{"id":79430,"date":"2020-09-17T16:59:08","date_gmt":"2020-09-17T16:59:08","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/09\/17\/les-joies-du-confinement\/"},"modified":"2020-09-17T16:59:08","modified_gmt":"2020-09-17T16:59:08","slug":"les-joies-du-confinement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/09\/17\/les-joies-du-confinement\/","title":{"rendered":"Les joies du confinement"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Les joies du confinement<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le Covid19 est un sujet sans fin et qui est avec nous pour longtemps, tr\u00e8s longtemps, &ndash; pour un temps disproportionn\u00e9 par rapport \u00e0 sa r\u00e9elle importance sanitaire, &ndash; en m\u00eame temps qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement crisique inattendu d&rsquo;une extr\u00eame importance du fait des conditions o&ugrave; il intervient, &ndash; et, de ce point de vue, sa dur\u00e9e est justifi\u00e9e. Il s&rsquo;agit ainsi d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 la fois explosif dans son intrusion et extr\u00eamement structurel dans son installation parmi nous, dans (et contre) le Syst\u00e8me, par rapport \u00e0 la modernit\u00e9 et \u00e0 la postmodernit\u00e9, etc. Par cons\u00e9quent sont apparues toute une branche du commentaire qui lui est consacr\u00e9e, et un champ consid\u00e9rable de pol\u00e9mique (du c\u00f4t\u00e9 du Syst\u00e8me comme de l&rsquo;antiSyst\u00e8me) ainsi enfin qu&rsquo;une litt\u00e9rature sp\u00e9cifique. Tout cela fait entrer dans la dynamique du syst\u00e8me de la communication de notre Grande Crise (la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GCES<\/a>) cette \u00e9tonnante pand\u00e9mie de 2020 qui doit d\u00e9sormais \u00eatre pris en compte pour tout jugement s\u00e9rieux de la situation g\u00e9n\u00e9rale, et surtout pour l&rsquo;\u00e9volution crisique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici, nous donnons une interview venue du site <em><a href=\"http:\/\/Breizh-Info.com\">Breizh-Info.com<\/a><\/em>, de Fran\u00e7ois Bousquet, r\u00e9dacteur-en-chef d&rsquo;<em>&Eacute;l\u00e9ments<\/em>, concernant le livre &lsquo;<em>Biopolitique du coronavirus &ndash; T\u00e9l\u00e9travail-Famille-Patrie<\/em>&lsquo;, qu&rsquo;il vient de publier. Il nous dit qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;abord, pour l&rsquo;\u00e9lan et pour l&rsquo;\u00e9nergie, du produit des &laquo; <em>joies du confinement<\/em> &raquo;, choses (les &lsquo;joies&rsquo;) dont nous ne doutons pas une seule seconde tant le confinement eut des aspects f\u00e9conds et inspirants, paradoxalement pour tant d&rsquo;esprits et de caract\u00e8res un peu courts. Ceci (l&rsquo;expression de cette \u00ab\u00a0joie\u00a0\u00bb), au milieu d&rsquo;un passage dithyrambique et plein d&rsquo;ardeur sur cette \u00e9trange p\u00e9riode qui nous a tant r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de nous-m\u00eames \u00e0 nous-m\u00eames. Ce passage, notre <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-confinement-de-lame\">chroniqueur PhG<\/a>  qui savourait ses promenades dans le silence retrouv\u00e9 de l&rsquo;aube, aurait pu l&rsquo;\u00e9crire, sans aucun doute :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>D\u00e8s le 17 mars \u00e0 midi, tout est devenu \u00e9trange, in\u00e9dit, jouissif, subversif, jusqu&rsquo;\u00e0 cette \u00ab\u00a0dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb, sans mobilisation, sans ennemi, sinon ce virus furtif, g\u00e9rontophobe, \u00e0 faible l\u00e9talit\u00e9. En fait de guerre, c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t un appel \u00e0 la d\u00e9mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, entrecoup\u00e9 par le d\u00e9compte quotidien macabre des morts. Pour le reste, le printemps a \u00e9t\u00e9 magnifique de bout en bout, le soleil invaincu, le ciel d&rsquo;un inalt\u00e9rable bleu limpide, sans z\u00e9brures de k\u00e9ros\u00e8ne<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le livre de Bousquet est l\u00e0 pour t\u00e9moigner de cette joie que d&rsquo;aucuns jugeront insolite sinon incivique, &ndash; apr\u00e8s tout, elle va aussi bien contre l&rsquo;id\u00e9ologie officielle des droits de l&rsquo;homme que contre les nombreuses th\u00e9ories du complot d\u00e9non\u00e7ant cette p\u00e9riode comme attentatoire \u00e0 notre avenir. Ces humeurs et ces criailleries donnent un charme r\u00e9trospectif si insistant \u00e0 cette p\u00e9riode. Bousquet a bien vu cela, puisqu&rsquo;il met les choses en place d\u00e8s le d\u00e9but de sa r\u00e9ponse sur ce sujet, comme les deux versants apr\u00e8s tout complices d&rsquo;une m\u00eame distorsion faussaire, d&rsquo;un m\u00eame simulacre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Tenir \u00e0 distance le r\u00e9el m\u00e9diatique et son double complotiste. L&rsquo;un et l&rsquo;autre construisent une r\u00e9alit\u00e9 alternative, insubstituable parce que fausse<\/em>. &raquo; Voil\u00e0 qui rencontre une autre de nos positions souvent