{"id":79418,"date":"2020-09-09T07:59:44","date_gmt":"2020-09-09T07:59:44","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/09\/09\/racines-tranchees-arrachees-dispersees\/"},"modified":"2020-09-09T07:59:44","modified_gmt":"2020-09-09T07:59:44","slug":"racines-tranchees-arrachees-dispersees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/09\/09\/racines-tranchees-arrachees-dispersees\/","title":{"rendered":"Racines tranch\u00e9es, arrach\u00e9es, dispers\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Racines tranch\u00e9es, arrach\u00e9es, dispers\u00e9es<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>9 septembre 2020 &ndash; Arr\u00eatons-nous un peu, voulez-vous ? J&rsquo;ai l&rsquo;\u00e2ge de proposer une de ces lubies du grand \u00e2ge, d&rsquo;autant que je tra&icirc;ne le poids de sept vies. Je suis un de ces migrants dont nul ne sait la cause, ni l&rsquo;infinie souffrance : un migrant qui est aussi un d\u00e9racin\u00e9 dont les racines ont \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9es comme la guillotine abr\u00e8ge les choses, ou bien arrach\u00e9es je ne sais, mais je suis s&ucirc;r que cela est sans espoir de retour car leurs d\u00e9pouilles sont dispers\u00e9es \u00e0 jamais. La v\u00e9rit\u00e9 est que, dans mon cas o&ugrave; l&rsquo;histoire a statu\u00e9 et ordonn\u00e9, je ne suis pas un migrant car je suis un errant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai appris \u00e0 ne pas geindre de cette condition et je n&rsquo;ai que m\u00e9pris pour cette \u00e9poque notamment dite-&lsquo;victimaire&rsquo;, d&rsquo;inversion et de d\u00e9testation de soi, de culpabilisation, de prostitution de souffrances qui vous ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es en legs, que vous n&rsquo;avez pas subies mais que vous faites fructifier comme un bon placement en bourse. J&rsquo;admire le z\u00e8le friqu\u00e9 de tous ces humano\u00efdes de l&rsquo;humanisme, qui affirment leur m\u00e9pris vis-\u00e0-vis du capitalisme tout en en profitant grandement, qui transforment en un beau portefeuille d&rsquo;actions boursi\u00e8res leur vertu r\u00e9volutionnaire, humaniste, voire &lsquo;racis\u00e9e&rsquo; pour qui hume de loin comme ils font avec leur nez fin, <em>La couleur de l&rsquo;argent<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je suis un migrant sans pass\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 errer, sans <em>narrative <\/em>du moindre int\u00e9r\u00eat pour les associations subventionn\u00e9e et les plateaux des <em>talk-shows<\/em>. Mes racines ont \u00e9t\u00e9 sectionn\u00e9es net par l&rsquo;histoire, ce qui m&rsquo;a pouss\u00e9 \u00e0 me r\u00e9fugier un peu plus haut, question d&rsquo;air pur, dans l&rsquo;Histoire (la m\u00e9taHistoire). Ce sont des mots et des choix qu&rsquo;on ne comprend plus ni n&rsquo;entend pas plus d&rsquo;ailleurs, &ndash; je parle de cet aujourd&rsquo;hui, &ndash; parce que le bruit qui domine est celui des geignements agressifs de leur effondrement. Sachez bien qu&rsquo;\u00e0 propos de cet effondrement, j&rsquo;\u00e9prouve une triste satisfaction, une ironique lassitude et un m\u00e9pris indiff\u00e9rent et fatigu\u00e9. Voyez-vous, ce qui me fait encore vivre, c&rsquo;est la vivacit\u00e9 des souffrances de ces racines s\u00e9par\u00e9es et qui ne cessent de saigner de leur mort pourtant accomplie ; ce qui me fait encore vivre, c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils ont tu\u00e9 en moi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Mais j&rsquo;ai des accointances avec