{"id":80105,"date":"2022-03-07T10:54:42","date_gmt":"2022-03-07T10:54:42","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/03\/07\/ukrisis-4-des-origines-a-thucydide\/"},"modified":"2022-03-07T10:54:42","modified_gmt":"2022-03-07T10:54:42","slug":"ukrisis-4-des-origines-a-thucydide","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/03\/07\/ukrisis-4-des-origines-a-thucydide\/","title":{"rendered":"<em>Ukrisis-<\/em>4\u00a0: des origines \u00e0 Thucydide"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>Ukrisis-<\/em>4 : des origines \u00e0 Thucydide <\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Articles du 7 mars 2022. &bull; Une appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale de la subcrise devenue guerre en Ukraine, avec un arri\u00e8re-plan historique particuli\u00e8rement d\u00e9taill\u00e9e. &bull; Contributions : <em>dedefensa.org <\/em>et R\u00e9gis de Castelnau<em>.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il est \u00e9videmment constamment n\u00e9cessaire d&rsquo;avoir \u00e0 l&rsquo;esprit la longue origine historique des \u00e9v\u00e9nements essentiels (historiques sinon m\u00e9tahistoriques) que nous vivons. Le cas ukrainien est un cas d&rsquo;\u00e9cole : cette &lsquo;subcrise&rsquo; dont nous jugeons qu&rsquo;elle devient l&rsquo;expression op\u00e9rationnelle de la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">Grande Crise<\/a>, rassemble en un paroxysme la plupart des facteurs crisiques en cours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>R\u00e9gis de Castelnau, avocat et commentateur fortement appr\u00e9ci\u00e9, notamlment depuis le d\u00e9but du quinquennat Macron (voir ses interventions lors de <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/benallagate-ou-la-theorie-du-complot-de-lete\">l&rsquo;affaire Benalla<\/a>) suit cette approche, avec notamment un &laquo; <em>Petit retour en arri\u00e8re de 500 ans<\/em> &raquo;, avant d&rsquo;en venir aux origines directes puis \u00e0 la crise dans son contexte g\u00e9n\u00e9ral. Rappel n\u00e9cessaire, indispensable, qu&rsquo;il faut syst\u00e9matiquement signaler.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame, Castelnau passant dans son r\u00e9cit par les d\u00e9buts de la Guerre Froide de l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, l\u00e0 o&ugrave; tous les conflits actuels prennent leur source, nous avons pens\u00e9 qu&rsquo;il serait bienvenu d&rsquo;introduire \u00e0 la suite un extrait d&rsquo;un de nos &lsquo;<em>Glossaire.dde<\/em>&lsquo;. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un des travaux historiques les plus importants et les plus \u00e9clairants que nous ayons fait, sur les d\u00e9buts de la Guerre Froide, &ndash; &laquo; <em>Le &lsquo;Trou Noir&rsquo; du XX\u00e8me si\u00e8cle<\/em> &raquo;, mis en ligne le <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-trou-noir-du-xxeme-siecle\">24 janvier 2016<\/a>. Nous avons fait suivre plusieurs textes sur diff\u00e9rents th\u00e8mes du sujet g\u00e9n\u00e9ral, d&rsquo;o&ugrave; il ressort que le d\u00e9but de la Guerre Froide, du c\u00f4t\u00e9 US, n&rsquo;eut pas grand&rsquo;chose \u00e0 voir avec l&rsquo;agressivit\u00e9 sovi\u00e9tique et beaucoup, \u00e9norm\u00e9ment avec la sauvegarde l&rsquo;industrie d&rsquo;armement, particuli\u00e8rement de l&rsquo;a\u00e9ronautique. C&rsquo;est le texte sur ce dernier point, \u00e0 partir d&rsquo;une recension de 1995 (dans &lsquo;<em>dd&#038;e<\/em>&lsquo;-papier) d&rsquo;un livre de 1993, que nous reprenons ; comment la sauvegarde de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique d\u00e9clencha un re-militarisation des USA, le \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb servant aimablement de porte-manteau de l&rsquo;argument. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit du volet industriel du Complexe Militaro-Industriel [CMI] remis en selle apr\u00e8s l&rsquo;effondrement des commandes de guerre en 1945 ; le m\u00eame CMI qui ne cesse depuis huit ans et plus encore, \u00e0 pousser \u00e0 la \u00ab\u00a0vente\u00a0\u00bb d&rsquo;armes \u00e0 l&rsquo;Ukraine, \u00e0 sa militarisation via l&rsquo;OTAN et ainsi de suite&#8230; Int\u00e9ressant de voir d&rsquo;o&ugrave; vient le CMI, apr\u00e8s son effondrement de 1945.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, on lit successivement l&rsquo;analyse ample et fortement argument\u00e9e de Castelnau, \u00e0 partir de son site &lsquo;<em>VuduDroit<\/em>&lsquo;, du <a href=\"https:\/\/www.vududroit.com\/2022\/03\/le-spectacle-de-la-la-fin-du-monde-ancien\/\">5 mars 2022<\/a> ; et <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-trou-noir-du-xxeme-siecle\">notre reprise<\/a>sur la &lsquo;<em>War Scare of 1948<\/em>&lsquo;, du professeur Frank Kofsky, livre mis vite-fait sous le tapis comme on fait des cendres de cigarette, pour d\u00e9viation inacceptable de la <em>narrative <\/em>qui nous sert d&rsquo;intelligence.(Titre complet d&rsquo;un livre introuvable depuis longtemps : &lsquo;<em>Harry S. Truman and the War Scare of 1948, A Successful Campaign to Deceive the Nation<\/em>&lsquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dde.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le spectacle de la fin du monde ancien<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le fait que nous soyons \u00e0 ce point surpris, y compris l&rsquo;auteur de ces lignes, par l&rsquo;invasion russe de l&rsquo;Ukraine, t\u00e9moigne de la perte d&rsquo;une capacit\u00e9 d&rsquo;analyse obscurcie par l&rsquo;arrogance inconsciente de ce que l&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;occidentalisme\u00a0\u00bb. Et \u00e9galement par un rapport au temps, envahi par ce que l&rsquo;on appelle le \u00ab\u00a0pr\u00e9sentisme\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire limitation de notre m\u00e9moire \u00e0 ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 la semaine derni\u00e8re. Et nous avons pris l&rsquo;habitude de plaquer sur le r\u00e9el une morale unilat\u00e9rale et utilitaire qui nous fait oublier le caract\u00e8re tragique de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Petit retour 500 ans en arri\u00e8re<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; la fin du XVe si\u00e8cle, l&rsquo;Europe s&rsquo;est lanc\u00e9e \u00e0 la conqu\u00eate du monde dans le cadre de ce que l&rsquo;on a appel\u00e9 la &laquo; deuxi\u00e8me mondialisation &raquo; apr\u00e8s celle de l&rsquo;antiquit\u00e9 romaine. Pendant que la civilisation chinoise qui disposait pourtant de bases mat\u00e9rielles plus importantes, et dont les flottes parcouraient les mers, d\u00e9cidait de se refermer et de se contenter d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;Empire du Milieu. Juste un petit d\u00e9tail qui en dit long, lorsqu&rsquo;au milieu du XVe si\u00e8cle, la dynastie Ming mis fin aux exp\u00e9ditions maritimes, en fermant ses ports et ses fronti\u00e8res aux bateaux et aux voyageurs \u00e9trangers, construire une jonque \u00e9tait puni de mort. Pendant trois si\u00e8cles, les Europ\u00e9ens sillonn\u00e8rent les mers du globe et s&rsquo;implant\u00e8rent massivement dans le Nouveau Monde d\u00e9barrass\u00e9 de ses habitants par la conqu\u00eate, le g\u00e9nocide et les germes. Au XIXe si\u00e8cle ce fut l&rsquo;av\u00e8nement du fameux triptyque d\u00e9crit par &Eacute;ric Hobsbwam. Avec la r\u00e9volution industrielle (l&rsquo;\u00e8re du Capital) et son accouchement faisant subir aux populations de l&rsquo;Europe et du Nouveau Monde une \u00e9norme violence sociale. Puis la colonisation occidentale sur l&rsquo;ensemble de la plan\u00e8te avec son cort\u00e8ge de violences et ses contradictions (l&rsquo;\u00e8re des empires). Et enfin la mise en place des structures politiques en Occident dont nous continuons aujourd&rsquo;hui \u00e0 faire usage (l&rsquo;\u00e8re des r\u00e9volutions). Ce fut la troisi\u00e8me mondialisation qui vit des migrations consid\u00e9rables, l&rsquo;Europe d\u00e9versant sur le monde ses populations exc\u00e9dentaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le &laquo; <em>court XXe si\u00e8cle<\/em>&raquo; [Hobsbwam], commenc\u00e9 le 1er ao&ucirc;t 1914 pour se terminer le 8 novembre 1989 fut le th\u00e9\u00e2tre de deux guerres mondiales mettant la plan\u00e8te \u00e0 feu et \u00e0 sang et d&rsquo;une guerre froide qui nous fit fr\u00f4ler plusieurs fois la catastrophe nucl\u00e9aire. Depuis la fin du XIXe, une fois r\u00e9gl\u00e9 son probl\u00e8me interne avec la guerre de S\u00e9cession, les &Eacute;tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique ont mis en &oelig;uvre une strat\u00e9gie claire, celle de la conqu\u00eate de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie sur l&rsquo;ensemble occidental, devant d\u00e9boucher sur la conduite des affaires du monde. Ce n&rsquo;est pas exon\u00e9rer Joseph Staline de ses crimes et de la mise en coupe r\u00e9gl\u00e9e des pays conquis lors de la guerre contre l&rsquo;Allemagne nazie, que de rappeler que la guerre froide fut d&rsquo;abord voulue et d\u00e9clench\u00e9e par les &Eacute;tats-Unis. Le choix de Truman comme vice-pr\u00e9sident d&rsquo;un Roosevelt malade dont on savait qu&rsquo;il ne finirait pas son quatri\u00e8me mandat en fut le premier acte. Par une manipulation de la convention d\u00e9mocrate 1944, Henry Wallace consid\u00e9r\u00e9 comme sovi\u00e9tophile et partisan de la p\u00e9rennit\u00e9 de la \u00ab\u00a0Grande alliance\u00a0\u00bb fut \u00e9cart\u00e9 au profit d&rsquo;Harry Truman. Plus tard, l&rsquo;effondrement et le d\u00e9mant\u00e8lement de l&rsquo;URSS furent consid\u00e9r\u00e9s par les &Eacute;tats-Unis comme la victoire qui leur \u00e9tait due et signifiait la fin de l&rsquo;Histoire avec la cons\u00e9cration d\u00e9finitive de la domination occidentale sur le monde, sous conduite am\u00e9ricaine. Cette conviction explique les actes de piraterie internationale que les USA ont multipli\u00e9s depuis 30 ans sans qu&rsquo;aucune de ces violations du droit ne subisse ou n&rsquo;encoure la moindre sanction. Tout comme la fa\u00e7on dont la Russie fut pi\u00e9tin\u00e9e dans les ann\u00e9es 90, et pourquoi l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 sa t\u00eate d&rsquo;un colonel du KGB d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 restaurer un &Eacute;tat, fut per\u00e7ue comme ill\u00e9gitime et une atteinte aux int\u00e9r\u00eats fondamentaux de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Le pi\u00e8ge de Thucydide<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le pi\u00e8ge de Thucydide est un concept de relations internationales tir\u00e9 de son livre &lsquo;<em>La Guerre du P\u00e9loponn\u00e8se<\/em>&lsquo; qui d\u00e9crit l&rsquo;affrontement entre Sparte puissance dominante, et Ath\u00e8nes puissance \u00e9mergente, la premi\u00e8re \u00e9tant pouss\u00e9e \u00e0 la guerre par la peur suscit\u00e9e par l&rsquo;ascension de son rival. C&rsquo;est ce qui arrive aujourd&rsquo;hui aux &Eacute;tats-Unis avec l&rsquo;\u00e9mergence de la Chine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On attribue \u00e0 L\u00e9nine la citation selon laquelle : &laquo; Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons &raquo;. Si elle ne s&rsquo;est pas appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Union sovi\u00e9tique, le moins que l&rsquo;on puisse dire est qu&rsquo;elle colle parfaitement \u00e0 la fa\u00e7on dont l&rsquo;Occident a facilit\u00e9 le d\u00e9collage de la Chine et le retour de l&rsquo;Empire du Milieu dans l&rsquo;Histoire. Par souci du profit imm\u00e9diat, \u00e0 coups de d\u00e9localisations et d&rsquo;investissements, il a transform\u00e9 ce pays en atelier du monde. Favorisant son d\u00e9collage et lui permettant en un temps tr\u00e8s court de rattraper ses retards. Occident incapable, probablement aussi par racisme inconscient, de comprendre que la Chine avait une revanche \u00e0 prendre sur ce que nous lui avions fait au XIXe si\u00e8cle pendant \u00ab\u00a0le si\u00e8cle de la honte\u00a0\u00bb (la puissance occidentale s&rsquo;exprimant notamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque dans les Guerres de l&rsquo;Opium, imposant \u00e0 la Chine les r\u00e8gles libre-\u00e9changistes de son commerce par la force), et que le souci de cette civilisation bimill\u00e9naire \u00e9tait de reprendre la place qu&rsquo;elle consid\u00e8re lui \u00eatre due.