{"id":81210,"date":"2024-08-16T14:07:16","date_gmt":"2024-08-16T14:07:16","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/08\/16\/vers-la-guerre\/"},"modified":"2024-08-16T14:07:16","modified_gmt":"2024-08-16T14:07:16","slug":"vers-la-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/08\/16\/vers-la-guerre\/","title":{"rendered":"Vers la guerre"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Vers la guerre<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Cet article de Dimitri Trenine a son importance, en fonction de l&rsquo;attitude habituelle de ce membre des \u00e9lites russes de la s\u00e9curit\u00e9 nationale. &bull; Dans le tableau g\u00e9n\u00e9ral de la situation, certaines phrases <strong>r\u00e9sonnent comme une recommandation <\/strong>pour que la Russie envisage des interventions hors du cadre l\u00a0\u00bbOp\u00e9ration Militaire Sp\u00e9ciale&rsquo;, <strong>y compris, comprend-on entre les lignes, vers certains points strat\u00e9giques de pays de l&rsquo;OTAN<\/strong>. &bull; L&rsquo;incursion ukrainienne de Koursk n&rsquo;est pas cit\u00e9e mais on sent bien que <strong>l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement d\u00e9termine d\u00e9sormais la r\u00e9flexion russe<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>______________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>Nous prenons  \u00e0 nouveau l&rsquo;avis de Dimitri Trenine sur la situation g\u00e9n\u00e9rale en Russie, sur la guerre en Ukraine et sur les perspectives \u00e0 un nouveau moment important (intrusion\/invasion de Koursk). Nous consid\u00e9rons les \u00ab\u00a0sorties\u00a0\u00bb m\u00e9diatiques r\u00e9guli\u00e8res de Dimitri Trenine comme tr\u00e8s significatives et caract\u00e9ristiques de l&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la direction russe en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-guerre-et-vite\">rappelons ici<\/a> quelques mots d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s sur Trenine, pour rappeler la raison de notre r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 lui \u00e0 peu pr\u00e8s depuis 2014, avant justement une nouvelle r\u00e9f\u00e9rence avec la publication de cet article qu&rsquo;il vient de publier <a href=\"https:\/\/www.rt.com\/news\/602648-dmitry-trenin-this-european-region\/\">le 15 ao&ucirc;t<\/a> sur RT.com.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Pourquoi <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Dmitri_Trenin\">Dimitri Trenine<\/a>, membre du Conseil de Politique &Eacute;trang\u00e8re et de D\u00e9fense de Russie ? Parce que cet ancien officier de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge, sp\u00e9cialis\u00e9 dans le renseignement et la communication, fut rapidement un personnage-clef des relations entre l&rsquo;Ouest et l&rsquo;URSS devenant Russie, \u00e0 la fois expert et membre de l&rsquo;intelligentsia. Il passa un an au Coll\u00e8ge de l&rsquo;OTAN, en 1994, et devint onze ans plus tard, cons\u00e9cration de sa position, le premier pr\u00e9sident russe de l&rsquo;antenne moscovite de l&rsquo;organisation am\u00e9ricaniste Carnegie et, par exemple de fa\u00e7on symboliquement significative, collaborateur r\u00e9gulier du &lsquo;Guardian&rsquo;. La pr\u00e9sentation que nous faisions de lui, le <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-guerre-longue-et-lasse\">4 ao&ucirc;t 2014<\/a>, montrait bien que nous le tenions comme un des tenants de la faction &lsquo;occidentaliste&rsquo; de l&rsquo;\u00e9lite moscovite<\/em> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>\u00ab\u00a0<\/em>&#8230;<em>Dimitri Trenine, qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 sur ce site (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-poutine_et_la_doctrine_cortez__04_03_2014.html\">4 mars 2014<\/a>). Bien que directeur du Carnegie Centre de Moscou, ce qui devrait impliquer une