{"id":81024,"date":"2024-04-12T00:55:53","date_gmt":"2024-04-12T00:55:53","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/04\/12\/stefan-zweig-contre-lamericanisation-du-monde\/"},"modified":"2024-04-12T00:55:53","modified_gmt":"2024-04-12T00:55:53","slug":"stefan-zweig-contre-lamericanisation-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/04\/12\/stefan-zweig-contre-lamericanisation-du-monde\/","title":{"rendered":"Stefan Zweig contre l&rsquo;am\u00e9ricanisation du monde"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Stefan Zweig contre l&rsquo;am\u00e9ricanisation du monde<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;antiam\u00e9ricanisme fran\u00e7ais a disparu depuis longtemps, vou\u00e9 aux poubelles historiques. Mais le triomphe US dans les esprits (la d\u00e9mocratie s&rsquo;attaque aux esprits, pas aux corps, r\u00e9p\u00e8te Tocqueville) est universel. 1,5 milliard de dollars pour le navet LGBTQ Barbie, un milliard pour le Top Gun. La surpuissance de la machine am\u00e9ricaine sur le monde est totale &ndash; et immat\u00e9rielle. Rappelons que les productions Marvel d\u00e9passent dix milliards de dollars (monnaie en perdition comme on sait) de recettes. Sega c&rsquo;est plus fort que toi, comme disait la pub. Pendant ce temps Kirghizistan et Kazakhstan renoncent aux cartes de paiement russe (Rt.com)&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La marche mondiale \u00e0 l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation-am\u00e9ricanisation via la technologie et les m\u00e9dias est devenue un galop. Tout le monde y court, m\u00eame les opposants, rappelait Baudrillard \u00e9grillard \u00e0 Guillaume Faye. L&rsquo;Am\u00e9rique fascine ceux qui la d\u00e9testent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Relisons alors Stefan Zweig qui finit au Br\u00e9sil avant de se suicider aux barbituriques \u00e0 Petr&oacute;polis (bel endroit traditionnel, o&ugrave; je v\u00e9cus un temps, hors du moule br\u00e9silien postmoderne). Il \u00e9crit vingt ans auparavant son extraordinaire opuscule sur l&rsquo;uniformisation du monde, traduit aux \u00e9ditions Allia.<\/p>\n<p>Il note cette surpuissance US dont le monde antisyst\u00e8me se targue d&rsquo;assister \u00e0 la fin. Trois dures palabres la r\u00e9sument : colonisation, esclavage et m\u00e9canisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;D&rsquo;o&ugrave; provient cette terrible vague qui menace d&#8217;emporter tout ce qui est particulier dans nos vies? Quiconque y est all\u00e9 le sait: d&rsquo;Am\u00e9rique. Sur la page qui suit la Grande Guerre, les historiens du futur inscriront notre \u00e9poque, qui marque le d\u00e9but de la conqu\u00eate de l&rsquo;Europe par l&rsquo;Am\u00e9rique. Ou pis encore, cette conqu\u00eate bat d\u00e9j\u00e0 son plein, et on ne le remarque m\u00eame pas. Chaque pays, avec tous ses journaux et ses hommes d&rsquo;Etat, jubile lorsqu&rsquo;il obtient un pr\u00eat en dollars am\u00e9ricains. Nous nous ber\u00e7ons encore d&rsquo;illusions quant aux objectifs philanthropiques et \u00e9conomiques de l&rsquo;Am\u00e9rique: en r\u00e9alit\u00e9, nous devenons les colonies de sa vie, de son mode de vie, les esclaves d&rsquo;une id\u00e9e qui nous est, \u00e0 nous Europ\u00e9ens, profond\u00e9ment \u00e9trang\u00e8re: la m\u00e9canisation de l&rsquo;existence. Mais cet asservissement \u00e9conomique me semble encore peu de chose en comparaison du danger qu&rsquo;encourt l&rsquo;esprit.