{"id":80194,"date":"2022-05-15T18:13:53","date_gmt":"2022-05-15T18:13:53","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/05\/15\/leurope-echecs-multiples\/"},"modified":"2022-05-15T18:13:53","modified_gmt":"2022-05-15T18:13:53","slug":"leurope-echecs-multiples","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/05\/15\/leurope-echecs-multiples\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Europe, \u00e9checs multiples"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;Europe, \u00e9checs multiples<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Une mise en perspective des situations europ\u00e9ennes qui ont abouti \u00e0 <em>Ukrisis<\/em>. &bull; Un double \u00e9chec : celui de \u00ab\u00a0l&rsquo;Europe de l&rsquo;Atlantique \u00e0 l&rsquo;Oural\u00a0\u00bb (de Gaulle) et celui de l&rsquo;UE. &bull; Regard d\u00e9sol\u00e9 sur un champ de ruines. &bull; Contribution : Michel Pinton.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>C&rsquo;est avec nos id\u00e9es souvent d\u00e9velopp\u00e9es sur le statut ultime qu&rsquo;atteignent les \u00e9v\u00e9nements par rapport aux volont\u00e9s humaines que nous proposons de lire le texte ci-dessous, qui montrent avec quelle constance les \u00e9checs se sont accumul\u00e9s sur la route de l&rsquo;Europe, &mdash; mais aussi des &Eacute;tats-Unis (malgr\u00e9 les \u00ab\u00a0dividendes de la soumission\u00a0\u00bb), c&rsquo;est-\u00e0-dire du bloc-BAO, &ndash; depuis la chute de l&rsquo;URSS et la fin du communisme en tant que situation mondiale d&rsquo;influence. Ainsi, de notre point de vue, sont illustr\u00e9es les id\u00e9es de la forme et de la force sup\u00e9rieures et autonomes des \u00e9v\u00e9nements au-dessus des actions suppos\u00e9s des \u00ab\u00a0acteurs-figurants\u00a0\u00bb de la politique, selon des d\u00e9finitions encore <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/rien-ne-se-perd-rien-ne-se-cree-tout-se-defait\">cit\u00e9es r\u00e9cemment<\/a> :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Les \u00e9v\u00e9nements, non seulement n&rsquo;ont plus de rapport avec nous, mais \u00e9galement ils vont beaucoup plus vite que nous et beaucoup trop vite pour nous, et ils sont impossibles \u00e0 pr\u00e9voir en aucune fa\u00e7on&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&raquo; l&rsquo;acteur-figurant<\/em> [les directions politiques]<em> est agi par les \u00e9v\u00e9nements, anim\u00e9 par eux plut\u00f4t qu&rsquo;il n&rsquo;agit sur eux et ne les anime.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;auteur du texte repris ci-dessous nous rapporte des \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1990, dont il fut l&rsquo;actif participant, visant \u00e0 lancer un mouvement constitutif de ce que de Gaulle nommait &laquo; <em>l&rsquo;Europe de l&rsquo;Atlantique \u00e0 l&rsquo;Oural<\/em> &raquo; et Mitterrand une &laquo; <em>grande conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne<\/em> &raquo;. Il nous donne des d\u00e9tails, in\u00e9dits pour beaucoup d&rsquo;entre nous sans doute, sur une tentative qu&rsquo;il conduisit en 1993-1994 avec l&rsquo;enthousiaste soutien de Philippe S\u00e9guin, alors pr\u00e9sident de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale, qui devait \u00e9videmment y voir une possibilit\u00e9 \u00ab\u00a0gaullienne\u00a0\u00bb de tourner, de contourner et de d\u00e9passer le futur Trait\u00e9 de Maastricht dont il venait de perdre de bien peu la bataille r\u00e9f\u00e9rendaire en France. Ces pr\u00e9cisions nous font mesurer combien <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-jobert-a-seguin\">S\u00e9guin<\/a> fut r\u00e9ellement le dernier homme d&rsquo;&Eacute;tat gaulliste en France, jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, et en \u00e9voquant une bien hypoth\u00e9tique renaissance alors que nous sommes amarr\u00e9s au standard-Macron.