{"id":80157,"date":"2022-04-14T12:12:36","date_gmt":"2022-04-14T12:12:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/04\/14\/visions-de-la-catastrophe-inflationniste\/"},"modified":"2022-04-14T12:12:36","modified_gmt":"2022-04-14T12:12:36","slug":"visions-de-la-catastrophe-inflationniste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/04\/14\/visions-de-la-catastrophe-inflationniste\/","title":{"rendered":"Visions de la catastrophe inflationniste"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Visions de la catastrophe inflationniste<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; En ces temps de grandes peurs, voiici celle d&rsquo;une flamb\u00e9e inflationniste qui pourrait rappeler celle de l&rsquo;Allemagne des premi\u00e8res ann\u00e9es 1920 : un t\u00e9moignage unique sur cette p\u00e9riode. &bull; Contributions : <em>dde.org <\/em>et Victor Serge.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p> Parmi les conditions \u00e9conomiques en constante d\u00e9gradation, on parle \u00e9videmment beaucoup de l&rsquo;inflation. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne assez courant et marquant certaines variations supportables, peut prendre dans des cas extr\u00eames des proportions catastrophiques. C&rsquo;est ce que craint notamment l&rsquo;Allemagne, \u00e0 cause d&rsquo;un souvenir vivace, d&rsquo;une hantise des premi\u00e8re ann\u00e9es 1920 o&ugrave; ce grand pays central en Europe connut une p\u00e9riode d&rsquo;inflation monstrueuse, engendrant un d\u00e9sordre extraordinaire. En un sens, dans le courant d&rsquo;incertitude que nous connaissons, ce souvenir revient \u00e0 la m\u00e9moire, et l&rsquo;on peut \u00eatre assur\u00e9 qu&rsquo;il p\u00e8se directement sur l&rsquo;attitude de l&rsquo;Allemagne, sur les mesures que son gouvernement prend et va prendre ; en attendant, d&rsquo;ailleurs, et sur la sollicitation de ce souvenir obsessionnel, certains mesurent l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 de la direction actuelle, &ndash; en cela \u00e9gale (pour l&rsquo;irresponsabilit\u00e9) aux autres directions am\u00e9ricanistes-occidentalistes, &ndash; vis-\u00e0-vis de la prise de sanctions antirusses qui activent la d\u00e9stabilisation g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes financier et \u00e9conomique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>A cette lumi\u00e8re, il semble int\u00e9ressant de restituer l&rsquo;atmosph\u00e8re, \u00e0 la fois catastrophique et r\u00e9volutionnaire, de cette terrible p\u00e9riode en Allemagne, apr\u00e8s la d\u00e9faite de 1918. Un auteur l&rsquo;a particuli\u00e8rement bien rendue, le r\u00e9volutionnaire Victor Serge, notamment dans son livre &lsquo;<em>Le tournant obscur<\/em>&lsquo; qui fait partie de ses m\u00e9moires. <\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Victor Serge, de son vrai nom Viktor Lvovitch Kibaltchitch, est un r\u00e9volutionnaire libertaire puis marxiste, et \u00e9crivain francophone, n\u00e9 en Belgique de parents russes \u00e9migr\u00e9s politiques. Il est le p\u00e8re du peintre Vladimir Kibaltchitch et d&rsquo;une fille Jeannine<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La vie de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Victor_Serge\">Victor Serge<\/a> est un fantastique roman d&rsquo;un aventurier r\u00e9volutionnaire, emprisonn\u00e9 en Espagne en 1917, puis revenu en France o&ugrave; il est \u00e0 nouveau