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici comment commence le texte, comme un diagnostic triste : on est dans les ann\u00e9es vingt et triomphe d\u00e9j\u00e0 cette sous-culture mondiale qui d\u00e9sole C\u00e9line, Bernanos, Chesterton, Duhamel et  m\u00eame Hermann Hesse (le Loup des steppes est un pamphlet antiam\u00e9ricain) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Malgr\u00e9 tout le bonheur que m&rsquo;a procur\u00e9, titre personnel, chaque voyage entre pris ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une impression tenace s&rsquo;est imprim\u00e9e dans mon esprit: horreur silencieuse devant la monotonie du monde. Les modes de vie finissent par se ressembler, \u00e0 tous se conformer \u00e0 un sch\u00e9ma culturel homog\u00e8ne. Les coutumes propres \u00e0 chaque peuple disparaissent, les costumes s&rsquo;uniformisent, les m&oelig;urs  prennent un caract\u00e8re de plus en plus international. Les pays semblent, pour ainsi dire, ne plus se distinguer les uns des autres, les hommes s&rsquo;activent et vivent selon un mod\u00e8le unique, tandis que les villes paraissent toutes identiques. Paris est aux trois quarts am\u00e9ricanis\u00e9e, Vienne est budapestis\u00e9e : l&rsquo;ar\u00f4me d\u00e9licat de ce que les cultures ont de singulier se volatilise de plus en plus, les couleurs s&rsquo;estompent avec une rapidit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent et, sous la couche de vernis craquel\u00e9, affleure le piston couleur acier de l&rsquo;activit\u00e9 m\u00e9canique, la machine du monde moderne.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Zweig ajoute comme s&rsquo;il avait lu Th\u00e9ophile Gautier qui en parle d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s bien de cette unification mondiale dans son Journal de voyage en Espagne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Ce processus est en marche depuis fort longtemps d\u00e9j\u00e0: avant la guerre, Rathenau avait annonc\u00e9 de mani\u00e8re proph\u00e9tique cette m\u00e9canisation de l&rsquo;existence, la pr\u00e9pond\u00e9rance de la technique, comme \u00e9tant le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus important de notre \u00e9poque. Or, jamais cette d\u00e9ch\u00e9ance dans l&rsquo;uniformit\u00e9 des modes de vie n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 aussi pr\u00e9cipit\u00e9e, aussi versatile, que ces derni\u00e8res ann\u00e9es.&rsquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est comme une religion ce monde moderne (cf. le Covid) avec les m\u00eames rituels impos\u00e9s partout en m\u00eame temps :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ils commencent \u00e0 la m\u00eame heure: tels les muezzins dans les pays orientaux, appelant chaque jour, au coucher du soleil, des dizaines de milliers de fid\u00e8les \u00e0 la pri\u00e8re, toujours identique, comme s&rsquo;il n&rsquo;existait l\u00e0-bas que vingt mots, vingt mesures invitent d\u00e9sormais quotidiennement, \u00e0 cinq heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, tous les Occidentaux \u00e0 poursuivre le m\u00eame rituel. Jamais, sauf dans certaines formules et formes musicales pratiqu\u00e9es au sein de l&rsquo;Eglise, deux cents millions de personnes n&rsquo;ont connu une telle simultan\u00e9it\u00e9 et une telle uniformit\u00e9 d&rsquo;expression comme la race blanche d&rsquo;Am\u00e9rique, d&rsquo;Europe et de toutes les colonies dans la danse moderne. Un deuxi\u00e8me exemple: la mode. Il n&rsquo;y a jamais eu dans tous les pays une similitude aussi flagrante qu&rsquo;\u00e0 notre \u00e9poque. Jadis, on comptait en ann\u00e9es le temps n\u00e9cessaire pour qu&rsquo;une mode parisienne gagne les autres grandes villes, et plusieurs ann\u00e9es encore pour qu&rsquo;elle se propage dans les campagnes. Mais les peuples respectaient certaines limites et leurs coutumes, Ce qui leur permettait de r\u00e9sister aux exigences tyranniques de la mode.