{"id":79983,"date":"2021-11-27T06:42:25","date_gmt":"2021-11-27T06:42:25","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2021\/11\/27\/reveuses-reveries-germaniques\/"},"modified":"2021-11-27T06:42:25","modified_gmt":"2021-11-27T06:42:25","slug":"reveuses-reveries-germaniques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2021\/11\/27\/reveuses-reveries-germaniques\/","title":{"rendered":"R\u00eaveuses r\u00eaveries germaniques"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">R\u00eaveuses r\u00eaveries germaniques<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>27 novembre 2021 &ndash; Je prends ma plume attrist\u00e9e et quelque peu venimeuse pour \u00e9voquer, de mon c\u00f4t\u00e9, une relation franco-allemande du pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aube d&rsquo;une nouvelle relation puisque nouvelle \u00e9quipe \u00e0 Berlin. Cette \u00e9quipe-l\u00e0, expos\u00e9e sans d\u00e9tour par la case \u00ab\u00a0bienpensance\u00a0\u00bb <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/france-femme-battue-du-couple-berlin-paris\">par Maxime Perrotin<\/a> interrogeant Pierre-Yves Rougeron, et d\u00e9finie dans le chapeau par la maxime de L\u00e9o Ferr\u00e9 &laquo; <em>Quand c&rsquo;est fini, n-ni-ni, \u00e7a recommen-ence<\/em> &raquo;, que je renforcerais par le fort bien-fond\u00e9 \u00ab\u00a0Plus \u00e7a change, plus c&rsquo;est la m\u00eame chose\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dire combien piteuses sont les perspectives apr\u00e8s et peut-\u00eatre avec (si 2022-catastrophe) un pr\u00e9sident fran\u00e7ais qui a tout fait pour rendre structurelle la posture de soumission empress\u00e9e de la France. Macron fut \u00e0 la fois l&rsquo;intrigant et le machiavel des op\u00e9rations anti-fran\u00e7aises \u00ab\u00a0r\u00e9ussies\u00a0\u00bb par l&rsquo;Allemagne, et donc au final un pr\u00e9sident fran\u00e7ais niais et cocu pareillement. Tout pour \u00eatre r\u00e9\u00e9lu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour autant, il faut dire que le terrain \u00e9tait bien pr\u00e9par\u00e9. La relation franco-allemande fut, depuis l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, en tous points une succession \u00e9minemment catastrophique. L&rsquo;\u00e9pisode le plus \u00e9tonnant et le plus mal interpr\u00e9t\u00e9 fut celui de la tentative gaulliste de 1958-1963, avec l&rsquo;\u00e9chec retentissant que l&rsquo;on sait. De Gaulle joua sur Adenauer, qu&rsquo;il s\u00e9duisit magnifiquement, alors qu&rsquo;Adenauer \u00e9tait en bout de course et sur le d\u00e9part, et ne put lui donner qu&rsquo;un Trait\u00e9 de Paris, imm\u00e9diatement amend\u00e9 par la cabale proam\u00e9ricaniste du Bundestag et vid\u00e9 de toute substance. Jusque-l\u00e0, rien \u00e0 dire, sinon la fatalit\u00e9 des hommes qui passent et de la vieillesse qui l&#8217;emporte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui m&rsquo;importe beaucoup plus, c&rsquo;est ce qui se passa juste avant, \u00e0 cheval sur la fin de la IV\u00e8me R\u00e9publique (1957-58) et le d\u00e9but de la V\u00e8me (1958-1964), car sur ce point de Gaulle l\u00e2cha d&rsquo;une mani\u00e8re assez \u00e9trange la proie qui \u00e9tait si vigoureuse (Franz-Joseph Strauss), pour l&rsquo;ombre qui \u00e9tait si fuyante (Adenauer). A cet \u00e9gard, les &lsquo;<em>M\u00e9moires<\/em>&lsquo; (*) de Strauss sont une mine d&rsquo;enseignement bien peu utilis\u00e9e par les historiens conventionnels, y compris ceux du gaullisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La grande affaire \u00e0 laquelle je voudrais me rapporter est celle qui d\u00e9bute fin 1957, lors d&rsquo;une visite de Jacques Chaban-Delmas, alors ministre de la D\u00e9fense du gouvernement Felix Gaillard mais \u00e9galement fid\u00e8le gaulliste, au ministre allemand de la d\u00e9fense, le solide et puissant Bavarois Strauss. Dans le cours de l&rsquo;entretien, Chaban