{"id":80051,"date":"2022-01-26T14:10:17","date_gmt":"2022-01-26T14:10:17","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/01\/26\/zemmour-sans-signatures\/"},"modified":"2022-01-26T14:10:17","modified_gmt":"2022-01-26T14:10:17","slug":"zemmour-sans-signatures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/01\/26\/zemmour-sans-signatures\/","title":{"rendered":"Zemmour sans signature(s?)"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Zemmour sans signature(s?)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>26 janvier 2022 (20H50)  &ndash; Une hypoth\u00e8se int\u00e9ressante est de poser que l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise, contrairement \u00e0 la \u00ab\u00a0coutume\u00a0\u00bb, n&rsquo;est plus, cette fois, en 2022, le terme d&rsquo;une s\u00e9quence mais une \u00e9tape d&rsquo;une s\u00e9quence en cours, &ndash; importante sans doute, mais rien qu&rsquo;une \u00e9tape, &ndash; dans un processus qui domine la situation g\u00e9n\u00e9rale fran\u00e7aise en \u00e9troite corr\u00e9lation avec le reste de l&rsquo;\u00e9volution du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-bloc-bao-1\">bloc-BAO<\/a> (ou, pour faire plus digne : \u00ab\u00a0de la civilisation occidentale\u00a0\u00bb). J&rsquo;ajouterais m\u00eame, pour faire plus pr\u00e9cis et plus ample : une \u00e9tape dans le processus d&rsquo;effondrement de la situation g\u00e9n\u00e9rale fran\u00e7aise, \u00ab\u00a0en \u00e9troite corr\u00e9lation avec le processus d&rsquo;effondrement de la civilisation occidentale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il faut voir les choses au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9lection, imm\u00e9diatement comme une suite logique de ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, non seulement de la campagne \u00e9lectorale mais de la situation d\u00e9j\u00e0-catastrophique d&rsquo;avant la campagne, et de plusieurs ann\u00e9es. Dans ce cas, l&rsquo;\u00e9lection n&rsquo;est pas une rupture du processus mais une acc\u00e9l\u00e9ration du processus ; elle l&rsquo;est encore plus si, comme c&rsquo;est probable selon ce qu&rsquo;il est convenu de savoir, Macron est r\u00e9\u00e9lu. C&rsquo;est l\u00e0 le point essentiel du propos (de l&rsquo;hypoth\u00e8se).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On a souvent abord\u00e9 ce sujet selon un angle qui m&rsquo;est cher dans ma conception \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-une-contradiction-interne\">tactique-strat\u00e9gie<\/a>\u00a0\u00bb ; savoir qu&rsquo;il y a des victoires tactiques (celles du Syst\u00e8me dans ce cas, avec r\u00e9\u00e9lection de Macron) qui sont la seule voie v\u00e9ridique et implacable pour conduire \u00e0 une d\u00e9faite strat\u00e9gique fondamentale (du Syst\u00e8me, toujours). La chose a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/un-coquin-bien-adequat\">r\u00e9cemment d\u00e9velopp\u00e9e<\/a> sur cet honorable site, et je la rappelle avec quelques extraits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;abord, Macron -2.0, c&rsquo;est l&rsquo;homme qu&rsquo;il nous faut&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>On le sait d\u00e9sormais : Macron est l&rsquo;homme de la situation. Il est parfaitement idoine, assorti, ad hoc, homme de son temps et fid\u00e8le \u00e0 son temps, au point qu&rsquo;on ne sait s&rsquo;il est homme, qu&rsquo;il pourrait \u00eatre transgenre camoufl\u00e9 et transfigur\u00e9 pour r\u00e9pondre parfaitement et en m\u00eame temps aux normes de la police de la moraline et aux exigences d&rsquo;un Ciel qui s&rsquo;est drap\u00e9 de nu\u00e9es catastrophiques pour mieux nous indiquer la voie \u00e0 suivre. Tout est, chez lui, mesur\u00e9, calcul\u00e9, bien coup\u00e9 comme un costume sur mesure.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>En un mot et pour aller aussit\u00f4t \u00e0 l&rsquo;essentiel, nous aurions bien tort de nous en priver pour les ann\u00e9es, pour les mois qui viennent parce que cet \u00eatre, l\u00e0 o&ugrave; il est, post\u00e9 comme une si parfaite imposture, correspond si parfaitement aux exigences n\u00e9cessaires pour nous lib\u00e9rer de cette imposture. Malgr\u00e9 tout le respect que nous impose une si compl\u00e8te perfection, il n&rsquo;en est pas moins une marionnette correspondant \u00e0 la trame de la catastrophe, &ndash; et c&rsquo;est bien cela, une fois nos esprits lib\u00e9r\u00e9s d&rsquo;une juste col\u00e8re, &ndash; c&rsquo;est bien cela qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer avant toute chose<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Il est l&rsquo;homme de la situation au point d&rsquo;en \u00eatre une <\/em><em><a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a><\/em><em>, comme nous aimons \u00e0 dire. Il serait extr\u00eamement dommage et tout \u00e0 fait dommageable \u00e0 notre destin qu&rsquo;il ne l&#8217;emport\u00e2t pas dans le tournoi d\u00e9mocratique pr\u00e9vu pour un peu apr\u00e8s les Ides de Mars et l&rsquo;assassinat de Jules C\u00e9sar<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ensuite, description de la man&oelig;uvre selon ma formule pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, et en y m\u00ealant toutes les conceptions que j&rsquo;affectionne. La victoire tactique qui est la marque de la surpuissance du Syst\u00e8me (r\u00e9\u00e9lection de Macron) remport\u00e9e, nous filons tout droit, parce que les conditions de d\u00e9sordre, de haine et de col\u00e8re y invitent irr\u00e9sistiblement, vers la d\u00e9faite strat\u00e9gique du Syst\u00e8me (autodestruction) parce que la dynamique macroniste, aveugl\u00e9ment, avec ses outrances imb\u00e9ciles, son jeu magnifique d&rsquo;une communication arrogante et d\u00e9constructionniste, ne laissent aucune autre issue que la catastrophe qui porte tous les \u00e9l\u00e9ments f\u00e9conds d&rsquo;une rupture vertueuse de type antiSyst\u00e8me. On concr\u00e9tise tout cela par l&rsquo;hypoth\u00e8se acceptable d&rsquo;\u00e9lections l\u00e9gislatives m\u00e9diocres sinon catastrophiques pour le r\u00e9\u00e9lu ; mais il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;une hypoth\u00e8se op\u00e9rationnelle, et il faut avoir \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il y en a d&rsquo;autres allant dans le m\u00eame sens de la catastrophe absolument n\u00e9cessaire : simplement, celle-ci a pour elle la nettet\u00e9 chronologique et le l\u00e9galisme liant les deux \u00e9lections, pr\u00e9sidentielles et l\u00e9gidslatives.