{"id":79092,"date":"2020-02-04T13:09:52","date_gmt":"2020-02-04T13:09:52","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/02\/04\/le-grand-large\/"},"modified":"2020-02-04T13:09:52","modified_gmt":"2020-02-04T13:09:52","slug":"le-grand-large","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/02\/04\/le-grand-large\/","title":{"rendered":"Le Grand Large"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Le Grand Large<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Angleterre est entr\u00e9e dans les vastes horizons maritimes du <em>Brexit<\/em>. En effet, nombre, tr\u00e8s grand nombre de commentateurs qui salu\u00e8rent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de grimaces d\u00e9sol\u00e9es ou\/et sardoniques nous ont fait part du destin catastrophique qui attendait le sortant. L&rsquo;UE, quant \u00e0 elle, pr\u00e9pare  <a href=\"https:\/\/www.rt.com\/op-ed\/479980-eu-uk-brussels-barmy-plan\/\">des conditions inacceptables<\/a> pour les Britanniques, pour les n\u00e9gociations \u00e0 venir, comme si elle voulait r\u00e9int\u00e9grer ce pays mais bien entendu sans qu&rsquo;il ait le droit de vote. L&rsquo;EU est une d\u00e9mocratie vibrante  <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-majorite-globalisee-contre-la-democratie\">du type<\/a>  que le monde entier nous envie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais laissons de c\u00f4t\u00e9 les briganderies courantes de l&rsquo;UE qui n&rsquo;est capable de produire rien d&rsquo;autre et le volet int\u00e9rieur et \u00e9conomique de l&rsquo;avenir de UK, que traite le texte ci-dessous de Pierre L\u00e9vy, &ndash; les intentions britanniques \u00e0 cette lumi\u00e8re (\u00ab\u00a0la trahison du thatch\u00e9risme\u00a0\u00bb) expliquant d&rsquo;ailleurs en partie, du point de vue psychologique, la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;intention de l&rsquo;UE de r\u00e9cup\u00e9rer le fugueur pour le mettre en isolement dans une cellule hautement s\u00e9curis\u00e9. Le principal aspect du d\u00e9marrage de la p\u00e9riode du <em>post-Brexit<\/em>a \u00e9t\u00e9, du point de vue le plus g\u00e9n\u00e9ral possible de nos salons (toujours eux), le constat que UK, replong\u00e9 dans son absurde \u00ab\u00a0<em>splendid isolation<\/em>\u00ab\u00a0, allait en fait se jeter dans les bras des USA, tournant r\u00e9solument le dos \u00e0 l&rsquo;Europe, choisissant \u00ab\u00a0le Grand Large\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire les cousins d&rsquo;Am\u00e9rique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Le grand large\u00a0\u00bb est une expression venue d&rsquo;une anecdote elle-m\u00eame venue du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, syst\u00e9matiquement interpr\u00e9t\u00e9e depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle dans le sens parfaitement contraire de ce qu&rsquo;elle dit. (La <em>FakeNews <\/em>n&rsquo;a pas attendu nos \u00e9minences du jours pour baigner le conformisme de la culture-Syst\u00e8me des \u00e9lites-zombie.) Telle qu&rsquo;on nous la ressort aujourd&rsquo;hui dans les susdites \u00e9lites-zombie du Syst\u00e8me, elle rapporte ceci que Churchill, lors d&rsquo;une discussion avec de Gaulle, lui aurait dit que \u00ab\u00a0chaque fois qu&rsquo;il nous faudra [nous Anglais] choisir entre l&rsquo;Europe et le grand large [les &Eacute;tats-Unis], nous choisirons le grand large\u00a0\u00bb. Cette anecdote symbolisait donc la volont\u00e9 irr\u00e9sistible de UK de toujours se tourner vers les USA et constitue en g\u00e9n\u00e9ral, dans les conversations de salon et de plateaux TV, la preuve intangible de cette attitude.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;anecdote dit compl\u00e8tement le contraire comme le montre ce passage des <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>du g\u00e9n\u00e9ral&#8230; La sc\u00e8ne se passe dans le wagon d&rsquo;un train o&ugrave; le gouvernement britannique se tenait temporairement, le 4 juin 1944, tout proche des principaux ports d&#8217;embarquement des forces d&rsquo;invasion du continent ; et la sc\u00e8ne se tenant dans une pi\u00e8ce o&ugrave; se trouvent de Gaulle et Churchill certes, mais aussi les principaux membres du cabinet britannique (soulign\u00e9 en gras, les passages qui disent le contraire de ce qu&rsquo;on fait dire \u00e0 cette anecdotique) : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &mdash; <em>Et vous ! s&rsquo;\u00e9crie Churchill, comment voulez-vous que nous, Britanniques, prenions une position s\u00e9par\u00e9e de celles des &Eacute;tats-Unis ?