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et bref, et malheureusement, le projet \u00e9choua aussi vite qu&rsquo;il fut lanc\u00e9, le c\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;&laquo; <em>obsession europ\u00e9enne <\/em>&raquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;Europe r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;UE, jusqu&rsquo;\u00e0 nos  jours d&rsquo;<em>Ukrisis.<\/em> Peu de gens, m\u00eame parmi les ennemis de cette Europe-l\u00e0, se doutaient d\u00e9j\u00e0 quel \u00e9tait le fond absolument totalitaire de l&rsquo;UE, nous conduisant de l&rsquo;ang\u00e9lique &laquo; <em>L&rsquo;Europe c&rsquo;est la paix<\/em> &raquo; susurr\u00e9 pendant des d\u00e9cennies, au terrible &laquo; <em>L&rsquo;Europe c&rsquo;est la guerre ! <\/em>&raquo; affirm\u00e9 r\u00e9cemment par Emmanuel Todd dans un entretien avec Olivier Berruyer ; cela, au vu de l&rsquo;activit\u00e9 ukrainienne conduite au rythme d&rsquo;une <em>panzerine <\/em>par la pr\u00e9sidente de la Commission Europ\u00e9enne van der Leyen. L&rsquo;UE est d\u00e9sormais perdue entre les boues ukrainiennes, les gargouillis bidenesques et les terribles impr\u00e9cations polonaises.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, 2022 et l&rsquo;aventure <em>Ukrisis <\/em>ne sonnent pas le triomphe de l&rsquo;UE, mais plut\u00f4t son \u00e9chec, par d\u00e9monstration de son affreuse et terrible inversion de \u00ab\u00a0machine de guerre\u00a0\u00bb qui, en tandem presque amoureux avec l&rsquo;OTAN, a repouss\u00e9 la Russie vers le choix de l\u00a0\u00bbEurasie&rsquo;&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>En relisant le compte rendu de ce s\u00e9minaire trente ans plus tard, mon c&oelig;ur se serre en red\u00e9couvrant l&rsquo;avertissement que nous avait donn\u00e9 un \u00e9minent universitaire, alors membre du Conseil pr\u00e9sidentiel : \u00ab\u00a0Si l&rsquo;Occident ne montre aucune volont\u00e9 de comprendre la Russie, si Moscou n&rsquo;acquiert pas ce \u00e0 quoi elle aspire, &ndash; un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9en efficace, &ndash; si l&rsquo;Europe ne sort pas de son isolement, alors la Russie deviendra in\u00e9vitablement une puissance r\u00e9visionniste. Elle ne se contentera pas du statu quo et cherchera activement \u00e0 d\u00e9stabiliser le continent\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>En 2022, c&rsquo;est exactement ce qu&rsquo;elle fait. Pourquoi notre g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;Europ\u00e9ens a-t-elle \u00e9chou\u00e9 si lamentablement dans l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;unification qui semblait \u00e0 port\u00e9e de main en 1994 ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;article de Michel Pinton retrace divers \u00e9pisodes de cette aventure depuis la fin de l&rsquo;URSS, et notamment le r\u00f4le de la France, de plus en plus piteux. (Texte mis en ligne \u00e0 &lsquo;<em>Euro-Synergies-hautefort.com<\/em>&lsquo; le <a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2022\/05\/15\/l-europe-peut-elle-exister-sans-la-russie.html\">15 mai 2022<\/a>, venu de &lsquo;<em><a href=\"https:\/\/www.ideeazione.com\/puo-leuropa-esistere-senza-la-russia\/\">ideazione.com<\/a><\/em>&lsquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dde.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;Europe peut-elle exister sans la Russie?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La question qui constitue le titre de cet article a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e aux participants d&rsquo;un s\u00e9minaire que j&rsquo;ai eu l&rsquo;honneur d&rsquo;organiser il y a trente ans. C&rsquo;\u00e9tait en 1994. La Russie luttait pour \u00e9merger des ruines de l&#8217;empire sovi\u00e9tique. Sa longue captivit\u00e9 l&rsquo;avait \u00e9puis\u00e9. Enfin libre, elle n&rsquo;avait qu&rsquo;une seule aspiration : retrouver sa force et \u00eatre \u00e0 nouveau elle-m\u00eame. J&rsquo;entends par l\u00e0 non seulement retrouver la prosp\u00e9rit\u00e9 mat\u00e9rielle que les bolcheviks avaient dilapid\u00e9e, mais aussi reconstruire ses relations sociales d\u00e9truites, son ordre politique effondr\u00e9, sa