orientation &lsquo;occidentaliste&rsquo;, sinon am\u00e9ricaniste dans les \u00e9lites moscovites, Trenine se montre au contraire comme un commentateur \u00e9clair\u00e9, qui sait d\u00e9finir une situation sans c\u00e9der aux tropismes sans nombre qui caract\u00e9risent tout ce qui d\u00e9pend trop des largesses du bloc BAO dans le chef des organisations implant\u00e9es en Russie dans ce sens. Cette fois, Trenine s&rsquo;essaie \u00e0 un exercice qui commence \u00e0 faire flor\u00e8s chez les commentateurs et analystes, qui est la prospective des relations Russie-USA<\/em>&#8230;<em>\u00ab\u00a0<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;essentiel que nous devons dire du texte de Trenine est la mesure tr\u00e8s importante dans laquelle il constitue un avertissement sur ce qu&rsquo;il juge \u00eatre la venue quasiment in\u00e9luctable d&rsquo;un conflit de tr\u00e8s grande dimension. Il parle (au moins) de l&rsquo;Europe suivant le mod\u00e8le ukrainien \u00e0 partir d&rsquo;une dramatisation de l&rsquo;actuelle guerre de l&rsquo;Ukraine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est certain que la r\u00e9cente (6 ao&ucirc;t) entr\u00e9e des forces ukrainiennes en Russie a tr\u00e8s largement apport\u00e9 cette \u00ab\u00a0dramatisation\u00a0\u00bb, dans tous les cas au niveau de la communication. Le pouvoir russe, et notamment Poutine, est d\u00e9sormais soumis \u00e0 des pressions colossales de la part de la population et des organes de communication ind\u00e9pendants, sinon dissidents, pour prendre des mesures de riposte d&rsquo;une nature (et d&rsquo;une g\u00e9ographie) diff\u00e9rentes de celles qui ont \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9es jusqu&rsquo;ici.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Trenine lui-m\u00eame affirme nettement que le temps est pass\u00e9 des \u00ab\u00a0avertissements verbaux\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0espoirs\u00a0\u00bb que les am\u00e9ricanistes-occidentalistes  mod\u00e8rent eux-m\u00eames leur politique ; il \u00e9nonce certains cas qui pourraient conduire \u00e0 des ripostes russes d\u00e9passant l&rsquo;Ukraine m\u00eame et impliquant des pays de l&rsquo;OTAN. Trenine s&rsquo;av\u00e8re m\u00eame \u00eatre partisan de telles actions, ce qui est assez remarquable de la part d&rsquo;un esprit tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9 et venu du parti \u00ab\u00a0occidentaliste\u00a0\u00bb en Russie (une \u00e9volution \u00e0 peu pr\u00e8s semblable \u00e0 celle de Medvedev, qui ne cesse d&rsquo;appeler \u00e0 une riposte massive \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration ukrainienne en Russie)&#8230; Cette phrase de Trenine, par exemple, est importante :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Bien entendu, la position la plus forte pour la Russie est d&rsquo;\u00eatre proactive, de poursuivre une strat\u00e9gie pr\u00e9ventive dans laquelle Moscou ne r\u00e9agit pas aux mesures d&rsquo;escalade de l&rsquo;ennemi, mais prend l&rsquo;initiative strat\u00e9gique<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On reprend ici le passage complet que cette phrase termine. On y trouve toute la logique d\u00e9ploy\u00e9e par Trenine en faveur d&rsquo;interventions de riposte touchant directement l&rsquo;OTAN.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Les espoirs sont des espoirs, mais il est clair que la Russie a d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9 sa r\u00e9serve d&rsquo;avertissements verbaux. Les actions hostiles de nos adversaires n&rsquo;appellent pas une condamnation, mais une r\u00e9ponse appropri\u00e9e. Nous parlons d\u00e9sormais des a\u00e9rodromes des pays de l&rsquo;OTAN, dont la Pologne, o&ugrave; pourraient bien \u00eatre bas\u00e9s les F-16 remis \u00e0 Kiev ; d&rsquo;\u00e9ventuelles tentatives de l&rsquo;Estonie et de la Finlande visant \u00e0 