{"id":80398,"date":"2022-11-12T09:23:58","date_gmt":"2022-11-12T09:23:58","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/11\/12\/une-cible-sublime-le-progres\/"},"modified":"2022-11-12T09:23:58","modified_gmt":"2022-11-12T09:23:58","slug":"une-cible-sublime-le-progres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2022\/11\/12\/une-cible-sublime-le-progres\/","title":{"rendered":"Une cible sublime\u00a0: le Progr\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Une cible sublime : le Progr\u00e8s<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Une critique totale du Progr\u00e8s, critique n\u00e9cessairement sublime puisqu&rsquo;elle d\u00e9busque et d\u00e9taille le principal aspect du projet dit-\u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire son totalitarisme. &bull; Contribution : <em>dde.org<\/em> et Roberto Pecchioli.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, le Progr\u00e8s (gardons-lui pr\u00e9cieusement sa Majuscule, il la m\u00e9rite comme Signe Satanique de sa nature) est devenu une cible sublime. Les d\u00e9g\u00e2ts suscit\u00e9s par cette pand\u00e9mie de l&rsquo;esprit sont tels, et pass\u00e9s d\u00e9sormais en rythme d&rsquo;accroissement exponentiel qui introduit dans le concept un d\u00e9sordre catastrophique et d\u00e9constructeur de lui-m\u00eame, qu&rsquo;il devient un v\u00e9ritable bonheur de l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;attaquer cette cible ; et ces d\u00e9g\u00e2ts \u00ab\u00a0sont tels\u00a0\u00bb que nulle censure ni bienpensance ne parvient plus \u00e0 emp\u00eacher cette critique, signe de plus que le Progr\u00e8s est en train de succomber, de se suicider comme le scorpion, sous la force de cette inversion o&ugrave; \u00ab\u00a0le progr\u00e8s du Progr\u00e8s\u00a0\u00bb l&rsquo;entra&icirc;ne dans une folie autodestructrice fort bienvenue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Historiquement, &ndash; et bien que ses racines m\u00e9tahistoriques remontent \u00e0 l&rsquo;origine, &ndash; le Progr\u00e8s dans sa mouture actuelle, sans doute mouture d\u00e9cisive du \u00ab\u00a0tout ou rien\u00a0\u00bb, prend forme entre 1784 (invention de la machine \u00e0 vapeur) et l&rsquo;exclamation de 1824 d\u00e9nonc\u00e9e comme catastrophique par Stendhal de &laquo; <em>Les Lumi\u00e8res, c&rsquo;est l&rsquo;industrie<\/em> &raquo;. Ce sont les bornes de ce que nous nommons le \u00ab\u00a0<a href=\"\/dechainement%20de%20la%20Matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00ab\u00a0, autre image du Progr\u00e8s. Un relais parmi d&rsquo;autres : &laquo; <em>Le communisme, c&rsquo;est les Soviets plus l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9<\/em> &raquo; [V.I. Oulianov, dit L\u00e9nine.])<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Progr\u00e8s a droit \u00e0 une Majuscule (d\u00e9monstration par l&rsquo;action) parce qu&rsquo;il est absolument et assur\u00e9ment l&rsquo;&oelig;uvre du D\u00e9mon et qu&rsquo;il est par cons\u00e9quent d\u00e9ifi\u00e9e par une gymnastique de l&rsquo;inversion, en un concept religieux. La modernit\u00e9 se charge de la besogne, se trouvant devant un extraordinaire Vide Spirituel [Majuscules] de l&rsquo;\u00eatre humain ainsi transform\u00e9, &ndash; transhumanisme par anticipation, principal acquis th\u00e9orique et conceptuel des Lumi\u00e8res apr\u00e8s tout.