{"id":79935,"date":"2021-10-11T14:21:04","date_gmt":"2021-10-11T14:21:04","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2021\/10\/11\/la-crise-des-deux-pouvoirs\/"},"modified":"2021-10-11T14:21:04","modified_gmt":"2021-10-11T14:21:04","slug":"la-crise-des-deux-pouvoirs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2021\/10\/11\/la-crise-des-deux-pouvoirs\/","title":{"rendered":"La crise des deux pouvoirs"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">La crise des deux pouvoirs<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Articles du 11 octobre 2021. &bull; L&rsquo;arr\u00eat de la Cour constitutionnelle polonaise du 7 octobre (r\u00e9)affirme la primaut\u00e9 du droit national polonais sur le droit europ\u00e9en. &bull; Fureur bruxelloise, <strong>mais juridiquement bien contestable<\/strong> parce que la primaut\u00e9 du droit europ\u00e9en n&rsquo;est <strong>nulle part juridiquement act\u00e9e et accept\u00e9e<\/strong>. &bull; La d\u00e9cision polonaise <strong>poursuit et accentue une tendance grandissante<\/strong> des &Eacute;tats-membres de contestation des pr\u00e9tentions europ\u00e9ennes. &bull; C&rsquo;est le c&oelig;ur du d\u00e9bat sur l&rsquo;imposture des pr\u00e9tentions europ\u00e9ennes. &bull; Contributions : <em>dedefensa.org<\/em> et Pierre L\u00e9vy.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 l&rsquo;importance de la d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle polonaise du 7 octobre, dans ce cas par rapport au rude d\u00e9bat fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;approche des pr\u00e9sidentielles d&rsquo;avril 2022. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 propos du fait qu&rsquo;un certain nombre de candidats (de droite, \u00e0 l&rsquo;imitation de Zemmour) mettent dans leur programme un r\u00e9f\u00e9rendum sur l&rsquo;immigration dont le r\u00e9sultat et les effets pourraient contredire compl\u00e8tement les directives europ\u00e9ennes dans ce domaine. Cela nous <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/z-et-la-tectonique-furieuse\">faisait \u00e9crire<\/a>, \u00e0 propos de cette affaire polonaise prise comme exemplaire du mouvement g\u00e9n\u00e9ral de tentative de reprise de leur souverainet\u00e9 par les pays-membres de l&rsquo;UE :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Si l&rsquo;on \u00e9coute simplement le d\u00e9bat, qui est en fait une explication de texte coordonn\u00e9e de Charlotte d&rsquo;Ornellas et de Benjamin Morel, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=EW6H9YT3xXA\">avant-hier sur Europe1<\/a>, on mesure le vertigineux imbroglio, l&rsquo;impasse totale qui oppose les deux l\u00e9gislations, entre la sup\u00e9riorit\u00e9 (europ\u00e9enne) absolument proclam\u00e9e et la souverainet\u00e9 (nationale) r\u00e9affirm\u00e9e avec une terrible volont\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Ainsi faut-il voir que ce s\u00e9isme qui secoue la France n&rsquo;est pas seulement une affaire fran\u00e7aise, mais \u00e0 tout le moins europ\u00e9enne, et sans doute m\u00eame, bien au-del\u00e0, au c&oelig;ur de la <a href=\"https:\/\/duckduckgo.com\/?t=ffab&#038;q=langue+fran%C3%A7oise&#038;iax=images&#038;ia=images\">Grande Crise<\/a> d&rsquo;Effondrement du Syst\u00e8me. Comme \u00e0 propos, deux affaires ou d\u00e9veloppements en-cours vont parfaitement dans ce sens.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>&bull; Il y a  l&rsquo;affaire polonaise, qui va directement au c&oelig;ur du probl\u00e8me de la structure juridique de la souverainet\u00e9 nationale contre la supranationalit\u00e9s<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>De fait, depuis le 7 octobre, la d\u00e9cision polonaise pour ce qu&rsquo;elle est et pour les acteurs qu&rsquo;elle met en jeu, est comment\u00e9e avec passion, notamment sous les coups de la d\u00e9nonciation furieuse par le camp europ\u00e9iste et progressiste. Dans ce cas, il ne s&rsquo;agit pas directement de l\u00e9galit\u00e9 ni de souverainet\u00e9, mais de l&rsquo;id\u00e9ologisation de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-laffectivisme-postmoderne\">affectivisme<\/a> ; on ne s&#8217;embarrasse