document\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;une fa\u00e7on compl\u00e8tement acceptable et justifi\u00e9e, Bousquet remet dans la perspective qui importe, celle qui, selon nous, porte une <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a>, pour ce qui concerne les ma&icirc;tres du complot selon tant de complotistes parmi nous. Ce point de vue, qui a le m\u00e9rite de l&rsquo;\u00e9vidence et du bon sens lorsqu&rsquo;on a \u00e0 l&rsquo;esprit la valeur et le caract\u00e8re de ceux qui nous dirigent et ne cessent de se corrompre dans leurs jeux d&rsquo;ombres et de faux-semblants, permet de nous renforcer dans le rangement de nos convictions. Nous voyons confirm\u00e9e cette id\u00e9e que nombreux sont ceux qui, se classant eux-m\u00eames et avec empressement parmi les antiSyst\u00e8me et les \u00ab\u00a0dissidents\u00a0\u00bb, en trahissent avec r\u00e9gularit\u00e9 l&rsquo;esprit pour mieux pouvoir satisfaire leurs tendances nihilistes et savourer la gloire bien ambigu\u00eb des combats sans espoir et des victoires perdues d&rsquo;avance, se permettant ainsi et sans grand risque des d\u00e9cha&icirc;nements dialectiques qui leur donnent l&rsquo;impression d&rsquo;exister&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Bien entendu, pour ce qui est de la responsabilit\u00e9 des mesures prises, du d\u00e9sordre install\u00e9, de l&rsquo;atmosph\u00e8re \u00e9trange et pesante cr\u00e9\u00e9e autour des canaux de communication officiels, bien entendu ce sont les directionsSyst\u00e8me qui sont absolument affol\u00e9es par cette crise \u00e9trange et improbable, et pourtant plus paralysante sinon mortelle qu&rsquo;une piqure de m\u00e9duse-bo&icirc;te (son petit nom est <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cubozoa\">cubuzoa<\/a><\/em>). La remarque selon laquelle &laquo; <em>les gouvernants ont encore plus peur que les gouvern\u00e9s<\/em> &raquo; ne peut trouver <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/et-avance-masquee-la-verite\">chez nous<\/a> accueil plus bienveillant tant nous tenons cela comme une v\u00e9rit\u00e9-de-situation parmi les plus importantes. :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>De mon c\u00f4t\u00e9, quitte \u00e0 surprendre, je fais l&rsquo;hypoth\u00e8se inverse de celle des complotistes, \u00e0 savoir que les gouvernants ont encore plus peur que les gouvern\u00e9s. Ils sont d\u00e9sempar\u00e9s, ne savent pas quoi faire, faute d&rsquo;\u00eatre l\u00e9gitimes, faute d&rsquo;\u00eatre confort\u00e9s par les sondages. Quoi qu&rsquo;ils fassent, ils sont coinc\u00e9s, pour avoir \u00e9puis\u00e9 le peu de cr\u00e9dit qu&rsquo;il leur restait et renonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;essence du politique : la d\u00e9cision. S&rsquo;ils surprot\u00e8gent les populations, on leur reproche de les infantiliser ; s&rsquo;ils sont pusillanimes, on leur reproche d&rsquo;\u00eatre impr\u00e9voyants<\/em>&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que Bousquet constate, c&rsquo;est que le confinement a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience <em>in vivo<\/em> de la d\u00e9croissance, de la dynamique alternative sinon antagoniste du Syst\u00e8me, bref et \u00f4 sacril\u00e8ge, &ndash; d&rsquo;une contre-globalisation et d&rsquo;une esquisse de ce qui pourrait \u00eatre le banc d&rsquo;essai de rien de moins que le domaine de l&rsquo;antiSyst\u00e8me, c&rsquo;est-\u00e0-dire de ce qui serait \u00ab\u00a0le monde-d&rsquo;apr\u00e8s-le-Syst\u00e8me\u00a0\u00bb. En effet, ce qui s&rsquo;est install\u00e9 pour un temps r\u00e9duit \u00e0 la place du simulacre du Syst\u00e8me c&rsquo;est quelque chose d&rsquo;absolument impr\u00e9vu qui annonce quelque chose de compl\u00e8tement diff\u00e9rent, qu&rsquo;il nous est impossible de d\u00e9terminer : &laquo; <em>Si nous sommes des sentinelles guettant le surgissement de l&rsquo;impr\u00e9vu dans l&rsquo;histoire, s&rsquo;effor\u00e7ant au besoin d&rsquo;en h\u00e2ter la venue, alors cet impr\u00e9vu a surgi de nulle part sous les esp\u00e8ces d&rsquo;un coronavirus exotique<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La vision que donne Bousquet et d&rsquo;autant plus int\u00e9ressante, et d&rsquo;autant plus proche de nos propres conceptions, qu&rsquo;elle ne s&#8217;embarrasse en aucun cas des vieilles \u00e9tiquettes et des laborieux classements du Politiquement-Correct. C&rsquo;est ainsi que son titre et son sous-titre constituent une double r\u00e9f\u00e9rence avec les am\u00e9nagements d&rsquo;usage \u00e0 deux personnalit\u00e9s repr\u00e9sentatives de deux courants qu&rsquo;on pourrait croire compl\u00e8tement antagonistes, et \u00e0 jamais plant\u00e9s dans leur mortelle opposition : r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Michel Foucault (&lsquo;<em>Biopolitique du coronavirus<\/em>&lsquo;), r\u00e9f\u00e9rence au mar\u00e9chal P\u00e9tain et \u00e0 son r\u00e9gime de &lsquo;R\u00e9volution Nationale&rsquo; (&lsquo;<em>T\u00e9l\u00e9travail-Famille-Patrie<\/em>&lsquo;). Bien entendu, Bousquet commente cela sur un ton