{"id":81108,"date":"2024-06-07T12:30:18","date_gmt":"2024-06-07T12:30:18","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/06\/07\/le-general-qui-meritait-ses-etoiles\/"},"modified":"2024-06-07T12:30:18","modified_gmt":"2024-06-07T12:30:18","slug":"le-general-qui-meritait-ses-etoiles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/06\/07\/le-general-qui-meritait-ses-etoiles\/","title":{"rendered":"Le g\u00e9n\u00e9ral qui m\u00e9ritait ses \u00e9toiles"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Le g\u00e9n\u00e9ral qui m\u00e9ritait ses \u00e9toiles<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Une remarquable interview du g\u00e9n\u00e9ral italien \u00e0 la retraite Marco Bertolini, sous les auspices du CESE (Centre d&rsquo;\u00e9tudes Eurasie et M\u00e9diterran\u00e9e). &bull; Le sujet : <strong>la crise actuelle qui secoue tout le monde euro-atlantique et la civilisation occidentale<\/strong> avec comme <strong>matrice principale la guerre en Ukraine<\/strong>. &bull; Remarquable interview, o&ugrave; la longueur et les pr\u00e9cisions n&rsquo;alourdissent en rien la vision mais au contraire <strong>lib\u00e8rent la pens\u00e9e et font mieux comprendre les circonstances qui nous ont men\u00e9 o&ugrave; nous sommes<\/strong>. &bull; C&rsquo;est <strong>la GrandeCrise v\u00e9cue en direct<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>__________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>Un remarquable tour d&rsquo;horizon meubl\u00e9s de toutes les nuances qui importent et d\u00e9barrass\u00e9s de tous les bibelots de notre \u00e9pouvantable hypocrisie qui l&rsquo;accablent et  l&rsquo;encombrent d&rsquo;habitude, voil\u00e0 l&rsquo;impression g\u00e9n\u00e9rale que donne cette tr\u00e8s longue interview d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9ral italien \u00e0 la retraite, \u00e0 la vision g\u00e9opolitique extr\u00eamement coh\u00e9rente. Il est assur\u00e9 que, caract\u00e9ris\u00e9 par de tels constats, le g\u00e9n\u00e9ral Bertolini n&rsquo;aurait \u00e9videmment pas sa place dans les fiestas habituelles des petits plateaux encombr\u00e9s de petits fours de LCI. Avec lui, nul besoin de s&rsquo;interroger sur les causes et les responsabilit\u00e9s de la guerre en Ukraine, le contexte historique et les actes des uns et des autres ne laisse aucun doute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Selon le Centre d&rsquo;\u00e9tudes Eurasie et M\u00e9diterran\u00e9e (CESE), qui a recueilli et patronn\u00e9 cette interview et <a href=\"https:\/\/www.cese-m.eu\/cesem\/2024\/05\/intervista-al-generale-marco-bertolini\/\">publi\u00e9 son contenu<\/a>, et gr\u00e2ce \u00e0 la traduction de &lsquo;<em><a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2024\/06\/06\/entretien-avec-le-general-marco-bertolini.html\">euro-strat\u00e9gies.hautefort.com<\/a><\/em>&lsquo;, ce site d&rsquo;une inestimable valeur qui nous donne acc\u00e8s \u00e0 de nombreux penseurs et commentateurs non-fran\u00e7ais, et notamment italiens dans ce cas, les deux intervenants sont ainsi pr\u00e9sent\u00e9s :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Marco Bertolini, g\u00e9n\u00e9ral de corps d&rsquo;arm\u00e9e (r) de l&rsquo;arm\u00e9e italienne, est n\u00e9 \u00e0 Parme le 21 juin 1953. Officier parachutiste, il a termin\u00e9 son service actif le 1er juillet 2016 \u00e0 la t\u00eate du Commandement des op\u00e9rations du sommet interforces de la d\u00e9fense (Coi), dont d\u00e9pendent toutes les op\u00e9rations des forces arm\u00e9es en Italie et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Stefano Vernole, journaliste ind\u00e9pendant et analyste g\u00e9opolitique, est vice-pr\u00e9sident du Centro Studi Eurasia Mediterraneo<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cet entretien vaut non seulement par son contenu tr\u00e8s complet, mais aussi, gr\u00e2ce \u00e0 la compl\u00e9tude du contenu,  donne vie \u00e0 ce caract\u00e8re extraordinaire de notre \u00e9poque que nous mettons souvent en \u00e9vidence avec la m\u00eame citation extraite du livre de Philippe Grasset, &lsquo;<em><a href=\"https:\/\/www.amazon.com.be\/Chronique-lebranlement-Philippe-Grasset\/dp\/2874020567\/ref=sr_1_1?crid=MHD7VW89DBK3&#038;dib=eyJ2IjoiMSJ9.Q_eSm8oG0m8hh9o25uke_g.7p7EYTNnxnd7Iw67I6c0P2KYQXGz06pdMv7C9Gg_9nI&#038;dib_tag=se&#038;keywords=Philippe+Grasset+Chronique+de+l%27\u00e9branlement&#038;qid=1717749384&#038;sprefix=philippe+grasset+chronique+de+l%27\u00e9branlement%2Caps%2C396&#038;sr=8-1\">Chronique de l&rsquo;\u00e9branlement<\/a><\/em>&lsquo; (publi\u00e9 en 2003 et non en 2010 comme indiqu\u00e9 sur la r\u00e9f\u00e9rence que nous donnons, qui indique un \u00e9diteur que