{"id":80993,"date":"2024-03-22T13:45:02","date_gmt":"2024-03-22T13:45:02","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/03\/22\/maxime-du-camp-et-le-declin-francais-en-1870-1\/"},"modified":"2024-03-22T13:45:02","modified_gmt":"2024-03-22T13:45:02","slug":"maxime-du-camp-et-le-declin-francais-en-1870-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/03\/22\/maxime-du-camp-et-le-declin-francais-en-1870-1\/","title":{"rendered":"Maxime du Camp et le d\u00e9clin fran\u00e7ais en 1870"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Maxime du Camp et le d\u00e9clin fran\u00e7ais en 1870<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>On a du mal \u00e0 percevoir l&rsquo;absence de mouvement sous le mouvement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>1870, la f\u00eate imp\u00e9riale, l&rsquo;art de bien rigoler&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On laisse \u00e9crire Maxime du Camp.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur Bismarck :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Bismarck fut habile, il agit envers nous comme en 1866 il avait agi \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;Autriche. Quand il eut machin\u00e9 son plan et pr\u00e9par\u00e9 ses pi\u00e8ges, il se fit d\u00e9clarer la guerre et prit l&rsquo;attitude d&rsquo;un pauvre homme r\u00e9duit \u00e0 la d\u00e9fensive; il mit les torts d&rsquo;apparence de notre c\u00f4t\u00e9. Comme un p\u00eacheur consomm\u00e9, il conduisit le poisson dans la nasse sans que celui-ci s&rsquo;en aper\u00e7&ucirc;t. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s une belle phrase sur notre esprit de d\u00e9cision :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il avait pris pour une d\u00e9monstration de notre force ce qui n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une preuve de l&rsquo;incons\u00e9quence de notre caract\u00e8re. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Maxime du Camp passe par l&rsquo;Allemagne et il d\u00e9couvre que cette nation est scientifique, organis\u00e9e et disciplin\u00e9e, mais pas seulement : elle est inspir\u00e9e spirituellement et elle chante bien :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;entendis de loin une m\u00e9lop\u00e9e lente et grandiose, qui montait dans les airs comme la voix d&rsquo;un ch&oelig;ur invisible. Des enfants couraient dans la direction du bruit; le chant se rapprochait, s&rsquo;accentuait, vibrait avec un accent religieux et profond dont je me sentis remu\u00e9. Je reconnus le Choral de Luther, que psalmodiait un r\u00e9giment en venant prendre garnison dans la citadelle que ce pauvre g\u00e9n\u00e9ral Mack nous a jadis si facilement abandonn\u00e9e. Je fus tr\u00e8s \u00e9mu, je l&rsquo;avoue, et je me demandai quel caract\u00e8re allait rev\u00eatir cette guerre pour laquelle les hommes marchaient en chantant des psaumes. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s on va faire la comparaison avec Paris et sa salade imp\u00e9riale :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Apr\u00e8s avoir rapidement travers\u00e9 la Suisse, j&rsquo;arrivai \u00e0 Paris, que l&#8217;empereur avait quitt\u00e9 deux jours auparavant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e0 le spectacle \u00e9tait autre : le soir, sur les boulevards, on buvait de l&rsquo;absinthe en aga\u00e7ant les filles; des hommes en blouse, vautr\u00e9s dans des voitures d\u00e9couvertes, braillaient la Marseillaise. Qui donc avait vieilli, le chant national ou moi? Je ne sais. Il me d\u00e9plut et je lui trouvai un air provocant qui ne s&rsquo;adressait pas \u00e0 l&rsquo;ennemi. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est Tartarin contre Siegfried. Et si Tartarin \u00e9tait l&rsquo;essence de la France moderne (voyez mon texte sur Tartarin dans les Alpes) ? J&rsquo;ai cit\u00e9 plusieurs fois cette ligne de C\u00e9line :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; Et les Fran\u00e7ais sont bien contents, parfaitement d&rsquo;accord, enthousiastes. &raquo; <\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 celle de Maxime du Camp en 1870 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Se souvient-on aujourd&rsquo;hui de la fr\u00e9n\u00e9sie dont la population fut atteinte? On se croyait tellement certain de la victoire<\/strong>, que les adversaires syst\u00e9matiques de l&#8217;empire, &mdash; les irr\u00e9conciliables, &mdash; demandaient la paix. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s la reddition de Sedan, la r\u00e9publique arrive avec ses bienfaits !  Premi\u00e8re divine surprise :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le 4 septembre, j&rsquo;\u00e9tais au Journal des D\u00e9bats; cette fois c&rsquo;\u00e9tait bien fini; la r\u00e9volution tendait la main \u00e0 l&rsquo;invasion et compl\u00e9tait son &oelig;uvre. La plupart de ceux qui se trouvaient dans le bureau de r\u00e9daction \u00e9taient accabl\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quelqu&rsquo;un entra et dit : &laquo; C&rsquo;est \u00e9gal, nous voil\u00e0 d\u00e9barrass\u00e9s des Bonaparte! &raquo; Oui, d\u00e9barrass\u00e9s des Bonaparte, mais d\u00e9barrass\u00e9s aussi de l&rsquo;Alsace, de la Lorraine, d\u00e9barrass\u00e9s de cinq milliards, de beaucoup de monuments de Paris que l&rsquo;on a br&ucirc;l\u00e9s et de quelques honn\u00eates gens que l&rsquo;on a massacr\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une belle phrase sur la France :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La France \u00e9tait comme ces hommes frapp\u00e9s de la foudre qui gardent l&rsquo;apparence de la vie et tombent en poussi\u00e8re d\u00e8s qu&rsquo;on les touche &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s on cherche comme toujours des excuses (euro, Bruxelles, etc.) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La nation crie, pleure, se d\u00e9sesp\u00e8re, d\u00e9clare qu&rsquo;elle est innocente et que l&#8217;empire seul est coupable. La nation a tort; elle a eu ses destin\u00e9es entre les mains, qu&rsquo;en a-t-elle fait? <strong>Nous mourrons par hypertrophie d&rsquo;ignorance et de pr\u00e9somption. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Du Camp se met \u00e0 r\u00eaver :<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; La France a cherch\u00e9 les r\u00e9formes politiques : n\u00e9ant; elle a cherch\u00e9 les r\u00e9formes sociales : n\u00e9ant; mais les r\u00e9formes morales qui seules peuvent la sauver, elle n&rsquo;y pense m\u00eame pas.<\/strong> Si j&rsquo;\u00e9tais le ma&icirc;tre, je traiterais tout de suite, quitte \u00e0 subir des conditions l\u00e9onines, car l&rsquo;issue de la guerre ne peut actuellement \u00eatre douteuse, et plus nous prolongerons la lutte, plus les conditions seront dures; puis je ferais des lois draconiennes pour organiser le service militaire et l&rsquo;enseignement, l&rsquo;enseignement surtout, non seulement scientifique, mais moral. C&rsquo;est la morale qui forge les caract\u00e8res et ce sont les caract\u00e8res qui font les nations. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Maxime du Camp comprend enfin :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On ne fera pas cela, sois en certain; <strong>on va expliquer au peuple fran\u00e7ais qu&rsquo;il est le premier peuple du monde, qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 trahi, qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9, en un mot qu&rsquo;il est indemne, et le peuple fran\u00e7ais continuera \u00e0 croupir dans l&rsquo;ignorance, \u00e0 avoir le moins d&rsquo;enfants possible, \u00e0 boire de l&rsquo;absinthe et \u00e0 courir les donzelles<\/strong>. Nous mourrons, parce que nous sommes agit\u00e9s sans but et que la <strong>danse de Saint-Guy n&rsquo;est pas le mouvement<\/strong>; <strong>nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;hommes, parce que nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;id\u00e9es; nous n&rsquo;avons pas de principes, parce que nous n&rsquo;avons pas de m&oelig;urs.