{"id":78987,"date":"2019-12-04T02:49:55","date_gmt":"2019-12-04T02:49:55","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/12\/04\/la-fable-de-mandeville-et-le-satanisme-liberal\/"},"modified":"2019-12-04T02:49:55","modified_gmt":"2019-12-04T02:49:55","slug":"la-fable-de-mandeville-et-le-satanisme-liberal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2019\/12\/04\/la-fable-de-mandeville-et-le-satanisme-liberal\/","title":{"rendered":"La fable de Mandeville et le satanisme lib\u00e9ral"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La fable de Mandeville et le satanisme lib\u00e9ral<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte typique du dix-huiti\u00e8me antichr\u00e9tien, h\u00e9doniste et sataniste est l\u00e9gendaire et r\u00e9sume tout le monde moderne : la soci\u00e9t\u00e9 est un puits de vice et &laquo; si en toute place le vice s&rsquo;installe, le tout est un paradis v\u00e9ritable &raquo;. On pense \u00e0 Sade, dont j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, et on ajoutera que si on touche au merveilleux \u00e9difice de vices, tout pourrait s&rsquo;\u00e9crouler : gare aux cocos et aux r\u00e9glementations !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur cette \u00e9poque sinistre et illumin\u00e9e on recommandera cursivement le Casanova de Fellini, le Hellfire club (qui inspire le meilleur \u00e9pisode Chapeau melon &ndash; A touch of brimstone), les splendides \u00e9tudes de Velardo Fuentes sur les liens du libertinage et du capitalisme, Barry Lyndon bien s&ucirc;r (livre non lu mais furieusement antis\u00e9mite o&ugrave; l&rsquo;on finit couvert de dettes !), sans oublier les illumin\u00e9s de Nerval puisque c&rsquo;est vers \u00e7a que cela d\u00e9bouche ce monde, le techno-communisme soci\u00e9tal sous contr\u00f4le milliardaire. Zerohedge.com nous apprend que 0.1 % des am\u00e9ricains ont autant que le reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;allais oublier Fanny Hill \u00e9crite par un agent de la compagnie des Indes&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On respire. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>On citera Robert-Dufour tr\u00e8s inspir\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2017\/12\/DUFOUR\/58219\">dans un texte<\/a>du Monde diplomatique : &laquo; Depuis le sociologue allemand Max Weber et son livre &laquo; L&rsquo;&Eacute;thique protestante et l&rsquo;esprit du capitalisme &raquo;, on se repr\u00e9sente le capitalisme comme asc\u00e9tique, rigoriste, autoritaire, puritain et patriarcal. Et, depuis pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle, on se trompe. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais voyons Bernard Mandeville, encore un huguenot. Comme dit Allsworth Ross, ce furent les fondateurs des USA, plus que les puritains. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mandeville donc et sa ruche capitaliste. Il brosse un tableau d&rsquo;abord r\u00e9aliste :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La fertile ruche \u00e9tait remplie d&rsquo;une multitude prodigieuse d&rsquo;habitants, dont le grand nombre contribuait m\u00eame \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 commune. Des millions \u00e9taient occup\u00e9s \u00e0 satisfaire la vanit\u00e9 et l&rsquo;ambition d&rsquo;autres abeilles, qui \u00e9taient uniquement employ\u00e9es \u00e0 consumer les travaux des premi\u00e8res. Malgr\u00e9 une si grande quantit\u00e9 d&rsquo;ouvriers, les d\u00e9sirs de ces abeilles n&rsquo;\u00e9taient pas satisfaits. Tant d&rsquo;ouvriers, tant de travaux, pouvaient \u00e0 peine fournir au luxe de la moiti\u00e9 de la nation. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les in\u00e9galit\u00e9s :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quelques-uns, avec de grands fonds et tr\u00e8s peu de peines, faisaient des gains tr\u00e8s consid\u00e9rables. D&rsquo;autres, condamn\u00e9s \u00e0 manier la faux et la b\u00eache, ne gagnaient leur vie qu&rsquo;\u00e0 la sueur de leur visage et en \u00e9puisant leurs forces par les occupations les plus p\u00e9nibles. L&rsquo;on en voyait cependant d&rsquo;autres qui s&rsquo;adonnaient \u00e0 des emplois tout myst\u00e9rieux, qui ne demandaient ni apprentissage, ni fonds, ni soins. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis on vire au m\u00e9phitisme :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tels \u00e9taient les chevaliers d&rsquo;industrie, les parasites, les courtiers d&rsquo;amour, les joueurs, les filous, les faux-monnayeurs, les empiriques, les devins et, en g\u00e9n\u00e9ral tous ceux qui ha\u00efssant la lumi\u00e8re tournaient par de sourdes pratiques \u00e0 leur avantage, le travail de leurs voisins ? qui incapables eux-m\u00eames de tromper \u00e9taient moins d\u00e9fiants. On appelait ces gens-l\u00e0 des fripons : mais ceux dont l&rsquo;industrie \u00e9tait plus respect\u00e9e, quoique dans le fond peu diff\u00e9rents des premiers, recevaient un nom plus honorable. Les artisans de chaque profession, tous ceux qui exer\u00e7aient quelque emploi, ou quelque charge, avaient quelque esp\u00e8ce de friponnerie qui leur \u00e9tait propre. C&rsquo;\u00e9tait les subtilit\u00e9s de l&rsquo;art, et les tours de b\u00e2ton. &raquo; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Triomphe des eaux glaciales du calcul \u00e9go\u00efste. Tout le monde se remplit les poches (on est loin du monde traditionnel, et Marx et Debord s&rsquo;en rendent bien compte) par la chicane :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Comme s&rsquo;ils n&rsquo;eussent pu, sans l&rsquo;instruction d&rsquo;un proc\u00e8s, distinguer le l\u00e9gitime d&rsquo;avec l&rsquo;ill\u00e9gitime, ils avaient des jurisconsultes occup\u00e9s \u00e0 entretenir des animosit\u00e9s, et \u00e0 susciter de mauvaises chicanes. C&rsquo;\u00e9tait le fin de leur art. Les lois leur fournissaient des moyens pour ruiner leurs parties et pour profiter adroitement des biens engag\u00e9s. Uniquement attentifs \u00e0 tirer de pr\u00e9cieux honoraires, ils ne n\u00e9gligeaient rien pour emp\u00eacher qu&rsquo;on ne termin\u00e2t par voie d&rsquo;accommodement les difficult\u00e9s. Pour d\u00e9fendre une mauvaise cause, ils \u00e9pluchaient les lois avec la m\u00eame exactitude et dans le m\u00eame but que les voleurs examinent les maisons et les boutiques. C&rsquo;\u00e9tait uniquement pour d\u00e9couvrir l&rsquo;endroit faible dont ils pourraient se pr\u00e9valoir. &raquo; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les plaideurs de Racine, les m\u00e9decins de Moli\u00e8re (&laquo; si vous continuez comme cela, on ne voudra plus \u00eatre malade ! &raquo;) valent ceux de Manhattan, de la c\u00f4te d&rsquo;usure et de Mandeville. Et pour cause :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les m\u00e9decins pr\u00e9f\u00e9raient la r\u00e9putation \u00e0 la science, et les richesses au r\u00e9tablissement de leurs malades. La plupart, au lieu de s&rsquo;appliquer \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des r\u00e8gles de l&rsquo;art, s&rsquo;\u00e9tudiaient \u00e0 prendre une d\u00e9marche compos\u00e9e. Des regards graves, un air pensif, \u00e9taient tout ce qu&rsquo;ils poss\u00e9daient pour se donner la r\u00e9putation de gens doctes. Tranquilles sur la sant\u00e9 des patients, ils travaillaient seulement \u00e0 acqu\u00e9rir les louanges des accoucheuses, des pr\u00eatres, et de tous ceux qui vivaient du produit des naissances ou des fun\u00e9railles. Attentifs \u00e0 m\u00e9nager la faveur du sexe babillard, ils \u00e9coutaient avec complaisance les vieilles recettes de la tante de Madame. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le gouvernement va \u00eatre content, Mandeville fait l&rsquo;\u00e9loge de tous les incomp\u00e9tents : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Entre le grand nombre des Pr\u00eatres de Jupiter, gag\u00e9s pour attirer sur la ruche la b\u00e9n\u00e9diction d&rsquo;en haut, il n&rsquo;y en avait que bien peu qui eussent de l&rsquo;\u00e9loquence et du savoir. La plupart \u00e9taient m\u00eame aussi emport\u00e9s qu&rsquo;ignorants. On d\u00e9couvrait leur paresse, leur incontinence, leur avarice et leur vanit\u00e9, malgr\u00e9 les soins qu&rsquo;ils prenaient pour d\u00e9rober aux yeux du public ces d\u00e9fauts. Ils \u00e9taient fripons comme des tailleurs, et intemp\u00e9rants comme des matelots. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le pentagone aussi va \u00eatre content, les soldats sont riches, ripoux et planqu\u00e9s :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les soldats qui avaient \u00e9t\u00e9 mis en fuite, \u00e9taient combl\u00e9s d&rsquo;Honneur, s&rsquo;ils avaient le bonheur d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;\u00e9p\u00e9e victorieuse, quoiqu&rsquo;il y en e&ucirc;t plusieurs qui fussent de vrais poltrons, qui n&rsquo;aimaient point le carnage. Si quelque vaillant g\u00e9n\u00e9ral mettait en d\u00e9route les ennemis, il se trouvait quelque personne qui, corrompue par des pr\u00e9sents, facilitait leur retraite. Il y avait des guerriers qui affrontant le danger, paraissaient toujours dans les endroits les plus expos\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La justice est \u00e0 l&rsquo;avenant (avertissement \u00e0 Castelnau !) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La justice m\u00eame, si renomm\u00e9e pour sa bonne foi quoiqu&rsquo;aveugle, n&rsquo;en \u00e9tait pas moins sensible au brillant \u00e9clat de l&rsquo;or. Corrompue par des pr\u00e9sents, elle avait souvent fait pencher la balance qu&rsquo;elle tenait dans sa main gauche. Impartiale en apparence, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;infliger des peines corporelles, de punir des meurtres et d&rsquo;autres grands crimes, elle avait m\u00eame souvent condamn\u00e9 au supplice des gens qui avaient continu\u00e9 leurs friponneries apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 punis du pilori. Cependant on croyait commun\u00e9ment que l&rsquo;\u00e9p\u00e9e qu&rsquo;elle portait ne frappait que les abeilles qui \u00e9taient pauvres et sans ressources ; et que m\u00eame cette d\u00e9esse faisait attacher \u00e0 l&rsquo;arbre maudit des gens qui, press\u00e9s par la fatale n\u00e9cessit\u00e9, avaient commis des crimes qui ne m\u00e9ritaient pas un pareil traitement. Par cette injuste s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, on cherchait \u00e0 mettre en s&ucirc;ret\u00e9 le grand et le riche. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout repose donc sur le vice (pensez \u00e0 Hogarth aussi, courageux chroniqueur graphique de cette d\u00e9bauche britannique) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les fourberies de l&rsquo;Etat conservaient le tout, quoique chaque citoyen s&rsquo;en plaign&icirc;t. L&rsquo;harmonie dans un concert r\u00e9sulte d&rsquo;une combinaison de sons qui sont directement oppos\u00e9s. Ainsi les membres de la soci\u00e9t\u00e9, en suivant des routes absolument contraires, s&rsquo;aidaient comme par d\u00e9pit. La temp\u00e9rance et la sobri\u00e9t\u00e9 des uns facilitait l&rsquo;ivrognerie et la gloutonnerie des autres. L&rsquo;avarice, cette funeste racine de tous les maux, ce vice d\u00e9natur\u00e9 et diabolique, \u00e9tait esclave du noble d\u00e9faut de la prodigalit\u00e9. Le luxe fastueux occupait des millions de pauvres. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le peuple est soi-disant heureux (m\u00eame les d\u00e9port\u00e9s ? M\u00eame les irlandais ? M\u00eame les esclaves blancs &ndash; lisez White cargo &#8211; ?), car c&rsquo;est le triomphe du chevalier d&rsquo;industrie. Rappel : notre meilleur chevalier d&rsquo;industrie est le chat bott\u00e9. S\u00e9duction, ruse, meurtre de l&rsquo;ogre, vol et appropriation, triche sur les titres, tout y passe pour s\u00e9duire la sotte princesse et son roi de p\u00e8re. Perrault c\u00e9l\u00e8bre &laquo; l&rsquo;industrie et le savoir-faire &raquo; dans sa morale&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mandeville :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Toujours inconstant, ce peuple changeait de lois comme de modes. Les r\u00e8glements qui avaient \u00e9t\u00e9 sagement \u00e9tablis \u00e9taient annul\u00e9s et on leur en substituait bient\u00f4t de tout oppos\u00e9s. Cependant en alt\u00e9rant ainsi leurs anciennes lois et en les corrigeant, ils pr\u00e9venaient des fautes qu&rsquo;aucune prudence n&rsquo;aurait pu pr\u00e9voir. C&rsquo;est ainsi que le vice produisant la ruse, et que la ruse se joignant \u00e0 l&rsquo;industrie, on vit peu \u00e0 peu la ruche abonder de toutes les commodit\u00e9s de la vie. Les plaisirs r\u00e9els, les douceurs de la vie, l&rsquo;aise et le repos \u00e9taient devenus des biens si communs que les pauvres m\u00eames vivaient plus agr\u00e9ablement alors que les riches ne le faisaient auparavant. On ne pouvait rien ajouter au bonheur de cette soci\u00e9t\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et puis le d\u00e9sastre arrive :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Un personnage qui avait amass\u00e9 d&rsquo;immenses richesses en trompant son Ma&icirc;tre, le Roi et le