{"id":80321,"date":"2022-08-31T11:08:38","date_gmt":"2022-08-31T11:08:38","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/08\/31\/rip-gorby\/"},"modified":"2022-08-31T11:08:38","modified_gmt":"2022-08-31T11:08:38","slug":"rip-gorby","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/08\/31\/rip-gorby\/","title":{"rendered":"RIP, \u2018<em>Gorby<\/em>&lsquo;"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">RIP, &lsquo;<em>Gorby<\/em>&lsquo;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>31 ao&ucirc;t 2022 (11H05) &ndash; On sait, ou bien on le devine, je n&rsquo;ai le go&ucirc;t ni des comm\u00e9morations, ni des c\u00e9r\u00e9monies, ni des convenances. Les condol\u00e9ances, les biographies pour saluer un mort, ces choses convenues ne sont pas de mon parti. Par cons\u00e9quent, quand je prends la plume pour saluer un mort, c&rsquo;est le signe que je lui trouve du m\u00e9rite, et que je crois que sa vie et sa carri\u00e8re sont \u00e0 m\u00e9diter, aussi bien pour l&rsquo;histoire que pour notre temps. Gorbatchev entre parfaitement dans ce cadre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai v\u00e9cu son aventure, comme journaliste et chroniqueur \u00e0 Bruxelles, comme l&rsquo;une des p\u00e9riodes les plus excitantes, sans doute la plus exalt\u00e9e par rapport aux choses du possible de ma tr\u00e8s longue carri\u00e8re de plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle (55 ans exactement). A partir de 1985, il imposa un rythme \u00e9tourdissant aux relations internationales, au point que tous les autres probl\u00e8mes, notamment nos longues m\u00e9ditations intellectuelles caract\u00e9risant les milieux fran\u00e7ais de l&rsquo;esprit, pass\u00e8rent au second plan. Sa popularit\u00e9 mondiale (j&rsquo;insiste sur cette &lsquo;mondialisation&rsquo;) fut extraordinaire, et dans tous les grands pays d&rsquo;Occident il d\u00e9passait en popularit\u00e9 les grands chefs du cru. Il a termin\u00e9 avec une retraite o&ugrave; il battit dans son propre pays tous les records d&rsquo;impopularit\u00e9. Ceci ne d\u00e9pend pas de cela, et m\u00eame justifierait cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>RT.com, qui serait plut\u00f4t un r\u00e9seau que les vrais nationalistes purs et durs de Russie regardent avec une certaine suspicion, <a href=\"\/If%20not%20me,%20who%3F%20And%20if%20not%20now,%20when%3F\">titre \u00e0 son propos<\/a> ces mots que je lui connaissais pas, &ndash; qui marquent aussi bien la gloire et la mal\u00e9diction du liquidateur de l&rsquo;URSS :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Si ce n&rsquo;est moi, qui ? Et si ce n&rsquo;est maintenant, quand ? <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>C&rsquo;est dire que &lsquo;<em>Gorby<\/em>&lsquo;, comme les yankees, bluff\u00e9s par son abattage incroyable, l&rsquo;avaient surnomm\u00e9 alors, est un personnage terriblement contrast\u00e9 dans la perception qu&rsquo;on en a. Aujourd&rsquo;hui, nos cr\u00e9tins-Syst\u00e8me le c\u00e9l\u00e8brent pour pouvoir mieux descendre Poutine, &ndash; quand on est cons, on dit des conneries en escadrille, c&rsquo;est normal. (S&rsquo;ils pouvaient se rappeler, ceux-l\u00e0, ce que les \u00ab\u00a0ultras\u00a0\u00bb de notre Syst\u00e8me qui d\u00e9zinguent Poutine aujourd&rsquo;hui ont pu d\u00e9verser de tombereaux de soup\u00e7ons sur lui, sur &lsquo;<em>Gorby<\/em>&lsquo; : \u00ab\u00a0agent du KGB montant un pi\u00e8ge pour l&rsquo;Occident\u00a0\u00bb, notamment.)