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le r\u00e9veil des adeptes occidentaux du court-termisme a \u00e9t\u00e9 brutal et douloureux. Et c&rsquo;est ainsi que la question russe est devenue primordiale. Tous les \u00e9tudiants de ce pays qui envisagent des \u00e9tudes historiques, politiques ou diplomatiques sont tenus de lire int\u00e9gralement le livre de Zbigniew Brzeziski &lsquo;<em>Le grand \u00e9chiquier<\/em>&lsquo; o&ugrave; le conseiller \u00e9cout\u00e9 des pr\u00e9sidents am\u00e9ricains expose avec franchise, voir cynisme, la th\u00e9orie selon laquelle l&rsquo;am\u00e9lioration du monde et sa stabilit\u00e9 d\u00e9pendent du maintien de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie des &Eacute;tats-Unis. Tout pays devenant concurrent est d\u00e8s lors consid\u00e9r\u00e9 comme une menace pour la stabilit\u00e9 mondiale. Et pour lui, la Russie doit \u00eatre neutralis\u00e9e, voire d\u00e9mantel\u00e9e. Pour la bonne raison qu&rsquo;il faut la d\u00e9tacher d&rsquo;une Europe qui ainsi ne peut pas redevenir une puissance, restant ainsi soumise \u00e0 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine. Les &Eacute;tats-Unis pouvant ainsi se tourner vers le Pacifique et la Chine o&ugrave; ils savent qu&rsquo;aura lieu l&rsquo;affrontement pr\u00e9vu par Thucydide.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour les Russes, tout ce qu&rsquo;ils consid\u00e8rent avoir subi depuis la chute de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique se rattache \u00e0 ce choix strat\u00e9gique, et nourrit un sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 traditionnellement tr\u00e8s fort. Sentiment aggrav\u00e9, il ne faut jamais l&rsquo;oublier, par l&rsquo;\u00e9pouvantable catastrophe que fut pour eux la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Le coup d&rsquo;&Eacute;tat organis\u00e9 en 2014 par les &Eacute;tats-Unis en Ukraine, l&rsquo;installation dans ce pays d&rsquo;un gouvernement antirusse corrompu et \u00e0 leur botte, la volont\u00e9 de le faire rejoindre l&rsquo;OTAN pour y installer des armes offensives dirig\u00e9es contre eux, tout ceci a convaincu les Russes que l&rsquo;affrontement devenait in\u00e9vitable. La fa\u00e7on dont ils s&rsquo;y sont pr\u00e9par\u00e9s sur les plans militaires \u00e9conomiques et financiers aurait d&ucirc; attirer notre attention \u00e0 tous. Le refus des pays occidentaux qui en \u00e9taient pourtant les garants d&rsquo;appliquer les accords de Minsk ont probablement fini de les convaincre que la solution militaire \u00e9tait in\u00e9luctable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;espoir que le pire ne soit pas toujours s&ucirc;r nous a aveugl\u00e9s sur ce qui nous attendait. La force du sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 occidentale si pr\u00e9sent dans nos t\u00eates nous a emp\u00each\u00e9s de comprendre le sens de l&rsquo;offensive diplomatique de l&rsquo;automne dernier. Les demandes \u00e9crites de la Russie exigeant des r\u00e9ponses \u00e9galement \u00e9crites dont manifestement leurs dirigeants savaient qu&rsquo;elles \u00e9taient vou\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec, tout cela constituait une <em>maskirovka<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire une op\u00e9ration d&rsquo;intoxication destin\u00e9e \u00e0 masquer les pr\u00e9paratifs militaires. Une op\u00e9ration du type de celle qui vient de se d\u00e9clencher n\u00e9cessitait plusieurs mois de pr\u00e9paration et la d\u00e9cision de principe avait probablement \u00e9t\u00e9 prise depuis longtemps.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">La fin de l&rsquo;\u00e8re occidentale ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il est difficile de savoir \u00e0 ce stade quelle est la strat\u00e9gie militaire mise en &oelig;uvre par la Russie en Ukraine, mais l&rsquo;objectif appara&icirc;t d\u00e9sormais clairement. Mettre fin \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une Ukraine antirusse, laquelle ne perdrait pas n\u00e9cessairement son statut d&rsquo;&Eacute;tat, mais serait transform\u00e9e, r\u00e9organis\u00e9e, neutralis\u00e9e et redeviendrait partie int\u00e9grante du monde russe. Les Russes sont gens d&rsquo;action, et il vaut mieux les \u00e9couter quand ils parlent. Il aurait fallu le faire lors du discours de Vladimir Poutine \u00e0 Munich en 2007. Et d\u00e8s ce moment-l\u00e0, comprendre que parier sur la poursuite de l&rsquo;effondrement de la Russie \u00e9tait une erreur. Nous avons dit dans ces colonnes que nous \u00e9tions rentr\u00e9s dans une nouvelle guerre froide. Il est possible que cela soit beaucoup plus que \u00e7a. Et qu&rsquo;une phase de plus de 500 ans, celle de la domination de l&rsquo;Occident sur la plan\u00e8te, soit en voie d&rsquo;ach\u00e8vement et ce qui vient de se passer en Ukraine est une singuli\u00e8re expression du processus en cours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme le d\u00e9montre le vote de la condamnation de l&rsquo;invasion russe par l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ONU. Il faut regarder en d\u00e9tail qui a condamn\u00e9, qui sanctionne, qui a refus\u00e9 de condamner, mais surtout qui s&rsquo;est abstenu. Reflet d&rsquo;un monde multipolaire o&ugrave; l&rsquo;on constate que seul l&rsquo;Occident s&rsquo;oppose r\u00e9ellement \u00e0 la Russie. Parce que pour les autres, ce n&rsquo;est pas autre chose qu&rsquo;un conflit entre celle-ci et l&rsquo;Occident. La Chine, l&rsquo;Inde, l&rsquo;Am\u00e9rique latine, l&rsquo;Afrique, le monde islamique et l&rsquo;Asie du Sud-Est, plus personne ne reconna&icirc;t r\u00e9ellement le pouvoir que s&rsquo;auto-attribue l&rsquo;Occident \u00e0 r\u00e9genter l&rsquo;ordre mondial. Et n&rsquo;acceptera plus qu&rsquo;il en fixe longtemps encore les r\u00e8gles du jeu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une fois de plus, il faut rappeler qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit plus de morale, de celle dont les occidentaux savent faire peu de cas quand \u00e7a les arrange. Et surtout quand les cours de morale sont donn\u00e9s par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui jugent, g\u00e9n\u00e9ralement avec cynisme en \u00eatre dispens\u00e9s. Il s&rsquo;agit d&rsquo;int\u00e9r\u00eats nationaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Russie a donc d\u00e9fi\u00e9 l&rsquo;Occident, et que dire du spectacle de la r\u00e9action de celui-ci \u00e0 base de d\u00e9lires guerriers impuissants, de sanctions improductives, voire mortif\u00e8res, pour ceux qui les prennent, et d&rsquo;affichage d&rsquo;une m\u00e9diocrit\u00e9 tragique lorsque l&rsquo;on voit qui sont les dirigeants de ces puissances ? Un vieillard s\u00e9nile flanqu\u00e9 d&rsquo;une nullit\u00e9 politique pour diriger celle qui se veut le gendarme du monde. Des \u00e9lites am\u00e9ricaines