{"id":81209,"date":"2024-08-15T13:48:59","date_gmt":"2024-08-15T13:48:59","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/08\/15\/le-capitalisme-de-laneantissement\/"},"modified":"2024-08-15T13:48:59","modified_gmt":"2024-08-15T13:48:59","slug":"le-capitalisme-de-laneantissement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/08\/15\/le-capitalisme-de-laneantissement\/","title":{"rendered":"Le capitalisme de l&rsquo;an\u00e9antissement"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Le capitalisme de l&rsquo;an\u00e9antissement<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Il s&rsquo;agit ici de la pr\u00e9sentation d&rsquo;un texte remarquable et consid\u00e9rable de Gil-Manuel Hern\u00e0ndez i Mart&iacute; sur <strong>les relations \u00e9troites entre le capitalisme et les mythes des Anciens<\/strong>. &bull; On y trouve les \u00ab\u00a0fondements mythiques\u00a0\u00bb du capitalisme, selon la formule r\u00e9sumant l&rsquo;ampleur du propos et le v\u00e9ritable visage du capitalisme : <strong>&laquo; <em>des fondements mythiques \u00e0 l&rsquo;impossible mythe<\/em> &raquo; du capitalisme.<\/strong> &bull; Le capitalisme se trouve priv\u00e9 de la \u00ab\u00a0vertu\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00eatre la pure cr\u00e9ation et le garant de la modernit\u00e9, pour r\u00e9v\u00e9ler <strong>son destin destructeur du monde et de lui-m\u00eame<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous nous trouvons devant un texte remarquable du sociologue et philosophe espagnol Gil-Manuel Hern\u00e0ndez i Mart&iacute;, qui s&rsquo;attaque aux &laquo; <em>fondements mythiques du capitalisme<\/em> &raquo; pour montrer sa profonde perversion et son irr\u00e9m\u00e9diable destin d&rsquo;effondrement par autodestruction, en d\u00e9truisant ses <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/deconstructuration-du-deconstructeur\">propres structures<\/a>. Tout est dit \u00e0 cet \u00e9gard par la derni\u00e8re partie du texte qui r\u00e9sume &laquo; <em>des fondements mythiques \u00e0 l&rsquo;impossible mythe<\/em> &raquo;. Partout en effet se r\u00e9v\u00e8le aujourd&rsquo;hui ce destin que nous suivons <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/vie-et-mort-effrenees-de-la-modernite\">depuis des ann\u00e9es<\/a> du lien indissociable et fatal entre la surpuissance et l&rsquo;autodestruction, la premi\u00e8re nourrissant irr\u00e9m\u00e9diablement la seconde ; cette fois, l&rsquo;on constate que cette mal\u00e9diction \u00e9tait scell\u00e9e d\u00e8s l&rsquo;origine de notre civilisation, chez les Grecs et les Romains, et qu&rsquo;elle \u00e9tait per\u00e7ue, avec l&rsquo;appui de l&rsquo;hubris, comme le destin m\u00eame de la mort ignominieuse de la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous n&rsquo;avons repris qu&rsquo;une partie du texte, &ndash; tr\u00e8s long et extr\u00eamement ambitieux, et avec succ\u00e8s, &ndash; pour donner cette derni\u00e8re partie apr\u00e8s un court extrait de l&rsquo;introduction. Nos lecteurs pourront se reporter avec profit au texte complet (venu de &lsquo;<em><a href=\"https:\/\/geoestrategia.es\/noticia\/43145\/politica\/los-fundamentos-miticos-del-capitalismo.html\">geostrategica.es<\/a><\/em>&lsquo;) qu&rsquo;on retrouve bien s&ucirc;r sur le site &lsquo;<em><a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2024\/08\/13\/les-fondements-mythiques-du-capitalisme.html\">euro-synergies.hautefort.com<\/a><\/em>&lsquo;, qui constitue toujours une enrichissante promenade de sant\u00e9 intellectuelle. Entre les deux parties que nous donnons, l&rsquo;auteur passe en revue les principaux mythes anciens auxquels le capitalisme est li\u00e9, pour terminer par celui qui le d\u00e9finit compl\u00e8tement (celui que nous citons), le mythe d&rsquo;Erysichthon, assez peu connu, qui d\u00e9crit la folie mortif\u00e8re et litt\u00e9ralement autodestructrice (qui se d\u00e9vore elle-m\u00eame), qui est parfaitement la caract\u00e9ristique du capitalisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous ne p\u00e9n\u00e9trerons certainement pas dans une appr\u00e9ciation du contenu, qui est d&rsquo;une si haute \u00e9rudition \u00e0 laquelle nous ne pouvons pr\u00e9tendre, et par cons\u00e9quent ne rien lui apporter. Ce