nous ne connaissons pas, ce qui est une circonstance assez curieuse&#8230; ?). Et, dans ce cas, Bertolini y ajoute le ph\u00e9nom\u00e8ne de la \u00ab\u00a0bulle euroatlantique\u00a0\u00bb o&ugrave; nous vivons, qui b\u00e9n\u00e9ficie du m\u00eame caract\u00e8re de simultan\u00e9it\u00e9 de l&rsquo;identification et de la connaissance&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>D&rsquo;abord, il y a ceci : en m\u00eame temps que nous subissions cet \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;une force et d&rsquo;une ampleur extr\u00eames<\/em> [l&rsquo;attaque 9-11]<em>, nous observions cet \u00e9v\u00e9nement en train de s&rsquo;accomplir et, plus encore, nous nous observions les uns les autres en train d&rsquo;observer cet \u00e9v\u00e9nement. L&rsquo;histoire se fait, soudain dans un d\u00e9roulement explosif et brutal, nous la regardons se faire et nous nous regardons en train de la regarder se faire. On sait \u00e9galement que ceux qui ont d\u00e9cid\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 cette attaque l&rsquo;ont fait parce qu&rsquo;ils savaient qu&rsquo;existe cet \u00e9norme ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;observation des choses en train de se faire, et de nous-m\u00eames en train d&rsquo;observer. Le monde est comme une addition de poup\u00e9es russes, une duplication de la r\u00e9alit\u00e9 en plusieurs r\u00e9alit\u00e9s embo&icirc;t\u00e9es les unes sur les autres<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le g\u00e9n\u00e9ral Bertolini, homme distingu\u00e9 par la culture comme on en trouve peu dans les dites \u00ab\u00a0grandes\u00a0\u00bb arm\u00e9es de l&rsquo;Alliance, d\u00e9crit avec minutie les conditions actuelles de la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a> en en rappelant les racines essentielles, essentiellement depuis la chute de l&rsquo;URSS Ainsi se d\u00e9roule le ph\u00e9nom\u00e8ne que nous d\u00e9crivons dans l&rsquo;extrait ci-dessus dans la mesure o&ugrave; tout ce qui est dit confirme notre quotidien presque dans son instantan\u00e9it\u00e9, auquel s&rsquo;ajoute une dimension m\u00e9tahistorique \u00e9vidente. On retrouve <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/constat-de-finkielkraut\">ce ph\u00e9nom\u00e8ne<\/a> que nous signalions le 1<sup>er<\/sup> septembre 2020, \u00e0 partir d&rsquo;une remarque du philosophe Finkielkraut :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Nous ne disposons plus aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une philosophie de l&rsquo;histoire pour accueilli les \u00e9v\u00e9nements, les ranger et les ordonner. Le temps de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9liano-marxisme est derri\u00e8re nous. Il est donc n\u00e9cessaire, in\u00e9vitable de mettre la pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et la t\u00e2che que je m&rsquo;assigne, ce n&rsquo;est plus la grande t\u00e2che m\u00e9taphysique de r\u00e9pondre \u00e0 la question \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que ?\u00a0\u00bb mais de r\u00e9pondre \u00e0 la question \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il se passe ?\u00a0\u00bb&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&Eacute;videmment, dans ce contexte Bertolini n&rsquo;a nul besoin de d\u00e9signer les responsables et  les victimes qui sont hors des chemins encombr\u00e9s de l&rsquo;immonde bienpensance qui anime les foules de nos \u00e9lites-zombies, &ndash; nous les reconnaissons ais\u00e9ment, sur les chemins de traverse, tout en identifiant les diverses f\u00e9lonies des acteurs de circonstance de  l&rsquo;am\u00e9ricanisme-occidentalisme. Bertolini nous offre ainsi un tableau somptueux de l&rsquo;immense crise que nous traversons, disposant \u00e0 plein de ce  privil\u00e8ge exceptionnel de s&rsquo;y reconna&icirc;tre comme figurant actif sinon acteur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les questions sont tr\u00e8s longues et d\u00e9broussaillent bien le sujet propos\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral ; ses r\u00e9ponses sont \u00e9galement tr\u00e8s longues, d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s naturelle puisqu&rsquo;elles \u00e9voluent dans une nature qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9gag\u00e9e pour elles. Nulle part, pourtant, rien n&rsquo;est trop long. Nous n&rsquo;avons qu&rsquo;\u00e0 nous f\u00e9liciter de cette interview qui ressemble \u00e0 une conf\u00e9rence ou \u00e0 un cours magistral  donn\u00e9 dans une universit\u00e9 qui aurait \u00e9chapp\u00e9 au grand nettoyage de blanchiment de la r\u00e9alit\u00e9 selon les consignes du wokenisme<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Entretien