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les caprices de la mode ? Zweig qui malgr\u00e9 son \u00e9rudition a oubli\u00e9 Montesquieu \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aujourd&rsquo;hui, sa dictature devient universelle le temps d&rsquo;un battement de cil. New York dicte les cheveux courts aux femmes: en un mois, 5O ou IOO millions de crini\u00e8res f\u00e9minines tombent, comme fauch\u00e9es par une seule faux. Aucun empereur, aucun khan dans l&rsquo;histoire du monde n&rsquo;avait connu une telle puissance, aucune doctrine morale ne s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9pandue \u00e0 une telle vitesse.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans mon livre sur la com\u00e9die musicale j&rsquo;ai not\u00e9 l&rsquo;importance de Potter la grande farandole (1941). Dans ce film Ginger Rogers impose sa coupe de cheveux \u00e0 des millions de femmes en un claquement de doigts (Story of Vernon and Ir\u00e8ne Castel en anglais).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mgr Gaume redoutait l&rsquo;ubiquit\u00e9 et la simultan\u00e9it\u00e9, marque de la B\u00eate selon lui. Zweig \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;II a fallu des si\u00e8cles et des d\u00e9cennies au christianisme et au socialisme pour convertir des adeptes et rendre leurs commandements efficaces Sur autant de personnes qu&rsquo;un tailleur parisien ne les soumet \u00e0 son influence en huit jours aujourd&rsquo;hui. Le troisi\u00e8me exemple est le cin\u00e9ma, o&ugrave; l\u00e0 encore s\u00e9vit cette simultan\u00e9it\u00e9 sans commune mesure, dans tous les pays et toutes les langues, \u00e0 travers lequel les m\u00eames repr\u00e9sentations fa\u00e7onnent des centaines de millions de personnes et o&ugrave; les m\u00eames go&ucirc;ts (ou mauvais go&ucirc;ts) se forment. On c\u00e9l\u00e8bre l&rsquo;abolition compl\u00e8te de toute touche personnelle, m\u00eame si les producteurs vantent triomphalement leurs films comme \u00e9tant nationaux: L&rsquo;Italie acclame les Nibelungen tandis que les districts les plus allemands et populaires ovationnent Max Linder de Paris.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Zweig voit cette culture de la masse qui va triompher avec le nazisme, le fascisme ou le communisme (mais pas seulement bien s&ucirc;r, le lib\u00e9ralisme am\u00e9ricain ayant balay\u00e9 tout cela sans forcer) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Ici aussi, l&rsquo;instinct de masse est plus fort et plus souverain que la libre pens\u00e9e. La venue triomphale de Jackie Coogan a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience plus forte pour notre \u00e9poque que la mort de Tolsto\u00ef il y a vingt ans. Un quatri\u00e8me exemple: la radio. Toutes ces inventions n&rsquo;ont qu&rsquo;un seul but: la simultan\u00e9it\u00e9. Le Londonien, le Parisien et le Viennois entendent la m\u00eame chose dans la m\u00eame seconde, et cette simultan\u00e9it\u00e9, cette uniformit\u00e9 enivre par son gigantisme. C&rsquo;est une ivresse, un stimulant mais toutes ces merveilles techniques nouvelles entretiennent en m\u00eame temps une \u00e9norme d\u00e9sillusion pour l&rsquo;\u00e2me et flattent dangereusement la passivit\u00e9 de l&rsquo;individu. Ici aussi, comme dans la danse, la mode et le cin\u00e9ma, l&rsquo;individu se soumet aux m\u00eames go&ucirc;ts moutonniers; il ne choisit plus \u00e0 partir de son \u00eatre int\u00e9rieur, mais en se rangeant \u00e0 l&rsquo;opinion de tous.