emprisonn\u00e9, puis \u00e9chang\u00e9 en janvier 1919 gr\u00e2ce \u00e0 un accord franco-sovi\u00e9tique, gagnant l&rsquo;URSS naissante et devenant membre du PC de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique. Anarchiste devenu marxiste, il se rapproche de Trotski et se trouve donc engag\u00e9 dans la lutte pour le pouvoir avec la mort de L\u00e9nine, ensuite emprisonn\u00e9 par la Gu\u00e9p\u00e9ou, jusqu&rsquo;\u00e0 sa lib\u00e9ration en 1933 et son retour en France, avec des s\u00e9jour en Belgique (il assura une chronique dans &lsquo;<em>La Wallonie<\/em>&lsquo;, journal socialiste par instants r\u00e9volutionnaire de Li\u00e8ge). Apr\u00e8s de multiples p\u00e9rip\u00e9ties, il finit au Mexique bien apr\u00e8s l&rsquo;assassinat dans ce pays de Trotski, dont il \u00e9tait rest\u00e9 proche sans jamais adh\u00e9rer \u00e0 la IV\u00e8me Internationale. Il y mourut en 1947, &laquo; <em>dans le d\u00e9nuement le plus total, dans des circonstances suspectes, peut-\u00eatre du fait de l&rsquo;action d&rsquo;agents sovi\u00e9tiques<\/em> &raquo; ; une mort un peu \u00e0-la-Trotski.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Serge avait fait un s\u00e9jour en Allemagne en 1922-1923, \u00e9videmment pour y organiser la r\u00e9volution. Il fut donc un t\u00e9moin direct de cette terrible temp\u00eate inflationniste et la d\u00e9crivit dans un style remarquable (comme toute son &oelig;uvre, abondante et de haute tenue)&#8230; Visions de d\u00e9sordre absolu qui d\u00e9structure toute la soci\u00e9t\u00e9, avec les incroyables envol\u00e9es de l&rsquo;inflation au jour le jour, lorsqu&rsquo;on transporte une brouette remplis de billets pour payer un restaurant, o&ugrave; les billets de cent marks sont sur-estampill\u00e9s un million, dix millions de marks en deux-trois jours, o&ugrave; tout le monde grapille, vole, \u00e9change, o&ugrave; les soldats vendent leurs armes aux plus offrants, o&ugrave; partout \u00e9clate les gr\u00e8ves interrompanbt une production d\u00e9j\u00e0 \u00e0 bout de souffle, o&ugrave; seules les bo&icirc;tes de nuit avec leurs prostitu\u00e9s continuentb \u00e0 prosp\u00e9rer gr\u00e2ce aux dollars des trafiquants&#8230; L&rsquo;extrait du texte de Serge que nous empruntons est extr\u00eamement r\u00e9aliste, pressant, angoissant et fou, terriblement descriptif d&rsquo;une sorte d&rsquo;enfer social, et en un mot pour notre compte : extr\u00eamement talentueux pour rendre compte de la chape de feu grondant du d\u00e9sordre emportant l&rsquo;Allemagne dans une folie mon\u00e9taire qui r\u00e9duit le prix de la vie \u00e0 des masses de billets qui n&rsquo;ont m\u00eame plus la valeur du papier o&ugrave; ils sont imprim\u00e9s, par cons\u00e9quent la d\u00e9structuration-dissolution des structures sociales en quelques semaines, quelques jours, l&rsquo;isolement et la terreur mortif\u00e8re des gens&#8230; S&rsquo;y ajoute la tension du r\u00e9volutionnaire guettant l&rsquo;instant o&ugrave; telle ou telle tentative pourrait \u00eatre lanc\u00e9e, \u00e9galement fouett\u00e9e par la pression des \u00e9v\u00e9nements, cherchant selon le mot d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire russe, \u00e0 &laquo; <em>r\u00e9veiller l&rsquo;insurg\u00e9<\/em> &raquo;&#8230; Visions du cauchemar r\u00e9alis\u00e9 hier, visions du cauchemar possible demain, sinon tr\u00e8s vite dans la spirale, le tourbillon crisique qui menace de nous engloutir dans un sombre trou noir dont nul ne voit ni n&rsquo;imagine le fond.