{"id":78942,"date":"2019-11-09T09:10:00","date_gmt":"2019-11-09T09:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/11\/09\/macron-la-tragedie-sans-bouffe\/"},"modified":"2019-11-09T09:10:00","modified_gmt":"2019-11-09T09:10:00","slug":"macron-la-tragedie-sans-bouffe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/11\/09\/macron-la-tragedie-sans-bouffe\/","title":{"rendered":"Macron, la trag\u00e9die sans bouffe\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Macron, la trag\u00e9die sans bouffe ?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Une expression qui refl\u00e9te bien la tr\u00e8s-haute estime o&ugrave; nous tenons cette \u00ab\u00a0\u00e9trange\u00a0\u00bb \u00e9poque, c&rsquo;est l&rsquo;expression d&rsquo;un sujet du  <em>Glossaire.dde<\/em> de  \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-tragedie-bouffe\">trag\u00e9die-bouffe<\/a>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est dire l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que nous mettons dans notre d\u00e9marche lorsque nous sommes conduits \u00e0 nous poser la question, &ndash; \u00e0 propos de Macron et  <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/mort-de-lotan-blaguons-un-peu-avec-macron\">de son interview<\/a> \u00e0  <em>The Economist  <\/em>suivant son discours du 27 ao&ucirc;t, &ndash; de savoir si cet homme politique qui pr\u00e9tend \u00e0 la dignit\u00e9 de chef d&rsquo;&Eacute;tat puisqu&rsquo;il en occupe la fonction n&rsquo;est pas en train d&rsquo;atteindre \u00e0 la perception que notre \u00ab\u00a0\u00e9trange\u00a0\u00bb \u00e9poque, derri\u00e8re son masque-bouffe clinquant et bling-bling de communication, est d&rsquo;abord une immense \u00ab\u00a0trag\u00e9die sans bouffe\u00a0\u00bb, puisque \u00e9poque de la Fin des Temps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;interview ci-dessous, publi\u00e9e par  <em>Figaro-Vox <\/em> <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/mort-de-lotan-blaguons-un-peu-avec-macron\">le 8 novembre<\/a> s&rsquo;adresse \u00e0 Arnaud Benedetti, professeur en communication \u00e0 Paris-Sorbonne et auteur du  <em>Coup de com&rsquo; permanent<\/em> (\u00e9d. du Cerf, 2018) souvent sollicit\u00e9 sur les m\u00e9dias (LCI, <em>Figaro-Vox<\/em>, etc.), sur la question de la communication, notamment celle de Macron, dans les \u00e9v\u00e9nements en cours. On notera que son int\u00e9r\u00eat jusqu&rsquo;ici portait essentiellement, voire exclusivement, sur les \u00e9v\u00e9nements int\u00e9rieurs du quinquennat Macron (affaire Benalla, Gilets-Jaunes), et fort peu, si pas du tout, sur les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs. Cette fois, au contraire, il traite essentiellement, &ndash; c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs tout le sens affirm\u00e9 de l&rsquo;interview,&ndash; sur l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement purement ext\u00e9rieur, m\u00eame s&rsquo;il a \u00e9videmment et n\u00e9cessairement une dimension et des effets int\u00e9rieurs, qu&rsquo;est l&rsquo;interview \u00e0  <em>The Economist<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De fa\u00e7on tr\u00e8s significative, alors qu&rsquo;il acte l&rsquo;\u00e9chec de la communication qu&rsquo;avait d\u00e9ploy\u00e9e Macron comme strat\u00e9gie de d\u00e9part de son quinquennat, Benedetti en arrive \u00e0 constater que Macron se trouve confront\u00e9 avec les probl\u00e8mes tragiques de cette \u00ab\u00a0\u00e9trange\u00a0\u00bb \u00e9poque. (&laquo; <em>Le charme communicant n&rsquo;op\u00e9rant plus, la politique, la vraie, celle du conflit, des lin\u00e9aments de classes aussi, des inqui\u00e9tudes existentielles collectives est revenue.