perturber la navigation dans le golfe de Finlande ; la perspective que la Lituanie coupe la liaison ferroviaire entre Kaliningrad et la Russie continentale sous divers pr\u00e9textes ; et des menaces importantes contre notre alli\u00e9e la Bi\u00e9lorussie. Une r\u00e9ponse ferme \u00e0 un stade pr\u00e9coce de l&rsquo;\u00e9laboration de chacun de ces projets possibles a de meilleures chances d&#8217;emp\u00eacher une escalade dangereuse<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Poursuivant son analyse extr\u00eamement concr\u00e8te et r\u00e9aliste, Trenine d\u00e9signe le lieu g\u00e9ographique le plus militaris\u00e9 et o&ugrave; le processus d&rsquo;encha&icirc;nement vers un conflit appara&icirc;t le plus probable. Il s&rsquo;agit de la mer Baltique devenue, clame-t-on \u00e0 l&rsquo;OTAN et \u00e0 l&rsquo;UE, un &laquo; <em>lac de l&rsquo;OTAN<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La r\u00e9gion de la mer Baltique a perdu depuis de nombreuses ann\u00e9es son statut de r\u00e9gion la plus stable et la plus pacifique d&rsquo;Europe. Depuis que la Pologne (1999), la Lituanie, la Lettonie et l&rsquo;Estonie (2004), et plus r\u00e9cemment la Finlande (2023) et la Su\u00e8de (2024), ont rejoint l&rsquo;OTAN, elle est devenue, comme ils le r\u00e9p\u00e8tent fi\u00e8rement et joyeusement \u00e0 Bruxelles, un \u00ab\u00a0lac de l&rsquo;OTAN \u00ab\u00a0. Il faut compter deux heures de route de Narva (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;OTAN) \u00e0 St. P\u00e9tersbourg. Apr\u00e8s que la Finlande a rejoint le bloc dirig\u00e9 par les &Eacute;tats-Unis, la ligne de contact direct s&rsquo;est allong\u00e9e de 1 300 km, ce qui signifie qu&rsquo;elle a doubl\u00e9. Saint-P\u00e9tersbourg se trouve \u00e0 moins de 150 km de cette fronti\u00e8re. Ainsi, le prix \u00e0 payer pour l&rsquo;abandon volontaire par Moscou du principe d&rsquo;endiguement g\u00e9opolitique \u00e0 la fin de la guerre froide a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ce que Trenine propose implicitement, finalement, c&rsquo;est bien que la Russie entre dans une nouvelle phase o&ugrave; plusieurs \u00ab\u00a0lignes rouges\u00a0\u00bb (que les Russes s&rsquo;imposent \u00e0 eux-m\u00eames) seront d\u00e9plac\u00e9es ou supprim\u00e9es. La guerre en Ukraine deviendrait donc un conflit d&rsquo;une autre nature que celui qui est en cours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet article de Trenine fait donc partie d&rsquo;un d\u00e9bat aujourd&rsquo;hui extr\u00eamement actif en Russie autour de cette question, mesurant ainsi d&rsquo;une fa\u00e7on concr\u00e8te le choc qu&rsquo;a produit l&rsquo;entr\u00e9e des Ukrainiens dans la r\u00e9gion de Koursk (et quelle qu&rsquo;en soient la tournure, la r\u00e9alisation et l&rsquo;issue). L&rsquo;argument g\u00e9n\u00e9ral de Trenine rejoint les d\u00e9clarations de Medvedev du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/medvedev-donne-le-la\">7 ao&ucirc;t 2024<\/a> :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>\u00ab\u00a0&Agrave; partir de ce moment, l&rsquo;op\u00e9ration militaire sp\u00e9ciale devrait devenir ouvertement de nature extraterritoriale\u00a0\u00bb, nous pouvons et devons aller plus loin dans ce qui existe encore en Ukraine. &Agrave; Odessa, Kharkov, Dniepropetrovsk, Nikolaiev. &Agrave; Kiev et plus loin. Il ne devrait y avoir aucune restriction en termes de fronti\u00e8res reconnues\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;op\u00e9ration terroriste dans la r\u00e9gion de Koursk devrait lever tous les tabous en d\u00e9clarant publiquement que les forces russes ne s&rsquo;arr\u00eateront que lorsque nous consid\u00e9rerons cela acceptable et b\u00e9n\u00e9fique pour nous.