{"id":80923,"date":"2024-02-03T15:38:16","date_gmt":"2024-02-03T15:38:16","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/02\/03\/archives-phg-american-dream-a-la-francaise\/"},"modified":"2024-02-03T15:38:16","modified_gmt":"2024-02-03T15:38:16","slug":"archives-phg-american-dream-a-la-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/02\/03\/archives-phg-american-dream-a-la-francaise\/","title":{"rendered":"Archives-PhG\u00a0: <em>American Dream <\/em>\u00e0-la-fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Archives-PhG : <em>American Dream <\/em>\u00e0-la-fran\u00e7aise<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Une reprise qui devrait <strong>permettre de situer en perspective<\/strong> les relations entre la France et les &Eacute;tats-Unis, certes, mais surtout les malentendus autour de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, de <em>l&rsquo;American Dream<\/em>, <strong>et finalement de la modernit\u00e9<\/strong>. &bull; \u00efl s&rsquo;agit <strong>d&rsquo;un extrait du Tome-I de &lsquo;<em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>&lsquo;<\/strong>, et l&rsquo;on y trouve, \u00e9voqu\u00e9s en arri\u00e8re-plan ou indirectement, <strong>les grands composants de notre concept du <\/strong><strong>&laquo; <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a><\/strong><strong> &raquo;<\/strong>, qui structure toute notre approche de la modernit\u00e9, de sa chute et notre &lsquo;<strong>GrandeCrise<\/strong>&lsquo; en pleine galopade catastrophique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>3 f\u00e9vrier 2024 (15H50) &ndash; Au milieu du fantastique tohu-bohu de la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a>, nous ont pris l&rsquo;id\u00e9e et la nostalgie d&rsquo;un retour en arri\u00e8re. Pour autant, cela n&rsquo;est pas sans analyses et arguments valant aussi bien pour les complications de ces temps de folie que nous connaissons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte ci-dessous est un extrait du Tome-I de la s\u00e9rie sans fin de PhG sur &lsquo;<em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>&lsquo;. Nous ne garantissons nullement que ce texte soit exactement celui du livre finalement \u00e9dit\u00e9 puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit du texte termin\u00e9 et corrig\u00e9 par l&rsquo;auteur, apr\u00e8s lequel d&rsquo;ultimes corrections et modifications (notamment sur \u00e9preuves) furent encore faits, &ndash; mais sans changement d&rsquo;importance. Le th\u00e8me choisi est celui des origines des relations entre la France et la naissance des &Eacute;tats-Unis, selon la vision d&rsquo;une relation particuli\u00e8rement exceptionnelle, &ndash; dans le sens de l&rsquo;entente et de la m\u00e9sentente, et surtout de la compr\u00e9hension et de l&rsquo;incompr\u00e9hension mutuelles entre les deux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un avertissement de l&rsquo;auteur, qui s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 cette pseudo-r\u00e9\u00e9dition est qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un texte de 2010-2012, alors que subsistaient encore certaines illusions sur les deux pays et quelques souvenirs sur les restes de leurs relations.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><strong><em>Note de PhG-Bis<\/em><\/strong><em> : &laquo; Le changement en un peu plus d&rsquo;une d\u00e9cennie est extraordinairement important, du point de vue de PhG. Quelques pinc\u00e9es de Sarko-Hollande et une boulimie de Macron ont d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9 la France. La grande crise du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme depuis 2015-2016 ont pulv\u00e9ris\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique. Les deux pays n&rsquo;ont plus de relations au sens pleins du terme puisqu&rsquo;ils n&rsquo;existent plus, qu&rsquo;ils ont \u00e9tr\u00e9c v\u00e9ritablement &lsquo;cancell\u00e9s&rsquo;, &ndash; ainsi que leurs pass\u00e9s. Il s&rsquo;agit v\u00e9ritablement d&rsquo;archives d&rsquo;un autre temps, m\u00eame si ce sont celles de PhG. Par exemple, on peut se demander ce qu&rsquo;il reste aujourd&rsquo;hui du Paris pr\u00e9sent\u00e9 dans ce texte, comme havre de libert\u00e9 et d&rsquo;harmonie inspiratrice pour les artistes am\u00e9ricains, apr\u00e8s le passage de la ville \u00e0 la tron\u00e7onneuse-Hidalgo dans une atmosph\u00e8re de d\u00e9sordre communautaire et d&rsquo;hyst\u00e9rie-moderniste. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il nous semble qu&rsquo;on peut lire ce texte en soutien de certaines id\u00e9es qui sont aujourd&rsquo;hui avanc\u00e9es pour expliquer certaines situations, et aussi pour avoir une bonne mesure du d\u00e9veloppement de la modernit\u00e9 et de son in\u00e9vitable chute dans laquelle nous nous trouvons aujourd&rsquo;hui entra&icirc;n\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On peut enfin et surtout reconna&icirc;tre indirectement des facteurs importants figurant dans notre r\u00e9f\u00e9rence symbolique du &laquo; <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a> &raquo;. Nous fixons l&rsquo;\u00e9poque du d\u00e9clenchement du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 1776-1825, avec trois \u00e9v\u00e9nements et acteurs principaux qui sont tous pr\u00e9sents dans ces lignes : la D\u00e9claration d&rsquo;Ind\u00e9pendance des &Eacute;tats-Unis de 1776 se pr\u00e9sentant comme source de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb, la grande R\u00e9volution Fran\u00e7aise de 1789, la r\u00e9volution du choix de la thermodynamique fix\u00e9e entre 1784 (premi\u00e8re machine \u00e0 vapeur) et 1825 (apparition de \u00ab\u00a0parti de l&rsquo;industrie\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em> + PhG<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>La balade des cocus<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&#8230;Alors, nous saisissons la France et l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 leur point de convergence irr\u00e9sistible, en 1774-1776. Dans ce laps de temps, un roi nouveau, Louis XVI, est donn\u00e9 \u00e0 la France ; une entreprise de r\u00e9forme est tent\u00e9e, acclam\u00e9e et conduite \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec, en France ; une proclamation est faite, en Am\u00e9rique, celle de l&rsquo;ind\u00e9pendance, et aussit\u00f4t r\u00e9percut\u00e9e ; une mode est lanc\u00e9e, avec le \u00ab\u00a0bonhomme Franklin\u00a0\u00bb pour vecteur, qui enflamme les salons \u00e0 Paris. D\u00e8s cette convergence prestement transform\u00e9e en connivence, sans que personne ne s&rsquo;engage encore, qu&rsquo;importe, les deux destins sont scell\u00e9s. L&rsquo;un conduit \u00e0 la Grande R\u00e9volution Fran\u00e7aise, l&rsquo;autre \u00e0 la R\u00e9volution Am\u00e9ricaine, &ndash; non moins grande, je conseille d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 de n&rsquo;en point douter. Ces diverses entreprises ont, pour l&rsquo;heure et sans engager le reste en aucune fa\u00e7on, deux int\u00e9r\u00eats en commun : se bercer de mots \u00e9lev\u00e9s et pleins de valeurs morales pour mieux croire \u00e0 leur propre transmutation, se d\u00e9barrasser du fardeau anglais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Louis XVI, jeune souverain qui succ\u00e8de \u00e0 une fin de r\u00e8gne cr\u00e9pusculaire, qui enchante ses sujets, qui est une figure jeune et pleine d&rsquo;esp\u00e9rance, ne peut qu&#8217;embrasser la religion de la r\u00e9forme (1) &ndash; nous parlons bien s&ucirc;r de la r\u00e9forme politique, car c&rsquo;est bien cela le sujet dont r\u00e9sonnent les salons. D&rsquo;ailleurs, la France, comme en toute occasion o&ugrave; r\u00e9sonne le discours politique, la France est bonne \u00e0 \u00eatre r\u00e9form\u00e9e, sinon \u00e0 \u00eatre clou\u00e9e au pilori ; d&rsquo;ailleurs, encore, il est vrai que la situation n&rsquo;est pas bonne &ndash; une bonne r\u00e9forme ne serait pas de trop&#8230; Ainsi le r\u00e9formiste est-il appel\u00e9 par le Roi, d\u00e8s 1774, dans le chef et sous le visage de monsieur Turgot, que d&rsquo;aucuns tiennent comme un g\u00e9nie de l&rsquo;\u00e9conomie politique et de l&rsquo;\u00e9conomie moderne ; un inspirateur d&rsquo;Adam Smith, ce Turgot, baron de l&rsquo;Aulne pr\u00eat \u00e0 soulever des montagnes. Tous les r\u00e9formistes du Royaume applaudissent \u00e0 cette d\u00e9cision hardie ; il s&rsquo;agit des salons et de ce que l&rsquo;on nommera \u00ab\u00a0les intellectuels\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0parti des philosophes\u00a0\u00bb, de ce que l&rsquo;on commence \u00e0 nommer \u00ab\u00a0l&rsquo;opinion publique\u00a0\u00bb, de la noblesse \u00e9videmment r\u00e9formiste dans sa majorit\u00e9, sinon franc-ma\u00e7onne, du clerg\u00e9 aux id\u00e9es avanc\u00e9es, qui ne craint pas de se mettre en question, de la bourgeoisie qui croit son heure venue. Tout ce beau monde fr\u00e9tille et frissonne, persuad\u00e9 qu&rsquo;enfin la lumi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale va, sur le royaume, confirmer l&#8217;empire des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&#8217;emportement est de courte dur\u00e9e. Il appara&icirc;t que la r\u00e9forme de monsieur Turgot, comme toute chose du m\u00eame nom, implique que les privil\u00e9gi\u00e9s c\u00e9deront un peu, voire beaucoup de leurs privil\u00e8ges. Le \u00ab\u00a0beau monde\u00a0\u00bb