qui nous int\u00e9resse est bien de pouvoir jeter sur ce texte un coup d&rsquo;&oelig;il de n\u00e9ophyte pour pouvoir exprimer ce qui nous frappe le plus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les racines du capitalisme sont anciennes, aussi anciennes que les grandes cultures des Anciens, et l&rsquo;on d\u00e9couvre dans cette entit\u00e9 litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0diabolique\u00a0\u00bb le d\u00e9sir secret de se constituer en mythe comme si elle voulait acqu\u00e9rir une l\u00e9gitimit\u00e9 m\u00e9tahistorique, devenir une sorte de Symbole fondamental dans l&rsquo;espace du monde et du royaume des dieux, justement \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal de ces dieux que l&rsquo;on voit en action dans les mythes anciens. Le constat aujourd&rsquo;hui partout pr\u00e9sent est que cette tentative du capitalisme se termine piteusement et dans l&rsquo;horreur du pire des destins suscit\u00e9 par sa nature absolument \u00ab\u00a0diabolique\u00a0\u00bb. La signification des termes doit \u00eatre prise tels qu&rsquo;ils furent cr\u00e9\u00e9s par les Anciens avant toute annexion th\u00e9ologique, comme signifiants essentiels de la nature humaine telle qu&rsquo;observ\u00e9e par les dieux de ces temps que nous avons trahis et calomni\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>C&rsquo;est pourquoi, si le Symbole \u00e9tait ce qui r\u00e9unissait \u00e0 nouveau, le mal devait \u00eatre par force ce qui divisait et opposait les hommes. D&rsquo;ailleurs, souligne Marcet, les racines grecques des mots symbole et d\u00e9mon sont \u00e9clairantes. Symbole vient de synballein (syn, \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb), qui signifie \u00ab\u00a0jeter ensemble, unir\u00a0\u00bb. En revanche, diaballein (dia, \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb), du grec diabolos (&delta;&iota;&beta;&omicron;&lambda;&omicron;&sigmaf;), signifie \u00ab\u00a0jeter s\u00e9par\u00e9ment, provoquer une querelle (diviser)\u00a0\u00bb. L&rsquo;oppos\u00e9 du symbole est donc le diable: celui qui divise le \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb et initie le conflit irr\u00e9solu entre les oppos\u00e9s. De m\u00eame, le capitalisme n&rsquo;est pas seulement ambivalent, contradictoire et conflictuel dans ses pulsions, mais il est finalement entra&icirc;n\u00e9 dans sa chute par celles d&rsquo;un rang plus pervers qui provoquent davantage de division, de d\u00e9structuration, de fragmentation, de chaos et de perdition. Le capitalisme aspire \u00e0 \u00eatre mythiquement dionysiaque, aphrodisiaque et paradisiaque, c&rsquo;est-\u00e0-dire le jardin des d\u00e9lices, mais finit par \u00eatre sordidement catabolique, hyperbolique et diabolique, c&rsquo;est-\u00e0-dire le Mordor. Tout le contraire du symbole. Bref, l&rsquo;antith\u00e8se m\u00eame du mythe unificateur du monde que le capital pr\u00e9tend incarner<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ce que nous appr\u00e9cions surtout dans ce travail, c&rsquo;est la confrontation du capitalisme avec l&rsquo;origine de ses pr\u00e9tentions, que l&rsquo;on trouve dans le monde des Anciens qui savait tout ce que nous avons oubli\u00e9 et cherchons d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 retrouver sous une forme qui soit de nous-m\u00eames. Tous les mythes (Icare, Prom\u00e9th\u00e9e, Tantale, Narcisse, Midas, le  Minotaure, Sisyphe, etc.) ont quelque chose, le pire d&rsquo;eux-m\u00eames, qu&rsquo;on retrouve dans le capitalisme avec l&rsquo;hubris omni pr\u00e9sent ; mais c&rsquo;est bien Erysichthon qui r\u00e9sume au bout du compte tout de lui-m\u00eame&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et ainsi d\u00e9couvre-t-on combien le capitalisme est n\u00e9, comme une mauvaise herbe, \u00e0 l&rsquo;aube de la civilisation occidentale ; et ainsi mesure-t-on, non sans une certaine satisfaction, que le capitalisme ne peut plus et ne peut pas se r\u00e9fugier dans la seule modernit\u00e9, pour proclamer qu&rsquo;il en est le cr\u00e9ateur, et donc le Dieu, et donc qu&rsquo;il faut le suivre et le v\u00e9n\u00e9rer. Il vient de loin, comme toutes choses dans l&rsquo;humain, et sa tentative fondamentale de simulacre de modernit\u00e9 n&rsquo;est qu&rsquo;un