\u00a0\u00bb Puis, avec une passion dont je sens qu&rsquo;elle est <strong>destin\u00e9e \u00e0 impressionner ses auditeurs anglais plut\u00f4t que moi-m\u00eame<\/strong> : \u00ab\u00a0Nous allons lib\u00e9rer l&rsquo;Europe, mais c&rsquo;est parce que les Am\u00e9ricains sont avec nous pour le faire. Car, sachez-le ! Chaque fois qu&rsquo;il nous faudra choisir entre l&rsquo;Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large. Chaque fois qu&rsquo;il me faudra choisir entre vous et Roosevelt, je choisirai toujours Roosevelt.\u00a0\u00bb Apr\u00e8s cette sortie, Eden, hochant la t\u00eate, <strong>ne me para&icirc;t gu\u00e8re convaincu<\/strong>. Quant \u00e0 Bevin, ministre travailliste du Travail <\/em>[et vice-Premier ministre du gouvernement d&rsquo;unit\u00e9 nationale]<em>, il vient \u00e0 moi et me d\u00e9clare assez haut pour que chacun l&rsquo;entende : \u00ab\u00a0Le Premier ministre vous a dit que, dans tous les cas, il prendrait le parti du pr\u00e9sident des &Eacute;tats-Unis. <strong>Sachez qu&rsquo;il a parl\u00e9 pour son compte et nullement au nom du cabinet britannique<\/strong><\/em>.<em>\u00a0\u00bb <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est vrai que les Britanniques avaient d\u00e9fini en 1944 une ligne politique qu&rsquo;une note interne du Foreign Office, cit\u00e9e par John Charmley dans <em>La Passion de Churchill<\/em>, d\u00e9finissait de la sorte : &laquo; <em>En tentant d&rsquo;exposer \u00ab\u00a0l&rsquo;essence d&rsquo;une politique am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb en 1944, un diplomate d\u00e9finit parfaitement cette attitude <\/em>[dans une note interne du Foreign Office]<em>. La politique traditionnelle du Royaume-Uni de chercher \u00e0 emp\u00eacher qu&rsquo;une puissance exer\u00e7\u00e2t une position dominante \u00e9tait \u00e9cart\u00e9e : \u00ab\u00a0Notre but ne doit pas \u00eatre de chercher \u00e0 \u00e9quilibrer notre puissance contre celle des &Eacute;tats-Unis, mais d&rsquo;utiliser la puissance am\u00e9ricaine pour des objectifs que nous consid\u00e9rons comme b\u00e9n\u00e9fiques\u00a0\u00bb. La politique britannique devrait \u00eatre d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9e comme un moyen d'\u00a0\u00bborienter cette \u00e9norme p\u00e9niche maladroite  <\/em>[les USA] <em>vers le port qui convient\u00a0\u00bb. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&#8217;emp\u00eache qu&rsquo;il subsista toujours deux courants au sein de l&rsquo;<em>establishment  <\/em>britannique, dont un \u00e9tait celui de la recherche d&rsquo;une alliance europ\u00e9enne, non pas au sein d&rsquo;une Europe unie (ce que Churchill notamment rejetait) mais en recherchant principalement un axe Londres-Paris appuy\u00e9 sur les deux pays souverains. Ce fut notamment le travail de  <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/duff-cooper-au-dela-de-loubli-1\">l&rsquo;ambassadeur Duff-Cooper<\/a>  (*) en 1944-1947, dont Churchill disait &laquo; <em>Duff est parfois plus fran\u00e7ais que les Fran\u00e7ais<\/em> &raquo; (Duff-Cooper r\u00e9pliquant que &laquo; <em>Churchill est parfois plus am\u00e9ricain que les Am\u00e9ricains<\/em> &raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En fait, si l&rsquo;on observe l&rsquo;histoire britannique de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, on trouve trois Premiers ministres qui jou\u00e8rent un jeu totalement pro-am\u00e9ricaniste : McMillan (1956-1964), qui trahit Eden dont il \u00e9tait le ministre des finances avant de le remplacer comme premier ministre,  au moment de l&rsquo;exp\u00e9dition de Suez en arrangeant secr\u00e8tement un accord avec les USA ; Margaret Thatcher (1979-1989) et Tony Blair surtout \u00e0 partir de l&rsquo;attaque 9\/11. Parmi des exemples de politiques divergentes des USA, on mentionnera que m\u00eame Churchill, lors de son retour au pouvoir (1949-1954), lan\u00e7a apr\u00e8s la mort de Staline une politique personnelle de rapprochement avec l&rsquo;URSS qui contredisait compl\u00e8tement  celle des USA. Eden suivit les Fran\u00e7ais dans l&rsquo;exp\u00e9dition de Suez, contre l&rsquo;avis des USA, et Wilson refusa dans les ann\u00e9es 1960 de c\u00e9der aux pressions US pour envoyer un contingent de forces militaires britanniques au Vietnam (ce qui conduisit la CIA \u00e0 explorer l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un Wilson agent de Moscou).