culture d\u00e9form\u00e9e et son identit\u00e9 perdue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; l&rsquo;\u00e9poque, j&rsquo;\u00e9tais membre du Parlement europ\u00e9en. Il me semblait essentiel de comprendre ce qu&rsquo;\u00e9tait la nouvelle Russie, quelle voie elle empruntait et comment l&rsquo;Europe occidentale pouvait travailler avec elle. J&rsquo;ai eu l&rsquo;id\u00e9e de conduire une d\u00e9l\u00e9gation de d\u00e9put\u00e9s \u00e0 Moscou pour discuter de ces questions avec nos homologues de la Douma f\u00e9d\u00e9rale. J&rsquo;en ai parl\u00e9 \u00e0 Philippe Seguin, alors pr\u00e9sident de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise, et il a imm\u00e9diatement accept\u00e9 mon projet. Les parlementaires russes ont r\u00e9pondu \u00e0 notre demande en nous invitant \u00e0 venir imm\u00e9diatement. D&rsquo;un commun accord, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;\u00e9largir nos d\u00e9l\u00e9gations respectives \u00e0 des experts dans les domaines de l&rsquo;\u00e9conomie, de la d\u00e9fense, de la culture et de la religion, afin que leurs r\u00e9flexions \u00e9clairent nos discussions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Seguin et moi n&rsquo;\u00e9tions pas seulement pouss\u00e9s par la curiosit\u00e9 envers cette nation alors ind\u00e9cise. Nous nous consid\u00e9rions comme les h\u00e9ritiers d&rsquo;une \u00e9cole de pens\u00e9e fran\u00e7aise selon laquelle l&rsquo;Europe est une, de l&rsquo;Atlantique \u00e0 l&rsquo;Oural, non seulement sur le plan g\u00e9ographique, mais aussi en termes de culture et d&rsquo;histoire. Nous \u00e9tions \u00e9galement convaincus que ni la paix, ni le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, ni l&rsquo;avancement des id\u00e9es ne pouvaient \u00eatre \u00e9tablis sur notre continent si ses nations se d\u00e9chiraient les unes les autres, voire s&rsquo;ignoraient. Nous avons voulu poursuivre la politique d&rsquo;entente et de coop\u00e9ration initi\u00e9e par Charles de Gaulle de 1958 \u00e0 1968 et bri\u00e8vement reprise en 1989 par Fran\u00e7ois Mitterrand dans sa proposition de &laquo; <em>grande conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">L&rsquo;OTAN : un obstacle \u00e0 nos projets<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous savions qu&rsquo;il y avait un obstacle \u00e0 notre projet : il s&rsquo;appelait OTAN. De Gaulle, le premier, n&rsquo;avait cess\u00e9 de d\u00e9noncer ce &laquo; <em>syst\u00e8me par lequel Washington tient la d\u00e9fense et par cons\u00e9quent la politique et m\u00eame le territoire de ses alli\u00e9s europ\u00e9ens<\/em> &raquo;. Il affirmait qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait jamais de &laquo; <em>v\u00e9ritable Europe europ\u00e9enne<\/em> &raquo; tant que ses nations occidentales ne se seraient pas lib\u00e9r\u00e9es de la &laquo; <em>lourde tutelle<\/em> &raquo; exerc\u00e9e par le Nouveau Monde sur l&rsquo;Ancien. Il avait donn\u00e9 l&rsquo;exemple en &laquo; <em>lib\u00e9rant la France de l&rsquo;int\u00e9gration sous commandement am\u00e9ricain<\/em> &raquo;. Les autres gouvernements n&rsquo;ont pas os\u00e9 le suivre. Mais la chute de l&#8217;empire sovi\u00e9tique en 1990, et la dissolution du Pacte de Varsovie, semblaient justifier la politique gaulliste: il \u00e9tait \u00e9vident pour nous que l&rsquo;OTAN, ayant perdu sa raison d&rsquo;\u00eatre, devait dispara&icirc;tre. Il n&rsquo;y avait plus aucun obstacle \u00e0 une entente \u00e9troite entre tous les peuples d&rsquo;Europe. Seguin, en homme d&rsquo;&Eacute;tat visionnaire, pourrait envisager &laquo; <em>une organisation sp\u00e9cifique de la s\u00e9curit\u00e9 en Europe<\/em> &raquo; sous la forme &laquo; <em>d&rsquo;un Conseil europ\u00e9en de s\u00e9curit\u00e9 dans lequel quatre ou cinq des grandes puissances, dont la Russie et la France, auraient un droit de veto<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est avec ces id\u00e9es que je me suis rendu \u00e0 Moscou. Seguin a \u00e9t\u00e9 retenu \u00e0 Paris par une contrainte inattendue de la session parlementaire fran\u00e7aise. Notre s\u00e9minaire a dur\u00e9 trois jours. L&rsquo;\u00e9lite russe est venue avec autant d&rsquo;enthousiasme que les repr\u00e9sentants de l&rsquo;Europe occidentale. De nos \u00e9changes, j&rsquo;ai tir\u00e9 une le\u00e7on principale : nos interlocuteurs sont obs\u00e9d\u00e9s par deux questions fondamentales pour l&rsquo;avenir de leur nation: qui est russe? Comment assurer la s\u00e9curit\u00e9 de la Russie?