<\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans mon livre sur C\u00e9line, j&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 le latin <em>conifi\u00e9<\/em> par les mots. Idem ici :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Nous sommes satur\u00e9s de rh\u00e9torique; nous avons des fa\u00e7ades de croyance, d&rsquo;opinion, de d\u00e9vouement; derri\u00e8re il n&rsquo;y a rien. Tout est faux, tout est th\u00e9\u00e2tral, nous sommes des Latins; chez nous, comme pour le baron, tout est &laquo; pour para&icirc;tre &raquo;. C&rsquo;est la fin du monde. Il y a une phrase des M\u00e9moires d&rsquo;outre-tombe qui m&rsquo;obs\u00e8de et sonne en moi comme un glas fun\u00e8bre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il ne serait pas \u00e9tonnant qu&rsquo;un peuple \u00e2g\u00e9 de quatorze si\u00e8cles, qui a termin\u00e9 cette longue carri\u00e8re par une explosion de miracles, f&ucirc;t arriv\u00e9 \u00e0 son terme. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Du Camp a une bonne id\u00e9e qui e&ucirc;t pu \u00e9viter des d\u00e9boires, et il pr\u00e9voit m\u00eame <strong>l&rsquo;espace vital<\/strong> et sa conqu\u00eate \u00e0 venir :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Au lieu de ces territoires, offrir nos colonies, en vertu de ce principe qu&rsquo;il vaut mieux se faire couper les cheveux que de se laisser couper la t\u00eate. <strong>Malgr\u00e9 sa richesse, l&rsquo;Allemagne \u00e9touffe, parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas la vraie mer, qui est l&rsquo;Oc\u00e9an; elle est insuffisante \u00e0 consommer ses produits, qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9coule que difficilement; elle est trop restreinte pour sa population, qui est forc\u00e9e d&rsquo;\u00e9migrer en Am\u00e9rique.<\/strong> On peut donc la tenter s\u00e9rieusement en lui proposant nos colonies des Antilles et nos stations dans l&rsquo;Indochine. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Eacute;videmment il y a un risque avec&hellip; l&rsquo;Angleterre !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Si elle consent \u00e0 cet \u00e9change (et je crois qu&rsquo;on peut l&rsquo;y amener), elle voudra devenir une puissance maritime de premier ordre et elle aura alors \u00e0 s&rsquo;entendre avec l&rsquo;Angleterre. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Du Camp dans ces lignes g\u00e9niales pr\u00e9voit donc la guerre Allemagne-Angleterre (voyez Preparata et quelques autres) et aussi la haine franco-allemande qui va d\u00e9vaster l&rsquo;Europe :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Toute gentillesse, comme e&ucirc;t dit Montaigne, est perdue pour longtemps, un monde va commencer; on \u00e9l\u00e8vera les enfants dans la haine des Prussiens ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La France commence \u00e0 creuser sa tombe. Et quand elle touche le fond, elle creuse encore ! Du Camp :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Rien de ce que Flaubert avait r\u00eav\u00e9 ne se r\u00e9alisa, le quelque chose qui lui avait promis la victoire s&rsquo;\u00e9tait tromp\u00e9; <strong>de d\u00e9faite en d\u00e9faite on descendit jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;endroit o&ugrave; la terre manque sous les pieds. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>La guerre de 1870 a tu\u00e9 la France, c&rsquo;est mon sentiment. Apr\u00e8s nous sommes en r\u00e9publique, et la troisi\u00e8me r\u00e9publique, ce n&rsquo;est plus la nation ni la patrie. Elle tue net M\u00e9rim\u00e9e et ach\u00e8ve Th\u00e9ophile Gautier :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La guerre, la r\u00e9volution du 4 septembre, la Commune ont port\u00e9 \u00e0 Th\u00e9ophile Gautier un coup dont il a toujours souffert; il a tra&icirc;n\u00e9, ou plut\u00f4t il s&rsquo;est tra&icirc;n\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la tombe, languissant, envelopp\u00e9 d&rsquo;ombre, parlant peu et n&rsquo;ayant plus gu\u00e8re que des regrets. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:rgb(117, 113, 77); font-size:1.25em\"><strong>Sources<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Maxime du Camp, Souvenirs litt\u00e9raires, II, p.348-sq (sur archive.org)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maxime du Camp et le d\u00e9clin fran\u00e7ais en 1870 On a du mal \u00e0 percevoir l&rsquo;absence de mouvement sous le mouvement. 1870, la f\u00eate imp\u00e9riale, l&rsquo;art de bien rigoler&hellip; On laisse \u00e9crire Maxime du Camp. 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