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela est li\u00e9 \u00e0 la jouissance et \u00e0 l&rsquo;illusion individualiste (il est dommage que Zweig n&rsquo;ait pas d\u00e9battu avec Bernays &ndash; pour tout un tas de raisons du reste) qui liquide les individus par cela m\u00eame qu&rsquo;elle les invite \u00e0 \u00eatre &laquo; nature &raquo; ou &laquo; eux-m\u00eames &raquo; ; c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque du Flapper, de la Jeune Fille :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;On pourrait \u00e9num\u00e9rer ces sympt\u00f4mes \u00e0 l&rsquo;infini, tant ils prolif\u00e8rent de jour en jour. Le sentiment de libert\u00e9 individuelle dans la jouissance submerge l&rsquo;\u00e9poque. Citer les particularit\u00e9s des nations et des cultures est d\u00e9sormais plus difficile qu&rsquo;\u00e9grener leurs similitudes. Cons\u00e9quences: la disparition de toute individualit\u00e9, jusque dans l&rsquo;apparence ext\u00e9rieure. Le fait que les gens portent tous les m\u00eames v\u00eatements, que les femmes rev\u00eatent toutes la m\u00eame robe et le m\u00eame maquillage n&rsquo;est pas sans danger : la monotonie doit n\u00e9cessairement p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Les visages finissent par tous se ressembler, parce que soumis aux m\u00eames d\u00e9sirs, de m\u00eame que les corps, qui s&rsquo;exercent aux m\u00eames pratiques sportives, et les esprits, qui partagent les m\u00eames centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On cr\u00e9e l&rsquo;homme-masse dont a parl\u00e9 Bernanos mais aussi un autre grand esprit juif (toujours cette Autriche-Hongrie dont le d\u00e9pe\u00e7age fut la vraie fin de la civilisation europ\u00e9enne) de l&rsquo;\u00e9poque, Elias Canetti (voyez Masse et puissance, ou aussi Broch) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Inconsciemment, une \u00e2me unique se cr\u00e9e, une \u00e2me de masse, mue par le d\u00e9sir accru d&rsquo;uniformit\u00e9, qui c\u00e9l\u00e8bre la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des nerfs en faveur des muscles et la mort de l&rsquo;individu en faveur d&rsquo;un type g\u00e9n\u00e9rique. La conversation, cet art de la parole, s&rsquo;use dans la danse et s&rsquo;y disperse, le th\u00e9\u00e2tre se galvaude au profit du cin\u00e9ma, les usages de la mode, marqu\u00e9e par la rapidit\u00e9, le \u00ab\u00a0succ\u00e8s saisonnier\u00a0\u00bb, impr\u00e8gnent la litt\u00e9rature. D\u00e9j\u00e0, comme en Angleterre, la litt\u00e9rature populaire disparait devant le ph\u00e9nom\u00e8ne qui va s&rsquo;amplifiant du \u00ab\u00a0livre de la saison\u00a0\u00bb, de m\u00eame que la forme \u00e9clair du succ\u00e8s se propage \u00e0 la radio, diffus\u00e9e simultan\u00e9ment sur toutes les stations europ\u00e9ennes avant de s&rsquo;\u00e9vaporer dans la seconde qui suit. Et comme tout est orient\u00e9 vers le court terme, la consommation augmente: ainsi, l&rsquo;\u00e9ducation, qui se pour suivait de mani\u00e8re patiente et rationnelle, et pr\u00e9dominait tout au long d&rsquo;une vie, devient un ph\u00e9nom\u00e8ne tr\u00e8s rare \u00e0 notre \u00e9poque, comme tout ce qui s&rsquo;acquiert gr\u00e2ce \u00e0 un effort personnel.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Zweig, qui aurait pu faire fortune \u00e0 Hollywood comme l&rsquo;\u00e9lite culturelle juive exil\u00e9e, pr\u00e9f\u00e8re accuser l&rsquo;Am\u00e9rique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Source: d&rsquo;o&ugrave; provient cette terrible vague qui menace d&#8217;emporter avec elle tout ce qui est color\u00e9, tout ce qui est particulier dans nos vies? Quiconque y est all\u00e9 le sait: d&rsquo;Am\u00e9rique. Sur la page qui suit la Grande Guerre, les historiens du futur inscriront notre \u00e9poque, qui marque le d\u00e9but de la conqu\u00eate de l&rsquo;Europe par l&rsquo;Am\u00e9rique. Ou pis encore, cette conqu\u00eate bat d\u00e9j\u00e0 son plein, et on ne le remarque m\u00eame pas (tous les vaincus sont toujours trop lents d&rsquo;esprit). Chaque pays, avec tous ses journaux et ses hommes d&rsquo;Etat, jubile lorsqu&rsquo;il obtient un pr\u00eat en dollars am\u00e9ricains. Nous nous ber\u00e7ons encore d&rsquo;illusions quant aux objectifs philanthropiques et \u00e9conomiques de l&rsquo;Am\u00e9rique: en r\u00e9alit\u00e9, nous devenons les colonies de sa vie, de son mode de vie, les esclaves d&rsquo;une id\u00e9e qui nous est, \u00e0 nous Europ\u00e9ens, profond\u00e9ment \u00e9trang\u00e8re: la m\u00e9canisation de l&rsquo;existence.