fr\u00e9tille moins et juge les frissons pr\u00e9matur\u00e9s. Le go&ucirc;t de la r\u00e9forme le c\u00e8de \u00e0 l&rsquo;avant-go&ucirc;t pr\u00e9occupant des int\u00e9r\u00eats menac\u00e9s, l&rsquo;ironie et le libelle remplacent les murmures approbateurs et annoncent la ranc&oelig;ur et le raidissement. Monsieur Turgot, qui, en plus, n&rsquo;est gu\u00e8re diplomate, qui est d\u00e9daignant et cassant, qui se heurte \u00e0 autant de mauvaises volont\u00e9s qu&rsquo;il heurte de vanit\u00e9s retranch\u00e9es, doit bien vite mesurer son \u00e9chec ; aussi vite que cela, il rend son tablier. En v\u00e9rit\u00e9, le \u00ab\u00a0beau monde\u00a0\u00bb pr\u00e9f\u00e8re aller applaudir le spirituel monsieur de Beaumarchais et ainsi, effront\u00e9ment, applaudir les lendemains qui chantent entre les lignes de la tirade de Figaro ; on pr\u00e9f\u00e8re toujours s&rsquo;en promettre pour le lendemain que s&rsquo;ex\u00e9cuter le jour m\u00eame. Pour autant, et parce qu&rsquo;on a ses humeurs autant que sa dignit\u00e9, on garde de l&rsquo;aventure, dans le chef du \u00ab\u00a0beau monde\u00a0\u00bb, l&rsquo;arri\u00e8re-go&ucirc;t amer de l&rsquo;exp\u00e9rience rat\u00e9e ; que cela soit de sa propre faute ne fait que renforcer l&rsquo;amertume, \u00e0 la mesure de la dissimulation mise en place pour maquiller cette faute des couleurs d&rsquo;un destin contraire. La France se pr\u00e9pare \u00e0 entrer dans la modernit\u00e9 en exp\u00e9rimentant ce qui fait le trait principal de cette modernit\u00e9, qui est l&rsquo;irresponsabilit\u00e9. Le cas n&rsquo;est pas du tout, et pas tant, un jugement sur la r\u00e9forme qui n&rsquo;eut pas lieu, qu&rsquo;un jugement sur le comportement qui fit \u00e9chouer la r\u00e9forme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par ailleurs, il \u00e9tait temps, &ndash; car si ce n&rsquo;est un signe du ciel qu&rsquo;est-ce qui en est un ? Turgot part le 13 mai 1776 ; moins de deux mois plus tard, le 4 juillet, est dite, proclam\u00e9e et affich\u00e9e la D\u00e9claration d&rsquo;Ind\u00e9pendance. Une pr\u00e9occupation chasse l&rsquo;autre, une illusion succ\u00e8de \u00e0 une ambition, toujours la chose consid\u00e9r\u00e9e du point de vue fran\u00e7ais. Turgot s&rsquo;opposait, pour des raisons comptables et budg\u00e9taires, \u00e0 certain vague projet de soutien des <em>insurgents<\/em> am\u00e9ricains, dans lequel soutien le grand ministre des affaires ext\u00e9rieures Vergennes voit d\u00e9j\u00e0 une occasion de prendre une revanche sur l&rsquo;Angleterre et de l&rsquo;abaisser. Sit\u00f4t pass\u00e9 l&rsquo;\u00e9pisode Turgot, les salons se prennent d&rsquo;amour fou pour les <em>insurgents<\/em>, et pour le plus exquis\u00e9ment naturel d&rsquo;entre eux, le \u00ab\u00a0bonhomme Franklin\u00a0\u00bb. Ils continuent d&rsquo;applaudir \u00e0 tout rompre monsieur de Beaumarchais qui fait commerce des armes avec ces m\u00eames <em>insurgents<\/em>, et se fait leur actif et z\u00e9l\u00e9 promoteur.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Vergennes invente l&rsquo;Am\u00e9rique<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;abord, il importe de comprendre le sentiment de la politique fran\u00e7aise, qui doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une chose au sens o&ugrave; Emile Durkheim parlait des faits sociaux comme de choses ; de le comprendre aussi comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un esprit, d&rsquo;une conception m\u00eame, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une personne enfin, \u00e0 propos de l&rsquo;Angleterre. Ce sentiment est \u00e0 l&rsquo;image de celui de Charles Gravier de Vergennes, comte et grand ministre de la France ; homme mesur\u00e9, raisonnable, entretenu d&rsquo;une vision structur\u00e9e des relations internationales, et, dans tout cela, un sentiment de passion intercal\u00e9 ; Vergennes, \u00e9crit Gilles Perrault, &laquo; <em>hait l&rsquo;Angleterre comme il aime sa femme : absolument<\/em> &raquo;. Cette haine n&rsquo;est pas l&#8217;empire de la passion qui obscurcit l&rsquo;esprit, mais l&rsquo;effet du jugement de la raison concentr\u00e9 dans un besoin d&rsquo;action, et de la raison scandalis\u00e9e par l&rsquo;objet de son observation. Vergennes juge cette nation, l&rsquo;Angleterre, comme<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>inqui\u00e8te et avide, plus jalouse de la prosp\u00e9rit\u00e9 de ses voisins que de son propre bonheur, puissamment arm\u00e9e et pr\u00eate \u00e0 frapper au moment o&ugrave; il lui conviendra de menacer<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Vergennes \u00ab\u00a0hait\u00a0\u00bb l&rsquo;Angleterre assez par d\u00e9sir de revanche et esprit de vengeance, apr\u00e8s l&rsquo;humiliation fran\u00e7aise du Trait\u00e9 de Paris (1763) consacrant la victoire anglaise dans la Guerre de Sept Ans. Il la \u00ab\u00a0hait\u00a0\u00bb au-del\u00e0, de fa\u00e7on plus \u00e9lev\u00e9e, cette passion compl\u00e9tant l&rsquo;autre et la justifiant en un sens, parce qu&rsquo;il la consid\u00e8re comme la perturbatrice des relations polic\u00e9es et \u00e9quilibr\u00e9es qui doivent gouverner la situation europ\u00e9enne. Vergennes reproche \u00e0 l&rsquo;Angleterre de ne pas respecter le pacte de la bonne entente et de l&rsquo;\u00e9quilibre loyal des puissances europ\u00e9ennes, cet arrangement entre gentilshommes qui fait la bonne fortune de la civilisation europ\u00e9enne. La jugeant arrogante et imbue d&rsquo;elle-m\u00eame, il voit l&rsquo;Angleterre prompte \u00e0 user de sa puissance et \u00e0 dissimuler cet usage derri\u00e8re le rideau hypocrite de la vertu du Droit. On comprend \u00e0 quel degr\u00e9 dans ce jugement la possibilit\u00e9 d&rsquo;un soutien des <em>insurgents<\/em> d&rsquo;outre-Atlantique devient, selon cette vision-l\u00e0, une aubaine qui est presque une obligation de gentilhomme. On ajoute \u00e0 ce jugement de politique ext\u00e9rieure si conforme \u00e0 la tradition fran\u00e7aise du domaine, de la recherche de l&rsquo;\u00e9quilibre, de la pacification des antagonismes, de l&rsquo;arrangement des ambitions avec la mesure de la l\u00e9gitimit\u00e9, un jugement plus surprenant par sa \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb ; on le dirait en avance sur le courant des r\u00e9alit\u00e9s politiques et proche, assez \u00e9trangement si l&rsquo;on juge les diff\u00e9rences de conception des protagonistes, de l&rsquo;esprit des salons et des philosophes. D\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent chez Louis XV finissant, chez Louis XVI et chez Turgot, enfin retrouv\u00e9 chez Vergennes comme on le voit, ce jugement conclut que le temps est venu d&rsquo;\u00e9manciper les colonies. A la diff\u00e9rence de la conception classique &ndash; celle de l&rsquo;alli\u00e9 espagnol dans l&rsquo;affaire am\u00e9ricaine, qui veut affaiblir l&rsquo;Angleterre sans trop donner aux <em>insurgents<\/em>, pour appuyer ses pr\u00e9tentions sur le Portugal sans donner de mauvaises id\u00e9es \u00e0 ses propres colonies &ndash; la France n&rsquo;est pas indiff\u00e9rente au principe du droit des peuples malgr\u00e9 le danger de renforcer une doctrine qui met indirectement en p\u00e9ril le principe de l&rsquo;autorit\u00e9 absolue et de droit divin de la monarchie. Il s&rsquo;agit moins, dans cette occurrence, du soutien \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9volutionnaire que du souci, toujours remarquable, de l&rsquo;\u00e9quilibre des relations internationales, impossible \u00e0 bien tenir s&rsquo;il existe des situations de contrainte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais voici l&rsquo;essentiel pour notre propos : cette double approche de la crise de la colonie am\u00e9ricaine de l&rsquo;Angleterre va, par simple projection des arguments, honorer les futurs Etats-Unis, dans cette p\u00e9riode d&rsquo;une charni\u00e8re o&ugrave; se forment les jugement g\u00e9n\u00e9raux et o&ugrave; s&rsquo;influencent les psychologies collectives, de la double vertu d&rsquo;acteur stabilisant des relations internationales et de combattant h\u00e9ro\u00efque de la vertu moderne du droit des peuples. La cause am\u00e9ricaine acquiert une puissante l\u00e9gitimit\u00e9, \u00e0 Paris bien entendu o&ugrave; se font et se d\u00e9font les modes et les causes, avec la rencontre rarissime du jugement des philosophes et des salons, et de l&rsquo;autorit\u00e9 restaur\u00e9e pour cette cause de la politique royale. Avant m\u00eame d&rsquo;exister, les Etats-Unis sont honorables, essentiels et vertueux dans la perception du monde des \u00e9lites fran\u00e7aises. C&rsquo;est un point de d\u00e9part, mais d&rsquo;une force telle, d&rsquo;une importance si affirm\u00e9e, qu&rsquo;il esquisse \u00e0 traits d\u00e9j\u00e0 presque pleins la perception fran\u00e7aise de l&rsquo;Am\u00e9rique, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;id\u00e9e que la France se fait imp\u00e9rativement de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le terrain est ainsi f\u00e9cond\u00e9 pour les grands bouleversements de la psychologie. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, vous viendrait aussit\u00f4t \u00e0 l&rsquo;esprit que cette remarque conduit \u00e0 l&rsquo;observation qu&rsquo;un tel bouleversement psychologique sugg\u00e8re l&rsquo;id\u00e9e que la course est lanc\u00e9e vers la grande R\u00e9volution en France ; l&rsquo;\u00e9poque est propice, l&rsquo;esprit y est prompt&hellip; Nous en avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, de la R\u00e9volution, et elle, si importante pour notre propos d&rsquo;alors, n&rsquo;est pour ce propos pr\u00e9cis\u00e9ment que d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat accessoire. Gardons-la pourtant en r\u00e9serve, car nous y reviendrons, en connexion avec cette autre course dont nous voulons parler, \u00e9galement enfant\u00e9e par ce bouleversement psychologique, qui n&rsquo;en est pas moins r\u00e9volutionnaire. Il s&rsquo;agit de ce rapport psychologique, de sa course et de ses entrelacs, entre France et Am\u00e9rique ; ce rapport psychologique complexe qui accompagne l&rsquo;Histoire et, dans certains aspects essentiels, l&rsquo;\u00e9claire d&rsquo;une lumi\u00e8re inattendue, l&rsquo;interpr\u00e8te bien plus fermement et bien plus largement que les \u00ab\u00a0grands \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb habituels qu&rsquo;on a coutume de d\u00e9cortiquer selon les visions convenues &ndash; ce rapport psychologique qui, dans certaines occurrences et selon un certain sens qui nous concerne absolument, se hisse \u00e0 la grandeur de l&rsquo;Histoire et y contribue d\u00e9cisivement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous nous proposons, dans cette voie, de consid\u00e9rer le rapport psychologique franco-am\u00e9ricain, avec son extension franco-am\u00e9ricaniste, dans une sorte de sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e9tablie pour l&rsquo;occasion ; il s&rsquo;agit de bien plus que d&rsquo;une occasion, si l&rsquo;on s&rsquo;en tenait au sens \u00e9troit du mot ; l&rsquo;occasion, ici, cr\u00e9e la substance, et nous permet de cheminer vers une situation qui prendra sa place aux c\u00f4t\u00e9s de la Grande Guerre et de son issue comme nous l&rsquo;avons interpr\u00e9t\u00e9e, et de la poursuivre, pour la substantiver, durant la p\u00e9riode des ann\u00e9es 1919-1933 qui nous importe centralement, avant d&rsquo;en terminer en venant jusqu&rsquo;\u00e0 nous, o&ugrave; nos diverses pr\u00e9occupations se trouveront enfin rassembl\u00e9es. Cette ambition nous conduit effectivement \u00e0 percevoir ces relations franco-am\u00e9ricaines comme un tout, comme une sp\u00e9cificit\u00e9, comme une chose anim\u00e9e de l&rsquo;Histoire, une cr\u00e9ature typique &ndash; cette volont\u00e9 cr\u00e9atrice se justifiant par le r\u00f4le effectivement jou\u00e9 par cette relation, d&rsquo;une fa\u00e7on souterraine, dissimul\u00e9e mais si puissante, pour nous faire entendre sans interf\u00e9rences f\u00e2cheuses notre propre histoire. Jusqu&rsquo;ici, en g\u00e9n\u00e9ral, ce sont les interf\u00e9rences qui ont s\u00e9duit et presqu&rsquo;exclusivement occup\u00e9 les universitaires besogneux qui reconstituent \u00e0 leur fa\u00e7on ce puzzle transatlantique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>De la frustration au transfert<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale et bri\u00e8vement observ\u00e9e, mais observ\u00e9e en profondeur, selon une perception simple et qui ne serait pas simpliste, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise o&ugrave; nous l&rsquo;avons laiss\u00e9e, avec l&rsquo;\u00e9chec de Turgot, est dans une situation singuli\u00e8re, \u00e0 la fois de pl\u00e9nitude achev\u00e9e et de pourrissement commenc\u00e9, comme un fruit juteux mais d\u00e9j\u00e0 trop m&ucirc;r qui commence \u00e0 s&rsquo;amollir avec la mati\u00e8re morte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Par \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0\u00bb qui d\u00e9signe la partie active et influente, celle qui intrigue et imprime sa marque, celle qui ch\u00e9rit ces rapports naissant avec l&rsquo;Am\u00e9rique qui nous occupent, nous entendons \u00ab\u00a0les \u00e9lites\u00a0\u00bb au sens large et jusqu&rsquo;\u00e0 la mondanit\u00e9, ou encore disons \u00ab\u00a0la classe intellectualiste\u00a0\u00bb, ou encore et comme d\u00e9j\u00e0 dit, comme l&rsquo;\u00e9crit notamment Joseph de Maistre, le \u00ab\u00a0parti des philosophes\u00a0\u00bb avec ses innombrables annexes qu&rsquo;on croise au moins dans les salons. Cette pr\u00e9cision g\u00e9n\u00e9rale ne nous procure nulle joie particuli\u00e8re, sans aucun doute, bien qu&rsquo;elle identifie chronologiquement la constance dans l&rsquo;erreur venue jusqu&rsquo;\u00e0 nous, dans le chef d&rsquo;une cat\u00e9gorie tr\u00e8s fran\u00e7aise que je ne porte pas dans mon c&oelig;ur ; mais leur responsabilit\u00e9 et leur aveuglement sont bien co&ucirc;teux pour la France qui m&rsquo;est ch\u00e8re, ce qui motive la tristesse du propos. Notre joie, la <em>gaya scienza<\/em> puisqu&rsquo;il y en a une dans ce cas \u00e9galement comme dans toutes les facettes de ce r\u00e9cit qui demande le renfort de cette humeur pour \u00eatre conduit, se trouve plus dans la d\u00e9marche de retrouver la v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;une situation que dans le contenu de la r\u00e9alit\u00e9 qui conduit \u00e0 ces retrouvailles. On se sera dout\u00e9 de tout cela, mais je m&#8217;emploie \u00e0 dissiper les doutes l\u00e0 o&ugrave; il ne doit y avoir que clart\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise est celle du XVIII\u00e8me si\u00e8cle vers son terme. Les \u00ab\u00a0Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb brillent maintenant de tous leurs feux, elles sont devenues naturelles, \u00e9videntes, elles sont, comme on dit, \u00ab\u00a0int\u00e9gr\u00e9es\u00a0\u00bb jusque dans la psych\u00e9 du domaine ; la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise est alors, incontestablement et pleinement, celle des Lumi\u00e8res. Cette soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00e9tait \u00e9galement brillante, futile, d&rsquo;un fort bel esprit, avide de mode et des jours qui passent sans laisser de trace, plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;<em>\u00e9cume des jours<\/em>, d\u00e9cadente, exquis\u00e9ment et profond\u00e9ment d\u00e9prav\u00e9e comme l&rsquo;on joue aux tarots, pour le myst\u00e8re et la grandeur de la chose, inspir\u00e9e par les doctrines \u00e9sot\u00e9riques, naviguant entre une spiritualit\u00e9 faisand\u00e9e et un libre esprit proclam\u00e9 comme l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9mancipe de cha&icirc;nes imaginaires, attentive enfin plus que tout \u00e0 son image dans son miroir&hellip; Cette soci\u00e9t\u00e9 soutenait, plus ou moins vaguement, ce Turgot et sa r\u00e9forme, parce qu&rsquo;on ne peut faire diff\u00e9remment qu&rsquo;\u00eatre r\u00e9formiste, \u00e0 peu pr\u00e8s comme l&rsquo;on se poudre et comme l&rsquo;on s&rsquo;appr\u00eate devant son miroir. En m\u00eame temps, ce Turgot l&rsquo;horripilait, notamment de lui demander des sacrifices. Elle fit en sorte, cette soci\u00e9t\u00e9, de contribuer grandement \u00e0 son \u00e9limination mais, en m\u00eame temps qu&rsquo;elle le faisait, en \u00e9prouvant une grande frustration de l&rsquo;\u00e9chec de la r\u00e9forme ; j&rsquo;insiste sur ce point, &ndash; frustration, nullement culpabilit\u00e9 ni remords plus tard, car ne se sentant en aucun cas impliqu\u00e9e dans le proc\u00e8s qu&rsquo;on pourrait faire de l&rsquo;\u00e9chec de Turgot. Comme par nature et renforc\u00e9e par la pratique, cette soci\u00e9t\u00e9-l\u00e0, je l&rsquo;ai dit, est experte dans l&rsquo;art de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9. Ce qu&rsquo;elle ne supporte pas, c&rsquo;est le risque d&rsquo;\u00eatre identifi\u00e9e comme liquidatrice du r\u00e9formisme repr\u00e9sent\u00e9 par Turgot, le soup\u00e7on qui pourrait na&icirc;tre \u00e0 cet \u00e9gard (non pour la valeur de la r\u00e9forme mais parce qu&rsquo;il est question de \u00ab\u00a0r\u00e9forme\u00a0\u00bb, qui est du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;insurpassable vertu et, d\u00e9sormais, de la modernit\u00e9 naissante, et qu&rsquo;on ne peut pas ne pas \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de la vertu). Elle souffre de ce soup\u00e7on possible, comme d&rsquo;une contradiction affreuse, d&rsquo;une <strong>frustration<\/strong>, le mot est dit et redit ; elle ne craint rien plus que la mauvaise r\u00e9putation, l&rsquo;incons\u00e9quence qu&rsquo;on lui ferait porter comme on fait porter le chapeau, la futilit\u00e9 qu&rsquo;on lui d\u00e9couvrirait, en lui d\u00e9couvrant le vrai d&rsquo;elle-m\u00eame, le reproche alors en forme d&rsquo;acte d&rsquo;accusation, de n&rsquo;avoir pas montr\u00e9 la force d&rsquo;une fermet\u00e9 de caract\u00e8re qui e&ucirc;t pouss\u00e9 \u00e0 sacrifier ses int\u00e9r\u00eats \u00e0 la vertu g\u00e9n\u00e9rale de la r\u00e9forme. Lorsqu&rsquo;une frustration d&rsquo;une telle force est ressentie, nous dit le psychanalyste, il faut en transf\u00e9rer le fardeau ; \u00e0 la frustration r\u00e9pond le <strong>transfert<\/strong>. Ce sera la cause des <em>insurgents<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a transfert de la vertu fran\u00e7aise, ou de la vertu parisienne pourrions-nous pr\u00e9ciser si nous nous laissions aller au go&ucirc;t de la pol\u00e9mique, par les \u00e9pousailles enthousiastes de la cause am\u00e9ricaine. Ainsi sauve-t-on la vertu de la vertu, en l&rsquo;extrayant des griffes \u00e9pouvantables des incertitudes des situations int\u00e9rieures o&ugrave; le vertueux a ses int\u00e9r\u00eats engag\u00e9s, pour la remettre dans des mains jug\u00e9es pures, \u00e0 