mi-s\u00e9rieux, mi-ironique, puisqu&rsquo;il y effectivement de quoi envisager des prospectives nouvelles, et il y aussi de quoi rire quand l&rsquo;on songe aux h\u00e9ritiers de ces deux courants&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Se placer sous les auspices de Foucault et de P\u00e9tain, c&rsquo;est une mani\u00e8re de camper sur une ligne de cr\u00eate o&ugrave; peut s&rsquo;op\u00e9rer, qui sait, la jonction de l&rsquo;avant-garde et de l&rsquo;arri\u00e8re-garde. Cela \u00e9tant dit, Michel Foucault est-il d&rsquo;avant-garde, lui qui est le penseur officiel, acad\u00e9mique, f\u00e9tichis\u00e9, de la d\u00e9construction ? Le mar\u00e9chal P\u00e9tain n&rsquo;a pas droit aux m\u00eames \u00e9gards, surtout depuis que Fran\u00e7ois Mitterrand n&rsquo;est plus l\u00e0 pour fleurir sa tombe \u00e0 l&rsquo;&Icirc;le d&rsquo;Yeu chaque 11 novembre. Si du reste ce \u00ab\u00a0grand \u00e9cart\u00a0\u00bb doit d\u00e9ranger, c&rsquo;est seulement les foucaldiens, leur n\u00e9o-mar\u00e9chalisme fun, leurs d\u00e9votions de chaisi\u00e8res devant la parole oraculaire du \u00ab\u00a0ma&icirc;tre\u00a0\u00bb<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bousquet est donc r\u00e9dacteur-en-chef d&rsquo;<em>&Eacute;l\u00e9ments<\/em>, qui est une des ultra-rarissimes revues non seulement lisibles, mais sans aucun doute f\u00e9conde et enrichissante, &mdash; et tout cela, en France, qui se targue d&rsquo;\u00eatre ce pays de l&rsquo;intelligence, de l&rsquo;esprit et de la litt\u00e9rature. Son interview vient du site <em><a href=\"https:\/\/www.breizh-info.com\/2020\/08\/29\/149206\/francois-bousquet-economie-teletravail-famille-patrie\/\">Breizh-info.com<\/a><\/em> et est repris sur le site d&rsquo;<em><a href=\"https:\/\/www.revue-elements.com\/si-leconomie-sarrete-trop-longtemps-ils-finiront-pendus-a-un-gibet\/\">&Eacute;l\u00e9ments<\/a><\/em>, sous le titre : &laquo; <em>Si l&rsquo;\u00e9conomie s&rsquo;arr\u00eate trop longtemps, ils finiront pendus \u00e0 un gibet<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Interview de Fran\u00e7ois Bousquet<\/h2>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Breizh Info<\/em><\/strong> : <em>Qu&rsquo;est-ce qui vous a amen\u00e9 \u00e0 \u00e9crire &lsquo;T\u00e9l\u00e9travail, famille, patrie&rsquo; ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Fran\u00e7ois Bousquet<\/strong> : Les joies du confinement &ndash; il y en a eu de toute sorte &ndash; surtout quand on vit comme moi \u00e0 la campagne : la red\u00e9couverte du silence, le ralentissement de tout, la grande d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration sociale, avec en guise de couronnement : la mondialisation terrass\u00e9e, paralys\u00e9e, rien que deux mois malheureusement. Impossible d&rsquo;avoir du vague \u00e0 l&rsquo;\u00e2me loin de Paris. D\u00e8s le 17 mars \u00e0 midi, tout est devenu \u00e9trange, in\u00e9dit, jouissif, subversif, jusqu&rsquo;\u00e0 cette &laquo; dr\u00f4le de guerre &raquo;, sans mobilisation, sans ennemi, sinon ce virus furtif, g\u00e9rontophobe, \u00e0 faible l\u00e9talit\u00e9. En fait de guerre, c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t un appel \u00e0 la d\u00e9mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, entrecoup\u00e9 par le d\u00e9compte quotidien macabre des morts. Pour le reste, le printemps a \u00e9t\u00e9 magnifique de bout en bout, le soleil invaincu, le ciel d&rsquo;un inalt\u00e9rable bleu limpide, sans z\u00e9brures de k\u00e9ros\u00e8ne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La nature a retrouv\u00e9 sa majest\u00e9 et son allure oubli\u00e9e de divinit\u00e9 famili\u00e8re. Le monde s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9, sauf pour les &laquo; premiers de corv\u00e9e &raquo;. Qui n&rsquo;en a r\u00eav\u00e9 ? Appuyer sur pause, arr\u00eater de perdre sa vie \u00e0 la gagner. Le Syst\u00e8me, qui ne veut conna&icirc;tre que le mouvement perp\u00e9tuel, la croissance ind\u00e9finie, s&rsquo;est gripp\u00e9. All\u00e9luia ! Nous avons eu huit semaines durant une croissance n\u00e9gative, en bon fran\u00e7ais : de la d\u00e9croissance, subie, contrainte, d\u00e9sir\u00e9e. Ah, nom de nom, quel bonheur ! L&rsquo;homme a retrouv\u00e9 son chez soi, sa terre, les siens. L&rsquo;assignation \u00e0 r\u00e9sidence. M\u00eame les &lsquo;Anywhere&rsquo; ont subitement red\u00e9couvert qu&rsquo;ils \u00e9taient des &lsquo;Somewhere&rsquo;. M\u00eame &lsquo;Homo festivus&rsquo; a ferm\u00e9 sa gueule, sauf le soir \u00e0 20 heures. Mais du moins n&rsquo;a-t-il pas pu prendre l&rsquo;avion pour aller faire du shopping \u00e0 New York ou \u00e0 Marrakech. Sa femme, transform\u00e9e pour l&rsquo;occasion en &lsquo;desperate housewive&rsquo;, n&rsquo;a pas eu le loisir d&rsquo;acheter sa trenti\u00e8me paire de chaussures, la Gay Pride a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e, on a m\u00eame cru pendant deux mois qu&rsquo;Anne Hidalgo ne serait peut-\u00eatre pas r\u00e9\u00e9lu. Je ne connais pas un r\u00e9actionnaire, pas un r\u00e9volutionnaire, pas un d\u00e9croissant