{"id":79576,"date":"2020-12-22T14:28:47","date_gmt":"2020-12-22T14:28:47","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/12\/22\/mon-confinement-goulag\/"},"modified":"2020-12-22T14:28:47","modified_gmt":"2020-12-22T14:28:47","slug":"mon-confinement-goulag","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2020\/12\/22\/mon-confinement-goulag\/","title":{"rendered":"Mon confinement-<em>Goulag<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Mon confinement-<em>Goulag<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>22 d\u00e9cembre 2020 &ndash; Il y a quelques temps, musardant sur une cha&icirc;ne-TV d&rsquo;histoire, je tombai sur un documentaire sur le printemps de Prague. (1968 en Tch\u00e9coslovaquie, avec coup d&rsquo;arr\u00eat le 21 ao&ucirc;t, pour les G\u00e9n\u00e9rations W, X, Y et Z qui n&rsquo;ont pas suivi, accapar\u00e9s par leurs le\u00e7ons de chose du programme wokeniste d&rsquo;\u00e9rasement des statues.) Voil\u00e0 le d\u00e9cor plant\u00e9, pour ceux qui n&rsquo;ont plus de contact ni d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les choses du pass\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le cours du film, le documentaire montre une r\u00e9union fi\u00e9vreuse et enthousiaste (en avril 68, je crois), dite de \u00ab\u00a0la parole lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb, tant acclam\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Ouest o&ugrave; l&rsquo;on tenait alors, o&ugrave; l&rsquo;on tient toujours la libert\u00e9 en sautoir pour les smokings des salons ; divers officiels du Parti, eux-m\u00eames lib\u00e9r\u00e9s et chantant le printemps, intervenaient au c\u00f4t\u00e9 de dissidents. Je me rappelle de l&rsquo;intervention de l&rsquo;une d&rsquo;entre ces officiels, dans le brouhaha g\u00e9n\u00e9ral, puis le silence se faisant&#8230; Je retranscris ce qu&rsquo;elle a dit, loin du <em>verbatim<\/em>, mais avec parfaitement restitu\u00e9 l&rsquo;esprit de la chose, tant j&rsquo;ai ressenti ce sentiment et cette id\u00e9e avec force, que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9s \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais une dignitaires du Parti. Je suis tomb\u00e9e \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autres des purges des ann\u00e9es cinquante ; soup\u00e7onn\u00e9e ou d\u00e9nonc\u00e9e, peu importe, ou bien pour satisfaire aux quotas ; d&rsquo;ailleurs, moi-m\u00eame \u00e9puis\u00e9e par la souffrance du devoir de conformisme, de l&rsquo;automatisme des paroles d&rsquo;une incroyable m\u00e9diocrit\u00e9, veulerie, soumission aux imb\u00e9ciles&#8230; Exp\u00e9di\u00e9e dans un camp, avec d&rsquo;autres camarades, pendant qu&rsquo;\u00e0 telle ou telle occasion le Parti reprenait les choses en main, contre les r\u00e9visionnistes &lsquo;contre-r\u00e9volutionnaires&rsquo; ou autres, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Eh bien, je vous le dis, dans ce camp o&ugrave; par bonheur il n&rsquo;y avait pas de consigne pressante de liquidation, o&ugrave; je pouvais c\u00f4toyer d&rsquo;autres purg\u00e9s, je me suis senti bien plus libre que je ne me ressentais lorsque j&rsquo;\u00e9tais &lsquo;en libert\u00e9&rsquo;, dans mon bureau et dans les Congr\u00e8s du Parti&#8230; Bien plus libre, vous comprenez le paradoxe terrifiant ! Moi, emprisonn\u00e9e dans un de leurs camps, me sentais bien plus libre que dans les m\u00e9andres de soumission des bureaux du Parti !