avec le G\u00e9n\u00e9ral Bertolini<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Stefano Vernole<\/em><\/strong> &ndash; &laquo; <em>Bonjour, mon G\u00e9n\u00e9ral. La semaine s&rsquo;est ouverte sur les r\u00e9actions du gouvernement italien aux d\u00e9clarations de Jens Stoltenberg ; le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;OTAN a invit\u00e9 les alli\u00e9s qui fournissent des armes \u00e0 l&rsquo;Ukraine \u00e0 &laquo; envisager &raquo; de lever l&rsquo;interdiction d&rsquo;utiliser ces armes pour frapper des cibles militaires en Russie, parce que Kiev &laquo; a le droit de se d\u00e9fendre et cela inclut de frapper des cibles sur le territoire russe &raquo;. Nonobstant le fait qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;Ukraine frappe d\u00e9j\u00e0 depuis deux ans des cibles sur le territoire de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie (Belgorod en particulier) et pas seulement en Crim\u00e9e, territoire contest\u00e9, pensez-vous que le gouvernement italien pourra r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;effet d&rsquo;entra&icirc;nement provoqu\u00e9 par les propos de Stoltenberg et d&rsquo;autres dirigeants europ\u00e9ens (Macron en particulier), m\u00eame apr\u00e8s les \u00e9lections europ\u00e9ennes ? Ne vous semble-t-il pas que la rh\u00e9torique atlantiste, jour apr\u00e8s jour, cherche l&rsquo;escalade et que le comportement ant\u00e9rieur de notre pays face aux pressions am\u00e9ricaines ne rassure pas pleinement sur la possibilit\u00e9 de rester \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart d&rsquo;une aggravation du conflit ? <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>G\u00e9n\u00e9ral Marco Bertolini<\/em><\/strong> &ndash;  &laquo; Tout d&rsquo;abord, je pense que je dois admettre que Stoltenberg a expos\u00e9, certainement sans le vouloir, l&rsquo;hypocrisie de l&rsquo;Occident dans son ensemble. L&rsquo;Occident, entendu comme ce conglom\u00e9rat qui appartient \u00e0 l&rsquo;anglosph\u00e8re en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 l&rsquo;OTAN et l&rsquo;UE en particulier, est en guerre contre la Russie depuis deux ans. Il l&rsquo;est par les termes insultants (boucher, criminel, dictateur, etc.) utilis\u00e9s pour qualifier ce qui fut et reste le pr\u00e9sident \u00e9lu et reconnu d&rsquo;un pays avec lequel nous entretenons toujours des relations diplomatiques, par les d\u00e9monstrations de haine &laquo; raciale &raquo; contre tout ce qui est russe (de la culture au sport, au point d&rsquo;exclure les athl\u00e8tes paralympiques des comp\u00e9titions internationales), et bien s&ucirc;r par le r\u00e9gime de sanctions qui non seulement affecte surtout nos \u00e9conomies, mais contredit aussi des d\u00e9cennies de relations commerciales entre l&rsquo;Europe occidentale et l&rsquo;Europe slave qui ont apport\u00e9 prosp\u00e9rit\u00e9 et richesse aux uns et aux autres. Ainsi que la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais tout au long de cette longue p\u00e9riode, une hostilit\u00e9 sous-jacente a persist\u00e9, en particulier de la part de l&rsquo;extr\u00eame Occident, qui ne pouvait dig\u00e9rer une soudure entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Asie via la Russie, qui menacerait de cr\u00e9er un \u00e9norme centre de pouvoir dans le \u00ab\u00a0Heartland\u00a0\u00bb de Mackinder, l&rsquo;inventeur de la g\u00e9opolitique. Et ce, au d\u00e9triment des puissances insulaires, navales et anglo-saxonnes qui ont toujours consid\u00e9r\u00e9 l&rsquo;Europe comme une entit\u00e9 quelque peu \u00e9trang\u00e8re, voire hostile. En tout cas, \u00e0 contr\u00f4ler.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les m\u00eames ann\u00e9es o&ugrave; Vladimir Poutine a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u dans nos chancelleries avec tous les honneurs, en effet, les actions n&rsquo;ont pas manqu\u00e9 pour miner ce qui restait de la sph\u00e8re d&rsquo;influence russe emport\u00e9e par l&rsquo;effondrement sovi\u00e9tique. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, un autre, plus petit, \u00e9tait construit dans les Balkans pour isoler la petite Serbie et ghetto\u00efser la Republika Srpska en Bosnie, encore plus petite, tandis que la quasi-totalit\u00e9 des pays autrefois alli\u00e9s au sein du Pacte de Varsovie basculaient dans l&rsquo;OTAN, voire une partie de l&rsquo;ex-URSS elle-m\u00eame (les pays baltes). Avec les printemps arabes, initi\u00e9s, toujours par co\u00efncidence, par le trio am\u00e9ricain, britannique et fran\u00e7ais, avec l&rsquo;attaque de la Libye et la destruction de la Syrie, l&rsquo;alli\u00e9 historique de Moscou, le tableau \u00e9tait donc plant\u00e9 pour d&rsquo;autres d\u00e9veloppements, qui se d\u00e9roulent malheureusement aujourd&rsquo;hui sous nos yeux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Laissant de c\u00f4t\u00e9 cette digression historique et revenant au sujet, l&rsquo;hypocrisie de l&rsquo;Occident a atteint son apog\u00e9e avec la fourniture d&rsquo;armes hautement sophistiqu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Ukraine, avec la clause \u00e0 la Ponce Pilate d&rsquo;interdire &#8211; au moins officiellement &#8211; leur utilisation contre le territoire russe. Une clause absurde et probablement impossible \u00e0 respecter par ceux qui combattent un ennemi plus fort avec ces armes.  Et par ceux qui per\u00e7oivent d\u00e9sormais clairement que leur propre survie politique, voire physique, d\u00e9pend de l&rsquo;issue d&rsquo;une guerre qui semble d\u00e9sormais perdue sur le terrain ; \u00e0 moins de tout remettre en jeu en \u00e9largissant le p\u00e9rim\u00e8tre et en impliquant l&rsquo;OTAN et l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce &laquo; je voudrais bien, mais je ne peux pas &raquo;, se cache en somme toute la duplicit\u00e9 occidentale mise \u00e0 nu par Stoltenberg avec un &laquo; le roi est nu &raquo; qui embarrasse tout le monde. Et l&#8217;embarras est aussi motiv\u00e9 par le fait que, contrairement \u00e0 Macron qui est le pr\u00e9sident \u00e9lu de la France et qui, \u00e0 ce titre, a tout \u00e0 fait le droit de faire et de dire ce qu&rsquo;il juge n\u00e9cessaire dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de son propre pays, Stoltenberg n&rsquo;est qu&rsquo;un haut fonctionnaire nomm\u00e9, dont les pouvoirs se limitent \u00e0 rapporter et \u00e0 coordonner les d\u00e9cisions prises \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 par les pays de l&rsquo;OTAN, dont certains, comme on le sait, ne voient pas d&rsquo;un bon &oelig;il la poursuite d&rsquo;autres actes belliqueux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;en reste pas moins que je ne crois pas qu&rsquo;il parle pour faire grincer des dents, et qu&rsquo;il participe certainement, sans en avoir le droit, \u00e0 une escalade de tons qui a commenc\u00e9 il y a au moins deux ans, pour pr\u00e9parer l&rsquo;opinion publique et porter aux cons\u00e9quences extr\u00eames une guerre qui, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, voit la Russie avec un avantage consid\u00e9rable, au niveau tactico-op\u00e9rationnel, au grand dam de ceux qui pr\u00e9voyaient sa d\u00e9faite d\u00e9finitive et son exclusion de l&rsquo;Europe et de la mer M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En bref, nous en sommes arriv\u00e9s aux cons\u00e9quences pr\u00e9visibles d&rsquo;un plan d&rsquo;action mis\u00e9rable par lequel l&rsquo;Occident tout entier s&rsquo;est pli\u00e9 aux d\u00e9cisions belliqueuses de Londres et de Washington dans l&rsquo;illusion qu&rsquo;il existait une diff\u00e9rence suffisante de potentiel technologique, social, moral et motivationnel pour prendre le dessus sur Moscou.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela dit, c&rsquo;est avec soulagement que de nombreux gouvernements, dont le n\u00f4tre, ont pris leurs distances avec les affirmations de Stoltenberg et de Macron ; mais je doute que cette attitude prudente tienne face \u00e0 un accident nucl\u00e9aire majeur \u00e0 Energodar, par exemple, expos\u00e9 aux tirs d&rsquo;artillerie ukrainiens depuis deux ans alors que tout le monde semble l&rsquo;avoir oubli\u00e9, ou \u00e0 un casus belli avec un fort impact m\u00e9diatique et un appel aux armes cons\u00e9quent pour la d\u00e9fense de la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb ukrainienne. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Stefano Vernole<\/em><\/strong> &ndash; &laquo; <em>Depuis le 17 avril, l&rsquo;Ukraine a utilis\u00e9 au moins 50 ATCMS pour attaquer diverses cibles. Certaines de ces attaques ont \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9es de succ\u00e8s et ont touch\u00e9 des installations importantes: au moins deux S-400, un d\u00e9p\u00f4t de munitions et au moins trois avions lors d&rsquo;une attaque contre l&rsquo;a\u00e9roport de Belbek le 16 mai. L&rsquo;un des deux radars d&rsquo;Armavir, dans le sud de la Russie, a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 et, d&rsquo;apr\u00e8s les photos, endommag\u00e9. Les deux syst\u00e8mes radar d&rsquo;Armavir, qui fonctionnent sur des fr\u00e9quences UHF, couvrent l&rsquo;Iran, le Moyen-Orient et la partie la plus m\u00e9ridionale de l&rsquo;Ukraine. Ils constituent surtout l&rsquo;une des composantes du r\u00e9seau