l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 et l&rsquo;&Eacute;ternit\u00e9, moi. On le sait depuis un certain temps, <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-la-nostalgie-infinie\">presque une \u00e9ternit\u00e9<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Peut-\u00eatre tout ce discours, c&rsquo;est parler par \u00e9nigmes pour beaucoup. Dans ce cas des possibilit\u00e9s, et pour mieux \u00e9clairer mon propos mais aussi rappeler ce qui tient encore vivace la blessure mortelle de mon \u00e2me po\u00e9tique, je vais reprendre un texte qui m&rsquo;est rest\u00e9 chaud au c&oelig;ur, du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/chronique-du-19-courant-une-passion-en-hiver\">19 janvier 2013<\/a>, de la s\u00e9rie aujourd&rsquo;hui abandonn\u00e9e des <em>Chroniques du 19 courant<\/em>. Je la reprends in extenso ci-apr\u00e8s ; ceux qui ne veulent pas lire, trop longue la lecture pour ces temps qui vont vite, n&rsquo;ont qu&rsquo;\u00e0 passer outre ou s&rsquo;en aller&#8230; <em>Une Passion en Hiver<\/em>, ainsi est le titre et il est vrai que j&rsquo;ai song\u00e9 en le composant \u00e0 celui du livre de Blondin : <em>Un singe en hiver<\/em>, apr\u00e8s tout c&rsquo;est le m\u00eame destin car l&rsquo;hiver est une saison qui ne finit jamais, comme la mort elle-m\u00eame<em>&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">&laquo; Chronique du 19 courant&hellip; Une Passion en hiver<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; 19 janvier 2013&hellip; Il y a un peu plus d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, ce devait \u00eatre en 2002, me vint le projet grandiose d&rsquo;\u00e9crire des m\u00e9moires. J&rsquo;\u00e9tais inconnu, en g\u00e9n\u00e9ral auteur prolifique et compl\u00e8tement impubli\u00e9 ou tout comme, accumulant les in\u00e9dits que la post\u00e9rit\u00e9 elle-m\u00eame ratera, sans fonction ou position qui impliqu\u00e2t une vie officielle qui vous permet de fabriquer des souvenirs historiques, sans rien de son temps, etc. Alors, des m\u00e9moires ! Et encore, que dire de cette ambition lorsqu&rsquo;elle vous vient \u00e0 la lecture des <em>M\u00e9moires d&rsquo;Outre-Tombe<\/em>, dont je trouvais la forme m\u00eame, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des vertus gigantesques qu&rsquo;on conna&icirc;t de cette &oelig;uvre, pleine de vivacit\u00e9, d&rsquo;audace et de feu&hellip; Mais qu&rsquo;importe ; le secret d&rsquo;une ambition, c&rsquo;est de ne pas s&rsquo;attacher, ni \u00e0 la r\u00e9putation, ni aux normes des choses faites, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre une proposition faite de soi-m\u00eame \u00e0 soi-m\u00eame, sans enjeu ext\u00e9rieur, sans mesure de la rumeur publique, &ndash; en fait, sans ambition d\u00e9plac\u00e9e, dans le sens grossier du terme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Eh bien, je tins parole, du moins pour l&rsquo;entame de la chose, qui est la chose impubli\u00e9e&#8230; J&rsquo;ai \u00e9crit consid\u00e9rablement dans ce cadre des m\u00e9moires, j&rsquo;ai <strong>trouv\u00e9<\/strong> \u00e0 dire beaucoup. (On en retrouve quelques traces, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-m_moires_du_dehors_un_s_minaire_en_1985_avec_volkoff_et_montand_05_11_2005.html\">ici<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-memoires_du_dehors_la_crise_de_suez_vue_d_alger_06_11_2006.html\">l\u00e0<\/a>, dans les <em>Archives PhG<\/em>)&hellip; Mais j&rsquo;arr\u00eate l\u00e0, ou plut\u00f4t je m&rsquo;arr\u00eate au titre qui est finalement le c&oelig;ur du propos dans son introduction : <em>M\u00e9moires du dehors<\/em>. Ce titre a une explication, qui est des plus simples, qui est qu&rsquo;elle est \u00e9crite par un Fran\u00e7ais \u00ab\u00a0du dehors\u00a0\u00bb, qui a pour son pays des sentiments singuliers et peut-\u00eatre m\u00eame certains d&rsquo;une force consid\u00e9rable et dans tous les sens, mais qui est n\u00e9 hors de lui, qui a pass\u00e9 l&rsquo;essentiel de son existence hors de lui&hellip; Les <em>M\u00e9moires du dehors<\/em> commencent par le d\u00e9but, qui est celui de mon enfance et de mon adolescence, qui se pass\u00e8rent au Sud, dans l&rsquo;Alg\u00e9rie de la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; (Il me br&ucirc;le depuis longtemps de dire quelques mots, quelques lignes, quelques pages sur l&rsquo;Alg\u00e9rie. Les occasions ne manquent pas sur ce site o&ugrave; je ne m&rsquo;interdis rien, ni des m\u00e9ditations, ni des r\u00e9flexions. Mais le sujet est d&rsquo;un poids qui me br&ucirc;le, \u00e0 la confluence des sentiments du pass\u00e9, de la nostalgie d&rsquo;\u00eatre, de l&rsquo;histoire violente comme berceau de l&rsquo;existence, de la p\u00e9rennit\u00e9 qu&rsquo;il importe de montrer sur le long terme. Le vrai est que, dans cette chronique m\u00eame, j&rsquo;avais pr\u00e9par\u00e9 le deuxi\u00e8me texte sur ce sujet, avec ce titre : <em>Le Sud<\/em>&hellip; Depuis, chaque mois je le repousse d&rsquo;un mois. Il faudra bien que je m&rsquo;y arr\u00eate enfin, quand le temps sera venu.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; \u00ab\u00a0Rentr\u00e9\u00a0\u00bb en France en 1962, moi qui n&rsquo;en \u00e9tais jamais \u00ab\u00a0parti\u00a0\u00bb puisque je n&rsquo;en avait jamais \u00e9t\u00e9, j&rsquo;en \u00ab\u00a0repartis\u00a0\u00bb \u00e0 nouveau, apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de Paris ; \u00ab\u00a0parti\u00a0\u00bb sans intention r\u00e9elle, sans mesurer la signification de la chose, dans les hasards d&rsquo;une fin de jeunesse qui cherche sa voie. Le berceau de ma vie n&rsquo;existait plus, ma famille \u00e9tait \u00e9clat\u00e9e, alors \u00ab\u00a0partir\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un acquiescement \u00e0 un vent portant qui s&rsquo;offrait \u00e0 un carrefour d&rsquo;une existence o&ugrave; il importait d&rsquo;agir, &ndash; sans plus. Je ne savais qu&rsquo;une chose, que je n&rsquo;avais qu&rsquo;une religion, qu&rsquo;une seule passion depuis ma lointaine enfance, qui se nommait <strong>\u00e9crire<\/strong>, et tout le reste sans gu\u00e8re d&rsquo;importance ; et le vent en question m&rsquo;offrait cette opportunit\u00e9 qui \u00e9tait de faire ma place dans un journal ; il n&rsquo;y avait rien qui vaille que je lui r\u00e9sistasse. A cette \u00e9poque, il me semble, la France m&rsquo;\u00e9tait assez indiff\u00e9rente, apr\u00e8s que je l&rsquo;eusse v\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la fascination qu&rsquo;elle exer\u00e7ait sur moi dans ma tendre jeunesse, puis d\u00e9test\u00e9e dans les tourments de la fin de l&rsquo;Alg\u00e9rie de la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; En \u00ab\u00a0partant\u00a0\u00bb \u00e0 nouveau, en 1967, j&rsquo;avais incub\u00e9 toutes les maladies de la jeunesse. (Certaines sont d\u00e9licieuses et d&rsquo;autres d\u00e9testables, dans ces maladie, mais elles participent toutes de ce socle d&rsquo;exp\u00e9riences primaires et premi\u00e8res \u00e0 la fois, \u00e0 partir duquel on doit entreprendre de se construire et se former un esprit qui soit le sien, qui conduira l&rsquo;attitude qu&rsquo;il faut tenir face au