{"id":79103,"date":"2020-02-12T10:04:55","date_gmt":"2020-02-12T10:04:55","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/02\/12\/lamandier-sauvage\/"},"modified":"2020-02-12T10:04:55","modified_gmt":"2020-02-12T10:04:55","slug":"lamandier-sauvage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/02\/12\/lamandier-sauvage\/","title":{"rendered":"L&rsquo;amandier sauvage"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;amandier sauvage<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>A Malbosc c&rsquo;est la premi\u00e8re accolade du printemps. Les fleurs rose p\u00e2le de l&rsquo;amandier sauvage donnent au vent l&rsquo;intelligence de leur parfum. La couleur ajoute saveur \u00e0 l&rsquo;air, appuie son c\u00f4t\u00e9 brise douce, son c\u00f4t\u00e9 &quot;<em>fait pour l&rsquo;homme<\/em>&quot;. On est loin de la bourrasque, de l&rsquo;ouragan, encore plus de la tornade qui \u00e9voque la violence des forces d&rsquo;avant nous, d&rsquo;avant les hommes, celles que les Grecs attribuaient aux Titans en leur pr\u00eatant \u00e0 la fois la noblesse admirable du tellurique et du cosmique, l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 de tout ce qui, pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;homme, porte pour nous le nom si ambigu de Nature. H\u00e9rit\u00e9 du <em>natura <\/em>latin sens\u00e9 traduire le &phi;&sigma;&iota;&sigmaf;, <em>physis <\/em>grec, elle ne correspondait nullement \u00e0 ce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui nous appelons la mati\u00e8re physique, les objets du monde sensible, solides, palpables, mesurables, pos\u00e9s dans leur s\u00e9jour terrestre et devant lesquels au fond les Grecs, comme nous, \u00e9taient interdits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce n&rsquo;est pas sans raison que je m&rsquo;entiche de l&rsquo;amandier sauvage au moment m\u00eame o&ugrave; \u00e9closent celles qui en font sa beaut\u00e9 : les fleurs. Les fleurs ne sont que le moment d&rsquo;autre chose d&rsquo;<em>avant <\/em>et de ce quelque chose qui viendra <em>apr\u00e8s<\/em>, et c&rsquo;est en se pla\u00e7ant dans ce processus qui interroge nos \u00e2mes que nous pensons. Nous pensons \u00e0 la fleur en tant qu&rsquo;elle est \u00e9close de ce qui avant n&rsquo;\u00e9tait pas elle mais allait le devenir sans que nous connaissions le chemin qui allait y mener. De m\u00eame, nous ne connaissons pas le chemin qui nous en \u00e9loignera et qui fera d&rsquo;elle la chute du <em>un \u00e0 un <\/em>de ses p\u00e9tales. C&rsquo;est alors la prairie qui prendra la rel\u00e8ve en accueillant ce qui va lui \u00eatre un tapis de splendeur. L&rsquo;amandier au printemps est un moment de l&rsquo;\u00eatre, du &epsilon;&nu;&alpha;&iota;, enai des Grecs, mot magique dont le sens ne peut que se m\u00ealer \u00e0 celui de &lambda;&gamma;&omicron;&sigmaf;, contemplation non devant ce qui est, mais devant ce qui passe de toute \u00e9ternit\u00e9 et qui, dans le passage bref de la manifestation, nous offre l&rsquo;interrogation fondamentale sur ce &quot;qui est, qui fut et qui sera&quot;, qu&rsquo;H\u00e9raclite propose dans sa formule : <em>Ph&uacute;sis kr&uacute;ptesthai phile, <\/em>&Phi;&sigma;&iota;&sigmaf; &kappa;&rho;&pi;&tau;&epsilon;&sigma;&theta;&alpha;&iota; &phi;&iota;&lambda;&epsilon;, &laquo; La nature aime \u00e0 se cacher &raquo; et j&rsquo;ajoute, ce qui est la ruse de la ruse, qui aime \u00e0 se cacher en se montrant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors, \u00e9videmment, il ne sera pas difficile d&rsquo;\u00e9tendre le concept \u00e0 l&rsquo;amour qui est pr\u00e9cis\u00e9ment lui aussi <em>ce qui aime \u00e0 se cacher en se montrant<\/em>. Et j&rsquo;ajoute qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 de toutes les formes de l&rsquo;amour, aussi bien la physique que la non physique, puisque, l\u00e0 encore, je suis bien oblig\u00e9 de revenir \u00e0 ce qui fait notre dispute d&rsquo;homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, le &quot;physique&quot;, qui n&rsquo;est pas la &phi;&sigma;&iota;&sigmaf; mais un de ses moments. Aimer quelqu&rsquo;un c&rsquo;est apparaitre \u00e0 lui et dispara&icirc;tre \u00e0 nouveau en lui laissant subodorer l&rsquo;artifice de la prochaine apparition. C&rsquo;est au moment tragique o&ugrave; l&rsquo;apparition de l&rsquo;\u00eatre ne peut plus ruser avec la physis moderne, r\u00e9tr\u00e9cie au physique, que surgit la promesse, souvent trahie, des amants. Si je me r\u00e9v\u00e8le \u00e0 toi dans ce qui n&rsquo;est plus que le physique de ma &phi;&sigma;&iota;&sigmaf; alors, tu ne m&rsquo;en tiendras pas rigueur m\u00eame si tu fais semblant de l&rsquo;aimer plus que l&rsquo;autre, dit la femme \u00e0 l&rsquo;homme. L&rsquo;homme \u00e0 cela, ne sais que r\u00e9pondre car il est tout autant embarrass\u00e9 de savoir que son physique n&rsquo;est pas sa &phi;&sigma;&iota;&sigmaf;. Et pourtant, c&rsquo;est l\u00e0 que surgit une autre forme de l&rsquo;amour qui est l&rsquo;amour reconnu comme corporel tout comme le Dieu a lui aussi choisi d&rsquo;\u00eatre corporel, de laisser appara&icirc;tre son physique dans le monde en esp\u00e9rant de tout son c&oelig;ur de Dieu que les hommes ne seraient pas tout \u00e0 fait dupes. Ils l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 mais cela ne pouvait pas \u00eatre autrement. R\u00e9v\u00e9ler l&rsquo;\u00eatre aux hommes, la <em>Chair<\/em>dont ils sont faits \u00e9tait de la m\u00eame nature que de les amener \u00e0 ne plus seulement se r\u00e9jouir des fleurs de l&rsquo;amandier mais de leur passage. Nous sommes des passants avec pour tout v\u00eatement, toute couverture, chacun, une ceinture non de fleurs mais de feuilles de figuier. A l&rsquo;appel de Dieu, nous f&ucirc;mes oblig\u00e9s de nous cacher. &quot;<em>Qui vous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que vous \u00e9tiez nus&quot;<\/em>? dit-il dans Gen\u00e8se III, 11, que vous \u00e9tiez devenus l&rsquo;&Ecirc;tre dans sa manifestation physique? J\u00e9sus fut passant. Tandis que les amants se querellent car il leur est bien difficile de se sentir avant la fleur et apr\u00e8s elle, quand eux-m\u00eames, devenus tapis de p\u00e9tales de leur propre vie, ils la foulent. C&rsquo;est pourquoi Jean au chapitre XIII-18 affirme &quot;<em>Celui qui mange mon pain me foule aux pieds<\/em>&quot;. C&rsquo;est le myst\u00e8re qui suit celui de l&rsquo;amandier sauvage et de l&rsquo;amour.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Marc G\u00e9belin<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;amandier sauvage A Malbosc c&rsquo;est la premi\u00e8re accolade du printemps. Les fleurs rose p\u00e2le de l&rsquo;amandier sauvage donnent au vent l&rsquo;intelligence de leur parfum. La couleur ajoute saveur \u00e0 l&rsquo;air, appuie son c\u00f4t\u00e9 brise douce, son c\u00f4t\u00e9 &quot;fait pour l&rsquo;homme&quot;. On est loin de la bourrasque, de l&rsquo;ouragan, encore plus de la tornade qui \u00e9voque&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[18510,11880,19683,3178],"class_list":["post-79103","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-amour","tag-gebelin","tag-parabole","tag-printemps"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79103","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79103"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79103\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}