{"id":80890,"date":"2024-01-10T18:16:53","date_gmt":"2024-01-10T18:16:53","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/01\/10\/seule-la-poesie-sauvera-le-monde\/"},"modified":"2024-01-10T18:16:53","modified_gmt":"2024-01-10T18:16:53","slug":"seule-la-poesie-sauvera-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/01\/10\/seule-la-poesie-sauvera-le-monde\/","title":{"rendered":"Seule la po\u00e9sie sauvera le monde&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Seule la po\u00e9sie sauvera le monde&#8230;<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Pour nous, un salut \u00e0 la po\u00e9sie comme matrice des esp\u00e9rances humaines de mettre l&rsquo;\u00e2me en accord avec le cosmos et la Beaut\u00e9 du monde.&bull; Pour Massimo Fini, il s&rsquo;agit de Lautr\u00e9amont, po\u00e8te immortel mort \u00e0 24 ans.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Au tout d\u00e9but de mes aventures, je n&rsquo;ai pas beaucoup, sinon jamais vraiment appr\u00e9ci\u00e9 la po\u00e9sie formelle, croyant d&rsquo;ailleurs et fort stupidement que la po\u00e9sie ne pouvait \u00eatre que formelle (po\u00e8mes, vers, rimes ou pas, etc.). Aujourd&rsquo;hui, je n&rsquo;en connais pas plus mais la folie des temps qui est notre v\u00e9ritable <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a> m&rsquo;a conduit \u00e0 penser que seule la po\u00e9sie sauvera le monde, &ndash; avec cette r\u00e9serve, certes, inexprim\u00e9 dans le titre mais fort bien pr\u00e9sente : \u00ab\u00a0si vraiment le monde le m\u00e9rite\u00a0\u00bb. J&rsquo;en suis m\u00eame venu \u00e0 penser, ce que je ne pouvais \u00e9galement concevoir de fa\u00e7on organique et rationnelle, que l&rsquo;on peut trouver partout de la po\u00e9sie, selon ce que l&rsquo;audace de votre caract\u00e8re vous conduit \u00e0 y mettre, et selon ce que la bienveillance de votre \u00e2me est pr\u00eate \u00e0 accueillir. C&rsquo;est aussi dire si moi-m\u00eame, dans mes \u00e9crits, ait d\u00e9sormais comme fid\u00e8le compagne la croyance que l&rsquo;on peut, que l&rsquo;on doit s&rsquo;en remettre \u00e0 la po\u00e9sie pour tenter d&rsquo;ouvrir les portes de l&rsquo;inconnaissable sans chercher, ni \u00e0 le comprendre, ni \u00e0 l&rsquo;expliquer. Ainsi, je crois que l&rsquo;intuition, cette grande vertu \u00e0 laquelle je me r\u00e9f\u00e8re souvent, est un acte essentiel de la po\u00e9sie ; et je crois alors que la po\u00e9sie est fille et m\u00e8re du verbe, de la beaut\u00e9 et de l&rsquo;intuition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je pense que c&rsquo;est lors de notre aventure de Verdun, pour ceux qui ont lu &lsquo;<em>Les &Acirc;mes de Verdun<\/em>&lsquo;, que cette \u00e9vidence de l&rsquo;universalit\u00e9 de la po\u00e9sie m&rsquo;est apparue dans toute sa splendeur. Je pense \u00e0 ce court-m\u00e9trage sur Verdun o&ugrave; toute la bataille, au travers du champ restaur\u00e9 tel qu&rsquo;il nous apparaissait alors (en 2006-2008, avant que les r\u00e9formistes-postmodernes p\u00e9riode-Hollande soient intervenus, l\u00e0 o&ugrave; \u00ab\u00a0l&rsquo;herbe ne repousse plus\u00a0\u00bb), \u00e9tait accompagn\u00e9 et transcend\u00e9 par quelques-uns de la multitude de po\u00e8mes qu&rsquo;inspir\u00e8rent la bataille autant que la guerre 14-18 ; Voil\u00e0 qui compta pour beaucoup dans ce changement si tardif qui s&rsquo;installa d\u00e9finitivement dans ma conception du r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9criture, de l&rsquo;\u00e2me et de la beaut\u00e9 conjugu\u00e9es pour d\u00e9crire le monde, &ndash; et demain peut-\u00eatre, le sauver ? Je pense pr\u00e9cis\u00e9ment, comme \u00e0 un symbole, \u00e0 ce po\u00e8me d&rsquo;Alan Seeger, ce &laquo; <em><a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/quelques-propos-sur-la-mort\">J&rsquo;ai rendez-vous avec la mor<\/a>t<\/em> &raquo; du jeune po\u00e8te am\u00e9ricain engag\u00e9 dans la L\u00e9gion &Eacute;trang\u00e8re et mort lors de la bataille de la Somme, en juillet 1916 ; ce po\u00e8me qui \u00e9tait le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de John Fitzgerald Kennedy et que sa fille lui avait r\u00e9cit\u00e9 pour <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/chronique-du-19-courant-jai-rendez-vous-avec\">son annniversaire<\/a>, quelques semaines <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/dallas-22-novembre-1963-elimination-dun-comploteur\">avant Dallas<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela n&rsquo;est dit que pour introduire, pr\u00e9senter, hors des fracas des sottises humaines et loin des productions massacreuses dont il s&#8217;emploient \u00e0 faire usage, ce texte d&rsquo;ivresse \u00e0 la fois lib\u00e9r\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e et de gr\u00e2ce assur\u00e9e et respect\u00e9e, pour dire, de la part de son auteur, l&rsquo;honneur qu&rsquo;il ressent d&rsquo;une telle proximit\u00e9 d&rsquo;un po\u00e8te de haute lign\u00e9e. Ici, il s&rsquo;agit de Lautr\u00e9amont ; ce pourrait \u00eatre Rimbaud, Villon, Byron, Nietzsche, Whitman, m\u00eame Victor Hugo ou Jos\u00e9-Maria de Heredia, qu&rsquo;importe&#8230; Ce pourrait \u00eatre le p\u00e8re de Gustave Thibon, qu&rsquo;importe si la place centrale, vitale, de son lien avec le surhumain est ainsi reconnu \u00e0 la po\u00e9sie&#8230; Et ce sera un salut plein de respect au &laquo; <em>vieil oc\u00e9an<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Texte de Massimo Fini, source &lsquo;<a href=\"\/Source%20:%20Massimo%20Fini%20&#038;%20https:\/www.ariannaeditrice.it\/articoli\/riscoprire-lautreamont-e-nulla-sara-piu-come-prima\">Massimo Fini&rsquo;<\/a>, traduction de  &lsquo;<em><a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2024\/01\/08\/redecouvrez-lautreamont-et-rien-ne-sera-plus-comme-avant.html\">Euro-Synergie hautefort.coms<\/a><\/em>&lsquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>PhG &ndash;<em> Semper Phi<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>&Ocirc; Lautr\u00e9amont, et rien ne sera plus comme avant<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Je suis en train de lire les Chants de Maldoror de Lautr\u00e9amont. Je m&rsquo;y \u00e9tais attaqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de vingt ans et, apr\u00e8s avoir parcouru quelques pages, j&rsquo;avais abandonn\u00e9. Je n&rsquo;\u00e9tais pas assez pr\u00eat pour une lecture aussi exigeante. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 la m\u00eame chose avec Proust. Quatre ou cinq fois, j&rsquo;avais commenc\u00e9 Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann et, \u00e0 la cinquanti\u00e8me page, j&rsquo;avais claqu\u00e9 contre le mur le premier des huit volumes d&rsquo;A la recherche du temps perdu, publi\u00e9s par Mondadori. Un \u00e9t\u00e9, \u00e0 quarante ans, j&rsquo;ai d\u00e9vor\u00e9 les huit volumes. Et c&rsquo;est une \u00e9vidence. A la recherche du temps perdu est la grande fresque d&rsquo;une \u00e9poque, un trait\u00e9 de psychanalyse, mais aussi et surtout un livre sur le Temps et la m\u00e9moire (la madeleine). Or, \u00e0 vingt ans, on a moins de m\u00e9moire qu&rsquo;\u00e0 quarante, on est occup\u00e9 \u00e0 parcourir ces bouts de vie qui deviendront \u00e0 leur tour m\u00e9moire. Il faut donc se m\u00e9fier des proustiens \u00e9puis\u00e9s de la vingtaine, soit pour se donner un ton, soit pour sublimer ainsi leur homosexualit\u00e9 (bien qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;homosexualit\u00e9 \u00e9tant d\u00e9douan\u00e9e, ce d\u00e9guisement soit moins n\u00e9cessaire).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;appr\u00e9ciation d&rsquo;un livre, d&rsquo;un film, de toute &oelig;uvre d&rsquo;art, d\u00e9pend du moment de la vie dans lequel on l&rsquo;aborde. Celui de la maturit\u00e9 n&rsquo;est pas toujours le meilleur moment pour comprendre. Rimbaud, par exemple, est beaucoup plus proche de la sensibilit\u00e9 des adolescents ou des post-adolescents, \u00e9tant lui-m\u00eame adolescent. Il \u00e9crit Une saison en enfer \u00e0 19 ans et son &oelig;uvre est concentr\u00e9e en quatre ans, puis il ne veut plus rien savoir de son travail de po\u00e8te et d&rsquo;\u00e9crivain, il traverse plusieurs fois les Alpes \u00e0 pied jusqu&rsquo;\u00e0 s&#8217;embarquer pour l&rsquo;Afrique pour travailler comme marchand, refusant tout contact avec les \u00e9diteurs et les journaux. A l&rsquo;un d&rsquo;eux, particuli\u00e8rement insistant, il dira: &quot;ma saison est finie, c&rsquo;est tout&quot;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lautr\u00e9amont est, avec Rimbaud (&quot;le po\u00e8te