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re question d\u00e9coule des fronti\u00e8res arbitraires que Staline avait impos\u00e9es au peuple russe au sein de l&rsquo;ancienne Union sovi\u00e9tique. La seconde \u00e9tait la r\u00e9apparition des souvenirs tragiques des invasions pass\u00e9es. Certains pensaient que les r\u00e9ponses se trouvaient dans le commerce avec l&rsquo;Europe occidentale, dont les nations avaient appris \u00e0 n\u00e9gocier leurs limites et \u00e0 travailler ensemble fraternellement pour le bien de tous. Et puis il y en avait d&rsquo;autres qui, rejetant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une vocation europ\u00e9enne de la Russie, consid\u00e9raient qu&rsquo;elle avait son propre destin, qu&rsquo;ils appelaient \u00ab\u00a0eurasien\u00a0\u00bb. Naturellement, c&rsquo;est le premier groupe que nous avons encourag\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 ce groupe que nous avons apport\u00e9 nos propositions. Il \u00e9tait dominant \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En relisant le compte rendu de ce s\u00e9minaire trente ans plus tard, mon c&oelig;ur se serre en red\u00e9couvrant l&rsquo;avertissement que nous avait donn\u00e9 un \u00e9minent universitaire, alors membre du Conseil pr\u00e9sidentiel : &laquo; <em>Si l&rsquo;Occident ne montre aucune volont\u00e9 de comprendre la Russie, si Moscou n&rsquo;acquiert pas ce \u00e0 quoi elle aspire, &ndash; un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9en efficace, &ndash; si l&rsquo;Europe ne sort pas de son isolement, alors la Russie deviendra in\u00e9vitablement une puissance r\u00e9visionniste. Elle ne se contentera pas du statu quo et cherchera activement \u00e0 d\u00e9stabiliser le continent<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 2022, c&rsquo;est exactement ce qu&rsquo;elle fait. Pourquoi notre g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;Europ\u00e9ens a-t-elle \u00e9chou\u00e9 si lamentablement dans l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;unification qui semblait \u00e0 port\u00e9e de main en 1994 ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous avons tendance \u00e0 rejeter la faute sur un seul homme : Poutine, &quot;un dictateur brutal et froid, un menteur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9, nostalgique d&rsquo;un empire disparu&quot;, que nous devons combattre, voire \u00e9liminer, afin que la d\u00e9mocratie, le pr\u00e9cieux tr\u00e9sor de l&rsquo;Occident, puisse \u00e9galement pr\u00e9valoir \u00e0 l&rsquo;Est et y \u00e9tablir la paix. C&rsquo;est \u00e0 cette t\u00e2che, sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;OTAN, que nous appelle le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Joe Biden. Son explication a l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre simple, mais elle est trop int\u00e9ress\u00e9e pour \u00eatre accept\u00e9e sans examen. Ceux qui ne sont pas domin\u00e9s par les \u00e9motions de l&rsquo;actualit\u00e9 n&rsquo;ont aucune difficult\u00e9 \u00e0 comprendre que le probl\u00e8me de l&rsquo;Europe est beaucoup plus complexe et profond.