et europ\u00e9ennes incomp\u00e9tentes basculant au coup de sifflet dans une hyst\u00e9rie inepte, \u00e0 base de propagande grossi\u00e8re, de glapissements et d&rsquo;incantations. Des &Eacute;tats europ\u00e9ens multipliant \u00e0 grands sons de trompe des sanctions qui sont autant d&rsquo;obus de mortier qu&rsquo;ils se tirent dans les pieds, et qui n&rsquo;auront aucun effet sur la d\u00e9termination russe. Tout cela constitue autant de sympt\u00f4mes permettant de penser que l&rsquo;\u00e8re de la domination occidentale mondiale est en train de s&rsquo;achever. Fruit du pi\u00e8ge de Thucydide, ce processus ne se passera pas simplement, sera dangereux et chaotique, et il constitue pour notre pays, puisque nous sommes un pion dans le syst\u00e8me occidental, un d\u00e9fi particulier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;invasion de l&rsquo;Ukraine est une claire violation du droit international, mais c&rsquo;est d&rsquo;abord un \u00e9v\u00e9nement qui acte le d\u00e9clin de la civilisation occidentale sous h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine. Nous allons probablement vers des temps difficiles.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><a href=\"https:\/\/www.vududroit.com\/author\/vddblog\/\">R\u00e9gis de Castelnau<\/a><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>__________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La &lsquo;<em>War Scare of 1948<\/em>&lsquo;, de Frank Kofsky<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>On l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, la vision historique am\u00e9ricaine de la Guerre Froide est [depuis la fin de la Guerre froide] dans une phase de r\u00e9vision fondamentale [cela,  durant les ann\u00e9es1990, puis r\u00e9vision prestement abandonn\u00e9e&#8230;]. [&#8230;] Pour notre part, nous ajoutons ce qui nous para&icirc;t un jalon important dans ce mouvement g\u00e9n\u00e9ral, avec le livre &lsquo;<em>Harry S. Truman and the War Scare of 1948, A Successful Campaign to Deceive the Nation<\/em>&lsquo;, de Frank Kofsky, un professeur d&rsquo;histoire de l&rsquo;universit\u00e9 de Californie. (*) [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">La situation des &Eacute;tats-Unis et du monde en 1945-48<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Que s&rsquo;est-il pass\u00e9 r\u00e9ellement en f\u00e9vrier-avril 1948 \u00e0 Washington? interroge Kofsky.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Dans un espace remarquablement court de deux mois, \u00e9crit-il, l&rsquo;administration r\u00e9ussit \u00e0 augmenter les d\u00e9penses programm\u00e9es pour les commandes d&rsquo;avions militaires de 57%, alors que le total allou\u00e9 au Pentagone augmentait de 30%. Aucun pr\u00e9sident depuis &mdash; y compris Ronald Reagan \u00e0 son \u00e9poque de plus grande influence &mdash; n&rsquo;a approch\u00e9 un tel bond spectaculaire dans les d\u00e9penses militaires en temps de paix<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Avant de lire ce qu&rsquo;en dit Kofsky, on se r\u00e9f\u00e9rera \u00e0 la chronique du temps. Fin f\u00e9vrier 1948 se d\u00e9roula cet \u00e9v\u00e9nement connu sous le nom de \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb (prise du pouvoir par les communistes en Tch\u00e9coslovaquie). L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e9tait, dans notre compr\u00e9hension du temps, tout \u00e0 fait consid\u00e9rable. Il marqua, peut-\u00eatre plus s&ucirc;rement que le blocus de Berlin (juin 1948) et le pont a\u00e9rien qui suivit, la racine de cet \u00e9tat d&rsquo;esprit qui engendra et accompagna le r\u00e9armement occidental dans la p\u00e9riode d\u00e9sormais nomm\u00e9e Guerre Froide. Pour l&rsquo;estimation historique g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9e, le \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb illustre de fa\u00e7on dramatique la politique expansionniste et subversive de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique et du communisme, dans toute sa brutalit\u00e9, dans cet imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre o&ugrave; Staline vieilli et malade r\u00e9gnait encore.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En Europe, sans aucun doute le \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb fut le point d&rsquo;orgue de la mont\u00e9e d&rsquo;une crainte se transformant en panique (&lsquo;<em>Scare<\/em>&lsquo; en anglais) de la politique sovi\u00e9tique. La position de la France conditionnait l&rsquo;\u00e9volution de la situation en Europe occidentale. La France \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un pays essentiel \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e0 cause de sa position strat\u00e9gique centrale certes, mais aussi des h\u00e9sitations qui avaient marqu\u00e9 sa politique \u00e9trang\u00e8re depuis 1945 entre une position m\u00e9diane entre URSS et USA (doctrine inspir\u00e9 par les ann\u00e9es de pouvoir de De Gaulle entre 1944 et 1946) et l&rsquo;alignement sur les USA qui suivit. L&rsquo;historien [US] Irwing Wall remarque \u00e0 propos de cette p\u00e9riode (**) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Cet \u00e9v\u00e9nement,<\/em>[le \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb] <em>plus que tout autre, provoqua \u00e0 Paris une v\u00e9ritable panique. Le message envoy\u00e9 par Bidault (ministre fran\u00e7ais des affaires \u00e9trang\u00e8res) au secr\u00e9taire d &Eacute;tat am\u00e9ricain le 4 mars <\/em>[1948] <em>exprime \u00e9loquemment les inqui\u00e9tudes fran\u00e7aises et marque une date importante de la guerre froide<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>C&rsquo;est encore moins un hasard \u00e0 cette lumi\u00e8re, si le trait\u00e9 de Bruxelles, fondateur de l&rsquo;Union de l&rsquo;Europe Occidentale et r\u00e9duit alors \u00e0 la France, au Royaume-Uni et aux pays du Benelux, fut sign\u00e9 le 18 mars 1948, moins d&rsquo;un mois apr\u00e8s le \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aux &Eacute;tats-Unis, que se passait-il? L&rsquo;administration Truman avait lanc\u00e9 ce qu&rsquo;on nommera plus tard la &lsquo;doctrine Truman&rsquo;, mais les retomb\u00e9es sur sa politique \u00e9trang\u00e8re restaient encore mineures. La r\u00e9organisation de l&rsquo;appareil de s\u00e9curit\u00e9 nationale par le National Security Act de 1947 \u00e9tait d&rsquo;abord un acte de port\u00e9e int\u00e9rieure, &ndash; et ce qu&rsquo;\u00e9crit Kofsky doit grandement nous le confirmer. II s&rsquo;agissait de r\u00e9organiser, du c\u00f4t\u00e9 du gouvernement, une structure militaro-industrielle qui avait \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e vers la guerre totale [et d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e par la \u00ab\u00a0d\u00e9mobilisation-d\u00e9sint\u00e9gration\u00a0\u00bb de l&rsquo;arm\u00e9e]. Le 24 mars 1948, donc pr\u00e8s d&rsquo;un mois apr\u00e8s le \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb, Truman r\u00e9pondait \u00e0 son secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Forrestal et aux chefs d&rsquo;\u00e9tat-major venus lui pr\u00e9senter des recommandations d&rsquo;augmentation draconienne du budget du Pentagone: &laquo; <em>I want a peace program, not a war program.