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour cette raison, la plume du critique de la Tradition Primordiale se trouve, dans cette sorte d&rsquo;occurrence, tremp\u00e9e dans le miel sublime de l&rsquo;attaque contre la plus grande Causalit\u00e9 du Mal qui soit dans l&rsquo;&Eacute;ternit\u00e9. Cette plume devient alors exceptionnelle (sublime). Le signe de cette vigueur foudroyante et sublime de l&rsquo;\u00e9criture dans la critique du Progr\u00e8s se trouve sans aucun doute, &ndash; notamment bien entendu puisque les &oelig;uvres dans ce sens pullulent d\u00e9sormais, &ndash; dans le texte ci-dessous de Roberto Pecchioli sur &laquo; <em>L&rsquo;invenzione del progresso<\/em> &raquo;. Ce texte montre qu&rsquo;on trouve autant de profondeur dans le pamphlet m\u00e9taphysique italien qu&rsquo;on trouve de finesse dans la com\u00e9die italienne au cin\u00e9ma ; les deux sont marqu\u00e9es par la gr\u00e2ce et couronn\u00e9s par l&rsquo;une des langues les plus chantantes du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On trouve dans le texte de Pecchioli de nombreux arguments d\u00e9j\u00e0 dits et vus contre le Progr\u00e8s, par les plus grands auteurs comme par les Initi\u00e9s. Dans ce cas, la r\u00e9p\u00e9tition devient un art n\u00e9cessaire, une sorte d&rsquo;originalit\u00e9 renouvel\u00e9e et de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration constante de l&rsquo;esprit qui, sans cesse, doit \u00eatre ramen\u00e9 \u00e0 l&rsquo;essentiel. La critique du Progr\u00e8s est d\u00e8s l&rsquo;origine \u00e9vidente, elle pr\u00e9c\u00e8de m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e elle-m\u00eame de Progr\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte de Pecchioli est paru dans sa version originale (&laquo; <em>L&rsquo;invenzione del progresso<\/em> &raquo;) sur le site &lsquo;<em><a href=\"https:\/\/www.ereticamente.net\/2022\/10\/linvenzione-del-progresso-roberto-pecchioli.html\">ereticamente.net<\/a>&lsquo;<\/em>&lsquo;, et dans sa version fran\u00e7aise sur le site &lsquo;<em><a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2022\/11\/10\/l-invention-du-progres.html\">euro-synergie.hautefort.com<\/a><\/em>&lsquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dde.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p><strong>_________________________<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">L&rsquo;invention du progr\u00e8s<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Bien creus\u00e9, vieille taupe ! s&rsquo;exclame Hamlet \u00e0 la vue du fant\u00f4me de son p\u00e8re, apparaissant au prince du Danemark si loin de son lieu de s\u00e9pulture. Bien creus\u00e9, vieille taupe, Karl Marx r\u00e9it\u00e9rera dans <em>Le dix-huit brumaire de Louis Napol\u00e9on,<\/em> confiant dans l&rsquo;esprit de la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La taupe qui a creus\u00e9 le plus profond\u00e9ment est l&rsquo;id\u00e9e de progr\u00e8s, n\u00e9e au 18\u00e8me si\u00e8cle et devenue le totem et le tabou de la modernit\u00e9 occidentale. Elle est apparue lorsque le besoin s&rsquo;est fait sentir d&rsquo;attribuer \u00e0 l&rsquo;homme, vid\u00e9 de tout contenu religieux, un destin ayant une signification mat\u00e9rielle. L&rsquo;invention du progr\u00e8s est devenue une id\u00e9ologie, \u00e0 tel point que des partis et des forces culturelles se disent progressistes et que ceux qui ne sont pas de leur acabit \u00e9prouvent le besoin de se justifier, de circonscrire ou de nier leur opposition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comment \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de progr\u00e8s, \u00e0 son avanc\u00e9e inexorable, \u00e0 opposer ce qui signifie opposer au progr\u00e8s de l&rsquo;humanit\u00e9, au mouvement positif vers des degr\u00e9s ou des stades sup\u00e9rieurs, le concept implicite de perfection, d&rsquo;\u00e9volution, de transformation continue vers le mieux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;optimisme du 19\u00e8me si\u00e8cle faisait \u00e9crire \u00e0 Giuseppe Mazzini : &laquo; Nous savons aujourd&rsquo;hui que la Loi de la Vie est le Progr\u00e8s, avec un abus de majuscules. &raquo; Le