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;histoire de notre continent au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es peut se r\u00e9sumer \u00e0 un \u00e9loignement progressif de l&rsquo;Est de l&rsquo;Ouest. Dans l&rsquo;ancien empire sovi\u00e9tique, la principale pr\u00e9occupation \u00e9tait, et est toujours, de reconstruire des nations qui renoueront avec leur pass\u00e9 et vivront en toute s\u00e9curit\u00e9 pour \u00eatre \u00e0 nouveau elles-m\u00eames. Pour la Russie, cela signifie r\u00e9unir tous les peuples qui revendiquent la patrie, \u00e9tablir des relations stables et de confiance avec les nations s&oelig;urs du Belarus, de l&rsquo;Ukraine et du Kazakhstan, et construire un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9en qui la prot\u00e8ge des dangers ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">L&rsquo;obsession europ\u00e9enne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Les dirigeants d&rsquo;Europe occidentale ont eu une pr\u00e9occupation tr\u00e8s diff\u00e9rente. Depuis la chute du mur de Berlin, ils ont consacr\u00e9 leur attention, leur \u00e9nergie et leur confiance \u00e0 ce qu&rsquo;ils ont appel\u00e9 \u00ab\u00a0l&rsquo;Union europ\u00e9enne\u00a0\u00bb. Le trait\u00e9 de Maastricht, la construction de la monnaie unique, la \u00ab\u00a0constitution\u00a0\u00bb de Lisbonne, &ndash; voil\u00e0 ce sur quoi ils ont travaill\u00e9 presque \u00e0 plein temps. Alors qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Est, ils s&rsquo;effor\u00e7aient de rattraper le temps perdu dans l&rsquo;histoire nationale, \u00e0 l&rsquo;Ouest, les \u00e9lites se sont laiss\u00e9es emporter par une mystique irr\u00e9sistible, celle du d\u00e9passement des nations et de l&rsquo;organisation rationnelle de l&rsquo;espace commun. Le probl\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 ne se pose plus \u00e0 l&rsquo;Ouest, puisque tous les diff\u00e9rends entre les &Eacute;tats membres doivent \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s par des instances supranationales. La paix dans l'\u00a0\u00bbUnion\u00a0\u00bb semblait \u00eatre d\u00e9finitivement \u00e9tablie. En bref, l&rsquo;Occident pensait avoir d\u00e9pass\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de nation et construit un syst\u00e8me stable de fin heureuse de l&rsquo;histoire. La Russie \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 des questions br&ucirc;lantes sur l&rsquo;id\u00e9e de nation et avait un sentiment croissant de rendez-vous d\u00e9chirants avec l&rsquo;histoire. Dans ces conditions, l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest n&rsquo;avaient pas grand-chose \u00e0 \u00e9changer, \u00e0 l&rsquo;exception du p\u00e9trole et des machines-outils, dont le niveau est trop bas pour att\u00e9nuer leurs futures divergences.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En cons\u00e9quence, l&rsquo;OTAN est devenue une pomme de discorde encore plus grave qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des deux blocs. En Europe occidentale, l&rsquo;organisation militaire dirig\u00e9e par Washington est consid\u00e9r\u00e9e comme une garantie b\u00e9nigne contre les \u00e9ventuels retournements de l&rsquo;histoire. Elle permet \u00e0 ses peuples membres de profiter des \u00ab\u00a0dividendes de la paix\u00a0\u00bb du monde ext\u00e9rieur sans s&rsquo;en pr\u00e9occuper, tout comme l&rsquo;Union le fait pour sa paix int\u00e9rieure. En Russie, l&rsquo;OTAN appara&icirc;t comme une menace mortelle. C&rsquo;est l&rsquo;instrument d&rsquo;une puissance qui a montr\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises depuis la chute du mur de Berlin sa volont\u00e9 d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie mondiale et de domination sur l&rsquo;Europe. L&rsquo;inclusion de la Pologne, des trois &Eacute;tats baltes et de la Roumanie, tous si proches de la Russie, dans les territoires couverts par la supr\u00e9matie am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 applaudie en Occident. &Agrave; Moscou, elle a suscit\u00e9 l&rsquo;inqui\u00e9tude et la col\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">L&rsquo;\u00e9chec de la France<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Et la France ? Pourquoi n&rsquo;a-t-elle pas essay\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher la division progressive de notre continent ? Parce que sa classe dirigeante a toujours choisi d&rsquo;accorder la priorit\u00e9 