{"id":81220,"date":"2024-08-26T16:55:59","date_gmt":"2024-08-26T16:55:59","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/08\/26\/de-kafka-a-durov\/"},"modified":"2024-08-26T16:55:59","modified_gmt":"2024-08-26T16:55:59","slug":"de-kafka-a-durov","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/08\/26\/de-kafka-a-durov\/","title":{"rendered":"De Kafka \u00e0 Durov"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>De Kafka \u00e0 Durov<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull;  Arrestation \u00e0 Orly, en France, de <strong>&laquo; <em>l&rsquo;\u00e9nigmatique fondateur de &lsquo;Telegram&rsquo;<\/em> &raquo; Pavel Durov<\/strong>. &bull; C&rsquo;est la France de Macron qui a r\u00e9alis\u00e9 <strong>cet exploit selon les consignes de Bruxelles, de Thierry Breton &#038; Cie<\/strong>. &bull; Aussit\u00f4t, une temp\u00eate parcourt la presse alternative et tous les opposants de fortune et de rencontre, devant ce qui est une nouvelle violation de la libert\u00e9 (de parole, d&rsquo;opinion, de la presse, etc.). &bull; Constantin von Hoffmeister commente cet \u00e9v\u00e9nement, notamment <strong>\u00e0 l&rsquo;aide de la parabole de Kafka et de son Josef K.<\/strong> dans son livre &lsquo;<em>Le Proc\u00e8s<\/em>&lsquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On se doute que les commentaires abondent apr\u00e8s l&rsquo;arrestation \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport d&rsquo;Orly de &laquo; <em>l&rsquo;\u00e9nigmatique fondateur de &lsquo;Telegram&rsquo;<\/em> &raquo; Pavel Durov, samedi dernier. Durov a d\u00e9sormais sa place aupr\u00e8s d&rsquo;autres h\u00e9ros victimes de la r\u00e9pression, &ndash; principalement Assange et Snowden, &ndash; et la France aupr\u00e8s de son grand fr\u00e8re am\u00e9ricaniste dans le domaine de la censure et de la r\u00e9pression aupr\u00e8s de l&rsquo;extraordinaire Macron (comment deviner une telle nature derri\u00e8re une apparence si fade ?).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette situation est l&rsquo;objet d&rsquo;un commentaire d&rsquo;un auteur original, \u00e9rudit et d&rsquo;une stricte logique, Constantin von Hoffmeister que nous avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9. Il choisit &lsquo;<em>Le Proc\u00e8s<\/em>&lsquo; de Kafka comme support de la parabole qui lui sert \u00e0 d\u00e9crire un monde plong\u00e9 dans la dystopie, le simulacre, l&#8217;emballement de puissance d&rsquo;un Syst\u00e8me fascin\u00e9 par son autodestruction. Et si l&rsquo;on veut enqu\u00eater \u00e0 son propos, et trouver le fil qui nous relie \u00e0 la mesure prise contre Durov, le sort de K. dans le livre cauchemardesque et labyrinthique d\u00e9crit par Kafka est parfaitement appropri\u00e9 pour nous d\u00e9crire la perspective qui nous menace, qui nous angoisse et qui ne cesse d&rsquo;alimenter la terreur qui envahit nos \u00e2mes. Avec Durov, tout cela est encore plus pressant&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La terreur qui s&rsquo;infiltre dans ce monde n&rsquo;est pas seulement la peur du ch\u00e2timent. C&rsquo;est quelque chose de plus profond, de plus envahissant, &ndash; une terreur qui immobilise l&rsquo;\u00e2me. C&rsquo;est la crainte de prononcer un mot innommable, de nourrir une pens\u00e9e impensable, de d\u00e9fier le regard omniscient qui nous observe \u00e0 chaque coin de rue. Cette terreur, comme l&rsquo;a compris Kafka, est une anticipation du ch\u00e2timent ainsi qu&rsquo;une anxi\u00e9t\u00e9 profonde et paralysante, &ndash; une aspiration \u00e0 quelque chose qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir, mais aussi une peur de tout ce que le pouvoir touche<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cette description, comme toutes les autres que d\u00e9veloppe Hoffmeister, est irr\u00e9futable. La terreur dont il parle est partout pr\u00e9sente, plus ou moins consciente, plus ou moins exprim\u00e9e, et ainsi n&rsquo;y a-t-il rien \u00e0 redire \u00e0 cette parabole de ce point de vue. On pourrait dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une vision r\u00e9aliste de ce qui est \u00e0 venir ; nous voudrions la nuancer grandement, jusqu&rsquo;\u00e0 mettre en cause la possibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution envisag\u00e9e, par une simple vision pragmatique de la p\u00e9riode que nous vivons qui n&rsquo;est pas n\u00e9e d&rsquo;hier (arrestation de Durov) ni m\u00eame des catastrophes les plus r\u00e9centes et les plus suspectes (Covid, Ukraine), mais qui doit \u00eatre dat\u00e9e de bien plus en-de\u00e7a.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En g\u00e9n\u00e9ral, ceux qui soutiennent cette vision font d\u00e9marrer ses pr\u00e9misses \u00e0 cette \u00e9poque tr\u00e8s r\u00e9cente dans la d\u00e9cennie 2010 apr\u00e8s la crise de 2008 consid\u00e9r\u00e9e comme la rupture essentielle. Pour ceux qui ont v\u00e9cu depuis plus longtemps avec cette sensation d&rsquo;atteindre un point d&rsquo;inflexion crisique catastrophique, il faut remonter <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-trou-noir-de-la-postmodernite\">\u00e0 1989-1991<\/a> et la chute du communisme pour en trouver la matrice originelle marquant la psychologie. (Cas personnel : cette sensation du \u00ab\u00a0point d&rsquo;inflexion\u00a0\u00bb est n\u00e9e chez PhG <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-la-1992-a-la-2017\">au printemps 1992<\/a> avec la grande crise des \u00e9meutes de Los Angeles.