progr\u00e8s, c&rsquo;est le sens de l&rsquo;Histoire (encore une capitalisation ; mais le sens de l&rsquo;Histoire existe-t-il ?), la voie d\u00e9finie, l&rsquo;&Eacute;vangile du Bien et du Juste. Quiconque se met en travers de son chemin ne peut \u00eatre qu&rsquo;un fou, un perturbateur insens\u00e9 que l&rsquo;on doit faire taire. L&rsquo;\u00e9couter reviendrait \u00e0 marcher \u00e0 reculons, \u00e0 se rel\u00e9guer en deuxi\u00e8me division : r\u00e9gresser. Le progr\u00e8s est la lumi\u00e8re, toute objection est l&rsquo;obscurit\u00e9. En bref, \u00eatre progressiste est un devoir, une \u00e9vidence, une foi mat\u00e9rielle s\u00e9culaire. Comme la phrase sur l&rsquo;amour grav\u00e9e sur les bagues des fianc\u00e9s : \u00ab\u00a0Plus qu&rsquo;hier, bien moins que demain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le destin de l&rsquo;humanit\u00e9 est &laquo; magnifique et progressif &raquo;. Celui qui ne le croit pas est un maudit r\u00e9actionnaire, une \u00e9pave du pass\u00e9 qui ne m\u00e9rite pas d&rsquo;\u00eatre r\u00e9fut\u00e9e : le sens et la direction positive du progr\u00e8s sont indiscutables, semblables \u00e0 certains postulats math\u00e9matiques non prouv\u00e9s dont la validit\u00e9 est admise a priori, ou \u00e0 des axiomes, principes suppos\u00e9s vrais parce qu&rsquo;ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9vidents ou parce qu&rsquo;ils constituent le point central d&rsquo;un cadre de r\u00e9f\u00e9rence th\u00e9orique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pas du tout ! Et la r\u00e9futation ne vient pas d&rsquo;un louangeur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 des temps anciens ou de l&rsquo;<em>Unabomber<\/em>, mais de l&rsquo;un des intellectuels de \u00ab\u00a0gauche\u00a0\u00bb les plus lucides, Christopher Lasch, l&rsquo;auteur de <em>La culture du narcissisme<\/em> et de <em>La r\u00e9bellion des \u00e9lites. <\/em>Appliquons \u00e0 l&rsquo;historien et sociologue am\u00e9ricain (1932-1994), pour des raisons de commodit\u00e9, la cat\u00e9gorisation droite-gauche qu&rsquo;il a toujours rejet\u00e9e. Lasch \u00e9tait plut\u00f4t un populiste amoureux des cultures populaires, un socialiste <em>sui generis <\/em>et avant tout un intellectuel libre. Dans <em>Le paradis sur terre<\/em> &ndash; un titre tr\u00e8s pol\u00e9mique &ndash; il d\u00e9clare que le point de d\u00e9part de sa r\u00e9flexion est la question suivante : &laquo; Comment se fait-il que tant de personnes s\u00e9rieuses continuent \u00e0 croire au progr\u00e8s, alors que la masse des preuves aurait d&ucirc; les amener \u00e0 abandonner cette id\u00e9e une fois pour toutes ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les id\u00e9es re\u00e7ues et adopt\u00e9es ont la vie dure, et le progr\u00e8s est l&rsquo;id\u00e9e ma&icirc;tresse de la culture de masse. Un remarquable malentendu, voire un clignotant pour ceux qui ont grandi dans les id\u00e9es marxistes, qui ne parlent pas du tout de progr\u00e8s, mais de lib\u00e9ration des cha&icirc;nes du capitalisme, dont l&rsquo;id\u00e9e directrice est la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9volutionner continuellement la soci\u00e9t\u00e9. M\u00eame Proudhon a mis en garde contre l&rsquo;optimisme insens\u00e9 de ceux qui confondent le progr\u00e8s mat\u00e9riel et \u00e9conomique avec le progr\u00e8s moral.