<\/em> &raquo; La pr\u00e9occupation am\u00e9ricaine \u00e9tait donc tout \u00e0 fait int\u00e9rieure encore \u00e0 cette \u00e9poque : que fallait-il faire \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des structures industrielles h\u00e9rit\u00e9es de la guerre, et toute enti\u00e8re orient\u00e9es vers la guerre?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce d\u00e9bat plut\u00f4t de type industriel allait conditionner les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9crits par Kofsky, et nullement les questions ext\u00e9rieures. A l&rsquo;\u00e9poque, les Am\u00e9ricains envisageaient \u00e0 peine la cr\u00e9ation de l&rsquo;OTAN, et encore dans une forme tr\u00e8s att\u00e9nu\u00e9e. Selon Wall :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La paternit\u00e9 de l&rsquo;OTAN revient sans doute \u00e0 Ernest Bevin<\/em>[Premier ministre britannique]. <em>Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec de la Conf\u00e9rence des ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res d&rsquo;Europe occidentale r\u00e9unie \u00e0 Londres en d\u00e9cembre 1947, c&rsquo;est lui qui, avec l&rsquo;accord de Bidault, proposa \u00e0 Georges Marshall la cr\u00e9ation d&rsquo;une alliance militaire entre les &Eacute;tats-Unis et l&rsquo;Europe occidentale pour r\u00e9sister \u00e0 une agression sovi\u00e9tique. En un premier temps, le secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat se montra r\u00e9ticent<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Avec le coup de tonnerre du &lsquo;coup de Prague&rsquo;, on comprend qu&rsquo;on en vienne aussit\u00f4t \u00e0 la signature du trait\u00e9 de Bruxelles [UEO] n&rsquo;incluant que les Europ\u00e9ens, le 18 mars. A cette \u00e9poque, les &Eacute;tats-Unis \u00e9taient bien plus absents de l&rsquo;Europe que ce que l&rsquo;on a admis depuis, et cette p\u00e9riode appara&icirc;t justement comme un pivot dans le d\u00e9bat r\u00e9orientant les USA du n\u00e9o-isolationnisme o&ugrave; ils \u00e9taient retourn\u00e9s vers un internationalisme anticommuniste. C&rsquo;est toute la th\u00e8se de Kofsky, qui plaide implicitement toujours cette m\u00eame id\u00e9e que les raisons de cette \u00e9volution furent beaucoup plus int\u00e9rieures qu&rsquo;ext\u00e9rieures.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">La crainte du retour de la D\u00e9pression<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il y a d&rsquo;abord un aspect g\u00e9n\u00e9ral, que Kofsky note sans le d\u00e9velopper mais qu&rsquo;on retrouve d&rsquo;une mani\u00e8re r\u00e9currente dans l&rsquo;analyse du comportement historique des &Eacute;tats-Unis: la crainte que le pays ne retombe, apr\u00e8s l&rsquo;hyper-expansion industrielle de la guerre, dans la Grande D\u00e9pression.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La d\u00e9pression des ann\u00e9es 30 ? <\/em>s&rsquo;exclamait Norman Mailer en 1967. <em>Nous ne l&rsquo;avons pas r\u00e9gl\u00e9e. Nous sommes entr\u00e9s en guerre et c&rsquo;est la guerre qui a fourni la solution<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Kofsky estime que le mouvement puissant qui naquit \u00e0 la fin de 1947 pour sauver une industrie a\u00e9ronautique au bord de l&rsquo;effondrement avait notamment pour cause la crainte qu&rsquo;un tel \u00e9v\u00e9nement catastrophique puisse \u00e0 nouveau pr\u00e9cipiter une d\u00e9pression :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Avec le souvenir de la pire d\u00e9pression encore vivace dans l&rsquo;esprit du public, il existait une crainte constante et tr\u00e8s forte qu&rsquo;un effondrement \u00e9conomique puisse \u00e0 nouveau intervenir<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cette m\u00eame crainte se trouvait, sous-jacente, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale derri\u00e8re toute entreprise \u00e9conomique consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque. Ainsi, le &lsquo;plan Marshall&rsquo; (ou ERP pour &lsquo;European Recovey Program&rsquo;) \u00e9tait-il destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9tablir un march\u00e9 occidental (transatlantique) vital pour l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine, tout autant et m\u00eame davantage que d&rsquo;\u00e9riger une barri\u00e8re contre l&rsquo;expansion du communisme (il est bien \u00e9vident que les deux objectifs se [sont ensuite confondus]: ce que nous tentons de d\u00e9terminer est leur chronologie, donc lequel est la &#8217;cause premi\u00e8re&rsquo;). Dans les faits, les choses ne se pr\u00e9sentaient pas aussi simplement. L&rsquo;administration, particuli\u00e8rement le secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat Marshall, se heurtait au Congr\u00e8s sur toutes ces questions. A la fin de l&rsquo;hiver [1947], Marshall n&rsquo;\u00e9tait en rien assur\u00e9 que l&rsquo;ERP serait approuv\u00e9 et recevrait les fonds n\u00e9cessaires, et m\u00eame on pourrait admettre qu&rsquo;il avait la conviction du contraire. Kofsky montre ais\u00e9ment qu&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette pr\u00e9occupation, le &lsquo;coup de Prague&rsquo; fut \u00e0 cette \u00e9poque per\u00e7u comme une p\u00e9rip\u00e9tie par le Secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat. II cite des analyses am\u00e9ricaines sugg\u00e9rant que cette action modifiait peu l&rsquo;\u00e9quilibre des forces en Tch\u00e9coslovaquie, d\u00e9j\u00e0 favorable aux communistes et \u00e0 Staline.