{"id":81102,"date":"2024-06-04T03:06:37","date_gmt":"2024-06-04T03:06:37","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/06\/04\/chateaubriand-et-lalliance-franco-russe\/"},"modified":"2024-06-04T03:06:37","modified_gmt":"2024-06-04T03:06:37","slug":"chateaubriand-et-lalliance-franco-russe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/06\/04\/chateaubriand-et-lalliance-franco-russe\/","title":{"rendered":"Chateaubriand et l&rsquo;alliance franco-russe"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Chateaubriand et l&rsquo;alliance franco-russe<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Notre Chateaubriand \u00e9tait un ami de la Russie comme le tsar Alexandre 1er fut un ami de la France, m\u00eame celle de Napol\u00e9on. On sous-estime sa brillance politique et diplomatique, dont le personnel de la Restauration (1815-48) d&rsquo;\u00e9loigna&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1814, Alexandre \u00e9crivit une \u00e9mouvante lettre au peuple de Paris avant d&rsquo;occuper cette ville. Il produisit alors ce discours g\u00e9n\u00e9reux \u00e9crit dans un fran\u00e7ais d&rsquo;exception, qui \u00e9tait celui de la belle \u00e9lite russe d&rsquo;alors:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Les Fran\u00e7ais sont mes amis, et je veux leur prouver que je viens leur rendre le bien pour le mal. Napol\u00e9on est mon seul ennemi. Je promets ma protection sp\u00e9ciale \u00e0 la ville de Paris; je prot\u00e9gerai, je conserverai tous les \u00e9tablissements publics; je n&rsquo;y ferai s\u00e9journer que des troupes d&rsquo;\u00e9lite; je conserverai votre garde nationale, qui est compos\u00e9e de l&rsquo;\u00e9lite de vos citoyens. C&rsquo;est \u00e0 vous d&rsquo;assurer votre bonheur \u00e0 venir; il faut vous donner un gouvernement qui vous procure le repos et qui le procure \u00e0 l&rsquo;Europe. C&rsquo;est \u00e0 vous \u00e0 \u00e9mettre votre v&oelig;u: vous me trouverez toujours pr\u00eat \u00e0 seconder vos efforts. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Paris est donc occup\u00e9e. Et sur l&rsquo;occupation de cette capitale par les troupes russes en 1814, apr\u00e8s l&rsquo;abdication de Napol\u00e9on, mais avant les Cent Jours, voici ce qu&rsquo;\u00e9crit Chateaubriand:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Toutefois cette premi\u00e8re invasion des alli\u00e9s est demeur\u00e9e sans exemple dans les annales du monde: l&rsquo;ordre, la paix et la mod\u00e9ration r\u00e9gn\u00e8rent partout; les boutiques se rouvrirent; des soldats russes de la garde, hauts de six pieds, \u00e9taient pilot\u00e9s \u00e0 travers les rues par de petits polissons fran\u00e7ais qui se moquaient d&rsquo;eux, comme des pantins et des masques du carnaval. Les vaincus pouvaient \u00eatre pris pour les vainqueurs; ceux-ci, tremblant de leurs succ\u00e8s, avaient l&rsquo;air d&rsquo;en demander excuse. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On sait que Chateaubriand devint un excellent ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de Louis XVIII apr\u00e8s la guerre; puis il entra dans l&rsquo;opposition et demeura le t\u00e9moin lucide son temps, apr\u00e8s la prise du pouvoir de Louis-Philippe qui entame la longue et surtout infatigable d\u00e9cadence fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dans une lettre tr\u00e8s riche qu&rsquo;il joint \u00e0 ses M\u00e9moires, que Chateaubriand commence \u00e0 soutenir l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une alliance franco-russe contre les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;Autriche et de l&rsquo;Angleterre. A cette \u00e9poque le tzar est Nicolas; il d\u00e9sire reprendre Constantinople et d\u00e9fendre les chr\u00e9tiens d&rsquo;Orient. Chateaubriand souligne d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;hypocrisie antirusse et la trahison occidentale en faveur des puissances islamiques : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Une attaque de l&rsquo;Autriche et de l&rsquo;Angleterre contre la Croix en faveur du Croissant augmenterait en Russie la popularit\u00e9 d&rsquo;une guerre d\u00e9j\u00e0 nationale et religieuse. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Angleterre&hellip; alors qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fugi\u00e9 &mdash; pendant la Terreur &mdash; puis ambassadeur \u00e0 Londres, Chateaubriand remarque ce qui suit:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;Angleterre, d&rsquo;ailleurs, a toujours fait bon march\u00e9 des rois et de la libert\u00e9 des peuples; elle est toujours pr\u00eate \u00e0 sacrifier sans remords monarchie ou r\u00e9publique \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats particuliers. Nagu\u00e8re encore, elle proclamait l&rsquo;ind\u00e9pendance des colonies espagnoles, en m\u00eame temps qu&rsquo;elle refusait de reconna&icirc;tre celle de la Gr\u00e8ce&hellip; L&rsquo;Angleterre est vou\u00e9e tour \u00e0 tour au despotisme ou \u00e0 la d\u00e9mocratie selon le vent qui amenait dans ses ports les vaisseaux des marchands de la cit\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette diplomatie des coups tordus annonce bien s&ucirc;r la diplomatie am\u00e9ricaine qui m\u00eale le lib\u00e9ralisme le plus rapace au plus violent messianisme humanitaire, quitte \u00e0 plonger des populations enti\u00e8res dans un chaos durable. Chateaubriand ajoute sur ce dernier point, au moment de la r\u00e9volution de juillet 1830:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ces Anglais qui vivent \u00e0 l&rsquo;abri dans leur &icirc;le, vont porter les r\u00e9volutions chez les autres; vous les trouvez m\u00eal\u00e9s dans les quatre parties du monde \u00e0 des querelles qui ne les regardent pas: pour vendre une pi\u00e8ce de calicot, peu leur importe de plonger une nation dans toutes les calamit\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plonger le monde et en particulier l&rsquo;Europe dans la guerre et le chaos est la mission privil\u00e9gi\u00e9es des \u00e9lites anglo-saxonnes depuis des si\u00e8cles &ndash; et comme on sait on n&rsquo;y coupera pas plus cette fois-ci avec la guerre qui se profile en Europe, et qu&rsquo;on esp\u00e8re outre-mer la plus meurtri\u00e8re et la plus nucl\u00e9aire possible. On estime que Poutine n&rsquo;osera pas&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chateaubriand remarque que comme l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Angleterre, \u00e9puis\u00e9e par sa guerre perp\u00e9tuelle contre la France, est d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s endett\u00e9e!<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;Autriche n&rsquo;a rien \u00e0 demander \u00e0 l&rsquo;Angleterre; celle-ci \u00e0 son tour n&rsquo;est bonne \u00e0 l&rsquo;Autriche que pour lui fournir de l&rsquo;argent. Or, l&rsquo;Angleterre, \u00e9cras\u00e9e sous le poids de sa dette, n&rsquo;a plus d&rsquo;argent \u00e0 pr\u00eater \u00e0 personne. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors Chateaubriand se prend \u00e0 r\u00eaver de l&rsquo;Alliance franco-russe qui sera r\u00e9alis\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1890 entre le cabinet fran\u00e7ais et le tzar Alexandre III, le parrain de Sacha Guitry. Il en trouve tout de suite les causes si naturelles et culturelles, \u00e0 la fois donc litt\u00e9raires, historiques et&hellip; g\u00e9ographiques:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il y a sympathie entre la Russie et la France; la derni\u00e8re a presque civilis\u00e9 la premi\u00e8re dans les classes \u00e9lev\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9; elle lui a donn\u00e9 sa langue et ses m&oelig;urs. Plac\u00e9es aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de l&rsquo;Europe, la France et la Russie ne se touchent point par leurs fronti\u00e8res, elles n&rsquo;ont point de champ de bataille o&ugrave; elles puissent se rencontrer; elles n&rsquo;ont aucune rivalit\u00e9 de commerce, et les ennemis naturels de la Russie (les Anglais et les Autrichiens) sont aussi les ennemis naturels de la France. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il voit tout de suite que la France et la Russie peuvent contr\u00f4ler l&rsquo;Europe, comme Napol\u00e9on l&rsquo;avait compris \u00e0 Tilsitt en 1807, lorsqu&rsquo;il r\u00eavait d&rsquo;un &laquo; partage du monde &raquo; franco-russe:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; En temps de paix, que le cabinet des Tuileries reste l&rsquo;alli\u00e9 du cabinet de Saint-P\u00e9tersbourg, et rien ne peut bouger en Europe. En temps de guerre, l&rsquo;union des deux cabinets dictera des lois au monde. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin Chateaubriand propose \u00e0 la diplomatie fran\u00e7aise de soutenir la Russie dans l&rsquo;affaire orientale et de s&rsquo;adresser ainsi au tzar:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Nous pouvons tenir ce langage \u00e0 Nicolas:&quot; Vos ennemis nous sollicitent; nous pr\u00e9f\u00e9rons la paix \u00e0 la guerre, nous d\u00e9sirons garder la neutralit\u00e9. Mais enfin si vous ne pouvez vider vos diff\u00e9rends avec la Porte (Istanbul) que par les armes, si vous voulez aller \u00e0 Constantinople, entrez avec les puissances chr\u00e9tiennes dans un partage \u00e9quitable de la Turquie europ\u00e9enne. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et de juger ainsi les int\u00e9r\u00eats des deux grandes nations alli\u00e9es:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;ai fait voir assez que l&rsquo;alliance de la France avec l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Autriche contre la Russie est une alliance de dupe, o&ugrave; nous ne trouverions que la perte de notre sang et de nos tr\u00e9sors. L&rsquo;alliance de la Russie, au contraire, nous mettrait \u00e0 m\u00eame d&rsquo;obtenir des \u00e9tablissements dans l&rsquo;Archipel et de reculer nos fronti\u00e8res jusqu&rsquo;aux bords du Rhin. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On sait que de Gaulle \u00e9tait un lecteur de Chateaubriand, avec qui il partageait un certain pessimisme historique&hellip; De Gaulle d&rsquo;ailleurs pensait que &laquo; la Russie boirait le communisme, comme le buvard boit l&rsquo;encre &raquo;. Quant \u00e0 la France, elle boirait souvent la &laquo; tasse &raquo;, en 1919 comme en 1939 ou 56, en se mettant aux ordres des Anglo-Saxons!<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et Chateaubriand, soudain moins r\u00eaveur, sentait venir ce vent de trahison:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Maintenant, mes projets ne sont plus r\u00e9alisables: la Russie va se tourner ailleurs. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les grands esprits n&rsquo;ont pas besoin de boule de cristal.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Notes<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>(*) M\u00e9moires d&rsquo;Outre-tombe, Tome 2, Livre XXII, chapitre 13)<\/p>\n<p>(**) M\u00e9moires, Tome III, livre XXIX, chapitre 13<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chateaubriand et l&rsquo;alliance franco-russe Notre Chateaubriand \u00e9tait un ami de la Russie comme le tsar Alexandre 1er fut un ami de la France, m\u00eame celle de Napol\u00e9on. On sous-estime sa brillance politique et diplomatique, dont le personnel de la Restauration (1815-48) d&rsquo;\u00e9loigna&#8230; En 1814, Alexandre \u00e9crivit une \u00e9mouvante lettre au peuple de Paris avant d&rsquo;occuper&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2791,13900,2640,2875,13901,13899,6581],"class_list":["post-81102","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-alexandre","tag-amitie","tag-bonnal","tag-chateaubriand","tag-franco-russe","tag-ier","tag-tsar"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81102"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81102\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}