{"id":79417,"date":"2020-09-08T15:16:34","date_gmt":"2020-09-08T15:16:34","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/09\/08\/sur-un-air-de-milices\/"},"modified":"2020-09-08T15:16:34","modified_gmt":"2020-09-08T15:16:34","slug":"sur-un-air-de-milices","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/09\/08\/sur-un-air-de-milices\/","title":{"rendered":"Sur un air de milices"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Sur un air de milices<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>On d\u00e9bat beaucoup des violences en France, essentiellement sur les mots pr\u00e9cis choisis pour d\u00e9signer des situations que certains ne voudraient pas trop pr\u00e9ciser ; le mot \u00ab\u00a0ensauvagement\u00a0\u00bb, par exemple, agite et oppose deux ministre &lsquo;r\u00e9galiens&rsquo;, comme l&rsquo;on sait, sans n\u00e9cessairement r\u00e9duire la dimension et la gravit\u00e9 de la cause de l&#8217;emploi de ce mot. Car la France est \u00e0 l&rsquo;heure de la mont\u00e9e des violences, \u00e0 tr\u00e8s grande vitesse, comme vont aujourd&rsquo;hui les \u00e9v\u00e9nements. A la fin, est-on encore en paix ? Cette question se pose avec insistance et angoisse, d&rsquo;autant qu&rsquo;elle d\u00e9termine des attitudes fondamentales.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour l&rsquo;universitaire et auteur suisse &Eacute;ric Werner, la question est tranch\u00e9e : c&rsquo;est la guerre. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus la guerre que la fronti\u00e8re est devenue tr\u00e8s floue entre guerre et paix dans notre \u00e9trange \u00e9poque o&ugrave; tout doit \u00eatre red\u00e9fini, et que, dans cette incertitude et par les temps qui courent si vite, le pire est toujours probable. Dans l&rsquo;interview de Werner reproduite ci-dessous, il y a effectivement ces pr\u00e9cisions qui tranchent le d\u00e9bat :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>C&rsquo;est tr\u00e8s flou<\/em> [entre est-ce la guerre ou est-ce la paix ?]<em>. Mais il faut aller plus loin encore. C&rsquo;est la question m\u00eame de savoir si l&rsquo;on est en paix ou en guerre qui appara&icirc;t aujourd&rsquo;hui d\u00e9pass\u00e9e. Elle l&rsquo;est pour une raison simple, c&rsquo;est que tout, aujourd&rsquo;hui, est guerre. La guerre est devenue \u00ab\u00a0hors limites\u00a0\u00bb (pour reprendre le titre du livre de Qiao Liang et Wang Xiangsui). Il n&rsquo;y a plus d\u00e8s lors \u00e0 se demander si l&rsquo;on est en paix ou en guerre. Car a priori l&rsquo;on est en guerre. C&rsquo;est le cas en particulier au plan interne<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dipl\u00f4m\u00e9 de l&rsquo;Institut d&rsquo;\u00e9tudes politiques de Paris et enseignant de philosophie politique \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, r\u00e9dacteur \u00e0 L&rsquo;Antipresse, Werner il a publi\u00e9 <em>L\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;autod\u00e9fense : Quand peut-on prendre les armes ?<\/em> aux \u00e9ditions Xenia. On comprend alors combien les questions qu&rsquo;on peut lui poser \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements en cours en France ont leur orientation toute trac\u00e9e. Le site <em>La Cocarde &Eacute;tudiante<\/em>, qui a r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;interview de Werner, \u00e9galement repris par <em>&Eacute;l\u00e9ments<\/em>, dont Werner est un collaborateur r\u00e9gulier, note pour introduire cette rencontre de questions-r\u00e9ponses :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 Orange m\u00e9canique que la France a v\u00e9cu a mis au centre du d\u00e9bat politique le concept d&rsquo; \u00ab\u00a0ensauvagement\u00a0\u00bb, repris jusqu&rsquo;au sommet de l&rsquo;&Eacute;tat par le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur. Pour rem\u00e9dier \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne, l&rsquo;appel \u00e0 un renforcement de l&rsquo;&Eacute;tat et \u00e0 un tour de vis r\u00e9galien est la solution la plus largement partag\u00e9e, du moins celle qui para&icirc;t aller de soi. Or, \u00e0 Palavas-les-Flots, \u00e0 Bordeaux, ou encore \u00e0 Nantes, des citoyens, d\u00e9sabus\u00e9s de la d\u00e9gradation de leur environnement quotidien, se sont constitu\u00e9s en collectifs pour prendre en charge eux-m\u00eames leur s\u00e9curit\u00e9. Une m\u00eame