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour ce qui concerne l&rsquo;Europe elle-m\u00eame, l&rsquo;Europe institutionnelle, l&rsquo;avertissement d&rsquo;un tournant  britannique vers \u00ab\u00a0le Grand Large\u00a0\u00bb avec le <em>Brexit<\/em>, est risible de la part d&rsquo;un organisme (l&rsquo;UE) totalement align\u00e9 sur les USA, avec un leader (l&rsquo;Allemagne)\u00e0 qui est, bien plus qu&rsquo;aucun autre pays europ\u00e9en (UK compris), une colonie am\u00e9ricaniste en Europe, occup\u00e9e par un contingent de 50 000 G.I. En fait, c&rsquo;est le Royaume-Uni au sein de l&rsquo;UE qui travailla clairement comme un agent des USA selon une orientation qui le satisfaisait (UK hostile \u00e0 une int\u00e9gration supranationale). Aujourd&rsquo;hui, UK ne peut plus tenir ce r\u00f4le et nous attendons avec int\u00e9r\u00eat la fa\u00e7on dont l&rsquo;UE, &ndash; Allemagne en t\u00eate applaudie par la Pologne, &ndash; affirmera son ind\u00e9pendance par rapport aux USA.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Par contre, nous croyons tr\u00e8s possible que les Britanniques, n&rsquo;ayant plus leur travail de termites \u00e0 faire au sein de l&rsquo;UE selon leurs int\u00e9r\u00eats et avec le soutien et les consignes US, retrouvent en politique ext\u00e9rieure des vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;ind\u00e9pendance. Apr\u00e8s tout, ils sont capables aujourd&rsquo;hui <a href=\"https:\/\/www.rt.com\/uk\/479377-huawei-britain-5g-networks-security\/\">de dire non aux USA<\/a>  qui leur demandent d&rsquo;abandonner le r\u00e9seau Huawei 5G, symboliquement trois jours avant le <em>Brexit<\/em>, alors qu&rsquo;on les dit en \u00e9tat de faiblesse mortelle et totalement sous la coupe des USA.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous ne serions pas autrement \u00e9tonn\u00e9s si les Britanniques, retrouvant leur politique europ\u00e9enne traditionnelle, craignent une alliance militaire franco-allemande et fassent des ouvertures avantageuses aux Fran\u00e7ais pour resserrer des liens militaires bilat\u00e9raux d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis. Cela ne pourrait que satisfaire le bon sens, en \u00e9vitant aux Fran\u00e7ais et \u00e0 ses strat\u00e8ges de salon et de plateaux TV, europ\u00e9istes fulgurants d&rsquo;intelligence et de germanol\u00e2trie, une de ces monstrueuses sottises telle que la mise en commun \u00ab\u00a0europ\u00e9enne\u00a0\u00bb de la force nucl\u00e9aire fran\u00e7aise. Les Allemands, qui sont en train de rafler tous les postes de direction de l&rsquo;UE sans le moindre \u00e9gard pour les autres pays et encore moins pour leurs \u00ab\u00a0partenaires\u00a0\u00bb fran\u00e7ais, <a href=\"https:\/\/francais.rt.com\/international\/71047-oser-plus-pour-europe-france-encouragee-partager-son-arsenal-nucleaire-avec-ue-otan\">le r\u00e9clament<\/a> avec insistance, &ndash; on comprend ais\u00e9ment pourquoi, non ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, on trouve le texte de Pierre L\u00e9vy, du magazine mensuel <em>Ruptures<\/em>, du  <a href=\"https:\/\/francais.rt.com\/opinions\/70929-brexit-et-la-trahison-du-thatcherisme\">31 janvier 2020<\/a>, publi\u00e9 sur RT-fran\u00e7aisen partenariat avec <em>Ruptures<\/em>. <\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Note<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>(*) Dans <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/duff-cooper-au-dela-de-loubli-1\">le texte r\u00e9f\u00e9renc\u00e9<\/a>, on trouve notamment ce passage :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo;<em> Les r\u00e9alit\u00e9s que rapporte Duff Cooper, pourtant peu suspect d&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;encontre des Am\u00e9ricains ne nous disent pas cela<\/em>[UK irr\u00e9sistiblement li\u00e9 aux