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Nous ne plaidons pas ici comme par satire. Il y a certes de la satire, mais \u00e9galement un jugement bien temp\u00e9r\u00e9, que l&rsquo;on tente d&rsquo;\u00e9lever au-dessus des r\u00e9actions bien naturelles \u00e0 des actes et des paroles si inf\u00e2mes. Il faut se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : nous avons pass\u00e9 le Cap des Temp\u00eates et il s&rsquo;agit d\u00e9sormais, comme un capitaine au milieu des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9cha&icirc;n\u00e9s, de montrer le r\u00e9alisme du jugement d\u00e9barrass\u00e9 des embrasements justifi\u00e9s mais d\u00e9sormais inutiles. Pass\u00e9 le Cap des Temp\u00eates, en effet, Macron devient l&rsquo;homme des temp\u00eates qui emporteront tout, le capitaine-imposteur pris de boisson, et lui en premier bien entendu nous y pr\u00e9cipitant aveugl\u00e9ment et en s&rsquo;y \u00ab\u00a0emmerdant jusqu&rsquo;au bout\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Macron r\u00e9\u00e9lu, c&rsquo;est la France pr\u00e9cipit\u00e9e dans une de ces tourmentes dont elle a le secret, et dont l&rsquo;issue est n\u00e9cessairement une rupture furieuse. Macron r\u00e9\u00e9lu, d\u00e8s le lendemain commencera la phase tant attendue de la temp\u00eate, le d\u00e9cha&icirc;nement par lequel nous ne pouvons faire autrement que passer. Macron r\u00e9\u00e9lu dans l&rsquo;amertume et dans le \u00ab\u00a0quoi faire d&rsquo;autre ?\u00a0\u00bb pour nombre de votants, il y aurait bien possiblement une revanche lors des l\u00e9gislatives de quelques semaines plus tard, qui pourraient accoucher d&rsquo;un Parlement amer sinon insoumis, et dans tous les cas plus autonome, bien assez pour rendre fou de rage jusqu&rsquo;aux erreurs tragiques le despote enfantin<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Je termine par une derni\u00e8re citation de cet article qui concr\u00e9tise une de mes id\u00e9es essentielles lorsqu&rsquo;il est question du destin fran\u00e7ais. C&rsquo;est une erreur courante du \u00ab\u00a0la France seule\u00a0\u00bb, comme font tant de commentateurs, m\u00eame les meilleurs et les plus antiSyst\u00e8me qui se d\u00e9sesp\u00e8rent de voir la France dans un tel \u00e9tat, &ndash; ne pas croire une seule seconde que la France, d\u00e9sign\u00e9e comme \u00ab\u00a0le mauvais \u00e9l\u00e8ve\u00a0\u00bb d&rsquo;un monde qui serait en harmonie acceptable, serait la seule \u00e0 subir cette \u00e9preuve inf\u00e2me pour certains, n\u00e9cessaire pour d&rsquo;autres, de la catastrophe avec Macron-2.0. Tout le monde, dans tous les cas dans le bloc-BAO, est log\u00e9 \u00e0 la m\u00eame enseigne, et notamment nos grands amis-ennemis d&rsquo;outre-Atlantique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On voit cette id\u00e9e dans les geignements des bons commentateurs sur une \u00ab\u00a0am\u00e9ricanisation\u00a0\u00bb de la France (pourtant d\u00e9j\u00e0 faite depuis trois-quarts de si\u00e8cle), notamment parce que l&rsquo;Am\u00e9rique nous pervertirait avec ce nouveau outil d&rsquo;invasion et d&rsquo;inversion culturelles du wokenisme. C&rsquo;est \u00eatre aveugle et ne pas voir que ce virus mortel qui touche la France, a touch\u00e9 encore plus gravement l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame avec son am\u00e9ricanisme, en mena\u00e7ant de la disloquer et de la d\u00e9sint\u00e9grer (voir <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/rapsit-usa2022-situation-de-leffondrement\">Victor David Hanson<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au contraire, il faut tenir compte ce nouveau ph\u00e9nom\u00e8ne des effondrements parall\u00e8les, concourant \u00e0 la catastrophe collective du Syst\u00e8me ; il faut remplacer la \u00ab\u00a0convergence des luttes\u00a0\u00bb par la \u00ab\u00a0convergence des effondrements\u00a0\u00bb. D&rsquo;o&ugrave; ce dernier extrait <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/un-coquin-bien-adequat\">du texte<\/a> en question :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Maintenant et sans doute pour terminer, faisons une analogie, du type \u00ab\u00a0Faisons un r\u00eave\u00a0\u00bb (comme disait Sacha) ; c&rsquo;est-\u00e0-dire une analogie de destins&#8230; Le pr\u00e9sident Biden est, dans un genre diff\u00e9rent mais pas tant, au moins tout aussi d\u00e9testable pour la cause qui est n\u00f4tre, que ce Macron. Avec un Macron r\u00e9\u00e9lu qui serait relev\u00e9 sinon d\u00e9fi\u00e9 imm\u00e9diatement par le poivre et sel d&rsquo;une Chambre hostile, on peut envisager un Biden h\u00e9ritant, d\u00e8s novembre, d&rsquo;un Congr\u00e8s qui lui serait \u00e9galement inamical.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Nous aurions ainsi, de concert, deux situations constitutionnelles catastrophiques dans un environnement social et psychologique absolument crisique, tout aussi catastrophique. Ainsi se poursuivrait, de concert coordonn\u00e9, la similarit\u00e9 m\u00e9tahistorique de deux comp\u00e8res, la Grande Nation et la Grande R\u00e9publique, qui ont figur\u00e9 depuis le \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a><\/em><em>\u00ab\u00a0, \u00e0 la fois la cause temporairement unificatrice et l&rsquo;antagonisme irr\u00e9sistible de ce d\u00e9cha&icirc;nement<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&#8230; Tout cela pour en venir \u00e0 Zemmour et introduire un texte d&rsquo;un bon calibre \u00e0 cet \u00e9gard. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une analyse de Rodolphe Cart dont l&rsquo;intention est ais\u00e9ment comprise dans le titre (&laquo; <em>Pourquoi il ne faut pas que Zemmour ait ses 500 signatures<\/em> &raquo;) ; il s&rsquo;agit du destin de Zemmour en fonction de son n\u00e9cessaire \u00ab\u00a0pass-\u00e9lectoral\u00a0\u00bb, tr\u00e8s difficile \u00e0 obtenir ; bref, il s&rsquo;agit de l&rsquo;obtention des 500 signatures d&rsquo;\u00e9lus qui constitue, si vous voulez, une sorte de \u00ab\u00a0passe-vaccinal\u00a0\u00bb autorisant l&rsquo;entr\u00e9e dans la course \u00e0 la pr\u00e9sidentielle. L&rsquo;\u00e9poque est au \u00ab\u00a0pass\u00a0\u00bb. (\u00ab\u00a0Pass\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0passe\u00a0\u00bb ? Tant pis pour tous et pour nous, l&rsquo;\u00e9poque est \u00e0 l&rsquo;orthographe inclusive-exclusive.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte (en deux parties r\u00e9unies en un ci-dessous) a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 les <a href=\"https:\/\/www.revue-elements.com\/pourquoi-il-ne-faut-pas-queric-zemmour-ait-ses-500-signatures-1-2\/\">24 janvier<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.revue-elements.com\/pourquoi-il-ne-faut-pas-queric-zemmour-ait-ses-500-signatures-2-2\/\">25 janvier<\/a> successivement sur le site de la revue &lsquo;<em>\u00e9l\u00e9ments<\/em>&lsquo;. Il prend la m\u00eame hypoth\u00e8se que celle examin\u00e9e ci-dessus, mais en la retournant : Zemmour doit absolument ne pas obtenir ses 500 signatures pour ne pas \u00eatre, disons &lsquo;souill\u00e9&rsquo; par une d\u00e9faite probable, qui surtout &lsquo;signerait&rsquo; (difficile d&rsquo;\u00e9viter la tentation du jeu des mots) une participation au jeu truqu\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Le d\u00e9veloppement est remarquablement structur\u00e9 et argument\u00e9, visant \u00e0 donner comme conseil \u00e0 Zemmour qu&rsquo;en ne participant pas de cette fa\u00e7on, apr\u00e8s avoir r\u00e9uni une force politique significative, il constituerait un \u00ab\u00a0recours\u00a0\u00bb pour l&rsquo;apr\u00e8s-\u00e9lection qui ne pourrait \u00eatre marqu\u00e9 que par une catastrophe. Comme on voit, le langage est gaullien : \u00ab\u00a0l&rsquo;homme du recours\u00a0\u00bb dans la temp\u00eate qu&rsquo;aurait achev\u00e9 de susciter un Macron-2.0&#8230; Car l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment essentiel, qui va de soi, est bien s&ucirc;r d&rsquo;envisager<\/p>\n<p>1) que Macron serait r\u00e9\u00e9lu, et<\/p>\n<p>2) que cette r\u00e9\u00e9lection serait objectivement catastrophique dans ses effets sur la situation fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est pr\u00e9cis\u00e9 avec force qu&rsquo;il importe de laisser de c\u00f4t\u00e9 les notions de droite et de gauche, la th\u00e8se de \u00ab\u00a0l&rsquo;homme du recours\u00a0\u00bb impliquant un \u00ab\u00a0rassemblement du peuple fran\u00e7ais\u00a0\u00bb comme on disait <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rassemblement_du_peuple_fran\u00e7ais\">en 1947<\/a>, &ndash; tout cela, toujours tr\u00e8s gaullien, on l&rsquo;entend bien \u00e0 l&rsquo;oreille. Cette orientation, cette fa\u00e7on de tourner l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle devenue une sorte de forteresse du Syst\u00e8me, est absolument la mienne comme on l&rsquo;a vu ; et j&rsquo;irais m\u00eame plus loin selon mes conceptions, en acceptant effectivement un tel r\u00f4le hypoth\u00e9tique de Zemmour parce qu&rsquo;il est celui qui, parmi les candidats d&rsquo;importance, est le moins compromis avec les processus du Syst\u00e8me, mais en faisant de lui un \u00ab\u00a0instrument utile\u00a0\u00bb du destin national et m\u00eame du \u00ab\u00a0destin civilisationnel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Toujours cet argument actuel, je veux dire d&rsquo;aujourd&rsquo;hui comme vu plus haut, de consid\u00e9rer le destin de la France comme partie du destin de l&rsquo;ensemble du bloc-BAO consid\u00e9r\u00e9 comme le reste principal de ce qui fut la \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb transform\u00e9e en \u00ab\u00a0civilisation catastrophique de la modernit\u00e9\u00a0\u00bb. Cet argument n&rsquo;existait pas de fa\u00e7on aussi pressante et spectaculaire en 1947-58 [de Gaulle \u00ab\u00a0l&rsquo;homme du recours\u00a0\u00bb])<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, cette hypoth\u00e8se reste tout \u00e0 fait gaullienne. Ce qui fut souvent reproch\u00e9 \u00e0 de Gaulle comme une extr\u00eame vanit\u00e9, de se consid\u00e9rer comme \u00ab\u00a0\u00e9tant la France\u00a0\u00bb, pouvait et peut aussi se voir comme une extr\u00eame humilit\u00e9, &ndash; soit l&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;homme s&rsquo;effa\u00e7ant derri\u00e8re, ou plus encore se fondant dans l&rsquo;\u00eatre sup\u00e9rieur, collectif, qu&rsquo;est la France\/la nation fran\u00e7aise, et assumant la t\u00e2che de parler pour cet \u00eatre sup\u00e9rieur. On comprend que c&rsquo;est une fa\u00e7on de voir qui repousse encore plus radicalement les colifichets d\u00e9mocratiques du type droite-gauche, extr\u00eame-mod\u00e9r\u00e9, etc. Cela me convient tout \u00e0 fait et m&rsquo;\u00e9vite d&rsquo;avoir \u00e0 consid\u00e9rer les vains caquetages autour de Zemmour, de ses ambitions gaullistes, des sarcasmes m\u00e9prisants-antifas et des terreurs du type &lsquo;B\u00eate immonde&rsquo;, toute cette basse-cour qui ne m&rsquo;est d&rsquo;aucun int\u00e9r\u00eat ni ne me concerne en aucune fa\u00e7on, &ndash; PhG fa\u00e7on Ponce-Pilate, peu de go&ucirc;t pour aller &laquo; <em>jouer avec cette poussi\u00e8re<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte est long, il vaut largement la lecture. (En plus, il a la vertu si rare de citer &lsquo;notre&rsquo; <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notre-11-novembre-ferrero\">Guglielmo Ferrero<\/a>.) Ne craignez rien, il ne mord pas ce texte et, malgr\u00e9 ce que nous disent les bonnes langues du Camp du Bien, il n&rsquo;est porteur d&rsquo;aucun virus susceptible de transf\u00e9rer &laquo; <em>ce mal qui r\u00e9pand la terreur<\/em> &raquo; dans la chair tendre et l&rsquo;esprit virginal de nos gentils et compl\u00e8tement inclusifs d\u00e9mocrates. Il nous change des envol\u00e9es compass\u00e9es et fr\u00e9tillantes \u00e0 propos de nos pesantes \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb sans aucun doute d\u00e9mocratiques et r\u00e9publicaines ; l&rsquo;esprit s&rsquo;a\u00e8re et prend l&rsquo;air&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>Semper-Phi<\/em> : PhG<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Pourquoi il ne faut pas que Zemmour ait ses 500 signatures<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le ticket \u00e0 la grande parade pr\u00e9sidentielle co&ucirc;te cher. Certains s&rsquo;en plaignent, et pas des moindres. En effet, depuis plusieurs semaines, quelques candidats parmi les plus s\u00e9rieux &ndash; en l&rsquo;occurrence &Eacute;ric Zemmour, Jean-Luc M\u00e9lenchon et Marine Le Pen &ndash; se plaignent de rencontrer des difficult\u00e9s dans la r\u00e9colte des fameux s\u00e9sames. De peur d&rsquo;\u00eatre mis sur le carreau de la bacchanale r\u00e9publicaine qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, chacun \u00e0 tour de r\u00f4le rel\u00e8ve une &laquo; situation de blocage &raquo;, un &laquo; bluff &raquo; ou une &laquo; gal\u00e8re &raquo; du syst\u00e8me qui permettraient, selon eux, d&rsquo;op\u00e9rer une \u00e9puration injuste des candidatures &laquo; hors syst\u00e8me &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si ces j\u00e9r\u00e9miades semblent faire partie de la guignolade victimaire et habituelle des candidats de La France insoumise ou du Rassemblement national, la chose para&icirc;t moins feinte dans le cas du candidat de Reconqu\u00eate qui pourrait, possiblement, ne pas r\u00e9colter ses 500 signatures. Cependant, au lieu de voir dans cette situation un d\u00e9ni de d\u00e9mocratie, ne pourrions-nous pas apercevoir, dans ce camouflet, la lueur d&rsquo;une formidable opportunit\u00e9 d&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une opposition au syst\u00e8me en place qui d\u00e9passerait, de loin, une candidature qui semble perdue d&rsquo;avance ? Et est-ce que la mise au ban du candidat Zemmour ne pourrait-elle pas d\u00e9passer, et m\u00eame d\u00e9cupler, les effets d&rsquo;une candidature de t\u00e9moignage cens\u00e9e pr\u00e9parer le terrain pour 2027 ou 2032 ? Penchons-nous sur cette possibilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">&Eacute;tat des lieux du paysage politique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pour bien comprendre l&rsquo;enjeu de ce moment politique, il nous faut revenir sur quelques chiffres. D&rsquo;abord, les derni\u00e8res \u00e9lections r\u00e9gionales ont marqu\u00e9 une nouvelle \u00e9tape dans l&rsquo;absentionnisme, d\u00e9j\u00e0 croissant d&rsquo;ann\u00e9e en d&rsquo;ann\u00e9e, avec 66,72 % d&rsquo;abstention lors du premier tour. Nous avons m\u00eame une pointe chez les jeunes de 18 \u00e0 24 ans \u00e0 87 % et \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalente chez les bas-revenus. Rappelons aussi qu&rsquo;aux derni\u00e8res l\u00e9gislatives, le taux d&rsquo;abstention atteignait d\u00e9j\u00e0 des records avec 51,3 % au premier tour, puis 57,36 % au second. La fracture entre le pouvoir politique et des citoyens ne se sentant plus repr\u00e9sent\u00e9s ne datent par cons\u00e9quent pas d&rsquo;hier. Autre chiffre parlant, les trois principaux candidats oppos\u00e9s