unanimit\u00e9 condamne cette voie vers l'\u00a0\u00bbautod\u00e9fense\u00a0\u00bb, consid\u00e9r\u00e9e comme le d\u00e9but de la fin d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9. Mais faut-il \u00eatre si inquiet ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On notera que si la France est prioritairement cit\u00e9e, les USA constituent \u00e9galement un cas en pointe, encore plus qu&rsquo;en France dans la mesure o&ugrave; des milices sont d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9es, et le pays bien avanc\u00e9 sur la voie de la dissolution et\/ou de la guerre civile. D&rsquo;autre part, effectivement l&rsquo;on assiste aujourd&rsquo;hui \u00e0 des conflits de type asym\u00e9trique ou hybride (en Syrie, par exemple), extr\u00eamement complexes \u00e0 d\u00e9finir, o&ugrave; des unit\u00e9s du type-milice, plus ou moins r\u00e9guli\u00e8res, jouent un r\u00f4le tr\u00e8s important en r\u00e9percutant sur le champ des armes les extr\u00eames complexit\u00e9s ethniques, politiques et religieuses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans tous les cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;une question plut\u00f4t &lsquo;technique&rsquo; qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9battue dans nos contr\u00e9s, notamment dans les ann\u00e9es 1970, lorsqu&rsquo;il appara&icirc;t que les perspectives de conflits n\u00e9cessitent des actions \u00ab\u00a0citoyennes\u00a0\u00bb de types non-conventionnels. Dans cette p\u00e9riode des ann\u00e9es 1970, devant la sup\u00e9riorit\u00e9 conventionnelle du Pacte de Varsovie telle qu&rsquo;elle \u00e9tait per\u00e7ue et affirm\u00e9e par l&rsquo;OTAN, un important mouvement de r\u00e9flexion (en France avec le g\u00e9n\u00e9ral Copel, en Allemagne, aux Pays-Bas) envisagea des types d&rsquo;organisation de la sorte qu&rsquo;on envisage ici. La \u00ab\u00a0mod\u00e8le suisse\u00a0\u00bb du soldat-citoyen constitua notamment un point de r\u00e9f\u00e9rence (cela explique que des Suisses, comme Werner, soit particuli\u00e8rement vers\u00e9s dans cette sorte de r\u00e9flexion). La situation de la \u00ab\u00a0menace\u00a0\u00bb est aujourd&rsquo;hui tr\u00e8s diff\u00e9rente ce celle du Pacte de Varsovie, mais l&rsquo;aspect technique renvoie aux m\u00eames r\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au reste, la v\u00e9ritable diff\u00e9rence avec les ann\u00e9es 1970 comme avec la Suisse, encore plus que dans la \u00ab\u00a0menace\u00a0\u00bb, se trouve dans le r\u00f4le de l&rsquo;&Eacute;tat. Dans ce cas et au contraire des cas pr\u00e9c\u00e9dents, l&rsquo;&Eacute;tat n&rsquo;est pas l&rsquo;organisateur ou l&rsquo;interrogateur, il est un \u00ab\u00a0ennemi\u00a0\u00bb, presque autant et m\u00eame peut-\u00eatre plus que la \u00ab\u00a0menace\u00a0\u00bb dont il ne sait plus, ni ne veut finalement, prot\u00e9ger le citoyen. Werner est extr\u00eamement tranchant sur ce point et c&rsquo;est un aspect extr\u00eamement remarquable de son discours, de sa pens\u00e9e et de ses conceptions puisqu&rsquo;il va jusqu&rsquo;\u00e0 se demander si l&rsquo;&Eacute;tat n&rsquo;est pas favorable \u00e0 une guerre civile alors qu&rsquo;il pensait il y a 20 ans (en 1999, dans son livre <em>L&rsquo;avant-guerre civile<\/em>) que l&rsquo;&Eacute;tat voulait s&rsquo;arr\u00eater au bord de la guerre civile :  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>L&rsquo;&Eacute;tat ne semble pas prendre la mesure de la gravit\u00e9 de la situation, dites-vous. Il en a au contraire tout a fait pris la mesure, puisqu&rsquo;il est lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;origine de cet \u00e9tat de choses, ne serait-ce qu&rsquo;en l&rsquo;ayant laiss\u00e9 se d\u00e9velopper comme il l&rsquo;a fait. Mais on pourrait aussi le soup\u00e7onner de l&rsquo;avoir lui-m\u00eame mis en place<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;&#8230; <em>On pourrait aussi dire que l&rsquo;&Eacute;tat est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;ennemi prioritaire. Ce n&rsquo;est bien entendu pas le seul ennemi : il y en quantit\u00e9 d&rsquo;autres. Mais c&rsquo;est l&rsquo;ennemi prioritaire. Si on ne l&rsquo;\u00e9carte pas en priorit\u00e9, on n&rsquo;\u00e9cartera pas non plus les autres, ne serait-ce que parce qu&rsquo;il est leur alli\u00e9 et les prot\u00e8ge<\/em>.