{"id":80992,"date":"2024-03-22T13:22:47","date_gmt":"2024-03-22T13:22:47","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/03\/22\/dialogue-hors-du-temps-clausewitz-et-poutine\/"},"modified":"2024-03-22T13:22:47","modified_gmt":"2024-03-22T13:22:47","slug":"dialogue-hors-du-temps-clausewitz-et-poutine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/03\/22\/dialogue-hors-du-temps-clausewitz-et-poutine\/","title":{"rendered":"Dialogue hors du temps: Clausewitz et Poutine"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Dialogue hors du temps: Clausewitz et Poutine<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Voici un texte consid\u00e9rable, une analyse d&rsquo;un site g\u00e9opolitique espagnol de la guerre en Ukraine. &bull; Mais plus que g\u00e9opolitique, nous dirions volontiers <strong>m\u00e9tapolitique ou m\u00e9tahistorique, ou \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique g\u00e9opolitique\u00a0\u00bb, comme aime \u00e0 dire Douguine<\/strong>. &bull; L&rsquo;analyse est plac\u00e9e sous le signe d&rsquo;un dialogue <strong>entre deux hommes : l&rsquo;Allemand Carl von Clausewitz et le Russe Vladimir Poutine<\/strong>&#8230; &bull; Ou comment le Russe a adapt\u00e9 l&rsquo;Allemand \u00e0 un conflit pseudo-conventionnel, mais en v\u00e9rit\u00e9 existentiel, et <strong>d&rsquo;une existentialit\u00e9 qui recouvre le grand affrontement civilisationnel.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>_________________________<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>22 mars 2024 (13H25) &ndash; Le site espagnol &lsquo;<em>geostrategica.es<\/em>&lsquo; vient de publier, <a href=\"https:\/\/geoestrategia.es\/noticia\/42449\/geoestrategia\/politica-por-otros-medios:-putin-y-clausewitz.html\">le 8 mars 2024<\/a>, un tr\u00e8s long et tr\u00e8s remarquable texte sur Poutine, la Russie, la guerre en Ukraine et sa signification existentielle pour la Russie, et essentielle pour la marche du monde (traduction de &lsquo;<em><a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2024\/03\/21\/la-politique-par-d-autres-moyens-poutine-et-clausewitz.html\">euro-synergies.hautefirt.com<\/a><\/em>&lsquo;). Il donne une tr\u00e8s ample analyse, dans un contexte m\u00e9tahistorique et civilisationnel du rare ampleur. Le texte est long et il faut le lire pour mettre en place ses id\u00e9es et jugements sur la guerre en Ukraine, et surtout sur le ph\u00e9nom\u00e8ne mondial de rupture que cette guerre repr\u00e9sente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On donne ici les pistes essentielles qui nous sont fournies, avec quelques extraits marquants, qui aideront \u00e0 synth\u00e9tiser dans l&rsquo;esprit l&rsquo;ampleur extraordinaire de cet \u00e9v\u00e9nement. Tout cela est bien loin de nos diverses chicanes pseudo-id\u00e9ologiques, mondaines et bienpensantes qui sont les principaux moteurs de nos jugements. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de l&rsquo;Ukraine m\u00e9rite mieux. An passage, on salue l&rsquo;exceptionnelle qualit\u00e9 de ce groupe qui s&rsquo;est charg\u00e9 de ce travail, d&rsquo;une fa\u00e7on collective nous semble-t-il puisque nous n&rsquo;avons trouv\u00e9 aucun nom d&rsquo;auteur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La triste et blette France macroniste est bien loin de pouvoir esp\u00e9rer approcher un labeur intellectuel de cette tenue, \u00e0 l&rsquo;ombre de ses arm\u00e9es de censeurs et de &lsquo;<em>femmes savantes<\/em>&lsquo; au sein desquelles nombre de personnages du genre masculin se sont gliss\u00e9s.  L&rsquo;exceptionnelle intelligence fran\u00e7aise ne craint personne lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de se montrer stupide comme une oie \u00e9gar\u00e9e dans un salon parisien (pardon pour le noble animal qui n&rsquo;aurait pas l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une telle \u00e9quip\u00e9e).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous s\u00e9parons les \u00ab\u00a0pistes essentielles\u00a0\u00bb en autant d&rsquo;intertitres de circonstance qui faciliteront leur approche par de simples citations extraites du texte, &ndash; avant de s&rsquo;attaquer au texte lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Poutine, le Diable<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Occident, l&rsquo;Occident-collectif, l&rsquo;Occident-compulsif, l&rsquo;Occident maniaquif-depressif a bien servi son Poutine. Elle en a fait un Hitler, un Gengis- Khan, un monstre d\u00e9vorant les petits enfants. N&rsquo;y rien comprendre \u00e0 ce point, c&rsquo;est du grand \u00ab\u00a0art op\u00e9ratif\u00a0\u00bb&#8230; Mais que voulez-vous, le simulacre c&rsquo;est comme la came, cela vous laisse h\u00e9b\u00e9t\u00e9 jusque dans vos jugements.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Poutine, en particulier, est per\u00e7u en Occident comme un d\u00e9magogue hitl\u00e9rien qui gouverne par la terreur extrajudiciaire et le militarisme. Il n&rsquo;y a rien de plus faux.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Presque tous les aspects de la caricature occidentale de Poutine sont profond\u00e9ment erron\u00e9s, bien que ce r\u00e9cent profil de Sean McMeekin s&rsquo;en rapproche beaucoup plus que la plupart des autres. Tout d&rsquo;abord, Poutine n&rsquo;est pas un d\u00e9magogue, il n&rsquo;est pas charismatique par nature et, bien qu&rsquo;il ait am\u00e9lior\u00e9 ses comp\u00e9tences politiques au fil du temps et qu&rsquo;il soit capable de prononcer des discours puissants lorsque cela est n\u00e9cessaire, il n&rsquo;est pas un adepte des podiums. Contrairement \u00e0 Donald Trump, Barack Obama ou m\u00eame Adolf Hitler, Poutine n&rsquo;est tout simplement pas un adepte des foules par nature. En Russie m\u00eame, son image est celle d&rsquo;un serviteur politique de carri\u00e8re plut\u00f4t terne mais sens\u00e9, plut\u00f4t que celle d&rsquo;un populiste charismatique. Sa popularit\u00e9 durable en Russie est bien plus li\u00e9e \u00e0 la stabilisation de l&rsquo;\u00e9conomie et du syst\u00e8me de retraite russes qu&rsquo;aux photos de lui montant \u00e0 cheval torse nu<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>M\u00eame chose pour le Poutine ultra-centralisateur, Hitler \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur comme Hitler \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. L\u00e0 aussi, l&rsquo;Occident vogue sur une mer d&rsquo;illusions comme autant de Sargasses ;..<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>En outre, contrairement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il exerce une autorit\u00e9 extra-l\u00e9gale illimit\u00e9e, Poutine est plut\u00f4t un adepte du proc\u00e9duralisme<\/em>.[&#8230;] <em>Les critiques occidentaux peuvent pr\u00e9tendre qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;&Eacute;tat de droit en Russie, mais au moins Poutine gouverne-t-il par la loi, les m\u00e9canismes et proc\u00e9dures bureaucratiques constituant la superstructure au sein de laquelle il op\u00e8re<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>La guerre, l&rsquo;invasion massive<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Que n&rsquo;a-t-on dit sur l&rsquo;arm\u00e9e russe en d\u00e9route ! le conqu\u00e9rant-fou partant \u00e0 l&rsquo;attaque d&rsquo;une arm\u00e9e ukrainienne \u00e0 effectif double ou triple du sien, b\u00eatise en bandouill\u00e8re en plus du m\u00e9compte, &ndash; genre de r\u00e9cit dont raffole BHL \u00e0 peine d\u00e9coiff\u00e9 ! Depuis, les strat\u00e8ges s\u00e9rieux ont remis les choses au point : la chose \u00e9tait voulue, ce que ne comprennent toujours pas les penseurs bienpensants de nos bureaux bruxellois et des couloirs du Pentagone, &ndash; tout en se doutant parfois de quelque chose&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre texte revient sur cette explication et nous pr\u00e9cise, &ndash; ce qui n&rsquo;est pas toujours pris en compte, m\u00eame parmi nos \u00ab\u00a0strat\u00e8ges s\u00e9rieux\u00a0\u00bb qui ont cru que Poutine allait gonfler ses effectifs avec sa mobilisation, &ndash; que cette arm\u00e9e, repli\u00e9e par rapport \u00e0 sa pouss\u00e9e initiale sur des lignes de d\u00e9fense implacable (la \u00ab\u00a0ligne Sourovikine\u00a0\u00bb) se contente d&rsquo;une d\u00e9fense agressive couverte par une fantastique puissance de feu qui use l&rsquo;adversaire jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>De toutes les affirmations fantasmagoriques qui ont \u00e9t\u00e9 faites au sujet de la guerre russo-ukrainienne, peu sont aussi difficiles \u00e0 croire que l&rsquo;affirmation selon laquelle la Russie avait l&rsquo;intention de conqu\u00e9rir l&rsquo;Ukraine avec moins de 200.000 hommes. En effet, une v\u00e9rit\u00e9 centrale de la guerre que les observateurs doivent absolument comprendre est le fait que l&rsquo;arm\u00e9e russe est en inf\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique depuis le premier jour, en d\u00e9pit du fait que la Russie dispose d&rsquo;un \u00e9norme avantage d\u00e9mographique par rapport \u00e0 l&rsquo;Ukraine elle-m\u00eame. Sur le papier, la Russie a engag\u00e9 une force exp\u00e9ditionnaire de moins de 200.000 hommes, m\u00eame si, bien s&ucirc;r, ce total n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 en premi\u00e8re ligne dans les combats actifs ces derniers temps<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Mais, d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s int\u00e9ressante, le document explique la cause de cette strat\u00e9gie, qui suit un plan \u00e0 la fois bureaucratique et patriotique. Il s&rsquo;est agi d&rsquo;\u00e9veiller la conscience des Russes au fait que la guerre en Ukraine devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00ab\u00a0guerre existentielle\u00a0\u00bb pour la Russie. Tant que cela n&rsquo;\u00e9tait pas admis, une mobilisation de la nation russe \u00e9tait peu probable et risquait de d\u00e9boucher sur une situation chaotique. La campagne limit\u00e9e qui a \u00e9t\u00e9 entreprise, qui a permis de se replier et de tenir fermement jusqu&rsquo;\u00e0 les int\u00e9grer les territoires russes de l&rsquo;Ukraine, a r\u00e9veill\u00e9 cette conscience au moindre co&ucirc;t, sans perdre la bataille.