que de telles perspectives n&rsquo;auraient pas r\u00e9joui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9volution n\u00e9olithique touche \u00e0 ses limites. Elle a trop bien r\u00e9ussi, tant et si bien que c&rsquo;est notre cadre mental exclusif, celui dont nous sommes les cr\u00e9atures, r\u00e9sum\u00e9 par la fable de &lsquo;La cigale et de la fourmi&rsquo;. Or, la Terre, si elle peut supporter 9 milliards de cigales, ne peut pas tol\u00e9rer 9 milliards de fourmis &ndash; mobilis\u00e9es, requises par la croissance, le productivisme, le consum\u00e9risme. Et qui toutes, encore plus dans les pays \u00e9mergents, \u00e9merg\u00e9s, d\u00e9j\u00e0 submerg\u00e9s, pourraient dire avec Bush p\u00e8re : &laquo; Le mode de vie am\u00e9ricain n&rsquo;est pas n\u00e9gociable ! &raquo; C&rsquo;\u00e9tait notre objectif, c&rsquo;est d\u00e9sormais le leur. Cet \u00ab\u00a0American way of life\u00a0\u00bb &ndash; le seul universalisme connu &ndash; nous conduit tout droit dans le mur. Il repose sur l&rsquo;endettement sans fin, tant \u00e9cologique qu&rsquo;\u00e9conomique, cr\u00e9ant des niveaux de dette insoutenables, dette financi\u00e8re et biologique, ouvrant partout les vannes du cr\u00e9dit avec une prodigalit\u00e9 que des civilisations perdues, \u00e0 la prodigalit\u00e9 somptuaire, la R\u00e9publique de Weimar ou celle du Zimbabwe nous envieraient. &Agrave; droite, on d\u00e9nonce la dette financi\u00e8re ; \u00e0 gauche, la dette \u00e9cologique, suivant une h\u00e9mipl\u00e9gie dont il nous faudra bien nous d\u00e9faire. N&rsquo;importe quel homme sens\u00e9 verrait qu&rsquo;un tel mode de vie n&rsquo;a pas plus de sens que d&rsquo;avenir. Pas nous. Il nous reste \u00e0 d\u00e9couvrir et \u00e0 apprendre que la cigale de la fable n&rsquo;est peut-\u00eatre pas la plus impr\u00e9voyante des deux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Breizh Info<\/em><\/strong> : <em>Entre la d\u00e9sinformation de la presse mainstream, et les th\u00e9ories les plus farfelues qui \u00e9mergent ici ou l\u00e0 sur Internet, la pand\u00e9mie de coronavirus a rendu une partie de l&rsquo;humanit\u00e9 totalement folle Comment s&rsquo;y retrouver dans ce marasme ? Comment ne pas devenir totalement dingue ? Quel r\u00f4le \u00e0 jouer pour la presse alternative ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Fran\u00e7ois Bousquet<\/strong> : Tenir \u00e0 distance le r\u00e9el m\u00e9diatique et son double complotiste. L&rsquo;un et l&rsquo;autre construisent une r\u00e9alit\u00e9 alternative, insubstituable parce que fausse. Elle fonctionne comme un pi\u00e8ge qui nous prive des outils de compr\u00e9hension de notre situation historique. On doit se concentrer sur l&rsquo;esprit du temps, c&rsquo;est-\u00e0-dire son id\u00e9ologie. Ce mot suscite toujours une petite pointe de m\u00e9pris, mais tout est id\u00e9ologique, m\u00eame le refus de l&rsquo;id\u00e9ologie. L&rsquo;id\u00e9ologie, c&rsquo;est un syst\u00e8me global d&rsquo;interpr\u00e9tation et de repr\u00e9sentation du monde \u00e9rig\u00e9 en croyance collective ; une vision du monde assortie d&rsquo;une norme de conduite. L&rsquo;id\u00e9ologie traverse tous les champs de la culture, populaire ou non : la philosophie, le sens commun, le droit, les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, les publicit\u00e9s, la mode, etc. Contr\u00f4lons-nous ces diff\u00e9rents domaines ? Non, de toute \u00e9vidence. Notre adversaire, le gauchisme culturel, a sur eux un monopole radical, pour parler comme Ivan Illich. C&rsquo;est un monopole de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. &Agrave; nous de l&rsquo;\u00e9corner, de le renverser, de lui substituer le n\u00f4tre. Gramsci, notre guide le plus s&ucirc;r en ces mati\u00e8res, dit que la vraie philosophie est l\u00e0, sans quoi elle n&rsquo;est qu&rsquo;&laquo; \u00e9lucubrations individuelles &raquo;, selon ses mots.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On doit apprendre \u00e0 raisonner en termes de marque, de politique de marque, de &lsquo;branding&rsquo;. Notre marque g\u00e9n\u00e9rique, c&rsquo;est l&rsquo;identit\u00e9. C&rsquo;est ce mot qu&rsquo;on doit imposer dans l&rsquo;espace public. Or, il est frapp\u00e9 de toutes les formes d&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9, sauf quand il s&rsquo;agit d&rsquo;identit\u00e9s minoritaires ou de marques commerciales. Au d\u00e9part, le &lsquo;branding&rsquo;, c&rsquo;\u00e9tait le marquage au fer rouge des bestiaux. Nous qui nous revendiquons de l&rsquo;identit\u00e9, on en est rest\u00e9 l\u00e0, au sens premier du mot : on est litt\u00e9ralement marqu\u00e9 au fer rouge, comme du b\u00e9tail. Or, une marque doit renvoyer une image positive, sinon c&rsquo;est un boulet. O&ugrave; nous situons-nous entre notre identit\u00e9 voulue et notre identit\u00e9 per\u00e7ue ? Quelle image renvoyons-nous ? Une image largement n\u00e9gative, chacun en conviendra. Tout autre que nous renoncerait \u00e0 ce mot, l\u00a0\u00bbidentit\u00e9&rsquo;, charg\u00e9 d&rsquo;un capital lexical aussi n\u00e9gatif. Pas