<em> En tout cas, il n&rsquo;a rien fait pour en emp\u00eacher ou seulement m\u00eame freiner la mise en place (par un meilleur contr\u00f4le des fronti\u00e8res, par exemple, ou encore en veillant \u00e0 ce que les voyous et les criminels se voient appliquer les peines pr\u00e9vues par la loi : ce qui, on le sait, n&rsquo;est jamais le cas). Sauf qu&rsquo;il ne le qualifierait pas, quant \u00e0 lui, de \u00ab\u00a0grave\u00a0\u00bb. Comme il lui est \u00e0 tous \u00e9gards hautement profitable, au moins le pense-t-il (c&rsquo;est pour cette raison m\u00eame qu&rsquo;il l&rsquo;a laiss\u00e9e se mettre en place), il le qualifierait plut\u00f4t de r\u00e9jouissant<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Cette position est absolument remarquable et tend \u00e0 se rapprocher de celle des libertariens aux USA. Werner \u00e9carte l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on puisse voir en lui un anarchiste ; il ne donne pas de raison ni d&rsquo;argument pour expliquer l&rsquo;attitude de l&rsquo;&Eacute;tat, sinon qu&rsquo;il ne respecte plus le pacte social : &laquo; <em>L&rsquo;&Eacute;tat n&rsquo;est pas a priori mon ami. Il ne l&rsquo;est que s&rsquo;il se conduit en conformit\u00e9 avec le pacte social, qui lui fait obligation de prot\u00e9ger le citoyen. Autrement non, il ne l&rsquo;est pas. Il l&rsquo;est encore moins quand il m&rsquo;agresse, comme c&rsquo;est de plus en plus le cas aujourd&rsquo;hui. Il est alors mon ennemi, et que cela lui plaise ou non je prends toutes les mesures que j&rsquo;estime utiles et n\u00e9cessaires pour me prot\u00e9ger contre lui<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous n&rsquo;avons pas lu le livre de Werner et ignorons donc 1) s&rsquo;il explique pourquoi il per\u00e7oit l&rsquo;&Eacute;tat comme son ennemi, et 2) s&rsquo;il l&rsquo;explique quelle est le cause qu&rsquo;il propose. Mais peu importe, car seule importe ici l&rsquo;attitude tranchante, absolument d\u00e9cisive de ce commentateur s\u00e9rieux et sp\u00e9cialiste de la question : \u00ab\u00a0Oui, l&rsquo;&Eacute;tat est notre ennemi\u00a0\u00bb. L&rsquo;on constatera par ailleurs, au vu des \u00e9v\u00e9nements, de leur rapidit\u00e9, des positions des autorit\u00e9s, du sentiment populaire \u00e7\u00e0 l&rsquo;encontre de ses autorit\u00e9s (et l&rsquo;on pourrait inclure \u00e9videmment les \u00e9litesSyst\u00e8me au service du PC), que la th\u00e8se selon laquelle, &ndash; peu importe la raison, &ndash; l&rsquo;&Eacute;tat est notre ennemi, sinon notre \u00ab\u00a0ennemi principal\u00a0\u00bb est largement recevable. Dans ce cas, d&rsquo;ailleurs mais certainement d&rsquo;un point de vue tr\u00e8s int\u00e9ressant, la r\u00e9flexion rejoint celle qui \u00e9voque les hypoth\u00e8ses de forces ext\u00e9rieures aux seules man&oelig;uvres humaines, et exer\u00e7ant une influence maligne catastrophique sur notre civilisation, nos soci\u00e9t\u00e9s, etc. On a l&rsquo;&Eacute;tat qu&rsquo;on m\u00e9rite : celui de l&rsquo;\u00e9tat des lieux, de l&rsquo;\u00e9tat des esprits et de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;ouragan catastrophique qui affecte cette fin de cycle civilisationnel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, \u00e9coutons et lisons attentivement &Eacute;ric Werner, dans cette interview du 6 septembre 2020 de <em><a href=\"https:\/\/cocardeetudiante.com\/articles\/vers-lautodefense-entretien-avec-eric-werner\/?fbclid=IwAR1yxln1UjJCLLq4-O3IoR5uiE7Pmz6qyft69GeWWlJlSYzbjkc7XVErAGs\">CocardeEtudiante.com<\/a><\/em>, reprise par <em><a href=\"https:\/\/www.revue-elements.com\/vers-lautodefense-entretien-avec-eric-werner\/\">&Eacute;l\u00e9ments<\/a><\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Vers l&rsquo;autod\u00e9fense?<\/h2>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Entretien avec Eric Werner<\/h3>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>La Cocarde &Eacute;tudiante <\/em><\/strong>: <em>Dans votre ouvrage, vous analysez l&rsquo;effacement, dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales, de la fronti\u00e8re entre la guerre et la paix, et le m\u00e9lange des deux \u00e9tats. L&rsquo;actualit\u00e9 fran\u00e7aise est marqu\u00e9e par une succession dramatique d&rsquo;agressions et d&rsquo;homicides ultra-violents, aux motifs d\u00e9risoires et dont les auteurs sont quasi-syst\u00e9matiquement \u00e9trangers, &laquo; migrants &raquo; ou