<\/em> &raquo;) Il reconna&icirc;t alors cette attitude que montre Macron, que nous avons observ\u00e9e depuis le 27 ao&ucirc;t, d&rsquo;accepter cette confrontation, en n&rsquo;h\u00e9sitant plus \u00e0 clamer que \u00ab\u00a0le roi est nu\u00a0\u00bb, &ndash; tout en faisant (Benedetti) les r\u00e9serves du communicant qui constate que cette fa\u00e7on de se hausser (de se \u00ab\u00a0re-pr\u00e9sidentialiser\u00a0\u00bb, dit-il) ne conduira nullement Macron \u00e0 des issues politiques triomphales, &ndash; tant et tant s&rsquo;en faut, face \u00e0 la crise qui engloutit notre civilisation, que telle issue est n\u00e9cessairement impossible&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Son ton proph\u00e9tique, inquiet vise \u00e0 le \u00ab\u00a0re-pr\u00e9sidentialiser\u00a0\u00bb, \u00e0 le hausser aussi au niveau d&rsquo;une Histoire lourde et hors-normes, comme s&rsquo;il voulait \u00eatre \u00ab\u00a0l&rsquo;homme du destin\u00a0\u00bb ainsi que Churchill le disait de De Gaulle en juin 1940.  <\/em>[&#8230;]<em> Le risque est n\u00e9anmoins d&rsquo;appara&icirc;tre comme un \u00ab\u00a0proph\u00e8te d\u00e9sarm\u00e9\u00a0\u00bb. On sait depuis Machiavel qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 du sceau de la pire des faiblesses pour le Prince<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Cela est donc juste mais cela n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel : ni Machiavel, ni de Gaulle, ni quelque Prince ou h\u00e9ros de la m\u00e9tahistoire que ce soit, ne pourraient rien aujourd&rsquo;hui contre l&rsquo;immense crise qui nous \u00e9crase. La lucidit\u00e9 du constat et les rares pr\u00e9cautions \u00e0 prendre sont les seules choses qu&rsquo;un \u00ab\u00a0proph\u00e8te\u00a0\u00bb ou qu&rsquo;un \u00ab\u00a0Prince\u00a0\u00bb puisse offrir \u00e0 ses mandants, &ndash; voire avec un secret espoir que la chose aille aussi vite que possible, \u00ab\u00a0et que la B\u00eate meurt\u00a0\u00bb enfin&#8230; Que le proph\u00e8te (comme image d&rsquo;un \u00eatre humain hors des standards) soit \u00ab\u00a0d\u00e9sarm\u00e9\u00a0\u00bb, qui s&rsquo;en \u00e9tonnerait car qui pourrait dire quelle \u00ab\u00a0arme\u00a0\u00bb humaine pourrait exister aujourd&rsquo;hui face \u00e0 cette cataracte, cette temp\u00eate qui pulv\u00e9rise la civilisation et secoue le monde ?<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Benedetti juge que &laquo; <em>tout se passe comme si le chev\u00e9nementisme de sa jeunesse en venait \u00e0 irriguer son propos<\/em> &raquo; (la r\u00e9f\u00e9rence est bonne, et l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 du propos ne permet pas de savoir si Macron a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 par le chev\u00e8nementiste dans sa jeunesse). D&rsquo;ailleurs, il a  <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-macron-le-russophile\">le soutien de Chev\u00e8nement<\/a>, comme il a celui de V\u00e9drine, c&rsquo;est-\u00e0-dire des rares (vieux) hommes politiques fran\u00e7ais ayant encore une vue globale et r\u00e9aliste du monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la crise du monde. Ainsi, dit Benedetti, Macron est &laquo; <em>en quelque sorte un Giscard qui aurait compris pour reprendre la formule d&rsquo;Aron que \u00ab\u00a0l&rsquo;histoire est tragique\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;. (C&rsquo;est Fran\u00e7oise Giroud, ministre de quelques jours chez Giscard, qui avait fait cette remarque que Giscard ne croyait pas que \u00ab\u00a0l&rsquo;Histoire est tragique\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette analyse nous sied. Benedetti pose que Macron, avec ses interventions, acte \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9chec de son id\u00e9al\u00a0\u00bb qu&rsquo;est la communication ma&icirc;tris\u00e9e et manipul\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire faussaire et trompeuse, v\u00e9ritable rejeton de l&rsquo;inversion de l&rsquo;\u00e9poque. Dr\u00f4le d&rsquo;id\u00e9al ! C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 une vertu que cet homme (Macron), charg\u00e9 de tant de pr\u00e9jug\u00e9s, de d\u00e9fauts, de visions modernistes faussaires, soit parvenu \u00e0 distinguer certaines  <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9s-de-situation<\/a>  fulgurantes de la Grande Crise d&rsquo;Effondrement du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela ne signifie pas qu&rsquo;il ne continuera pas \u00e0 man&oelig;uvrer dans sa politique int\u00e9rieure, de se rendre d\u00e9testable en nombre d&rsquo;occasions, impopulaire, etc., car il conserve ses traits de caract\u00e8re dont nombre