sept mille kilom\u00e8tres de distance. Au regard des lucarnes parisiennes, les <em>insurgents<\/em> avaient effectivement une puret\u00e9 \u00e9d\u00e9nique, celle de la naissance d&rsquo;un monde nouveau, une sorte de <em>Paul &#038; Virginie<\/em> ayant retrouv\u00e9 leur paradis perdu dans le grand pays en formation du Nouveau Monde. Il naquit un sentiment d&rsquo;une grande force mais souterrain, jamais explicit\u00e9, jamais substantiv\u00e9 comme il aurait d&ucirc; l&rsquo;\u00eatre, une \u00e9motion pure conserv\u00e9e dans les labyrinthes de la psychologie comme pr\u00e9cieux t\u00e9moignage et source pure de ce transfert ; par le fait, ce transfert acqu\u00e9rant une fonction g\u00e9n\u00e9rique dans l&rsquo;inconscient collectif de l&rsquo;intellectualisme fran\u00e7ais. On pourrait baptiser ce ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;expression de \u00ab\u00a0seconde d\u00e9couverte de l&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb pour la classe intellectuelle fran\u00e7aise (parisienne), cette fois une d\u00e9couverte compl\u00e8tement int\u00e9rioris\u00e9e, impliquant une construction int\u00e9rieure de l&rsquo;objet consid\u00e9r\u00e9, une architecture doctrinale qui n&rsquo;allait plus nous quitter. Elle impr\u00e9gnait \u00e0 mesure la psychologie, cette \u00ab\u00a0seconde d\u00e9couverte\u00a0\u00bb, comme pour assurer les fondations de l&rsquo;architecture ainsi install\u00e9e ; elle figurait aussit\u00f4t elle-m\u00eame cette am\u00e9ricanit\u00e9 qui s&rsquo;imposerait comme une r\u00e9f\u00e9rence pour la situation fran\u00e7aise elle-m\u00eame ; elle transformait enfin en une offrande sacr\u00e9e, hors de toute attaque et de toute critique, cette id\u00e9ologie moderniste, de la modernit\u00e9 d\u00e9sormais d\u00e9barrass\u00e9e de toute h\u00e9sitation, si essentielle \u00e0 cette classe de l&rsquo;intellectualisme fran\u00e7ais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;aussit\u00f4t s&rsquo;installer \u00e0 son \u00e9tabli d&rsquo;universitaire pour s&rsquo;attacher \u00e0 une \u00e9tude pr\u00e9cise et d\u00e9taill\u00e9e, sinon affectueuse, du pro-am\u00e9ricanisme ainsi d\u00e9couvert dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, aussit\u00f4t contest\u00e9e par une autre \u00e9tude qui vous d\u00e9montrerait impeccablement le contraire. Ce sont des querelles de salons et des querelles de clochers ; juste quelques grains de poussi\u00e8re pour occuper le vent qui passe. Nous parlons d&rsquo;un sentiment, d&rsquo;une \u00e9motion bien plus profonde, bien plus vaste, qui embrasse le Nouveau Monde pour en faire le d\u00e9positaire et la sacralisation de la modernit\u00e9 ; s&rsquo;y adjoint en effet une \u00e9pist\u00e9mologie du \u00ab\u00a0Nouveau Monde parall\u00e8le\u00a0\u00bb au vrai, sans rapport avec le r\u00e9el. Ouverture de cette symphonie nomm\u00e9e <em>American Dream<\/em>. On n&rsquo;a pas fini d&rsquo;en parler dans ces pages.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De cette fa\u00e7on, les relations franco-am\u00e9ricaines sont, pour la psychologie fran\u00e7aise, d&rsquo;abord une affaire int\u00e9rieure fran\u00e7aise. Dans l&rsquo;excellente r\u00e9f\u00e9rence qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tude de Ren\u00e9 R\u00e9mond sur la pr\u00e9sence de l&rsquo;Am\u00e9rique dans l&rsquo;opinion fran\u00e7aise de 1815 \u00e0 1852, ce n&rsquo;est pas la question de cette pr\u00e9sence qui est pos\u00e9e, mais les formes diverses qu&rsquo;elle prend tant cette pr\u00e9sence est partout \u00e9vidente ; et abondent les expressions qui rendent compte du \u00ab\u00a0climat\u00a0\u00bb \u00e0 cet \u00e9gard :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>En outre, cette histoire <\/em>[de l&rsquo;Am\u00e9rique] <em>a \u00e9t\u00e9 \u00e9troitement associ\u00e9e \u00e0 celle de la France, elle forme presque un chapitre annexe de notre histoire nationale.<\/em> [&hellip;] <em>&hellip;par lui <\/em>[Lafayette]<em>, l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine est pr\u00e9sente au c&oelig;ur de la vie politique fran\u00e7aise. <\/em>[&hellip;] <em>Du fait de sa liaison \u00e9troite avec notre propre histoire, la connaissance de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine en subit les contrecoups et est sujette aux fluctuations des relations franco-am\u00e9ricaines. Ainsi quelques \u00e9pisodes de la guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance sont aussi connus que s&rsquo;ils faisaient partie des fastes nationaux mais le nom du pr\u00e9sident Madison est pratiquement inconnu.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il s&rsquo;agit effectivement moins de connaissance, de justesse de jugement, de mesure \u00e9quilibr\u00e9e, que d&rsquo;une proximit\u00e9 proche de l&rsquo;intimit\u00e9 entre les deux pays consid\u00e9r\u00e9s symboliquement, comme s&rsquo;ils venaient d&rsquo;un tronc commun, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une intimit\u00e9 qui est presque une identit\u00e9. Il ne faut pas entendre ce jugement au seul sens politique, y compris par rapport \u00e0 la situation politique fran\u00e7aise, et m\u00eame il faut plut\u00f4t se garder de l&rsquo;\u00e9couter trop dans ce sens ; il faut tenter de l&rsquo;appr\u00e9cier comme un ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique. Les Fran\u00e7ais per\u00e7oivent effectivement l&rsquo;Am\u00e9rique, lorsqu&rsquo;ils s&rsquo;en occupent plus ou moins pr\u00e9cis\u00e9ment, comme une mati\u00e8re avec quelque chose de fondamentalement fran\u00e7ais, et ce \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb, sans se manifester comme tel et en fait manifest\u00e9 par le seul apport de la psychologie, occupe beaucoup de l&rsquo;esprit et influe fortement sur le jugement ; cela ne garantit ni la justesse ni la mesure du second mais t\u00e9moigne de la proximit\u00e9 extr\u00eame du premier de l&rsquo;objet de notre pr\u00e9occupation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Pour le reste, et ceci qui sera tr\u00e8s vite per\u00e7u comme quelque chose d&rsquo;essentiel dans mon propos, qui en sera plus loin le centre, pour le reste confirmons aussit\u00f4t ce que nous avons sugg\u00e9r\u00e9 plus haut (\u00ab\u00a0Ouverture de cette symphonie nomm\u00e9e <em>American Dream<\/em>\u00ab\u00a0). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un Moment psychologique fondamental pour la France, d&rsquo;un Moment fondamental pour la psychologie fran\u00e7aise, qui aura ses effets \u00e0 l&rsquo;occasion de la R\u00e9volution, mais \u00e9galement pour sortir de la R\u00e9volution, qui va imprimer sa forte marque dans l&rsquo;\u00e9volution de la perception fran\u00e7aise de la modernit\u00e9. La France, dans une intuition qu&rsquo;on peut qualifier de visionnaire autant qu&rsquo;annonciatrice de tant de calamit\u00e9s, per\u00e7oit parfaitement que l&rsquo;Am\u00e9rique qui va na&icirc;tre et que la modernit\u00e9 qui en fait autant ne font qu&rsquo;une. En m\u00eame temps, ce Moment psychologique autant que cette intuition visionnaire apparaissent comme des t\u00e9moins et des acteurs de la lev\u00e9e du grand courant historique qui va prendre son \u00e9lan \u00e0 la jointure des deux si\u00e8cles et que plus rien n&rsquo;arr\u00eatera jusqu&rsquo;\u00e0 nous. Il ne doit faire nul doute que dans cet incident psychologique, psychanalytique, cet accident essentiel du transfert de la frustration fran\u00e7aise vers l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;une r\u00e9forme inachev\u00e9e, comme une \u00ab\u00a0symphonie inachev\u00e9e\u00a0\u00bb qu&rsquo;on transmettrait dans le but qu&rsquo;elle soit effectivement achev\u00e9e, il ne doit faire nul doute qu&rsquo;on trouve les premi\u00e8res racines, et les plus honorables sans aucun doute, les plus profondes \u00e9galement, de l&rsquo;<em>American Dream<\/em>&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme on le per\u00e7oit \u00e0 ce point du r\u00e9cit, on reconna&icirc;t qu&rsquo;il y a une forme d&rsquo;authenticit\u00e9 dans la d\u00e9marche, une tentative que l&rsquo;on comprend, qui est \u00e0 la mesure humaine, malgr\u00e9 les multiples accidents de l&rsquo;incons\u00e9quence fran\u00e7aise de ce temps si incertain ; il y a \u00e0 la fois de l&rsquo;ing\u00e9nuit\u00e9 et comme une sorte de puret\u00e9, renouvel\u00e9es en d\u00e9pit de tout et surgies, malgr\u00e9 tant d&rsquo;accidents d\u00e9plorables et de chicaneries indignes qui caract\u00e9risent cette soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise si compl\u00e8tement caract\u00e9ris\u00e9e par la d\u00e9cadence. De m\u00eame, et comme un double sombre apparu sans pr\u00e9venir, observons aussit\u00f4t qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien de ce m\u00eame <em>American Dream<\/em> dont il faut dire d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;il va nous ravager sans piti\u00e9 et qu&rsquo;il commence sa marche pour nous conduire vers notre cr\u00e9puscule, qui est celui des illusions de la modernit\u00e9 dont nous go&ucirc;tons les fruits amers deux si\u00e8cles plus tard, cet <em>American Dream<\/em> qui nous fascine comme une clart\u00e9 \u00e9blouissante cachant le reste, ces ombres affreuses de trous noirs sans fond et sans fin. Quoi qu&rsquo;il en soit des vertus originelles de <em>l&rsquo;American Dream <\/em>des Fran\u00e7ais, lequel ne sera pas avare d&rsquo;\u00e9mulation dans le reste du vieux monde, quoi qu&rsquo;il en soit des belles intentions sans la moindre simulation, quoi qu&rsquo;il en soit des beaux esprits et des belles dames \u00e0 l&rsquo;esprit bien fait, nous tenons le d\u00e9but de la tromperie et c&rsquo;est une distorsion fatale de la psychologie, avec l&rsquo;\u00e9trange pouvoir de se transmettre, par influence et suggestion, g\u00e9n\u00e9riquement certes, mais presque comme g\u00e9n\u00e9tiquement. Cela deviendra plus tard mais assez vite, il faut bien le mesurer, comme une sorte de r\u00e9flexe de Pavlov avant Pavlov lui-m\u00eame, une sorte de penchant du c&oelig;ur et du sentiment aussit\u00f4t habill\u00e9 par l&rsquo;esprit, en faveur de l&rsquo;Am\u00e9rique devenue une part de nous-m\u00eames. Certains nomment cela du pro-am\u00e9ricanisme mais dit-on qu&rsquo;on est du parti de celle qu&rsquo;on croit \u00eatre sa fille parce qu&rsquo;on la favorise sans chercher \u00e0 mesurer ses vertus, qu&rsquo;on la choisit sans rien d\u00e9cider \u00e0 cet \u00e9gard ?