propose rien de moins qu&rsquo;une coop\u00e9ration nucl\u00e9aire \u00e0 l&rsquo;Allemagne, avec participation minoritaire de l&rsquo;Italie. Cette coop\u00e9ration commencerait par une participation conjointe (France 45%, Allemagne 45% et Italie 10%) \u00e0 la construction de la centrale nucl\u00e9aire de Pierrelatte, et elle promettait de d\u00e9boucher sur la fabrication de l&rsquo;arme nucl\u00e9aire. Chaban expliqua que la crise de Suez avait convaincu les Fran\u00e7ais de s&rsquo;en doter, devant l&rsquo;attitude des USA qui les avait abandonn\u00e9s dans cette affaire face aux menaces sovi\u00e9tiques. (**) Sa proposition impliquait que les Allemands s&rsquo;en doteraient \u00e9galement (tandis que la part laiss\u00e9e aux Italiens n&rsquo;est pas explicit\u00e9e et il m&rsquo;\u00e9tonnerait que l&rsquo;on eut song\u00e9 pour eux \u00e0 la bombe).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Stup\u00e9fait par la proposition, ayant eu confirmation qu&rsquo;elle venait du gouvernement fran\u00e7ais et non du seul Chaban, Strauss communiqua aussit\u00f4t avec Adenauer. Le chancelier r\u00e9agit bien dans sa mani\u00e8re, selon Strauss : &laquo; <em>Faites-le, mais s&rsquo;il y a des probl\u00e8mes je ne suis pas au courant&hellip; &raquo;<\/em> L&rsquo;affaire se poursuivit au grand galop jusqu&rsquo;\u00e0 une n\u00e9gociation cruciale, \u00e0 Rome, \u00e0 la P\u00e2que 1958. Assez curieusement, les Allemands poursuivaient avec confiance, alors que les Italiens, inquiets du climat de crise de r\u00e9gime en France, cherchaient des assurances aupr\u00e8s de celui dont tout le monde parlait&#8230;. L&rsquo;ambassadeur italien \u00e0 Paris Quaroni demanda donc audience au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui le re\u00e7ut \u00e0 Colombey. Strauss \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Par la suite, Quaroni me fit, entre quatre yeux, un r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 de cette mission <\/em>[en avril 1958]<em>. Il demanda, premi\u00e8rement, si le g\u00e9n\u00e9ral savait que le gouvernement fran\u00e7ais avait fait cette offre. Deuxi\u00e8mement, s&rsquo;il serait favorable \u00e0 cet accord dans le cas o&ugrave; il prendrait le pouvoir, ce qu&rsquo;on supposait en Italie. Rome ne voulait pas conclure un accord avec un gouvernement qui ne serait plus en place le lendemain et dont les successeurs ne respecteraient peut-\u00eatre pas les engagements. La r\u00e9ponse nette de De Gaulle, qui ne correspond d&rsquo;aucune mani\u00e8re \u00e0 ce qui arriva par la suite, avait \u00e9t\u00e9 : \u00ab\u00a0Monsieur l&rsquo;ambassadeur, non seulement j&rsquo;approuve cette offre du gouvernement fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;Allemagne et \u00e0 l&rsquo;Italie, mais c&rsquo;est moi qui l&rsquo;ai souhait\u00e9e express\u00e9ment\u00a0\u00bb. Je ne pus comprendre que ce m\u00eame de Gaulle torpill\u00e2t cet accord par la suite. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La suite fut en effet un \u00e9trange imbroglio, alors que Strauss, dans l&rsquo;euphorie d&rsquo;une telle perspective, avait envisag\u00e9 de commander 750 <em>Mirage <\/em>III au lieu des 750 <em>Starfighter <\/em>am\u00e9ricains envisag\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9quipement complet de la nouvelle Luftwaffe, ce qui aurait compl\u00e9t\u00e9 une compl\u00e8te union strat\u00e9gique franco-allemande. En effet, dans les pages 410-418 de ses m\u00e9moires, il d\u00e9taille les avatars rocambolesques de l&rsquo;affaire, qu&rsquo;on peut ainsi \u00e9voquer :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les deux ministres de la d\u00e9fense qui succ\u00e9d\u00e8rent \u00e0 Chaban \u00e0 partir de juin 1958 (on passait de la IV\u00e8me \u00e0 la V\u00e8me R\u00e9publique), Guillaumat et Messmer, tous les deux assez peu germanophiles, assur\u00e8rent successivement \u00e0 