\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Applaudissements, enthousiasme apr\u00e8s un instant de silence, magie du printemps de Prague qui ne dura qu&rsquo;une seule saison et qu&rsquo;on ne revit jamais malgr\u00e9  la &lsquo;R\u00e9volution de velours&rsquo; d&rsquo;un Havel qui commen\u00e7ait \u00e0 perdre cette puret\u00e9 juv\u00e9nile du dissident face au Syst\u00e8me&#8230; Je suis s&ucirc;r que j&rsquo;en rajoute un peu dans le discours de cette dame anonyme, mais l&rsquo;esprit est l\u00e0. Aujourd&rsquo;hui, pass\u00e9e des cadres du Parti au Goulag tch\u00e9coslovaque puis \u00e0 la &lsquo;lib\u00e9ration&rsquo; postcommuniste et pr\u00e9capitaliste, elle doit \u00eatre d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, &ndash; peut-\u00eatre m\u00eame l&rsquo;est-elle du Covid19, qui pourrait bien \u00eatre notre Tchernobyl&#8230; Paix \u00e0 l&rsquo;\u00e2me d\u00e9chir\u00e9e et violent\u00e9e de cette dame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ne peux pas ne pas mettre en vis-\u00e0-vis ce sentiment paradoxal de \u00ab\u00a0la libert\u00e9 l\u00e0 o&ugrave; le Syst\u00e8me vous prive de votre libert\u00e9\u00a0\u00bb avec l&rsquo;une des anecdotes que le pauvre Chostakovitch confia \u00e0 son m\u00e9morialiste en 1978. Il avait v\u00e9cu pendant des d\u00e9cennies \u00e0 l&rsquo;ombre pressante et torturante de Staline, qui exigeait de lui une \u00ab\u00a0musique populaire et socialiste\u00a0\u00bb c\u00e9l\u00e9brant telle ou telle des r\u00e9alisations du g\u00e9nial Ing\u00e9nieur des &Acirc;mes. Le visage tortur\u00e9 et tragique du compositeur porte les stigmates de ses souffrances ; il est, si vous voulez, l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un de ces \u00ab\u00a0moutons\u00a0\u00bb \u00e0 qui d&rsquo;exigeants et moralistes observateurs ind\u00e9pendants reprochent aujourd&rsquo;hui de ne pas se r\u00e9volter, armes \u00e0 la main, contre la dictature du Syst\u00e8me. Chostakovitch \u00e9tait l&rsquo;une de ces \u00ab\u00a0servitudes volontaires\u00a0\u00bb, et il rappelait \u00e0 son m\u00e9morialiste que l&rsquo;une des plus affreuses souffrances \u00e9tait ces Congr\u00e8s du Parti, ou de telle ou telle Union, \u00e0 laquelle assistait le Grand-Staline. A la fin de chacun de ses discours, il fallait applaudir en <em>standing ovation<\/em>, \u00e0 se faire mal aux mains d&rsquo;enthousiasme et d&rsquo;ardeur&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; <em>Le NKVD patrouillait entre les trav\u00e9es, surveillant les uns et les autres, et le premier qui arr\u00eatait d&rsquo;applaudir, souvent par \u00e9puisement, \u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral bon pour le Goulag<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ne dis pas que je m&rsquo;agite entre <em>Goulag<\/em>, Staline et NKVD, et encore moins avec Chostakovitch qui, lui, m&rsquo;a toujours paru un personnage si tragique et si vuln\u00e9rable \u00e0 la fois, ce portrait de l&rsquo;artiste confront\u00e9 au Moloch, \u00e0 <em>L\u00e9viathan.<\/em>.. Pourtant, qui pourra jamais se permettre d&rsquo;oublier Chostakovitch ? Borges, certainement pas&#8230; Voici la r\u00e9ponse que Georges Steiner fit \u00e0 une question portant sur une de ses remarques (&laquo; <em>Ce n&rsquo;est pas un hasard si les po\u00e8tes louent les tyrans<\/em> &raquo;) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Quand les p\u00e9ronistes sont revenus au pouvoir en Argentine, l&rsquo;ambassadeur am\u00e9ricain a propos\u00e9 \u00e0 Jos\u00e9-Luis Borges, qui \u00e9tait biblioth\u00e9caire \u00e0 Buenos Aires, de venir aux Etats-Unis et d&rsquo;occuper \u00e0 Harvard la grande chaire qui porte le nom du po\u00e8te Charles Eliot Norton. Borges a souri comme seul un aveugle peut sourire et r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0Vous ne comprenez pas, monsieur l&rsquo;ambassadeur, la torture est la m\u00e8re de la m\u00e9taphore.