nous, au contraire : c&rsquo;est notre \u00e9tendard. Tout notre combat consiste \u00e0 le mettre au premier plan, \u00e0 l&rsquo;imposer. Comment ? C&rsquo;est la question que nous devons r\u00e9soudre pour rapprocher notre identit\u00e9 per\u00e7ue de l&rsquo;identit\u00e9 voulue par nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Breizh Info<\/em><\/strong> : <em>Vous dites que cette pand\u00e9mie de coronavirus a \u00e9t\u00e9 une b\u00e9n\u00e9diction, expliquez-nous&hellip;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Fran\u00e7ois Bousquet<\/strong> : Si nous sommes des sentinelles guettant le surgissement de l&rsquo;impr\u00e9vu dans l&rsquo;histoire, s&rsquo;effor\u00e7ant au besoin d&rsquo;en h\u00e2ter la venue, alors cet impr\u00e9vu a surgi de nulle part sous les esp\u00e8ces d&rsquo;un coronavirus exotique. On ne sait pas encore s&rsquo;il aura des effets b\u00e9n\u00e9fiques ou mal\u00e9fiques, pour recourir au vocabulaire orphique cher \u00e0 Dominique Venner. C&rsquo;est \u00e0 nous de faire en sorte qu&rsquo;ils soient b\u00e9n\u00e9fiques. D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, ce virus a subitement frein\u00e9 toutes les pollutions &ndash; \u00e9conomiques, touristiques, migratoires. Il a restaur\u00e9 l&rsquo;<em>oikos<\/em> des Grecs, la maison, la maisonn\u00e9e, le lieu d&rsquo;habitation et de production, l\u00e0 o&ugrave; on grandit et on produit, l\u00e0 o&ugrave; on vit et demeure &ndash; l\u00e0 m\u00eame o&ugrave; chacun d&rsquo;entre nous a trouv\u00e9 refuge deux mois durant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comment briser les logiques folles d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration propres \u00e0 la mondialisation, acc\u00e9l\u00e9ration des \u00e9changes et des migrations, du changement des rythmes de vie et du changement des modes de vie, qui font que nos enfants seront bient\u00f4t tatou\u00e9s du clitoris aux narines, qu&rsquo;ils prendront de la coca\u00efne comme on boit du jus d&rsquo;orange, qu&rsquo;ils t\u00e9l\u00e9chargeront toujours plus d&rsquo;applications mongolo\u00efdes, toujours plus vite, en 5G, 6G, 7G ? Comment faire valoir le principe d&rsquo;identit\u00e9, pilier de la philosophie classique et de notre philosophie politique, dans un monde aussi instable, secou\u00e9 en permanence par un mouvement brownien ? Comment les choses qui nous sont ch\u00e8res pourraient-elles \u00eatre et demeurer si elles sont constamment soumises \u00e0 des processus d&rsquo;obsolescence programm\u00e9e et de destruction cr\u00e9atrice ? Il n&rsquo;y aura d\u00e8s lors plus d&rsquo;identit\u00e9 possible, ou alors multiple, comme chez les psychopathes. Cette question &ndash; comment enclencher des processus de d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration sociale et \u00e9conomique ? &ndash; va \u00eatre un des grands enjeux des d\u00e9cennies qui viennent. Or, on n&rsquo;y est absolument pas pr\u00e9par\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les logiques de la mondialisation sont centrifuges. Elles font sortir la Terre de son axe et l&rsquo;homme de son noyau. Elles nous exhominisent, litt\u00e9ralement. Pensez aux trans, \u00e0 l&rsquo;IA, aux d\u00e9lires furieux de la Silicon Valley, \u00e0 Elon Musk, le parton de Tesla, qui vient d&rsquo;appeler son fils &laquo; X A-E A-XII &raquo;, comme une capsule spatiale, comme s&rsquo;il \u00e9tait admis que notre avenir, une fois tout \u00e9puis\u00e9, se trouvait dans un ailleurs stellaire. Pourquoi pas ? Un jour ou l&rsquo;autre, dans un futur lointain, un ast\u00e9ro\u00efde heurtera la Terre. On a choisi de ne pas l&rsquo;attendre. Cet ast\u00e9ro\u00efde, c&rsquo;est nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le mot d&rsquo;ordre, surtout \u00e0 droite, c&rsquo;est &laquo; business as usual &raquo;, les affaires doivent continuer comme avant, mais alors l&rsquo;immigration doit-elle elle aussi se poursuivre comme avant, alors qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9e pendant deux mois ? La droite fran\u00e7aise est de plus en plus un copi\u00e9-coll\u00e9 du Tea Party \u00e9tats-unien. Elle ne s&rsquo;assume plus en tant que telle qu&rsquo;\u00e0 la condition de r\u00e9pudier l&rsquo;ethos authentique qui la fonde : l&rsquo;enracinement dans le foncier, le solide, la profondeur des choses, la mat\u00e9rialit\u00e9 du monde, la c\u00e9l\u00e9bration de la terre et de la ruralit\u00e9, la critique du progr\u00e8s et de l&rsquo;individualisme, l&rsquo;\u00e9loge des communaut\u00e9s organiques, pas synth\u00e9tiques, pas d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9es. Non d\u00e9sormais il semblerait qu&rsquo;on ne jure plus que par le progr\u00e8s, l&rsquo;hyper-connexion : chacun veut la 5G, son &lsquo;crossover&rsquo;, ses vacances au bout du monde, demain son cerveau artificiel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Breizh Info<\/em><\/strong> : <em>Pensez-vous r\u00e9ellement que cette pand\u00e9mie ressuscite l&rsquo;id\u00e9e, aujourd&rsquo;hui m\u00e9pris\u00e9e, presque