d&rsquo;aucun artifice, puisqu&rsquo;on <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=iLCx7LE5c3s\">met en cause la l\u00e9galit\u00e9<\/a> de cette Cour du fait essentiellement sinon exclusivement de nominations d\u00e9cid\u00e9es par un gouvernement consid\u00e9r\u00e9 ouvertement et avec un incroyable m\u00e9pris comme fasciste, c&rsquo;est-\u00e0-dire nazi, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0indicible\u00a0\u00bb sur le plan du droit, sinon sur la route de l&rsquo;enfer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Exemple de cette \u00ab\u00a0id\u00e9ologisation de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-laffectivisme-postmoderne\">affectivisme<\/a>\u00ab\u00a0, suivie par un r\u00e9alisme bien temp\u00e9r\u00e9 :&rsquo;<em>Le Monde<\/em>&lsquo;, toujours dans sa splendide impartialit\u00e9, avait publi\u00e9 sur son site un dessin d&rsquo;une Pologne o&ugrave; l&rsquo;on vit le drapeau europ\u00e9en remplac\u00e9 par le fameux drapeau \u00e0 la croix gamm\u00e9e, et nous-m\u00eames conduits ainsi \u00e0 passer de &lsquo;<em>Jeux sans fronti\u00e8res<\/em>&lsquo; bien-fran\u00e7ais [mais sans Lux ni Zitrone] \u00e0 une sorte de bouffonneries hypocrite profitant des ouvertures de l&rsquo;espace-Schengen : on dira que c&rsquo;est effectivement la bouffonnerie sans fronti\u00e8res. Puis, touch\u00e9 par la gr\u00e2ce et la prudence, &lsquo;<em>Le Monde<\/em>&lsquo; retira peu apr\u00e8s l&rsquo;avoir &lsquo;post\u00e9e&rsquo; cette h\u00e9ro\u00efque et audacieuse affirmation symbolique de la R\u00e9sistance.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dire (\u00ab\u00a0fasciste\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nazi\u00a0\u00bb, croix gamm\u00e9e) si l&rsquo;on est en terrain min\u00e9. Chacun sait, ou devrait savoir au fond de lui-m\u00eame en-dehors de ses crises d&rsquo;allergie id\u00e9ologique, qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien dans les trait\u00e9s qui assure la sup\u00e9riorit\u00e9 du droit europ\u00e9en sur les droits nationaux, comme le rappelle Pierre L\u00e9vy dans le texte ci-dessous ; alors, on fait \u00e7a \u00e0 la louche, en faisant d\u00e9pendre la l\u00e9galit\u00e9 assurant la sup\u00e9riorit\u00e9 du droit europ\u00e9en sur les droits nationaux de l&rsquo;\u00e9ventuelle odeur \u00ab\u00a0naus\u00e9abonde\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9tiquette dont on affuble tel coupable condamn\u00e9 avant d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9 pour un crime dont aucun juge n&rsquo;a d\u00e9termin\u00e9 qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 commis, ni aucune police ayant d\u00e9termin\u00e9 la \u00ab\u00a0sc\u00e8ne de crime\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On notera qu&rsquo;on s&rsquo;exclama moins, malgr\u00e9 les constats du m\u00eame L\u00e9vy, lorsque la Cour constitutionnelle allemande affirma <em>de facto<\/em>, par une d\u00e9cision op\u00e9rationnelle, la sup\u00e9riorit\u00e9 du droit allemand sur le droit europ\u00e9en pour les affaires de l&rsquo;Allemagne. C&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;on se stup\u00e9fia et que l&rsquo;on pol\u00e9miqua, mais en restant sur le terrain technique, en n&rsquo;osant pas mettre en cause la bonne r\u00e9putation d\u00e9mocratique de la puissante Allemagne. Ce faisant, on \u00e9tait plus proche du c&oelig;ur du probl\u00e8me :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, la Cour constitutionnelle allemande avait provoqu\u00e9 stup\u00e9faction et consternation en interdisant \u00e0 la Banque centrale allemande de participer \u00e0 des programmes de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE), sauf \u00e0 remplir certaines conditions. Les juges de Karlsruhe avaient, ce faisant, explicitement affirm\u00e9 leur sup\u00e9riorit\u00e9 sur ceux de la CJUE &ndash; et donc, de fait, la sup\u00e9riorit\u00e9 de la Loi fondamentale allemande. La pol\u00e9mique avait alors fait grand bruit<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La pol\u00e9mique contre la Cour polonaise est \u00e9videmment compl\u00e8tement fauss\u00e9e par l&rsquo;hyst\u00e9rie id\u00e9ologique mais, en l&rsquo;alignant sur celle de la Cour de Karlsruhe, on retrouve un environnement plus mesur\u00e9 et rationnellement politique, et l&rsquo;on peut alors s&rsquo;atteler \u00e0 tenter de comprendre l&rsquo;extr\u00eame importance de l&rsquo;enjeu. Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une bataille entre le droit europ\u00e9en, dont l&rsquo;application comme r\u00e9f\u00e9rence imp\u00e9rative (dans diverses affaires et occurrences politiques depuis 1964) r\u00e9sulte du fait coutumier de la l\u00e2chet\u00e9 et de la complaisance des gouvernements nationaux, et n&rsquo;a aucune forme de l\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les gouvernements ont laiss\u00e9 faire, s&rsquo;abritant si souvent sous le parapluie europ\u00e9en pour \u00e9carter leurs responsabilit\u00e9s, alors qu&rsquo;il leur aurait suffi de commenter qu&rsquo;ils appliquaient les directives europ\u00e9ennes sans pour autant les accepter comme obligation ; c&rsquo;est-\u00e0-dire accepter le droit europ\u00e9en en rappelant qu&rsquo;il reste soumis \u00e0 la d\u00e9cision nationale et sans appel, appuy\u00e9e sur la sup\u00e9riorit\u00e9 du droit national. L&rsquo;on se garda bien de faire cela, puisqu&rsquo;on aurait ainsi expos\u00e9 les incomp\u00e9tences nationales et les impostures europ\u00e9ennes dans le chef des pr\u00e9tentions \u00e0 exciper une l\u00e9galit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 tout autre ; car effectivement, l&rsquo;on retrouve ce qui n&rsquo;est pas moins qu&rsquo;une v\u00e9ritable complicit\u00e9, entre les \u00ab\u00a0incomp\u00e9tences nationales\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0impostures europ\u00e9ennes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, il se trouve que les temps ont chang\u00e9 et les incomp\u00e9tents n&rsquo;ont plus la main libre pour adouber les imposteurs. La revendication souverainiste est devenue courante voire m\u00eame banale, dans tous les cas \u00e9vidente dans cette p\u00e9riode intens\u00e9ment crisique. Dans ces conditions, c&rsquo;est toute la m\u00e9canique europ\u00e9enne, compl\u00e8tement tourn\u00e9e vers l&rsquo;appropriation des souverainet\u00e9s nationale jusqu&rsquo;\u00e0 la <em>reductio ad nihilo<\/em>, qui se trouve gravement contrari\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les ripostes que les bureaucraties opposent, on distingue ais\u00e9ment leurs ambitions \u00e0 la fois imp\u00e9rialistes, globalistes et nihilistes. C&rsquo;est-\u00e0-dire que la r\u00e9sistance bureaucratique europ\u00e9enne, qu&rsquo;on jugerait in\u00e9vitable par le fait m\u00eame de la posture et des n\u00e9cessit\u00e9s du monstre-UE, alimente en fait la tension de la crise en mettant de plus en plus au jour le caract\u00e8re anti-d\u00e9mocratique et totalitaire de ces bureaucraties. De ce point de vue et dans ces temps qui d\u00e9couvrent les cendres sous le tapis et les cadavres dans le placard, l&rsquo;UE commence \u00e0 ressembler \u00e0 ses caricatures les plus extr\u00eames. La doctrine de la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 limit\u00e9e\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle offre \u00e0 ses pays-membres justifie la remarque que le remplacement du drapeau europ\u00e9en par le drapeau nazi (ou le drapeau sovi\u00e9tique) a un tout autre sens s&rsquo;il est propos\u00e9 pour l&rsquo;UE qu&rsquo;il n&rsquo;en a pour la Pologne dans le chef obtus et id\u00e9ologis\u00e9 du dessinateur du &lsquo;<em>Monde<\/em>&lsquo;, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire, pour faire bref et court, qu&rsquo;il a beaucoup plus de sens, qu&rsquo;il serait beaucoup plus justifi\u00e9 pour l&rsquo;UE que pour la Pologne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les crises diverses sont si pressantes, et le d\u00e9ficit souverain si grand, et les d\u00e9cisions europ\u00e9ennes si contraires aux int\u00e9r\u00eats des nations qui forment l&rsquo;UE, que la \u00ab\u00a0crise des deux pouvoirs\u00a0\u00bb comme on pourrait ainsi la nommer, a toutes les chances de devenir un facteur important, voire le facteur essentiel de la situation europ\u00e9enne et internationale dans les