\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>L&rsquo;Europe pourrait \u00eatre la prochaine Ukraine<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La \u00ab\u00a0crise ukrainienne\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas vraiment un nom pr\u00e9cis pour d\u00e9crire ce qui se passe actuellement dans les relations entre la Russie et l&rsquo;Occident. Cette confrontation est mondiale. Elle touche pratiquement tous les domaines fonctionnels &ndash; de la finance aux produits pharmaceutiques en passant par le sport &ndash; et s&rsquo;\u00e9tend sur de nombreuses r\u00e9gions g\u00e9ographiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En Europe, qui est devenue l&rsquo;\u00e9picentre de cette confrontation, le niveau de tension le plus \u00e9lev\u00e9 en dehors de l&rsquo;Ukraine se situe d\u00e9sormais dans la r\u00e9gion baltique. La question souvent pos\u00e9e en Russie (et en Occident) est la suivante : cela deviendra-t-il le prochain th\u00e9\u00e2tre de guerre ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En Europe occidentale et en Am\u00e9rique du Nord, on envisage depuis longtemps un sc\u00e9nario dans lequel l&rsquo;arm\u00e9e russe, apr\u00e8s sa victoire en Ukraine, continue d&rsquo;avancer &ndash; cherchant ensuite \u00e0 conqu\u00e9rir les r\u00e9publiques baltes et la Pologne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le but de ce simple fantasme de propagande est clair : convaincre les Europ\u00e9ens occidentaux que s&rsquo;ils n&rsquo;investissent pas pleinement dans le soutien \u00e0 Kiev, ils pourraient se retrouver avec une guerre sur leur propre territoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est r\u00e9v\u00e9lateur que presque personne dans l&rsquo;UE n&rsquo;ose demander publiquement si Moscou est int\u00e9ress\u00e9e par un conflit arm\u00e9 direct avec l&rsquo;OTAN. Quels seraient ses objectifs dans une telle guerre ? Et quel prix serait-il pr\u00eat \u00e0 payer ? De toute \u00e9vidence, m\u00eame poser de telles questions pourrait conduire \u00e0 des accusations de diffusion de propagande russe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre pays prend note des d\u00e9clarations provocatrices de nos voisins du nord-ouest, les Polonais, les pays baltes et les Finlandais. Ils ont \u00e9voqu\u00e9 la possibilit\u00e9 de bloquer l&rsquo;enclave de Kaliningrad par voie maritime et terrestre et de bloquer la sortie de la Russie du golfe de Finlande. De telles d\u00e9clarations sont pour la plupart faites par des hommes politiques \u00e0 la retraite, mais parfois des ministres et des officiers militaires en exercice \u00e9l\u00e8vent \u00e9galement la voix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les menaces ne provoquent pas la panique parmi les Russes. Des d\u00e9cisions de cette ampleur sont prises \u00e0 Washington, pas \u00e0 Varsovie ou \u00e0 Tallinn. N\u00e9anmoins, la situation ne peut \u00eatre ignor\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9gion de la mer Baltique a perdu depuis de nombreuses ann\u00e9es son statut de r\u00e9gion la plus stable et la plus pacifique d&rsquo;Europe. Depuis que la Pologne (1999), la Lituanie, la Lettonie et l&rsquo;Estonie (2004), et plus r\u00e9cemment la Finlande (2023) et la Su\u00e8de (2024), ont rejoint l&rsquo;OTAN, elle est devenue, comme ils le r\u00e9p\u00e8tent fi\u00e8rement et joyeusement \u00e0 Bruxelles, un &laquo; <em>lac de l&rsquo;OTAN<\/em> &raquo;. Il faut compter deux heures de route de Narva (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;OTAN) \u00e0 St. P\u00e9tersbourg. Apr\u00e8s que la Finlande a rejoint le bloc dirig\u00e9 par les &Eacute;tats-Unis, la ligne de contact direct s&rsquo;est allong\u00e9e de 1 300 km, ce qui signifie qu&rsquo;elle a doubl\u00e9. Saint-P\u00e9tersbourg se trouve \u00e0 moins de 150 km de cette fronti\u00e8re. Ainsi, le prix \u00e0 payer pour l&rsquo;abandon volontaire par Moscou du principe d&rsquo;endiguement g\u00e9opolitique \u00e0 la fin de la guerre froide a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le