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;extrait ci-dessous est donc du livre &lsquo;<em>Le tournant profond<\/em>&lsquo;, r\u00e9\u00e9dition chez Albatros, en 1972, p. 29-32. (Nous avons trouv\u00e9 la suggestion de cet extrait sur le site &lsquo;<a href=\"https:\/\/matierevolution.fr\/spip.php?article2847\"><em>Mati\u00e8re et R\u00e9volution<\/em><\/a>&lsquo;.) On notera combien ce titre magnifique, d\u00e9finissant une p\u00e9riode-clef de la r\u00e9volution bolch\u00e9vique conduisant \u00e0 la dictature bureaucratique de Staline, peut parfaitement \u00eatre emprunt\u00e9 pour d\u00e9finir la p\u00e9riode que nous vivons, \u00ab\u00a0p\u00e9riode\u00a0\u00bb pour d\u00e9finir ce que Michel Maffesoli d\u00e9crit comme un &laquo; <em>entre-deux \u00e9poques<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Extrait du &lsquo;<em>Tournant obscur<\/em>&lsquo;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Des attroupements stagnent dans les rues de Berlin. Combien faut-il de trillions de marks pour timbrer une lettre ? Octobre 1923. A la caisse d&rsquo;un grand magasin Wertheim, une petite vieille qui porte un col de passementeries noires sort de son r\u00e9ticule des billets de cent marks de l&rsquo;an dernier : du temps de Walter Rathenau&hellip; &laquo; Mais ils ne valent plus rien, madame&hellip; &#8211; Que dites-vous ? Je ne comprends pas bien. &raquo; Des gens s&rsquo;esclaffent. Walter Rathenau g&icirc;t dans sa tombe, tout d\u00e9chiquet\u00e9 ; il r\u00eavait d&rsquo;un n\u00e9o-capitalisme allemand intelligemment et humainement organis\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Non loin de l&rsquo;Alexanderplatz, on pille, en bon ordre, une \u00e9picerie. Que personne n&#8217;emporte plus de trois bo&icirc;tes de conserves, hein ! Il n&rsquo;y a plus de rues riches, bien que les bo&icirc;tes de nuit continuent de fonctionner : elles resteront ouvertes jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du monde. De jeunes femmes nues y dansent entre les petites tables des soupeurs : ce ne sont pas des prostitu\u00e9es, vous savez ! Mais on les a pour deux dollars. Le dollar, monarque invisible, r\u00e8gne sur des foules d\u00e9sempar\u00e9es. Deux fois par jour, il reprend son ascension vertigineuse. Des mercantis accourus de tous les continents raflent les marchandises, stocks et d\u00e9tails, les autos, les bateaux, les entreprises, les cr\u00e9atures avec les machines. On sait le prix des hauts fonctionnaires et celui des gros secr\u00e9taires aux joues flasques, en uniforme vert-de-moisissure, qui, dans les bureaux de la Schutzpolizei, estampillent les papiers des \u00e9trangers. Tout est tarif\u00e9, vendu, perdu, tout s&rsquo;effondre. Je paie trois gros pains bis par semaine au vieil ing\u00e9nieur qui me loue un appartement meubl\u00e9. Les Schieber &ndash; sp\u00e9culateurs &ndash; portent pelisse, roulent dans d&rsquo;imp\u00e9riales voitures luisantes, font des affaires, des affaires, Gesch&auml;fte, Valuta, die Europ&auml;sche Krise, vertehen Sie, comprenez-vous ? Oswald Spengler d\u00e9montre qu&rsquo;un cycle de civilisation finit, cr\u00e9puscule total&hellip; Les femmes d&rsquo;ouvriers de Wedding, Neukoeln, Moabit ont ce teint gris, tirant aux lumi\u00e8res du soir sur le vert, que j&rsquo;ai bien connu d&rsquo;abord aux r\u00e9volutionnaires des maisons centrales, ensuite \u00e0 la population des villes