d&rsquo;origine \u00e9trang\u00e8re. Le concept d&rsquo; &laquo; ensauvagement &raquo; vous semble-t-il op\u00e9rant pour analyser et comprendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&Eacute;ric Werner<\/strong> : Effectivement, la fronti\u00e8re entre la guerre et la paix tend \u00e0 s&rsquo;effacer, ce qui fait qu&rsquo;on ne sait plus trop aujourd&rsquo;hui par o&ugrave; elle passe. C&rsquo;est tr\u00e8s flou. Mais il faut aller plus loin encore. C&rsquo;est la question m\u00eame de savoir si l&rsquo;on est en paix ou en guerre qui appara&icirc;t aujourd&rsquo;hui d\u00e9pass\u00e9e. Elle l&rsquo;est pour une raison simple, c&rsquo;est que tout, aujourd&rsquo;hui, est guerre. La guerre est devenue &laquo; hors limites &raquo; (pour reprendre le titre du livre de Qiao Liang et Wang Xiangsui). Il n&rsquo;y a plus d\u00e8s lors \u00e0 se demander si l&rsquo;on est en paix ou en guerre. Car a priori l&rsquo;on est en guerre. C&rsquo;est le cas en particulier au plan interne. Il y a diff\u00e9rentes mani\u00e8res de qualifier l&rsquo;\u00e9tat de choses actuel en France, mais on pourrait se demander si la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la paix civile est bien encore la plus appropri\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Entrons un peu maintenant dans les d\u00e9tails. Vous parlez d&rsquo;&laquo; agressions et d&rsquo;homicides ultra-violents, aux motifs d\u00e9risoires &raquo;. Plus ils sont d\u00e9risoires, plus \u00e9videmment on est amen\u00e9 \u00e0 se demander si la v\u00e9ritable motivation ne serait pas d&rsquo;ordre politique. Sauf que cette motivation ne s&rsquo;affiche pas toujours ouvertement. On peut en revanche se r\u00e9f\u00e9rer au contexte : djihad, indig\u00e9nisme, surench\u00e8res post- ou d\u00e9coloniales, iconoclasme, culture Woke, etc. Rappelons \u00e9galement la formule de Clausewitz : la guerre, poursuite de la politique par d&rsquo;autres moyens. La criminalit\u00e9 en elle-m\u00eame n&rsquo;est pas la guerre. Elle ne le devient que lorsqu&rsquo;elle devient un moyen de la politique. Mais alors, elle le devient tr\u00e8s clairement. On pourrait se demander si ce n&rsquo;est pas aujourd&rsquo;hui le cas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Autre point \u00e0 consid\u00e9rer : on est en pr\u00e9sence d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9volutif. Pour l&rsquo;instant encore, les agressions et les meurtres dont vous parlez (auxquels il faudrait ajouter les viols collectifs, les profanations d&rsquo;\u00e9glises et de cimeti\u00e8res, d&rsquo;innombrables actes de vandalisme, probablement aussi un certain nombre d&rsquo;incendies, etc.) rel\u00e8vent de la micro-criminalit\u00e9 (ou encore d&rsquo;une criminalit\u00e9 &laquo; mol\u00e9culaire &raquo;). Autrement dit, ils restent dispers\u00e9s dans le temps et dans l&rsquo;espace, ne constituent donc pas encore un ensemble d&rsquo;un seul tenant. Mais il est tout \u00e0 fait concevable qu&rsquo;ils le deviennent un jour, ne serait-ce qu&rsquo;au travers de la contagion mim\u00e9tique. Vous-m\u00eame le relevez d&rsquo;ailleurs, ils tendent aujourd&rsquo;hui \u00e0 se multiplier. C&rsquo;est le cas en particulier dans les centres-villes, jusqu&rsquo;ici relativement \u00e9pargn\u00e9s. Relevons au passage l&rsquo;inexistence, ou quasi-inexistence, de la r\u00e9ponse polici\u00e8re, avec pour cons\u00e9quence le d\u00e9veloppement d&rsquo;un  sentiment d&rsquo;impunit\u00e9 poussant les voyous et les criminels \u00e0 se montrer toujours plus agressifs et entreprenants. Bref, on a de bonnes raisons de penser qu&rsquo;\u00e0 un moment donn\u00e9, une &laquo; coagulation &raquo;, se fera,  la micro-criminalit\u00e9 en question se transmuant alors en \u00e9meute (\u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un quartier, d&rsquo;abord, puis d&rsquo;une ville). L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement n&rsquo;est pas compl\u00e8tement in\u00e9dit. Rappelons pour m\u00e9moire les \u00e9meutes raciales de 2005 en r\u00e9gion parisienne (avec des d\u00e9bordements jusqu&rsquo;au c&oelig;ur de la capitale). C&rsquo;est une deuxi\u00e8me \u00e9tape de l&rsquo;\u00e9volution. Mais il peut y en avoir encore une troisi\u00e8me. Du niveau de l&rsquo;\u00e9meute on peut ensuite passer \u00e0 celui de l&rsquo;insurrection. L&rsquo;\u00e9meute s&rsquo;\u00e9tend