territoire de l&rsquo;OTAN ne s&rsquo;est pas seulement \u00e9tendu et rapproch\u00e9 de la fronti\u00e8re russe ; il est activement \u00e9quip\u00e9 pour les op\u00e9rations. Des couloirs permettant aux forces de l&rsquo;OTAN d&rsquo;acc\u00e9der rapidement \u00e0 la fronti\u00e8re (ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;espace Schengen militaire) sont devenus op\u00e9rationnels ; de nouvelles bases militaires sont construites et celles existantes sont modernis\u00e9es ; la pr\u00e9sence physique des forces am\u00e9ricaines et alli\u00e9es dans la r\u00e9gion augmente ; les exercices militaires, a\u00e9riens et navals deviennent de plus en plus intensifs et \u00e9tendus. L&rsquo;annonce par Washington de son intention de d\u00e9ployer des missiles \u00e0 port\u00e9e interm\u00e9diaire en Allemagne en 2026 \u00e9tablit un parall\u00e8le avec la crise dite des euromissiles du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, consid\u00e9r\u00e9e comme la p\u00e9riode la plus dangereuse de la guerre froide apr\u00e8s l&rsquo;impasse cubaine d&rsquo;octobre 1962.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La situation actuelle dans le nord-ouest oblige Moscou \u00e0 renforcer sa strat\u00e9gie de dissuasion militaire contre l&rsquo;ennemi. Un certain nombre de mesures ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prises. Dans le cadre d&rsquo;une dissuasion non nucl\u00e9aire, la r\u00e9gion militaire de Leningrad a \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9e et de nouvelles formations et unit\u00e9s sont cr\u00e9\u00e9es l\u00e0 o&ugrave; elles avaient longtemps disparu. L&rsquo;int\u00e9gration militaire entre la Russie et la Bi\u00e9lorussie a consid\u00e9rablement progress\u00e9. Des armes nucl\u00e9aires ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9es sur le territoire bi\u00e9lorusse. Des exercices impliquant les forces nucl\u00e9aires non strat\u00e9giques de Moscou ont eu lieu. Des avertissements officiels ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mis selon lesquels, sous certaines conditions, les installations militaires situ\u00e9es sur le territoire des pays de l&rsquo;OTAN deviendront des cibles l\u00e9gitimes. Une modernisation de la doctrine nucl\u00e9aire russe a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e. La dissuasion atomique devient un outil plus actif de la strat\u00e9gie russe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous ne pouvons qu&rsquo;esp\u00e9rer que Washington se rende compte qu&rsquo;un blocus naval de Kaliningrad ou de Saint-P\u00e9tersbourg serait un casus belli &ndash; un argument pour d\u00e9clarer la guerre. L&rsquo;administration am\u00e9ricaine actuelle ne semble pas souhaiter un conflit direct majeur avec la Russie. Mais l&rsquo;histoire montre qu&rsquo;ils se produisent parfois alors qu&rsquo;aucune des parties ne semble le vouloir. La strat\u00e9gie d&rsquo;escalade rampante visant \u00e0 vaincre strat\u00e9giquement la Russie, que les &Eacute;tats-Unis ont adopt\u00e9e dans la guerre par procuration prolong\u00e9e en Ukraine, comporte le risque d&rsquo;un tel sc\u00e9nario, dans lequel la logique d&rsquo;un processus une fois enclench\u00e9 commence \u00e0 d\u00e9terminer des d\u00e9cisions politiques. et les d\u00e9cisions militaires, et la situation devient rapidement incontr\u00f4lable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un autre danger r\u00e9side dans le fait que Washington encourage de facto non seulement une rh\u00e9torique irresponsable, mais aussi des actions irresponsables de la part des satellites am\u00e9ricains. Ces derniers, convaincus de leur impunit\u00e9, pourraient aller trop loin en provoquant inconsid\u00e9r\u00e9ment Moscou, entra&icirc;nant ainsi les &Eacute;tats-Unis et la Russie dans un conflit arm\u00e9 direct. Encore une fois, nous ne pouvons qu&rsquo;esp\u00e9rer