simulacre au sens le plus trompeur, et les lendemains qu&rsquo;il ne cesse de nous promettre tout en acc\u00e9l\u00e9rant sa chute nous emportent au  <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mordor\">Mordor<\/a> <\/em>de la Terre du Milieu dans l&rsquo;univers cr\u00e9\u00e9 par J.R.R. Tolkien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi l&rsquo;\u00e9tude de Gil-Manuel Hern\u00e0ndez i Mart&iacute; nous permet de d\u00e9barrasser le capitalisme de tous ses oripeaux pr\u00e9tentieux et trompeurs qui installent la perversion et l&rsquo;inversion caract\u00e9risant la chose. En un tournemain qui est sa visite si exceptionnellement document\u00e9e dans l&rsquo;univers des mythes, le capitalisme se trouve soudain priv\u00e9 de tous ses atours, de tous ses arguments imp\u00e9ratifs, de toute son irr\u00e9sistible vertu moderniste qui sont pr\u00e9cipit\u00e9es aujourd&rsquo;hui avec un fracas terrible dans le chaos d&rsquo;une r\u00e9volte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce d\u00e9montage symbolique et m\u00e9tahistorique du capitalisme lui interdit de se replier derri\u00e8re sa carapace \u00e9conomique du TINA (&lsquo;<em>There Is No Alternative<\/em>&lsquo;) ni sous son vernis vertueux et id\u00e9ologique de porteur des libert\u00e9s. Il donne un sens nouveau et des armes nouvelles au combat qui est men\u00e9 contre lui et explique cette r\u00e9volte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans la mesure o&ugrave; il agresse tous les aspects de la civilisation qu&rsquo;il a investie. Consid\u00e9r\u00e9 comme il est au travers des mythes qui le d\u00e9finissent par tous ses travers et ses tromperies, il montre effectivement qu&rsquo;il touche tous les domaines, qu&rsquo;il est \u00e0 la fois le moteur et l&rsquo;inspirateur du monde, ou plut\u00f4t de la catastrophe du monde. Quel honneur que nos peuples anciens et que nous avons oubli\u00e9s soient capables de nous fournir un tel arsenal et de nous ouvrir les yeux sur l&rsquo;essence m\u00eame du Mal qui nous accable et que nous adorons aveugl\u00e9ment, c&rsquo;est-\u00e0-dire en aveugles.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p><em>_________________________<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Les fondements mythiques du capitalisme<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p> &laquo; <em>Ceux qui ont perdu leurs symboles historiques et ne peuvent se contenter de \u00ab\u00a0substituts\u00a0\u00bb se trouvent aujourd&rsquo;hui dans une situation difficile: le n\u00e9ant s&rsquo;ouvre devant eux, devant lequel l&rsquo;homme d\u00e9tourne le visage avec effroi. Pire encore, le vide est rempli d&rsquo;id\u00e9es politiques et sociales absurdes, toutes spirituellement d\u00e9sert\u00e9es<\/em>. &raquo; (Carl G. Jung : Sur les arch\u00e9types de l&rsquo;inconscient collectif, 1934).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Le pouvoir du mythe<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le capitalisme, en tant que syst\u00e8me \u00e9conomique et social pr\u00e9pond\u00e9rant dans le monde, a exerc\u00e9 et continue d&rsquo;exercer une influence significative sur nos vies et sur la formation des soci\u00e9t\u00e9s de mani\u00e8re profonde, complexe et durable. Cette formation historique, enracin\u00e9e dans des th\u00e9ories et des pratiques \u00e9conomiques et politiques, fonctionne comme un mode de production mat\u00e9rielle, une machine \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer et \u00e0 concentrer les profits, et un m\u00e9canisme de contr\u00f4le social qui repose sur une logique d&rsquo;exploitation englobant diverses dimensions telles que la classe, le sexe, la race et l&rsquo;esp\u00e8ce. Il s&rsquo;agit \u00e9galement d&rsquo;une force puissante pour fa\u00e7onner les subjectivit\u00e9s et d&rsquo;un dispositif h\u00e9g\u00e9monique pour la reproduction culturelle. En tant que tel, il se manifeste comme une structure int\u00e9grale de domination et de transformation du monde, avec la capacit\u00e9 d&rsquo;influencer toutes ses sph\u00e8res, et m\u00eame de conduire l&rsquo;humanit\u00e9 vers un \u00e9tat d&rsquo;effondrement civilisationnel, en raison de sa nature \u00e9cocide&#8230;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Le