disparue, de limite ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Fran\u00e7ois Bousquet<\/strong> : Elle l&rsquo;a replac\u00e9e de fait au centre des d\u00e9bats. Face \u00e0 l&rsquo;illimit\u00e9 de notre d\u00e9sir, le limit\u00e9 et le d\u00e9limit\u00e9 du territoire, de la fronti\u00e8re, du g\u00e9nie du lieu. C&rsquo;est l\u00e0 et l\u00e0 seulement, dans un monde non pas r\u00e9tr\u00e9ci, mais red\u00e9ploy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;homme, que pourront s&rsquo;exprimer de nouveau les identit\u00e9s musel\u00e9es. Que scrute l\u00a0\u00bbAth\u00e9na pensive&rsquo; conserv\u00e9e au mus\u00e9e de l&rsquo;Acropole, se demandait Heidegger ? La limite. Il faut citer Heidegger, parce qu&rsquo;en d\u00e9finissant la limite, il d\u00e9finit l&rsquo;identit\u00e9 (et on comprend au passage qu&rsquo;un monde domin\u00e9 par l&rsquo;illimit\u00e9 est un monde sans identit\u00e9) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La limite n&rsquo;est certes pas seulement le contour et le cadre, n&rsquo;est pas seulement le lieu o&ugrave; quelque chose s&rsquo;arr\u00eate. La limite signifie ce par quoi quelque chose est rassembl\u00e9e dans ce qu&rsquo;elle a de propre pour appara&icirc;tre par-l\u00e0 dans sa pl\u00e9nitude. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On r\u00eave d&rsquo;un monde sans limites, sans barri\u00e8res, sans autre obstacle que celui que notre d\u00e9sir aura d\u00e9termin\u00e9, sans signalisation. La limite pas plus que la signalisation routi\u00e8re n&rsquo;interdisent la circulation, elles la r\u00e9gulent. Mais il y a des gens qui pensent qu&rsquo;on roulerait mieux sans code de la route ni limitation de vitesse. On appelle cela des lib\u00e9raux. La signalisation routi\u00e8re constitue \u00e0 leurs yeux une entrave scandaleuse \u00e0 la libert\u00e9 de circuler. Pour eux, il n&rsquo;y a ni <em>hubris<\/em>, ni risques, ni pr\u00e9cautions \u00e0 prendre. Le risque est au fondement de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 du capital, puisque ceux qui le prennent &ndash; le syst\u00e8me \u00e9conomico-financier &ndash; font peser tout le poids de leurs d\u00e9cisions sur ceux qui en subissent les cons\u00e9quences &ndash; vous et moi. Bref, le risque est d&rsquo;autant plus grand que ceux qui en sont \u00e0 l&rsquo;origine se refusent \u00e0 en assumer la responsabilit\u00e9. Pour eux, la peur est au-dessus de leurs moyens, fussent-ils colossaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Breizh Info<\/em><\/strong> : <em>N&rsquo;avez-vous pas l&rsquo;impression d&rsquo;assister parall\u00e8lement \u00e0 un cas pratique, et mondial, d&rsquo;ing\u00e9nierie sociale ? Comment expliquer cette facilit\u00e9 avec laquelle les gouvernants sont parvenus, via la peur et les m\u00e9dias, \u00e0 dominer 90% des masses (confinement, masque obligatoire, brimades en tout genre&hellip;) ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Fran\u00e7ois Bousquet<\/strong> : Mais au d\u00e9but, tout le monde a eu peur. Qu&rsquo;on ne vienne pas me dire le contraire. Il suffit de rappeler avec quelle c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 chacun a regagn\u00e9 son terrier, guid\u00e9 par le s&ucirc;r instinct animal de la fuite. La peur a toujours \u00e9t\u00e9 un des plus puissants moteurs de l&rsquo;histoire. Rien de nouveau sous le soleil. De mon c\u00f4t\u00e9, quitte \u00e0 surprendre, je fais l&rsquo;hypoth\u00e8se inverse de celle des complotistes, \u00e0 savoir que les gouvernants ont encore plus peur que les gouvern\u00e9s. Ils sont d\u00e9sempar\u00e9s, ne savent pas quoi faire, faute d&rsquo;\u00eatre l\u00e9gitimes, faute d&rsquo;\u00eatre confort\u00e9s par les sondages. Quoi qu&rsquo;ils fassent, ils sont coinc\u00e9s, pour avoir \u00e9puis\u00e9 le peu de cr\u00e9dit qu&rsquo;il leur restait et renonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;essence du politique : la d\u00e9cision. S&rsquo;ils surprot\u00e8gent les populations, on leur reproche de les infantiliser ; s&rsquo;ils sont pusillanimes, on leur reproche d&rsquo;\u00eatre impr\u00e9voyants. Quels int\u00e9r\u00eats objectifs auraient-ils eu \u00e0 saborder l&rsquo;\u00e9conomie ? C&rsquo;est la derni\u00e8re chose qui les maintient en place. Ils savent tous que si l&rsquo;\u00e9conomie s&rsquo;arr\u00eate trop longtemps, ils finiront pendus \u00e0 un gibet. Il n&rsquo;est pas possible que Macron ait oubli\u00e9 sa fuite honteuse du Puy-en-Velay en d\u00e9cembre 2018 sous les hu\u00e9es, poursuivis par des Gilets jaunes. Dans ces cas-l\u00e0, vous pensez forc\u00e9ment \u00e0 Saddam Hussein, \u00e0 la fuite \u00e0 Varennes, \u00e0 Louis XVI d\u00e9guis\u00e9 en valet de chambre. Ces images doivent vous hanter, vous r\u00e9veiller au milieu de la nuit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le contr\u00f4le social, le vrai, pas celui fantasm\u00e9, c&rsquo;est de nous maintenir dans un \u00e9tat d&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude volontaire pour continuer de produire-acheter-jeter jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9puisement de tout, des ressources, des hommes, du sens. Le vrai contr\u00f4le social, c&rsquo;est tout ce qui concourt \u00e0 nous faire croire que la soci\u00e9t\u00e9 ne peut pas \u00eatre autrement que ce qu&rsquo;elle est, qu&rsquo;il est normal de continuer \u00e0 aller au bout du monde pour tremper ses pieds dans une eau turquoise, de consommer sans fin jusqu&rsquo;\u00e0 tout consumer. Est-ce que les GAFA ont besoin du confinement pour fermer des comptes \u00e0 tout-va ; les m\u00e9dias centraux pour nous enfumer ; les marques pour nous formater ; la loi pour nous b\u00e2illonner ; les politiques pour voler notre vote ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;un lib\u00e9ral-libertaire authentique et cons\u00e9quent &ndash; l&rsquo;esp\u00e8ce est rare, un Gaspard Koenig par exemple &ndash; se prononce contre le contr\u00f4le social, c&rsquo;est somme toute logique, mais nous, \u00eatres communautaires, savons pertinemment qu&rsquo;il y a un contr\u00f4le social n\u00e9cessaire et l\u00e9gitime, exerc\u00e9 par le &laquo; surmoi &raquo; de chaque soci\u00e9t\u00e9, int\u00e9rioris\u00e9 par chacun d&rsquo;entre nous. Il ne doit pas \u00eatre envahissant &ndash; totalitaire &ndash;, aucune soci\u00e9t\u00e9 ne pouvant \u00eatre totalement transparente \u00e0 elle-m\u00eame, mais on ne saurait en faire l&rsquo;\u00e9conomie. Tout d\u00e9pend qui l&rsquo;exerce : le surmoi communautaire ou l&rsquo;&oelig;il de Big Brother ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Breizh Info<\/em><\/strong> : <em>En quoi ce livre constitue-t-il pour vous &laquo; une sorte de grand \u00e9cart entre le mar\u00e9chal P\u00e9tain et Michel Foucault, th\u00e9oricien de la biopolitique &raquo; ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Fran\u00e7ois Bousquet<\/strong> : Parce qu&rsquo;il emprunte son titre \u00e0 Michel Foucault et \u00e0 son concept de biopouvoir ; et son sous-titre \u00e0 la triade p\u00e9tainiste. La biopolitique postule que la modernit\u00e9, \u00e0 partir du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, a conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la vie humaine une valeur qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas jusque-l\u00e0. Ce qui comptait alors, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;au-del\u00e0, la cit\u00e9 c\u00e9leste. D\u00e9sormais, ce sera la cit\u00e9 terrestre, le culte de l&rsquo;individu, de l&rsquo;hygi\u00e8ne, de la bonne sant\u00e9, de la long\u00e9vit\u00e9, de la protection des populations. Se placer sous les auspices de Foucault et de P\u00e9tain, c&rsquo;est une mani\u00e8re de camper sur une ligne de cr\u00eate o&ugrave; peut s&rsquo;op\u00e9rer, qui sait, la jonction de l&rsquo;avant-garde et de l&rsquo;arri\u00e8re-garde. Cela \u00e9tant dit, Michel Foucault est-il d&rsquo;avant-garde, lui qui est le penseur officiel, acad\u00e9mique, f\u00e9tichis\u00e9, de la d\u00e9construction ? Le mar\u00e9chal P\u00e9tain n&rsquo;a pas droit aux m\u00eames \u00e9gards, surtout depuis que Fran\u00e7ois Mitterrand n&rsquo;est plus l\u00e0 pour fleurir sa tombe \u00e0 l&rsquo;&Icirc;le d&rsquo;Yeu chaque 11 novembre. Si du reste ce &laquo; grand \u00e9cart &raquo; doit d\u00e9ranger, c&rsquo;est seulement les foucaldiens, leur n\u00e9o-mar\u00e9chalisme fun, leurs d\u00e9votions de chaisi\u00e8res devant la parole oraculaire du &laquo; ma&icirc;tre &raquo;. Pensez au triolisme, pas qu&rsquo;intellectuel, d&rsquo;&Eacute;douard Louis, alias Eddy Sale Gueule, de Didier Eribon, de Geoffroy de la Ganache.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Breizh Info<\/em><\/strong> : <em>Parlez-nous de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire de votre maison d&rsquo;\u00e9dition, et de la Nouvelle librairie ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Fran\u00e7ois Bousquet<\/strong> : Nous poursuivons notre gu\u00e9rilla culturelle suivant la m\u00eame strat\u00e9gie : l&rsquo;asym\u00e9trie, le choix de la rupture contre la connivence. C&rsquo;est la bonne strat\u00e9gie, je crois, mais on doit la parfaire, l&rsquo;intensifier, chercher plus de points de contact et de friction avec l&rsquo;adversaire, \u00eatre plus offensif. Comment se d\u00e9multiplier pour se projeter sur tous les th\u00e9\u00e2tres ? Comment m\u00e9diatiser nos actions ? Nous faire conna&icirc;tre ? Changer d&rsquo;ordre de grandeur ? Comment devenir viral, contagieux ? R\u00e9fl\u00e9chissons en termes de viralit\u00e9, de marketing des id\u00e9es, d&rsquo;efficacit\u00e9, de visibilit\u00e9. Quels sont les moyens dont on dispose pour se renouveler, se r\u00e9inventer, se projeter sur de nouveaux th\u00e9\u00e2tres d&rsquo;op\u00e9ration ; pour enrichir notre r\u00e9pertoire d&rsquo;interventions publiques ; pour gagner en efficacit\u00e9 ? Il faut gagner l&rsquo;opinion publique. Elle ne demande qu&rsquo;\u00e0 basculer de notre c\u00f4t\u00e9, mais comment la toucher, comment acc\u00e9der aux c&oelig;urs et aux esprits ? De deux choses l&rsquo;une, ou on est une arri\u00e8re-garde, poussi\u00e9reuse, qui