&#8230; \u00ab\u00a0Les vrais nationalistes purs et durs de Russie\u00a0\u00bb le d\u00e9testent et le traitent avec m\u00e9pris, et je crois qu&rsquo;en cela, si je peux les comprendre, je dois dire avec fermet\u00e9 qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas raison. Ce qu&rsquo;on peut lire dans le texte ci-dessous, qui rend compte d&rsquo;une interview qui est \u00e0 mon sens la meilleure de lui dans la presse am\u00e9ricaniste-occidentaliste, parce que men\u00e9e par un Stephen Cohen, &ndash; ce qu&rsquo;on peut lire, c&rsquo;est du Poutine dans le texte, &ndash; bref, c&rsquo;est de l&rsquo;esprit du Russe dans la pr\u00e9sente situatioin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On a \u00e9norm\u00e9ment parl\u00e9 de Gorbatchev sur ce site (on retrouve 165 entr\u00e9es sur son nom), avec notamment l&rsquo;id\u00e9e de trouver un correspondant US pour liquider le monstre, un &lsquo;<em>American <\/em>Gorbatchev&rsquo; (apparition de l&rsquo;expression le <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/american-gorbatchev\">29 octobre 2008<\/a>), ce qui montrait une bonne dose d&rsquo;id\u00e9alisme et d&rsquo;ing\u00e9nuit\u00e9 dans mon chef, \u00e0 propos d&rsquo;Obama. J&rsquo;ai pens\u00e9 que le mieux alors, pour le saluer \u00e0 l&rsquo;heure de sa mort, \u00e9tait de d\u00e9terrer un article o&ugrave; je ne trouverais rien \u00e0 redire par rapport \u00e0 ce que je pense de Gorbatchev aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est le cas notamment et parmi d&rsquo;autres, &ndash; car je n&rsquo;ai pas beaucoup vari\u00e9 dans mon jugement, &ndash; de ce texte du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/lombre-de-gorbatchev-et-du-mur-sur-notre-temps\">2 novembre 2009<\/a>, que je reprends avec comme seul changement s\u00e9rieux la traduction de citations anglaises en fran\u00e7ais. Il est vrai que ce texte, pour le vingti\u00e8me anniversaire de la chute du Mur, \u00e9tait men\u00e9e par Stephen Cohen (avec sa femme Katrina vanden Heuvel, r\u00e9dactrice en chef de &lsquo;<em>The Nation<\/em>&lsquo;), qui fut jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort sans doute le meilleur observateur de la Russie chez les universitaires US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;y retrouve une id\u00e9e centrale : Gorbatchev, comme &laquo; <em>personnage maistrien<\/em> &raquo;, jugement dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans le texte. On y trouve cette explication qui me va comme un gant, aujourd&rsquo;hui comme hier :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Effectivement, Gorbatchev est de ces hommes qui, comme de Gaulle par exemple, ne l\u00e9sinent pas sur les grands desseins tout en conc\u00e9dant aussit\u00f4t, voire simultan\u00e9ment, comme dans une seule pens\u00e9e, et avec cette joie \u00e9difiante qui en dit long sur leur conscience des vanit\u00e9s terrestres, qu&rsquo;en dernier ressort c&rsquo;est l&rsquo;Histoire, ou disons \u00ab\u00a0la force des choses\u00a0\u00bb, qui fixe le destin de leurs desseins<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&#8230; J&rsquo;aurais pu \u00e9crire d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0m\u00e9tahistoire\u00a0\u00bb, n&rsquo;est-ce pas ? Dans tous les cas, pour montrer qu&rsquo;effectivement, c&rsquo;est \u00ab\u00a0la force des choses\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0des forces qui nous d\u00e9passent\u00a0\u00bb, qui d\u00e9cident de ce qui importe et de ce qui importe moins, quoiqu&rsquo;en dise et veuille \u00ab\u00a0l&rsquo;instrument\u00a0\u00bb, je crois depuis toujours que Gorbatchev eut tort de croire que son dessein d&rsquo;une &lsquo;<em>perestro\u00efka<\/em>&lsquo; \u00e9tait l&rsquo;essentiel. Comme je l&rsquo;ai \u00e9crit si souvent, son v\u00e9ritable trait de g\u00e9nie fut l&rsquo;autre id\u00e9e qu&rsquo;il appliqua, la &lsquo;<em>glasnost<\/em>&lsquo;, qui lib\u00e9ra la psychologie des gens, qui r\u00e9alisa une v\u00e9ritable r\u00e9volution mondiale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bon&#8230; Il faut bien le dire, n&rsquo;est-ce pas : nous attendons, nous, notre &lsquo;<em>glasnost<\/em>&lsquo;&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>PhG &ndash; <em>Semper Phi<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>____________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">L&rsquo;ombre de Gorbatchev sur notre temps<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>2 novembre 2009 &mdash; Puisque c&rsquo;est le mois-anniversaire, allons-y. Jamais \u00e9v\u00e9nement aussi sensationnel, aussi f\u00e9cond d&rsquo;illusions, d\u00e9clencheur d&rsquo;espoirs, moteur d&rsquo;enthousiasmes, aura apport\u00e9 autant de d\u00e9sillusions, de d\u00e9ceptions, de d\u00e9sespoirs que la chute du Mur de Berlin. <strong>Toute<\/strong> la responsabilit\u00e9, absolument <strong>toute<\/strong> la responsabilit\u00e9 de cette triste d\u00e9sorientation d&rsquo;un tel \u00e9v\u00e9nement lib\u00e9rateur p\u00e8se de tout son poids sur l&rsquo;Ouest, son am\u00e9ricanisme, son occidentalisme, sa suffisance et son arrogance. L&rsquo;Occident a transform\u00e9 en une folie d\u00e9structurante ce qui \u00e9tait au d\u00e9part un \u00e9v\u00e9nement structurant parce qu&rsquo;il d\u00e9truisait le foyer de d\u00e9structuration qu&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;univers communiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a une excellente interview, dans <em>The Nation<\/em> du 16 novembre 2009, mise en ligne le <a href=\"http:\/\/www.thenation.com\/doc\/20091116\/kvh_cohen\/print\">28 octobre 2009<\/a>, du seul homme de la p\u00e9riode qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre retenu par l&rsquo;Histoire comme particuli\u00e8rement et singuli\u00e8rement grand. Il s&rsquo;agit de Mikha\u00efl Sergue\u00efevitch Gorbatchev, le seul \u00e0 avoir devin\u00e9 d&rsquo;intuition, malgr\u00e9 certaines pressions de sa raison, ce qu&rsquo;il faisait, ce qui se passait et ce qui allait advenir. L&rsquo;un des deux intervieweurs, avec la r\u00e9dactrice en chef de <em>The Nation <\/em>Katrina vanden Heuvel, est l&rsquo;un des meilleurs sp\u00e9cialistes US de la Russie et sans doute le seul \u00e0 bien comprendre le destin actuel de la Russie, le professeur <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_la_vieille_pensee_a_la_nouvelle_pensee_et_retour_04_07_2009.html\">Stephen F. Cohen<\/a>. (L&rsquo;interview a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 Moscou le 23 septembre dernier.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parmi les points int\u00e9ressants de cette interview.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Bien s&ucirc;r, Gorbatchev met, fort justement \u00e0 notre sens, l&rsquo;accent sur les r\u00e9formes qu&rsquo;il avait entreprises d\u00e8s 1985, d\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir, et notamment <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/au-temps-de-gorbatchev-et-de-la-glasnost\">par son attitude propre<\/a> qui pr\u00e9cipita une formidable transformation psychologique des gens en URSS. Comme toujours, nous sommes en d\u00e9saccord sur l&rsquo;importance premi\u00e8re qu&rsquo;il accorde \u00e0 la <em>perestro\u00efka<\/em>, et seconde \u00e0 la <em>glasnost<\/em>. Nous nous en sommes d\u00e9j\u00e0 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-echo_du_passe_recommence_09_06_2009.html\">expliqu\u00e9<\/a> \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Pour Gorbatchev, tout \u00e9tait achev\u00e9 en mars 1989, avec les premi\u00e8res \u00e9lections libres en URSS. D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, il jugeait que le Mur de Berlin allait rapidement tomber, et le reste avec. Manifestement, il estimait que le rythme de l&rsquo;Histoire \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en route, qui allait tout balayer, d&rsquo;o&ugrave; ce rappel qu&rsquo;il fait d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse conjointe avec Kohl sur la r\u00e9unification de l&rsquo;Allemagne&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>En juin 1989, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl et nous avons ensuite tenu une conf\u00e9rence de presse. Les journalistes ont demand\u00e9 si nous avions discut\u00e9 de la question allemande. J&rsquo;ai r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0L&rsquo;histoire a donn\u00e9 naissance \u00e0 ce probl\u00e8me, et l&rsquo;histoire le r\u00e9soudra. C&rsquo;est mon opinion. Si vous demandez au chancelier Kohl, il vous dira que c&rsquo;est un probl\u00e8me pour le XXIe si\u00e8cle.\u00a0\u00bb <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; Gorbatchev repousse farouchement l&rsquo;id\u00e9e que la fin de la Guerre froide intervint en d\u00e9cembre 1991, avec sa propre chute, la fin de l&rsquo;URSS et l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;Eltsine au pouvoir en Russie, th\u00e8se favoris\u00e9e par les historiens occidentaux US, qui s&rsquo;appuie implicitement sur l&rsquo;id\u00e9e que c&rsquo;est l&rsquo;effort d&rsquo;armement US des ann\u00e9es Reagan qui for\u00e7a cette issue. (Nous sommes en complet <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_vision_americaniste_de_la_russie_defaite_en_1989_comme_l_allemagne_en_1945_02_07_2008.html%20\">d\u00e9saccord<\/a> avec cette th\u00e8se qui ne sert qu&rsquo;\u00e0 justifier l&rsquo;effort de production d&rsquo;armement aux USA apr\u00e8s la chute de l&rsquo;URSS.) Gorbatchev estime que la Guerre froide se termina formellement \u00e0 la rencontre qu&rsquo;il eut avec le nouveau pr\u00e9sident US Bush-p\u00e8re \u00e0 Malte en d\u00e9cembre 1989. Il estime au contraire de la th\u00e8se sur \u00ab\u00a0la course aux armements\u00a0\u00bb qu&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rative de briser le syst\u00e8me bureaucratique sovi\u00e9tique, existait la crainte mutuelle d&rsquo;une guerre nucl\u00e9aire, et que c&rsquo;est l&rsquo;action conjugu\u00e9e des deux hommes de la p\u00e9riode (Reagan et lui-m\u00eame) qui r\u00e9solut cette question. C&rsquo;est l&rsquo;exacte antith\u00e8se de la \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb de l&rsquo;Ouest par la pression de la production des armements US. Un passage int\u00e9ressant \u00e0 cet \u00e9gard, avec quelques r\u00e9v\u00e9lations sur les confidences de deux dirigeants US, le futur pr\u00e9sident Bush-p\u00e8re et le secr\u00e9taire d&rsquo;Etat George Schultz:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><strong><em>The Nation <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Donc la guerre froide s&rsquo;est termin\u00e9e en d\u00e9cembre 1989 ? <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Gorbatchev <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Je pense que oui.  <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>The Nation <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Beaucoup de gens ne sont pas d&rsquo;accord, y compris certains historiens am\u00e9ricains<strong>.  <\/strong><\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Gorbatchev <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Que les historiens pensent ce qu&rsquo;ils veulent. Mais sans ce que j&rsquo;ai d\u00e9crit, rien n&rsquo;aurait r\u00e9sult\u00e9. Laissez-moi vous dire quelque chose. George Shultz, le secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat de Reagan, est venu me voir il y a deux ou trois ans. Nous nous sommes longuement rem\u00e9mor\u00e9s, &ndash; comme de vieux soldats se rappelant les batailles pass\u00e9es. J&rsquo;ai beaucoup de respect pour Shultz, et je lui ai demand\u00e9 : \u00ab\u00a0Dites-moi, George, si Reagan n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident, qui aurait pu jouer son r\u00f4le ?