Strauss que de Gaulle abandonnait l&rsquo;affaire (Guillaumat, au d\u00e9tour d&rsquo;une conversation \u00e0 b\u00e2tons rompus !) ; puis qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 il la laissait en suspens pour v\u00e9rifier si, du c\u00f4t\u00e9 sovi\u00e9tique, on envisageait ou non une r\u00e9unification allemande, de Gaulle ne semblant envisager que l&rsquo;Allemagne dispos\u00e2t d&rsquo;une arme nucl\u00e9aire que si elle (l&rsquo;Allemagne) restait divis\u00e9e. Curieuse diversit\u00e9 de ces ministres si r\u00e9galiens, surtout du temps de De Gaulle et dans une affaire d&rsquo;une telle importance ; on est conduit \u00e0 penser \u00e0 un d\u00e9sordre bien inattendue en cette mati\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Furieux d&rsquo;abord (et abandonnant la perspective d&rsquo;acheter des <em>Mirage<\/em>), puis avec un regain d&rsquo;espoir, Strauss rappela \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 Adenauer de parler de l&rsquo;accord nucl\u00e9aire \u00e0 de Gaulle lors de ses entretiens, mais Adenauer se d\u00e9roba \u00e0 chaque fois sous un pr\u00e9texte \u00e9trange&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Il me r\u00e9pondait que l&rsquo;ambiance <\/em>[avec de Gaulle] <em>avait \u00e9t\u00e9 si harmonieuse que la rencontre s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e si amicalement qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas voulu compromettre l&rsquo;excellent climat en pr\u00e9sentant cette demande. Adenauer partait du point de vue , &ndash; il me le dit plusieurs reprises, &ndash; que pour les Fran\u00e7ais, d\u00e9tenir la bombe animique repr\u00e9sentait pour ainsi dire un monopole vis-\u00e0-vis des Allemands , une sorte de compensation pour l&rsquo;humiliation de la d\u00e9faite de 1940 et, en m\u00eame temps, une garantie pour que cela ne se reproduise pas&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ces \u00e9tonnants arguments, de part et d&rsquo;autre finalement, auraient eu quelques cr\u00e9dits si, en 1964, apr\u00e8s le d\u00e9part d&rsquo;Adenauer, de Gaulle lui-m\u00eame n&rsquo;\u00e9tait revenu sur la question d&rsquo;une fa\u00e7on inattendue. Mais cette fois, avec le chancelier Erhard, il se heurtait \u00e0 un mur compl\u00e8tement acquis aux Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Lors de sa visite en R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale de 1964, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle utilisa des termes qui, une fois encore, ouvraient largement la porte. Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 faire cause commune avec les Allemands dans tous les domaines, &ndash; cette d\u00e9claration \u00e9tait si large que je ne fus pas le seul \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9ter en ce sens que l&rsquo;armement nucl\u00e9aire ferait \u00e9galement partie de cette coop\u00e9ration. Le chancelier Erhard resta sourd&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Et Strauss, le seul Allemand qui envisageait une coop\u00e9ration franco-allemande fondamentale, l&rsquo;Allemand que l&rsquo;ultra-gaulliste F.G. Dreyfus qualifie dans sa pr\u00e9face aux &lsquo;<em>M\u00e9moires<\/em>&lsquo; de &laquo; <em>gaulliste allemand<\/em> &raquo;, &ndash; et Strauss de noter : &laquo; <em>&#8230; on avait gaspill\u00e9 une chance historique<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est une \u00e9trange histoire, o&ugrave; la confusion, les quiproquos, les caract\u00e8res singuliers des acteurs, et m\u00eame l&rsquo;attitude \u00e9tonnante de De Gaulle acceptant le nucl\u00e9aire franco-allemand comme il avait promis l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, nous pr\u00e9sentent la possibilit\u00e9 d&rsquo;une &laquo; <em>occasion historique <\/em>&raquo; g\u00e2ch\u00e9e par un entrelacs de circonstances dont personne ne semble disposer d&rsquo;une vision claire, ni