sont assimilables \u00e0 des d\u00e9fauts parfois insupportables. On voit n\u00e9anmoins que son \u00e9volution de la perception de la situation du monde l&rsquo;a rendu extraordinairement prudent dans sa volont\u00e9 de r\u00e9formisme et de modernisation de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb [?] fran\u00e7aise. C&rsquo;est Julien Dray qui disait avant-hier sur LCI que les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs dans le monde, <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-tourbillon-crisique-des-revoltes\">toutes les r\u00e9voltes<\/a>  qui \u00e9clatent, marquent profond\u00e9ment Macron et le conduisent \u00e0 l&rsquo;attentisme, au louvoiement pour les r\u00e9formes-en-France, notamment celle des retraites, parce qu&rsquo;il est devant l&rsquo;\u00e9nigme de la possibilit\u00e9 affreuse pour lui d&rsquo;une reprise brutale d&rsquo;une col\u00e8re fran\u00e7aise absolument possible, un \u00e9pisode \u00ab\u00a0Gilet-Jaune\u00a0\u00bb multipli\u00e9 par dix, transcend\u00e9 par l&rsquo;extraordinaire brouhaha ext\u00e9rieur, &ndash; par la \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/francais.rt.com\/magazines\/interdit-d-interdire\/67594-vers-une-giletjaunisation-du-monde\">giletjaunisation du monde<\/a>\u00ab\u00a0, comme dit Fr\u00e9d\u00e9ric Taddei.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Macron n&rsquo;a pas abandonn\u00e9 la pratique de la com&rsquo;. Simplement, il l&rsquo;a mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de ce qu&rsquo;il a mesur\u00e9 de la crise du monde, ce qui n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pas si mal. C&rsquo;est dans tous les cas un signe que cette crise p\u00e9n\u00e8tre tous les esprits puisqu&rsquo;elle frappe toutes les psychologies. Quel dirigeant pouvait plus sembler issu du Syst\u00e8me, et absolument accoint\u00e9 avec le Syst\u00e8me, que le Macron fra&icirc;chement \u00e9lu de mai 2017, objet absolument immanquable de tous les sarcasmes et les haines antiSyst\u00e8me ? (Et nous n&rsquo;\u00e9tions pas les derniers.) C&rsquo;est pourtant le m\u00eame homme qui, aujourd&rsquo;hui, est vilipend\u00e9 par ceux de ses \u00ab\u00a0compagnons\u00a0\u00bb qui l&rsquo;accueillirent comme un sauveur et qui, eux, n&rsquo;ont jamais os\u00e9 regarder la v\u00e9rit\u00e9-de-situation du monde dans les yeux, &ndash; Merkel en premier, le r\u00e9sidu politique le plus repr\u00e9sentatif de cette caste des zombieSyst\u00e8me devenus orques de la Fin des Temps, terminant son temps de service avant de prendre sa place dans la poubelle postmoderne de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_______________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">&laquo; <em>Macron prend acte de l&rsquo;\u00e9chec de son id\u00e9al<\/em> &raquo;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p><strong>Figaro-Vox<\/strong> : &laquo; <em>En donnant une interview iconoclaste \u00e0 &lsquo;The Economist&rsquo;, dans laquelle il s&rsquo;en prend p\u00eale-m\u00eale \u00e0 l&rsquo;OTAN ou encore \u00e0 la r\u00e8gle des 3 %, le chef de l&rsquo;&Eacute;tat r\u00e9affirme-t-il son r\u00f4le de leader sur la sc\u00e8ne internationale ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Arnaud Benedetti<\/strong> : &laquo; <em>Il se veut un lucide agitateur d&rsquo;id\u00e9es. Il int\u00e9riorise le d\u00e9sordre international pour livrer une analyse qui prend \u00e0 revers pour une part le logiciel politique qui fut le sien durant la campagne pr\u00e9sidentielle. La mondialisation n&rsquo;est plus heureuse, elle est inqui\u00e8te. L&rsquo;ir\u00e9nisme n&rsquo;est plus de mise. C&rsquo;est une vision plut\u00f4t sombre, au demeurant assez r\u00e9aliste, de la nouvelle sc\u00e8ne mondiale qu&rsquo;il v\u00e9hicule. Il prend acte de l&rsquo;\u00e9chec en quelque sorte de son id\u00e9al. Pour autant, ce chant un peu d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 se veut volontariste. Il essaye de r\u00e9tablir, de restaurer le politique en instrument de ma&icirc;trise et cet instrument de ma&icirc;trise c&rsquo;est le retour \u00e0 une Europe-puissance qui ne fait pas du march\u00e9, de l&rsquo;\u00e9conomie