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis, Marshall changea brusquement d&rsquo;avis sur la tactique \u00e0 suivre. Certains indices l&rsquo;y conduisirent (dont le [trop peu] fameux &lsquo;t\u00e9l\u00e9gramme de Clay&rsquo; [du 5 mars 1948], du nom du g\u00e9n\u00e9ral Clay qui commandait la zone d&rsquo;occupation en Allemagne, et qui livra une analyse [biais\u00e9e dans un sens] particuli\u00e8rement alarmiste sur les possibilit\u00e9s d&rsquo;attaque-surprise des communistes dans les semaines \u00e0 venir). Entretemps et sous l&rsquo;impulsion de son secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense James Forrestal, le d\u00e9partement de la d\u00e9fense avait entrepris de pr\u00e9senter au public et au Congr\u00e8s l&rsquo;image d&rsquo;une situation brusquement d\u00e9grad\u00e9e, mena\u00e7ant de mener les uns et les autres au bord du gouffre. Marshall s&rsquo;\u00e9tait convaincu que cette rh\u00e9torique serait un argument d\u00e9terminant pour convaincre les \u00e9lus de voter l&rsquo;ERP (qui refuserait cette aide aux pays qui risquaient de devenir l&rsquo;avant-garde du [nouveau] front de l&rsquo;Am\u00e9rique?).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Comme on voit, cette \u00e9volution d&rsquo;une Am\u00e9rique soudain sur le pied de guerre face \u00e0 une menace suppos\u00e9e de guerre-surprise ressemble \u00e0 un &lsquo;montage&rsquo; int\u00e9rieur o&ugrave; le ministre de la d\u00e9fense a une place principale. Tout le monde n&rsquo;en \u00e9tait pas averti (ce qui renforce l&rsquo;hypoth\u00e8se du montage). Le 25 mars 1948, alors que Forrestal exhortait la Commission s\u00e9natoriale des Forces Arm\u00e9es \u00e0 voter des cr\u00e9dits suppl\u00e9mentaires pour le Pentagone face \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;agression\u00a0\u00bb et \u00e0 la menace d&rsquo;attaque-surprise de l&rsquo;URSS, le pr\u00e9sident Truman d\u00e9crivait ce m\u00eame pays, dans une conf\u00e9rence de presse, comme &laquo; <em>une nation amicale<\/em> &raquo;. Il s&rsquo;agissait de justifier des ventes de mat\u00e9riels divers \u00e0 l&rsquo;URSS, &mdash; dont quarante-six moteurs neufs de bombardiers B-24 de la guerre! &mdash; et en g\u00e9n\u00e9ral de justifier le commerce avec l&rsquo;URSS. Tout cela donnait, selon les explications de Truman, un excellent moyen de lutte contre la stagnation \u00e9conomique. L\u00e0 aussi, on note la perception prioritaire du point de vue int\u00e9rieur (comme dans les cas de Marshall et de Forrestal).<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Gloire et effondrement de l&rsquo;a\u00e9ronautique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La situation \u00e9tait grave, mais il ne s&rsquo;agissait pas de la Tch\u00e9coslovaquie. Ce qui avait amen\u00e9 Forrestal \u00e0 se faire l&rsquo;avocat ardent d&rsquo;une relance des commandes d&rsquo;armement, et par cons\u00e9quent et au deuxi\u00e8me degr\u00e9, de peindre les rapports avec l&rsquo;URSS sous la couleur d&rsquo;une brutale tension qui devait convaincre le Congr\u00e8s de le suivre sur cette voie, c&rsquo;\u00e9tait la situation de l&rsquo;industrie de l&rsquo;a\u00e9ronautique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce cas, Kofsky apporte des \u00e9l\u00e9ments in\u00e9dits, et \u00e0 notre sens, d\u00e9cisifs pour bien des appr\u00e9ciations : les d\u00e9lib\u00e9rations du Air Coordination Committee (ACC), dont les archives n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 faciles \u00e0 consulter :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Finalement, il m&rsquo;a fallu deux voyages \u00e0 Washington D.C. pour convaincre les National Archives de d\u00e9classifier et mettre \u00e0 ma disposition les documents de l&rsquo;ACC que je voulais consulter<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La t\u00e2che de l&rsquo;ACC, mise en place au d\u00e9but de 1947 et dissoute au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, \u00e9tait de coordonner les politiques des diff\u00e9rents minist\u00e8res et agences en mati\u00e8re a\u00e9ronautique, et de pr\u00e9senter des recommandations pour une politique g\u00e9n\u00e9rale&#8230; [Ainsi en vient-on naturellement \u00e0 la question de savoir dans] quel \u00e9tat se trouvait l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique lorsque l&rsquo;ACC se pencha sur son sort.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; D&rsquo;abord ceci: plus qu&rsquo;aucun autre industrie, elle avait tir\u00e9 d&rsquo;extraordinaires profits et le moyen d&rsquo;une formidable expansion de la production de guerre. Les six plus importantes firmes (Boeing, Curtiss, Douglas, Lockheed, Martin, United Aircraft) virent leurs ventes combin\u00e9es augmenter de plus de 60 fois entre 1939 et 1944, de 250 millions USD \u00e0 16,7 milliards USD, et leurs profits combin\u00e9s augmenter de 244% pendant cette p\u00e9riode. Prenant le cas de Boeing, Kofsky calcule qu&rsquo;entre 1941 et 1945, ses investissements totalis\u00e8rent 15,9 millions USD et ses profits d\u00e9pass\u00e8rent 60 millions USD. Les investissements furent essentiellement assur\u00e9s par [le gouvernement], \u00e0 hauteur de 92% pour toute l&rsquo;industrie (3,428 milliards USD sur 3,721).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;effondrement des commandes et de l&rsquo;activit\u00e9 fut radical en 1945. Sous la pression du public en ao&ucirc;t-septembre 1945, le Congr\u00e8s ordonna une d\u00e9mobilisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e (&laquo; <em>Ce n&rsquo;est pas une d\u00e9mobilisation, c&rsquo;est une d\u00e9sint\u00e9gration<\/em> &raquo;, commenta en octobre 1945 George Marshall, alors chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;US Army). L&rsquo;industrie a\u00e9ronautique, qui attendait effectivement un ralentissement [important mais progressif] de la production, [selon l&rsquo;id\u00e9e que la guerre contre le Japon devait durer jusqu&rsquo;en novembre 1946, avec production \u00e0 mesure], ne le pr\u00e9voyait pas si extr\u00eame [ni surtout si proche dans le temps]. De plus, elle attendait une expansion maximale du transport civil et se tenait pr\u00eate \u00e0 y r\u00e9pondre (Douglas avait le DC-4 et le DC-6, Martin le 02 et le 03, Boeing le &lsquo;<em>Stratocruiser<\/em>&lsquo;, Lockheed le &lsquo;<em>Constellation<\/em>&lsquo;, etc.). Les pr\u00e9visions s&rsquo;av\u00e9r\u00e8rent erron\u00e9es. Par exemple, le trafic a\u00e9rien pour 1947 fut en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 peine sup\u00e9rieur (de 4 \u00e0 5%) \u00e0 celui de 1946, et pour certaines compagnies, inf\u00e9rieur, alors qu&rsquo;on pr\u00e9voyait en 1946 une augmentation de 25 \u00e0 35%.