absolue \u00e0 la mystique de l'\u00a0\u00bbUnion europ\u00e9enne\u00a0\u00bb. En cons\u00e9quence logique, elle s&rsquo;est laiss\u00e9e entra&icirc;ner dans son compl\u00e9ment naturel, l&rsquo;OTAN. Jacques Chirac a particip\u00e9, \u00e0 contrec&oelig;ur bien s&ucirc;r, mais explicitement, \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9dition d\u00e9cid\u00e9e par Washington contre la Serbie. Sarkozy a pris le parti de rapprocher notre pays du syst\u00e8me domin\u00e9 par les Am\u00e9ricains. Hollande et Macron nous ont li\u00e9s toujours plus \u00e9troitement \u00e0 l&rsquo;organisation dont la t\u00eate est de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Atlantique. En nous liant toujours plus \u00e9troitement \u00e0 l&rsquo;OTAN, nos pr\u00e9sidents ont perdu une grande partie du cr\u00e9dit international dont jouissait la France lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait libre de faire ce qu&rsquo;elle voulait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un sursaut de conscience les a parfois amen\u00e9s \u00e0 rejeter la tutelle am\u00e9ricaine et \u00e0 reprendre la mission que de Gaulle avait commenc\u00e9e. Chirac a refus\u00e9 de participer \u00e0 l&rsquo;agression de Bush contre l&rsquo;Irak, Sarkozy s&rsquo;est entendu \u00e0 lui seul avec Moscou sur les termes d&rsquo;un armistice en G\u00e9orgie, Hollande a n\u00e9goci\u00e9 les accords de Minsk pour mettre fin aux combats en Ukraine, ils ont tous accompli des actes dignes de notre vocation europ\u00e9enne. Ils ont m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 engager l&rsquo;Allemagne. Mais h\u00e9las, leurs efforts ont \u00e9t\u00e9 improvis\u00e9s, partiels et de courte dur\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est \u00e0 cause de cette s\u00e9rie de divergences que l&rsquo;Europe a \u00e9t\u00e9 une fois de plus coup\u00e9e en deux. La malheureuse Ukraine, situ\u00e9e sur la ligne de fracture du continent, est la premi\u00e8re \u00e0 en payer le prix en sang, larmes et destruction. La Russie le revendique au nom de l&rsquo;histoire. L&rsquo;Union europ\u00e9enne s&rsquo;indigne au nom des valeurs d\u00e9mocratiques qui, selon elle, mettent fin \u00e0 l&rsquo;histoire. L&rsquo;Am\u00e9rique profite de ce diff\u00e9rend insoluble pour avancer discr\u00e8tement ses pions et rendre l&rsquo;issue de la guerre encore plus compliqu\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 o&ugrave; se trouve l&rsquo;Europe un tiers de si\u00e8cle apr\u00e8s sa r\u00e9unification : un ab&icirc;me de malentendus la divise ; une guerre cruelle la d\u00e9chire ; un nouveau rideau de fer, impos\u00e9 cette fois par l&rsquo;Occident, commence \u00e0 s\u00e9parer son espace ; la course aux armements a repris ; et, plus encore que la chute vertigineuse des \u00e9changes \u00e9conomiques, c&rsquo;est la fin des \u00e9changes culturels qui menace chacune de ses deux faces. Le grand Europ\u00e9en Jean-Paul II avait coutume de dire que notre continent ne pouvait respirer qu&rsquo;avec ses deux poumons. Aujourd&rsquo;hui, en Occident comme en Orient, nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 ne respirer qu&rsquo;avec un seul. C&rsquo;est un mauvais pr\u00e9sage pour les deux moiti\u00e9s. Mais les vrais Europ\u00e9ens doivent refuser de se d\u00e9courager. M\u00eame s&rsquo;ils sont peu entendus aujourd&rsquo;hui, ce sont eux et eux seuls qui peuvent ramener la paix sur notre continent et lui rendre sa prosp\u00e9rit\u00e9 et sa grandeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Michel Pinton<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Europe, \u00e9checs multiples &bull; Une mise en perspective des situations europ\u00e9ennes qui ont abouti \u00e0 Ukrisis. &bull; Un double \u00e9chec : celui de \u00ab\u00a0l&rsquo;Europe de l&rsquo;Atlantique \u00e0 l&rsquo;Oural\u00a0\u00bb (de Gaulle) et celui de l&rsquo;UE. &bull; Regard d\u00e9sol\u00e9 sur un champ de ruines. &bull; Contribution : Michel Pinton. 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