destin.) C&rsquo;est alors que j&rsquo;entrai silencieusement et presque froidement dirais-je paradoxalement, en \u00e9tat de passion pour la France. A la fois pr\u00e8s et loin d&rsquo;elle, avec beaucoup \u00e0 lui reprocher, avec des arguments sans fin, jamais content, toujours critique, mais au-dessus de cela un sentiment puissant fait de raison et d&rsquo;intuition, d&rsquo;affection intellectuelle, surtout d&rsquo;une sorte d&rsquo;\u00e9trange <strong>spiritualit\u00e9 charnelle<\/strong> qui m&rsquo;enveloppait d\u00e9cisivement et semblait \u00eatre le sang de ma pens\u00e9e. Ma passion \u00e9tait n\u00e9e. Elle constituerait d\u00e9sormais une des r\u00e9f\u00e9rences essentielles de ma perception du monde, de son histoire qui m&rsquo;\u00e9blouit, de son myst\u00e8re qui est l&rsquo;objet de toutes mes interrogations. La France avait pour moi cette sorte de magie puissante, de force intellectuelle qui permettent justement de balancer une passion, avec cet aspect charnel qui tient presque au corps, et l&rsquo;aspect spirituel qui ouvre \u00e0 l&rsquo;intelligence les voies de l&rsquo;intuition et la force de la conviction. Je ne dis pas que la France \u00e9tait tout pour moi, car rien de ce qui n&rsquo;est qu&rsquo;une partie du tout ne peut jamais pr\u00e9tendre \u00eatre tout dans cette exploration du Myst\u00e8re du monde que doit \u00eatre une vie ; mais une r\u00e9f\u00e9rence certes, une certitude puissante, une affection \u00e9mouvante, une estime malgr\u00e9 tant d&rsquo;avatars et de blessures, une mati\u00e8re solide \u00e9lev\u00e9e par l&rsquo;esprit sur laquelle on s&rsquo;appuie en toute confiance dans les orages les plus terribles et face aux \u00e9nigmes les plus ferm\u00e9es, une partie essentielle de mon identit\u00e9 et de ce qui fait que je suis ce que je suis. On n&rsquo;imagine pas l&rsquo;extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 de la chose, cette passion tranquille, pour soi-m\u00eame, lorsqu&rsquo;on est, comme moi, comme je l&rsquo;ai expliqu\u00e9 plus haut, \u00ab\u00a0du dehors\u00a0\u00bb, et que cet \u00ab\u00a0en-dehors\u00a0\u00bb a la puissance comptable, avec l&rsquo;esprit \u00e0 mesure (5 ans de ma vie pass\u00e9e en France, sur une vie de 68 ans) : vous \u00eates \u00ab\u00a0du dehors\u00a0\u00bb certes, mais vous r\u00e9ussissez \u00e0 n&rsquo;\u00eatre pas en exil gr\u00e2ce \u00e0 cette r\u00e9f\u00e9rence et votre esprit triomphe r\u00e9guli\u00e8rement de cette absence que vous imposent les vicissitudes de l&rsquo;existence, et en ressort plus fort, accoutum\u00e9 \u00e0 la solitude et utilisant la solitude comme arme contre l&rsquo;exil.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Ainsi passa une partie essentielle de ma vie d&rsquo;homme. Pour concr\u00e9tiser cette odyss\u00e9e personnelle, je dirais que je m&rsquo;accoutumai de l&rsquo;essentiel des hommes qui repr\u00e9sentaient mon pays. J&rsquo;acceptais Pompidou parce que je sentais de la solidit\u00e9 en lui ; je n&rsquo;aimais pas Giscard, mais je savais bien que sa frivolit\u00e9, sa pu\u00e9rile vanit\u00e9 et l&rsquo;arrogance involontaire qui va avec faisaient de lui une personnalit\u00e9 faible et lui interdisaient de compromettre irr\u00e9m\u00e9diablement la r\u00e9f\u00e9rence qui m&rsquo;\u00e9tait n\u00e9cessaire. Je me m\u00e9fiais horriblement de Mitterrand chez qui je distinguais ais\u00e9ment, en-dedans lui et malgr\u00e9 lui, toutes les machinations qui semblaient constituer cette part d&rsquo;ombre \u00e0 laquelle il c\u00e9dait irr\u00e9sistiblement ; mais je voyais bien, chez lui \u00e9galement, ces \u00e9clairs de la conscience de la grandeur qu&rsquo;il se devait de repr\u00e9senter en tant que ce qu&rsquo;il \u00e9tait, et qu&rsquo;il repr\u00e9sentait dans ces instants, atteignant alors lui-m\u00eame \u00e0 une r\u00e9elle grandeur. J&rsquo;eus du mal \u00e0 prendre Chirac au s\u00e9rieux, tant \u00e9tait grande son inconstance, fantasque son intelligence, r\u00e9elle sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 certaines modes malgr\u00e9 la rugosit\u00e9 de caract\u00e8re qu&rsquo;il semblait leur opposer ; mais l\u00e0 encore, et peut-\u00eatre pour des raisons qui ne sont pas les miennes, il sut, lors de l&rsquo;occasion royale des pr\u00e9misses de la guerre en Irak, ressusciter la r\u00e9f\u00e9rence fran\u00e7aise et \u00e9clairer sa fin de r\u00e8gne ensommeill\u00e9e de la grande lumi\u00e8re de la l\u00e9gitimit\u00e9. Tant bien que mal, je distinguais autour de ces hommes, qu&rsquo;ils le voulussent ou pas, qu&rsquo;ils en fussent dispos\u00e9s et indispos\u00e9s ou non, la grande ombre de De Gaulle qui constituait le symbole de cette r\u00e9f\u00e9rence supr\u00eame qu&rsquo;\u00e9tait devenue pour moi, \u00ab\u00a0du dehors\u00a0\u00bb, la France. Moi-m\u00eame, qui avais \u00e9t\u00e9 naturellement mais contre ma nature profonde un adversaire acharn\u00e9 de De Gaulle jusqu&rsquo;en 1968-69, je fus gagn\u00e9, \u00e0 partir de sa mort, par la grandeur qu&rsquo;il avait incarn\u00e9e et qui ne fut jamais aussi grande que lors de ses \u00e9quip\u00e9es solitaires, apr\u00e8s sa d\u00e9mission, sur les plages d\u00e9sol\u00e9es d&rsquo;Irlande, drap\u00e9 dans son imperm\u00e9able noir&hellip; D\u00e8s cet instant, j&rsquo;\u00e9tais assur\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9cessairement une part essentielle de cette r\u00e9f\u00e9rence essentielle qu&rsquo;\u00e9tait pour moi la France, et il avait pris sa place l\u00e9gitime dans ma passion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Ma passion fran\u00e7aise ne s&rsquo;\u00e9teignait donc pas, malgr\u00e9 tant de vicissitudes, la m\u00e9diocrit\u00e9 puis l&rsquo;incoh\u00e9rence des temps. Puis ma passion changea&hellip; Ma passion devint une Passion, si l&rsquo;on comprend ce que je veux dire, et, sans jamais mourir, elle entra dans son hiver. Certes, l&rsquo;on comprend ce que je veux dire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; C&rsquo;est donc \u00e0 partir de 2007-2008 que ma passion devint Passion et p\u00e9n\u00e9tra dans son hiver. La correspondance de date est importante. Je situe effectivement dans ces ann\u00e9es, et surtout avec la crise de l&rsquo;automne 2008, une nouvelle &laquo; <em>\u00e9poque <\/em>&raquo; au sens maistrien, o&ugrave; ce que je nomme le Syst\u00e8me submergea tout. De m\u00eame, les pays de ce qu&rsquo;on \u00e9tait accoutum\u00e9 \u00e0 nommer \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb, devenue \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb pour moi, se fondirent dans un amalgame de d\u00e9sordre, perdant leurs identit\u00e9s, fondus dans la m\u00eame dictature du Syst\u00e8me, entr\u00e9s dans une bouillie pour les chats parcourue d&rsquo;automatismes conformistes, d&rsquo;aveuglements hallucin\u00e9s, d&rsquo;inversions inconscientes et de subversions d&rsquo;eux-m\u00eames. La France n&rsquo;a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ce destin commun et elle a trouv\u00e9 les hommes pour cela. Inutile de les nommer et, certes, ce ne sont pas de mauvaises personnes ; d&rsquo;ailleurs, l&rsquo;on sait que je ne crois pas que l&rsquo;homme soit mauvais ; trop faible, trop mol de caract\u00e8re et de colonne vert\u00e9brale, trop vite r\u00e9fugi\u00e9 dans l&rsquo;automatisme des formules \u00e0 la mode, trop tout cela&hellip; Ce ne sont pas de mauvaises personnes, ce sont des ex\u00e9cutants hallucin\u00e9s d&rsquo;un destin auquel ils ne comprennent rien parce qu&rsquo;ils ne peuvent rien comprendre. Avec eux, la France est entr\u00e9e en hibernation. Elle est inexistante, m\u00e9diocre, insens\u00e9e en singeant la raison, bouffie de formules vides et accabl\u00e9e de pr\u00e9tentions exceptionnelles au c&oelig;ur du troupeau dont elle est le mouton le plus z\u00e9l\u00e9. Restent les Fran\u00e7ais courants, Fran\u00e7ais devenus quelque chose comme des \u00ab\u00a0citoyens du monde\u00a0\u00bb, inconstants, insupportables, path\u00e9tiques dans leur malheur et dans leurs illusions \u00e0 la fois, jouant \u00e0 l&rsquo;ironie qui tourne au vain sarcasme, \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion qui se r\u00e9v\u00e8le comme du sentimentalisme de midinette, ces Fran\u00e7ais devenus totalement inconsistants et vides, ces Fran\u00e7ais sans la France. Pour rester de France aujourd&rsquo;hui, un Fran\u00e7ais se doit ne plus pr\u00e9tendre l&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;image de ce qu&rsquo;ils en ont fait, de ce que le Syst\u00e8me en a fait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Je ne me sens plus vraiment Fran\u00e7ais parce que, aujourd&rsquo;hui, \u00eatre Fran\u00e7ais n&rsquo;a gu\u00e8re de sens. Je subis silencieusement l&rsquo;hibernation de la France et je suis dans l&rsquo;hiver de ma passion devenue Passion. Je me tiens \u00e0 quelques r\u00e9f\u00e9rences surgies de l&rsquo;Histoire (<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-chronique_du_19_courant_r_silience_de_verdun_19_11_2012.html\">Verdun<\/a>, par exemple), qui me disent que je ne me suis pas tromp\u00e9, et que je dois simplement accepter de subir les froidures de la chose, et la paralysie qu&rsquo;elles entra&icirc;nent pour cette r\u00e9f\u00e9rence de ma vie qu&rsquo;est la France. Je me passe de cette r\u00e9f\u00e9rence pour le courant, \u00ab\u00a0je fais avec\u00a0\u00bb comme on dit, &ndash; qui devrait plut\u00f4t \u00eatre, dans cette occurrence : \u00ab\u00a0je fais sans&hellip;\u00a0\u00bb Ce n&rsquo;est pas cette circonstance tragique qui m&rsquo;arr\u00eatera et j&rsquo;ai l&rsquo;habitude des blessures, dont nulle n&rsquo;est mortelle avant que la mort ne dispose de vous. Et m\u00eame, on le sent, je la retrouverai comme il se doit, cette r\u00e9f\u00e9rence, avec estime et chaleur, et m\u00eame avec reconnaissance, lorsqu&rsquo;elle sera sortie de son hiver, dans un autre temps, dans une autre &laquo; <em>\u00e9poque <\/em>&raquo;. En attendant, je ne lui passe rien, dans l&rsquo;\u00e9tat que le destin de notre crise ultime en a fait. Qui aime bien ch\u00e2tie bien&hellip; Cela n&#8217;emp\u00eache nullement une secr\u00e8te et profonde tristesse, mais aussi quelque chose comme le sens du tragique et de la grandeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; C&rsquo;est comme cela : on est \u00ab\u00a0du dehors\u00a0\u00bb mais votre passion, m\u00eame au fond de son hiver, ne vous quitte pas. \u00ab\u00a0Du dehors\u00a0\u00bb m\u00eame, vous \u00eates encore mieux arm\u00e9 pour ne rien c\u00e9der. Votre passion devenue Passion, vous savez bien qu&rsquo;elle fait partie de l&rsquo;\u00e9lan vital de votre destin. Il faut tenir. La France, plus tard, vous en sera reconnaissante. Revenue \u00e0 elle, elle reconna&icirc;tra les siens. &laquo; <em>M\u00e8re, voici vos fils qui se sont tant battus&hellip; <\/em>&raquo;, lui disait P\u00e9guy, comme l&rsquo;on fait une pri\u00e8re qui est une offrande. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><p>9 septembre 2020 (Suite) &ndash; &#8230;Je vais reprendre ce quatrain de P\u00e9guy, dont l&rsquo;histoire est si \u00e9trange, comme si quelque chose de sup\u00e9rieur avait arrang\u00e9 ces lignes situ\u00e9es d&rsquo;une fa\u00e7on disparate dans un immense po\u00e8me de 1913 alors que le quatrain ainsi &lsquo;cannibalis\u00e9&rsquo; appara&icirc;t comme la sanctification de Verdun, comme s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour Verdun, \u00e0 Verdun, sur la ligne de Verdun, par un P\u00e9guy pourtant tu\u00e9 d&rsquo;une balle en plein front en septembre 1914&#8230; Ainsi, cette citation sera comme un pardon et une reconnaissance que je demanderais \u00e0 cette terre que \u00ab\u00a0j&rsquo;ai tant aim\u00e9e\u00a0\u00bb d&rsquo;abord sans l&rsquo;avoir connue, mais qui m&rsquo;a \u00ab\u00a0tant perdu\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je ne la reconnaisse plus terrestrement.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>M\u00e8re, voici vos fils qui se sont tant battus,<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Qu&rsquo;ils ne soient point jug\u00e9s sur leur seule mis\u00e8re.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Qui les a tant perdus et qu&rsquo;ils ont tant aim\u00e9e.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>C&rsquo;est dire combien ce sentiment exprim\u00e9 il y a sept-8 ans n&rsquo;a fait que grandir, s&rsquo;affirmer et se confirmer, \u00e0 mesure de l&rsquo;avancement de l&rsquo;effondrement dont ce pays fait partie, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9tendre \u00eatre ma patrie. J&rsquo;ai de terribles pens\u00e9es \u00e0 cet \u00e9gard, que balancent et suscitent \u00e0 la fois la grandeur harmonieuse, la beaut\u00e9 sublime et la solidit\u00e9 structurelle, tout cela nimb\u00e9 de passions discr\u00e8tes et si intenses, de mes ann\u00e9es de ma si profonde jeunesse, o&ugrave; que je fusse, sur telle ou telle autre rive de la M\u00e9diterran\u00e9e. Je vous parle d&rsquo;un autre temps o&ugrave; l&rsquo;on \u00e9tait encore assez libre pour d\u00e9cider de son destin, se lancer dans un combat d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 ou bien s&rsquo;abstenir sans avoir \u00e0 rougir dans un miroir. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme je l&rsquo;ai longuement expliqu\u00e9 dans le d\u00e9but du Tome-III de <em>La Gr\u00e2ce<\/em>, je ne pense pas que la s\u00e9lectivit\u00e9 de la m\u00e9moire, et ce qui nous semble sa tendance \u00e0 changer ou \u00e0 enjoliver les choses, soit un processus de nature qui nous s\u00e9pare de la v\u00e9rit\u00e9 une fois celle-ci accomplie comme si elle passait, mais plut\u00f4t une gr\u00e2ce du Temps qui nous restitue la v\u00e9rit\u00e9 de notre vie, ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;\u00e9ternel en elle, de v\u00e9rit\u00e9 dans cette vie, tandis que &lsquo;la vie&rsquo; telle que nous la v\u00e9c&ucirc;mes fut un m\u00e9lange de simulacres et d&rsquo;illusions, entrecoup\u00e9 d&rsquo;\u00e9clairs d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 que nous ne v&icirc;mes pas sur l&rsquo;instant parce qu&rsquo;aveugl\u00e9s par la lumi\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est vrai que tout est sens dessus-dessous, dix fois, vingt fois. Je m&rsquo;en rends bien compte en relisant ce texte, vieux de sept-8 