temps courts qui viennent. Cette crise sera certainement un argument majeur des pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises, dans le climat qu&rsquo;on sait. Nous ne voyons pas comment le renforcement des pressions populaires et leur multiplication, contraignant les incomp\u00e9tentes directions politiques \u00e0 parler de souverainet\u00e9 (Macron \u00e0 propos de l&rsquo;aventure covidienne) m\u00eame sans parler de l&rsquo;Europe, ne nous conduisent pas effectivement \u00e0 parler de l&rsquo;Europe en se r\u00e9f\u00e9rant aux n\u00e9cessit\u00e9s des souverainet\u00e9s nationales, c&rsquo;est-\u00e0-dire en d\u00e9non\u00e7ant l&rsquo;imposteur qui se cache derri\u00e8re son <a href=\"https:\/\/duckduckgo.com\/?q=drapeau+europ%C3%A9en+image&#038;t=osx&#038;iax=images&#038;ia=images\">faux-drapeau<\/a> des \u00e9toiles jaunes sur fond bleu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, le texte de Pierre L\u00e9vy repris de RT-France, qui le publie le <a href=\"https:\/\/francais.rt.com\/opinions\/91451-bombe-polonaise-primaute-droit-europeen-toujours-plus-contestee\">8 octobre 2021<\/a> en partenariat avec mensuel &lsquo;<em>Ruptures<\/em>&lsquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La primaut\u00e9 du droit europ\u00e9en de plus en plus contest\u00e9e<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Branle-bas de combat \u00e0 Bruxelles &ndash; et ce terme doit \u00eatre pris au pied de la lettre. Il n&rsquo;a fallu que quelques heures \u00e0 la Commission europ\u00e9enne pour r\u00e9agir \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat rendu le 7 octobre par la Cour constitutionnelle polonaise. Il est vrai que celui-ci constitue une v\u00e9ritable bombe. Jamais en reste d&rsquo;une surench\u00e8re, Cl\u00e9ment Beaune, le secr\u00e9taire d&rsquo;Etat fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;Europe, a m\u00eame tonn\u00e9 : &laquo; C&rsquo;est gravissime &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La plus haute instance juridique polonaise avait \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9e en mars dernier par le Premier ministre de ce pays. En effet, la Cour de justice europ\u00e9enne (CJUE) avait, \u00e0 plusieurs reprises, mis en cause un certain nombre de r\u00e9formes d\u00e9cid\u00e9es par Varsovie, en particulier la restructuration du syst\u00e8me judiciaire. Les griefs bruxellois s&rsquo;\u00e9tendent par ailleurs \u00e0 d&rsquo;autres domaines, comme le pluralisme de la presse, ou les lois jug\u00e9es discriminatoires envers la \u00ab\u00a0communaut\u00e9\u00a0\u00bb homosexuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Pologne doit-elle se soumettre en toute mati\u00e8re aux juges supr\u00eames de l&rsquo;Union europ\u00e9enne &ndash; telle \u00e9tait donc la question soumise au Tribunal constitutionnel du pays. L&rsquo;affaire est tellement sensible que cette instance a par trois fois diff\u00e9r\u00e9 sa d\u00e9cision. L&rsquo;arr\u00eat n&rsquo;en est pas moins net. Pour les gardiens de la loi fondamentale, &laquo;la tentative d&rsquo;ing\u00e9rence de la CJUE dans le syst\u00e8me judiciaire polonais remet en cause le principe de la primaut\u00e9 de la Constitution polonaise ainsi que de sauvegarde de la souverainet\u00e9 dans le processus d&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9enne&raquo;. Les juges estiment pouvoir et devoir v\u00e9rifier la conformit\u00e9 \u00e0 la constitution polonaise du droit europ\u00e9en, mais aussi des verdicts de la CJUE.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Explicitant l&rsquo;arr\u00eat, le pr\u00e9sident de l&rsquo;instance judiciaire supr\u00eame a reproch\u00e9 aux &laquo; organes de l&rsquo;UE (de) fonctionner en dehors des comp\u00e9tences qui leur sont confi\u00e9es dans les trait\u00e9s &raquo; ; si elle acceptait cet empi\u00e8tement, la Pologne &laquo; ne pourrait fonctionner comme un Etat souverain et d\u00e9mocratique &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le constat est, sur le plan politique, mais \u00e9galement sur le plan juridique, factuellement incontestable. Car la sup\u00e9riorit\u00e9 du droit europ\u00e9en sur les droits nationaux n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 inscrite dans les trait\u00e9s. Elle a \u00e9t\u00e9 pour la premi\u00e8re fois explicitement affirm\u00e9e par un jugement de la Cour de justice des Communaut\u00e9s europ\u00e9ennes (anc\u00eatre de la CJUE) en date de 1964, dans le dossier connu sous le nom de \u00ab\u00a0Costa contre Enel\u00a0\u00bb, soit huit ans apr\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e en vigueur du Trait\u00e9 de Rome.