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;industrie a\u00e9ronautique avait investi puissamment dans le secteur civil et se retrouvait rapidement dans une situation proche de la banqueroute. En 1947 (ann\u00e9e termin\u00e9e le 30 novembre), Douglas enregistra une perte de 14,78 millions USD. C&rsquo;\u00e9tait une situation typique de l&rsquo;\u00e9poque, apr\u00e8s une ann\u00e9e difficile (1945) et une premi\u00e8re ann\u00e9e de pertes (1946).<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le cas de Douglas a confirm\u00e9 un point de vue d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandu<\/em>. [&#8230;] <em>Sans l&rsquo;intervention du gouvernement pour r\u00e9gler la facture, la plupart des compagnies commerciales sont incapables d&rsquo;op\u00e9rer d&rsquo;une mani\u00e8re rentable avec le seul secteur civil<\/em> &raquo;. (Selon &lsquo;<em>Aviation Week<\/em>&lsquo;, d\u00e9cembre 1947).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de cette industrie marque donc cette situation explosive: en 1939, le secteur a\u00e9ronautique \u00e0 ses d\u00e9buts \u00e9tait le 43e de l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine; en 1943, il atteignait la premi\u00e8re place, dans une industrie au sommet de sa production; au d\u00e9but de 1948, il \u00e9tait retomb\u00e9e \u00e0 la 44e place &#8230; D\u00e8s juillet 1946, on retrouve dans les notes personnelles de Robert Gross, patron de Lockheed, l&rsquo;id\u00e9e que les 14 plus grosses compagnies a\u00e9ronautiques US devraient \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 3 ou 4 en fonction du travail disponible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;industrie sauv\u00e9e par une intervention publique massive &mdash; Ainsi, d\u00e8s 1947-48, s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9e aux industriels de l&rsquo;a\u00e9ronautique autant qu&rsquo;aux officiels de l&rsquo;administration Truman concern\u00e9s par leur probl\u00e8me si consid\u00e9rable, cette r\u00e9alit\u00e9 qui a finalement moins \u00e9volu\u00e9 qu&rsquo;on pourrait croire: l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique am\u00e9ricaine, dans la forme structurelle qu&rsquo;elle avait, n&rsquo;\u00e9tait viable qu&rsquo;au travers d&rsquo;une intervention massive des pouvoirs publics. En Europe, une telle situation e&ucirc;t naturellement men\u00e9 \u00e0 une nationalisation technique (ce fut d&rsquo;ailleurs souvent le cas). Aux &Eacute;tats-Unis, il n&rsquo;en \u00e9tait pas question. Pour Forrestal, banquier de Wall Street venu \u00e0 la fonction publique comme ministre de la Marine au d\u00e9but de la guerre, la nationalisation c&rsquo;\u00e9tait le socialisme, voire le communisme. En 1943, il allait jusqu&rsquo;\u00e0 exprimer l&rsquo;id\u00e9e que<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; [C]<em>&lsquo;est \u00e0 l&rsquo;industrie priv\u00e9e, <\/em>[par son existence et son activit\u00e9] <em>de nous \u00e9viter un coup d&rsquo;\u00e9tat marxiste<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>D&rsquo;autre part, il fallait sauver l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique. On l&rsquo;a vu, il y avait la cause fondamentale de la crainte que l&rsquo;effondrement de cette industrie amen\u00e2t une r\u00e9action de panique en cha&icirc;ne semblable \u00e0 celle de 1929, et pr\u00e9cipit\u00e2t \u00e0 nouveau l&rsquo;Am\u00e9rique dans la D\u00e9pression. L\u00e0 encore, on retrouve, au travers de cette pr\u00e9occupation purement int\u00e9rieure, le signe que la [Grande] D\u00e9pression constitue, bien plus que la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale qui en fut principalement la cure comme le dit Mailer, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fondamental pour l&rsquo;Am\u00e9rique au XXe si\u00e8cle. Dans ce cas de l&rsquo;a\u00e9ronautique, il joua effectivement un r\u00f4le essentiel, alors que des concepts tels que la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir la base industrielle a\u00e9ronautique des &Eacute;tats-Unis n&rsquo;eurent qu&rsquo;une place r\u00e9duite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un autre point, plus particulier et encore plus d\u00e9licat, concerne le r\u00f4le de la Chase Manhattan Bank de la famille Rockefeller, alors la premi\u00e8re institution financi\u00e8re du monde. La Chase Manhattan avait investi massivement dans l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique: en 1944, les avances et pr\u00eats qu&rsquo;elle lui consentait atteignaient 276 millions USD en pr\u00eats industriels, 320,4 millions USD en pr\u00eats \u00e0 court terme, 852 millions USD en pr\u00eats partiellement garantis par l&rsquo;\u00e9tat, etc. Bien entendu, la Chase Manhattan ressentit l&rsquo;effondrement de la fin de la guerre d&rsquo;ao&ucirc;t 1945 \u00e0 ao&ucirc;t 1947, les d\u00e9p\u00f4ts des compagnies a\u00e9ronautiques \u00e0 la banque pass\u00e8rent de 85,4 millions USD \u00e0 16 millions. Avec la perspective de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique, l&rsquo;\u00e9quilibre m\u00eame de la banque \u00e9tait en question, [avec les perspectives de d\u00e9stabilisation financi\u00e8re du pays en cas d&rsquo;effondrement].<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Chase Bank joua un r\u00f4le fondamental dans la relance de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique par le biais des commandes de l&rsquo;\u00e9tat. Elle le put par l&rsquo;influence \u00e9norme qu&rsquo;elle avait sur le monde politique (tous les candidats r\u00e9publicains \u00e0 la pr\u00e9sidence avaient leurs campagnes pay\u00e9es par la Chase Manhattan, et les d\u00e9mocrates recevaient \u00e9galement des fonds). Forrestal, ancien banquier, \u00e9tait un ami intime de Winthrop Aldrich, beau-fr\u00e8re de John D. Rockefeller et directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Chase Manhattan. Au d\u00e9but 1948, une lettre du secr\u00e9taire \u00e0 l&rsquo;Air Force Stuart Symington \u00e0 Aldrich indiquait que l&rsquo;op\u00e9ration \u00e9tait lanc\u00e9e :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le probl\u00e8me est de savoir comment faire avec l&rsquo;argent pour obtenir ce que nous voulons<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La r\u00e9ponse vint en mars-avril 1948: la &lsquo;<em>War Scare<\/em>&lsquo; du printemps 1948 amena le Congr\u00e8s et Truman \u00e0 accepter une augmentation de 57% des commandes militaires a\u00e9ronautiques. Et ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un d\u00e9but. L&rsquo;industrie a\u00e9ronautique am\u00e9ricaine \u00e9tait sauv\u00e9e. Jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, elle a v\u00e9cu sur ce r\u00e9gime qui dispense tous les avantages de la nationalisation sans imposer aucune de ses obligations.