\u00a0\u00bb C&rsquo;est terrible comme phrase, mais c&rsquo;est vrai. Le grand po\u00e8te, l&rsquo;\u00e9crivain est l&rsquo;opposant par excellence. Il oppose ce qui pourrait \u00eatre \u00e0 ce qui est. Mais dans une soci\u00e9t\u00e9 o&ugrave;, selon le mot du philosophe am\u00e9ricain Richard Rorty, \u00ab\u00a0anything goes\u00a0\u00bb, il devient difficile au po\u00e8te de cr\u00e9er un contre-monde. J&rsquo;ai eu une altercation cinglante avec Joseph Brodsky<\/em> [Prix Nobel am\u00e9ricain d&rsquo;origine russe, d\u00e9port\u00e9 par le r\u00e9gime sovi\u00e9tique puis contraint \u00e0 l&rsquo;exil, en 1972]<em>. Lui trouvait que le prix pay\u00e9 pour son &oelig;uvre avait \u00e9t\u00e9 trop \u00e9lev\u00e9. Aucune ne vaut la souffrance et Brodsky a toute la l\u00e9gitimit\u00e9 pour l&rsquo;affirmer. Je n&rsquo;ai pas le droit moral de soutenir le contraire. Et pourtant, je le ressens. La d\u00e9mocratie sait-elle favoriser cet acte de r\u00e9bellion, de r\u00e9volte int\u00e9rieure qui est au c&oelig;ur de la grande litt\u00e9rature et de l&rsquo;art ?<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Eh bien, ma r\u00e9ponse est positive, \u00e0 la derni\u00e8re question de Steiner ; c&rsquo;est quand la d\u00e9mocratie se grime en dictature avec un d\u00e9corum qui ne devrait tromper personne, dans des v\u00eatements d&rsquo;apparat, je veux dire derri\u00e8re un masque, et s&rsquo;appuyant sur un discours qui empile les <em>narrative <\/em>sur les simulacres, c&rsquo;est alors que la d\u00e9mocratie se r\u00e9v\u00e8le pour ce qu&rsquo;elle est. Je pense que Steiner n&rsquo;a pas, me semble-t-il,  r\u00e9alis\u00e9 pleinement cela, combien cette d\u00e9mocratie o&ugrave; nous vivons est un simulacre de d\u00e9mocratie, et derri\u00e8re ses apparences, une dictature du Syst\u00e8me, que ce soit par les masques, par la corruption, par la bienpensance, par la communication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Je pense la m\u00eame chose des intellectuels [tel un <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/constat-de-finkielkraut\">Finkielkraut<\/a>, tel un Debray], dont pourtant la parole est proche de la mienne \u00e0 bien, bien des \u00e9gards et parfois \u00e9clairante certes, qui fustigent toute cette barbarie qui nous enserre et nous assi\u00e8ge, mais qui continuent \u00e0 s&rsquo;enivrer, pas d&rsquo;autres mots, de termes tels que &lsquo;d\u00e9mocratie&rsquo;, &lsquo;R\u00e9publique&rsquo;, &lsquo;la\u00efcit\u00e9&rsquo;, en croyant \u00e0 leur existence principielle. Dans ces moments et sur ces sujets, ils montrent une telle \u00e9tonnante na\u00efvet\u00e9 et, souvent manquent de logique : un Finkielkraut, pour d\u00e9noncer le complotisme, s&rsquo;appuie sur cette id\u00e9e du &laquo; <em>Nihil est sine Ratione<\/em> &raquo; [&laquo; <em>Rien n&rsquo;est sans Raison<\/em> &raquo;], qu&rsquo;il d\u00e9nonce comme l&rsquo;extr\u00e9misme de la Raison lorsque la raison est donn\u00e9e comme <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Principe_de_raison_suffisante\">absolument