au pr\u00e9sident sortant, ceux qui rencontrent des difficult\u00e9s pour les parrainages, repr\u00e9sentent pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des intentions de vote au premier tour de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle actuelle. L&rsquo;\u00e9viction de ces candidats pourrait donc renforcer cet \u00e9c&oelig;urement l\u00e9gitime de l&rsquo;opinion et porter, une fois de plus, un coup s\u00e9rieux \u00e0 cette pantomime qu&rsquo;est la souverainet\u00e9 populaire. Si m\u00eame l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle voyait son taux de participation chuter en fl\u00e8che, alors il est certain que l&#8217;emp\u00eachement et le refus de prise en compte de l&rsquo;expression du peuple, consubstantiel au syst\u00e8me actuel, seraient encore plus mis \u00e0 jour et flagrants. La sous-repr\u00e9sentation d&rsquo;un bloc majoritaire et son effacement au moment de l&rsquo;\u00e9lection ne pourraient rester, encore longtemps, sans r\u00e9percussions tangibles et s\u00e9rieuses. Cet ersatz de d\u00e9mocratie fut d\u00e9j\u00e0 analys\u00e9 par Christophe Guilluy lorsqu&rsquo;il affirmait que &laquo; dans les strat\u00e9gies \u00e9lectorales, les partis ne s&rsquo;adressent plus qu&rsquo;aux cat\u00e9gories sup\u00e9rieures et aux retrait\u00e9s &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Le mythe de la repr\u00e9sentation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cette n\u00e9gation de la dimension populaire ne date pas d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. En r\u00e9alit\u00e9, la R\u00e9publique fran\u00e7aise, et cela d\u00e8s son d\u00e9part, s&rsquo;appliqua \u00e0 nier la moindre r\u00e9clamation allant \u00e0 l&rsquo;encontre des dessins des \u00e9lites bourgeoises. Elle se constitua comme l&rsquo;ennemi du populisme d\u00e8s son premier souffle. L&rsquo;exclusion du peuple fut ent\u00e9rin\u00e9e par la Convention de 1792 lorsqu&rsquo;elle se constitua sur un corps \u00e9lectoral vierge de toute souche &laquo; prol\u00e9tarienne &raquo;. Marx l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 lorsqu&rsquo;il analysait que la classe r\u00e9volutionnaire par excellence \u00e9tait la bourgeoisie. De sorte que la R\u00e9volution n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 l&rsquo;affaire que d&rsquo;une minorit\u00e9 dont le Parti socialiste et les R\u00e9publicains, lorsqu&rsquo;ils vot\u00e8rent en 2016 ensemble la modification de la loi durcissant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, sont les dignes h\u00e9ritiers, tout comme le gouvernement Jacques Chirac, sous la pr\u00e9sidence de Val\u00e9ry Giscard d&rsquo;Estaing, le fut aussi lorsqu&rsquo;en 1976, il ouvrit la voie de la publicit\u00e9 des soutiens et de l&rsquo;augmentation des signatures exig\u00e9es de 100 \u00e0 500. Les lois de la R\u00e9publique, depuis 1792 et jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 que les <em>desiderata<\/em> d&rsquo;une minorit\u00e9 agissante. Et le syst\u00e8me r\u00e9publicain une machine excellemment pens\u00e9e et institu\u00e9e pour qu&rsquo;elle puisse, selon la phrase de Paul Val\u00e9ry, &laquo; emp\u00eacher les gens de se m\u00ealer de ce qui les regarde &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La souverainet\u00e9 du peuple est donc limit\u00e9e au jour du vote. Chose dont Rousseau dira, \u00e9voquant le peuple anglais : il &laquo; pense \u00eatre libre ; il se trompe fort, il ne l&rsquo;est que durant l&rsquo;\u00e9lection des membres du parlement ; sit\u00f4t qu&rsquo;ils sont \u00e9lus, il est esclave, il n&rsquo;est rien &raquo;. La R\u00e9publique n&rsquo;a jamais d\u00e9fendu la souverainet\u00e9 populaire. Bien au contraire, elle en a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t le fossoyeur, lui pr\u00e9f\u00e9rant la souverainet\u00e9 parlementaire dont Siey\u00e8s \u00e9tait le proph\u00e8te. De ce point de vue, l&rsquo;obstruction \u00e0 la candidature d&rsquo;&Eacute;ric Zemmour, si elle devait s&rsquo;av\u00e9rer effective, ne ferait que raviver dans l&rsquo;esprit des citoyens le souvenir d&rsquo;un lien rompu depuis bien longtemps. Tant il est vrai que la scission des \u00e9lites et du peuple n&rsquo;a rien d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau, l&rsquo;objectif premier des R\u00e9publiques consistant \u00e0 se perp\u00e9tuer dans le sillage de cette d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, trompeuse, oligarchique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Seule peut-\u00eatre la V<sup>e<\/sup> du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, et uniquement \u00e0 ses d\u00e9buts (et non apr\u00e8s ses nombreux travestissements constitutionnels), pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une rupture, en d\u00e9phasage avec l&rsquo;exclusion historique du peuple. L&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle au suffrage universel pouvant alors \u00eatre per\u00e7ue comme la rencontre d&rsquo;un homme et d&rsquo;une majorit\u00e9 sous une forme pl\u00e9biscitaire. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, les tenants du parlementarisme classique, les anc\u00eatres de nos chers allergiques au peuple, percevaient cette onction du peuple comme la mort des libert\u00e9s ou la possibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9mergence de nouveaux C\u00e9sars. Alors que quelques rares voix discordantes, comme celle de Maurice Duverger, y d\u00e9celaient plut\u00f4t un ferment propice \u00e0 la r\u00e9novation de nos institutions.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Comment lib\u00e9rer le &laquo; souverain captif &raquo;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Or, nous constatons, et cela m\u00eame sous l&rsquo;\u00e8re du suffrage universel, que des proc\u00e9dures d&rsquo;exclusion et de neutralisation perdurent, alors que le vote censitaire a disparu. L&rsquo;augmentation du nombre de signatures et la publicit\u00e9 qui en est donn\u00e9e l&rsquo;attestent ; elles ne peuvent \u00eatre comprises que comme des modifications des r\u00e8gles du jeu aptes \u00e0 toujours favoriser l&rsquo;oligarchie et les partis complices du syst\u00e8me. Si les r\u00e9gimes pr\u00e9c\u00e9dents, comme le Directoire, se fondaient sur un suffrage censitaire qui perdurera tout au long du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en excluant les &laquo; classes dangereuses &raquo; ; de nos jours, la combinaison du scrutin majoritaire et de l&rsquo;abstention reproduit, en r\u00e9alit\u00e9, une situation similaire \u00e0 celle des m\u00e9thodes ant\u00e9rieures d&rsquo;exclusion. Seule l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle r\u00e9siste \u00e0 cette d\u00e9saffection croissante et \u00e0 cette situation. Mais jusqu&rsquo;\u00e0 quand ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;exclusion du candidat Zemmour pourrait bien \u00eatre le point de bascule. Celui qui ferait de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, \u00e0 partir de cet emp\u00eachement, une \u00e9lection comme les autres, d\u00e8s lors discr\u00e9dit\u00e9e aux yeux des Fran\u00e7ais. Une \u00e9lection r\u00e9duite, au m\u00eame titre que les scrutins