<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong><em>American Dream <\/em>vs r\u00e9alit\u00e9 am\u00e9ricaniste<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Peut-\u00eatre y avait-il, dans cette illusion fondamentale qui s&rsquo;exprimait de fa\u00e7on diff\u00e9rente selon les partis, dans cette \u00e9trange union nationale qui allait des philosophes ricaneurs et de l&rsquo;auteur si brillant du <em>Figaro<\/em> \u00e0 un Vergennes s\u00e9rieux comme un pape et aimant sa femme comme son Roi, dans cette union subreptice, souterraine, qui caract\u00e9risait le regard fran\u00e7ais sur les <em>insurgents<\/em> de l&rsquo;Am\u00e9rique prenant en charge la r\u00e9forme devenue id\u00e9ale que la France n&rsquo;avait su faire &ndash; peut-\u00eatre y avait-il une esp\u00e9rance partag\u00e9e, ultime, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, \u00e0 la fois inconsciente, instinctive et pr\u00e9monitoire, qu&rsquo;on \u00e9viterait ainsi le grand choc d\u00e9cisif de la Grande R\u00e9volution ? Si la r\u00e9forme qui ne se fait pas sur les bords de la Seine se fait sur les rives du Potomac, et que c&rsquo;est la m\u00eame, et que c&rsquo;est, rive pour rive, un cours semblable, peut-\u00eatre la terrible perspective sera-t-elle \u00e9cart\u00e9e ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Placide, ou bien est-ce un peu de ce cynisme tranquille qui, je pense, caract\u00e9rise les beaux esprits du temps moderniste \u00e0 son aube radieuse lorsqu&rsquo;on devine d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;ombre de la guillotine, le Prince de Ligne se tourne vers nous et nous interroge, agitant son mouchoir brod\u00e9 \u00e0 ses armoiries comme l&rsquo;on cligne de l&rsquo;&oelig;il :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>N&rsquo;est-ce pas curieux de voir le ministre le moins gai qu&rsquo;il y e&ucirc;t jamais en France employer un farceur ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il parle de l&rsquo;incertain couple que forment Vergennes et Beaumarchais. L\u00e0-dessus, comme il sied \u00e0 l&rsquo;esprit fran\u00e7ais et s\u00e9rieux, l&rsquo;historiographe met les choses au point :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; [L]<em>a justice impose de saluer la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un homme \u00e9mergeant des \u00e9gouts pour se hisser au niveau de l&rsquo;Histoire<\/em>. &raquo; (L&rsquo;on parle de Beaumarchais.)<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;auteur-comploteur se fait marchand de canons pour la cause des <em>insurgents<\/em>. Il \u00ab\u00a0transf\u00e8re\u00a0\u00bb, si l&rsquo;on veut bien accepter de charger le mot d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 de sa diversit\u00e9 de signification, la puissance (le canon) comme l&rsquo;acte manqu\u00e9 du vieux continent vers le Nouveau Monde. Il est \u00e0 l&rsquo;exemple de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, Beaumarchais, futile et spirituel, et \u00ab\u00a0militant\u00a0\u00bb comme l&rsquo;on dit, presque \u00ab\u00a0droit-de-l&rsquo;hommiste\u00a0\u00bb par avance, et enfin exalt\u00e9 par ses propres discours ; entendant ce qu&rsquo;il a magnifiquement \u00e9crit dans la tirade de Figaro, soudain interdit, puis s&rsquo;interrogeant aussit\u00f4t, ravi en un sens : \u00ab\u00a0Et si c&rsquo;\u00e9tait vrai, et en train de se r\u00e9aliser en Am\u00e9rique ?\u00a0\u00bb Ainsi le transfert achev\u00e9, et d\u00e9couverte aussi vite faite que tout cela n&rsquo;est pas tomb\u00e9 dans l&rsquo;escarcelle d&rsquo;un ingrat, que l&rsquo;Am\u00e9rique va nous rendre au centuple, par le r\u00eave qu&rsquo;elle dispensera, l&rsquo;investissement de l&rsquo;utopie que nous avons mis en elle. Il faut savoir, comme l&rsquo;\u00e9crit Perrault avec la pompe qui sied, que ce qui se passe l\u00e0-bas, mon bon monsieur,<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>ce n&rsquo;est pas une discorde de taxe sur le th\u00e9 et la m\u00e9lasse, <\/em>[&hellip;] <em>mais la grande et \u00e9ternelle querelle de l&rsquo;humanit\u00e9 en qu\u00eate de libert\u00e9<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;Am\u00e9rique et le complexe parisien valent bien un pot de m\u00e9lasse, si ce n&rsquo;est une messe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En r\u00e9alit\u00e9, que fait et que pense l&rsquo;Am\u00e9rique ? Pour qu&rsquo;il y ait ces relations qui vont jusqu&rsquo;\u00e0 la complicit\u00e9 comme celles qu&rsquo;on tente de d\u00e9crire, il faut \u00eatre deux, et nous n&rsquo;avons parl\u00e9 que de l&rsquo;un des deux, et m\u00eame lorsque nous parlions d&rsquo;Am\u00e9rique nous parlions de la perception fran\u00e7aise de l&rsquo;Am\u00e9rique. La perception fran\u00e7aise est que la r\u00e9forme infaisable sur les bords de la Seine se fait sur les bords du Potomac, comme par d\u00e9l\u00e9gation d&rsquo;utopie si l&rsquo;on veut &ndash; et nul ne s&rsquo;\u00e9tonne si, en traversant l&rsquo;Atlantique, la r\u00e9forme devient R\u00e9volution. Il se trouve que c&rsquo;est le cas, du moins dans la construction d&rsquo;abord psychologique que les <em>Founding Fathers<\/em> s&#8217;emploient \u00e0 \u00e9difier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au d\u00e9part, admettons-le, la querelle est plut\u00f4t basse, avec cette affaire de taxes, de th\u00e9 et de m\u00e9lasse. Elle aurait pu, elle aurait d&ucirc; se conclure selon l&rsquo;esprit de la chose, en bons marchands et selon l&rsquo;esprit du marchand. Il y avait la place pour cela, et l&rsquo;on dira qu&rsquo;on cherche en vain, dans la situation g\u00e9n\u00e9rale des colonies, les conditions \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb, comme ils disent, de la R\u00e9volution. Certes, il y a des esprits exalt\u00e9s, cela d&rsquo;ailleurs d\u00e8s l&rsquo;origine puisque les premiers colons \u00e9taient de z\u00e9l\u00e9s religieux fuyant les oppressions britanniques et autres pour mieux \u00e9tablir la leur sur des territoires vierges. (Les <em>Natives<\/em> font partie de la virginit\u00e9 de la chose, ce qui permettra qu&rsquo;en les \u00e9liminant, virginit\u00e9 pour virginit\u00e9, tout se sera pass\u00e9 comme si rien ne s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9.) Il y a aussi des avocats, qui savent parler, qui ont une approche rigoureuse de la loi, qui vous d\u00e9montent la vertu n\u00e9cessaire en autant d&rsquo;engagements l\u00e9gislatifs et la remontent en autant de d\u00e9monstrations irr\u00e9sistibles. Pour autant, revenons-y, tout cela se marie ais\u00e9ment avec un incontestable esprit de marchand qui impr\u00e8gne les colonies laborieuses, qui domine le tout, qui donne son vrai rythme aux colonies. Puisqu&rsquo;il est question de taxes, de th\u00e9 et de m\u00e9lasse, l&rsquo;esprit du commerce aurait d&ucirc; triompher.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Anglais se montr\u00e8rent brutaux et peu adroits, \u00e0 l&rsquo;image de leur fa\u00e7on de voir cette \u00e9poque qui ne les inclinait gu\u00e8re au compromis ; entre le Trait\u00e9 de Paris de 1763 et jusqu&rsquo;avant l&rsquo;aventure d\u00e9sastreuse de la r\u00e9volte des colonies, l&rsquo;Angleterre put croire qu&rsquo;elle avait r\u00e9duit le monde et que les coloniaux, eux, n&rsquo;avaient qu&rsquo;\u00e0 obtemp\u00e9rer ; on les traita comme tels&hellip; La ferveur r\u00e9volutionnaire des <em>insurgents<\/em>, expos\u00e9e dans l&rsquo;appr\u00e9ciation qui fut donn\u00e9e de la bataille de l&rsquo;ind\u00e9pendance, n&rsquo;\u00e9tait naturellement ni un fondement de la chose, ni une cause exclusive, comme pr\u00e9tendent \u00eatre les r\u00e9volutions ; elle fut d&rsquo;abord un moyen pour s&rsquo;extraire d&rsquo;une situation p\u00e9nible, qu&rsquo;on transforma en cause et qu&rsquo;on pr\u00e9senta alors comme le fondement qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas. Le go&ucirc;t de la rh\u00e9torique, la mise en \u00e9vidence des plus radicaux gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;habilet\u00e9 du publiciste, notamment par les proc\u00e9d\u00e9s britanniques, le caract\u00e8re unificateur dans la lutte de cette sorte de doctrine, voil\u00e0 qui justifiait qu&rsquo;on us\u00e2t du mode r\u00e9volutionnaire comme d&rsquo;un hymne rassembleur des esprits et briseur des h\u00e9sitations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si elle fit bon usage du mot durant la Guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance, qu&rsquo;ils nomment en effet \u00ab\u00a0<em>American Revolution<\/em>\u00a0\u00bb pour l&rsquo;occasion, la R\u00e9volution fit long feu. La chose est connue et largement r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e. C\u00e9dons la plume, pour nous couvrir des attributs de la vertu, \u00e0 un digne critique du <em>Monde<\/em>, publiant en mai 1993, r\u00e9sumant la th\u00e8se du radicalisme am\u00e9ricaniste, depuis longtemps classique, qui sert de feuille de vigne et de coquetterie id\u00e9ologique \u00e0 l&rsquo;activisme mercantile de la Grande R\u00e9publique ; cela se fait au travers d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ouvrage de Gordon S. Wood (<em>The Radicalism of the American Revolution<\/em>), paru \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ce livre repose sur l&rsquo;affirmation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e selon laquelle la r\u00e9volution am\u00e9ricaine fut aussi absolue, dans son essence, que celles de 1789 et de 1917.