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est ce qu&rsquo;ont \u00e9crit Marx et Engels dans le <em>Manifeste<\/em> de 1848 :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>L\u00e0 o&ugrave; elle est parvenue \u00e0 dominer, la bourgeoisie a d\u00e9truit toutes les conditions de vie f\u00e9odales, patriarcales et idylliques. Elle a impitoyablement d\u00e9chir\u00e9 tous les liens f\u00e9odaux color\u00e9s qui liaient l&rsquo;homme \u00e0 son sup\u00e9rieur naturel, et n&rsquo;a laiss\u00e9 entre l&rsquo;homme et l&rsquo;homme aucun autre lien que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat nu, le froid \u00ab\u00a0paiement en esp\u00e8ces\u00a0\u00bb. Elle a dissous la dignit\u00e9 personnelle dans la valeur d&rsquo;\u00e9change, et \u00e0 la place des innombrables libert\u00e9s brevet\u00e9es et honn\u00eatement gagn\u00e9es, elle a plac\u00e9, seule, la libert\u00e9 sans scrupule du commerce. <\/em>[&#8230;]<em>. La bourgeoisie a d\u00e9pouill\u00e9 de leur halo toutes les activit\u00e9s qui \u00e9taient jusqu&rsquo;alors v\u00e9n\u00e9r\u00e9es et consid\u00e9r\u00e9es avec une pieuse crainte. Elle a transform\u00e9 le m\u00e9decin, le juriste, le pr\u00eatre, le po\u00e8te, l&rsquo;homme de science, en salari\u00e9s \u00e0 son salaire. La bourgeoisie a d\u00e9chir\u00e9 le voile sentimental de la relation familiale et l&rsquo;a r\u00e9duite \u00e0 une pure \u00ab\u00a0relation d&rsquo;argent\u00a0\u00bb.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;invention du progr\u00e8s est la r\u00e9ussite la plus extraordinaire du capitalisme, dont le but est d&rsquo;abattre toute barri\u00e8re, toute id\u00e9e et tout principe afin de tout ramener \u00e0 l&rsquo;\u00e9change mesurable en argent. Il doit d\u00e9raciner chaque racine afin de construire l&rsquo;<em>homo<\/em> <em>consumens <\/em>\u00e0 taille unique, &ndash; unidimensionnel, selon Herbert Marcuse, &ndash; un vide \u00e0 remplir avec l&rsquo;imagerie des marchandises et la rh\u00e9torique inassouvie des d\u00e9sirs; une machine \u00e0 d\u00e9sirer sans boussole qui tourne sans rel\u00e2che \u00e0 la recherche du nouveau, programmatiquement meilleur que le pass\u00e9, \u00ab\u00a0plus\u00a0\u00bb que le \u00ab\u00a0moins\u00a0\u00bb d&rsquo;hier, discr\u00e9dit\u00e9, moqu\u00e9, supprim\u00e9. Pourtant, Marx, encore lui, a exprim\u00e9 dans les <em>Manuscrits <\/em>un concept d\u00e9cisif, qui semble \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 du progressisme : la racine est l&rsquo;homme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Priv\u00e9 de ses racines, l&rsquo;homme se d\u00e9pouille de lui-m\u00eame au nom du progr\u00e8s, accueillant avec une joie suffisante toute nouveaut\u00e9, synonyme d&rsquo;avancement. Avec l&rsquo;invention du progr\u00e8s et son introduction dans la culture de masse, la partie est jou\u00e9e : elle devient une auto-illusion, un faux bonheur qui arbore le drapeau de la soumission \u00e0 l&rsquo;ordre capitaliste. Les progressistes d&rsquo;ascendance socialiste et communiste, ayant rafra&icirc;chi leurs angoisses r\u00e9volutionnaires, ne saisissent pas la d\u00e9faite, mais per\u00e7oivent comme une victoire le pr\u00e9sent domin\u00e9 par la course illimit\u00e9e (la <em>dromocratie<\/em>, pour Paul Virilio, le marathon sans fin pris pour le progr\u00e8s) : un hallucinant jeu de miroirs. Les <em>Francfortologues <\/em>l&rsquo;ont compris, soulignant que la culture de masse et l&rsquo;id\u00e9e de progr\u00e8s n&rsquo;avaient pas lib\u00e9r\u00e9 les hommes, mais les avaient transform\u00e9s en victimes consentantes de la publicit\u00e9 et de la propagande. Forme de la marchandise et soci\u00e9t\u00e9 du spectacle : ali\u00e9nation au pouvoir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un irr\u00e9gulier du socialisme qui ne se r\u00e9signe pas \u00e0 se noyer dans la soupe progressiste, Jean-Claude Mich\u00e9a, en est conscient. Pour lui, l&rsquo;id\u00e9e de progr\u00e8s, d\u00e9clin\u00e9e comme une course folle sans ligne d&rsquo;arriv\u00e9e, r\u00e9v\u00e8le les deux postulats cach\u00e9s de la sensibilit\u00e9 lib\u00e9rale-libertaire, la matrice du progressisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re