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>La guerre existentielle<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est maintenant chose faite : la nation russe est convaincue qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une guerre existentielle et maintenant va s&rsquo;engager la v\u00e9ritable bataille contre la civilisation n\u00e9olib\u00e9rale am\u00e9ricaniste-occidentaliste avec les moyens n\u00e9cessaires, sans plus aucune restriction. La r\u00e9\u00e9lection de Poutine a sanctionn\u00e9 ce passage fondamental. La stupidit\u00e9 crasse de la russophobie occidentale a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une aide inestimable et l&rsquo;histoire lui en sera reconnaissante.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Par cons\u00e9quent, en l&rsquo;absence d&rsquo;un levier direct [menace existentielle av\u00e9r\u00e9e] pour cr\u00e9er une mobilisation politique et donc militaire, la Russie doit trouver une voie alternative pour cr\u00e9er un consensus politique en vue de mener une forme sup\u00e9rieure de guerre.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>C&rsquo;est d\u00e9sormais chose faite, gr\u00e2ce \u00e0 la russophobie occidentale et au penchant de l&rsquo;Ukraine pour la violence. Une transformation subtile mais profonde du corps sociopolitique russe est en cours<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&#8230; Tant il est vrai que l&rsquo;on reste absolument stup\u00e9fait devant une incompr\u00e9hension, une b\u00eatise si profonde, si bizarre (&laquo; <em>Je l&rsquo;avoue une fois de plus, je trouve tout cela si bizarre que cela me laisse sans voix.<\/em>.. &raquo;, nous dit Mercouris)<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans les mois qui ont suivi le 24 f\u00e9vrier est tout \u00e0 fait remarquable. La guerre existentielle pour la nation russe a \u00e9t\u00e9 incarn\u00e9e et r\u00e9alis\u00e9e pour les citoyens russes. Les sanctions et la propagande anti-russe diabolisant l&rsquo;ensemble de la nation comme des &quot;orcs&quot; ont ralli\u00e9 \u00e0 la guerre m\u00eame des Russes initialement sceptiques, et la cote de popularit\u00e9 de Poutine a grimp\u00e9 en fl\u00e8che. L&rsquo;hypoth\u00e8se centrale de l&rsquo;Occident, selon laquelle les Russes se retourneraient contre le gouvernement, a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9e. Des vid\u00e9os montrant la torture de prisonniers de guerre russes par des Ukrainiens en col\u00e8re, des soldats ukrainiens appelant des m\u00e8res russes pour se moquer d&rsquo;elles et leur annoncer la mort de leurs enfants, des enfants russes tu\u00e9s par des bombardements \u00e0 Donetsk, ont servi \u00e0 valider l&rsquo;affirmation implicite de Poutine selon laquelle l&rsquo;Ukraine est un &Eacute;tat poss\u00e9d\u00e9 par un d\u00e9mon qui doit \u00eatre exorcis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;explosifs puissants. Au milieu de tout cela, utilement, du point de vue d&rsquo;Alexandre Douguine et de ses n\u00e9ophytes, les \u00ab\u00a0Blue Checks\u00a0\u00bb pseudo-intellectuels am\u00e9ricains ont publiquement bav\u00e9 sur la perspective de \u00ab\u00a0d\u00e9coloniser et d\u00e9militariser\u00a0\u00bb la Russie, ce qui implique clairement le d\u00e9membrement de l&rsquo;&Eacute;tat russe et la partition de son territoire. Le gouvernement ukrainien (dans des tweets d\u00e9sormais effac\u00e9s) a affirm\u00e9 publiquement que les Russes sont enclins \u00e0 la barbarie parce qu&rsquo;ils sont une race mixte avec du sang asiatique m\u00e9lang\u00e9<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>La mobilisation des \u00e2mes<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On voit ainsi combien le conflit ukrainien a \u00e9t\u00e9 conduit de fa\u00e7on, non pas \u00e0 livrer directement une guerre (encore moins une guerre de conqu\u00eate, vieillerie napol\u00e9oinienne !), mais bien \u00e0 \u00e9veiller un peuple \u00e0 ce qu&rsquo;une direction bureaucratique avait identifi\u00e9 comme une menace existentielle d&rsquo;un point de vue civilisationnel. Le paradoxe de cette fa\u00e7on de mener la guerre, selon une tactique tr\u00e8s retenue et cette \u00e9trange \u00ab\u00a0offensive sur la d\u00e9fensive\u00a0\u00bb qui s&rsquo;est ensuite transform\u00e9e en une \u00ab\u00a0d\u00e9fensive agressive\u00a0\u00bb, avec comme but la destruction du potentiel adverse, est qu&rsquo;elle a eu comme effet de \u00ab\u00a0mobiliser les \u00e2mes\u00a0\u00bb. L&rsquo;absence de menace tr\u00e8s visible a conduit \u00e0 construire la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une menace \u00ab\u00a0invisible\u00a0\u00bb effectivement existentielle, et la direction russe est bien arriv\u00e9e \u00e0 cela : les \u00e2mes ont perc\u00e9 \u00e0 jour l'\u00a0\u00bbinvisible\u00a0\u00bb, ce qui est leur fonction principale<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut dire que &laquo; <em>l&rsquo;Occident n&rsquo;a pas d\u00e9\u00e7u<\/em> &raquo; en cette mati\u00e8re, en agissant dans le cadre de la russophobie et de la d\u00e9monisation d&rsquo;une Russie absolument fantasm\u00e9e, \u00e0 partir d&rsquo;une situation (celle de l&rsquo;Occident) d&rsquo;extr\u00eame d\u00e9cadence caract\u00e9ris\u00e9e par tous les exc\u00e8s en cours du wokenisme depuis les ann\u00e9es 2016-2020.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les auteurs placent cette \u00e9volution guerri\u00e8re dans le cadre d&rsquo;une tr\u00e8s longue description (\u00e0 partir des l\u00e9gions romaines) de l&rsquo;\u00e9volution de la guerre qui est d&rsquo;un tr\u00e8s grand int\u00e9r\u00eat en expliquant la variabilit\u00e9 du nombre  de soldats, et par cons\u00e9quent parvenant jusqu&rsquo;au terme qui est la question du nombre de soldats russes&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Poutine n&rsquo;aurait tout simplement pas pu proc\u00e9der \u00e0 une mobilisation \u00e0 grande \u00e9chelle au d\u00e9but de la guerre. Il ne disposait ni d&rsquo;un m\u00e9canisme de coercition ni d&rsquo;une menace manifeste pour susciter un soutien politique massif. Peu de Russes auraient cru qu&rsquo;une menace existentielle se cachait dans l&rsquo;ombre : il fallait le leur montrer, et l&rsquo;Occident n&rsquo;a pas d\u00e9\u00e7u. De m\u00eame, peu de Russes auraient probablement soutenu la destruction de l&rsquo;infrastructure urbaine et des services publics de l&rsquo;Ukraine dans les premiers jours de la guerre. Mais aujourd&rsquo;hui, la seule critique de Poutine \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la Russie est du c\u00f4t\u00e9 de la poursuite de l&rsquo;escalade. Le probl\u00e8me avec Poutine, du point de vue russe, est qu&rsquo;il n&rsquo;est pas all\u00e9 assez loin. En d&rsquo;autres termes, la politique de masse a d\u00e9j\u00e0 devanc\u00e9 le gouvernement, ce qui rend la mobilisation et l&rsquo;escalade politiquement insignifiantes. Par-dessus tout, nous devons nous rappeler que la maxime de Clausewitz reste vraie. La situation militaire n&rsquo;est qu&rsquo;un sous-ensemble de la situation politique, et la mobilisation militaire est aussi une mobilisation politique, une manifestation de la participation politique de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;&Eacute;tat<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Affrontement de civilisations<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Certains ont distingu\u00e9 cette r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une nouvelle sorte d&rsquo;affrontement, <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-grace-iii-ukrisis-dans-la-grandecrise\">notamment Douguine<\/a> lorsqu&rsquo;il parla d&rsquo;une \u00ab\u00a0lutte contre Satan\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La d\u00e9finition de ce en quoi la guerre d&rsquo;Ukraine est une guerre existentielle est extr\u00eamement int\u00e9ressante. On aurait pu s&rsquo;en tenir \u00e0 l&rsquo;aspect de s\u00e9curit\u00e9 militaire, il y avait assez d&rsquo;arguments de ce point de vue, de missiles, d&rsquo;organisations militaires \u00e0 vocation offensive. De ce point de vue, on aurait \u00e9galement parl\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0plan\u00a0\u00bb de la part des dirigeants russes qui, \u00e0 partir de 2014 sans aucun doute, constat\u00e8rent l&rsquo;\u00e9volution de la  puissance  militaire ukrainienne et, derri\u00e8re elle, ou dedans elle, de la puissance militaire otanienne. Cela existe, bien entendu, mais ce n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel de la question, &ndash; ce n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel de la \u00ab\u00a0guerre existentielle\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>D&rsquo;autre part, ce que nous avons tous cru \u00eatre la lutte de la d\u00e9mocratie et de la libert\u00e9 contre la barbarie dictatoriale communiste, clich\u00e9 favori des cultivateurs d&rsquo;id\u00e9ologie et de propagande pendant la guerre froide, cachait une v\u00e9rit\u00e9 bien diff\u00e9rente. En ce sens, ce qu&rsquo;il convient de dire avec le temps et les faits, c&rsquo;est qu&rsquo;une fois le communisme vaincu et l'\u00a0\u00bbhistoire termin\u00e9e\u00a0\u00bb selon Fukuyama, quelle serait la raison politique de maintenir la bellig\u00e9rance avec la Russie ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ainsi, ce ne fut pas pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;essentiel de ce que l&rsquo;on aurait pu attendre. Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une confrontation civilisationnelle et, d\u00e8s la fin 2022, et sans le moindre doute en 2023, apparut le vrai visage de cette guerre que nos braves Fran\u00e7ais, toujours en retard d&rsquo;une guerre et demie et d&rsquo;au moins de trois m\u00e9tros, identifient avec les questions de nationalismes, de souverainisme et autres diverses g\u00e2teries, &ndash; cela les pr\u00e9cipitant \u00e0 grand fracas et toute innocence dans le camp de l&rsquo;adversaire !<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La confrontation entre l&rsquo;Ouest et l&rsquo;Est, la nouvelle Russie s&rsquo;identifiant \u00e0 ce dernier en raison de son propre choix et de l&rsquo;attitude obstin\u00e9e et stupide de ses adversaires, ne peut s&rsquo;expliquer uniquement par une concurrence f\u00e9roce pour les ressources ; il existe \u00e9galement des causes id\u00e9ologiques li\u00e9es \u00e0 des alternatives civilisationnelles qui m\u00e9ritent notre attention. Par &quot;civilisationnel&quot;, nous entendons un projet de soci\u00e9t\u00e9 politique, de nation et de culture associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;existence dans le temps d&rsquo;un &Eacute;tat, qui peut \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9 en termes de projets, de plans et de programmes futurs. C&rsquo;est ce que Gustavo Bueno appelle les \u00ab\u00a0plaques continentales\u00a0\u00bb<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Et la guerre de la communication<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Et pour terminer, place au roi de la f\u00eate qui est la communication, avec ses diverses ramifications, &ndash; <em>narrative<\/em>, simulacres, informations vraies-fausses-vraies, propagande en tous genres, plateaux TV aux petits fours et \u00e0 &euro;1 000 l&rsquo;heure, &ndash; et tout le diable et son TGV&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Anglo-Saxons y exerc\u00e8rent sans le moindre doute leur supr\u00e9macisme pendant des si\u00e8cles. Qu&rsquo;on se rappelle ce qu&rsquo;est exactement l&rsquo;Am\u00e9rique sinon &laquo; <em><a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-lempire-de-la-communication\">L&#8217;empire de la communication <\/a><\/em>&raquo;&#8230; Mais aujourd&rsquo;hui, tout cela commence \u00e0 s&rsquo;user ; et ceux qui en usent commencent \u00e0 se fatiguer de le faire pour des causes aussi sordides et stupides \u00e0 la fois. Fort opportun\u00e9ment, les auteurs d\u00e9signent l&rsquo;&laquo; <em><a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-lempire-de-la-communication\">interview m\u00e9tahistorique<\/a><\/em> &raquo; propos\u00e9 par un citoyen am\u00e9ricain de belle tournure, comme un des tournants tr\u00e8s importants du d\u00e9clin de cet empire du simulacre sur le monde. Nous ne pouvions que les applaudir.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Toutefois, apr\u00e8s des si\u00e8cles d&rsquo;utilisation et d&rsquo;abus de ces m\u00e9canismes de diffusion et peut-\u00eatre de domination id\u00e9ologique\/discursive du r\u00e9cit anglo-saxon, l&rsquo;environnement m\u00e9diatique contemporain pr\u00e9sente, bien que de mani\u00e8re embryonnaire, des signes notables d&rsquo;usure. L&rsquo;interview de Carlson et son impact m\u00e9diatique quantitatif et qualitatif en sont un bon exemple. Bien que l&rsquo;interview ait apport\u00e9 quelques nouvelles informations \u00e0 ceux qui ne sont pas vers\u00e9s dans la question du conflit de guerre en cours, il est vrai que le ph\u00e9nom\u00e8ne lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;interview elle-m\u00eame et sa popularit\u00e9. En d&rsquo;autres termes, la volont\u00e9 de milliards de personnes d&rsquo;\u00e9couter l&rsquo;autre camp, non seulement pour savoir ce qu&rsquo;il pense, mais peut-\u00eatre aussi pour d\u00e9couvrir s&rsquo;il existe des alternatives \u00e0 leur propre point de vue<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">.<strong>.. Alors, que reste-il ?<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Quoi d&rsquo;autre, sinon notre d\u00e9clin, notre d\u00e9cadence, notre d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, notre \u00ab\u00a0Apr\u00e8s nous le d\u00e9luge\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le c&oelig;ur du probl\u00e8me ne r\u00e9side pas dans la Russie, Poutine, la Chine ou leurs intentions de d\u00e9fier le statu quo occidental. Le d\u00e9fi lanc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Occident, \u00e0 l'\u00a0\u00bbAnglo-Saxonie\u00a0\u00bb et \u00e0 ses vassaux, dirons-nous, r\u00e9side plut\u00f4t dans le fait que son projet civilisationnel montre des signes de faiblesse interne. En d&rsquo;autres termes, le d\u00e9clin est \u00e9vident, non seulement pour ses ennemis, mais aussi pour ceux qui, en son sein, doivent le valider par leurs croyances, leurs espoirs et leurs actions<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>La politique par d&rsquo;autres moyens: Poutine et Clausewitz<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; la seule exception possible du grand Sun Tzu et de son &quot;Art de la guerre&quot;, aucun th\u00e9oricien militaire n&rsquo;a eu un impact philosophique aussi durable que le g\u00e9n\u00e9ral prussien Carl Philipp Gottfried von Clausewitz. Clausewitz, qui a particip\u00e9 aux guerres napol\u00e9oniennes, s&rsquo;est consacr\u00e9 dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie \u00e0 l&rsquo;ouvrage qui allait devenir son &oelig;uvre embl\u00e9matique : un tome dense intitul\u00e9 simplement Vom Kriege &#8211; Sur la guerre. Ce livre est une m\u00e9ditation sur la strat\u00e9gie militaire et le ph\u00e9nom\u00e8ne sociopolitique de la guerre, fortement li\u00e9e \u00e0 une r\u00e9flexion philosophique. Bien que &quot;De la guerre&quot; ait eu un impact durable et ind\u00e9l\u00e9bile sur l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;art militaire, le livre lui-m\u00eame est parfois difficile \u00e0 lire, ce qui s&rsquo;explique par le fait que Clausewitz n&rsquo;a jamais pu l&rsquo;achever, ce qui est une grande trag\u00e9die. Il mourut en 1831, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 51 ans, avec son manuscrit en d\u00e9sordre, et c&rsquo;est \u00e0 sa femme qu&rsquo;il revint d&rsquo;essayer d&rsquo;organiser et de publier ses textes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Clausewitz est surtout c\u00e9l\u00e8bre pour ses aphorismes &#8211; &quot;Tout est tr\u00e8s simple dans la guerre, mais le plus simple est difficile&quot; &#8211; et son vocabulaire de la guerre, qui comprend des termes tels que &quot;friction&quot; et &quot;culmination&quot;. Cependant, parmi tous ses passages \u00e9minemment citables, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux est peut-\u00eatre le plus c\u00e9l\u00e8bre : son affirmation selon laquelle &quot;la guerre n&rsquo;est que la continuation de la politique par d&rsquo;autres moyens&quot;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est sur cette affirmation que je souhaite me concentrer pour l&rsquo;instant, mais avant cela, il peut \u00eatre utile de lire l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du passage de Clausewitz sur le sujet :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&quot;La guerre est la simple continuation de la politique par d&rsquo;autres moyens. On voit donc que la guerre n&rsquo;est pas seulement un acte politique, mais aussi un v\u00e9ritable instrument politique, une continuation du commerce politique, une r\u00e9alisation de celui-ci par d&rsquo;autres moyens. Au-del\u00e0 de ce qui est strictement propre \u00e0 la guerre, il s&rsquo;agit simplement de la nature particuli\u00e8re des moyens qu&rsquo;elle utilise. Que les tendances et les vues de la politique ne soient pas incompatibles avec ces moyens, l&rsquo;Art de la Guerre en g\u00e9n\u00e9ral et le Commandant dans chaque cas particulier peuvent l&rsquo;exiger, et cette revendication n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas insignifiante. Mais quelle que soit la force de la r\u00e9action sur les vues politiques dans les cas particuliers, elle doit toujours \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une simple modification de ces vues ; car les vues politiques sont l&rsquo;objet, la guerre est le moyen, et le moyen doit toujours inclure l&rsquo;objet dans notre conception&quot; (De la guerre, volume 1, chapitre 1, section 24).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une fois le style dense de Clausewitz \u00e9limin\u00e9, l&rsquo;affirmation est relativement simple : la guerre est toujours faite en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un objectif politique plus large, et elle existe sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9chiquier politique. La politique se retrouve \u00e0 chaque point de l&rsquo;axe : la guerre est d\u00e9clench\u00e9e en r\u00e9ponse \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 politique, elle est maintenue et poursuivie en tant qu&rsquo;acte de volont\u00e9 politique et, en fin de compte, elle esp\u00e8re atteindre des objectifs politiques. La guerre ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9e de la politique ; en effet, c&rsquo;est l&rsquo;aspect politique qui en fait une guerre. Nous pouvons m\u00eame aller plus loin et dire que la guerre, en l&rsquo;absence de superstructure politique, cesse d&rsquo;\u00eatre une guerre et devient une violence brute et animale. C&rsquo;est la dimension politique qui rend la guerre reconnaissable et diff\u00e9rente des autres formes de violence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Consid\u00e9rez la guerre de la Russie en Ukraine en ces termes.