<\/em> [&hellip;] <em>Las, <\/em>[elle] <em>prit rapidement un autre cours. D\u00e8s 1787, rappelle Gordon S. Wood, James Madison, dans un article fameux du \u00ab\u00a0F\u00e9d\u00e9raliste\u00a0\u00bb, juge in\u00e9vitable l&rsquo;affrontement dans une soci\u00e9t\u00e9, f&ucirc;t-elle r\u00e9publicaine, entre \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eats capitalistes\u00a0\u00bb oppos\u00e9s. <\/em>[&hellip;] <em>Au cr\u00e9puscule de son existence, en 1825, Jefferson ne pouvait que se lamenter : \u00ab\u00a0Tout, tout est mort.\u00a0\u00bb Sous-entendu : de la soci\u00e9t\u00e9 dont lui et d&rsquo;autres avaient r\u00eav\u00e9.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On comprend bien tout cela, &ndash; mais on s&rsquo;interroge, n\u00e9anmoins : qu&rsquo;est-ce que cette \u00ab\u00a0essence\u00a0\u00bb-l\u00e0, l&rsquo;essence absolutiste de cette r\u00e9volution, qui n&rsquo;arrive m\u00eame pas \u00e0 se manifester, qui est tout de suite bafou\u00e9e, maquill\u00e9e, ridiculis\u00e9e ? D&rsquo;autres ont la plume encore plus vive, qui laissent de c\u00f4t\u00e9 ces emphases de la R\u00e9volution perdue avant d&rsquo;exister, qui vont droit au but de l'\u00a0\u00bb<em>American Revolution<\/em>\u00a0\u00bb ; notre ami Jacques Barzun, dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, que nous avons d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, qui \u00e9crit comme r\u00e9sum\u00e9 de la chose, qu&rsquo;il prend soin de nommer, lui, <em>Guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance (<\/em><em>War of Independence<\/em>), ce qui n&rsquo;est pas rien par rapport aux convenances du syst\u00e8me, &ndash; dans son superbe (et d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9) <em>From Dawn to Decadence &mdash; 500 Years of Western Cultural Life<\/em>, de 1999 :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>S&rsquo;il y en avait un, le but de la Guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine \u00e9tait r\u00e9actionnaire: \u00ab\u00a0Le retour au bon vieux temps!\u00a0\u00bb Les contribuables, les \u00e9lus, les marchands et n\u00e9gociants, les propri\u00e9taires voulaient un retour aux conditions existantes avant l&rsquo;\u00e9tablissement de la nouvelle politique anglaise. Les r\u00e9f\u00e9rences renvoyaient aux droits classiques et imm\u00e9moriaux des Britanniques : autogouvernement par le biais de repr\u00e9sentants et d&rsquo;imp\u00f4ts garantis par les assembl\u00e9es locales, et nullement d\u00e9sign\u00e9es arbitrairement par le roi. Aucune nouvelle id\u00e9e sugg\u00e9rant un d\u00e9placement des formes et des structures du pouvoir &ndash; la marque des r\u00e9volutions &ndash; ne fut proclam\u00e9e. Les 28 affronts reproch\u00e9s au roi George avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 souvent cites en Angleterre. Le langage de la D\u00e9claration d&rsquo;Ind\u00e9pendance est celui de la protestation contre des abus de pouvoir, et nullement celui d&rsquo;une proposition pour refonder le gouvernement sur de nouveaux principes. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Interrogeons-nous : est-ce vraiment supportable ? Peut-on accepter qu&rsquo;une si belle <em>narrative<\/em>, celle de <em>l&rsquo;American Revolution<\/em>, celle de &laquo; <em>la grande et \u00e9ternelle querelle de l&rsquo;humanit\u00e9 en qu\u00eate de libert\u00e9<\/em> &raquo; de Perrault, soit ainsi r\u00e9duite \u00e0 une d\u00e9marche si piteuse, bien qu&rsquo;on n&rsquo;h\u00e9site pas une seconde \u00e0 en comprendre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat ? Les Fran\u00e7ais, eux, n&rsquo;accept\u00e8rent jamais cela, sinon en se r\u00e9voltant contre les usurpateurs, en les excluant de leur <em>American Dream<\/em>. Comme nous l&rsquo;avons observ\u00e9 plus haut en citant Ren\u00e9 R\u00e9mond, la \u00ab\u00a0question am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb devint, aussit\u00f4t qu&rsquo;elle fut implicitement pos\u00e9e, une affaire &laquo; <em>pr\u00e9sente au c&oelig;ur de la vie politique fran\u00e7aise<\/em> &raquo;. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, suivant en cela la complication et la complexit\u00e9 que nous ne cessons de d\u00e9couvrir pour nos lecteurs, cette vision fran\u00e7aise agit comme si elle avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;inspiratrice de l&rsquo;interpr\u00e9tation que les dirigeants et inspirateurs de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, en Am\u00e9rique m\u00eame, s&#8217;employ\u00e8rent aussit\u00f4t \u00e0 d\u00e9velopper, comme s&rsquo;il y avait eu, l\u00e0 aussi, transfert poursuivant le pr\u00e9c\u00e9dent, le justifiant, le grandissant et l&rsquo;enluminant. Comme il y a une vision fran\u00e7aise de l&rsquo;Am\u00e9rique qui est transformatrice de la r\u00e9alit\u00e9 am\u00e9ricaine, il y a une pr\u00e9sentation am\u00e9ricaniste de l&rsquo;Am\u00e9rique qui assure la m\u00eame mission, dans le m\u00eame sens, comme s&rsquo;il y avait des consignes communes. Sans doute est-ce \u00e0 partir de l\u00e0 qu&rsquo;on peut commencer \u00e0 c\u00e9der \u00e0 la coquetterie, au travers ou au go&ucirc;t de la pr\u00e9cision, pour employer \u00e0 telle ou telle occasion, puis de plus en plus souvent, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;affaires la concernant, l&rsquo;Am\u00e9rique, le qualificatif d'\u00a0\u00bbam\u00e9ricaniste\u00a0\u00bb de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0am\u00e9ricain\u00a0\u00bb. Il est vrai qu&rsquo;en m\u00eame temps que la \u00ab\u00a0R\u00e9volution am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb d\u00e9couvre son vrai visage, un montage gigantesque est entrepris, comme avec naturel dirions-nous, comme si c&rsquo;\u00e9tait la nature de la chose de s&rsquo;habiller d&rsquo;une apparence pr\u00e9tendant \u00e0 la substance, pour dissimuler la vraie substance. L&rsquo;Am\u00e9rique avait les moyens pour cela, parce qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9e de l&rsquo;Histoire mais de la volont\u00e9 humaine, qu&rsquo;elle s&rsquo;appuyait donc, plus que sur les \u00e9vidences et les traditions de l&rsquo;Histoire, sur une certaine forme de \u00ab\u00a0communication\u00a0\u00bb annon\u00e7ant notre postmodernit\u00e9 et assumant de transmettre et de diffuser l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;il importait qu&rsquo;on e&ucirc;t, \u00e0 mesure des situations et de l&rsquo;\u00e9volution, de ce formidable artefact anhistorique. Je d\u00e9signerais bien volontiers l&rsquo;Am\u00e9rique, s&rsquo;il s&rsquo;agit d'\u00a0\u00bbempire\u00a0\u00bb, comme l'\u00a0\u00bbempire de la communication\u00a0\u00bb, tant tout et la moindre chose d&rsquo;elle-m\u00eame d\u00e9pendent de la perception que l&rsquo;on se presse soi-m\u00eame d&rsquo;avoir d&rsquo;elle, et tant il importe aussit\u00f4t de communiquer cette perception pour que, par cet \u00e9change \u00e9minemment d\u00e9mocratique, cet empire vous apparaisse comme une image fabriqu\u00e9e, conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;image qu&rsquo;il importe d&rsquo;en avoir. Avec la communication, et par sa magie en v\u00e9rit\u00e9, le conformisme est consubstantiel \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique et m\u00eame davantage : il est la condition de la p\u00e9rennit\u00e9 de la \u00ab\u00a0R\u00e9volution\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine et de sa vertu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;en d\u00e9duit que, d\u00e8s cette origine, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux qui entretenaient la d\u00e9marche audacieuse et bient\u00f4t suspecte de garder les yeux ouverts et l&rsquo;esprit en \u00e9veil, ceux qui faillaient \u00e0 leur devoir conformiste d&rsquo;autocensure (il n&rsquo;est point de censure dans le pays de la libert\u00e9), \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Jefferson sur leur lit de mort, il se d\u00e9duit absolument qu&rsquo;il existe une <em>narrative<\/em> de l&rsquo;Am\u00e9rique&hellip; Nous traduisons <em>narrative<\/em> r\u00e9solument par \u00ab\u00a0fiction\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0conte\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fable\u00a0\u00bb, et nous voulons marquer ici la force de notre conviction \u00e0 propos de cette construction s\u00e9mantique, cette architecture de communication qui est le fondement de l&rsquo;Am\u00e9rique. On ne peut oublier cela sans quoi l&rsquo;on oublie tout.