ans, o&ugrave; je croyais avoir fix\u00e9 des sentiments durables, qui changeraient avec le temps ; mais le temps, le temps, le temps va si vite ! Tous ces sentiments sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9s, il faut songer \u00e0 les r\u00e9former, \u00e0 les refonder, \u00e0 les grandir, \u00e0 les porter au rouge par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;ils furent. Mon d\u00e9sespoir fran\u00e7ais est aujourd&rsquo;hui bien plus grand, d&rsquo;une nature plus profonde qu&rsquo;il ne fut ; mais il est bien plus noy\u00e9, fondu, int\u00e9gr\u00e9, dans un d\u00e9sespoir de civilisation, voire un d\u00e9sespoir de l&rsquo;esp\u00e8ce elle-m\u00eame telle qu&rsquo;elle a enrob\u00e9 l&rsquo;\u00eatre dans sa mal\u00e9diction,.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ressens bien plus fortement, comme un fer rouge port\u00e9 sur une blessure vive, les lavages forc\u00e9s des esprits et des m\u00e9moires \u00e0 la poudre \u00e0 lessiver PC-garantie, le Politiquement-Correct qui \u00ab\u00a0lave plus blanc que blanc\u00a0\u00bb, de leur blanc puant, de ce blanc que nos pauvres indig\u00e9nistes et d\u00e9coloniaux BLM-format\u00e9s croient clouer au pilori et dans les rangs desquels, bien au contraire, ils rentrent, et se roulent, cela dans la moraline-PC comme dans la vase gluante \u00e0 l&rsquo;eau de Cologne de synth\u00e8se. Ces pauvres victimes de nos pass\u00e9s retravaill\u00e9s aux exigences postmodernes, viennent <em>&laquo; jusque dans nos campagnes <\/em>&raquo;, comme dit l&rsquo;autre, croyant faire la le\u00e7on et prendre les bonnes places &#038; privil\u00e8ges, abandonnant leurs traditions et leurs coutumes pour devenir des d\u00e9civilis\u00e9s comme nous, d\u00e9cadents pires que nous, en sauvages et \u00ab\u00a0ensauvag\u00e9s\u00a0\u00bb comme nous nous sommes appris \u00e0 l&rsquo;\u00eatre. (Je sais, moi, ce que c&rsquo;est que l'\u00a0\u00bbensauvagement\u00a0\u00bb de la m\u00e8re-patrie accueillant ses enfants d&rsquo;outre-mer dont je fus, chass\u00e9s par les temp\u00eates, ces m\u00eames enfants qui \u00e9taient venus sauver cette m\u00e8re-patrie ab&icirc;m\u00e9s dans les d\u00e9lices collabos.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Relisant ce texte d&rsquo;il y a sept-8 ans, je me dis que le cr\u00e9puscule n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;\u00e9tendre son ombre d\u00e9j\u00e0 \u00e9paisse sur la pens\u00e9e, sur la libert\u00e9 du monde, sur son ordre et son harmonie, que l&rsquo;effondrement, la d\u00e9sint\u00e9gration, la d\u00e9voration par nos termites int\u00e9rieures, ont absolument fait progresser la d\u00e9structuration maudite. Plus que jamais me reviennent les rares images sublimes de mon pass\u00e9 que l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 a accord\u00e9es \u00e0 ma m\u00e9moire. En ce temps-l\u00e0 de ce texte que j&rsquo;ai ressorti de son hiver, je croyais que nous \u00e9tions au bord du gouffre ; aujourd&rsquo;hui, je sais que nous roulons au fond du gouffre, et je sais encore, et m\u00eame plus que jamais, que cette \u00e9preuve est absolument n\u00e9cessaire, compl\u00e8tement in\u00e9vitable, comme une initiation qui vous sortirait de l&rsquo;enfer.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Racines tranch\u00e9es, arrach\u00e9es, dispers\u00e9es 9 septembre 2020 &ndash; Arr\u00eatons-nous un peu, voulez-vous ? J&rsquo;ai l&rsquo;\u00e2ge de proposer une de ces lubies du grand \u00e2ge, d&rsquo;autant que je tra&icirc;ne le poids de sept vies. 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