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Poutine le bureaucrate<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il arrive souvent que les plus grands hommes du monde soient mal compris en leur temps : le pouvoir enveloppe et d\u00e9forme le grand homme. C&rsquo;\u00e9tait certainement le cas de Staline et de Mao, et c&rsquo;est \u00e9galement le cas de Vladimir Poutine et de Xi Jinping. Poutine, en particulier, est per\u00e7u en Occident comme un d\u00e9magogue hitl\u00e9rien qui gouverne par la terreur extrajudiciaire et le militarisme. Il n&rsquo;y a rien de plus faux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Presque tous les aspects de la caricature occidentale de Poutine sont profond\u00e9ment erron\u00e9s, bien que ce r\u00e9cent profil de Sean McMeekin s&rsquo;en rapproche beaucoup plus que la plupart des autres. Tout d&rsquo;abord, Poutine n&rsquo;est pas un d\u00e9magogue, il n&rsquo;est pas charismatique par nature et, bien qu&rsquo;il ait am\u00e9lior\u00e9 ses comp\u00e9tences politiques au fil du temps et qu&rsquo;il soit capable de prononcer des discours puissants lorsque cela est n\u00e9cessaire, il n&rsquo;est pas un adepte des podiums. Contrairement \u00e0 Donald Trump, Barack Obama ou m\u00eame Adolf Hitler, Poutine n&rsquo;est tout simplement pas un adepte des foules par nature. En Russie m\u00eame, son image est celle d&rsquo;un serviteur politique de carri\u00e8re plut\u00f4t terne mais sens\u00e9, plut\u00f4t que celle d&rsquo;un populiste charismatique. Sa popularit\u00e9 durable en Russie est bien plus li\u00e9e \u00e0 la stabilisation de l&rsquo;\u00e9conomie et du syst\u00e8me de retraite russes qu&rsquo;aux photos de lui montant \u00e0 cheval torse nu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il fait confiance au plan, m\u00eame lorsque celui-ci est lent et ennuyeux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En outre, contrairement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il exerce une autorit\u00e9 extra-l\u00e9gale illimit\u00e9e, Poutine est plut\u00f4t un adepte du proc\u00e9duralisme. La structure de gouvernement de la Russie autorise express\u00e9ment une pr\u00e9sidence tr\u00e8s forte (c&rsquo;\u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 absolue apr\u00e8s l&rsquo;effondrement total de l&rsquo;&Eacute;tat au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990), mais dans le cadre de ces param\u00e8tres, Poutine n&rsquo;est pas per\u00e7u comme une personnalit\u00e9 particuli\u00e8rement encline \u00e0 prendre des d\u00e9cisions radicales ou explosives. Les critiques occidentaux peuvent pr\u00e9tendre qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;&Eacute;tat de droit en Russie, mais au moins Poutine gouverne-t-il par la loi, les m\u00e9canismes et proc\u00e9dures bureaucratiques constituant la superstructure au sein de laquelle il op\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Guerre exp\u00e9ditionnaire<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>De toutes les affirmations fantasmagoriques qui ont \u00e9t\u00e9 faites au sujet de la guerre russo-ukrainienne, peu sont aussi difficiles \u00e0 croire que l&rsquo;affirmation selon laquelle la Russie avait l&rsquo;intention de conqu\u00e9rir l&rsquo;Ukraine avec moins de 200.000 hommes. En effet, une v\u00e9rit\u00e9 centrale de la guerre que les observateurs doivent absolument comprendre est le fait que l&rsquo;arm\u00e9e russe est en inf\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique depuis le premier jour, en d\u00e9pit du fait que la Russie dispose d&rsquo;un \u00e9norme avantage d\u00e9mographique par rapport \u00e0 l&rsquo;Ukraine elle-m\u00eame. Sur le papier, la Russie a engag\u00e9 une force exp\u00e9ditionnaire de moins de 200.000 hommes, m\u00eame si, bien s&ucirc;r, ce total n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 en premi\u00e8re ligne dans les combats actifs ces derniers temps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le d\u00e9ploiement de la force l\u00e9g\u00e8re est li\u00e9 au mod\u00e8le de service assez unique de la Russie, qui a combin\u00e9 des &quot;soldats sous contrat&quot;, le noyau professionnel de l&rsquo;arm\u00e9e, avec un appui de r\u00e9servistes g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par une vague de recrutement annuelle. En cons\u00e9quence, la Russie dispose d&rsquo;un mod\u00e8le militaire \u00e0 deux niveaux, avec une force professionnelle pr\u00eate \u00e0 l&#8217;emploi de classe mondiale et un vaste r\u00e9servoir de cadres de r\u00e9serve dans lequel puiser, compl\u00e9t\u00e9 par des forces auxiliaires telles que les BARS (volontaires), les Tch\u00e9tch\u00e8nes et la milice LNR-DNR.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les fils de la nation &#8211; porteurs de la vitalit\u00e9 et des nerfs de l&rsquo;&Eacute;tat<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce mod\u00e8le de service mixte \u00e0 deux niveaux refl\u00e8te, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, la schizophr\u00e9nie g\u00e9ostrat\u00e9gique qui a frapp\u00e9 la Russie post-sovi\u00e9tique. La Russie est un pays immense, dont les engagements en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 sont potentiellement colossaux et couvrent l&rsquo;ensemble du continent, et qui a h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;un lourd h\u00e9ritage sovi\u00e9tique. Aucun pays n&rsquo;a jamais d\u00e9montr\u00e9 une capacit\u00e9 de mobilisation en temps de guerre d&rsquo;une ampleur comparable \u00e0 celle de l&rsquo;URSS. Le passage d&rsquo;un syst\u00e8me de mobilisation sovi\u00e9tique \u00e0 une force de pr\u00e9paration plus petite, plus agile et plus professionnelle a fait partie int\u00e9grante du r\u00e9gime d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9ral de la Russie pendant la majeure partie des ann\u00e9es Poutine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est important de comprendre que la mobilisation militaire, en tant que telle, est \u00e9galement une forme de mobilisation politique. La force contractuelle pr\u00eate \u00e0 l&#8217;emploi n\u00e9cessitait un niveau assez faible de consensus politique et d&rsquo;acceptation par la majeure partie de la population russe. Cette force contractuelle russe peut encore accomplir beaucoup, militairement parlant : elle peut d\u00e9truire des installations militaires ukrainiennes, faire des ravages avec l&rsquo;artillerie, se frayer un chemin dans les agglom\u00e9rations urbaines du Donbas et d\u00e9truire une grande partie du potentiel de guerre indig\u00e8ne de l&rsquo;Ukraine. Cependant, elle ne peut pas mener une guerre continentale de plusieurs ann\u00e9es contre un ennemi qui est au moins quatre fois plus nombreux qu&rsquo;elle, et qui se maintient gr\u00e2ce \u00e0 des renseignements, un commandement et un contr\u00f4le, et du mat\u00e9riel qui est hors de sa port\u00e9e imm\u00e9diate, en particulier si les r\u00e8gles d&rsquo;engagement l&#8217;emp\u00eachent de frapper les art\u00e8res vitales de l&rsquo;ennemi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut d\u00e9ployer davantage de forces. La Russie doit transcender l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale. Elle a la capacit\u00e9 mat\u00e9rielle de mobiliser les forces n\u00e9cessaires : elle dispose de plusieurs millions de r\u00e9servistes, d&rsquo;\u00e9normes stocks d&rsquo;\u00e9quipements et d&rsquo;une capacit\u00e9 de production locale soutenue par les ressources naturelles et le potentiel de production du bloc eurasien qui a resserr\u00e9 les rangs autour d&rsquo;elle. Mais n&rsquo;oubliez pas que la mobilisation militaire est aussi une mobilisation politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si l&rsquo;Union sovi\u00e9tique a pu mobiliser des dizaines de millions de jeunes pour affaiblir, submerger et finalement an\u00e9antir l&rsquo;arm\u00e9e de terre allemande, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle disposait de deux puissants instruments politiques. Le premier \u00e9tait le pouvoir impressionnant et \u00e9tendu du parti communiste, avec ses organes omnipr\u00e9sents. Le second \u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9: les envahisseurs allemands \u00e9taient venus avec des intentions g\u00e9nocidaires (Hitler a pens\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 que la Sib\u00e9rie pourrait devenir une r\u00e9serve slave pour les survivants, qui pourrait \u00eatre bombard\u00e9e p\u00e9riodiquement pour leur rappeler qui \u00e9tait le chef).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Poutine ne dispose d&rsquo;un organe coercitif aussi puissant que le parti communiste, qui disposait d&rsquo;une puissance mat\u00e9rielle stup\u00e9fiante et d&rsquo;une id\u00e9ologie convaincante qui promettait d&rsquo;ouvrir une voie acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e vers une modernit\u00e9 non capitaliste. En fait, aucun pays ne dispose aujourd&rsquo;hui d&rsquo;un appareil politique comparable \u00e0 cette splendide machine communiste, \u00e0 l&rsquo;exception peut-\u00eatre de la Chine et de la Cor\u00e9e du Nord. Par cons\u00e9quent, en l&rsquo;absence d&rsquo;un levier direct pour cr\u00e9er une mobilisation politique et donc militaire, la Russie doit trouver une voie alternative pour cr\u00e9er un consensus politique en vue de mener une forme sup\u00e9rieure de guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est d\u00e9sormais chose faite, gr\u00e2ce \u00e0 la russophobie occidentale et au penchant de l&rsquo;Ukraine pour la violence. Une transformation subtile mais profonde du corps sociopolitique russe est en cours.