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une simple jurisprudence auto-d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par les juges europ\u00e9ens en leur propre faveur. Et elle ne tient, et n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 confort\u00e9e par la suite, que parce qu&rsquo;aucun gouvernement n&rsquo;a souhait\u00e9 la remettre en cause.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas la Commission d&rsquo;affirmer, dans son communiqu\u00e9 vengeur, que &laquo; les principes fondateurs de l&rsquo;ordre de droit communautaire &raquo; incluent &laquo; la sup\u00e9riorit\u00e9 du droit europ\u00e9en sur les lois nationales, y compris les dispositions constitutionnelles&raquo;. Bruxelles affirme aussi que &laquo; toutes les d\u00e9cisions de la CJUE s&rsquo;imposent aux &Eacute;tats membres et \u00e0 leurs organes judiciaires &raquo;. Mena\u00e7ant, l&rsquo;ex\u00e9cutif europ\u00e9en mart\u00e8le qu&rsquo;il &laquo; n&rsquo;h\u00e9sitera pas utiliser ses pouvoirs pour assurer l&rsquo;application uniforme de la loi de l&rsquo;UE &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De son c\u00f4t\u00e9, le gouvernement polonais rappelle que les trait\u00e9s d\u00e9finissent pr\u00e9cis\u00e9ment les comp\u00e9tences qui rel\u00e8vent exclusivement de l&rsquo;UE, celles qui sont partag\u00e9es avec les &Eacute;tats membres, et celles que conservent compl\u00e8tement ces derniers. L&rsquo;organisation du syst\u00e8me judiciaire national, affirme Varsovie, est en dehors des pr\u00e9rogatives communautaires. &laquo; La Pologne &ndash; selon sa Constitution &ndash; respecte les normes et lois de l&rsquo;UE dans la mesure o&ugrave; ces derni\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies dans les domaines explicitement et express\u00e9ment pr\u00e9vus par les trait\u00e9s &raquo;, a pr\u00e9cis\u00e9 un porte-parole.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Commission europ\u00e9enne n&rsquo;est pas la seule \u00e0 monter aux barricades. Outre le ministre fran\u00e7ais d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, de nombreux eurod\u00e9put\u00e9s et les grands m\u00e9dias pro-UE du Vieux continent sonnent la charge sur le th\u00e8me : \u00ab\u00a0Maintenant, il faut s\u00e9vir\u00a0\u00bb. Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent en effet, les dispositifs punitifs et les proc\u00e9dures d&rsquo;infraction tent\u00e9s depuis trois ans contre Varsovie n&rsquo;ont pas abouti. D\u00e9sormais, des voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent pour exiger de la Commission qu&rsquo;elle prive le pays des 36 milliards d&rsquo;euros qui lui ont \u00e9t\u00e9 promis au titre du \u00ab\u00a0m\u00e9ga-plan de relance\u00a0\u00bb cons\u00e9cutif \u00e0 la pand\u00e9mie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On n&rsquo;en est pas l\u00e0, d&rsquo;autant que l&rsquo;homme fort du pays, le vice-premier ministre et chef du parti au pouvoir, Jaroslaw Kaczynski, a tenu \u00e0 r\u00e9affirmer qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas question de quitter l&rsquo;UE. Mais en r\u00e9alit\u00e9, ce qui est en jeu d\u00e9passe largement la Pologne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car si le contexte \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tendu entre Bruxelles et Varsovie (de m\u00eame qu&rsquo;avec Budapest, pour des raisons comparables), la querelle arrive, pour les dirigeants europ\u00e9ens, au plus mauvais moment. L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, la Cour constitutionnelle allemande avait provoqu\u00e9 stup\u00e9faction et consternation en interdisant \u00e0 la Banque centrale allemande de participer \u00e0 des programmes