que l&rsquo;instinct de conservation de l&rsquo;Am\u00e9rique sera plus fort que son arrogance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les espoirs sont des espoirs, mais il est clair que la Russie a d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9 sa r\u00e9serve d&rsquo;avertissements verbaux. Les actions hostiles de nos adversaires n&rsquo;appellent pas une condamnation, mais une r\u00e9ponse appropri\u00e9e. Nous parlons d\u00e9sormais des a\u00e9rodromes des pays de l&rsquo;OTAN, dont la Pologne, o&ugrave; pourraient bien \u00eatre bas\u00e9s les F-16 remis \u00e0 Kiev ; d&rsquo;\u00e9ventuelles tentatives de l&rsquo;Estonie et de la Finlande visant \u00e0 perturber la navigation dans le golfe de Finlande ; la perspective que la Lituanie coupe la liaison ferroviaire entre Kaliningrad et la Russie continentale sous divers pr\u00e9textes ; et des menaces importantes contre notre alli\u00e9e la Bi\u00e9lorussie. Une r\u00e9ponse ferme \u00e0 un stade pr\u00e9coce de l&rsquo;\u00e9laboration de chacun de ces projets possibles a de meilleures chances d&#8217;emp\u00eacher une escalade dangereuse. Bien entendu, la position la plus forte pour la Russie est d&rsquo;\u00eatre proactive, de poursuivre une strat\u00e9gie pr\u00e9ventive dans laquelle Moscou ne r\u00e9agit pas aux mesures d&rsquo;escalade de l&rsquo;ennemi, mais prend l&rsquo;initiative strat\u00e9gique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il convient de garder \u00e0 l&rsquo;esprit que la confrontation de la Russie avec l&rsquo;Occident collectif se poursuivra apr\u00e8s la fin des op\u00e9rations militaires actives contre l&rsquo;Ukraine. De l&rsquo;Arctique, qui est une zone de rivalit\u00e9 distincte, \u00e0 la mer Noire, il existe d\u00e9j\u00e0 une ligne de d\u00e9marcation solide et ininterrompue. La s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne n&rsquo;est plus un concept pertinent et la s\u00e9curit\u00e9 eurasienne, y compris la composante europ\u00e9enne, rel\u00e8ve d&rsquo;un avenir lointain. Une longue p\u00e9riode de \u00ab\u00a0paix non mondiale\u00a0\u00bb s&rsquo;annonce, pendant laquelle la Russie devra compter sur ses propres forces et capacit\u00e9s plut\u00f4t que sur des accords avec les &Eacute;tats occidentaux pour sa s\u00e9curit\u00e9. Dans un avenir pr\u00e9visible, la r\u00e9gion baltique &ndash; ce pont autrefois prometteur sur la route vers une \u00ab\u00a0Grande Europe\u00a0\u00bb &ndash; sera probablement la partie du voisinage la plus militaris\u00e9e et la plus hostile \u00e0 la Russie. La stabilit\u00e9 de la situation d\u00e9pend bien entendu de la r\u00e9alisation des objectifs de l&rsquo;op\u00e9ration en Ukraine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dimitri Trenine<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vers la guerre &bull; Cet article de Dimitri Trenine a son importance, en fonction de l&rsquo;attitude habituelle de ce membre des \u00e9lites russes de la s\u00e9curit\u00e9 nationale. &bull; Dans le tableau g\u00e9n\u00e9ral de la situation, certaines phrases r\u00e9sonnent comme une recommandation pour que la Russie envisage des interventions hors du cadre l\u00a0\u00bbOp\u00e9ration Militaire Sp\u00e9ciale&rsquo;, y&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[12722,14032,2883,3068,2885,1296],"class_list":["post-81210","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-dimitri","tag-koursk","tag-riposte","tag-strategique","tag-trenine","tag-ukraine"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81210","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81210"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81210\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81210"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81210"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81210"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}