d\u00e8s lors \u00e0 l&rsquo;ensemble du territoire. C&rsquo;est ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9, par exemple, en 1789. Rien ne dit que le processus actuel ira jusqu&rsquo;\u00e0 son terme, mais on ne saurait a priori en exclure la possibilit\u00e9. Tout d\u00e9pend de ce que d\u00e9cideront ou non de faire les victimes potentielles : se d\u00e9fendront-elles ou non ? En 1789, elles s&rsquo;attendaient si peu \u00e0 ce qui leur arriva qu&rsquo;elles n&rsquo;eurent pas le temps seulement de se poser la question. Et donc ne se d\u00e9fendirent pas. C&rsquo;est bien montr\u00e9 par Taine dans &lsquo;Les Origines de la France contemporaine&rsquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je r\u00e9ponds par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 votre question sur l&rsquo;ensauvagement. Cette terminologie est \u00e9videmment inad\u00e9quate. Les voyous et les criminels qui agressant aujourd&rsquo;hui les personnes dans la rue et souvent les tuent, ne le font pas parce qu&rsquo;ils seraient soi-disant retourn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage. Ils font la guerre, c&rsquo;est tout. La guerre, que je sache, ne s&rsquo;est jamais signal\u00e9e par son caract\u00e8re particuli\u00e8rement humain ou civilis\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>La Cocarde &Eacute;tudiante <\/em><\/strong>: <em>L&rsquo;&Eacute;tat ne semble pas prendre la mesure de la gravit\u00e9 de la situation, ne serait-ce que dans le choix des mots de ses responsables (&laquo; incivilit\u00e9s &raquo;) ou dans l&rsquo;absence de traitement des causes profondes de cette ultra-violence et de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 permanente. Peut-on dire qu&rsquo;en France, le pacte social entre l&rsquo;&Eacute;tat et ses citoyens est rompu ?<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&Eacute;ric Werner<\/strong> : L&rsquo;&Eacute;tat ne semble pas prendre la mesure de la gravit\u00e9 de la situation, dites-vous. Il en a au contraire tout a fait pris la mesure, puisqu&rsquo;il est lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;origine de cet \u00e9tat de choses, ne serait-ce qu&rsquo;en l&rsquo;ayant laiss\u00e9 se d\u00e9velopper comme il l&rsquo;a fait. Mais on pourrait aussi le soup\u00e7onner de l&rsquo;avoir lui-m\u00eame mis en place. En tout cas, il n&rsquo;a rien fait pour en emp\u00eacher ou seulement m\u00eame freiner la mise en place (par un meilleur contr\u00f4le des fronti\u00e8res, par exemple, ou encore en veillant \u00e0 ce que les voyous et les criminels se voient appliquer les peines pr\u00e9vues par la loi : ce qui, on le sait, n&rsquo;est jamais le cas). Sauf qu&rsquo;il ne le qualifierait pas, quant \u00e0 lui, de &laquo; grave &raquo;. Comme il lui est \u00e0 tous \u00e9gards hautement profitable, au moins le pense-t-il (c&rsquo;est pour cette raison m\u00eame qu&rsquo;il l&rsquo;a laiss\u00e9e se mettre en place), il le qualifierait plut\u00f4t de r\u00e9jouissant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En revanche une question se pose : dans quelle mesure entend-t-il aller plus loin encore dans cette direction ? Dans mon &lsquo;Avant-guerre civile&rsquo;, je d\u00e9fendais l&rsquo;id\u00e9e suivant laquelle les dirigeants \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 aller jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame limite s\u00e9parant l&rsquo;avant-guerre civile de la guerre civile ! Ils ne voulaient pas basculer dans la guerre civile. C&rsquo;est une th\u00e8se qu&rsquo;on pouvait encore d\u00e9fendre en 1999 (date de la publication de la premi\u00e8re \u00e9dition de l&rsquo;ouvrage), peut-\u00eatre encore en 2015 (date de la deuxi\u00e8me \u00e9dition). J&rsquo;h\u00e9siterais peut-\u00eatre \u00e0 le faire en 2020. On a parfois le sentiment que les dirigeants actuels seraient d\u00e9sormais pr\u00eats \u00e0 franchir la ligne de d\u00e9marcation. Ce th\u00e8me est d\u00e9velopp\u00e9 avec brio par Laurent Obertone dans son roman d&rsquo;anticipation,  &lsquo;Gu\u00e9rilla&rsquo;. Obertone d\u00e9crit une guerre civile hypoth\u00e9tique, avec en arri\u00e8re-plan l&rsquo;&Eacute;tat qui tire les ficelles, et en fin de compte empoche la mise. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une &oelig;uvre de fiction, mais le d\u00e9cryptage qu&rsquo;elle sugg\u00e8re de la strat\u00e9gie actuelle de l&rsquo;&Eacute;tat, plus exactement encore des personnels qui, tout au sommet de l&rsquo;&Eacute;tat (ou dans ses profondeurs, comme on voudra), prennent les d\u00e9cisions dans un certain nombre de domaines retient l&rsquo;attention. &ndash; Quant au pacte social entre l&rsquo;&Eacute;tat et ses citoyens, il n&rsquo;y a, bien entendu, plus de pacte depuis longtemps, puisque depuis longtemps \u00e9galement l&rsquo;&Eacute;tat ne prot\u00e8ge plus ses citoyens. Mais ce n&rsquo;est pas seulement le cas en France : c&rsquo;est le cas \u00e9galement  en nombre d&rsquo;autres pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>La Cocarde &Eacute;tudiante <\/em><\/strong>: <em>Avec la vague d&rsquo;attaques djihadistes que la France a subie depuis 2015, souvent conduites de mani\u00e8re tout \u00e0 fait &laquo; artisanale &raquo; (attaques au couteau), l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une reprise en main de sa d\u00e9fense par le citoyen lui-m\u00eame a gagn\u00e9 du terrain dans les esprits. Le citoyen, ou un regroupement de citoyens, est-il l&rsquo;\u00e9chelon le plus efficace aujourd&rsquo;hui pour assurer la protection du peuple fran\u00e7ais ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&Eacute;ric Werner<\/strong> : Le plus efficace, je ne sais pas. De toutes les mani\u00e8res, il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;autre. A partir du moment o&ugrave; l&rsquo;&Eacute;tat n&rsquo;assure plus la protection du citoyen, ce dernier r\u00e9cup\u00e8re <em>ipso facto<\/em> son droit naturel \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9fense. Il n&rsquo;y a pas de d\u00e9cision particuli\u00e8re \u00e0 prendre \u00e0 ce sujet, cela se fait automatiquement. Soit l&rsquo;&Eacute;tat ne semble pas prendre la mesure de la gravit\u00e9 de la situation, dites-vous. Il en a au contraire tout a fait pris la mesure, puisqu&rsquo;il est lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;origine de cet \u00e9tat de choses, ne serait-ce qu&rsquo;en l&rsquo;ayant laiss\u00e9 se d\u00e9velopper comme il l&rsquo;a fait. Mais on pourrait aussi le soup\u00e7onner de l&rsquo;avoir lui-m\u00eame mis en place. fait ce qu&rsquo;il lui revient de faire (c&rsquo;est le pacte social qui le lui impose), et donc prot\u00e8ge le citoyen, soit il ne le fait pas, en quel cas le citoyen r\u00e9cup\u00e8re son droit \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9fense. Maintenant, il peut aussi ne pas l&rsquo;utiliser. Mais ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;il ne l&rsquo;utilise pas qu&rsquo;il ne l&rsquo;a pas r\u00e9cup\u00e9r\u00e9. La question que vous posez doit donc \u00eatre reformul\u00e9e. On peut ne pas vouloir se d\u00e9fendre, c&rsquo;est tout \u00e0 fait possible. Mais qu&rsquo;est-il pr\u00e9f\u00e9rable : se d\u00e9fendre ou ne pas se d\u00e9fendre ? Personnellement je r\u00e9ponds : se d\u00e9fendre, et cela pour au moins deux raisons : 1) L&rsquo;agresseur pr\u00e9f\u00e9rerait le contraire, que je ne me d\u00e9fende pas. Je ferai donc ce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas envie que je fasse : je me d\u00e9fendrai. 2) L&rsquo;exp\u00e9rience historique montre qu&rsquo;on a bien davantage de chances de rester entier et vivant en se d\u00e9fendant qu&rsquo;en ne se d\u00e9fendant pas. On le voit en particulier durant les p\u00e9riodes de r\u00e9volution et de guerre civile. Les gens qui ne se d\u00e9fendent pas sont \u00e0 peu pr\u00e8s s&ucirc;rs de mourir. Ceux, en revanche, qui se d\u00e9fendent ont une petite chance au moins de s&rsquo;en tirer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s, il y a mani\u00e8re et mani\u00e8re de se d\u00e9fendre. On d\u00e9cide en fonction de chaque situation. Dans mon livre sur l&rsquo;autod\u00e9fense, j&rsquo;insiste en particulier sur le fait qu&rsquo;en choisissant de se d\u00e9fendre plut\u00f4t que de ne pas le faire, on ne se confronte pas seulement \u00e0 l&rsquo;agresseur mais \u00e0 l&rsquo;&Eacute;tat ne semble pas prendre la mesure de la gravit\u00e9 de la situation, dites-vous. Il en a au contraire tout a fait pris la mesure, puisqu&rsquo;il est lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;origine de cet \u00e9tat de choses, ne serait-ce qu&rsquo;en l&rsquo;ayant laiss\u00e9 se d\u00e9velopper comme il l&rsquo;a fait. Mais on pourrait aussi le