d&rsquo;alerte pr\u00e9coce de la Russie pour sa propre d\u00e9fense contre les attaques de missiles ICBM et les attaques nucl\u00e9aires ; ils peuvent \u00e9galement identifier des avions et des missiles d&rsquo;autres types, mais c&rsquo;est l\u00e0 leur r\u00f4le principal. Dans la pratique, un radar qui permet \u00e0 la Russie d&rsquo;identifier les missiles nucl\u00e9aires se dirigeant vers son territoire a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9. Si un radar de ce type est endommag\u00e9, non seulement les capacit\u00e9s de d\u00e9fense contre une attaque nucl\u00e9aire sont limit\u00e9es, mais le risque d&rsquo;identifier comme une menace quelque chose qui n&rsquo;en est pas une et de d\u00e9clencher des contre-mesures appropri\u00e9es m\u00eame en l&rsquo;absence de menace augmente de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e. En r\u00e9sum\u00e9, pensez-vous que le risque d&rsquo;une riposte russe, m\u00eame nucl\u00e9aire, est toujours r\u00e9el ? <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>G\u00e9n\u00e9ral Marco Bertolini<\/em><\/strong>  &ndash; &laquo; C&rsquo;est l&rsquo;un des risques auxquels je faisais r\u00e9f\u00e9rence. Les syst\u00e8mes d&rsquo;alerte pr\u00e9coce des Etats-Unis et de la Russie surtout, mais cela vaut aussi pour la Chine, font partie int\u00e9grante de la dissuasion nucl\u00e9aire dans son ensemble, au m\u00eame titre que les armes et les lanceurs qui permettent de les lancer sur des cibles. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 eux que les puissances nucl\u00e9aires sont en mesure de d\u00e9tecter les menaces qui p\u00e8sent sur leur territoire bien avant qu&rsquo;elles n&rsquo;apparaissent \u00e0 l&rsquo;horizon. Mais c&rsquo;est aussi gr\u00e2ce \u00e0 la connaissance de leur existence que l&rsquo;ennemi potentiel sait que ses attaques seront d\u00e9tect\u00e9es bien \u00e0 l&rsquo;avance, ce qui d\u00e9clenchera des repr\u00e9sailles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour en venir au cas particulier que vous \u00e9voquez, l&rsquo;inefficacit\u00e9 \u00e9ventuelle de l&rsquo;alerte pr\u00e9coce d&rsquo;Armavir, qui ouvrirait une faille dans l&rsquo;angle sud-ouest de la Russie, pourrait d\u00e9clencher de fausses alertes, voire pousser la Russie \u00e0 une frappe pr\u00e9ventive pour \u00e9viter la premi\u00e8re frappe de l&rsquo;adversaire. En bref, si Zelenski \u00e9tait parvenu \u00e0 d\u00e9truire le radar par une telle &laquo; frappe &raquo;, il aurait inflig\u00e9 de graves dommages non seulement aux d\u00e9fenses de la Russie, mais aussi \u00e0 celles des &Eacute;tats-Unis, d\u00e9sormais expos\u00e9s \u00e0 une r\u00e9action contre leur dissuasion strat\u00e9gique et pas seulement contre leur &laquo; outil &raquo; tactique ukrainien. &Agrave; moins que les &Eacute;tats-Unis ne soient, autant que possible, \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;attaque, ce qui supposerait une exploitation imminente de ses r\u00e9sultats, avec les cons\u00e9quences que l&rsquo;on peut imaginer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Zelenski n&rsquo;y va pas de main morte car il lutte pour sa propre survie. Une survie compromise par les revers constants sur le terrain, par la r\u00e9sistance toujours plus grande \u00e0 une mobilisation qui \u00e9puise ce qui reste de la soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne, par les accusations d&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9 politique n\u00e9es de l&rsquo;expiration de son mandat \u00e9lectoral, par la pr\u00e9sence d&rsquo;autres figures comme Arestovich et Zaluzhni qui, bien qu&rsquo;\u00e9loign\u00e9es de l&rsquo;Ukraine, ne manquent pas d&rsquo;un plus grand charisme, par la lassitude de l&rsquo;opinion publique occidentale, de plus en plus r\u00e9ticente \u00e0 prouver ce que l&rsquo;on ressent quand on &laquo; meurt pour Kiev &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autre part, elle peut compter sur la terreur de l&rsquo;Occident face \u00e0 une \u00e9ventuelle victoire russe qui mettrait en p\u00e9ril sa cr\u00e9dibilit\u00e9 globale, en raison de ce qu&rsquo;elle a investi dans cette guerre par procuration d&rsquo;un point de vue rh\u00e9torique, politique, financier, \u00e9nerg\u00e9tique et militaire, exprimant le meilleur de ses outils tactiques jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent insuffisants dans ce dernier domaine. &Agrave; cet Occident qui a d\u00e9j\u00e0 d&ucirc; faire de nombreux pas en arri\u00e8re en Afrique, la France donne de la voix avec un interventionnisme dangereux qui, pour l&rsquo;instant, ne semble attirer personne d&rsquo;autre que les petits &Eacute;tats baltes en col\u00e8re, impatients de mettre la main \u00e0 la p\u00e2te, tout en s&rsquo;accrochant fermement aux jupes de Mother UK. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Stefano Vernole<\/em><\/strong>  &ndash; &laquo; <em>En Europe, nous semblons \u00eatre confront\u00e9s \u00e0 une \u00ab\u00a0temp\u00eate parfaite\u00a0\u00bb (&lsquo;prefect storm&rsquo;). L&rsquo;Ukraine g\u00e9n\u00e8re un effet domino extr\u00eamement dangereux et plusieurs crises r\u00e9gionales sont r\u00e9activ\u00e9es : les Balkans (Republika Srpska et Kosovo), la Transnistrie et la Gagaouzie (Moldavie et Roumanie), Kaliningrad et le corridor de Suwalki (Allemagne, Pologne et Belarus), le Caucase (Arm\u00e9nie et Azerba\u00efdjan), les tensions frontali\u00e8res dans les pays baltes (Estonie, Lituanie et Finlande) et la rivalit\u00e9 russo-anglaise pour le contr\u00f4le de la mer Noire. Le pr\u00e9sident hongrois Viktor Orban a d\u00e9nonc\u00e9 non seulement l&rsquo;agressivit\u00e9 de l&rsquo;opinion publique europ\u00e9enne mais aussi la tenue d&rsquo;une r\u00e9union \u00e0 Bruxelles dans le but d&rsquo;impliquer directement l&rsquo;OTAN dans le conflit ukrainien, mais aussi in\u00e9vitablement sur d&rsquo;autres th\u00e9\u00e2tres de crise. Comment \u00e9valuez-vous la proposition d&rsquo;une arm\u00e9e europ\u00e9enne int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;OTAN (r\u00e9cemment \u00e9voqu\u00e9e par von der Leyen et d&rsquo;autres) ? Ou bien un repositionnement sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat national, comme le sugg\u00e8re Orban lui-m\u00eame, serait-il pr\u00e9f\u00e9rable ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>G\u00e9n\u00e9ral Marco Bertolini<\/em><\/strong>  &ndash; &laquo; Les inqui\u00e9tudes suscit\u00e9es par la guerre en Ukraine nous font souvent oublier le contexte g\u00e9n\u00e9ral, qui est encore plus inqui\u00e9tant. Que la Russie soit encercl\u00e9e est un fait incontestable, non seulement en raison du passage de nombreux pays du Pacte de Varsovie \u00e0 l&rsquo;OTAN ou de l&rsquo;influence am\u00e9ricaine dans les anciennes r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques du Sud, mais aussi en raison de l&rsquo;\u00e9mergence de situations de crise qui sont sur le point d&rsquo;exploser \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie m\u00eame du pays. C&rsquo;est le cas de la mer Baltique, devenue subitement un \u00ab\u00a0lac OTAN\u00a0\u00bb avec le passage de la Su\u00e8de et de la Finlande \u00e0 l&rsquo;Alliance atlantique apr\u00e8s une \u00e8re de neutralit\u00e9 prolong\u00e9e, alors m\u00eame qu&rsquo;elle est la base d&rsquo;une des cinq flottes russes, \u00e0 Kaliningrad. Le fait que l&rsquo;amiral Stavridis, ancien SACEUR et aujourd&rsquo;hui cadre sup\u00e9rieur de la Fondation Rockefeller, ait parl\u00e9 de la n\u00e9cessit\u00e9 de neutraliser l&rsquo;enclave russe en cas de crise laisse clairement entrevoir la possibilit\u00e9 non n\u00e9gligeable d&rsquo;un cas ukrainien m\u00eame \u00e0 ces latitudes, \u00e0 la satisfaction des r\u00e9publiques baltes et de la Pologne. Des raisons similaires de crise existent en Roumanie, avec la construction pr\u00e9vue \u00e0 Mihail Kogqlniceanu, pr\u00e8s de Constanza sur la c\u00f4te de la mer Noire, de la plus grande base militaire de l&rsquo;OTAN en Europe. Par ailleurs, les man&oelig;uvres moldaves visant \u00e0 ramener la Transnistrie &laquo; russe &raquo; sous la souverainet\u00e9 de Chisinau ne peuvent qu&rsquo;\u00eatre per\u00e7ues comme une menace par Moscou, qui d\u00e9ploie depuis des d\u00e9cennies son propre contingent limit\u00e9 de maintien de la paix sur cette \u00e9troite bande de territoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les Balkans, des pressions consid\u00e9rables s&rsquo;exercent depuis longtemps sur la r\u00e9alit\u00e9 serbe. L&rsquo;instauration par l&rsquo;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies d&rsquo;une journ\u00e9e de comm\u00e9moration du &laquo; g\u00e9nocide &raquo; de Srebrenica a fortement touch\u00e9 la population serbe de Bosnie qui, selon le pr\u00e9sident de la Republika Srbska, pourrait d\u00e9sormais d\u00e9cider de se s\u00e9parer de la Bosnie-Herz\u00e9govine. Bref, une sorte de &laquo; 25 avril &raquo; balkanique, qui d\u00e9montre la v\u00e9ritable fonction de certaines &laquo; journ\u00e9es du souvenir &raquo;, non pas destin\u00e9es \u00e0 surmonter la laideur d&rsquo;hier, mais simplement \u00e0 les figer en fonction de leur utilit\u00e9 pour l&rsquo;avenir ; ou \u00e0 emp\u00eacher des pays potentiellement importants, comme dans le cas de l&rsquo;Italie, de se pr\u00e9senter d&rsquo;une seule voix sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le Caucase, autre zone strat\u00e9gique o&ugrave; les int\u00e9r\u00eats russes et am\u00e9ricains (et turcs) se croisent et s&rsquo;affrontent, la situation n&rsquo;est pas meilleure, la G\u00e9orgie, pays candidat \u00e0 l&rsquo;OTAN et \u00e0 l&rsquo;UE, \u00e9tant touch\u00e9e par des manifestations qui pourraient d\u00e9boucher sur un Euroma\u00efdan local, sous le pr\u00e9texte d&rsquo;une loi qui garantirait simplement la transparence dans le financement des ONG. Heureusement, pour l&rsquo;instant, la r\u00e9action du gouvernement r\u00e9siste aux indignations faciles de l&rsquo;Occident qui voudrait dicter les choix politiques locaux, mais la r\u00e9gion est trop importante pour renoncer \u00e0 l&rsquo;ouverture d&rsquo;un nouveau front qui engagerait Moscou. Sans oublier, bien s&ucirc;r, le conflit azerba\u00efdjano-arm\u00e9nien o&ugrave; les Etats-Unis, la Russie et la Turquie se disputent le contr\u00f4le de la zone, cruciale pour la construction du corridor qui devrait mener de Saint-P\u00e9tersbourg \u00e0 l&rsquo;Iran et, de l\u00e0, \u00e0 l&rsquo;Inde. Quant \u00e0 l&rsquo;Iran, son affrontement avec Isra\u00ebl jette au moins une ombre de doute sur le caract\u00e8re al\u00e9atoire de l&rsquo;incident qui a conduit \u00e0 la mort du pr\u00e9sident Raisi et de son ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, rendant une zone de conjonction entre la crise ukrainienne et la crise du Moyen-Orient encore plus instable et capable d&rsquo;entra&icirc;ner tout le monde dans son tourbillon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour en venir \u00e0 la question concr\u00e8te, face \u00e0 cette prolif\u00e9ration non al\u00e9atoire de crises, la tentation de mettre en place une \u00ab\u00a0arm\u00e9e europ\u00e9enne\u00a0\u00bb se fait toujours sentir. Je crois cependant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un faux probl\u00e8me qui tend \u00e0 faire oublier la nature premi\u00e8re des forces arm\u00e9es, \u00e0 savoir constituer une garnison pour prot\u00e9ger et d\u00e9fendre la souverainet\u00e9 nationale. En bref, la cr\u00e9ation d&rsquo;un instrument militaire \u00ab\u00a0europ\u00e9en\u00a0\u00bb dans le sillage des craintes suscit\u00e9es par la crise ukrainienne se traduirait par une simple abdication de ce qui reste de la souverainet\u00e9 nationale individuelle, pour confier ses forces \u00e0 un commandement qui, dans ce cas, serait sous le contr\u00f4le d&rsquo;autres ; en particulier de la France, de l&rsquo;Allemagne, de la Pologne ou du Royaume-Uni (m\u00eame si les Britanniques sont d\u00e9sormais en dehors de l&rsquo;UE), tous des pays centr\u00e9s sur \u00ab\u00a0leurs\u00a0\u00bb int\u00e9r\u00eats nationaux plut\u00f4t que sur les int\u00e9r\u00eats \u00e9vanescents et virtuels de l&rsquo;Union ou de l&rsquo;Alliance. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Stefano Vernole<\/em><\/strong> &ndash; &laquo; <em>Si la situation est critique en Europe, elle ne semble gu\u00e8re meilleure dans le reste du monde. En Afrique, nous assistons \u00e0 une confrontation totale entre les puissances occidentales et les nations du BRICS, avec les Turcs comme troisi\u00e8me roue de la charette, pour le contr\u00f4le de leurs sph\u00e8res d&rsquo;influence respectives ; au Moyen-Orient, nous sommes les spectateurs actifs du massacre des Palestiniens (en fournissant des armes \u00e0 Isra\u00ebl) et de l&rsquo;intensification du ressentiment du monde islamique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;Occident ; en Asie, la crise de Ta\u00efwan s&rsquo;aggrave dangereusement. Il semble \u00e9vident que sans un retour \u00e0 la diplomatie internationale, l&rsquo;avenir du monde sera de plus en plus n\u00e9buleux et dangereux. Que pouvons-nous attendre de ce point de vue dans les mois\/ann\u00e9es \u00e0 venir ? Existe-t-il un potentiel diplomatique pour au moins limiter les conflits actuels et futurs ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> <strong><em>G\u00e9n\u00e9ral Marco Bertolini<\/em><\/strong> &ndash; &laquo; Nous sommes dans une phase de transformation spectaculaire de l&rsquo;ordre mondial autoproclam\u00e9 en quelque chose d&rsquo;autre qu&rsquo;il est encore difficile de pr\u00e9dire. Certes, la r\u00e9alit\u00e9 des BRICS semble menacer la domination traditionnelle anglo-occidentale mais, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, il ne fait aucun doute que, sur le plan strat\u00e9gique, les jeux ne sont pas encore faits. Un lien fort entre la Russie et la Chine se consolide, y compris en termes militaires, mais il est \u00e9galement vrai que les zones de friction ou d&rsquo;affrontement entre l&rsquo;Ouest