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>La construction d&rsquo;un consensus<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e8s le d\u00e9part, Poutine et son entourage ont con\u00e7u la guerre russo-ukrainienne en termes existentiels. Toutefois, il est peu probable que la plupart des Russes l&rsquo;aient compris. Au contraire, ils ont probablement vu la guerre de la m\u00eame mani\u00e8re que les Am\u00e9ricains ont vu les guerres en Irak et en Afghanistan : comme des entreprises militaires justifi\u00e9es qui n&rsquo;\u00e9taient toutefois qu&rsquo;une simple t\u00e2che technocratique pour des militaires professionnels, et non une question de vie ou de mort pour la nation. Je doute fort qu&rsquo;un Am\u00e9ricain ait jamais cru que le sort de la nation d\u00e9pendait de la guerre en Afghanistan (les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont pas men\u00e9 de guerre existentielle depuis 1865) et, \u00e0 en juger par la crise du recrutement qui affecte l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine, personne ne semble percevoir une v\u00e9ritable menace existentielle \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans les mois qui ont suivi le 24 f\u00e9vrier est tout \u00e0 fait remarquable. La guerre existentielle pour la nation russe a \u00e9t\u00e9 incarn\u00e9e et r\u00e9alis\u00e9e pour les citoyens russes. Les sanctions et la propagande anti-russe diabolisant l&rsquo;ensemble de la nation comme des &quot;orcs&quot; ont ralli\u00e9 \u00e0 la guerre m\u00eame des Russes initialement sceptiques, et la cote de popularit\u00e9 de Poutine a grimp\u00e9 en fl\u00e8che. L&rsquo;hypoth\u00e8se centrale de l&rsquo;Occident, selon laquelle les Russes se retourneraient contre le gouvernement, a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9e. Des vid\u00e9os montrant la torture de prisonniers de guerre russes par des Ukrainiens en col\u00e8re, des soldats ukrainiens appelant des m\u00e8res russes pour se moquer d&rsquo;elles et leur annoncer la mort de leurs enfants, des enfants russes tu\u00e9s par des bombardements \u00e0 Donetsk, ont servi \u00e0 valider l&rsquo;affirmation implicite de Poutine selon laquelle l&rsquo;Ukraine est un &Eacute;tat poss\u00e9d\u00e9 par un d\u00e9mon qui doit \u00eatre exorcis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;explosifs puissants. Au milieu de tout cela, utilement, du point de vue d&rsquo;Alexandre Douguine et de ses n\u00e9ophytes, les &quot;Blue Checks&quot; pseudo-intellectuels am\u00e9ricains ont publiquement bav\u00e9 sur la perspective de &quot;d\u00e9coloniser et d\u00e9militariser&quot; la Russie, ce qui implique clairement le d\u00e9membrement de l&rsquo;&Eacute;tat russe et la partition de son territoire. Le gouvernement ukrainien (dans des tweets d\u00e9sormais effac\u00e9s) a affirm\u00e9 publiquement que les Russes sont enclins \u00e0 la barbarie parce qu&rsquo;ils sont une race mixte avec du sang asiatique m\u00e9lang\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Simultan\u00e9ment, Poutine a progress\u00e9 vers son projet d&rsquo;annexion formelle de l&rsquo;ancienne partie orientale de l&rsquo;Ukraine, et y est finalement parvenu. Cela a \u00e9galement transform\u00e9 juridiquement la guerre en une lutte existentielle. Les nouvelles avanc\u00e9es ukrainiennes dans l&rsquo;est constituent d\u00e9sormais, aux yeux de l&rsquo;&Eacute;tat russe, un assaut contre le territoire russe souverain et une tentative de d\u00e9truire l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;&Eacute;tat russe. De r\u00e9cents sondages montrent qu&rsquo;une large majorit\u00e9 de Russes soutient la d\u00e9fense de ces nouveaux territoires \u00e0 tout prix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tous les domaines sont d\u00e9sormais align\u00e9s. D\u00e8s le d\u00e9part, Poutine et consorts ont con\u00e7u cette guerre comme une lutte existentielle pour la Russie, afin de chasser un &Eacute;tat fantoche anti-russe de ses portes et de vaincre une incursion hostile dans l&rsquo;espace de la civilisation russe. L&rsquo;opinion publique est de plus en plus d&rsquo;accord avec cela (les sondages montrent que la m\u00e9fiance des Russes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;OTAN et des &quot;valeurs occidentales&quot; est mont\u00e9e en fl\u00e8che), et le cadre juridique post-annexion le reconna&icirc;t \u00e9galement. Les domaines id\u00e9ologique, politique et juridique sont d\u00e9sormais unis dans l&rsquo;id\u00e9e que la Russie lutte pour sa propre existence en Ukraine. L&rsquo;unification des dimensions techniques, id\u00e9ologiques, politiques et juridiques a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite il y a quelques instants par le chef du parti communiste russe, Guennadi Ziouganov :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&quot;Ensuite, le pr\u00e9sident a sign\u00e9 des d\u00e9crets sur l&rsquo;admission des r\u00e9gions de la RPD, de la RPL, de Zaporozhye et de Kherson au sein de la Russie. Les ponts sont br&ucirc;l\u00e9s. Ce qui \u00e9tait clair d&rsquo;un point de vue moral et \u00e9tatique est devenu un fait juridique : il y a un ennemi sur notre territoire, qui tue et mutile les citoyens de la Russie. Le pays exige les mesures les plus d\u00e9cisives pour prot\u00e9ger ses compatriotes. Le temps n&rsquo;attend pas&quot;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un consensus politique a \u00e9t\u00e9 atteint pour une plus grande mobilisation et une plus grande intensit\u00e9. Il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 mettre en &oelig;uvre ce consensus dans le monde mat\u00e9riel du poing et de la botte, de la balle et de l&rsquo;obus, du sang et du fer.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Une br\u00e8ve histoire de la g\u00e9n\u00e9ration des forces militaires<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;une des particularit\u00e9s de l&rsquo;histoire europ\u00e9enne est de montrer \u00e0 quel point les Romains \u00e9taient en avance sur leur temps dans le domaine de la mobilisation militaire. Rome a conquis le monde en grande partie parce qu&rsquo;elle disposait d&rsquo;une capacit\u00e9 de mobilisation exceptionnelle, g\u00e9n\u00e9rant pendant des si\u00e8cles des niveaux \u00e9lev\u00e9s de participation militaire de masse de la part de la population masculine d&rsquo;Italie. C\u00e9sar a men\u00e9 plus de 60.000 hommes \u00e0 la bataille d&rsquo;Al\u00e9sia lorsqu&rsquo;il a conquis la Gaule, une g\u00e9n\u00e9ration de force qui ne sera pas \u00e9gal\u00e9e pendant des si\u00e8cles dans le monde post-romain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s la chute de l&rsquo;Empire romain d&rsquo;Occident, la capacit\u00e9 de l&rsquo;&Eacute;tat en Europe s&rsquo;est rapidement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e. En France et en Allemagne, l&rsquo;autorit\u00e9 royale d\u00e9cline tandis que l&rsquo;aristocratie et les autorit\u00e9s urbaines montent en puissance. Malgr\u00e9 le st\u00e9r\u00e9otype de la monarchie despotique, le pouvoir politique au Moyen &Acirc;ge \u00e9tait tr\u00e8s fragment\u00e9 et la taxation et la mobilisation \u00e9taient tr\u00e8s localis\u00e9es. La capacit\u00e9 romaine \u00e0 mobiliser de grandes arm\u00e9es contr\u00f4l\u00e9es et financ\u00e9es de mani\u00e8re centralis\u00e9e a \u00e9t\u00e9 perdue, et la guerre est devenue le domaine d&rsquo;une classe combattante limit\u00e9e : la petite noblesse ou les chevaliers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En cons\u00e9quence, les arm\u00e9es europ\u00e9ennes m\u00e9di\u00e9vales \u00e9taient \u00e9tonnamment petites. Lors des batailles d\u00e9cisives entre l&rsquo;Angleterre et la France, comme Agincourt et Cr\u00e9cy, les arm\u00e9es anglaises comptaient moins de 10.000 hommes et les arm\u00e9es fran\u00e7aises pas plus de 30.000. La bataille d&rsquo;Hastings, qui a marqu\u00e9 l&rsquo;histoire mondiale et scell\u00e9 la conqu\u00eate normande de la Grande-Bretagne, a oppos\u00e9 deux arm\u00e9es de moins de 10.000 hommes. La bataille de Grunwald, au cours de laquelle une coalition polono-lituanienne a vaincu les chevaliers teutoniques, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des plus grandes batailles de l&rsquo;Europe m\u00e9di\u00e9vale et a encore oppos\u00e9 deux arm\u00e9es totalisant au maximum 30.000 hommes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les pouvoirs de mobilisation et les capacit\u00e9s des &Eacute;tats europ\u00e9ens \u00e9taient \u00e9tonnamment faibles \u00e0 cette \u00e9poque par rapport \u00e0 d&rsquo;autres &Eacute;tats dans le monde. Les arm\u00e9es chinoises comptaient g\u00e9n\u00e9ralement quelques centaines de milliers d&rsquo;hommes et les Mongols, m\u00eame avec une bureaucratie nettement moins sophistiqu\u00e9e, pouvaient aligner 80.000 hommes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La situation a commenc\u00e9 \u00e0 changer radicalement lorsque l&rsquo;intensification de la concurrence militaire &#8211; en particulier la sauvage guerre de Trente Ans &#8211; a contraint les &Eacute;tats europ\u00e9ens \u00e0 amorcer enfin une \u00e9volution vers une capacit\u00e9 \u00e9tatique centralis\u00e9e. Le mod\u00e8le de mobilisation militaire est finalement pass\u00e9 du syst\u00e8me des serviteurs, dans lequel une petite classe