interm\u00e9diaires, au rassemblement en petit comit\u00e9 des <em>inclus<\/em>, des habitants des m\u00e9tropoles mondialis\u00e9es, des bourgeoisies de droite et de gauche, des retrait\u00e9s et des fonctionnaires reproduisant une \u00e9lection censitaire de fait. Le rappel des chiffres de la derni\u00e8re \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, celle de 2017, sont \u00e9loquents. Macron fit 15 % au premier tour des inscrits, ce qui ne l&#8217;emp\u00eacha pas d&rsquo;avoir la majorit\u00e9 absolue lors de l&rsquo;\u00e9lection l\u00e9gislative qui suivit. Pendant ce temps, Le Pen, M\u00e9lenchon et Dupont-Aignan r\u00e9coltaient 45 % des votants quand, aux l\u00e9gislatives, l&rsquo;addition des trois ne repr\u00e9sentait que 4 % de la repr\u00e9sentation nationale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, par son haut taux de participation, demeure le dernier rituel de l\u00e9gitimation r\u00e9publicaine. Mais force est de constater que m\u00eame ce dernier artifice, d\u00e9j\u00e0 si pr\u00e9caire comme les chiffres l&rsquo;attestent, peine \u00e0 dissimuler une d\u00e9mocratie-t\u00e9moin qui tient dans les mains d&rsquo;un petit nombre. Cette derni\u00e8re et si fragile c\u00e9r\u00e9monie de l\u00e9gitimation subira peut-\u00eatre bient\u00f4t le m\u00eame destin que les autres \u00e9lections marqu\u00e9es par le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, l&rsquo;indiff\u00e9rence et la d\u00e9valorisation &ndash; et l&rsquo;\u00e9viction de Zemmour en serait alors l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rateur final. Si cette pente devait \u00eatre suivie, la derni\u00e8re &laquo; charpente r\u00e9publicaine &raquo;, celle qui tient encore l&rsquo;\u00e9difice r\u00e9publicain de cette &laquo; d\u00e9mocratie Potemkine &raquo; selon la formule de Patrick Buisson, pourrait ainsi se fracturer d\u00e9finitivement et d\u00e9voiler, \u00e0 la vue de tout monde, l&rsquo;incroyable supercherie qu&rsquo;elle cache toujours plus p\u00e9rilleusement. L&rsquo;ultime parade de l&rsquo;apparence l\u00e9gale, derri\u00e8re laquelle la classe dirigeante se cache pour asseoir son pouvoir, dispara&icirc;trait pareil \u00e0 un voile qui se l\u00e8ve. Le peuple serait directement confront\u00e9 \u00e0 la situation d&rsquo;une captation minutieusement cach\u00e9e : celle \u00e0 laquelle une minorit\u00e9 se livre dans le seul but de privatiser les instruments de l&rsquo;&Eacute;tat au d\u00e9triment du bien commun.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;&Eacute;ric Zemmour \u00e0 recueillir ses 500 signatures pourrait fournir cette dynamite capable de faire exploser ce dernier rempart qui fait obstacle \u00e0 une confrontation ouverte entre le peuple et les \u00e9lites r\u00e9publicaines. Une telle explosion, un tel dynamitage signifierait la lib\u00e9ration du &laquo; souverain captif &raquo;, \u00e0 savoir la majorit\u00e9 du peuple fran\u00e7ais. L&rsquo;illusion du vote, celui mis en place par la classe dirigeante pour se prot\u00e9ger de la tyrannie de la majorit\u00e9 de Tocqueville, volerait en \u00e9clat et supprimerait cette <em>technique du miracle r\u00e9publicain <\/em>dont Coleridge a pu dire qu&rsquo;elle est &laquo; une suspension de l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 &raquo;. Nerf contre nerf, l&rsquo;\u00e8re d&rsquo;un basculement politique pourrait \u00eatre, plausiblement, pris en compte comme une hypoth\u00e8se s\u00e9rieuse.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">La perte de l\u00e9gitimit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La classe dirigeante a tr\u00e8s bien compris cette situation. Les \u00e9vocations du vote obligatoire, de la prise en compte du vote blanc ou du rassemblement des scrutins nous d\u00e9montrent que la minorit\u00e9 au pouvoir a bien saisi ce &laquo; coup de semonce &raquo;. Au-del\u00e0 de ces diff\u00e9rentes pistes, la voie qui semble avoir \u00e9t\u00e9 prise est celle de la gestion de la peur. Si le peuple ne se sent pas repr\u00e9sent\u00e9, il faut, afin de maintenir un sentiment de l\u00e9gitimit\u00e9, au moins qu&rsquo;il sente que le gouvernement actuel est le seul capable de le prot\u00e9ger. Qu&rsquo;il t\u00e2che d&rsquo;incarner le <em>parti de l&rsquo;Ordre<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lors de la crise des Gilets jaunes, l&rsquo;analogie entre Thiers et Macron fut particuli\u00e8rement \u00e9clairante. &Agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;une rencontre diplomatique organis\u00e9e \u00e0 Versailles, ce dernier n&rsquo;h\u00e9sita pas \u00e0 pr\u00e9tendre que &laquo; Versailles, c&rsquo;est l\u00e0 o&ugrave; la R\u00e9publique s&rsquo;\u00e9tait retranch\u00e9e quand elle \u00e9tait menac\u00e9e &raquo;. La R\u00e9publique en revient donc \u00e0 sa meilleure technique de gestion des crises qui repose sur la manipulation brutale du sentiment de la peur et l&rsquo;envoi de la canonni\u00e8re. Confront\u00e9 \u00e0 un bloc majoritaire reconnaissant de moins en moins la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir et face \u00e0 des soul\u00e8vements sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;histoire r\u00e9cente, le pouvoir d\u00e9cida de miser sur la sp\u00e9culation autour des peurs. Peur du retour de la peste brune, peur du populisme, peur du nationalisme, peur du souverainisme, peur de la crise \u00e9conomique, peur du racisme, peur de la pand\u00e9mie, peur du r\u00e9chauffement climatique, peur de l&rsquo;islamisme, peur du repli sur soi&hellip; Or, jouer sur la peur pourrait bien s&rsquo;av\u00e9rer \u00eatre une aventure risqu\u00e9e, qui pourrait, qui sait, se retourner contre le pouvoir lui-m\u00eame. Avant, on proclamait qu&rsquo;il ne fallait pas &laquo; d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt &raquo; ; la R\u00e9publique actuelle, pour se maintenir, pourrait faire sien le slogan suivant : &laquo; Il faut terroriser la M\u00e9tropole et \u00e9craser la P\u00e9riph\u00e9rie &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Le droit de commander et le devoir d&rsquo;ob\u00e9ir<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pour bien comprendre l&rsquo;articulation, si difficile \u00e0 saisir par bien des aspects, de la l\u00e9gitimit\u00e9, entre le peuple et le gouvernement, il faut en appeler \u00e0 un penseur italien, \u00e0 cheval sur le XIX<sup>e<\/sup> et le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, qu&rsquo;est Guglielmo Ferrero. Pour lui, la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir politique ne tient que sur la peur r\u00e9ciproque, laquelle maintient une relation entre les gouvernants et les gouvern\u00e9s. &Agrave; \u00e9vocation de cette id\u00e9e du d\u00e9sir d&rsquo;ordre dans une soci\u00e9t\u00e9, le penseur italien pouvait dire que &laquo; le pouvoir est \u00e0 l&rsquo;origine une d\u00e9fense contre les deux plus grandes frayeurs de l&rsquo;humanit\u00e9 : l&rsquo;anarchie et la guerre &raquo;. Mettant au centre de sa r\u00e9flexion la notion de peur, il continuait en affirmant que &laquo; si les sujets ont toujours peur du Pouvoir auquel ils sont soumis, le Pouvoir a toujours peur des sujets auxquels il commande. [&hellip;] Tous les Pouvoirs