\u00a0\u00bb Shultz a r\u00e9fl\u00e9chi un moment, puis a dit : \u00ab\u00a0&Agrave; cette \u00e9poque, il n&rsquo;y avait personne d&rsquo;autre. La force de Reagan \u00e9tait qu&rsquo;il avait consacr\u00e9 tout son premier mandat \u00e0 construire l&rsquo;Am\u00e9rique, \u00e0 se d\u00e9barrasser de toutes les vacillations qui avaient \u00e9t\u00e9 sem\u00e9es comme des graines. L&rsquo;esprit de l&rsquo;Am\u00e9rique s&rsquo;\u00e9tait ranim\u00e9. Mais pour prendre ces mesures de normalisation des relations avec l&rsquo;Union sovi\u00e9tique et de r\u00e9duction des armements nucl\u00e9aires, &ndash; il n&rsquo;y avait personne d&rsquo;autre qui aurait pu le faire alors.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>D&rsquo;ailleurs, en 1987, apr\u00e8s ma premi\u00e8re visite aux &Eacute;tats-Unis, le vice-pr\u00e9sident Bush m&rsquo;a accompagn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport, et m&rsquo;a dit : \u00ab\u00a0Reagan est un conservateur. Un conservateur extr\u00eame. Tous les imb\u00e9ciles et les cr\u00e9tins sont pour lui, et quand il dit que quelque chose est n\u00e9cessaire, ils lui font confiance. Mais si un d\u00e9mocrate avait propos\u00e9 ce que Reagan a fait, avec vous, ils ne lui auraient pas fait confiance.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>En vous disant cela, je veux simplement donner \u00e0 Reagan le cr\u00e9dit qu&rsquo;il m\u00e9rite. J&rsquo;ai trouv\u00e9 tr\u00e8s difficile de traiter avec lui. La premi\u00e8re fois que nous nous sommes rencontr\u00e9s, en 1985, apr\u00e8s avoir discut\u00e9, mes collaborateurs m&rsquo;ont demand\u00e9 ce que je pensais de lui. \u00ab\u00a0Un vrai dinosaure\u00a0\u00bb, ai-je r\u00e9pondu. Et Reagan a dit de moi : \u00ab\u00a0Gorbatchev est un bolchevik pur et dur !\u00a0\u00bb <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>The Nation <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Un dinosaure et un bolchevik ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Gorbatchev <\/em><\/strong>: &laquo; <em>Et pourtant, ces deux personnes sont parvenues \u00e0 des accords historiques, car certaines choses doivent \u00eatre au-dessus des convictions id\u00e9ologiques. Aussi difficile que cela ait \u00e9t\u00e9 pour nous, aussi d\u00e9saccord\u00e9s que Reagan et moi l&rsquo;ayons \u00e9t\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve en 1985, nous avons n\u00e9anmoins \u00e9crit dans notre appel aux peuples du monde : \u00ab\u00a0La guerre nucl\u00e9aire est inadmissible, et dans celle-ci il ne peut y avoir de vainqueurs.\u00a0\u00bb&#8230;<\/em><strong> &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; Plusieurs questions portaient sur les cons\u00e9quences de la fa\u00e7on dont se termin\u00e8rent l&rsquo;URSS et la carri\u00e8re de Gorbatchev lui-m\u00eame, avec son brutal remplacement par Eltsine, tout cela en connexion avec le d\u00e9bat sur la fin de la Guerre froide. De ce point de vue, l&rsquo;ancien Premier secr\u00e9taire du PC de l&rsquo;URSS montre \u00e0 la fois une extr\u00eame lucidit\u00e9 et une certaine d\u00e9ception rentr\u00e9e, mais, nous semble-t-il, sans jamais d&rsquo;amertume. Pour lui, ces circonstances elles-m\u00eames, et le sentiment de triomphe de l&rsquo;Occident, conduisirent \u00e0 une situation catastrophique qui engendra tous les \u00e9v\u00e9nements que nous avons connus depuis. Il dit cela un peu comme on affirme une \u00e9vidence ou comme on enfonce ce qui lui para&icirc;t \u00eatre une porte ouverte; ou comme on fait, en passant et sans trop y insister, la le\u00e7on \u00e0 un adolescent instable.