de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE), sauf \u00e0 remplir certaines conditions. Les juges de Karlsruhe avaient, ce faisant, explicitement affirm\u00e9 leur sup\u00e9riorit\u00e9 sur ceux de la CJUE &ndash; et donc, de fait, la sup\u00e9riorit\u00e9 de la Loi fondamentale allemande. La pol\u00e9mique avait alors fait grand bruit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et la presse pro-UE s&rsquo;inqui\u00e8te d&rsquo;une tendance qui se confirme : des politiciens divers, sentant l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit populaire, sont accus\u00e9s de populisme parce qu&rsquo;ils multiplient les propositions ou affirmations promouvant la sup\u00e9riorit\u00e9 des lois nationales. La d\u00e9cision du tribunal polonais a du reste \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e imm\u00e9diatement par l&rsquo;eurosceptique pr\u00e9sident tch\u00e8que (au r\u00f4le certes limit\u00e9).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais l&rsquo;exemple le plus \u00e9poustouflant a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment fourni par Michel Barnier. L&rsquo;homme est &ndash; ou \u00e9tait &ndash; en France un symbole de l&rsquo;enthousiasme pro-europ\u00e9en, apr\u00e8s deux mandats de commissaire, puis quatre ans comme n\u00e9gociateur en chef du Brexit. Or, cherchant sans doute \u00e0 exister dans la pr\u00e9-campagne pr\u00e9sidentielle hexagonale, il a propos\u00e9 un r\u00e9f\u00e9rendum visant \u00e0 instaurer un &laquo; bouclier constitutionnel &raquo; sup\u00e9rieur au droit europ\u00e9en, et qui mettrait la France &ndash; en l&rsquo;occurrence en mati\u00e8re de migration &ndash; \u00e0 l&rsquo;abri des juges de Luxembourg&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On peut \u00e9videmment douter de l&rsquo;amour soudain du pr\u00e9-postulant \u00e0 l&rsquo;&Eacute;lys\u00e9e pour la souverainet\u00e9 nationale. Mais la multiplication des signes sugg\u00e8re que l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit populaire, un peu partout, aspire instinctivement \u00e0 renouer avec ladite souverainet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De ce point de vue, l&rsquo;\u00e9ditorial du Monde (09\/10\/21) \u00e9tait bien inspir\u00e9 en concluant, non sans fureur contenue : &laquo; Il faudra bien un jour crever l&rsquo;abc\u00e8s et d\u00e9cider ce qu&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;Union europ\u00e9enne veut dire. &raquo; Or \u00eatre membre de l&rsquo;UE &ndash; selon l&rsquo;aveu revendiqu\u00e9 par ses partisans &ndash; consiste tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 accepter des r\u00e8gles, des lois, des normes et des proc\u00e9dures m\u00eame si elles vont \u00e0 l&rsquo;encontre des choix ou des int\u00e9r\u00eats nationaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e8s lors, il faudra bien un jour, en effet, &laquo; crever l&rsquo;abc\u00e8s &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Pierre L\u00e9vy<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise des deux pouvoirs &bull; Articles du 11 octobre 2021. &bull; L&rsquo;arr\u00eat de la Cour constitutionnelle polonaise du 7 octobre (r\u00e9)affirme la primaut\u00e9 du droit national polonais sur le droit europ\u00e9en. &bull; Fureur bruxelloise, mais juridiquement bien contestable parce que la primaut\u00e9 du droit europ\u00e9en n&rsquo;est nulle part juridiquement act\u00e9e et accept\u00e9e. &bull; La&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[3631,3870,4390,2824,3771,3890,3022,2827,2746,2609],"class_list":["post-79935","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-bruxelles","tag-droit","tag-et","tag-europeen","tag-levy","tag-national","tag-pierre","tag-pologne","tag-souverainete","tag-ue"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79935","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79935"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79935\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79935"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79935"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79935"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}