mythe d&rsquo;Erysichthon et le capitalisme catabolique<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Mais s&rsquo;il est un mythe, par ailleurs peu connu, de la d\u00e9rive actuelle vers un capitalisme catabolique et autolytique, c&rsquo;est bien celui d&rsquo;Erysichthon. Mais avant de l&rsquo;aborder, il faut rappeler que le capitalisme catabolique d\u00e9signe un capitalisme assoiff\u00e9 d&rsquo;\u00e9nergie et sans possibilit\u00e9 de croissance, le catabolisme \u00e9tant entendu comme un ensemble de m\u00e9canismes m\u00e9taboliques de d\u00e9gradation par lesquels un \u00eatre vivant se d\u00e9vore lui-m\u00eame. Comme le souligne Collins (2018), \u00e0 mesure que les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques et les sources de production rentables s&rsquo;\u00e9puisent, le capitalisme est contraint, par sa soif continue de profit, de consommer les biens sociaux qu&rsquo;il a autrefois cr\u00e9\u00e9s. Ainsi, en se cannibalisant lui-m\u00eame, le capitalisme catabolique transforme la p\u00e9nurie, les crises, les catastrophes et les conflits en une nouvelle sph\u00e8re de profit. En d&rsquo;autres termes, la marchandisation de l&rsquo;apocalypse finit par g\u00e9n\u00e9rer des perspectives commerciales lucratives (Horvat, 2021). Par cons\u00e9quent, le processus d&rsquo;effondrement d\u00e9clench\u00e9 par la contradiction m\u00eame entre la logique expansive capitaliste et les limites naturelles de la plan\u00e8te s&rsquo;intensifie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La condition catabolique de ce capitalisme cr\u00e9pusculaire est renforc\u00e9e par sa d\u00e9rive autolytique. En biologie, l&rsquo;autolyse est un processus par lequel les enzymes pr\u00e9sentes dans les cellules d&rsquo;un organisme mort commencent \u00e0 d\u00e9composer la structure cellulaire. Cependant, l&rsquo;autolyse peut \u00e9galement se produire dans des corps vivants mais malades, de sorte que dans certaines conditions pathologiques, telles que les maladies d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives ou les blessures graves, les cellules peuvent activer des m\u00e9canismes d&rsquo;autolyse, conduisant \u00e0 la d\u00e9gradation des tissus et des structures cellulaires au sein de l&rsquo;organisme vivant. Une comparaison qui illustre de mani\u00e8re frappante la d\u00e9composition et la d\u00e9sint\u00e9gration du tissu social, d\u00e9j\u00e0 malade, sous l&rsquo;action du capitalisme historique, qui \u00e0 son tour intensifie le capitalisme catabolique. Ce dernier d\u00e9finit un syst\u00e8me en phase terminale, en passe d&rsquo;\u00eatre remplac\u00e9 par un syst\u00e8me \u00e9mergent potentiellement plus pernicieux, \u00e9ventuellement de nature n\u00e9o-f\u00e9odale ou techno-f\u00e9odale (Varoufakis, 2024).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour en revenir au mythe d&rsquo;Erysichthon, il raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;un roi thessalien connu pour son app\u00e9tit brutal et son ambition d\u00e9brid\u00e9e. Nous savions que le capitalisme a un caract\u00e8re cannibale, qui le conduit \u00e0 tout engloutir sur son passage pour continuer \u00e0 cro&icirc;tre (Fraser, 2023). Mais le mythe d&rsquo;Erysichthon va plus loin, et Anselm Jappe (2019) le sauve dans son ouvrage &lsquo;<em>La soci\u00e9t\u00e9 autophage<\/em>&lsquo;. Capitalisme, d\u00e9mesure et autodestruction, qui traite du caract\u00e8re auto-cannibalisant du capitalisme contemporain. Selon Jappe, le mythe d&rsquo;Erysichthon, jadis recueilli par le po\u00e8te grec Callimaque et le romain Ovide, raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;un personnage devenu roi de Thessalie apr\u00e8s avoir expuls\u00e9 ses habitants autochtones, les P\u00e9lasgiens, qui avaient consacr\u00e9 une magnifique for\u00eat \u00e0 D\u00e9m\u00e9ter, la d\u00e9esse des r\u00e9coltes. En son centre se dressait un arbre gigantesque, et \u00e0 l&rsquo;ombre de ses branches dansaient les Dryades, les nymphes de la for\u00eat. Mais Erysichthon, d\u00e9sireux de transformer l&rsquo;arbre sacr\u00e9 en planches de bois pour construire son palais, se rendit dans la for\u00eat avec ses serviteurs dans l&rsquo;intention de l&rsquo;abattre. La d\u00e9esse D\u00e9m\u00e9ter elle-m\u00eame tente de l&rsquo;en dissuader, mais le roi r\u00e9pond par le m\u00e9pris. Devant le refus des serviteurs d&rsquo;accomplir le sacril\u00e8ge, Erysichthon abattit lui-m\u00eame l&rsquo;arbre, alors que du sang en coulait et qu&rsquo;un ch\u00e2timent \u00e9tait annonc\u00e9. Dans ce cas, l&rsquo;abattage dans la for\u00eat sacr\u00e9e repr\u00e9sente un affront direct aux dieux et \u00e0 la nature elle-m\u00eame. L&rsquo;histoire illustre comment des actions imprudentes et \u00e9go\u00efstes peuvent conduire \u00e0 la d\u00e9gradation et au d\u00e9sastre, tant au niveau personnel qu&rsquo;environnemental.