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; &#8230;<em>Les temps travaillent \u00e0 travers les gens dans l&rsquo;histoire. Je vais vous dire autre chose qui est tr\u00e8s important sur ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 par la suite dans votre pays. Lorsque les gens [aux USA] sont arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion qu&rsquo;ils avaient gagn\u00e9 la guerre froide, ils ont conclu qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas besoin de changer. Qu&rsquo;il fallait laisser les autres changer. Ce point de vue est erron\u00e9, et il a sap\u00e9 ce que nous avions envisag\u00e9 pour l&rsquo;Europe, &ndash; une s\u00e9curit\u00e9 collective mutuelle pour tous et un nouvel ordre mondial. Tout cela a \u00e9t\u00e9 perdu \u00e0 cause de cette pens\u00e9e confuse dans votre pays, et qui a rendu si difficile la collaboration. Le leadership mondial est maintenant compris comme signifiant que l&rsquo;Am\u00e9rique donne les ordres<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Et, plus loin :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>En Eltsine, Washington s&rsquo;est retrouv\u00e9 avec un vassal qui pensait qu&rsquo;en raison de son anticommunisme, il serait port\u00e9 dans leurs bras. Des d\u00e9l\u00e9gations sont venues en Russie les unes apr\u00e8s les autres, y compris le pr\u00e9sident Bill Clinton, puis elles ont cess\u00e9 de venir. Il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 que personne n&rsquo;avait besoin d&rsquo;Eltsine. Mais \u00e0 cette \u00e9poque, la moiti\u00e9 des industries russes \u00e9taient en ruine, voire 60 %. C&rsquo;\u00e9tait un pays dont l&rsquo;\u00e9conomie non comp\u00e9titive \u00e9tait largement ouverte au march\u00e9 mondial, et il est devenu servilement d\u00e9pendant des importations<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Combien de choses ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9es ! Tous nos plans pour une nouvelle Europe et une nouvelle architecture de s\u00e9curit\u00e9 mutuelle. Tout cela a disparu. Au lieu de cela, il a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 d&rsquo;\u00e9tendre la juridiction de l&rsquo;OTAN au monde entier. Mais alors la Russie a commenc\u00e9 \u00e0 revivre. La pluie de dollars provenant de la hausse des prix mondiaux du p\u00e9trole a ouvert de nouvelles possibilit\u00e9s. Les probl\u00e8mes industriels et sociaux ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre r\u00e9solus. Et la Russie a commenc\u00e9 \u00e0 parler d&rsquo;une voix ferme, ce qui a mis en col\u00e8re les dirigeants occidentaux. Ils s&rsquo;\u00e9taient habitu\u00e9s \u00e0 ce que la Russie reste allong\u00e9e. Ils pensaient qu&rsquo;ils pouvaient lui arracher les jambes quand ils le voulaient<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Gorbatchev et la marche de l&rsquo;Histoire<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est l&rsquo;une des interviews les plus int\u00e9ressantes qu&rsquo;ait donn\u00e9e Gorbatchev, sur cette p\u00e9riode cruciale, que nous allons c\u00e9l\u00e9brer sans doute aux plus mauvais des motifs, avec notre absence caract\u00e9ristique de sens de l&rsquo;Histoire, avec notre tendance universelle aujourd&rsquo;hui \u00e0 r\u00e9\u00e9crire l&rsquo;histoire d&rsquo;hier pour mieux justifier nos engagements et nos choix d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. On nomme cela \u00ab\u00a0m\u00e9moire\u00a0\u00bb, pour brouiller les pistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette comm\u00e9moration du 9 novembre 1989 (chute du Mur) \u00e0 laquelle nous nous pr\u00e9parons avec nos torrents de m\u00e9lasse humanitaristes et d\u00e9mocratiques rendra un son bien obsc\u00e8ne, ou bien extr\u00eamement paradoxal. La chute du Mur et celle de l&rsquo;URSS, telles que nous les avons interpr\u00e9t\u00e9es et <strong>exploit\u00e9es<\/strong>, si elles nous procur\u00e8rent un moment factice de triomphe, mirent en marche une implacable m\u00e9canique qui a conduit \u00e0 notre actuelle crise