justifier d&rsquo;une cause imp\u00e9rative. M\u00eame l&rsquo;argument semblant absolu de la souverainet\u00e9 et du \u00ab\u00a0le nucl\u00e9aire ne se partage pas\u00a0\u00bb est largement contredit par l&rsquo;attitude de De Gaulle en 1964, telle que la rapporte Strauss. Dreyfus, encore lui, dit de Strauss, tr\u00e8s antiam\u00e9ricaniste, qu&rsquo;il fut le seul Allemand (avec un Adenauer r\u00eaveur et surtout pusillanime et ind\u00e9cis) \u00e0 vouloir r\u00e9ellement une \u00ab\u00a0union franco-allemande\u00a0\u00bb qui aurait \u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur l&rsquo;autonomie strat\u00e9gique affirm\u00e9e vis-\u00e0-vis des USA.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>Strauss est litt\u00e9ralement, dans le cas allemand l&rsquo;exception qui confirme la r\u00e8gle : &laquo; <em>&lsquo;Exceptio probat regulam in casibus non exceptis&rsquo;, ou, litt\u00e9ralement &lsquo;l&rsquo;exception prouve la r\u00e8gle dans les cas non exclus&rsquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire que le fait que certaines exceptions soient faites confirme que la r\u00e8gle est valide dans tous les autres cas.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ainsi, et tel qu&rsquo;il est per\u00e7u dans l&rsquo;\u00e9pisode fondamental qui nous est d\u00e9crit, Strauss nous indique ce que furent les autres interlocuteurs allemands des Fran\u00e7ais ; ceux-l\u00e0 qui, comme Erhard, furent compl\u00e8tement convaincus, &ndash; non pas \u00ab\u00a0mis \u00e0 jour\u00a0\u00bb mais psychologiquement assur\u00e9s d&rsquo;eux-m\u00eames par eux-m\u00eames, &ndash; d&rsquo;\u00eatre compl\u00e8tement d\u00e9pendants des USA, et par cons\u00e9quent ceux-l\u00e0 qui se soumirent \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisme \u00e0 mesure, sans restriction aucune. J&rsquo;en serais en effet bien \u00e0 me demander si cette soumission, loin d&rsquo;\u00eatre une obligation que les USA auraient impos\u00e9e aux dirigeants allemands par un moyen ou l&rsquo;autre (lequel, d&rsquo;ailleurs, lorsqu&rsquo;on voit la libert\u00e9 naturelle du comportement de Strauss ?) ; si cette soumission, enfin, ne fut pas d&rsquo;abord une sorte de distorsion psychologique h\u00e9rit\u00e9e de la d\u00e9faite de 1945, et constituant d\u00e9cisivement l&rsquo;impuissance allemande accentu\u00e9e par un caract\u00e8re tr\u00e8s sp\u00e9cifique de discipline report\u00e9e dans ce cas \u00e0 la bienpensance moderniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Depuis, on a beaucoup glos\u00e9 sur la puissance allemande, sa r\u00e9surrection imminente comme puissance mondiale, son caract\u00e8re irr\u00e9sistible, sa formidable r\u00e9unification et ainsi de suite. J&rsquo;y vois surtout une masse consid\u00e9rable au centre de l&rsquo;Europe qui use de cette puissance pour cultiver une mollesse paradoxalement rigide, une tol\u00e9rance puritaine et baignant dans l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-laffectivisme-postmoderne\">affectivisme<\/a> du conformisme (voir plus loin) ; une apparente puissance massive et opulente mais politiquement compl\u00e8tement paralys\u00e9e, justement par ce trait de caract\u00e8re dont certains t\u00e9moignent parfois.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Je me souviens fort bien de la confidence de <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-jobert-a-seguin\">Michel Jobert<\/a>, qui fut [grade de capitaine, je crois] dans l&rsquo;arm\u00e9e de la France Libre, comme tant de pieds-noirs avec lui, de l&rsquo;Italie-1943 \u00e0 l&rsquo;Allemagne-1945, me rapportant le comportement g\u00eanant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9c&oelig;urement de la soumission des Allemands vaincus, notamment les civils. Jobert disait qu&rsquo;il avait eu honte pour eux.