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La colonisation de l&rsquo;esprit arrive &ndash; on pense \u00e0 ces personnages friqu\u00e9s et ennuy\u00e9s d&rsquo;Agatha Christie, qui entre deux croisi\u00e8res, deux bridges ou deux saouleries, \u00e9coutent Hercule Poirot &ndash; ou poireautent avec Hercule :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Mais cet asservissement \u00e9conomique me semble encore peu de chose en comparaison du danger qu&rsquo;encourt l&rsquo;esprit. Une colonisation de l&rsquo;Europe ne serait pas le plus \u00e0 craindre sur le plan politique; pour les \u00e2mes serviles, tout asservissement para&icirc;t doux, et l&rsquo;homme libre sait pr\u00e9server sa libert\u00e9 en tous lieux. Le vrai danger pour l&rsquo;Europe me semble r\u00e9sider dans le spirituel, dans la p\u00e9n\u00e9tration de l&rsquo;ennui am\u00e9ricain, cet ennui horrible, tr\u00e8s sp\u00e9cifique, qui se d\u00e9gage l\u00e0-bas de chaque pierre et de chaque maison des rues num\u00e9rot\u00e9es, cet ennui qui n&rsquo;est pas, comme jadis l&rsquo;ennui europ\u00e9en, celui du repos, celui qui consiste \u00e0 s&rsquo;asseoir sur un banc de taverne, \u00e0 jouer aux dominos et \u00e0 fumer la pipe, soit une perte de temps paresseuse mais inoffensive: l&rsquo;ennui am\u00e9ricain, lui, est instable, nerveux et agressif, on s&rsquo;y surm\u00e8ne dans une excitation fi\u00e9vreuse et on cherche \u00e0 s&rsquo;\u00e9tourdir dans le sport et les sensations.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ennui et fuite (on croirait lire la France contre les robots) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;ennui n&rsquo;a plus rien de ludique, mais court avec une obsession enrag\u00e9e, dans une fuite perp\u00e9tuelle du temps: il invente des m\u00e9diums artistiques toujours nouveaux, comme le cin\u00e9ma et la radio, nourriture de masse dont il app\u00e2te les sens affam\u00e9s et transforme ce faisant la communaut\u00e9 des amateurs de plaisirs en corporations gigantesques, \u00e0 l&rsquo;image de ses banques et de ses trusts. De l&rsquo;Am\u00e9rique vient cette terrible vague d&rsquo;uniformit\u00e9 qui donne \u00e0 tous les hommes la m\u00eame chose, qui leur met le m\u00eame costume sur le dos, le m\u00eame livre entre les mains, le m\u00eame stylo plume entre les doigts, la m\u00eame conversation sur les l\u00e8vres et la m\u00eame automobile en place des pieds. Fatalement, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de notre monde, en Russie, s\u00e9vit la m\u00eame volont\u00e9 de monotonie, mais sous une forme diff\u00e9rente: la volont\u00e9 de morceler l&rsquo;homme et d&rsquo;uniformiser la vision du monde, elle-m\u00eame terrible volont\u00e9 de monotonie.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Europe pouvait \u00eatre un rempart mais elle est condamn\u00e9e :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;L&rsquo;Europe est encore le dernier rempart de l&rsquo;individualisme, et peut-\u00eatre que les soubresauts survolt\u00e9s des peuples, ce nationalisme exacerb\u00e9, malgr\u00e9 toute sa violence, est une sorte de r\u00e9bellion inconsciente et fi\u00e9vreuse, une derni\u00e8re tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;\u00e9galitarisme. Mais c&rsquo;est de pr\u00e9cis\u00e9ment cette forme d\u00e9fense convulsive qui trahit notre faiblesse. D\u00e9j\u00e0 le g\u00e9nie de la sobri\u00e9t\u00e9 est \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre pour effacer l&rsquo;Europe des livres d&rsquo;histoire, la derni\u00e8re Gr\u00e8ce de l&rsquo;histoire. R\u00e9sistance: que faire d\u00e9sormais? Prenant d&rsquo;assaut le Capitole, le peuple s&rsquo;\u00e9crie: En haut des redoutes, les barbares sont l\u00e0, ils d\u00e9truisent notre monde \u00a0\u00bb Il prof\u00e8re encore une fois les paroles de C\u00e9sar mais, dor\u00e9navant, dans un sens plus s\u00e9rieux: Peuples d&rsquo;Europe, pr\u00e9servez vos biens les plus sacr\u00e9s !