catastrophique. La fin de l&rsquo;URSS interpr\u00e9t\u00e9e comme elle le fut, par le triomphe absolu de l&rsquo;Occident am\u00e9ricaniste et de son syst\u00e8me lib\u00e9ral et capitaliste ador\u00e9, montra tr\u00e8s vite que le roi restant en place \u00e9tait nu, et, vraiment, fort peu rago&ucirc;tant \u00e0 regarder. Au triomphe de l&rsquo;effondrement du Mur de Berlin correspond, exactement vingt ans apr\u00e8s, comme l&rsquo;image d&rsquo;un miroir ricanant, la d\u00e9vastation d&rsquo;une plan\u00e8te et d&rsquo;une civilisation par le syst\u00e8me triomphant de 1989. Vingt ans pour nous montrer cela, ce n&rsquo;est pas attendre trop longtemps en termes de longueur historique. L&rsquo;Histoire ne s&rsquo;est pas fait prier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sont-ce le fatalisme slave et le sens russe du tragique ? Dans cette interview, Gorbatchev appara&icirc;t, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;image classique de l&rsquo;homme d&rsquo;Etat (il m\u00e9rite ce titre) formidablement volontariste qu&rsquo;il fut, mais qui fut constamment contrari\u00e9 dans ses desseins par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;il esp\u00e9rait, comme un personnage particuli\u00e8rement maistrien. Il ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter qu&rsquo;il faut laisser faire et parler l&rsquo;Histoire, apr\u00e8s que certains d\u00e9tonateurs, certains \u00e9v\u00e9nements, certains acteurs (lui-m\u00eame, certes, parmi d&rsquo;autres), aient d\u00e9clench\u00e9 l&rsquo;impulsion initiale ou, plut\u00f4t, l&rsquo;<strong>accident initial<\/strong>. (\u00ab\u00a0Accident\u00a0\u00bb plut\u00f4t qu'\u00a0\u00bbimpulsion\u00a0\u00bb puisque, souvent, cet acte initial conduit \u00e0 des situations si diff\u00e9rentes de celles qu&rsquo;on avait envisag\u00e9es et imagin\u00e9es.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Personnage maistrien, dans ce cas, mais pas vraiment m\u00e9content de l&rsquo;\u00eatre s&rsquo;il en a conscience. C&rsquo;est certainement l\u00e0 l&rsquo;un des traits les plus remarquables, les plus superbes de Gorbatchev. Le contraste entre l&rsquo;\u00e9nergie formidable, le volontarisme qui furent les siens lorsqu&rsquo;il fut \u00e0 son poste de Premier secr\u00e9taire du Parti, fonction inf\u00e2me qu&rsquo;il r\u00e9ussit en quelques petites ann\u00e9es \u00e0 rendre noble, et cette acceptation des grandes forces de l&rsquo;Histoire, fait croire, en effet, \u00e0 une conscience d&rsquo;\u00eatre un personnage maistrien; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela, dans les mots et dans l&rsquo;humeur, on d\u00e9couvre chez lui une propension \u00e0 se satisfaire de cet assemblage apparemment si paradoxal, d&rsquo;une fa\u00e7on roborative, presque joyeuse. Cette attitude mise en regard de notre arrogance satisfaite pour l&#8217;empilement de catastrophes qui caract\u00e9rise nos actions, de nos r\u00e9citations \u00ab\u00a0par c&oelig;ur\u00a0\u00bb de nos principes humanitaires, quel contraste \u00e9difiant. Effectivement, Gorbatchev est de ces hommes qui, comme de Gaulle par exemple, ne l\u00e9sinent pas sur les grands desseins tout en conc\u00e9dant aussit\u00f4t, voire simultan\u00e9ment, comme dans une seule pens\u00e9e, et avec cette joie \u00e9difiante qui en dit long sur leur conscience des vanit\u00e9s terrestres, qu&rsquo;en dernier ressort c&rsquo;est l&rsquo;Histoire, ou disons \u00ab\u00a0la force des choses\u00a0\u00bb, qui fixe le destin de leurs desseins.