et l&rsquo;Est le long de la fronti\u00e8re eurasienne posent \u00e0 la Russie de grands probl\u00e8mes \u00e0 prendre en compte. &Agrave; cette situation s&rsquo;ajoute l&rsquo;insoluble probl\u00e8me du Moyen-Orient, o&ugrave; Isra\u00ebl, sorte de greffe occidentale \u00e0 l&rsquo;Est, agit avec une extr\u00eame absence de scrupules, sans craindre de devoir r\u00e9pondre \u00e0 qui que ce soit de ses actes, m\u00eame les plus cruels \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la population palestinienne. Et le fant\u00f4me d&rsquo;un affrontement r\u00e9gional impliquant l&rsquo;\u00e9norme Iran, cible depuis des ann\u00e9es d&rsquo;attentats en Syrie, ne permet pas de cultiver trop d&rsquo;illusions sur un avenir pacifique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bref, ce n&rsquo;est pas une \u00e8re de paix qui s&rsquo;annonce, et cela met \u00e0 jour une autre hypocrisie sous-jacente de l&rsquo;Occident, d\u00e9sormais contraint par l&rsquo;irruption de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 renoncer \u00e0 l&rsquo;illusion que la guerre a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e de l&rsquo;histoire avec l&rsquo;affirmation des d\u00e9mocraties et la d\u00e9faite de l&rsquo;autoritarisme europ\u00e9en il y a quatre-vingts ans. Cette r\u00e9alit\u00e9 contredit le r\u00eave onirique de Francis Fukuyama selon lequel il n&rsquo;y aurait plus besoin de l&rsquo;histoire, qui, au contraire, fait toujours bonne figure dans notre pr\u00e9sent vertueux. Vertueux, inclusif, accueillant, solidaire et respectueux de l&rsquo;environnement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faudrait en effet une diplomatie capable d&rsquo;apaiser les tensions, mais avant cela, il faudrait une politique qui privil\u00e9gie r\u00e9ellement &#8211; et pas seulement en paroles &#8211; le dialogue \u00e0 la confrontation. C&rsquo;est en effet la politique qui fait avancer la diplomatie, et si la politique veut la guerre, la diplomatie ne peut que reculer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela peut para&icirc;tre \u00e9trange, en effet, mais pour beaucoup, la guerre n&rsquo;est pas encore un mal absolu, mais un moyen acceptable de d\u00e9fendre ce que l&rsquo;on consid\u00e8re comme les int\u00e9r\u00eats vitaux de son pays, \u00e0 tort ou \u00e0 raison. C&rsquo;est pourquoi elle est men\u00e9e par des soldats et non par des policiers, m\u00eame si, dans notre recherche hypocrite d&rsquo;euph\u00e9mismes conciliant les engouements constitutionnels et les r\u00e9alit\u00e9s politiquement incorrectes, nous en sommes venus \u00e0 inventer la cat\u00e9gorie des op\u00e9rations internationales de police, s&oelig;urs jumelles de l&rsquo;oxymore des op\u00e9rations de paix, au son des canonnades bien s&ucirc;r. Je crois personnellement que la r\u00e9f\u00e9rence aux &laquo; int\u00e9r\u00eats vitaux &raquo; peut \u00eatre comprise par tous, de m\u00eame que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 &laquo; son propre pays &raquo;. Mais encore faut-il pr\u00e9ciser que les valeurs ou principes souvent \u00e9voqu\u00e9s (par exemple la &laquo; d\u00e9mocratie &raquo;) ne sont pas vitaux, surtout lorsqu&rsquo;ils sont utilis\u00e9s pour \u00e9touffer dans l&rsquo;&oelig;uf les ambitions de d\u00e9fense d&rsquo;autrui. C&rsquo;est malheureusement ce qui se fait depuis des d\u00e9cennies et si nous avions \u00e9t\u00e9 attentifs \u00e0 ce qui se passait dans le monde en dehors de notre bulle euro-atlantique, nous aurions d&ucirc; nous en rendre compte bien plus t\u00f4t qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Bien avant l&rsquo;effondrement &raquo;.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le g\u00e9n\u00e9ral qui m\u00e9ritait ses \u00e9toiles &bull; Une remarquable interview du g\u00e9n\u00e9ral italien \u00e0 la retraite Marco Bertolini, sous les auspices du CESE (Centre d&rsquo;\u00e9tudes Eurasie et M\u00e9diterran\u00e9e). &bull; Le sujet : la crise actuelle qui secoue tout le monde euro-atlantique et la civilisation occidentale avec comme matrice principale la guerre en Ukraine. &bull; Remarquable&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[13911,3283,2719,1296],"class_list":["post-81108","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-bertolini","tag-general","tag-grandecrise","tag-ukraine"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81108","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81108"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81108\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81108"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81108"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}