suffisante<\/a> ; mais je ne vois pas qu&rsquo;autre chose que la Raison [<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-crisis-la-crise-de-la-raison-humaine-1\">raison-subvertie<\/a>] puisse soutenir la d\u00e9mocratie h\u00e9rit\u00e9e plus des Lumi\u00e8res que des Grecs ; et donc dictature [de la Raison-subvertie] il y a, et la Raison seule y suffit ; et toutes leurs tentatives [de ces intellectuels] de sacralisation principielle [&lsquo;d\u00e9mocratie&rsquo;, &lsquo;R\u00e9publique&rsquo;, &lsquo;la\u00efcit\u00e9&rsquo;] n&rsquo;y changeront rien&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On sait que, pour moi, le confinement n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience in\u00e9dite. Je l&rsquo;ai dit et redit, et notamment \u00e9crit dans les pages de ce <em>Journal<\/em>, le confinement c&rsquo;est un peu mon destin, et le moyen pour moi de lutter contre le Syst\u00e8me dans ma vie courante, de me replier dans mon petit <em>Goulag <\/em>pour y go&ucirc;ter et me servir de la v\u00e9ritable libert\u00e9 dont ils ne m&rsquo;offrent plus qu&rsquo;une caricature absolument risible et ridicule, au gr\u00e9 de leurs errances et de leurs d\u00e9cisions sanitaires, dans les rues surcharg\u00e9es de silence et d&rsquo;absence, ou bien plong\u00e9s dans la caillasserie, la haine et la rage de l&rsquo;absence de loi et de l&rsquo;absence d&rsquo;ordre&#8230; Il faut comprendre que leur d\u00e9l\u00e9gitimation, leur effondrement du caract\u00e8re, la zombification de ces dirigeants s&rsquo;intitulant d\u00e9mocratiques en un monstrueux hold-up valent bien (voir <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/harvard-1978-le-defi-premonitoire-desoljenitsyne\">Soljenitsyne<\/a>), en plus insidieusement <em>soft <\/em>certes mais cela se discute quant aux contraintes de la psychologie, celles des tch\u00e9kistes-tortureurs de Staline ; les deux, consid\u00e9rant o&ugrave; nous en sommes nous-m\u00eames arriv\u00e9s surtout en cette ann\u00e9es 2020, conduisent \u00e0 notre terrorisation&#8230; <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-confinement-de-lame\">Mon confinement<\/a> devient, dans ce cas, ma tranch\u00e9e de Verdun :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Je n&rsquo;ai pas peur du confinement ni n&rsquo;en souffre nullement. Pour vous dire le vrai, par nature et par la nature de mon travail que je consid\u00e8re comme une mission, je me suis confin\u00e9 moi-m\u00eame depuis des ann\u00e9es et des ann\u00e9es, peut-\u00eatre bien depuis 30 ans dans l&rsquo;esprit de la chose. Sur le tard, je suis devenu intransigeant et ne veux plus rien voir du monde de cette \u00e9poque \u00ab\u00a0\u00e9trange et monstrueuse\u00a0\u00bb que je n&rsquo;aime pas jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ignorer absolument comme l&rsquo;on d\u00e9daigne, &ndash; curieusement et paradoxalement jugeront certains, bien que mon m\u00e9tier soit de la conna&icirc;tre dans tous ses \u00e9tats et dans tous ses vices, ce que je fais bien plus et bien mieux que tant et tant d&rsquo;\u00eatres qui y vivent comme l&rsquo;on s&rsquo;y vautre.<\/em><\/p>\n<p>&raquo; <em>Ainsi puis-je vous dire que l&rsquo;on peut faire de belles et saines choses dans une \u00e9pop\u00e9e de confinement. Il importe que ce confinement que le monde (le Syst\u00e8me) vous impose, vous en fassiez une forme de refus de ce monde (le Syst\u00e8me). Un confinement n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement l&rsquo;acquiescement d&rsquo;une servilit\u00e9, &ndash; seuls les esprits prompts \u00e0 se soumettre peuvent y songer, &ndash; cela peut \u00eatre aussi la d\u00e9fiance in\u00e9branlable de la r\u00e9sistance<\/em>.