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je pense que Merkel fut \u00e0 cet \u00e9gard le parfait exemple des \u00e9lites du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-bloc-bao-1\">bloc-BAO<\/a> en parfaite soumission au Syst\u00e8me, et d&rsquo;ailleurs parfaitement repr\u00e9sentative, \u00e0 la fois de la situation europ\u00e9enne et de son pays dans la situation europ\u00e9enne, \u00e0 la fois de son \u00e9poque et de nos temps-devenus-fous. Je rejoins ainsi compl\u00e8tement l&rsquo;analyse de Jean-S\u00e9bastien Ferjou, directeur d\u00a0\u00bb<em>Atlantico<\/em>&lsquo;, avant-hier sur &lsquo;<em>Face \u00e0 l&rsquo;info&rsquo;<\/em> de CNews (\u00e0 partir de 33&rsquo;45\u00a0\u00bb sur <a href=\"https:\/\/www.cnews.fr\/emission\/2021-11-25\/face-linfo-du-25112021-1153763\">la vid\u00e9o<\/a>), concernant Merkel et l&rsquo;Allemagne, dont la meneuse de jeu Christine Kelly notait le climat politique apais\u00e9 par rapport \u00e0 celui de la France ; et Ferjou de poser la question dont on devine ais\u00e9ment la r\u00e9ponse : &laquo; <em>L&rsquo;Allemagne est-elle un pays apais\u00e9 ou un pays conformiste ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e0-dessus, il nous d\u00e9crivit ce qu&rsquo;il pense de Merkel, consid\u00e9r\u00e9e par la bienpensance comme une sorte de sainte (est-ce Sainte-Syst\u00e8me, patronne dans ce monde de la <em>Stasi <\/em>moderniste-tardive ?) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Quand vous regardez la r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est un pays apais\u00e9 parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a eu aucune r\u00e9forme en Allemagne depuis Gerhardt Schroeder <\/em>[jusqu&rsquo;en] <em>2004. Madame Merkel n&rsquo;a strictement rien fait durant ses mandats si ce n&rsquo;est des d\u00e9cisions prises en suivant les sondages. Elle \u00e9tait la plus grosse consommatrice de sondages de toute l&rsquo;Europe. Elle recevait chaque matin les r\u00e9sultats des instituts de sondage pour prendre les d\u00e9cisions en fonction de ce que lui disait ces instituts&#8230; Elle n&rsquo;a absolument rien fait<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Mais Ferjou exag\u00e8re&#8230; Je dirais moi, qu&rsquo;elle \u00ab\u00a0a fait\u00a0\u00bb, la Merkel ; car c&rsquo;est bien \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb qu&rsquo;\u00eatre \u00e9cout\u00e9e par la NSA, par la CIA &#038; toute la bande, le savoir, s&rsquo;en offusquer par des gromm\u00e8lements de forme et, finalement, \u00ab\u00a0ne rien faire\u00a0\u00bb&#8230; Car d&rsquo;une fa\u00e7on absolue et sans h\u00e9siter dans une \u00e9poque invertie, \u00ab\u00a0ne rien faire\u00a0\u00bb c&rsquo;est \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Notes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>(*) F.J. Strauss, &lsquo;<em>M\u00e9moires<\/em>&lsquo;, Crit\u00e9rion Histoire, 1991 Paris (original paru en 1989 \u00e0 Berlin).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(**) &#8230; Les Britanniques, eux, tir\u00e8rent la conclusion inverse, comme cela est rapport\u00e9 dans cet extrait du texte du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/memoires-du-dehors-suez-vu-dalger\">6 novembre 2006<\/a>, &laquo; <em>Suez vu d&rsquo;Alger<\/em> &raquo;. (A noter que, dans ce texte, n&rsquo;ayant pas encore lu les &lsquo;<em>M\u00e9moires<\/em>&lsquo; de Strauss, je d\u00e9veloppe la th\u00e8se officielle-l\u00e9gendaire d&rsquo;une arme nucl\u00e9aire \u00ab\u00a0pour la France seule\u00a0\u00bb, \u00e9cartant le &laquo; <em>projet farfelu<\/em> &raquo; franco-allemand. Dont acte, PhG.)