USA, toujours tourn\u00e9e vers le &lsquo;grand large&rsquo; et fascin\u00e9e par lui\u00a0\u00bb]<em>. Lorsqu&rsquo;il explique l&rsquo;hostilit\u00e9 qu&rsquo;\u00e9prouvaient Roosevelt et parfois Churchill \u00e0 l&rsquo;encontre de De Gaulle parce que celui-ci r\u00e9affirmait sans arr\u00eat la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, <\/em>[Duff Cooper] <em>ne cesse de pr\u00e9ciser que ces opinions \u00e9taient peu courantes dans les cercles dirigeants britanniques, qu&rsquo;au contraire l&rsquo;opinion g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait favorable \u00e0 de Gaulle dans la mesure o&ugrave; il entendait restaurer la dignit\u00e9 et la puissance fran\u00e7aise, parce que ce statut restaur\u00e9 de la France \u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;Europe d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, o&ugrave; les deux pays devraient jouer un r\u00f4le majeur.<\/em>[&#8230;]<\/p>\n<p>&raquo;<em> &#8230;On trouvait les adversaires de l&rsquo;option europ\u00e9enne (fran\u00e7aise) dans les branches \u00ab\u00a0techniques\u00a0\u00bb du gouvernement (une partie de la bureaucratie militaire, les services de renseignement, les bureaucraties des minist\u00e8res du tr\u00e9sor et du commerce) et dans les cercles d&rsquo;influence pro-am\u00e9ricains autour de Churchill&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le <em>Brexit<\/em> et la trahison du thatch\u00e9risme<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Historique. Pour une fois, le terme n&rsquo;est pas galvaud\u00e9. Le 31 janvier au soir, le Royaume-Uni aura juridiquement quitt\u00e9 l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Avec la chute du mur de Berlin &ndash; mais dans un sens oppos\u00e9 &ndash; il s&rsquo;agit probablement du plus important \u00e9v\u00e9nement europ\u00e9en depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. D\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum, et malgr\u00e9 une suite incroyable d&#8217;emb&ucirc;ches, sa r\u00e9alisation ne faisait in fine aucun doute &ndash; c&rsquo;est ce que nous n&rsquo;avons cess\u00e9 d&rsquo;analyser dans ces colonnes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le d\u00e9pit a saisi tous ceux qui ont eu jusqu&rsquo;au bout l&rsquo;illusion de pouvoir faire d\u00e9railler le processus, moyennant gu\u00e9rilla parlementaire et pression bruxelloise. Quelques jours avant les \u00e9lections d\u00e9cisives du 12 d\u00e9cembre, qui tourn\u00e8rent au pl\u00e9biscite en faveur du Brexit, certains partisans de l&rsquo;UE affirmaient encore que, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;inscription r\u00e9cente et massive de jeunes sur les listes \u00e9lectorales, le choix du 23 juin 2016 allait pouvoir \u00eatre retoqu\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tr\u00e8s cruel paradoxe pour les partisans de l&rsquo;Europe : la guerre d&rsquo;usure que men\u00e8rent les d\u00e9put\u00e9s pro-UE \u00e0 Westminster a bloqu\u00e9 l&rsquo;accord sign\u00e9 en novembre 2018 entre Bruxelles et Theresa May, alors m\u00eame que cette derni\u00e8re avait accept\u00e9 d&rsquo;y graver concession sur concession. A l&rsquo;inverse, en affirmant que la Grande-Bretagne sortirait &laquo; quoi qu&rsquo;il arrive, avec ou sans accord &raquo;, son successeur a arrach\u00e9 un trait\u00e9 bien plus net et fait voter une application qui concr\u00e9tise un Brexit bien plus &laquo; dur &raquo;&hellip; Boris Johnson a en outre exclu que les n\u00e9gociations pour fixer le cadre des futures relations bilat\u00e9rales se traduisent par un &laquo; alignement &raquo; sur les r\u00e8gles des Vingt-sept.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le locataire de Downing street a indiqu\u00e9 dans la foul\u00e9e qu&rsquo;il ne se rendrait pas \u00e0 Davos &laquo; parce qu&rsquo;il y a plus urgent \u00e0 faire que d&rsquo;aller trinquer avec les milliardaires &raquo;. D\u00e9magogique ? Peut-\u00eatre. Mais doit-on \u00e9galement moquer ainsi un programme qui s&rsquo;engage \u00e0 r\u00e9investir massivement dans les services publics (notamment la sant\u00e9), les infrastructures (notamment ferroviaires), et \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer les priorit\u00e9s en faveur des r\u00e9gions les plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9es ? Le premier ministre vient m\u00eame de renflouer un transporteur a\u00e9rien dont la faillite aurait laiss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abandon nombre de liaisons r\u00e9gionales. Une d\u00e9cision contraire aux r\u00e8gles de l&rsquo;UE &ndash; mais aussi une &laquo; trahison du thatch\u00e9risme &raquo;, selon le quotidien conservateur The Telegraph.