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que fait \u00e9galement appara&icirc;tre cette interview d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9clatante, c&rsquo;est la vastitude des projets que Gorbatchev entretenait pour \u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb (apr\u00e8s le communisme, apr\u00e8s l&rsquo;URSS), si l'\u00a0\u00bbaventurier\u00a0\u00bb imbib\u00e9 d&rsquo;alcool, le \u00ab\u00a0vassal de l&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb qui mettait cinq avant des b\u00e2tons dans les roues de Gorbatchev pour stopper ses r\u00e9formes au nom de l&rsquo;orthodoxie de la <em>nomenklatura<\/em> du syst\u00e8me communiste, &ndash; si Eltsine ne lui avait pas \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 dans les pattes \u00e0 nouveau, pour le bloquer net, cette fois pour r\u00e9pondre aux consignes du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. (Eltsine, entre deux mufl\u00e9es carabin\u00e9es dans les rues de New York ou de Chicago, avait su, au cours de voyages aux USA dans la p\u00e9riode interm\u00e9diaire, s&rsquo;assurer \u00e0 propos des soutiens qu&rsquo;il fallait pour usurper la position de Gorbatchev.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gorbatchev avait des id\u00e9es de r\u00e9forme fondamentale du syst\u00e8me international, de la s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;Europe, etc. Mais peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 que parle l&rsquo;Histoire. S&rsquo;il \u00e9tait rest\u00e9 en place et s&rsquo;il avait eu quelque r\u00e9ussite, n&rsquo;aurait-il pas, indirectement au moins, prolong\u00e9 le syst\u00e8me occidentaliste en lui permettant de s&rsquo;installer dans un \u00e9quilibre acceptable? Au lieu de quoi, son \u00e9limination mit \u00e0 nu (\u00ab\u00a0le roi est nu\u00a0\u00bb), sans le moindre doute, sans le moindre recoin d&rsquo;ombre, ce qu&rsquo;est et ce que vaut ce syst\u00e8me am\u00e9ricaniste et occidentaliste. Le paradoxe est en effet que la mise \u00e0 l&rsquo;encan obsc\u00e8ne de la Russie par les bandes ultra-lib\u00e9rales venues de l&rsquo;Ouest durant les ann\u00e9es-Eltsine fut un des \u00e9l\u00e9ments qui contribu\u00e8rent \u00e0 lancer le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme dans les exc\u00e8s qui conduisent \u00e0 la chute finale. C&rsquo;est une mise \u00e0 jour qui, finalement, bien qu&rsquo;elle soit pass\u00e9 par l&rsquo;injustice ainsi faite \u00e0 l&rsquo;encontre de Gorbatchev et les malheurs \u00e9pouvantables impos\u00e9s \u00e0 la Russie, ne souffrait pas d&rsquo;attendre, tant l&rsquo;imposture m\u00e9ritait effectivement d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9e pour ce qu&rsquo;elle est. On en tirera la conclusion que l&rsquo;Histoire a supplant\u00e9 Gorbatchev, selon l&rsquo;ordre et \u00ab\u00a0la force des choses\u00a0\u00bb, apr\u00e8s qu&rsquo;il ait accompli l&rsquo;essentiel pour quoi il \u00e9tait appel\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En ce sens, on dira que Gorbatchev, par sa carri\u00e8re volontaire et par sa destin\u00e9e involontaire, fut non seulement le destructeur du syst\u00e8me communiste, mais le <em>deus ex machina<\/em> compl\u00e8tement involontaire qui contribua d\u00e9cisivement \u00e0 mettre en pleine lumi\u00e8re le degr\u00e9 de d\u00e9cadence, de perversit\u00e9 et d&rsquo;instinct de mort auquel est arriv\u00e9e en v\u00e9rit\u00e9 notre civilisation. Apr\u00e8s tout, on comprend qu&rsquo;il n&rsquo;ait jamais c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;amertume; \u00eatre \u00e0 ce point l&rsquo;instrument de l&rsquo;ironie grandiose de l&rsquo;Histoire vous rach\u00e8te et vous soulage de vingt, de cent Eltsine s&rsquo;il le faut&hellip;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RIP, &lsquo;Gorby&lsquo; 31 ao&ucirc;t 2022 (11H05) &ndash; On sait, ou bien on le devine, je n&rsquo;ai le go&ucirc;t ni des comm\u00e9morations, ni des c\u00e9r\u00e9monies, ni des convenances. Les condol\u00e9ances, les biographies pour saluer un mort, ces choses convenues ne sont pas de mon parti. 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