sent l&rsquo;encaustique et les odeurs de cuisine &ndash; alors nous sommes morts ou en passe de l&rsquo;\u00eatre &ndash;, ou bien on est une avant-garde. J&rsquo;en r\u00eave. On ne l&rsquo;est pas assez. Si on se donne les moyens d&rsquo;\u00eatre une avant-garde, on s&rsquo;inscrit dans une dynamique positive, on se donne les moyens de peser sur le cours de choses. &Ecirc;tre une avant-garde au sens artistique et politique du terme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Nouvelle Librairie visait \u00e0 reprendre pied au Quartier latin. C&rsquo;est chose faire, trop modestement certes, encore trop timidement. Mais le Quartier latin n&rsquo;est plus cette ZAR qu&rsquo;il \u00e9tait au d\u00e9but pour nous, une zone \u00e0 reconqu\u00e9rir, \u00e0 reprendre, \u00e0 r\u00e9investir. La ZAR, c&rsquo;est notre civilisation. Il faut la r\u00e9investir intellectuellement, \u00e9ditorialement, id\u00e9ologiquement. C&rsquo;est l&rsquo;objectif des \u00e9ditions. Ne plus se contenter du Quartier latin. S&rsquo;imposer comme l&rsquo;\u00e9diteur des dissidents, du renouveau, de la reconqu\u00eate. Convaincre les gens qu&rsquo;il se passe quelque chose. Toujours occuper, investir l&rsquo;actualit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Adoss\u00e9e \u00e0 &lsquo;&Eacute;l\u00e9ments&rsquo;, la maison d&rsquo;\u00e9ditions est d\u00e9j\u00e0 riche d&rsquo;une quinzaine de titres. Une dizaine d&rsquo;autres viendront la grossir \u00e0 la rentr\u00e9e. Notre partenariat avec l&rsquo;Institut Iliade s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re avec deux collections &laquo; Longue m\u00e9moire &raquo; &ndash; et des auteurs comme Guillaume Travers, Jean-Fran\u00e7ois Gautier, Philippe Conrad &ndash; et &laquo; Cartouches &raquo; que Jean-Yves Le Gallou va \u00e9trenner. Et un d\u00e9partement Jeunesse sous la houlette d&rsquo;Anne-Laure Blanc. Nous allons m\u00eame co\u00e9diter avec l&rsquo;Institut Iliade un livre-manifeste, &lsquo;Pour un r\u00e9veil europ\u00e9en&rsquo;, et une anthologie de Nietzsche, travail d&rsquo;un auditeur d&rsquo;une des promotions de l&rsquo;Institut. Nous lan\u00e7ons \u00e9galement d\u00e9but septembre une collection avec l&rsquo;Ojim, l&rsquo;Observatoire du journalisme, qui sera dirig\u00e9e par Claude Chollet. Ajoutez-y nos propres publications : Alain de Benoist, Julien Langella, Bruno Lafourcade, etc. ; et des ressuscit\u00e9s, Julius Evola, Jean Cau et une collection c\u00e9linienne&hellip; Bref, nous faisons feu de tout bois. On n&rsquo;est pas en situation de g\u00e9rer de la raret\u00e9, on doit g\u00e9rer de l&rsquo;abondance, \u00eatre omnipr\u00e9sent, n&rsquo;\u00e9tant pas suffisamment visible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous p\u00e9n\u00e9trons toujours par effraction dans l&rsquo;actualit\u00e9, en for\u00e7ant les portes, sans carton d&rsquo;invitation. Nous ne sommes jamais les bienvenus. Nous sommes des clandestins m\u00e9diatiques ! Quelle strat\u00e9gie d&rsquo;effraction mettre en &oelig;uvre ? Nous devons \u00eatre des sp\u00e9cialistes de l&rsquo;effraction m\u00e9diatique dont le butin n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que du temps de parole. Comment d\u00e9rober du temps de parole \u00e0 notre ennemi ? Nous sommes condamn\u00e9s aux coups d&rsquo;\u00e9clat, \u00e0 entrer de force dans l&rsquo;actualit\u00e9. Nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;autre choix. C&rsquo;est le mot de Stendhal dans &lsquo;La Chartreuse de Parme&rsquo; : la politique comme un coup de pistolet dans une &oelig;uvre litt\u00e9raire. Nous devons \u00eatre comme un coup de pistolet dans ce concert de louanges, de b\u00eatises et d&rsquo;indignations permanentes qu&rsquo;est la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, du vivre ensemble et de la distanciation sociale !<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Propos recueillis par Yann Vallerie<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les joies du confinement Le Covid19 est un sujet sans fin et qui est avec nous pour longtemps, tr\u00e8s longtemps, &ndash; pour un temps disproportionn\u00e9 par rapport \u00e0 sa r\u00e9elle importance sanitaire, &ndash; en m\u00eame temps qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement crisique inattendu d&rsquo;une extr\u00eame importance du fait des conditions o&ugrave; il intervient, &ndash; et, de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[20215,20214,20217,17879,14212],"class_list":["post-79430","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-apres-systeme","tag-bousquet","tag-contre-globalisation","tag-covid19","tag-elements"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79430","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79430"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79430\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79430"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79430"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79430"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}