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La chose n&rsquo;a jamais cess\u00e9 et ne cessera jamais, sinon par l&rsquo;interruption fatale. Elle constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;une telle puissance, d&rsquo;une telle constance, d&rsquo;un tel herm\u00e9tisme, qu&rsquo;on doit envisager l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;elle a pes\u00e9 et qu&rsquo;elle continue \u00e0 peser sur les psychologies, sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire, ni possible peut-\u00eatre, d&rsquo;en avoir la conscience, jusqu&rsquo;\u00e0 presser ces psychologies, les modeler, les modifier constamment pour les tenir dans les imp\u00e9ratifs de la s\u00e9rie et les enfermer dans l&rsquo;exclusivit\u00e9 du standard. D&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s concr\u00e8te, un Am\u00e9ricain est plus ou moins, avec les nuances qu&rsquo;impliquent la r\u00e9tivit\u00e9 de telle ou telle psychologie, la r\u00e9sistance que permet, voire sugg\u00e8re telle ou telle situation, un \u00eatre <strong>\u00e0 part <\/strong>du reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Nous proposons cela comme une r\u00e8gle extraordinaire, \u00e0 laquelle la diversit\u00e9 humaine permettra par bonheur de d\u00e9gager bien des exceptions ; reste que le standard de la s\u00e9rie est fix\u00e9. Cela se traduit par des jugements de fond du mode imp\u00e9ratif : l&rsquo;Am\u00e9rique est \u00ab\u00a0exceptionnelle\u00a0\u00bb, elle est la \u00ab\u00a0nation indispensable\u00a0\u00bb, elle est r\u00e9volutionnaire dans son essence m\u00eame, qui la diff\u00e9rencie du reste bien \u00e9videmment. Ce <em>diktat<\/em> est d&rsquo;une telle intensit\u00e9 qu&rsquo;il bouscule toutes les logiques et rend suspects autant le bon sens et l&rsquo;esprit critique ; l&rsquo;on n&rsquo;h\u00e9sitera pas une seconde, aujourd&rsquo;hui, si l&rsquo;on veut \u00eatre moderne, \u00e0 \u00e9pouser les pires archa\u00efsmes am\u00e9ricains. Cette <em>narrative<\/em> n&rsquo;aura de cesse, dans quelque circonstance que ce soit, y compris les pires moments qui confrontent l&rsquo;Am\u00e9rique avec son propre destin qui ressemble parfois \u00e0 son propre n\u00e9ant, de se r\u00e9affirmer et d&rsquo;\u00eatre r\u00e9affirm\u00e9e, comme un objet sans cesse recycl\u00e9 en lui-m\u00eame, comme un ph\u00e9nix de la communication. L&rsquo;Am\u00e9rique redevient toujours bonne, juste et pure, comme tel pr\u00e9sident nous confie qu&rsquo;il est croyant <em>born-again <\/em>; patience, il suffit d&rsquo;attendre le chapitre suivant.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Du temps o&ugrave; Paris existait<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Comme on a bien pris garde de le pr\u00e9ciser, chaque fois que l&rsquo;occasion s&rsquo;en est pr\u00e9sent\u00e9e, pour renforcer le sens du r\u00e9cit et pour rendre hommage \u00e0 la diversit\u00e9 humaine, il y a, dans ce formidable arrangement qu&rsquo;est l&rsquo;Am\u00e9rique lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;organise en un syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, et face \u00e0 ce syst\u00e8me, des psychologies retorses, des esprits batailleurs, des \u00e2mes d\u00e9senchant\u00e9es. On les d\u00e9signera moins comme des opposants, qu&rsquo;ils ne peuvent pr\u00e9tendre \u00eatre un instant dans un tel syst\u00e8me si efficacement verrouill\u00e9, que comme des \u00ab\u00a0dissidents\u00a0\u00bb. Ils sont r\u00e9tifs aux consignes, ils regardent la <em>narrative<\/em> am\u00e9ricaniste avec un m\u00e9pris consid\u00e9rable ou un ennui accabl\u00e9, ils s&rsquo;enivrent ou essaient les paradis artificiels. Ils repoussent avec hargne et lucidit\u00e9 la constante entreprise d&rsquo;investissement du syst\u00e8me, ses habilet\u00e9s de boutiquier, sa ma&icirc;trise de la manipulation de l&rsquo;information jusqu&rsquo;\u00e0 transformer la basse propagande en un ustensile in\u00e9dit qui finit par acqu\u00e9rir aux yeux de lui-m\u00eame, qui est son cr\u00e9ateur, &ndash; aux yeux du syst\u00e8me, par cons\u00e9quent, la vertu qu&rsquo;il pr\u00e9tend d\u00e9crire (cela serait la d\u00e9finition du \u00ab\u00a0virtualisme\u00a0\u00bb). Nous ne disons pas qu&rsquo;ils proposent quelque chose, ces \u00ab\u00a0dissidents\u00a0\u00bb, qu&rsquo;ils m&ucirc;rissent quelque dessein politique remarquable, ni qu&rsquo;ils complotent, ni qu&rsquo;ils manigancent. Ils n&rsquo;ont aucun avenir selon le point de vue de leur nature qu&rsquo;ils ne peuvent mesurer qu&rsquo;\u00e0 partir de l&rsquo;enfermement o&ugrave; ils se trouvent, en un sens parce qu&rsquo;ils font leur gloire de n&rsquo;en point avoir, persuad\u00e9s qu&rsquo;en c\u00e9dant \u00e0 cette vanit\u00e9 terrestre ils seraient \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb par les r\u00e8gles du jeu. Ces \u00ab\u00a0dissidents\u00a0\u00bb se recrutent chez les artistes notamment, avec le mot pris dans son sens le plus large ; ou bien disons la chose autrement, disons que c&rsquo;est l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;artiste qui, en Am\u00e9rique, n\u00e9cessite, pour se faire, un esprit de \u00ab\u00a0dissident\u00a0\u00bb. La litt\u00e9rature am\u00e9ricaine, qui est une branche exceptionnellement vivace du domaine, est le miroir, le bras puissant, la s\u00e8ve et la force m\u00eames de cette dissidence ; elle est sa d\u00e9finition m\u00eame, si elle n&rsquo;en est pas la limite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A mesure de son d\u00e9veloppement dans le cours de son pays de cette dynamique d&rsquo;expansion qui semble r\u00e9v\u00e9ler son vrai visage dans la modernit\u00e9 bient\u00f4t industrielle, la dissidence am\u00e9ricaine se cherche et, finalement, trouve en France son port d&rsquo;attache et sa r\u00e9f\u00e9rence culturelle ou socioculturelle, car la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb semble y \u00eatre une chose qui vit et se vit comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la nature m\u00eame de la chose. Mais il s&rsquo;agit de la France, justement, et, en France, Paris encore plus pr\u00e9cis\u00e9ment. La magie fran\u00e7aise est, \u00e0 l&rsquo;image renvers\u00e9e mais correspondante de la magie am\u00e9ricaniste pour les Fran\u00e7ais, une constante de l&rsquo;imaginaire de la dissidence de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, \u00e0 ce point o&ugrave; l&rsquo;on pourrait parler d&rsquo;un effet de miroir, ou de mim\u00e9tisme peut-\u00eatre. Si les deux choses (France et USA) ne s&rsquo;\u00e9quivalent pas, nous devons les observer selon une perspective similaire, pour d\u00e9gager leurs vertus et leurs caract\u00e8res r\u00e9ciproques, et comprendre, notamment du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, les m\u00e9canismes qui les animent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette dissidence n&rsquo;est pas pour autant d\u00e9tach\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements de la Grande R\u00e9publique ; m\u00eame si elle ne pr\u00e9tend pas jouer le moindre r\u00f4le politique institutionnel, elle subit \u00e9videmment les effets des \u00e9v\u00e9nements politiques dans la Grande R\u00e9publique. La dissidence am\u00e9ricaniste en France, \u00e0 Paris, cela \u00e0 partir d&rsquo;une pr\u00e9sence am\u00e9ricaine constante depuis l&rsquo;origine, a pignon sur rue d&rsquo;une fa\u00e7on significative \u00e0 partir du tournant du XX\u00e8me si\u00e8cle, comme devenue une institution ; l&rsquo;on pourrait la croire institutionnellement inaugur\u00e9e avec l&rsquo;installation d&rsquo;Edith Wharton, au 59 de la rue de l&rsquo;Universit\u00e9, en 1907 (elle reste en France jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, en 1937). Les \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9rations\u00a0\u00bb se succ\u00e8dent, que ce soit la <em>Lost Generation<\/em> ou celle du maccarthysme, ou encore celle des \u00e9crivains et musiciens noirs, qu&rsquo;importe ; la dissidence am\u00e9ricaine devient, jusque dans l&rsquo;&oelig;uvre m\u00eame de l&rsquo;artiste, du <em>Paris est une f\u00eate<\/em> d&rsquo;Hemingway aux <em>Jours tranquilles \u00e0 Clichy<\/em> d&rsquo;Henry Miller, un \u00e9cho de la quotidiennet\u00e9 de cette ville qui est bien plus qu&rsquo;une installation urbaine, qui est aussi bien une \u00e2me qu&rsquo;un protagoniste puissant du r\u00e9cit que nous faisons. Le tableau ne serait pas complet si, \u00e0 la litt\u00e9rature qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 nomm\u00e9e, qui trouve en France le berceau de ce qui, dans une nation, peut pr\u00e9tendre \u00e0 \u00eatre une ambition artistique et politique universelle, on n&rsquo;ajoutait, \u00e0 l&rsquo;autre extr\u00eame des Arts &#038; Lettres, le cin\u00e9ma, pour mieux illustrer le caract\u00e8re extr\u00eamement large et divers de ce ph\u00e9nom\u00e8ne si singulier. L&rsquo;importance du cin\u00e9ma est av\u00e9r\u00e9e dans ce cas, certes, dans la mesure o&ugrave;, par tradition et par symbolisme, la r\u00e9f\u00e9rence fran\u00e7aise est, pour nombre de gens du cin\u00e9ma am\u00e9ricaniste, &ndash; <em>dito<\/em>, <em>the movie industry<\/em> d&rsquo;Hollywood, &ndash; la formule de transmutation du cin\u00e9ma, d&rsquo;industrie en art, comme le vil plomb devient