<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Apr\u00e8s la crise de Suez, on \u00e9pilogua beaucoup. Un expert fran\u00e7ais, devenu plus tard homme politique et des plus habiles, expert dans l&rsquo;art de d\u00e9guiser des positions conformistes sous le vernis d&rsquo;une ind\u00e9pendance fabriqu\u00e9e du langage, choisit, alors qu&rsquo;il \u00e9tait encore \u00e9tudiant et relativement innocent, comme sujet de la th\u00e8se qui couronnait ses \u00e9tudes de science politique de s&rsquo;attacher aux le\u00e7ons de la crise de Suez. Il s&rsquo;agit de Pierre Lellouche. Il disait pour conclure (je cite en substance, d&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;on m&rsquo;en rapporta) que \u00ab\u00a0le Royaume-Uni avait tir\u00e9 comme le\u00e7on de cette crise qu&rsquo;il ferait en sorte de ne plus jamais se trouver, dans une crise internationale, dans une position antagoniste de celle des Etats-Unis, tandis que les Fran\u00e7ais tir\u00e8rent la le\u00e7on qu&rsquo;ils feraient en sorte que jamais plus, dans une crise internationale, ils ne se trouveraient en position de d\u00e9pendance des Etats-Unis\u00a0\u00bb. Cela peut para&icirc;tre s\u00e9duisant parce que la conclusion rencontre une r\u00e9alit\u00e9; \u00e0 part que, en fait, personne n&rsquo;a rien d\u00e9cid\u00e9 du tout, que les Britanniques capitul\u00e8rent sous la f\u00e9rule d&rsquo;un MacMillan valet des Am\u00e9ricains, apr\u00e8s que ce dernier e&ucirc;t contribu\u00e9 assez naturellement \u00e0 \u00e9carter Eden, le seul Britannique \u00e0 avoir montr\u00e9 des vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;ind\u00e9pendance d&rsquo;esprit; que les Fran\u00e7ais suivirent leur pente naturelle qui est de ne pas <strong>savoir<\/strong> (je p\u00e8se ce mot : c&rsquo;est celui qui convient) se soumettre, d&rsquo;\u00eatre, en une sorte de comportement qui est compl\u00e8tement paradoxal, \u00ab\u00a0prisonniers\u00a0\u00bb de l&rsquo;incapacit\u00e9 de la race d&rsquo;\u00eatre autre chose qu&rsquo;ind\u00e9pendante. Les Fran\u00e7ais ne <strong>savent<\/strong> pas se soumettre: au pire, ils capitulent (P\u00e9tain, Vichy apr\u00e8s Verdun), s&rsquo;interdisant de se tromper eux-m\u00eames comme les Britanniques savent se tromper eux-m\u00eames. Il \u00e9tait normal que les Fran\u00e7ais, apr\u00e8s Suez, d\u00e9veloppassent l&rsquo;arme nucl\u00e9aire dans l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;en faire l&rsquo;instrument modernis\u00e9 de leur ind\u00e9pendance; mais ils la d\u00e9veloppaient d\u00e9j\u00e0 (depuis Mend\u00e9s-France, et d&rsquo;ailleurs les pr\u00e9misses allant jusqu&rsquo;en 1939-40) comme si cela allait de soi. Apr\u00e8s Suez et gr\u00e2ce \u00e0 Suez se posa en termes strat\u00e9giques pr\u00e9cis la question de l&rsquo;utilit\u00e9 politique de cette arme. On abandonna rapidement, avec de Gaulle, le projet farfelu de tenter d&rsquo;en faire une arme commune franco-allemande (une \u00ab\u00a0arme europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, rien que cela), pour la ramener \u00e0 la substance m\u00eame des choses: elle serait l&rsquo;arme de l&rsquo;ind\u00e9pendance. De Gaulle irait jusqu&rsquo;\u00e0 refuser, dans des conversations de 1960, l&rsquo;offre amicale et peut-\u00eatre m\u00eame d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e de Eisenhower d&rsquo;une aide technique, pour garder cette perception de soi d&rsquo;avoir agi de fa\u00e7on compl\u00e8tement, int\u00e9gralement ind\u00e9pendante. Encore une fois, les \u00e9v\u00e9nements avaient d\u00e9cid\u00e9 pour la France, la substance de la France avait d\u00e9pass\u00e9 les analyses \u00ab\u00a0de conjoncture\u00a0\u00bb comme disent les \u00e9conomistes. A partir de l\u00e0, Britanniques et Fran\u00e7ais furent confirm\u00e9s dans des voies d\u00e9cid\u00e9ment divergentes<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00eaveuses r\u00eaveries germaniques 27 novembre 2021 &ndash; Je prends ma plume attrist\u00e9e et quelque peu venimeuse pour \u00e9voquer, de mon c\u00f4t\u00e9, une relation franco-allemande du pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aube d&rsquo;une nouvelle relation puisque nouvelle \u00e9quipe \u00e0 Berlin. 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