sa finalit\u00e9 exclusive. D&rsquo;o&ugrave; son insistance sur la notion de souverainet\u00e9, sur les questions de d\u00e9fense et de technologie. Sa lecture est d\u00e9sormais bien plus r\u00e9galienne qu&rsquo;\u00e9conomique. La critique du dogme des 3% constitue peut-\u00eatre la meilleure illustration de cet infl\u00e9chissement. Tout se passe comme si le chev\u00e9nementisme de sa jeunesse en venait \u00e0 irriguer son propos. Dans les faits, il m\u00e9tabolise la critique des populistes dont il a fait ses adversaires pour les contourner par un appel \u00e0 une Europe qui se vert\u00e9brerait par le haut. Le probl\u00e8me c&rsquo;est qu&rsquo;il se heurte \u00e0 la realpolitik dont il se veut aussi l&rsquo;ap\u00f4tre. Nonobstant les avanc\u00e9es qu&rsquo;il pr\u00e9tend percevoir chez certains de ses homologues, Emmanuel Macron est pour l&rsquo;instant un homme assez isol\u00e9. Son diagnostic sur l&rsquo;Union europ\u00e9enne comporte un angle mort: le besoin de d\u00e9mocratie exprim\u00e9 par les eurocritiques. Or il n&rsquo;existe pas \u00e0 ce stade d&rsquo;autre forme politique authentiquement d\u00e9mocratique que celle de l&rsquo;&Eacute;tat-nation. Cet impens\u00e9 de la rh\u00e9torique macroniste r\u00e9sonne comme une limite \u00e0 l&rsquo;aggiornamento que le Pr\u00e9sident appelle de ses v&oelig;ux, non sans \u00e9nergie<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Figaro-Vox<\/strong> : &laquo; <em>Le chef de l&rsquo;&Eacute;tat brosse son lecteur anglais dans le sens du poil&hellip; apr\u00e8s avoir fait la m\u00eame chose aupr\u00e8s des lecteurs de Valeurs Actuelles sur l&rsquo;immigration. Fid\u00e8le en cela \u00e0 la strat\u00e9gie originelle du macronisme ?<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Arnaud Benedetti<\/strong> : &laquo; <em>Le macronisme en effet \u00e0 un petit c\u00f4t\u00e9 transformiste. Comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de \u00ab\u00a0trianguler\u00a0\u00bb en permanence et en surface. La surface des choses c&rsquo;est sa com&rsquo;  le choix entre autres de ses relais m\u00e9diatiques. Il adresse des signaux, des clins d&rsquo;&oelig;il, sans pour autant dire exactement ce que les publics auxquels il s&rsquo;adresse souhaitent entendre. Il les reconna&icirc;t pour autant, &ndash; ce qui d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;heure du \u00ab\u00a0politiquement correct\u00a0\u00bb constitue une transgression. Il d\u00e9signe moins l&rsquo;adversaire, se r\u00e9sout \u00e0 moins le stigmatiser, il \u00ab\u00a0conflictualise\u00a0\u00bb moins, il conceptualise plus, il est moins adepte de Carl Schmitt mais plus d&rsquo;Alain<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&raquo;<\/strong> <em>Tout le probl\u00e8me n\u00e9anmoins consiste \u00e0 demeurer audible, lisible, coh\u00e9rent. Macron a quand m\u00eame vendu cette id\u00e9e qu&rsquo;il \u00e9tait d&rsquo;abord l&rsquo;homme qui ne changeait pas, a contrario de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et des \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb traditionnels que des opinions dubitatives et d\u00e9niais\u00e9es soup\u00e7onnent d&rsquo;une versatilit\u00e9 de circonstances. Afin sans doute d&rsquo;att\u00e9nuer cette banalisation et non sans conviction certainement, le Chef de l&rsquo;&Eacute;tat argue non sans raison qu&rsquo;il fait avec un monde entr\u00e9 en convulsions, en anomie . Il est en quelque sorte un Giscard qui aurait compris pour reprendre la formule d&rsquo;Aron que \u00ab\u00a0l&rsquo;histoire est tragique\u00a0\u00bb. Il professe cette id\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, parfois avec une surabondance de coquetteries, dans l&rsquo;entretien accord\u00e9 \u00e0 &lsquo;The Economist&rsquo;. Son ton proph\u00e9tique, inquiet vise \u00e0 le \u00ab\u00a0re-pr\u00e9sidentialiser\u00a0\u00bb, \u00e0 le hausser aussi au niveau d&rsquo;une Histoire lourde et hors-normes, comme s&rsquo;il voulait \u00eatre \u00ab\u00a0l&rsquo;homme du destin\u00a0\u00bb ainsi que Churchill le disait de De Gaulle en juin 1940. D&rsquo;ailleurs le choix d&rsquo;un m\u00e9dia anglais pour parler de haut, r\u00e9active