ont su et savent que la r\u00e9volte est latente m\u00eame dans l&rsquo;ob\u00e9issance la plus soumise, et qu&rsquo;elle peut \u00e9clater un jour ou l&rsquo;autre, sous l&rsquo;action de circonstances impr\u00e9vues. &raquo; De cette mani\u00e8re, il faut imp\u00e9rativement qu&rsquo;il y ait un principe de l\u00e9gitimit\u00e9 reconnue entre les gouvernants et les gouvern\u00e9s de sorte que &laquo; dans l&rsquo;ordre politique, Ca\u00efn repr\u00e9sente les hommes destin\u00e9s \u00e0 commander, Abel, ceux destin\u00e9s \u00e0 ob\u00e9ir &raquo;. Guglielmo Ferrero voyait quatre principes de l\u00e9gitimit\u00e9 pouvant op\u00e9rer ce lien : principes h\u00e9r\u00e9ditaire et aristo-oligarchique, puis le principe d\u00e9mocratique et le principe \u00e9lectif. Il aura cette belle formule sur la l\u00e9gitimit\u00e9 en disait qu&rsquo;elle est ce qui &laquo; adoucit le pouvoir &raquo;, ce qui \u00e9tablit le droit de commander et le devoir d&rsquo;ob\u00e9ir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces quatre principes de l\u00e9gitimit\u00e9 peuvent se combiner et nous donnent, dans le cas de la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique apr\u00e8s son pourrissement commenc\u00e9 sous VGE et accentu\u00e9 sous Mitterrand, une R\u00e9publique d\u00e9mocratique \u00e0 \u00e9lections oligarchiques. Non pas aristocratique dans le sens des &laquo; meilleurs &raquo; mais bien oligarchique, et c&rsquo;est l\u00e0 que r\u00e9side une part du probl\u00e8me, puisque l&rsquo;\u00e9lection ne se fait que sur un principe \u00e9lectif limit\u00e9, ou oligarchique, dans la r\u00e9alit\u00e9 des faits. Effectivement, l&rsquo;\u00e9lection ne se fait qu&rsquo;au sein de la classe dirigeante elle-m\u00eame, car comment ne pas voir dans les primaires une analogie avec les candidatures officielles du Second Empire sous Napol\u00e9on III. L&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle et l&rsquo;\u00e9lection l\u00e9gislative n&rsquo;ont-elles pas \u00e9t\u00e9 bas\u00e9es, pendant plus de 30 ans, sur l&rsquo;opposition entre deux forces politiques h\u00e9g\u00e9moniques qui choisissaient elles-m\u00eames les candidats \u00e9ligibles au sein d&rsquo;un m\u00eame vivier excluant la quasi-totalit\u00e9 des autres acteurs de la politique. Cette proc\u00e9dure de re-l\u00e9gitimation ne prend pas appui sur le peuple. &laquo; R\u00e9publique du centre &raquo;, &laquo; UMPS &raquo;, &laquo; cercle de la raison &raquo;, &laquo; cordon sanitaire &raquo; ou encore &laquo; alternance unique &raquo; sont les diff\u00e9rentes appellations d&rsquo;un m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne dont Macron sera l&rsquo;incarnation parfaite avec le rassemblement, dans le cas de son \u00e9lectorat, de la bourgeoise de droite et de gauche. Macron personnifia la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9voiler une partie de cette supercherie qui tenait de moins en moins. Il cassa la surface et la forme en pr\u00e9textant \u00eatre l&rsquo;homme en dehors de cette <em>entente cordiale<\/em> qui simulait une opposition ; le tout pour mieux continuer, sur le fond, une politique qui r\u00e9unit encore les deux bords. Le ralliement, lors du deuxi\u00e8me tour face \u00e0 Marine Le Pen, des deux anciens partis derri\u00e8re Macron comme un seul homme, en scella l&rsquo;\u00e9vidence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle est devenue un jeu en trompe-l&rsquo;&oelig;il o&ugrave; le candidat du Syst\u00e8me gagne \u00e0 tous les coups contre le candidat hors-syst\u00e8me. M\u00eame avec ses 500 signatures, &Eacute;ric Zemmour, quand bien m\u00eame il se hisserait au second tour, ne pourrait gagner l&rsquo;\u00e9lection supr\u00eame. L&rsquo;&Eacute;tat-Macron et ses appareils d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie &ndash; m\u00e9diatiques, culturels, universitaires, etc. &ndash; lui livreraient une guerre \u00e0 mort. Ce qu&rsquo;ils commencent du reste \u00e0 faire. &Agrave; l&rsquo;inverse, un emp\u00eachement d&rsquo;&Eacute;ric Zemmour mettrait \u00e0 nu les fragilit\u00e9s d&rsquo;un Syst\u00e8me \u00e0 bout de souffle qui, faute de pouvoir choisir les \u00e9lecteurs, en est r\u00e9duit \u00e0 trier les candidats. Dans l&rsquo;\u00e9preuve, Zemmour gagnerait une stature d&rsquo;homme du recours et rouvrirait l&rsquo;horizon des possibles. Seconde partie d&rsquo;un sc\u00e9nario de politique qui n&rsquo;est pas que de fiction.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Pourquoi il ne faut pas&#8230; (II)<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>S&ucirc;rement l&rsquo;\u00e9lection de Macron, en 2017, \u00e9tait-elle d\u00e9j\u00e0 une d\u00e9faite de l&rsquo;oligarchie face au peuple puisqu&rsquo;elle fit sauter un de ces remparts, dans son cas : celui de l&rsquo;alternance fallacieuse des deux forces du centre, qui camouflait sa captation inique et priv\u00e9e du pouvoir. Ce n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que le mandat de Macron marqua un durcissement de l&rsquo;ensemble des politiques que l&rsquo;UMP et le PS menaient de leur c\u00f4t\u00e9. L&#8217;emballement de la politique macroniste &ndash; autant par sa violence dans la r\u00e9pression que dans son empressement dans les r\u00e9formes &ndash; fut le signe d&rsquo;un affolement, d&rsquo;une terreur et d&rsquo;une acceptation \u00e0 devoir jouer \u00e0 visage d\u00e9couvert devant une situation dor\u00e9navant difficilement dissimulable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La non-pr\u00e9sence d&rsquo;&Eacute;ric Zemmour \u00e0 la pr\u00e9sidentielle pourrait \u00eatre cette br\u00e8che qui ferait tomber le dernier mur ; celle qui ferait d\u00e9finitivement basculer la relation de peur pour la projeter enti\u00e8rement vers le gouvernement et la soustrayant au peuple, semblable au retournement de la relation entre le ma&icirc;tre et l&rsquo;esclave chez Hegel. Si une pareille rupture dans l&rsquo;\u00e9quilibre des peurs r\u00e9ciproques se produisait, alors nous serions \u00e0 l&rsquo;aube d&rsquo;un cataclysme politique certain. Et il se pourrait, que cette fois-ci, Macron utilise vraiment cet h\u00e9licopt\u00e8re qui \u00e9tait cens\u00e9 le mettre en s\u00e9curit\u00e9 lors des \u00e9v\u00e9nements des Gilets jaunes.