militaire autofinanc\u00e9e assurait le service militaire, \u00e0 l&rsquo;&Eacute;tat militaire fiscal, dans lequel les arm\u00e9es \u00e9taient form\u00e9es, financ\u00e9es, dirig\u00e9es et soutenues par les syst\u00e8mes fiscaux et bureaucratiques des gouvernements centralis\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au d\u00e9but de la p\u00e9riode moderne, les mod\u00e8les de service militaire ont acquis un m\u00e9lange unique de conscription, de service professionnel et de syst\u00e8me de serviteurs. L&rsquo;aristocratie a continu\u00e9 \u00e0 assurer le service militaire dans le corps d&rsquo;officiers naissant, tandis que la conscription et le service militaire \u00e9taient utilis\u00e9s pour remplir les rangs. Il convient toutefois de noter que les conscrits \u00e9taient astreints \u00e0 de tr\u00e8s longues p\u00e9riodes de service. Cela refl\u00e9tait les besoins politiques de la monarchie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;absolutisme. L&rsquo;arm\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait pas un forum de participation politique populaire au r\u00e9gime : c&rsquo;\u00e9tait un instrument permettant au r\u00e9gime de se d\u00e9fendre \u00e0 la fois contre les ennemis \u00e9trangers et les jacqueries paysannes. Les conscrits n&rsquo;\u00e9taient donc pas r\u00e9incorpor\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9. Il \u00e9tait n\u00e9cessaire de faire de l&rsquo;arm\u00e9e une classe sociale distincte, avec une certaine distance par rapport \u00e0 la population g\u00e9n\u00e9rale : il s&rsquo;agissait d&rsquo;une institution militaire professionnelle qui servait de rempart interne au r\u00e9gime.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La mont\u00e9e en puissance des r\u00e9gimes nationalistes et des politiques de masse a permis aux arm\u00e9es de prendre de l&rsquo;ampleur. Les gouvernements de la fin du XIXe si\u00e8cle avaient d\u00e9sormais moins \u00e0 craindre de leur propre population que les monarchies absolues du pass\u00e9 ; cela a chang\u00e9 la nature du service militaire et a finalement ramen\u00e9 l&rsquo;Europe au syst\u00e8me des Romains des mill\u00e9naires pass\u00e9s. Le service militaire \u00e9tait d\u00e9sormais une forme de participation politique de masse, permettant aux conscrits d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9s, form\u00e9s et r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9, le syst\u00e8me des cadres de r\u00e9serve qui a caract\u00e9ris\u00e9 les arm\u00e9es pendant les deux guerres mondiales.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En r\u00e9sum\u00e9, le cycle des syst\u00e8mes de mobilisation militaire en Europe refl\u00e8te le syst\u00e8me politique. Les arm\u00e9es \u00e9taient tr\u00e8s petites \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o&ugrave; l&rsquo;engagement politique des masses envers le r\u00e9gime \u00e9tait faible, voire inexistant. Rome a d\u00e9ploy\u00e9 de grandes arm\u00e9es parce qu&rsquo;il y avait une acceptation politique significative et une identit\u00e9 coh\u00e9sive sous la forme de la citoyennet\u00e9 romaine. Cela a permis \u00e0 Rome de susciter une forte participation militaire, m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque r\u00e9publicaine o&ugrave; l&rsquo;&Eacute;tat romain \u00e9tait tr\u00e8s petit et la bureaucratie peu d\u00e9velopp\u00e9e. L&rsquo;Europe m\u00e9di\u00e9vale avait une autorit\u00e9 politique fragment\u00e9e et un sens extr\u00eamement faible de l&rsquo;identit\u00e9 politique coh\u00e9sive, et par cons\u00e9quent ses arm\u00e9es \u00e9taient \u00e9tonnamment petites. Les arm\u00e9es ont recommenc\u00e9 \u00e0 grossir \u00e0 mesure que le sentiment d&rsquo;identit\u00e9 nationale et de participation augmentait, et ce n&rsquo;est pas une co\u00efncidence si la plus grande guerre de l&rsquo;histoire, la guerre entre les nazis et les sovi\u00e9tiques, s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e entre deux r\u00e9gimes dont les id\u00e9ologies totalisantes ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un niveau extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9 de participation politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela nous am\u00e8ne \u00e0 aujourd&rsquo;hui. Au XXIe si\u00e8cle, avec son interconnexion et la disponibilit\u00e9 \u00e9crasante de l&rsquo;information et de la d\u00e9sinformation, le processus de g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;une participation politique et donc militaire de masse est beaucoup plus nuanc\u00e9. Aucun pays n&rsquo;a de vision utopique totalisante, et il est ind\u00e9niable que le sentiment de coh\u00e9sion nationale est nettement moins fort aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il ne l&rsquo;\u00e9tait il y a cent ans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Poutine n&rsquo;aurait tout simplement pas pu proc\u00e9der \u00e0 une mobilisation \u00e0 grande \u00e9chelle au d\u00e9but de la guerre. Il ne disposait ni d&rsquo;un m\u00e9canisme de coercition ni d&rsquo;une menace manifeste pour susciter un soutien politique massif. Peu de Russes auraient cru qu&rsquo;une menace existentielle se cachait dans l&rsquo;ombre : il fallait le leur montrer, et l&rsquo;Occident n&rsquo;a pas d\u00e9\u00e7u. De m\u00eame, peu de Russes auraient probablement soutenu la destruction de l&rsquo;infrastructure urbaine et des services publics de l&rsquo;Ukraine dans les premiers jours de la guerre. Mais aujourd&rsquo;hui, la seule critique de Poutine \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la Russie est du c\u00f4t\u00e9 de la poursuite de l&rsquo;escalade. Le probl\u00e8me avec Poutine, du point de vue russe, est qu&rsquo;il n&rsquo;est pas all\u00e9 assez loin. En d&rsquo;autres termes, la politique de masse a d\u00e9j\u00e0 devanc\u00e9 le gouvernement, ce qui rend la mobilisation et l&rsquo;escalade politiquement insignifiantes. Par-dessus tout, nous devons nous rappeler que la maxime de Clausewitz reste vraie. La situation militaire n&rsquo;est qu&rsquo;un sous-ensemble de la situation politique, et la mobilisation militaire est aussi une mobilisation politique, une manifestation de la participation politique de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;&Eacute;tat.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Le temps et l&rsquo;espace<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Alors que la phase offensive ukrainienne avan\u00e7ait dans le nord de Lougansk et qu&rsquo;apr\u00e8s des semaines pass\u00e9es \u00e0 se taper la t\u00eate contre un mur \u00e0 Kherson, des avanc\u00e9es territoriales avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es, Poutine a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9cessaire de proc\u00e9der \u00e0 des examens m\u00e9dicaux des enfants dans les provinces nouvellement admises et de reconstruire les cours d&rsquo;\u00e9cole. Que se passait-il ? &Eacute;tait-il totalement d\u00e9tach\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements sur le front ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;y a en r\u00e9alit\u00e9 que deux fa\u00e7ons d&rsquo;interpr\u00e9ter ce qui s&rsquo;est pass\u00e9. La premi\u00e8re est celle de l&rsquo;Occident : l&rsquo;arm\u00e9e russe est vaincue, \u00e9puis\u00e9e et chass\u00e9e du champ de bataille. Poutine est d\u00e9rang\u00e9, ses commandants sont incomp\u00e9tents et la seule carte qu&rsquo;il reste \u00e0 la Russie \u00e0 jouer est de jeter des conscrits ivres et non entra&icirc;n\u00e9s dans le hachoir \u00e0 viande.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;autre interpr\u00e9tation est celle que j&rsquo;ai d\u00e9fendue, \u00e0 savoir que la Russie se pr\u00e9parait \u00e0 une escalade et s&rsquo;est engag\u00e9e dans un \u00e9change calcul\u00e9 dans lequel elle a c\u00e9d\u00e9 de l&rsquo;espace en \u00e9change de temps et de pertes ukrainiennes. La Russie a continu\u00e9 \u00e0 se retirer lorsque ses positions \u00e9taient compromises sur le plan op\u00e9rationnel ou lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 un nombre \u00e9crasant d&rsquo;Ukrainiens, mais elle fait tr\u00e8s attention \u00e0 tirer sa force d&rsquo;un danger op\u00e9rationnel. &Agrave; Lyman, o&ugrave; l&rsquo;Ukraine mena\u00e7ait d&rsquo;encercler la garnison, la Russie a engag\u00e9 des r\u00e9serves mobiles pour d\u00e9bloquer le village et assurer le retrait de la garnison. L&rsquo;&quot;encerclement&quot; de l&rsquo;Ukraine s&rsquo;est \u00e9vapor\u00e9 et le minist\u00e8re ukrainien de l&rsquo;int\u00e9rieur a \u00e9t\u00e9 bizarrement contraint de tweeter (puis de supprimer) des vid\u00e9os de v\u00e9hicules civils d\u00e9truits comme &quot;preuve&quot; que les forces russes avaient \u00e9t\u00e9 an\u00e9anties.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un calme inqui\u00e9tant \u00e9mane du Kremlin. Le d\u00e9calage entre le sto\u00efcisme du Kremlin et la d\u00e9t\u00e9rioration du front est frappant. Peut-\u00eatre que Poutine et l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9tat-major russe \u00e9taient vraiment incomp\u00e9tents, peut-\u00eatre que les r\u00e9servistes russes n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;une bande d&rsquo;ivrognes. Peut-\u00eatre n&rsquo;y avait-il pas de plan du tout.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ou peut-\u00eatre que les fils de la Russie r\u00e9pondraient une fois de plus \u00e0 l&rsquo;appel de la patrie, comme ils l&rsquo;ont fait en 1709, en 1812 et en 1941.