devient voyant par un long et raisonn\u00e9 d\u00e9m\u00ealage de tous les sens&quot;, expression qu&rsquo;il utilise dans une lettre \u00e0 un ami, et non Verlaine comme on le croit g\u00e9n\u00e9ralement), le fondateur de la po\u00e9sie, de la litt\u00e9rature moderne, de la culture moderne. Tout l&rsquo;art du d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle, hommes de lettres, po\u00e8tes, peintres, \u00e9crivains, journalistes &#8211; Guillaume Apollinaire &#8211; a inspir\u00e9 Lautr\u00e9amont, du surr\u00e9alisme au cubisme en passant par le fauvisme, le pointillisme et le symbolisme. Souvent inconsciemment, parfois consciemment. Il a \u00e9t\u00e9 lu, par exemple, par Amedeo Modigliani, l&rsquo;une des figures les plus lumineuses, extraordinaires et g\u00e9n\u00e9reuses de ce Paris in\u00e9galable de la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle aux ann\u00e9es 1930, o&ugrave; se retrouvaient peintres, \u00e9crivains et musiciens de toute l&rsquo;Europe, de l&rsquo;Espagne \u00e0 la Russie \u00e0 la Roumanie \u00e0 la Bulgarie \u00e0 la Turquie et plus tard aux Am\u00e9ricains dont le r\u00f4le principal, mais non unique &#8211; Hemingway, Fitzgerald, Henry Miller &#8211; \u00e9tait de se faire d&rsquo;habiles marchands d&rsquo;art en achetant les &oelig;uvres de peintres tous d\u00e9sargent\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;exception de Picabia, mais y compris Picasso.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La tentative titanesque de Lautr\u00e9amont, Rimbaud et Baudelaire a \u00e9t\u00e9 de d\u00e9sarticuler, au milieu du 19\u00e8me si\u00e8cle, dans le temps court de leur vie (Lautr\u00e9amont est mort \u00e0 24 ans, Rimbaud po\u00e8te \u00e0 22 ans, Baudelaire \u00e0 46 ans) les structures sociales, psychologiques et \u00e9conomiques de leur \u00e9poque, c&rsquo;est-\u00e0-dire les structures de la bourgeoisie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le plus puissant dans cette &oelig;uvre est Lautr\u00e9amont, avec son \u00e9criture extraordinaire, toute nouvelle, avec ses po\u00e8mes en prose, lisez l&rsquo;Ode \u00e0 l&rsquo;Oc\u00e9an dans le premier chant de Maldoror. Bref, apr\u00e8s avoir lu Lautr\u00e9amont, on ne peut plus \u00eatre comme avant.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">&laquo; <em>Vieil oc\u00e9an<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p><em>Vieil oc\u00e9an, aux vagues de cristal, tu ressembles proportionnellement \u00e0 ces marques azur\u00e9es que l&rsquo;on voit sur le dos meurtri des mousses ; tu es un immense bleu, appliqu\u00e9 sur le corps de la terre : j&rsquo;aime cette comparaison. Ainsi, \u00e0 ton premier aspect, un souffle prolong\u00e9 de tristesse, qu&rsquo;on croirait \u00eatre le murmure de ta brise suave, passe, en laissant des ineffa\u00e7ables traces, sur l&rsquo;\u00e2me profond\u00e9ment \u00e9branl\u00e9e, et tu rappelles au souvenir de tes amants, sans qu&rsquo;on s&rsquo;en rende toujours compte, les rudes commencements de l&rsquo;homme, o&ugrave; il fait connaissance avec la douleur, qui ne le quitte plus. Je te salue, vieil oc\u00e9an !<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Vieil oc\u00e9an, ta forme harmonieusement sph\u00e9rique, qui r\u00e9jouit la face grave de la g\u00e9om\u00e9trie, ne me rappelle que trop les petits yeux de l&rsquo;homme, pareils \u00e0 ceux du sanglier pour la petitesse, et \u00e0 ceux des oiseaux de nuit pour la perfection circulaire du contour. Cependant, l&rsquo;homme s&rsquo;est cru beau dans tous les si\u00e8cles. Moi, je suppose plut\u00f4t que l&rsquo;homme ne croit \u00e0 sa beaut\u00e9 que par amour-propre ; mais, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas beau r\u00e9ellement et qu&rsquo;il s&rsquo;en doute ; car, pourquoi regarde-t-il la figure de son semblable avec tant de m\u00e9pris ? Je te salue, vieil oc\u00e9an !<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Seule la po\u00e9sie sauvera le monde&#8230; &bull; Pour nous, un salut \u00e0 la po\u00e9sie comme matrice des esp\u00e9rances humaines de mettre l&rsquo;\u00e2me en accord avec le cosmos et la Beaut\u00e9 du monde.&bull; Pour Massimo Fini, il s&rsquo;agit de Lautr\u00e9amont, po\u00e8te immortel mort \u00e0 24 ans. 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