affam\u00e9es, dans la r\u00e9volution russe. Peu de lumi\u00e8re aux fen\u00eatres, des groupes sombres dans la rue. Quelles nouvelles ? Chaque jour est plein de gr\u00e8ves, d&rsquo;incidents sanglants, de coups de feu claquant quelque part dans l&rsquo;\u00e9meute. La voix de l&rsquo;agitateur inconnu commente \u00e7a au milieu des visages de l&rsquo;attente inconnue. Social-d\u00e9mocrate mod\u00e9r\u00e9, mod\u00e9r\u00e9ment d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, mod\u00e9r\u00e9ment exasp\u00e9r\u00e9, communiste ardent, patriote secr\u00e8tement affili\u00e9 aux ligues militaires sont presque d&rsquo;accord : Versailles est un n&oelig;ud coulant pour la nation allemande, malheur \u00e0 la France, malheur \u00e0 la Pologne, malheur, malheur au capitalisme ! Que naisse enfin, de tant de souffrances, une juste communaut\u00e9 sociale ! L&rsquo;Allemagne industrielle et la grande Russie agricole peuvent, en se sauvant, faire le salut du monde. La sainte guerre r\u00e9volutionnaire deviendra possible. Par o&ugrave; commencer ? Les communistes seuls le savent, ils le disent d&rsquo;un mot bref qui claque comme l&rsquo;\u00e9cho d&rsquo;un coup de pistolet : &laquo; Losschalgen ! &raquo; (D\u00e9clencher l&rsquo;action) Nous : le K.P.D. Kommunistische Partei Deutschlands, l&rsquo;Internationale. Il n&rsquo;est que de choisir l&rsquo;instant, apr\u00e8s une pr\u00e9paration \u00e0 fond. La Saxe et la Thuringe rouge, au pouvoir de gouvernements ouvriers &ndash; social-d\u00e9mocrates et communistes, &#8211; forment deux divisions rouges. Presque pr\u00eates. Les armes viennent de Tch\u00e9coslovaquie. Les armes, la Reichswehr les vend. Les dollars viennent de l&rsquo;Ex\u00e9cutif de l&rsquo;Internationale Communiste. (Il arrive que la Reichswehr, ayant livr\u00e9 au soir tombant un wagon de courtes carabines et touch\u00e9 les dollars, fasse signe \u00e0 la Schutzpolizei qui vient \u00e0 l&rsquo;aube saisir les armes&hellip;) Recommandez aux jeunes militants de nouer des intelligences dans la troupe ; aux cheminots de mieux garer sur l&rsquo;heure les wagons, aux camarades charg\u00e9s des transports de faire diligence, nom de dieu ! Liebslied, douce romance ! Le soir, aux grilles des casernes, des jeunes filles, tresses nou\u00e9es, flirtent avec des jeunes hommes casqu\u00e9s : &laquo; vous sortez les grenades, mon ami ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les masses suivront-elles ? Le Parti ne s&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s les premi\u00e8res grandes gr\u00e8ves du pays rh\u00e9nan, et il a frein\u00e9 les mouvements pour ne pas gaspiller les forces. Se concentrent-elles, les forces, ou s&rsquo;\u00e9nervent-elles, ou se dissipent-elles ? On a de jour en jour plus faim, et la faim d\u00e9soriente. Quand l&rsquo;Internationale aura tout r\u00e9gl\u00e9, que sera-t-il pass\u00e9 dans la t\u00eate des social-d\u00e9mocrates &ndash; qui se m\u00e9fient des communistes &ndash; et des hommes de la rue ? De Moscou, o&ugrave; si\u00e8ge l&rsquo;Ex\u00e9cutif, Boris Souvarine m&rsquo;\u00e9crit : &laquo; Nous allons tenter de remplacer L\u00e9nine&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Internationale fixe la date de l&rsquo;insurrection au 25 octobre &ndash; jour anniversaire de la prise du pouvoir \u00e0 P\u00e9trograd en 1917. Peu importe, vraiment, \u00e0 cette heure, le d\u00e9calage des calendriers julien et gr\u00e9gorien ! Je r\u00e9ponds \u00e0 