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors que les loups r\u00f4dent \u00e0 nouveau \u00e0 la porte, le vieil ours se l\u00e8ve \u00e0 nouveau pour combattre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quoi que l&rsquo;on pense de lui ou de son projet politique, il est ind\u00e9niable que Vladimir Poutine se distingue parmi les dirigeants actuels par un attribut qui, s&rsquo;il \u00e9tait \u00e9vident il y a cinquante ans, est aujourd&rsquo;hui per\u00e7u comme une raret\u00e9 politique : il a un plan et un projet pour sa nation. Nous pourrions d\u00e9battre ici de la question de savoir si ce plan est souhaitable ou non, ou si c&rsquo;est celui que nous voulons pour le reste des nations existantes. Mais nous n&rsquo;aborderons pas cette question, principalement parce qu&rsquo;elle n&rsquo;int\u00e9resse pas Poutine, puisque son plan ne concerne, de son point de vue, que la F\u00e9d\u00e9ration de Russie. Pour la r\u00e9alisation \u00e9ventuelle de ce plan, Poutine dispose, entre autres moyens et ressources, de pas moins de 6000 t\u00eates nucl\u00e9aires, ce qui constitue, au moins dans un premier temps, un argument dialectique \u00e0 prendre en compte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela ne signifie pas que le pr\u00e9sident russe ignore que ces plans et programmes ne sont pas du go&ucirc;t de ses &quot;partenaires occidentaux&quot;, ni qu&rsquo;ils sont susceptibles de g\u00e9n\u00e9rer des frictions politiques de toutes parts, y compris avec des balles et des fusils. L&rsquo;Ukraine et ces deux ann\u00e9es de mort et de destruction, d&rsquo;utilisation de la politique par d&rsquo;autres moyens finalement, en sont un bon exemple.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En parcourant tr\u00e8s bri\u00e8vement les archives des journaux, vous d\u00e9couvrirez de nombreux moments et allusions du pr\u00e9sident dans lesquels il fait preuve de cette caract\u00e9ristique. En d&rsquo;autres termes, o&ugrave; il nous montre ses mauvaises intentions en voulant structurer la planification strat\u00e9gique nationale en dehors des int\u00e9r\u00eats occidentaux. En d&rsquo;autres termes, sans demander la permission \u00e0 qui que ce soit. La derni\u00e8re de ses tr\u00e8s m\u00e9diatiques pr\u00e9sentations &quot;hors normes&quot;, ou de ce qui est &quot;ordonn\u00e9 au reste&quot;, est la r\u00e9cente interview qu&rsquo;il a accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;animateur vedette de la FOX, Tucker Carlson. Poutine s&rsquo;y est illustr\u00e9 dans ce qui est peut-\u00eatre le ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9diatique de l&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parmi les nombreuses choses que Poutine a dites, l&rsquo;une d&rsquo;entre elles a particuli\u00e8rement retenu notre attention. Il s&rsquo;agit de la mention des diverses occasions o&ugrave; il a tent\u00e9 de n\u00e9gocier avec l&rsquo;Occident des mesures visant \u00e0 la d\u00e9tente entre les blocs, sans obtenir de r\u00e9ponses favorables de la part de ses homologues \u00e0 aucune de ces occasions. &Agrave; cet \u00e9gard, il a mentionn\u00e9 les entretiens avec les anciens pr\u00e9sidents Clinton et Bush (p\u00e8re et fils), auxquels il a propos\u00e9 des mesures concr\u00e8tes, y compris l&rsquo;\u00e9ventuelle entr\u00e9e de la Russie dans l&rsquo;OTAN, recevant, dans un premier temps, des r\u00e9ponses positives de la part de ses interlocuteurs, pour voir ces intentions contrari\u00e9es peu de temps apr\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces faits mettent en lumi\u00e8re deux questions tr\u00e8s importantes qui \u00e9clairent la politique r\u00e9elle et les m\u00e9canismes objectifs qui r\u00e9gissent l&rsquo;ordre politique international en ce qui concerne les grandes puissances. Premi\u00e8rement, la puissance h\u00e9g\u00e9monique n&rsquo;est pas gouvern\u00e9e par son peuple, repr\u00e9sent\u00e9 en la personne de son pr\u00e9sident vot\u00e9 et \u00e9lu ; elle n&rsquo;est qu&rsquo;une pi\u00e8ce de plus (importante peut-\u00eatre, mais pas essentielle) dans un r\u00e9seau de m\u00e9canismes de gouvernance qui transcendent la gouvernance collective tant vant\u00e9e des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autre part, ce que nous avons tous cru \u00eatre la lutte de la d\u00e9mocratie et de la libert\u00e9 contre la barbarie dictatoriale communiste, clich\u00e9 favori des cultivateurs d&rsquo;id\u00e9ologie et de propagande pendant la guerre froide, cachait une v\u00e9rit\u00e9 bien diff\u00e9rente. En ce sens, ce qu&rsquo;il convient de dire avec le temps et les faits, c&rsquo;est qu&rsquo;une fois le communisme vaincu et &quot;l&rsquo;histoire termin\u00e9e&quot; selon Fukuyama, quelle serait la raison politique de maintenir la bellig\u00e9rance avec la Russie ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En ce sens, certains pourraient faire valoir, et ils n&rsquo;auraient pas tort, qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9cessaire de maintenir la machine de guerre am\u00e9ricaine en \u00e9tat de marche, une source fondamentale de revenus pour le soi-disant complexe militaro-industriel am\u00e9ricain, et pour cela, un ennemi visible et cr\u00e9dible sera toujours n\u00e9cessaire pour justifier le d\u00e9tournement de milliards de dollars des contribuables am\u00e9ricains vers les coffres de Boeing, Raytheon, Lockheed Martin et compagnie. Une autre raison, peut-\u00eatre, est que la bureaucratie am\u00e9ricaine avait tiss\u00e9 une toile d&rsquo;agences gouvernementales pour servir la &quot;cause de la libert\u00e9&quot; contre le communisme, qui ont soudainement perdu leur raison d&rsquo;\u00eatre et, avec elle, les emplois de leurs travailleurs, dont beaucoup sont li\u00e9s \u00e0 des politiciens, qui ne laisseraient gu\u00e8re le fant\u00f4me sovi\u00e9tique s&rsquo;\u00e9teindre, m\u00eame s&rsquo;il y avait beaucoup de g\u00e2teau \u00e0 partager avec les r\u00e9publiques d\u00e9membr\u00e9es et leurs ressources, une fois qu&rsquo;elles rejoindraient le concert des &quot;nations libres&quot;. Ou ce qui, en clair, pourrait se traduire par le concert des satellites de la puissance am\u00e9ricaine et de ses acolytes europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M\u00eame si tout cela est sans doute vrai, il nous semble qu&rsquo;il y a une autre raison \u00e0 prendre en compte, qui \u00e9chappe \u00e0 la dynamique m\u00eame des choses palpables, comptabilisables et vendables. Il s&rsquo;agit de la subtile question culturelle, id\u00e9ologique dans une certaine mesure, souvent n\u00e9glig\u00e9e par ceux qui recherchent des \u00e9l\u00e9ments structurels (politiques et \u00e9conomiques) pour expliquer les conflits g\u00e9opolitiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce contexte, Huntington n&rsquo;avait peut-\u00eatre pas tort de sugg\u00e9rer un possible choc des civilisations, remettant ainsi en question la &quot;th\u00e9orie de la fin (de l&rsquo;histoire)&quot; de Fukuyama. En \u00e9vitant de simplifier l&rsquo;histoire \u00e0 une simple dialectique des perspectives, il est clair qu&rsquo;une analyse objective et mat\u00e9rialiste ne peut ignorer la pr\u00e9sence d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments id\u00e9ologiques et culturels dans les interactions entre les empires, les &Eacute;tats et les classes sociales, \u00e9tant donn\u00e9 que les preuves de leur impact sont accablantes. La confrontation entre l&rsquo;Ouest et l&rsquo;Est, la nouvelle Russie s&rsquo;identifiant \u00e0 ce dernier en raison de son propre choix et de l&rsquo;attitude obstin\u00e9e et stupide de ses adversaires, ne peut s&rsquo;expliquer uniquement par une concurrence f\u00e9roce pour les ressources ; il existe \u00e9galement des causes id\u00e9ologiques li\u00e9es \u00e0 des alternatives civilisationnelles qui m\u00e9ritent notre attention. Par &quot;civilisationnel&quot;, nous entendons un projet de soci\u00e9t\u00e9 politique, de nation et de culture associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;existence dans le temps d&rsquo;un &Eacute;tat, qui peut \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9 en termes de projets, de plans et de programmes futurs. C&rsquo;est ce que Gustavo Bueno appelle les &quot;plaques continentales&quot;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces projets doivent n\u00e9cessairement prendre en compte les multiples dialectiques existant entre les diff\u00e9rents groupes qui composent la soci\u00e9t\u00e9 politique. Cet aspect est crucial et m\u00e9rite une r\u00e9vision profonde, car il n&rsquo;est pas possible de construire un projet civilisateur sans tenir compte des diff\u00e9rentes id\u00e9ologies en conflit permanent au sein d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, ni en ignorant les origines de ces m\u00eames id\u00e9es et projets nationaux, en essayant d&rsquo;imposer une alternative unique qui corresponde aux besoins ou aux d\u00e9sirs de la classe dirigeante du pr\u00e9sent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M\u00eame si, \u00e0 long terme, l&rsquo;id\u00e9ologie dominante peut \u00eatre la plus commode pour les \u00e9lites h\u00e9g\u00e9moniques d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;une classe ou d&rsquo;un groupe social, m\u00eame si elle se croit au-dessus de tous les autres, si elle est sage, elle doit toujours reconna&icirc;tre et comprendre les caract\u00e9ristiques de ses alternatives au sein de l&rsquo;&Eacute;tat, sous peine de perdre tout contact avec les autres r\u00e9alit\u00e9s politiques existantes, de mettre en p\u00e9ril la continuit\u00e9 et la stabilit\u00e9 de l&rsquo;&Eacute;tat dans le temps, et donc de s&rsquo;attaquer imprudemment \u00e0 elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce contexte, que cela nous plaise ou non, la Russie a son propre