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En effet, D\u00e9m\u00e9ter a envoy\u00e9 la faim personnifi\u00e9e dans Erysichthon, p\u00e9n\u00e9trant son corps par son souffle. Le roi fut pris d&rsquo;une faim insatiable, et plus il mangeait, plus il avait faim. Il engloutit et consomme tout ce qui se trouve \u00e0 sa port\u00e9e, vendant sa fille pour obtenir plus de nourriture. Mais comme rien ne pouvait apaiser son incroyable app\u00e9tit, il commen\u00e7a \u00e0 s&rsquo;arracher ses propres membres, de sorte que son corps, en se d\u00e9vorant, s&rsquo;amenuisa jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il meure. Pour Jappe, il s&rsquo;agit d&rsquo;un des mythes grecs qui \u00e9voque l&rsquo;hybris, qui finit par provoquer la n\u00e9m\u00e9sis, c&rsquo;est-\u00e0-dire le m\u00eame ch\u00e2timent divin que Prom\u00e9th\u00e9e, Tantale, Sisyphe, Icare, Midas ou Pha\u00e9ton, entre autres, subiraient \u00e9galement. Un mythe \u00e9tonnamment actuel, puisqu&rsquo;il fonctionne comme une anticipation arch\u00e9typale de ce qui se passe lorsque la nature n&rsquo;est pas respect\u00e9e, car un tel manque de respect attire n\u00e9cessairement la col\u00e8re des dieux, ou de la nature elle-m\u00eame. Pour Jappe, seule la disparition presque compl\u00e8te de la familiarit\u00e9 avec l&rsquo;antiquit\u00e9 classique peut expliquer pourquoi la valeur m\u00e9taphorique de ce mythe a \u00e9chapp\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui aux porte-parole de la pens\u00e9e \u00e9cologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Selon Jappe, la faim d&rsquo;Erysichthon n&rsquo;a rien de naturel, et donc rien de naturel ne peut l&rsquo;apaiser. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une faim \u00e9norme qui ne peut \u00eatre satisfaite. Sa tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;att\u00e9nuer pousse le roi \u00e0 consommer sans rel\u00e2che, dans une allusion mythique claire \u00e0 la logique de la valeur, de la marchandise et de l&rsquo;argent. Mais le besoin et l&rsquo;avidit\u00e9 ne cessent pas :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ce n&rsquo;est pas simplement la m\u00e9chancet\u00e9 des riches qui est en jeu ici, mais un enchantement qui fait \u00e9cran entre les ressources disponibles et la possibilit\u00e9 d&rsquo;en jouir<\/em> &raquo; (Jappe, 2019:13).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La d\u00e9esse punit Erysichthon \u00e0 la hauteur de son crime : incapable de se nourrir, il vit comme si toute la nature avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en un d\u00e9sert qui refuse de fournir un support naturel \u00e0 la vie humaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourtant, souligne Jappe, l&rsquo;aspect le plus remarquable du mythe d&rsquo;Erysichthon est sa fin. Une rage abstraite qui ne contient pas seulement la d\u00e9vastation du monde, mais qui se termine par l&rsquo;autodestruction et l&rsquo;autoconsommation. Le mythe ne parle donc pas seulement de l&rsquo;an\u00e9antissement de la nature et de l&rsquo;injustice sociale, mais aussi du caract\u00e8re abstrait et f\u00e9tichiste de la logique marchande et de ses effets destructeurs et autodestructeurs dans le cadre du capitalisme catabolique. C&rsquo;est comme l&rsquo;image d&rsquo;un bateau \u00e0 vapeur qui continue \u00e0 naviguer tout en consommant progressivement ses propres composants, ou la fameuse sc\u00e8ne des Marx Brothers \u00e0 bord d&rsquo;une locomotive en marche, o&ugrave; pour la faire fonctionner il faut d\u00e9monter les wagons et les utiliser comme combustible, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils finissent par \u00eatre consum\u00e9s par le feu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais, comme le sugg\u00e8re Jappe, le mythe rappelle aussi la trajectoire des toxicomanes en manque, comme cette soif constante d&rsquo;argent qui caract\u00e9rise la logique capitaliste et qui n&rsquo;est jamais pleinement satisfaite. Erysichthon est un narcissique pathologique, qui nie l&rsquo;objectivit\u00e9 et la sensibilit\u00e9 du monde ext\u00e9rieur, qui \u00e0 son tour lui refuse l&rsquo;aide mat\u00e9rielle. L&rsquo;hybris d&rsquo;Erysichthon refl\u00e8te la tendance \u00e0 l&rsquo;autodestruction implicite dans le capitalisme catabolique, anim\u00e9 par une pulsion suicidaire &laquo; <em>que personne ne veut consciemment mais \u00e0 laquelle tout le monde contribue<\/em> &raquo; (Jappe, 2019:15).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En effet, \u00e0 ce stade, il est crucial de mentionner le lien profond entre le mythe de Mars (Ar\u00e8s), dieu de la guerre, et le capitalisme, \u00e9tant donn\u00e9 que ce dernier fonctionne comme un r\u00e9gime de guerre permanente contre la vie. Dans cette perspective, le &laquo; <em>terrible amour de la guerre<\/em> &raquo;, arch\u00e9type universel \u00e9voqu\u00e9 par le psychologue jungien James Hillman (2010), est fortement amplifi\u00e9 par la logique capitaliste. En effet, cet \u00ab\u00a0amour de la guerre\u00a0\u00bb d\u00e9vastateur, capable de g\u00e9n\u00e9rer un sens, un but et une transcendance dans son action destructrice, est particuli\u00e8rement sacralis\u00e9 par les pr\u00e9suppos\u00e9s existentiels du capitalisme. Par cons\u00e9quent, en raison de la convergence mythique-arch\u00e9typale entre l&rsquo;hybris et l&rsquo;amour de la guerre, le capitalisme tend in\u00e9vitablement vers la d\u00e9vastation du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Des fondements mythiques \u00e0 l&rsquo;impossible mythe<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Comme nous l&rsquo;avons vu, le capitalisme poss\u00e8de des fondements mythiques attest\u00e9s par les grands mythes de l&rsquo;antiquit\u00e9 classique occidentale, qui \u00e0 leur tour traduisent et incarnent des arch\u00e9types universels. Ces fondements mythiques parlent de l&rsquo;hybris, cette arrogance qui d\u00e9fie les dieux, et malgr\u00e9 leurs avertissements de ne pas d\u00e9passer certaines limites, celles-ci sont ignor\u00e9es, avec les graves cons\u00e9quences que cela implique, comme cela s&rsquo;est produit et continue de se produire avec les exc\u00e8s inh\u00e9rents au fonctionnement du capitalisme. Mais, paradoxalement, bien que le capitalisme cherche \u00e0 devenir un mythe pour am\u00e9liorer sa reproduction, en acqu\u00e9rant une aura d&rsquo;authenticit\u00e9 et d&rsquo;unicit\u00e9 qui lui donne une apparence de transcendance, il lui est impossible d&rsquo;y parvenir. En effet, le mythe communique \u00e0 travers le symbole, qui est inaccessible au capitalisme en raison de sa nature \u00ab\u00a0diabolique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ceci n\u00e9cessite une explication. Le capitalisme, surtout dans sa forme la plus contemporaine de soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9 consum\u00e9riste, appel\u00e9e aussi \u00ab\u00a0capitalisme libidinal\u00a0\u00bb (Fern&aacute;ndez-Savater, 2024), utilise abondamment un d\u00e9sir perp\u00e9tuellement inassouvi, cherchant \u00e0 d\u00e9finir, \u00e0 consacrer et \u00e0 renforcer sa propre condition mythique. Il se pr\u00e9sente comme l&rsquo;incarnation moderne des anciens h\u00e9ros classiques, particuli\u00e8rement propuls\u00e9s par toutes sortes de pulsions prom\u00e9th\u00e9ennes. En outre, il cherche \u00e0 incorporer et \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter la\u00efquement le paradis terrestre biblique comme une terre d&rsquo;abondance et de bonheur. Elle exploite divers moyens pour tenter d&rsquo;y parvenir, comme en t\u00e9moignent les grands blockbusters artistiques de l&rsquo;industrie culturelle, les parcs \u00e0 th\u00e8me, les r\u00e9cits m\u00e9diatiques sur les avanc\u00e9es en mati\u00e8re de conqu\u00eates, d&rsquo;innovations, d&rsquo;inventions, de progr\u00e8s scientifiques et technologiques, ainsi que sur la connaissance des secrets du macrocosme