Pauvre, osait crier de toute sa force : Le pays ne peut manquer de p\u00e9rir pour toutes ses injustices. Et qui pensez-vous que fut ce rigide sermonneur ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 va tout d\u00e9truire, la transparence selon Gorbatchev :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;  Il dit : Au m\u00eame instant l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 s&#8217;empara de tous les c&oelig;urs. Semblable \u00e0 l&rsquo;arbre instructif, elle d\u00e9voila les yeux de chacun, elle leur fit apercevoir ces crimes qu&rsquo;on ne peut contempler sans honte. Ils se confessaient coupables par leurs discours et surtout par la rougeur qu&rsquo;excitait sur leurs visages l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 de leurs crimes. C&rsquo;est ainsi que les enfants qui veulent cacher leurs fautes, trahis par leur couleur, s&rsquo;imaginent que d\u00e8s qu&rsquo;on les regarde, on lit sur leur visage mal assur\u00e9 la mauvaise action qu&rsquo;ils ont faite. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pas d&rsquo;intervention morale ou administrative ! Car tout s&rsquo;\u00e9croule naturellement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le prix des fonds et des b\u00e2timents tomba. Les palais enchant\u00e9s dont les murs semblables \u00e0 ceux de Th\u00e8bes avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s par la musique, \u00e9taient d\u00e9serts. Les grands qui auraient mieux aim\u00e9 perdre la vie que de voir effacer les titres fastueux grav\u00e9s sur leurs superbes portiques, se moquaient aujourd&rsquo;hui de ces vaines inscriptions. L&rsquo;architecture, cet art merveilleux, fut enti\u00e8rement abandonn\u00e9. Les artisans ne trouvaient plus personne qui voulut les employer. Les peintres ne se rendaient plus c\u00e9l\u00e8bres par leur pinceau. Le sculpteur, le graveur, le ciseleur et le statuaire n&rsquo;\u00e9taient plus nomm\u00e9s dans la Ruche. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est m\u00eame la fin de l&rsquo;art :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; A mesure que la vanit\u00e9 et le luxe diminuaient, on voyait les anciens habitants quitter leur demeure. Ce n&rsquo;\u00e9tait plus ni les marchands, ni les compagnies qui faisaient tomber les manufactures, c&rsquo;\u00e9tait la simplicit\u00e9 et la mod\u00e9ration de toutes les abeilles. Tous les m\u00e9tiers et tous les arts \u00e9taient n\u00e9glig\u00e9s&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La ruche honn\u00eate p\u00e9riclite et cr\u00e8ve m\u00eame de son honn\u00eate candeur :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce triomphe leur co&ucirc;ta n\u00e9anmoins beaucoup. Plusieurs milliers de ces valeureuses abeilles p\u00e9rirent. Le reste de l&rsquo;essaim, qui s&rsquo;\u00e9tait endurci \u00e0 la fatigue et aux travaux, crut que l&rsquo;aise et le repos qui mettait si fort \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve leur temp\u00e9rance, \u00e9tait un vice. Voulant donc se garantir tout d&rsquo;un coup de toute rechute, toutes ces abeilles s&rsquo;envol\u00e8rent dans le sombre creux d&rsquo;un arbre o&ugrave; il ne leur reste de leur ancienne f\u00e9licit\u00e9 que le Contentement et l&rsquo;Honn\u00eatet\u00e9. &raquo; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Morale de tout cela :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quittez donc vos plaintes, mortels insens\u00e9s ! En vain vous cherchez \u00e0 associer la grandeur d&rsquo;une Nation avec la probit\u00e9. Il n&rsquo;y a que des fous qui puissent se flatter de jouir des agr\u00e9ments et des convenances de la terre, d&rsquo;\u00eatre renomm\u00e9s dans la guerre, de vivre bien \u00e0 son aise et d&rsquo;\u00eatre en m\u00eame temps vertueux. Abandonnez ces vaines chim\u00e8res. Il faut que la fraude, le luxe et la vanit\u00e9 subsistent, si nous voulons en retirer les doux fruits. La faim est sans doute une incommodit\u00e9 affreuse. Mais comment sans elle pourrait se faire la digestion d&rsquo;o&ugrave; d\u00e9pend notre nutrition et notre accroissement. Ne devons-nous pas le vin, cette excellente liqueur, \u00e0 une plante dont le bois est maigre, laid et tortueux ? Tandis que ses rejetons n\u00e9glig\u00e9s sont laiss\u00e9s sur la plante, ils s&rsquo;\u00e9touffent les uns les autres et deviennent des sarments inutiles. Mais si ces branches sont \u00e9tay\u00e9es et taill\u00e9es, bient\u00f4t devenus f\u00e9condes, elles nous font part du plus excellent des fruits. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le vice est d\u00e9miurge :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on trouve le vice avantageux, lorsque la justice l&rsquo;\u00e9monde, en \u00f4te l&rsquo;exc\u00e8s, et le lie. Que dis-je ! Le vice est aussi n\u00e9cessaire dans un Etat florissant que la faim est n\u00e9cessaire pour nous obliger \u00e0 manger. Il est impossible que la vertu seule rende jamais une Nation c\u00e9l\u00e8bre et glorieuse. Pour y faire revivre l&rsquo;heureux Si\u00e8cle d&rsquo;Or, il faut absolument outre l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 reprendre le gland qui servait de nourriture \u00e0 nos premiers p\u00e8res. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans tous les propos monstrueux il y une part de vrai &ndash; distordu. On reprend Robert-Dufour pour \u00e9tablir le lien avec notre monde anglo-saxon vicieux, in\u00e9galitaire et belliciste actuel :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aussi Mandeville n&rsquo;h\u00e9site-t-il pas \u00e0 dire que la guerre, le vol, la prostitution et la luxure, l&rsquo;alcool et les drogues, la recherche f\u00e9roce du gain, la pollution (pour employer un mot contemporain), le luxe, etc., contribuent en fait au bien commun. Tous ces vices s&rsquo;expriment, comme il le r\u00e9p\u00e8te dans une formule rituelle, &laquo; \u00e0 l&rsquo;avantage de la soci\u00e9t\u00e9 civile &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Robert-Dufour ajoute :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On comprend alors pourquoi le nom de Mandeville fut, \u00e0 son \u00e9poque, alt\u00e9r\u00e9 en Man Devil (&laquo; l&rsquo;homme du diable &raquo;) et pourquoi ses &oelig;uvres furent condamn\u00e9es en Angleterre, mises \u00e0 l&rsquo;index par l&rsquo;&Eacute;glise et br&ucirc;l\u00e9es par le bourreau sur la place publique en France. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui on br&ucirc;le et pille nos \u00e9glises. Quelle revanche !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Robert-Dufour de comparer notre situation oligarchique au r\u00eave de Man Devil :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette logique que suivent aujourd&rsquo;hui les grands groupes de l&rsquo;\u00e8re n\u00e9olib\u00e9rale : abus de position dominante, dumping et ventes forc\u00e9es, d\u00e9lits d&rsquo;initi\u00e9s et sp\u00e9culation, absorption et d\u00e9pe\u00e7age de concurrents, faux bilans, manipulations comptables, fraude et \u00e9vasion fiscales, d\u00e9tournements de cr\u00e9dits publics et march\u00e9s truqu\u00e9s, corruption et commissions occultes, enrichissement sans cause, surveillance et espionnage, chantage et d\u00e9lation, violation des r\u00e9glementations du travail, falsification des donn\u00e9es compromettant la sant\u00e9 publique, etc. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ajoutons que ces fous d\u00e9truisent nature et soci\u00e9t\u00e9 en occident et m\u00eame ailleurs&hellip; M\u00e2choire soci\u00e9tale et m\u00e2choire du capital rivalisent de f\u00e9rocit\u00e9 pour broyer ce qui reste et recracher le moignon de l&rsquo;ex-civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On reconstruira Notre-Dame (qui n&rsquo;a pas assez br&ucirc;l\u00e9) en faisant un geste moderne, disait l&rsquo;autre, pour satisfaire Mammon et les march\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Sources <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Bernard Mandeville &ndash; La Fable des abeilles<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Litt\u00e9rature et conspiration<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dany-Robert Dufour &ndash; l&rsquo;individu qui vient&hellip;Les prosp\u00e9rit\u00e9s du vive (<a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2017\/12\/DUFOUR\/58219\">Le Monde diplomatique<\/a>)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fable de Mandeville et le satanisme lib\u00e9ral Ce texte typique du dix-huiti\u00e8me antichr\u00e9tien, h\u00e9doniste et sataniste est l\u00e9gendaire et r\u00e9sume tout le monde moderne : la soci\u00e9t\u00e9 est un puits de vice et &laquo; si en toute place le vice s&rsquo;installe, le tout est un paradis v\u00e9ritable &raquo;. 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