Souvarine que, si l&rsquo;action du Parti n&rsquo;est pas li\u00e9e \u00e0 un mouvement spontan\u00e9 des masses, elle est vaincue d&rsquo;avance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chaque jour des stocks d&rsquo;armes sont saisis. L&rsquo;attente tendue des foules semble se d\u00e9tendre inexplicablement. Le ch\u00f4meur passe, par des gradations insensibles, d&rsquo;une fi\u00e8vre d&rsquo;insurg\u00e9 \u00e0 une lassitude de r\u00e9sign\u00e9. &laquo; C&rsquo;\u00e9tait bien ainsi \u00e0 P\u00e9trograd, \u00e0 la veille de l&rsquo;insurrection, explique un camarade russe ; c&rsquo;\u00e9tait m\u00eame l&rsquo;une des raisons pour lesquelles il fallait agir vite. R\u00e9veiller l&rsquo;insurg\u00e9&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voya Vouyovitch, arriv\u00e9 de Moscou a, sous un grand front bossel\u00e9, un jeune visage \u00e9clair\u00e9 d&rsquo;yeux gris&hellip; Voya pense qu&rsquo;on vaincra \u00e0 la date fix\u00e9e ; tout se fera mieux qu&rsquo;en Russie, &laquo; nous avons l&rsquo;exp\u00e9rience&hellip; &raquo;. Je souhaite que tu aies raison, Voya. Un militant de la section militaire du K.P.D., \u00e0 qui je pose brutalement la question quelques jours avant l&rsquo;insurrection, me r\u00e9pond, les yeux dans les yeux : &laquo; Nous nous battrons bien, mais nous serons battus. &raquo; C&rsquo;est ce que je sais, ce que nous savons tous, pendant que le Comit\u00e9 Central du K.P.D. r\u00e9partit entre ses membres les portefeuilles d&rsquo;un gouvernement de commissaires du peuple et que Koenen, qui a une barbe rousse et des binocles de professeur, nous r\u00e9unit le soir pour nous exposer, au nom de la Section d&rsquo;Information du Comit\u00e9 Central, que tout va pour le mieux. Il le d\u00e9montre encore le lendemain de la saisie des principaux stocks d&rsquo;armes de Berlin. Le hasard est mon principal informateur et il me renseigne mieux, il me renseigne d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9tonnante. J&rsquo;apprends, deux ou trois semaines avant l&rsquo;insurrection, que l&rsquo;on a arr\u00eat\u00e9, sortant de chez M\u00fcnzenberg, un militant responsable qui portait justement dans sa serviette la comptabilit\u00e9 de l&rsquo;armement destin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Ex\u00e9cutif de l&rsquo;Internationale Communiste ; que le Parti est en somme d\u00e9sarm\u00e9 dans la capitale et sa dissolution d\u00e9cid\u00e9e en principe. J&rsquo;en avertis, par interm\u00e9diaires, puisqu&rsquo;ils sont impossibles \u00e0 joindre, des membres du Comit\u00e9 central. Ils me font r\u00e9pondre que cette rumeur l\u00e0 court les rues, bien entendu, mais qu&rsquo;ils sont fix\u00e9s, eux : on n&rsquo;osera pas. &laquo; Bien s&ucirc;r, si nous sommes vaincus&hellip; &raquo; Ils le sont d\u00e9j\u00e0, ils ne le savent pas encore.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Victor Serge<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Visions de la catastrophe inflationniste &bull; En ces temps de grandes peurs, voiici celle d&rsquo;une flamb\u00e9e inflationniste qui pourrait rappeler celle de l&rsquo;Allemagne des premi\u00e8res ann\u00e9es 1920 : un t\u00e9moignage unique sur cette p\u00e9riode. &bull; Contributions : dde.org et Victor Serge. Parmi les conditions \u00e9conomiques en constante d\u00e9gradation, on parle \u00e9videmment beaucoup de l&rsquo;inflation. 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