et du microcosme. L&rsquo;attention est outrageusement attir\u00e9e par l&rsquo;exploration spatiale, la d\u00e9couverte d&rsquo;\u00e9nergies miraculeuses, les d\u00e9veloppements perturbateurs de l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;attention, les algorithmes sophistiqu\u00e9s, les possibilit\u00e9s de consommation imm\u00e9diate \u00e0 la demande, l&rsquo;informatique quantique, les crypto-monnaies, le cybermonde, la robotique de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, l&rsquo;intelligence artificielle. Cependant, malgr\u00e9 les efforts du capitalisme pour se constituer en mythe avec tout cela, c&rsquo;est un faux mythe, juste un feu d&rsquo;artifice, parce qu&rsquo;en fin de compte, la d\u00e9solation caus\u00e9e par le capital progresse, l&rsquo;effondrement \u00e9cosocial s&rsquo;intensifie, l&rsquo;extinction de la nature s&rsquo;\u00e9tend, les dommages caus\u00e9s \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 prolif\u00e8rent, et tout cela ne d\u00e9crit pas un mythe, mais son avortement. Le capitalisme mythique devient une impossibilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le monde des mythes authentiques remet les choses \u00e0 leur place :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le capitalisme libidinal est un monstre, un centaure en particulier, tiraill\u00e9 entre une pulsion de conservation, de stabilisation, de normalisation, et une pulsion d\u00e9sordonn\u00e9e de conqu\u00eate, de pillage et de saccage. Un double r\u00e9gime, la promesse et le poison, la productivit\u00e9 et la d\u00e9vastation, le bien-\u00eatre et la guerre, qui traverse toutes les institutions et tous les dispositifs, tous les objets de consommation et chacun d&rsquo;entre nous<\/em> &raquo;. (Fern&aacute;ndez-Savater, 2024:6-7).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il en est ainsi parce que le mythe renvoie au symbole et que le symbole renvoie \u00e0 l&rsquo;union, \u00e0 ce qui unit, relie, lie et cr\u00e9e. L&rsquo;oppos\u00e9 du symbole est le diabolique, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui s\u00e9pare, ce qui divise, ce qui contredit, ce qui est destructeur. Comme le souligne Marcet (2023), le mal ne peut \u00eatre que l&rsquo;antonyme du Symbole. Pour les anciens chr\u00e9tiens, comme pour les Grecs classiques, le Symbole constituait l&rsquo;essence de leurs mythes, de leur po\u00e9sie et de leur religion, ce qui vert\u00e9brait et religiosait tout. C&rsquo;est pourquoi, si le Symbole \u00e9tait ce qui r\u00e9unissait \u00e0 nouveau, le mal devait \u00eatre par force ce qui divisait et opposait les hommes. D&rsquo;ailleurs, souligne Marcet, les racines grecques des mots symbole et d\u00e9mon sont \u00e9clairantes. Symbole vient de <em>synballein<\/em> (<em>syn<\/em>, \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb), qui signifie \u00ab\u00a0jeter ensemble, unir\u00a0\u00bb. En revanche, <em>diaballein<\/em> (<em>dia<\/em>, \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb), du grec <em>diabolos<\/em> (&delta;&iota;&beta;&omicron;&lambda;&omicron;&sigmaf;), signifie \u00ab\u00a0jeter s\u00e9par\u00e9ment, provoquer une querelle (diviser)\u00a0\u00bb. L&rsquo;oppos\u00e9 du symbole est donc le diable: celui qui divise le \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb et initie le conflit irr\u00e9solu entre les oppos\u00e9s. De m\u00eame, le capitalisme n&rsquo;est pas seulement ambivalent, contradictoire et conflictuel dans ses pulsions, mais il est finalement entra&icirc;n\u00e9 dans sa chute par celles d&rsquo;un rang plus pervers qui provoquent davantage de division, de d\u00e9structuration, de fragmentation, de chaos et de perdition. Le capitalisme aspire \u00e0 \u00eatre mythiquement dionysiaque, aphrodisiaque et paradisiaque, c&rsquo;est-\u00e0-dire le jardin des d\u00e9lices, mais finit par \u00eatre sordidement catabolique, hyperbolique et diabolique, c&rsquo;est-\u00e0-dire le <em>Mordor<\/em>. Tout le contraire du symbole. Bref, l&rsquo;antith\u00e8se m\u00eame du mythe unificateur du monde que le capital pr\u00e9tend incarner.