soup\u00e7onner de l&rsquo;avoir lui-m\u00eame mis en place., qui directement ou non prot\u00e8ge l&rsquo;agresseur. Th\u00e9oriquement l&rsquo;&Eacute;tat reconna&icirc;t le droit \u00e0 la l\u00e9gitime d\u00e9fense, mais cette reconnaissance, justement, n&rsquo;est que th\u00e9orique : en fait, il ne le reconna&icirc;t pas. Il ne laisse m\u00eame rien passer dans ce domaine. Il faut donc faire tr\u00e8s attention \u00e0 ce qu&rsquo;on fait (et dit). Je n&rsquo;affirme pas qu&rsquo;il ne faut rien faire. Mais il faut \u00eatre prudent, discret, plut\u00f4t en retrait (je pense en particulier ici \u00e0 l&rsquo;Internet). Le probl\u00e8me a souvent \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 dans le cin\u00e9ma am\u00e9ricain. Je pense en particulier au film de Peter Hyams, &lsquo;La nuit des juges&rsquo;, sorti dans les ann\u00e9es 80.  &ndash; Un mot enfin sur la &laquo; protection du peuple fran\u00e7ais &raquo;. Je crois que si vous r\u00e9ussissez \u00e0 vous prot\u00e9ger vous-m\u00eames (vous-m\u00eame en tant qu&rsquo;individu, \u00e9ventuellement groupe d&rsquo;individus), c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 beaucoup.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>La Cocarde &Eacute;tudiante <\/em><\/strong>: <em>La notion de citoyen-soldat, ou l&rsquo;id\u00e9e de confier \u00e0 l&rsquo;individu les moyens de sa d\u00e9fense, restent n\u00e9anmoins particuli\u00e8rement mal per\u00e7ues en Europe, tr\u00e8s vite associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;image de &laquo; milices &raquo; sans foi ni loi ou conduisant n\u00e9cessairement \u00e0 des &laquo; carnages &raquo; de tireurs fous \u00e0 la sauce \u00e9tats-unienne. Comment expliquez-vous cette diabolisation de l&rsquo;autod\u00e9fense et du port d&rsquo;arme ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&Eacute;ric Werner<\/strong> : Qu&rsquo;y a-t-il l\u00e0 de si surprenant ? Vous attendriez-vous peut-\u00eatre \u00e0 ce que l&rsquo;&Eacute;tat et les m\u00e9dias \u00e0 sa solde les enjolivent ou en fassent l&rsquo;apologie ? Si l&rsquo;&Eacute;tat leur \u00e9tait favorable, cela se saurait. Il leur est en r\u00e9alit\u00e9 totalement hostile. C&rsquo;est peut-\u00eatre m\u00eame la chose du monde \u00e0 laquelle il est le plus hostile. Cela \u00e9tant, puisque vous \u00e9voquez les &Eacute;tats-Unis, il faut aussi rappeler que la situation en la mati\u00e8re est profond\u00e9ment diff\u00e9rente des deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique. Aux &Eacute;tats-Unis le droit de porter des armes est consid\u00e9r\u00e9 comme un droit fondamental (2<sup>\u00e8me<\/sup> amendement de la constitution), en certains &Eacute;tats, m\u00eame, comme un devoir. Les citoyens ont le devoir d&rsquo;\u00eatre arm\u00e9s et de se d\u00e9fendre quand ils sont attaqu\u00e9s. C&rsquo;est l&rsquo;inverse exactement en Europe. On vous recommande avec la plus grande fermet\u00e9 de ne pas vous d\u00e9fendre. C&rsquo;est un tr\u00e8s lourd handicap pour les Europ\u00e9ens. Les Europ\u00e9ens partent de beaucoup plus bas dans ce domaine que les Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>La Cocarde &Eacute;tudiante <\/em><\/strong>: <em>Sous les effets conjugu\u00e9s de la mondialisation lib\u00e9rale, de la perte de souverainet\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;instances supranationales, et de l&rsquo;immigration massive, la cit\u00e9 &laquo; France &raquo; est de plus en plus une chim\u00e8re, et le beau mot de &laquo; citoyen &raquo; a \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de son sens. Vous expliquez dans votre essai que la sentence &laquo; je r\u00e9plique donc je suis &raquo; peut redonner \u00e0 la citoyennet\u00e9 et \u00e0 la loi (&lsquo;nomos&rsquo;) leurs lettres de noblesse, comment ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&Eacute;ric Werner<\/strong> : D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la guerre civile a pour effet de redistribuer les cartes, de remettre les compteurs \u00e0  z\u00e9ro. Elle offre ainsi l&rsquo;occasion d&rsquo;une refondation. C&rsquo;est ce qu&rsquo;explique Giorgio Agamben dans son essai sur la &lsquo;stasis&rsquo;, autrement dit la guerre civile (&lsquo;La guerre civile : Pour une th\u00e9orie politique de la stasis&rsquo;, Editions Points, 2015). La &lsquo;stasis&rsquo;, \u00e9crit-il, &laquo; est