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Boris Johnson s&rsquo;est-il converti au bolchevisme ? C&rsquo;est peu probable. Mais au lieu de faire un bras d&rsquo;honneur aux classes populaires apr\u00e8s que celles-ci ont assur\u00e9 sa victoire, il projette sans doute de s&rsquo;ancrer \u00e0 long terme au sein de celles-ci, en profitant du foss\u00e9 qui s&rsquo;est creus\u00e9 entre les ouvriers et une &laquo; gauche &raquo; favorable \u00e0 l&rsquo;UE et \u00e0 l&rsquo;ouverture des fronti\u00e8res.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faudra juger sur pi\u00e8ces. Ce qui est certain, c&rsquo;est que le Brexit a et aura des cons\u00e9quences bien au-del\u00e0 du Royaume-Uni. Alors que durant des mois, l&rsquo;on nous a pr\u00e9sent\u00e9 la sortie de l&rsquo;UE comme une interminable torture sans autre perspective que le chaos, d\u00e9sormais, chaque jour qui passe sans que le pays ne sombre dans l&rsquo;ab&icirc;me va constituer un cinglant d\u00e9saveu de cette propagande.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le pr\u00e9sident de la Banque d&rsquo;Angleterre, le Canadien Mark Carney, avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des plus acharn\u00e9s proph\u00e8tes de l&rsquo;apocalypse d\u00e8s la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire de 2016. Bougon, il vient de conc\u00e9der discerner &laquo; la r\u00e9duction des incertitudes &raquo;, pour affirmer toutefois que le rebond \u00e9conomique &laquo; n&rsquo;est pas assur\u00e9 &raquo;. Ce qui d\u00e9note quand m\u00eame une petite \u00e9volution par rapport \u00e0 la catastrophe certaine&hellip; On note au passage que l&rsquo;homme vient de quitter ses fonctions pour remplacer le milliardaire am\u00e9ricain Michael Bloomberg comme repr\u00e9sentant de l&rsquo;ONU pour le climat &ndash; un autre poste o&ugrave; il brillera par l&rsquo;annonce des catastrophes bien connues&hellip; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Donc, on peut sortir de l&rsquo;UE sans br&ucirc;ler en enfer. Pour les dirigeants europ\u00e9ens, cela va devenir une bien f\u00e2cheuse \u00e9vidence. Taraud\u00e9s par cette angoisse, ils viennent de lancer un processus de &laquo; r\u00e9novation &raquo; de l&rsquo;UE cens\u00e9 durer deux ans et associant les &laquo; citoyens europ\u00e9ens &raquo; via un &laquo; grand d\u00e9bat &raquo; \u00e0 la Macron.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Grandiose !<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Pierre L\u00e9vy<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Grand Large L&rsquo;Angleterre est entr\u00e9e dans les vastes horizons maritimes du Brexit. En effet, nombre, tr\u00e8s grand nombre de commentateurs qui salu\u00e8rent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de grimaces d\u00e9sol\u00e9es ou\/et sardoniques nous ont fait part du destin catastrophique qui attendait le sortant. L&rsquo;UE, quant \u00e0 elle, pr\u00e9pare des conditions inacceptables pour les Britanniques, pour les n\u00e9gociations \u00e0&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[12496,707,2631,19675,2824,2685,2866,3771,3004,3022,3345,3344,2609],"class_list":["post-79092","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-brexit","tag-churchill","tag-de","tag-duff-cooper","tag-europeen","tag-gaulle","tag-johnson","tag-levy","tag-nucleaire","tag-pierre","tag-relationships","tag-special","tag-ue"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79092","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79092"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79092\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79092"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79092"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79092"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}