de l&rsquo;or. Peu nous importe ici la r\u00e9alit\u00e9 du propos, et, notamment, la r\u00e9elle mesure de l&rsquo;\u00e9vidence vertueuse que l&rsquo;on semblerait d\u00e9crire en citant le cin\u00e9ma fran\u00e7ais ; peu nous importe qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, dans ces temps de basses eaux fran\u00e7aises, ce soit plut\u00f4t aux USA qu&rsquo;on trouve des films o&ugrave; l&rsquo;art sait se faire politique tandis qu&rsquo;ils sont souvent, dans la France d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, du simili-art dont on fait un conformisme politique presque industriel&hellip; Nous importe, en v\u00e9rit\u00e9, essentiellement la r\u00e9alit\u00e9 psychologique ainsi distingu\u00e9e, sa puissance sans aucun doute, la p\u00e9rennit\u00e9 de son objet par la force qu&rsquo;elle lui insuffle, jusqu&rsquo;\u00e0 la persistance de son existence dans une France qui se per\u00e7oit elle-m\u00eame et par p\u00e9riodes, comme d\u00e9cadente, am\u00e9ricanis\u00e9e, bourgeoise et superficielle, repli\u00e9e sur elle-m\u00eame, etc., selon les caprices de l&rsquo;\u00e2me fran\u00e7aise soumise au supplice de l&rsquo;\u00e9ternelle inquisition qu&rsquo;elle se fait subir \u00e0 elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Partout et toujours, dans la tradition am\u00e9ricaine, subsiste cette magie fran\u00e7aise. Elle colore depuis bien plus d&rsquo;un si\u00e8cle la d\u00e9marche artistique, ou pseudo artistique, du pire au meilleur, du clich\u00e9 \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;une insondable profondeur. Le plus anodin, le plus insignifiant des exemples nous convainc de la permanence de la chose, emporte n\u00e9cessairement notre conviction. Dans le film <em>Great Expectations<\/em>, d&rsquo;Alphonso Cuaron, qui date de 1997, dans une ann\u00e9e de la p\u00e9riode o&ugrave; l&rsquo;on conna&icirc;t le triomphe am\u00e9ricaniste de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre Froide et l&rsquo;in\u00e9vitable effacement fran\u00e7ais qui l&rsquo;accompagne, &ndash; principe des vases communicants, rien de moins, &ndash; il y a l&rsquo;irr\u00e9sistible occasion, pour l&rsquo;auteur de l&rsquo;&oelig;uvre, d&rsquo;une tirade exalt\u00e9e confi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;acteur Robert De Niro. Le r\u00f4le est celui d&rsquo;un vieux truand-bienfaiteur dissimul\u00e9, avec un visage mang\u00e9 d&rsquo;une barbe grise hirsute, un peu comme l&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 un Monte-Cristo ou son abb\u00e9 Farias (ou comme Howard Hughes au bout de sa r\u00e9clusion, dit un comparse du film qui n&rsquo;a pas le sens des images litt\u00e9raires). Ce bagnard \u00e9vad\u00e9 est revenu \u00e0 New York quinze ans, vingt ans apr\u00e8s (c&rsquo;est presque du Dumas). En plein c&oelig;ur d&rsquo;une action dramatique o&ugrave; il va mourir brutalement, perc\u00e9 du coup de couteau d&rsquo;un truand dont il est le tra&icirc;tre, il recommande \u00e0 son prot\u00e9g\u00e9, jeune artiste peintre qui a r\u00e9ussi \u00e0 New York et qui est le h\u00e9ros de la bande, de l&rsquo;accompagner, de partir avec lui pour un s\u00e9jour \u00e0 Paris, pour s&rsquo;y faire reconna&icirc;tre. On dirait un vieux sage provincial (de New York, rien que \u00e7a) recommandant \u00e0 un artiste confirm\u00e9 de sa province (de New York, lui aussi) d&rsquo;aller chercher la cons\u00e9cration parisienne.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La ville des lumi\u00e8res, tu veux venir ?<\/em>, s&rsquo;exclame De Niro. <em>Viens avec moi, tu vas adorer Paris &#8230; Paris est une belle ville, tr\u00e8s belle. C&rsquo;est la ville de la culture, une ville magnifique. Et il y a tout, l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance, la beaut\u00e9, il faut que tu ailles \u00e0 Paris, pas une seconde tu ne regretteras d&rsquo;avoir fait le voyage. Tout artiste doit aller au moins une fois dans sa vie \u00e0 Paris. Tu dois y aller. Les rues, l&rsquo;atmosph\u00e8re, les femmes &#8230; Oh, les femmes<\/em>&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Les images ont la vie dure, surtout lorsqu&rsquo;elles sont d&rsquo;un conformisme aussi d\u00e9routant, et chez De Niro en plus, ou lorsqu&rsquo;elles deviennent symboles et miroir de l&rsquo;Histoire. Pourquoi sinon pour saluer une \u00e9vidence qui transcende les modes, les politiques et les si\u00e8cles &ndash; pourquoi penser \u00e0 cette autre image rest\u00e9e au fond de ma m\u00e9moire, comme la m\u00e8re nourrici\u00e8re dispose sa terre fertile, de l&rsquo;actrice am\u00e9ricaine Lauren Bacall, plus vieille de tout le temps de sa carri\u00e8re et \u00e0 peine vieillie, et devenue une autre femme, devenue v\u00e9ritablement une femme internationale, qui passe \u00e0 l&rsquo;\u00e9mission <em>Inside the Actor&rsquo;s Studio<\/em> en 1999, o&ugrave; la question lui est pos\u00e9e, extraite du rituel o&ugrave; l&rsquo;on d\u00e9roule le \u00ab\u00a0questionnaire de Bernard Pivot\u00a0\u00bb, selon la pr\u00e9sentation immuable du pr\u00e9sentateur et r\u00e9alisateur de l&rsquo;\u00e9mission James Lipton :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p> &ndash; <em>Qu&rsquo;est-ce qui vous fascine par-dessus tout ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>De cette voix br\u00e8ve et qui semble m\u00e9tallique mais qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une voix de gorge, sans trembler ni ciller, Bacall r\u00e9pond comme cela va de soi, comme une fl\u00e8che se fiche dans la cible et au c&oelig;ur, sans un souffle, presque sans un mot, comme si la r\u00e9ponse \u00e9tait inscrite dans le vent et dans l&rsquo;histoire du monde :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&ndash; Paris<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Les images ne veulent pas mourir, dans ce cas parce qu&rsquo;elles tiennent d&rsquo;une parent\u00e9 magique, d&rsquo;une symbiose qui d\u00e9passe le seul r\u00e8gne de la raison. Elles parlent au c&oelig;ur de l&rsquo;homme, se transmettent d&rsquo;esprit en esprit, transportent une \u00e2me vers l&rsquo;autre ; les images de Paris se tiennent au c&oelig;ur de l&rsquo;artiste am\u00e9ricain, comme si la ville, et le pays, et son prestige culturel, \u00e9taient siens, en-dehors de la g\u00e9ographie, de l&rsquo;histoire et de la politique. Il y a une sociologie hors du temps et des al\u00e9as sociaux de l&rsquo;\u00e9migration artistique am\u00e9ricaine vers la France, de la dissidence am\u00e9ricaine toujours avec un pied \u00e0 Paris, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement sociologique unique, qui se joue de l&rsquo;histoire et du temps, qui unit les deux pays distants de milliers de kilom\u00e8tres en effa\u00e7ant leur sp\u00e9cificit\u00e9, comme s&rsquo;ils ne formaient qu&rsquo;un, et que cela serait quelque chose de compl\u00e8tement diff\u00e9rent, et qu&rsquo;en fait les deux pays ainsi intimement unis ne le seraient pas pour autant puisque ce lien serait devenu une chose en soi, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&rsquo;un et \u00e0 l&rsquo;autre&#8230; M\u00eame avec les artistes am\u00e9ricains et la France, nous ne quittons pas les voies myst\u00e9rieuses, qu&rsquo;il nous faut explorer, de la transcendance historique ; m\u00eame avec les artistes am\u00e9ricains semblent sourdre d&rsquo;improbables songes o&ugrave; ces hommes-l\u00e0 trouveraient en France ce qui manque, malgr\u00e9 les antiennes folkloriques et les \u00e9gouts de la d\u00e9cadence, pour faire de l&rsquo;Am\u00e9rique une nation.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Note-2024<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(*) Louis XVI, plus encore qu&rsquo;une simple \u00ab\u00a0religion de la r\u00e9forme\u00a0\u00bb si l&rsquo;on en croit &lsquo;<em><a href=\"https:\/\/www.amazon.com.be\/Lintrigant-Nouvelles-r\u00e9v\u00e9lations-sur-Louis\/dp\/2081407914\/ref=sr_1_1?crid=ZUDFXUJGKM3E&#038;keywords=Louis+XVI+l%27intrigant&#038;qid=1706968584&#038;sprefix=louis+xvi+l%27intrigant%2Caps%2C571&#038;sr=8-1\">L&rsquo;intrigant<\/a><\/em>&lsquo;, de Aurore Ch\u00e9ry, Flammarion 2020.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Archives-PhG : American Dream \u00e0-la-fran\u00e7aise &bull; Une reprise qui devrait permettre de situer en perspective les relations entre la France et les &Eacute;tats-Unis, certes, mais surtout les malentendus autour de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, de l&rsquo;American Dream, et finalement de la modernit\u00e9. &bull; \u00efl s&rsquo;agit d&rsquo;un extrait du Tome-I de &lsquo;La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire&lsquo;, et l&rsquo;on y trouve,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[6453,2631,10981,3969,8386,2622,3581,8727,17806,22293,3918],"class_list":["post-80923","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-dindependance","tag-de","tag-declaration","tag-grace","tag-lhistoire","tag-la","tag-louis","tag-lumieres","tag-tome-i","tag-vergennes","tag-xvi"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80923","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=80923"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80923\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=80923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=80923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=80923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}