est l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;homme n&rsquo;est qu&rsquo;une machine d\u00e9sirante contrainte par sa nature \u00e0 maximiser sa propre utilit\u00e9. Cette r\u00e9duction, une fois introduite comme un corollaire obligatoire du progr\u00e8s, rend toute objection impossible. Le progr\u00e8s s&rsquo;incline devant la mystique des droits, qui deviennent une sorte de revendication de tous sur tous. Cela finit par tout justifier, de l&rsquo;exploitation la plus impitoyable aux nouveaux droits li\u00e9s \u00e0 la sph\u00e8re sexuelle et pulsionnelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le progr\u00e8s est l&rsquo;id\u00e9ologie de <em>l&rsquo;homo oeconomicus,<\/em> parall\u00e8le \u00e0 l&rsquo;homme-machine et \u00e0 l&rsquo;individu qui s&rsquo;\u00e9mancipe de toutes les croyances ou structures traditionnelles. Un processus sans fin, &ndash; comme est sans fin le fil du progr\u00e8s, &ndash; qui produit un revers retentissant, une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des fins : la soumission \u00e0 de nouvelles formes de domination et d&rsquo;autorit\u00e9 : &laquo; L&rsquo;&Eacute;tat moderne et ses juristes, le march\u00e9 autor\u00e9gul\u00e9 et ses \u00e9conomistes, et bien s&ucirc;r, l&rsquo;id\u00e9al de la science comme fondement imaginaire et symbolique de ce nouveau tout historique. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Incroyable est la mutation, ou la transvaluation des valeurs que le progressisme lib\u00e9ral-libertaire a impos\u00e9 \u00e0 ses ennemis d&rsquo;hier. Marcuse a d&rsquo;abord d\u00e9nonc\u00e9 la \u00ab\u00a0tol\u00e9rance r\u00e9pressive\u00a0\u00bb du pouvoir dans les soci\u00e9t\u00e9s politiques occidentales, la tendance \u00e0 assimiler le progr\u00e8s technologique \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation humaine. Il a affirm\u00e9 l&rsquo;imposture des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques qui rendent impossible toute forme d&rsquo;opposition. L&rsquo;<em>incipit <\/em>de l&rsquo;Homme Unidimensionnel est &laquo; une non-libert\u00e9 confortable, polie, raisonnable et d\u00e9mocratique pr\u00e9vaut dans la civilisation industrielle avanc\u00e9e, un signe de progr\u00e8s technique &raquo;. Cependant, la solution fait partie du mal : la lib\u00e9ration par <em>Eros<\/em>, la n\u00e9gation du principe d&rsquo;autorit\u00e9, les paradis artificiels et la fermeture dans la dimension subjective. Exactement ce dont le n\u00e9o-capitalisme mondialiste a besoin pour perp\u00e9tuer sa domination.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;autre \u00e9l\u00e9ment qui l\u00e9gitime l&rsquo;id\u00e9ologie du progr\u00e8s, en la rendant transversale, est l&rsquo;erreur capitale de la gauche &lsquo;moderne\u00a0\u00bb, qui reste bloqu\u00e9e dans la croyance que le lib\u00e9ralisme est une force conservatrice, voire r\u00e9actionnaire. Ils sont nombreux, soupire Mich\u00e9a, \u00e0 &laquo; s&rsquo;insurger encore contre la famille autoritaire, le moralisme sexiste, la censure litt\u00e9raire, l&rsquo;\u00e9thique du travail et autres piliers de l&rsquo;ordre bourgeois, alors que ces derniers sont d\u00e9sormais d\u00e9truits ou sap\u00e9s par le capitalisme avanc\u00e9 &raquo;. Rien de plus insens\u00e9 que l&rsquo;affirmation, &ndash; ou le malentendu, &ndash; progressiste selon lequel il repr\u00e9sente la justice et le bien : depuis le 18\u00e8me si\u00e8cle et les Lumi\u00e8res, la raison, le changement et le progr\u00e8s sont les \u00e9tendards et les cons\u00e9quences de l&rsquo;ordre \u00e9conomique lib\u00e9ral, dont l&rsquo;\u00e9toile polaire est le march\u00e9, pourvoyeur d&rsquo;harmonie entre des individus rationnels mus par le seul int\u00e9r\u00eat, priv\u00e9s de filiation et de