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme nous l&rsquo;avons vu, le capitalisme, dans sa qu\u00eate d&rsquo;expansion et de croissance illimit\u00e9es, s&rsquo;accorde, traduit et actualise l&rsquo;\u00e9norme \u00e9nergie des arch\u00e9types qui, \u00e0 travers les mythes, expriment l&rsquo;hybris et ses cons\u00e9quences. Dans tous les mythes, nous trouvons le motif ou le mytholog\u00e8me des avertissements divins\/naturels contre les effets des exc\u00e8s de l&rsquo;hybris, ainsi que le motif ou le mytholog\u00e8me de l&rsquo;ignorance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de ces effets. D\u00e8s les d\u00e9buts de la r\u00e9volution industrielle capitaliste, de nombreux avertissements ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s sur les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses du d\u00e9veloppement du syst\u00e8me pour la nature et l&rsquo;humanit\u00e9. Malgr\u00e9 cela, les responsables de l&rsquo;expansion capitaliste ont fait et continuent de faire le choix conscient de la destruction (Riechmann, 2024).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un capitalisme mythique est donc irr\u00e9alisable, car il ne peut se construire sur des symboles r\u00e9els, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur des constructions ayant la capacit\u00e9 unificatrice de repr\u00e9senter quelque chose qui est reconnu, compris et assum\u00e9 par un groupe ou une collectivit\u00e9. Si les mythes authentiques tendent \u00e0 synchroniser les peuples \u00e0 travers des symboles partag\u00e9s, dans la mesure o&ugrave; ils sont susceptibles d&rsquo;une compr\u00e9hension universelle en raison de leur caract\u00e8re arch\u00e9typal, les faux mythes, comme le capitalisme qui pr\u00e9tend devenir un mythe, sont construits sur la division, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 et l&rsquo;exclusion, sur la n\u00e9gation m\u00eame du mythe. Et s&rsquo;ils traduisent un arch\u00e9type, c&rsquo;est celui du diable, entendu comme une \u00e9nergie de l&rsquo;inconscient collectif synonyme de s\u00e9paration, d&rsquo;incompr\u00e9hension, de d\u00e9viation ou d&rsquo;erreur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le capitalisme, malgr\u00e9 ses promesses renouvel\u00e9es et toujours trahies de progr\u00e8s, d&rsquo;abondance et de prosp\u00e9rit\u00e9, perp\u00e9tue l&rsquo;exploitation, la division et le malheur. Son incomp\u00e9tence mythico-symbolique et son in\u00e9vitable tendance \u00e0 l&rsquo;effondrement deviennent visibles dans cette \u00ab\u00a0apocalypse\u00a0\u00bb qui fonctionne comme une \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb de ses limites, comme une terrible convergence de ces \u00ab\u00a0tournants eschatologiques\u00a0\u00bb (Horvat, 2021) qui certifient l&rsquo;\u00e9chec existentiel du capital. Arch\u00e9typiquement li\u00e9 aux configurations mythiques de l&rsquo;hybris, il est condamn\u00e9 \u00e0 faire face aux cons\u00e9quences de ses exc\u00e8s. La question est de savoir si d&rsquo;autres mythes puissants, avec leurs symboles authentiques, pourront emp\u00eacher le capitalisme d&rsquo;entra&icirc;ner le monde dans sa chute.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Gil-Manuel Hern\u00e0ndez i Mart&iacute;<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le capitalisme de l&rsquo;an\u00e9antissement &bull; Il s&rsquo;agit ici de la pr\u00e9sentation d&rsquo;un texte remarquable et consid\u00e9rable de Gil-Manuel Hern\u00e0ndez i Mart&iacute; sur les relations \u00e9troites entre le capitalisme et les mythes des Anciens. &bull; On y trouve les \u00ab\u00a0fondements mythiques\u00a0\u00bb du capitalisme, selon la formule r\u00e9sumant l&rsquo;ampleur du propos et le v\u00e9ritable visage du capitalisme&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[14038,14042,14039,12935,14040,14041,14043],"class_list":["post-81209","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-gil-manuel","tag-grecs","tag-hernandez","tag-i","tag-marti","tag-mythes","tag-romains"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81209","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81209"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81209\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81209"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81209"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81209"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}