un paradigme politique coessentiel \u00e0 la cit\u00e9 &raquo;. On est dans un cycle mort-r\u00e9surrection. La cit\u00e9 meurt avec la &lsquo;stasis&rsquo;, mais la &lsquo;stasis&rsquo; est en m\u00eame temps ce qui la fait rena&icirc;tre de ses cendres. Elle rena&icirc;t \u00e9videmment autre. Ce n&rsquo;est plus la m\u00eame cit\u00e9 qu&rsquo;auparavant. Mais rena&icirc;t. Concr\u00e8tement, on sort de l&rsquo;\u00e9tat de nature pour en revenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat civil. Un nouveau pacte social est conclu entre de nouveaux citoyens (en l&rsquo;esp\u00e8ce, citoyens-soldats). On pourrait aussi se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Machiavel. Dans &lsquo;Un air de guerre&rsquo; (Xenia, 2016), j&rsquo;explique que, pour Machiavel, c&rsquo;est la guerre elle-m\u00eame qui rend apte \u00e0 la guerre. On n&rsquo;a donc pas besoin d&rsquo;\u00eatre apte \u00e0 la guerre pour la faire. La guerre elle-m\u00eame nous y \u00e9duque. Or l&rsquo;aptitude \u00e0 la guerre n&rsquo;est pas sans lien avec un certain nombre de vertus proprement civiques: courage, empathie, d\u00e9vouement au bien commun, etc. Il est vrai qu&rsquo;au point de d\u00e9part, il y a une d\u00e9cision personnelle : se d\u00e9fendre et donc r\u00e9pliquer, plut\u00f4t que rester passif et ne pas r\u00e9pliquer. Le choix de se d\u00e9fendre pr\u00e9c\u00e8de la guerre qui rend apte \u00e0 la guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>La Cocarde &Eacute;tudiante <\/em><\/strong>: <em>Diriez-vous qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Etat, tel qu&rsquo;il est et agit, repr\u00e9sente le principal obstacle \u00e0 la bonne vie et la protection du citoyen ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&Eacute;ric Werner<\/strong> : On peut le dire comme \u00e7a. On pourrait aussi dire que l&rsquo;&Eacute;tat est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;ennemi prioritaire. Ce n&rsquo;est bien entendu pas le seul ennemi : il y en quantit\u00e9 d&rsquo;autres. Mais c&rsquo;est l&rsquo;ennemi prioritaire. Si on ne l&rsquo;\u00e9carte pas en priorit\u00e9, on n&rsquo;\u00e9cartera pas non plus les autres, ne serait-ce que parce qu&rsquo;il est leur alli\u00e9 et les prot\u00e8ge. Ce n&rsquo;est pas \u00eatre anarchiste que de le dire. Personnellement je ne suis pas anarchiste. Je reconnais tout \u00e0 fait l&rsquo;utilit\u00e9 de l&rsquo;&Eacute;tat, et \u00e0 certains \u00e9gards, m\u00eame, sa n\u00e9cessit\u00e9. On a tout \u00e0 fait besoin de lui, par exemple, pour r\u00e9sister \u00e0 une invasion \u00e9trang\u00e8re. Mais je ne suis pas non plus un inconditionnel de l&rsquo;Etat. L&rsquo;&Eacute;tat n&rsquo;est pas a priori mon ami. Il ne l&rsquo;est que s&rsquo;il se conduit en conformit\u00e9 avec le pacte social, qui lui fait obligation de prot\u00e9ger le citoyen. Autrement non, il ne l&rsquo;est pas. Il l&rsquo;est encore moins quand il m&rsquo;agresse, comme c&rsquo;est de plus en plus le cas aujourd&rsquo;hui. Il est alors mon ennemi, et que cela lui plaise ou non je prends toutes les mesures que j&rsquo;estime utiles et n\u00e9cessaires pour me prot\u00e9ger contre lui.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur un air de milices On d\u00e9bat beaucoup des violences en France, essentiellement sur les mots pr\u00e9cis choisis pour d\u00e9signer des situations que certains ne voudraient pas trop pr\u00e9ciser ; le mot \u00ab\u00a0ensauvagement\u00a0\u00bb, par exemple, agite et oppose deux ministre &lsquo;r\u00e9galiens&rsquo;, comme l&rsquo;on sait, sans n\u00e9cessairement r\u00e9duire la dimension et la gravit\u00e9 de la cause&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[20193,2662,20163,9465,2687,20194,6220,20195,15379],"class_list":["post-79417","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-auto-defense","tag-en","tag-ensauvagement","tag-eric","tag-france","tag-soldat-citoyen","tag-suisse","tag-villences","tag-werner"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79417","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79417"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79417\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79417"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79417"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79417"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}