divers <\/strong>qu&rsquo;on en ferait des vertus comme les vieilles religieuses flamandes de Bruges qui tissent sans fin leurs pi\u00e8ces de dentelle, vestiges et vertiges de la tradition&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je le tiens plut\u00f4t, lui, comme <strong>un outil du destin (et nullement de son destin)<\/strong>. Il est l\u00e0, durant ces si longues ann\u00e9es, pour nous repr\u00e9senter la d\u00e9sint\u00e9gration du gaullisme, qui est une incidence in\u00e9luctable de la plus-grande m\u00e9tahistoire comme de Gaulle lui-m\u00eame, qui avait lu Gu\u00e9non, l&rsquo;avait devin\u00e9. A cet \u00e9gard, Chirac est un simulacre en m\u00eame temps qu&rsquo;un brigand de grand chemin, un <em>condottiere <\/em>\u00e0 l&rsquo;enjou\u00e9e et simul\u00e9e figure et il sait aussi bien, <strong>par rares mais pr\u00e9cieux instants, retenir un instant du temps o&ugrave; il r\u00e9interpr\u00e8te pour une ou quelques mesures, la gloire de la France<\/strong>, &ndash; ce qui fut fait en f\u00e9vrier-mars 2003, au contraire de ses catastrophiques positions qu&rsquo;il choisit en 1995 (lorsqu&rsquo;il ne profita pas de l&rsquo;absence des USA en Bosnie), en 1997 (r\u00e9int\u00e9gration de certaines structures techniques et emprisonneuses de l&rsquo;OTAN), en 1999 (guerre du Kosovo). Mais quoi, 2003 c&rsquo;est tout de m\u00eame apr\u00e8s tout cela, et en plus r\u00e9alis\u00e9 selon une ligne Moscou-Berlin-Paris (et Bruxelles en plus, les Belges ayant une position proche de la n\u00f4tre, ce que ces stupides Fran\u00e7ais ne purent distinguer). 2003, c&rsquo;est lumineux, e<strong>t tous ceux qui l&rsquo;ont fait, &ndash; j&rsquo;en suis le t\u00e9moin personnel absolument, &ndash; n&rsquo;en revenaient pas de l&rsquo;avoir fait<\/strong>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chirac est donc utile et restera dans l&rsquo;Histoire, certes : l&rsquo;homme qui sut <strong>nous montrer notre affreuse et in\u00e9vitable d\u00e9cadence<\/strong>, dont il fut lui-m\u00eame l&rsquo;alpiniste-d\u00e9vissant aussi rapide qu&rsquo;un ascenseur en chute libre, et <strong>en m\u00eame temps nous rappeler qu&rsquo;avec la France cela aurait pu \u00eatre diff\u00e9rent <\/strong>(cela \u00ab\u00a0pourrait \u00eatre\u00a0\u00bb diff\u00e9rent ? Tu n&rsquo;as qu&rsquo;\u00e0 croire, camarade). Il fut le chroniqueur de notre chute ; il racontait bien, aussi bien \u00e0 la Reine d&rsquo;Angleterre qu&rsquo;\u00e0 un agriculteur dans un trou perdu de Corr\u00e8ze, devant deux verres de rouge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Don&rsquo;t Cry for him<\/em>, Douce-France-Cher-Pays-De-Mon-Enfance ; l\u00e0 o&ugrave; il est il n&rsquo;est pas malheureux du tout, il est encore en train de la ramener&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Note<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>(*) <em>L&rsquo;apr\u00e8s de Gaulle, notes confidentielles 1969-1989<\/em>, Jean Mauriac, pr\u00e9sent\u00e9 et annot\u00e9 par Jean-Luc Barr\u00e9, Fayard 2006.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faux vrai-gaulliste ou vrai faux-gaulliste 27 septembre 2019 &ndash; Il est vrai que j&rsquo;ai termin\u00e9 il y a quelques semaines un \u00ab\u00a0vieux bouquin\u00a0\u00bb (dito, venu d&rsquo;un bouquiniste) assez r\u00e9cent puisque de 2006, L&rsquo;apr\u00e8s de Gaulle (*), de Jean Mauriac, fils de Fran\u00e7ois. 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