liens, obstacles intol\u00e9rables au progr\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le fait que le progr\u00e8s ne m\u00e8ne pas au bonheur, malgr\u00e9 les am\u00e9liorations ind\u00e9niables de nombreuses conditions mat\u00e9rielles, ne dissuade pas ses partisans : il suffit de d\u00e9placer l&rsquo;objet du d\u00e9sir, de brandir de nouvelles avanc\u00e9es, et le tour est jou\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un autre effet de la superstition progressiste est le curieux supr\u00e9macisme de l&rsquo;\u00e9poque actuelle, au nom duquel ceux qui ont v\u00e9cu avant nous nous sont inf\u00e9rieurs ; ils ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de moins de moyens et de moins de droits, leur humanit\u00e9 est donc \u00e9galement inf\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre. Le \u00ab\u00a0pr\u00e9sentisme\u00a0\u00bb progressiste cherche \u00e0 repousser l&rsquo;avenir en l&rsquo;\u00e9crasant sur le pr\u00e9sent, car sinon il perdrait beaucoup de son efficacit\u00e9 et de son attrait. En effet, le progr\u00e8s de demain sera sup\u00e9rieur au n\u00f4tre, avec la perte d&rsquo;estime de soi et la relativisation d&rsquo;aujourd&rsquo;hui qui en d\u00e9coulent. Les ma&icirc;tres du progr\u00e8s le savent et agissent en cons\u00e9quence. Ils provoquent une anxi\u00e9t\u00e9 constante, consubstantielle au progr\u00e8s, &ndash; le processus qui ne peut s&rsquo;arr\u00eater, &ndash; une agitation int\u00e9rieure qui nous rend d\u00e9pendants du nouveau, de la consommation, des d\u00e9sirs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le progr\u00e8s, au lieu d&rsquo;accro&icirc;tre nos possibilit\u00e9s et d&rsquo;ouvrir nos esprits, comme le pensaient les positivistes et les pragmatiques, g\u00e9n\u00e8re des tensions, de la comp\u00e9titivit\u00e9, de la peur, de l&rsquo;envie sociale, auxquelles il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre rem\u00e8de que d&rsquo;administrer des doses croissantes du m\u00e9dicament qui a provoqu\u00e9 la maladie. De plus, m\u00e9prisant tout pass\u00e9, elle renonce \u00e0 la confrontation, se contentant de la sup\u00e9riorit\u00e9 des moyens du pr\u00e9sent. C&rsquo;est l\u00e0 que r\u00e9side l&rsquo;une des contradictions progressistes : l&rsquo;exc\u00e8s de moyens obscurcit les fins au point de les nier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le progr\u00e8s, dans la forme sous laquelle il est v\u00e9cu dans la culture de masse, ressemble de plus en plus \u00e0 la vaine course circulaire du hamster dans la roue et dans la cage. L&rsquo;invention du progr\u00e8s, la foi aveuglante qu&rsquo;elle g\u00e9n\u00e8re, sont les murs de la prison sans barreaux qui rend la vie contemporaine fr\u00e9n\u00e9tique et jamais rassasi\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>T\u00f4t ou tard, le progr\u00e8s aussi s&rsquo;essoufflera et les hommes reviendront sur leurs pas, acceptant une vie plus naturelle, humaine au sens noble du terme. La taupe se lassera de creuser et regardera les d\u00e9tritus de son long travail. Peut-\u00eatre que ce que la g\u00e9niale l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d&rsquo;Ennio Flaiano a imagin\u00e9 se produira : m\u00eame le progr\u00e8s, devenu vieux et sage, votera contre.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Roberto Pecchioli<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une cible sublime : le Progr\u00e8s &bull; Une critique totale du Progr\u00e8s, critique n\u00e9cessairement sublime puisqu&rsquo;elle d\u00e9busque et d\u00e9taille le principal aspect du projet dit-\u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire son totalitarisme. &bull; Contribution : dde.org et Roberto Pecchioli. 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