<\/p>\n<p>&raquo; <em>Vous ai-je dit le moment le plus heureux, le plus joyeux de ma journ\u00e9e ? Le matin, \u00e0 la fine pointe de l&rsquo;aube, ma chienne Marie et moi. Pas un bruit, plus rien de ce grondement sourd du trafic de la grande nationale dans la vall\u00e9e, aucune train\u00e9e de condensation dans le grand ciel bleu, pas une voiture dans mes petits chemins de fortune menant \u00e0 la for\u00eat, l\u00e0-bas, tout pr\u00e8s, rien que la nature qui chante (les oiseaux n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 si joyeux et si bavards)&#8230; Alors, je r\u00eave un peu, &ndash; \u00ab\u00a0R\u00eavons un peu\u00a0\u00bb, disait Sacha ; le jour o&ugrave; ils ordonneront, triomphants et \u00e9puis\u00e9s, la fin du Grand Confinement, leur r\u00e9pondre avec un amical doigt d&rsquo;honneur, pour leur dire : \u00ab\u00a0Non non, nous continuons comme nous avons appris \u00e0 vivre, d&rsquo;une nouvelle fa\u00e7on, avec quelques petits am\u00e9nagements, notre propre organisation vous voyez, c&rsquo;est tout&#8230; Sortis du Syst\u00e8me et confin\u00e9s hors de lui, nous ne voulons plus y retourner, car que ferions-nous d&rsquo;une \u00e9quip\u00e9e d\u00e9sol\u00e9e au milieu du champ des ruines de la modernit\u00e9 ?\u00a0\u00bb<\/em>  &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chostakovitch raconte aussi comment, paradoxe des paradoxes, l&rsquo;attaque allemande de l&rsquo;Op\u00e9ration <em>Barbarossa<\/em> transforma brusquement l&rsquo;atmosph\u00e8re. La direction sovi\u00e9tique, et Staline lui-m\u00eame, furent s\u00e9rieusement \u00e9branl\u00e9s par la soudainet\u00e9 de l&rsquo;attaque, jusqu&rsquo;\u00e0 des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs selon certains ; au bout de 3-4 semaines Staline fit un discours fameux o&ugrave; il en appela au peuple russe, \u00e0 ses mannes, aux tsars, aux glorieux g\u00e9n\u00e9raux de son histoire, comme Koutouzov qui vainquit la Grande arm\u00e9e. &laquo; <em>Soudain, c&rsquo;est comme si l&rsquo;on avait lib\u00e9r\u00e9 la parole<\/em> &raquo;, expliqua Chostakovitch, qui rapporta que d\u00e9sormais, dans cette parenth\u00e8se monstrueuse et h\u00e9ro\u00efque, tout le monde se parlait sans crainte d&rsquo;\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9, ne craignait plus de proclamer son patriotisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Russie s&rsquo;\u00e9tait, pendant le temps de la Grande Guerre Patriotique pour laquelle elle donna 26 millions de morts, lib\u00e9r\u00e9e de sa <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/maturite-de-la-postverite\">postv\u00e9rit\u00e9<\/a> \u00e0 elle, elle \u00e9tait sortie de son confinement pour plonger dans la guerre. Comme l&rsquo;on voit, les m\u00e9thodes varient, mais il y a une certaine constance dans le combat ; il suffit que vous sachiez regarder le fond des choses en vous lib\u00e9rant de l&rsquo;apparence&#8230;.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon confinement-Goulag 22 d\u00e9cembre 2020 &ndash; Il y a quelques temps, musardant sur une cha&icirc;ne-TV d&rsquo;histoire, je tombai sur un documentaire sur le printemps de Prague. 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