projet civilisationnel, qui est clairement distinct du projet occidental, qui n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une extension du projet civilisationnel anglo-am\u00e9ricain. Ce dernier, avec sa forte influence culturelle, stimul\u00e9e par le protestantisme et le lib\u00e9ralisme en tant que forces motrices, conduit ce que l&rsquo;on pourrait appeler l&rsquo;&quot;ent\u00e9l\u00e9chie d\u00e9mocratisante&quot; ou la &quot;destin\u00e9e manifeste&quot; am\u00e9ricaine, poussant le cours actuel des \u00e9v\u00e9nements. De m\u00eame, l&rsquo;Occident a sa propre perspective sur la soci\u00e9t\u00e9, la politique et la culture en relation avec l&rsquo;&Eacute;tat. Bien s&ucirc;r, et elle se manifeste sous la forme de la mondialisation, qui vise essentiellement \u00e0 imposer et \u00e0 maintenir la domination anglo-saxonne sur l&rsquo;ensemble de la plan\u00e8te. Mais il reste \u00e0 savoir si ce projet est souhaitable ou m\u00eame r\u00e9alisable, compte tenu de la dialectique mat\u00e9rielle entre &Eacute;tats et empires dans le contexte actuel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est l\u00e0 que se trouve le n&oelig;ud du probl\u00e8me, de beaucoup de probl\u00e8mes. L&rsquo;Occident a un projet civilisationnel, oui, mais le probl\u00e8me est qu&rsquo;il est de moins en moins acceptable pour de nombreuses nations politiques \u00e0 travers le monde. Pire encore, des alternatives \u00e0 ce projet occidental ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9merger, et la Russie est l&rsquo;une d&rsquo;entre elles. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une question tr\u00e8s s\u00e9rieuse, car elle touche au c&oelig;ur m\u00eame du r\u00e9cit de la victoire lib\u00e9rale sur le communisme pendant la guerre froide. Si tel est le cas, la guerre froide elle-m\u00eame n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre que la manifestation des conflits entre deux projets civilisationnels distincts, qui se sont heurt\u00e9s sur de nombreux points fondamentaux, non sans manquer totalement d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments concordants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette bataille, qui n&rsquo;est pas unique en son genre, l&rsquo;Occident a utilis\u00e9 avec pr\u00e9cision l&rsquo;une de ses armes les plus puissantes, surpassant en capacit\u00e9 de destruction tous les arsenaux nucl\u00e9aires existants. Cette arme, perfectionn\u00e9e au fil des si\u00e8cles, a remport\u00e9 de nombreux triomphes sur des alternatives civilisationnelles auparavant dominantes. Il s&rsquo;agit de la propagande, un outil v\u00e9ritablement distinctif et caract\u00e9ristique du pouvoir anglo-saxon. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une lutte tenace pour le contr\u00f4le du r\u00e9cit social, des logiques d&rsquo;analyse et des id\u00e9es dominantes du pr\u00e9sent. En bref, le contr\u00f4le de ce que l&rsquo;on appelle commun\u00e9ment &quot;la v\u00e9rit\u00e9&quot;. Un exemple classique de son efficacit\u00e9 est l&rsquo;Espagne, premier cas dans l&rsquo;histoire o&ugrave; l&rsquo;artillerie id\u00e9ologique anglo-saxonne a \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e dans toute sa puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Toutefois, apr\u00e8s des si\u00e8cles d&rsquo;utilisation et d&rsquo;abus de ces m\u00e9canismes de diffusion et peut-\u00eatre de domination id\u00e9ologique\/discursive du r\u00e9cit anglo-saxon, l&rsquo;environnement m\u00e9diatique contemporain pr\u00e9sente, bien que de mani\u00e8re embryonnaire, des signes notables d&rsquo;usure. L&rsquo;interview de Carlson et son impact m\u00e9diatique quantitatif et qualitatif en sont un bon exemple. Bien que l&rsquo;interview ait apport\u00e9 quelques nouvelles informations \u00e0 ceux qui ne sont pas vers\u00e9s dans la question du conflit de guerre en cours, il est vrai que le ph\u00e9nom\u00e8ne lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;interview elle-m\u00eame et sa popularit\u00e9. En d&rsquo;autres termes, la volont\u00e9 de milliards de personnes d&rsquo;\u00e9couter l&rsquo;autre camp, non seulement pour savoir ce qu&rsquo;il pense, mais peut-\u00eatre aussi pour d\u00e9couvrir s&rsquo;il existe des alternatives \u00e0 leur propre point de vue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le battage m\u00e9diatique des plateformes de propagande anglo-am\u00e9ricaines et de leurs terminaux europ\u00e9ens, les h\u00e9g\u00e9moniques en l&rsquo;occurrence, a montr\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment le danger r\u00e9el que les v\u00e9ritables classes dirigeantes voyaient dans ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Et ce n&rsquo;est pas tant ce que Poutine allait dire et si ce serait nouveau ou n\u00e9gatif pour l&rsquo;Occident, mais le fait qu&rsquo;il allait soulever, exposer, exposer le fait ind\u00e9niable qu&rsquo;il est possible de dire quelque chose de diff\u00e9rent du discours h\u00e9g\u00e9monique mondialiste. C&rsquo;est cela qui est vraiment dangereux, parce que les id\u00e9ologies s&rsquo;imposent sous forme de dialectique ou, en d&rsquo;autres termes, il ne suffit pas de dire que nous sommes les bons, ceux qui sont du bon c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;histoire, mais nous devons d\u00e9finir clairement qui sont les m\u00e9chants, nos ennemis, nos oppos\u00e9s irr\u00e9conciliables, et \u00e9tablir qu&rsquo;en dehors de cette dualit\u00e9, il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre. Une id\u00e9ologie r\u00e9ussit lorsqu&rsquo;elle parvient \u00e0 faire en sorte que rien n&rsquo;\u00e9chappe au sch\u00e9ma analytique qu&rsquo;elle a \u00e9tabli, du moins rien de ce qui compte vraiment. Par cons\u00e9quent, ses lacunes apparaissent lorsque les faits concrets de la r\u00e9alit\u00e9 dialectique irr\u00e9ductible et obstin\u00e9e ne peuvent pas \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans ce cadre binaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au fur et \u00e0 mesure que la r\u00e9alit\u00e9 devient plus complexe, m\u00eame les personnes les mieux endoctrin\u00e9es par le globalisme officiel commencent \u00e0 remettre en question, du moins en partie, ces structures d&rsquo;analyse. L&rsquo;interview de Poutine par Tucker Carlson a peut-\u00eatre fait la lumi\u00e8re sur cette question. Le c&oelig;ur du probl\u00e8me ne r\u00e9side pas dans la Russie, Poutine, la Chine ou leurs intentions de d\u00e9fier le statu quo occidental. Le d\u00e9fi lanc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Occident, \u00e0 l&rsquo;&quot;Anglo-Saxonie&quot; et \u00e0 ses vassaux, dirons-nous, r\u00e9side plut\u00f4t dans le fait que son projet civilisationnel montre des signes de faiblesse interne. En d&rsquo;autres termes, le d\u00e9clin est \u00e9vident, non seulement pour ses ennemis, mais aussi pour ceux qui, en son sein, doivent le valider par leurs croyances, leurs espoirs et leurs actions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les causes de ce d\u00e9clin sont nombreuses et vari\u00e9es, mais l&rsquo;une d&rsquo;entre elles est certainement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 de la classe h\u00e9g\u00e9monique, celle qui, selon Marx, h\u00e9g\u00e9monise l&rsquo;id\u00e9ologie dominante, \u00e0 \u00e9prouver de l&#8217;empathie pour les besoins et les perspectives des autres groupes et classes au sein des &Eacute;tats consid\u00e9r\u00e9s comme occidentaux, voire \u00e0 les comprendre. Les milliers de tracteurs qui traversent aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Europe pour se rendre dans les principales capitales n&rsquo;en sont qu&rsquo;un exemple parmi tant d&rsquo;autres. Le fait que ce soient ces classes qui dominent le discours accept\u00e9 sur cette &quot;plateforme continentale&quot; rend le r\u00e9cit &quot;officiel&quot; de plus en plus inefficace pour expliquer les r\u00e9alit\u00e9s auxquelles sont confront\u00e9s les multiples groupes sociaux qui, \u00e0 leur grand regret, partagent le m\u00eame espace de vie que les \u00e9lites globocratiques occidentales. C&rsquo;est cela, et non la pr\u00e9tendue malice de Poutine, qui t\u00e9moigne v\u00e9ritablement de la fragilit\u00e9 et du d\u00e9clin de l&rsquo;Occident. Face \u00e0 de telles faiblesses, l&rsquo;histoire s&rsquo;est montr\u00e9e impitoyable. Il suffit d&rsquo;interroger les empires d\u00e9chus du pass\u00e9, y compris l&rsquo;Espagne, pour mieux le comprendre.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dialogue hors du temps: Clausewitz et Poutine &bull; Voici un texte consid\u00e9rable, une analyse d&rsquo;un site g\u00e9opolitique espagnol de la guerre en Ukraine. &bull; Mais plus que g\u00e9opolitique, nous dirions volontiers m\u00e9tapolitique ou m\u00e9tahistorique, ou \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique g\u00e9opolitique\u00a0\u00bb, comme aime \u00e0 dire Douguine. &bull; L&rsquo;analyse est plac\u00e9e sous le signe d&rsquo;un dialogue entre deux hommes :&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[13753,6340,13752,13751,2645,13750],"class_list":["post-80992","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-civilisationnel","tag-conflit","tag-existentiel","tag-geostrategia-es","tag-guerre","tag-ugraine"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80992","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=80992"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80992\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=80992"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=80992"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=80992"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}