\u00a0\u00bb Non, nous ne sommes plus aussi cr\u00e9dules et aveugles au point de croire qu&rsquo;on puisse encore inventer des associations, des livres et des proclamations contre ce monstrueux mouvement mondial et mettre fin \u00e0 cet app\u00e9tit pour la monotonie. Tout ce que l&rsquo;on \u00e9crivait restait un bout de papier, lanc\u00e9 contre un ouragan.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vers la fin du texte Zweig pousse \u00e0 la r\u00e9sistance individuelle contre ce &laquo;monstrueux mouvement mondial&raquo;. Echapper \u00e0 la technologie, \u00e0 la radio, au cin\u00e9ma (Albert Speer a parl\u00e9 \u00e0 Nuremberg puis dans ses M\u00e9moires de cette techno-propagande), au web et aux r\u00e9seaux aujourd&rsquo;hui, est chose bien compliqu\u00e9e. C&rsquo;est Daniel Estulin qui \u00e9voquait dans son livre sur la culture (Tavistock Institute) ces chansons de Gaga, Beyonce, Rihanna qui rassemblent et envo&ucirc;tent des MILLIARDS DE FANS&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Sources principales <\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/CULTURE-COMME-ARME-DESTRUCTION-MASSIVE\/dp\/152123132X\/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=\u00c5M\u00c5\u00d5\u00d1&#038;crid=D2857JZL17BV&#038;keywords=bonnal+culture&#038;qid=1700136062&#038;s=books&#038;sprefix=bonnal+culture%2Cstripbooks%2C102&#038;sr=1-1\">https:\/\/www.amazon.fr\/CULTURE-COMME-ARME-DESTRUCTION-MASSIVE<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/LUniformisation-du-monde-Stefan-Zweig\/dp\/B08JK25SSF\/ref=sr_1_1?crid=35EOP0ER20PIC&#038;keywords=zweig+uniformisation+du+monde&#038;qid=1691564153&#038;s=books&#038;sprefix=ZWEIG+UNI%2Cstripbooks%2C122&#038;sr=1-1\">https:\/\/www.amazon.fr\/LUniformisation-du-monde-Stefan-Zweig<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.rt.com\/business\/595353-kyrgyzstan-russian-payment-cards-mir\/\">https:\/\/www.rt.com\/business\/595353-kyrgyzstan-russian-payment-cards-mir\/<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2023\/09\/20\/jean-baudrillard-et-guillaume-faye-face-au-simulacre-americain.html\">Baudrillard et Faye face \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisation<\/a><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Stefan Zweig contre l&rsquo;am\u00e9ricanisation du monde L&rsquo;antiam\u00e9ricanisme fran\u00e7ais a disparu depuis longtemps, vou\u00e9 aux poubelles historiques. Mais le triomphe US dans les esprits (la d\u00e9mocratie s&rsquo;attaque aux esprits, pas aux corps, r\u00e9p\u00e8te Tocqueville) est universel. 1,5 milliard de dollars pour le navet LGBTQ Barbie, un milliard pour le Top Gun. La surpuissance de la machine&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[3120,2640,5639,13800,5164],"class_list":["post-81024","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-antiamericanisme","tag-bonnal","tag-nostalgie","tag-qntimoderne","tag-vienne"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81024","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81024"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81024\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81024"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81024"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81024"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}