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">&laquo; <em>Le pays a toujours \u00e9t\u00e9 conduit par des crises<\/em> &raquo;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p> Un ami du ministre Forrestal, Ferdinand Eberstadt, disait en 1947 \u00e0 un de ses assistants :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le pays a toujours \u00e9t\u00e9 conduit par des crises,<\/em>[et] <em>s&rsquo;il n&rsquo;y en a pas une \u00e9vidente \u00e0 un moment donn\u00e9, on doit en susciter pour pouvoir avancer<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cette remarque anodine pourrait bien constituer la cl\u00e9 d&rsquo;un des ph\u00e9nom\u00e8nes essentiels du second demi-si\u00e8cle: l&rsquo;installation au c&oelig;ur de la puissance am\u00e9ricaine de ce qu&rsquo;on nomma plus tard le &lsquo;Complexe militaro-industriel&rsquo; (CMI). Celui-ci pesa d&rsquo;un poids tout particulier sur la d\u00e9termination de la politique am\u00e9ricaine et sur l&rsquo;\u00e9volution de la Guerre Froide, par l&rsquo;\u00e9tat de crise qu&rsquo;il perp\u00e9tua. II contribua \u00e0 peser sur l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine par les pressions continuelles exerc\u00e9e sur les finances publiques. II fut un des instruments favoris de diverses d\u00e9stabilisations dont nous mesurons aujourd&rsquo;hui les cons\u00e9quences: le poids des militaires dans la bureaucratie de Washington, l&rsquo;influence militaire am\u00e9ricaine sur des r\u00e9gions enti\u00e8res du globe, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le livre de Kofsky [est d&rsquo;un puissant int\u00e9r\u00eat] et l&rsquo;on peut attribuer \u00e0 quelque attitude d&rsquo;inqui\u00e9tude ou de pusillanimit\u00e9 le silence qui a accueilli sa diffusion. Son travail est en effet \u00e9tay\u00e9 par tant de documents, dont un grand nombre sont exploit\u00e9s publiquement pour la premi\u00e8re fois, qu&rsquo;il est bien difficile de r\u00e9duire sa th\u00e8se \u00e0 quelque chose de n\u00e9gligeable. Reste alors le silence, pour \u00e9viter de faire conna&icirc;tre une appr\u00e9ciation qui doit conduire, en m\u00eame temps que d&rsquo;autres, \u00e0 des d\u00e9marches r\u00e9visionnistes fondamentales sur la Guerre Froide, sur le r\u00f4le de l&rsquo;Am\u00e9rique dans celle-ci, sur la m\u00e9canique du pouvoir am\u00e9ricain, etc., et quelques autres domaines de cet acabit. Enfin, ce livre constitue certainement un outil pr\u00e9cieux pour ceux qui, aujourd&rsquo;hui, ont \u00e0 analyser la situation et les perspectives de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Notes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>(*) Paru chez St-Martin Press, \u00e0 New York. Nous pr\u00e9cisions en 1995, lors de la publication de la premi\u00e8re version de cette analyse du texte de Kofsky :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em> &#8230;&rsquo;The War Scare of 1948&prime; a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1993 et nous n&rsquo;en parlons qu&rsquo;en 1995. Deux ans, \u00e0 notre \u00e9poque de communications intensives, c&rsquo;est beaucoup.<\/em> [&#8230;] [C]<em>ertes, deux ans c&rsquo;est beaucoup si nous pensons que ce livre apporte une contribution essentielle \u00e0 la mise \u00e0 nue d&rsquo;une \u00e9poque si importante. Pourtant, il n&rsquo;a gu\u00e8re eu d&rsquo;\u00e9cho aux &Eacute;tats-Unis \u00e9galement, o&ugrave; nous n&rsquo;avons relev\u00e9 aucune publication (critique, recension, etc.) \u00e0 son propos. Pourquoi? Une premi\u00e8re hypoth\u00e8se est qu&rsquo;il transgresse une r\u00e8gle tr\u00e8s importante de notre \u00e9poque : il d\u00e9cloisonne les sp\u00e9cialit\u00e9s. Le sujet concerne l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique am\u00e9ricaine, le Pentagone, le complexe militaro-industriel. En m\u00eame temps, il concerne la politique occidentale, la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, notre analyse de la Guerre Froide, les fondements \u00e9tranges de nos liens avec les &Eacute;tats-Unis, et ainsi de suite. Une seconde hypoth\u00e8se est que les th\u00e8ses de Kofsky sont trop radicales pour n&rsquo;avoir pas suscit\u00e9 un barrage de l&rsquo;establishment. Dans ce cas, la meilleure arme est le silence. Sans doute les deux causes s&rsquo;additionnent-elles&#8230;. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>(**) &lsquo;<em>L&rsquo;influence am\u00e9ricaine sur la politique fran\u00e7aise, 1945-1954<\/em>&lsquo;, lrwin M. Wall, Balland, Paris 1989.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ukrisis-4 : des origines \u00e0 Thucydide &bull; Articles du 7 mars 2022. &bull; Une appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale de la subcrise devenue guerre en Ukraine, avec un arri\u00e8re-plan historique particuli\u00e8rement d\u00e9taill\u00e9e. &bull; Contributions : dedefensa.org et R\u00e9gis de Castelnau. Il est \u00e9videmment constamment n\u00e9cessaire d&rsquo;avoir \u00e0 l&rsquo;esprit la longue origine historique des \u00e9v\u00e9nements essentiels (historiques sinon m\u00e9tahistoriques)&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[21463,18447,3806,2631,3106,2645,6751,3840,11267,1296,963],"class_list":["post-80105","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-arriere-plan","tag-castelnau","tag-cmi","tag-de","tag-froide","tag-guerre","tag-historique","tag-kofsky","tag-regis","tag-ukraine","tag-urss"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80105","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=80105"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80105\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=80105"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=80105"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=80105"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}