quelque part aussi cet imaginaire. Le risque est n\u00e9anmoins d&rsquo;appara&icirc;tre comme un \u00ab\u00a0proph\u00e8te d\u00e9sarm\u00e9\u00a0\u00bb. On sait depuis Machiavel qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 du sceau de la pire des faiblesses pour le prince<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Figaro-Vox<\/strong> : &laquo; <em>&Agrave; mi-mandat, quel bilan faites-vous de la r\u00e9volution communicante port\u00e9e par Emmanuel Macron ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Arnaud Benedetti<\/strong> : &laquo; <em>Macron a cru ma&icirc;triser la com&rsquo;. La distance, le surplomb, l&rsquo;art du r\u00e9cit m\u00e9diatique ont \u00e9t\u00e9 au seuil du mandat les vecteurs de sa fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre au monde. Il a cru que l&rsquo;\u00e8re de la com&rsquo; n&rsquo;\u00e9tait pas aussi bouscul\u00e9e qu&rsquo;elle ne l&rsquo;\u00e9tait par le surgissement de ce nouvel espace public que la combinaison de l&rsquo;info permanente et des r\u00e9seaux a fait advenir. Ses succ\u00e8s initiaux, alors que beaucoup lui pr\u00e9disaient un maelstr\u00f6m social sur le code du travail ou sur le changement de statut de la SNCF, l&rsquo;ont sans doute aussi \u00e9loign\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 sociale du pays, de sa fragmentation, de la cornerisation de nombre de ses territoires, du d\u00e9classement de segments entiers de la population<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Le social l&rsquo;a d&rsquo;autant plus rattrap\u00e9 qu&rsquo;il donnait le sentiment de n&rsquo;y voir qu&rsquo;une survivance obsol\u00e8te du pass\u00e9. Ses petites phrases intentionnelles ou non, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es ou saisies sur le vif l&rsquo;ont expos\u00e9 \u00e0 la vindicte qui est l&rsquo;arme fatale des invisibles, des oubli\u00e9s, de celles et ceux qui se sentent m\u00e9pris\u00e9s. L&rsquo;\u00e9pisode Benalla a infus\u00e9 un \u00ab\u00a0vent mauvais\u00a0\u00bb dans les tr\u00e9fonds de l&rsquo;opinion, il a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la col\u00e8re des gilets jaunes et lui a conf\u00e9r\u00e9, inconsciemment ou pas, une partie de son souffle d\u00e9vastateur. D\u00e8s lors le doute s&rsquo;est install\u00e9, y compris chez les \u00e9ditorialistes les plus enclins \u00e0 accorder leur bienveillance au Pr\u00e9sident. Le charme communicant n&rsquo;op\u00e9rant plus, la politique, la vraie, celle du conflit, des lin\u00e9aments de classes aussi, des inqui\u00e9tudes existentielles collectives est revenue. Il n&rsquo;y a pas eu de r\u00e9volution communicante mais un essoufflement progressif de la com&rsquo; comme instrument de gouvernement<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Interview de Paul Seguy, pour <em>Figaro-Vox<\/em><\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Macron, la trag\u00e9die sans bouffe ? Une expression qui refl\u00e9te bien la tr\u00e8s-haute estime o&ugrave; nous tenons cette \u00ab\u00a0\u00e9trange\u00a0\u00bb \u00e9poque, c&rsquo;est l&rsquo;expression d&rsquo;un sujet du Glossaire.dde de \u00ab\u00a0trag\u00e9die-bouffe\u00ab\u00a0. C&rsquo;est dire l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que nous mettons dans notre d\u00e9marche lorsque nous sommes conduits \u00e0 nous poser la question, &ndash; \u00e0 propos de Macron et de son interview&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[18655,18724,3172,2631,6488,12890,3797,5270,8386,584,3050,3819],"class_list":["post-78942","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-arnaud","tag-benedetti","tag-chevenement","tag-de","tag-economist","tag-figaro-vox","tag-giscard","tag-interview","tag-lhistoire","tag-otan","tag-the","tag-tragedie"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78942","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78942"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78942\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78942"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78942"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78942"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}