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">L&rsquo;alliance de l&rsquo;&Eacute;tat solide et de l&rsquo;&Eacute;tat liquide<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Une chose est \u00e0 noter : le syst\u00e8me se d\u00e9fend bien et avec hargne. S&rsquo;il est vrai que nous sommes en train de gagner le combat culturel, n&rsquo;enterrons pas tout de suite un ennemi que l&rsquo;on a tendance \u00e0 parfois trop sous-estimer. Le syst\u00e8me des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales ne r\u00e9side pas en la pr\u00e9potence d&rsquo;un &Eacute;tat totalitaire comme le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle put nous en donner l&rsquo;exemple. Au-del\u00e0 de la forme traditionnelle que l&rsquo;on peut lui conna&icirc;tre par ses attributs de puissances publiques (comme ceux du judiciaire, de l&rsquo;administratif ou encore du maintien de l&rsquo;ordre), sa force r\u00e9side aussi dans sa &laquo; deuxi\u00e8me peau &raquo; qui regroupe les institutions qui cadenassent la soci\u00e9t\u00e9 civile par leurs diverses emprises. Intellectuels organiques, m\u00e9dias, associations, monde universitaire ou encore l&rsquo;ensemble des divers appareils politico-culturels encadrant les agents de la soci\u00e9t\u00e9 civile avec une puissance de feu redoutable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On sait que Carl Schmitt reprocha \u00e0 Hobbes d&rsquo;avoir symbolis\u00e9 l&rsquo;&Eacute;tat par la figure du L\u00e9viathan, monstre biblique marin, alors que l&rsquo;appellation B\u00e9h\u00e9moth, monstre terrien, lui aurait mieux correspondu. Suivant cette remarque, si l&rsquo;&Eacute;tat &laquo; dur &raquo; et l\u00e9gal pourrait s&rsquo;apparenter \u00e0 cet &Eacute;tat-B\u00e9h\u00e9moth, cette doublure de l&rsquo;&Eacute;tat &laquo; liquide &raquo; qui contr\u00f4lerait insidieusement la soci\u00e9t\u00e9 civile pourrait \u00eatre appeler &Eacute;tat-L\u00e9viathan. Si la r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;&Eacute;tat-B\u00e9h\u00e9moth est rendue plus facile puisque celui-ci tient en des lieux pr\u00e9cis, dans des autorit\u00e9s reconnaissables et par des actions identifiables ; la tentative de circonscrire les acteurs de l&rsquo;&Eacute;tat-L\u00e9viathan est rendue beaucoup plus difficile puisque l&rsquo;ensemble des caract\u00e9ristiques \u00e9voqu\u00e9es pour l&rsquo;&Eacute;tat-B\u00e9h\u00e9moth ne tiennent pas pour lui. Opacit\u00e9, r\u00e9seaux, groupes de pression ou d&rsquo;influence, menace et m\u00eame mise \u00e0 mort sociale ou \u00e9conomique ; cette &laquo; viscosit\u00e9 &raquo;, selon le mot de Sartre, de la soci\u00e9t\u00e9 civile d\u00e9montre qu&rsquo;en plus du solide de l&rsquo;&Eacute;tat-B\u00e9h\u00e9moth, la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale se prot\u00e8ge aussi par des mani\u00e8res d\u00e9tourn\u00e9es lui permettant de contenir en amont la moindre contestation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 pourquoi on peut penser, raisonnablement, que l&rsquo;accession au pouvoir d&rsquo;un homme comme &Eacute;ric Zemmour sera extr\u00eamement compliqu\u00e9e par la voie &laquo; royale &raquo;, \u00e0 tout le moins normale. Le v\u00e9ritable coup d&rsquo;&Eacute;tat judicaire auquel se heurta Fillion en est une parfaite d\u00e9monstration. Ce n&rsquo;est pas la simple conqu\u00eate de l&rsquo;&Eacute;tat qui est \u00e0 faire, mais bien aussi la victoire contre un &Eacute;tat-L\u00e9viathan enti\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la protection de sa chasse-gard\u00e9e constitu\u00e9e des diff\u00e9rents appareils h\u00e9g\u00e9moniques du pouvoir.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Que faire ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; ce niveau, il faut faire intervenir un autre penseur italien qu&rsquo;est Antonio Gramsci. Esprit particuli\u00e8rement incisif sur l&rsquo;&Eacute;tat, le penseur appela la constitution de cette union &ndash; celle qui est politique, culturelle, \u00e9conomique et juridique &ndash; entre les deux &laquo; &Eacute;tats &raquo; et \u00e0 laquelle il donna le nom de &laquo; bloc historique &raquo;. Gramsci nous en donne ensuite sa d\u00e9finition : &laquo; &Eacute;tat = soci\u00e9t\u00e9 politique + soci\u00e9t\u00e9 civile, c&rsquo;est-\u00e0-dire une h\u00e9g\u00e9monie de coercition &raquo;. Le penseur italien avait parfaitement saisi cette doublure, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente \u00e0 son \u00e9poque, m\u00eame si quelques diff\u00e9rences sont \u00e0 relever. Si Gramsci nous parle de &laquo; fortifications &raquo; ou de &laquo; casemates &raquo; pour permettre cette d\u00e9fense de l&rsquo;&Eacute;tat, la protection actuelle semble avoir subi une transformation \u00e9l\u00e9mentaire du solide au liquide. C&rsquo;est pour cela que Fran\u00e7ois Bousquet, dans son livre <em>Courage ! Manuel de gu\u00e9rilla culturelle<\/em>, en conclut que les coups d&rsquo;&Eacute;tat bolchevique ou mussolinien, dont la technique fut d\u00e9cortiqu\u00e9e par Malaparte, sont d\u00e9pass\u00e9s. Cette transformation est d&rsquo;autant plus redoutable qu&rsquo;elle rend quasiment inop\u00e9rant, et aussi vraisemblablement impossible, d&rsquo;autres coups d&rsquo;&Eacute;tat, \u00e0 l&rsquo;ancienne, comme la gr\u00e8ve, la prise des usines &ndash; la d\u00e9sindustrialisation est pass\u00e9e par l\u00e0 &ndash; ou encore le renversement direct des gouvernements par la force du type 18 Brumaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La prise du pouvoir par l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle demeure, au vu de la puissance encore certaine de l&rsquo;&Eacute;tat-L\u00e9viathan, une chim\u00e8re dont nous devrons contourner les obstacles encore insurmontables. Nous pouvons imaginer, et avec une assez grande pr\u00e9cision, quels orages se soul\u00e8veraient et quels torrents de boue se d\u00e9verseraient si un candidat comme Zemmour devait acc\u00e9der au deuxi\u00e8me tour. L&rsquo;&Eacute;tat-L\u00e9viathan entrerait aussit\u00f4t en convulsion comme un poisson ridicule et fr\u00e9tillant sorti de l&rsquo;eau. Le pr\u00e9c\u00e9dent Jean-Marie Le Pen, en 2002, doit nous servir de le\u00e7on. Zemmour finaliste, l&rsquo;<em>Armada<\/em> de l&rsquo;&Eacute;tat-L\u00e9viathan se mettrait en branle pour mener une guerre totale contre un homme pouvant remettre en cause son h\u00e9g\u00e9monie. Tous les spectres de la peur seraient agit\u00e9s dans un immense tohu-bohu destin\u00e9 \u00e0 conjurer le retour de la &laquo; b\u00eate immonde &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Eacute;tant toujours dans une position d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 et d&rsquo;asym\u00e9trie, la d\u00e9faite serait assur\u00e9e au soir du second tour. Nonobstant les diverses victoires dans les m\u00e9dias, pour la plupart \u00e9parses (on pense n\u00e9anmoins \u00e0 CNews ou \u00e0 Bollor\u00e9), mais aussi dans l&rsquo;opinion publique (en t\u00e9moignent les sondages allant dans le sens de nos combats et marquant une prise de conscience des enjeux d\u00e9cisifs comme celui de l&rsquo;immigration ou de la souverainet\u00e9), il n&rsquo;en demeure pas moins que la guerre culturelle est loin d&rsquo;\u00eatre gagn\u00e9e, sans m\u00eame \u00e9voquer la guerre institutionnelle &ndash; celle de la prise des lieux importants et officiels de pouvoir et d&rsquo;influence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Devant ce constat, Fran\u00e7ois Bousquet propose que le combat soit men\u00e9 selon une perspective de gu\u00e9rilla. S&rsquo;il y a actuellement une guerre entre un faible et un fort, nous sommes encore le faible, que nous le voulions ou non. L&rsquo;incroyable dynamique de Zemmour peut nous appara&icirc;tre comme une belle promesse pour la cause nationale ; toutefois, notre cheval de bataille &ndash; la cause nationale &ndash; et nos id\u00e9es, m\u00eame si elles progressent, restent dans une position en retrait, \u00e9voluant en parall\u00e8le du syst\u00e8me dominant, sinon m\u00eame en dissidence. Nous ne faisons pas encore le poids ; et une guerre r\u00e9guli\u00e8re ou conventionnelle engendrerait n\u00e9cessairement notre d\u00e9faite. L&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, qui est une opposition directe, se fait sur le terrain de l&rsquo;adversaire et donc \u00e0 notre complet d\u00e9savantage. Prendre part aux r\u00e8gles de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle reviendrait \u00e0 accepter les r\u00e8gles du jeu de l&rsquo;adversaire qui sont enti\u00e8rement tourn\u00e9es \u00e0 son avantage.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Le lion et le renard<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Devant ce constat du d\u00e9s\u00e9quilibre des forces entre nous et nos adversaires, faisons sortir notre dernier as, ou plut\u00f4t italien, cach\u00e9 dans notre manche qui est Machiavel. Nous venons de le voir : l&rsquo;opposition directe ou solide, celle de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, compromet nos plans et annonce une d\u00e9faite in\u00e9luctable. Le penseur florentin parlerait \u00e0 cet endroit de duel de lion contre lion puisqu&rsquo;il disait : &laquo; Le lion en effet ne se d\u00e9fend pas des pi\u00e8ges, le renard ne se d\u00e9fend pas des loups. Il faut donc \u00eatre renard pour conna&icirc;tre les pi\u00e8ges et lion pour effrayer les loups &raquo;. Pour l&rsquo;instant, Zemmour fait une campagne de lion. Imposant ses th\u00e8mes privil\u00e9gi\u00e9s au c&oelig;ur de la course pr\u00e9sidentielle et faisant sauter des lignes longtemps &laquo; sacr\u00e9es &raquo; et &laquo; intouchables &raquo; dans le d\u00e9bat public, le combat men\u00e9 par le lion Zemmour force l&rsquo;admiration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur le terrain de l&rsquo;adversaire, il sait se montrer conqu\u00e9rant pour nous faire gagner de pr\u00e9cieuses batailles id\u00e9ologiques. Patrick Buisson avait dit de Sarkozy qu&rsquo;il avait au moins le m\u00e9rite d&rsquo;avoir fait gagner cinq ans \u00e0 &laquo; la cause du peuple &raquo;. Sans m\u00eame \u00eatre pr\u00e9sident, Zemmour en a d\u00e9j\u00e0 fait autant, voire plus. Cependant, il est peut-\u00eatre temps de se faire renard. De quitter la force d&rsquo;un Achille, ponctuellement, et de faire sienne la rouerie d&rsquo;un Ulysse. Si Zemmour gagne en ce moment bataille sur bataille, il se peut qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;approche de la <em>Citadelle, <\/em>quand viendra la bataille finale &ndash; l&rsquo;opposition frontale au syst\u00e8me lors de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle &ndash;, il doive, lui aussi, faire face \u00e0 son <em>G\u00e9n\u00e9ral hiver<\/em> qui d\u00e9jouera sa dynamique. La strat\u00e9gie du choc a ses limites ; et la prochaine \u00e9tape, une \u00e9ventuelle place au second tour, pourrait marquer son arr\u00eat brutal. Peut-\u00eatre alors serait-il plus judicieux de faire semblant de se retirer, de passer \u00e0 une strat\u00e9gie de l&rsquo;\u00e9vitement qui lui permettrait de revenir encore plus fort. Et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;appara&icirc;t la chevelure \u00e0 saisir, celle du <em>Kairos<\/em> (car on saisit l&rsquo;occasion aux cheveux, opportun\u00e9ment) : son incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9colter les 500 signatures.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; <em>la crois\u00e9e des chemins<\/em> comme il aime lui-m\u00eame le dire de la France, deux options s&rsquo;offrent \u00e0 Zemmour. Soit il se fait le <em>condottiere<\/em> du &laquo; rassemblement des droites &raquo;, glorieux et magnifique peut-\u00eatre, mais dans une partie d&rsquo;\u00e9chec truqu\u00e9e d&rsquo;avance. Alors possiblement arriv\u00e9 au second tour &ndash; ce qui n&rsquo;est m\u00eame pas certain dans l&rsquo;absolu &ndash;, il perdrait devant un adversaire encore trop fort qui ferait de lui sa caution &laquo; fasciste &raquo; et &laquo; brune &raquo; permettant \u00e0 cette R\u00e9publique de se maintenir en agitant son diable de carnaval &ndash; en l&rsquo;occurrence Zemmour. Soit il devient un <em>Prince <\/em>selon la perception de Machiavel, ce qui signifierait l&rsquo;incarnation d&rsquo;un nouveau mythe politique. Ainsi bien que momentan\u00e9ment perdant, exclu de la course pr\u00e9sidentielle faute des 500 signatures, il deviendrait, m\u00e9caniquement et pour toutes les raisons \u00e9voqu\u00e9es, le personnage central d&rsquo;un mouvement de contestation du syst\u00e8me qui porterait avec lui une capacit\u00e9 future de renversement politique \u00e9minemment plus cons\u00e9quente.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Dans la cour des grands hommes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Au lieu de s&rsquo;incarner dans un projet d&rsquo;alternance gauche-droite ou progressiste-conservateur, Zemmour deviendrait ainsi l&rsquo;incarnation d&rsquo;une volont\u00e9 collective beaucoup plus large. N&rsquo;\u00e9tant plus assign\u00e9 au seul antagonisme horizontal gauche-droite, il pourrait ouvrir une nouvelle dimension \u00e0 sa substance politique, en l&rsquo;inscrivant dans l&rsquo;axe vertical haut-bas, ou bloc \u00e9litaire et bloc populiste selon l&rsquo;image de J\u00e9r\u00f4me Sainte-Marie. En en finissant avec la division euclidienne des petits personnages politiques, Zemmour aurait alors la possibilit\u00e9 d&rsquo;entrer dans la cour des grands hommes politiques qui peuvent se r\u00e9clamer, comme le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, de cette dimension &laquo; hors parti &raquo;, en renouant avec les formes mythiques d&rsquo;une pulsion nationale ou de l&rsquo;incarnation de la conscience politique, privil\u00e8ge de quelques hommes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La balle est dans votre camp, monsieur Zemmour, et la chevelure du <em>Kairos<\/em> s&rsquo;entrem\u00eale autour de vos doigts. &Agrave; vous de la saisir ou de la laisser filer&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Rodolphe Cart<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Zemmour sans signature(s?) 26 janvier 2022 (20H50) &ndash; Une hypoth\u00e8se int\u00e9ressante est de poser que l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise, contrairement \u00e0 la \u00ab\u00a0coutume\u00a0\u00bb, n&rsquo;est plus, cette fois, en 2022, le terme d&rsquo;une s\u00e9quence mais une \u00e9tape d&rsquo;une s\u00e9quence en cours, &ndash; importante sans doute, mais rien qu&rsquo;une \u00e9tape, &ndash; dans un processus qui domine la situation&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[14363,21406,2631,2651,2803,2687,2685,5100,2617,3340,21407,19266],"class_list":["post-80051","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-14363","tag-cart","tag-de","tag-du","tag-effondrement","tag-france","tag-gaulle","tag-lhomme","tag-macron","tag-presidentielles","tag-recours","tag-rodolphe"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80051","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=80051"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80051\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=80051"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=80051"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=80051"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}