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans tous les cas, les grands \u00e9v\u00e9nements qui sanctionnent cette sensation d&rsquo;\u00e9tapes extraordinaires et spectaculaires datent de 1999-2001 (la guerre du Kosovo et l&rsquo;attaque de 9\/11 contre New York qui fit na&icirc;tre tous les soup\u00e7ons de simulacre du Syst\u00e8me par d&rsquo;inf\u00e2mes \u00ab\u00a0complotistes\u00a0\u00bb). Et alors, le d\u00e9but des angoisses et des interrogations sur l&rsquo;apparition d&rsquo;un &Eacute;tat policier (aux USA comme mod\u00e8le universel), avec tous ses appendices de surveillance tels que les \u00e9voque Hoffmeister, date du vote par le Congr\u00e8s du &lsquo;<em>Patriot Act<\/em>&lsquo;, en octobre 2001. Cette \u00e9volution perverse qui est \u00e9videmment un raidissement policier et militariste du Syst\u00e8me qui se fit prodigieusement vite implique un d\u00e9veloppement bureaucratique terroriste facilit\u00e9 prodigieusement par les progr\u00e8s de l&rsquo;informatique, devant ce que le Syst\u00e8me juge \u00eatre la possibilit\u00e9\/probabilit\u00e9 de la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ces \u00e9meutes de L.A. <\/em>[de 1992] <em>sont tr\u00e8s particuli\u00e8res. Elles ne se placent pas dans un cycle d&rsquo;\u00e9meutes, comme dans les ann\u00e9es 1960 et si l&rsquo;argument racial classiques est l\u00e0 (les \u00e9meutes commenc\u00e8rent avec le tabassage d&rsquo;un Africain-Am\u00e9ricain, Rodney King, par la police de L.A.), il fut loin d&rsquo;\u00eatre le seul, ni m\u00eame le principal moteur de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. (D&rsquo;ailleurs, 50% des arrestations concern\u00e8rent des Latinos, contre 35% d&rsquo;Africains-Am\u00e9ricains.) Les conditions \u00e9conomiques, la pauvret\u00e9, le ch\u00f4mage, etc., furent \u00e9galement des causes puissantes, sinon sup\u00e9rieures au facteur racial. D&rsquo;autre part, on y vit, mis \u00e0 part les forces de l&rsquo;ordre, des affrontements violents entre communaut\u00e9s, notamment la communaut\u00e9 nouvellement install\u00e9e des Asiatiques-Am\u00e9ricains, qui form\u00e8rent des milices arm\u00e9es pour d\u00e9fendre leurs biens divers contre les bandes de pillards des autres communaut\u00e9s. Enfin, la violence de l&rsquo;\u00e9meute, avec des conditions proches des conditions de guerre urbaine qui s&rsquo;expliquent par les divers caract\u00e8res \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-dessus, fut tout \u00e0 fait exceptionnelle et, pendant une semaine, L.A. fut une vitrine visible partout (chaque passager d&rsquo;un avion atterrissant \u00e0 Los Angeles pouvait voir les fum\u00e9es des tr\u00e8s nombreux incendies provenant des quartiers touch\u00e9s) d&rsquo;une marque symbolique profonde d&rsquo;un non moins profond malaise am\u00e9ricain<\/em>. &raquo; (&laquo; <em><a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-la-1992-a-la-2017\">De L.A. 1992 \u00e0 L.A. 2017 ? <\/a><\/em>&raquo;, 28 avril 2017.)<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ce que nous voulons exprimer par toutes ces observations, c&rsquo;est le constat pragmatique que la construction tr\u00e8s rapide, et la crainte par cons\u00e9quent de l&rsquo;Etat policier et de la surveillance de masse, est largement en marche depuis pr\u00e8s d&rsquo;un quart de si\u00e8cle. Snowden, en 2013, nous r\u00e9v\u00e9la par des tonnes et des tonnes de r\u00e9v\u00e9lations irr\u00e9futables qu&rsquo;un fantastique r\u00e9seau de surveillance (NSA, CIA, FBI et le reste) \u00e9tait en place et  fonctionnait \u00e0 plein r\u00e9gime. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas Kafka ni Orwell mais cela aurait pu l&rsquo;\u00eatre, &ndash; mieux, cela aurait d&ucirc; l&rsquo;\u00eatre&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela ne l&rsquo;est pas du tout puisque le Syst\u00e8me, avec quelques employ\u00e9s de rencontre comme le fantasmagorique et transparent pr\u00e9sident fran\u00e7ais, en est \u00e0 se lancer dans des aventures de harc\u00e8lement qui infligent certainement beaucoup de peines et de souffrances \u00e0 certains dissidents courageux ayant mis en place des entreprises de contestation importantes mais sans d\u00e9truire les structures existantes ni d\u00e9courager d&rsquo;autres de se lancer dans la r\u00e9sistance. Cela ne suit certainement pas la sch\u00e9ma d&rsquo;un Kafka et d&rsquo;un Orwell qui, en tant que romancier des terreurs \u00e0 venir et pour bien expliciter leur propos, nous pr\u00e9sentent un monde totalement soumis, cadenass\u00e9, verrouill\u00e9, o&ugrave; ni un Assange, ni un Snowden, ni un Durov ne pourraient r\u00e9aliser leurs op\u00e9rations de contestation, ni m\u00eame les concevoir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus encore, en d\u00e9veloppant sa parabole avec talent, Hoffmeister en arriv\u00e9 \u00e9galement \u00e0 d\u00e9velopper des contresens d&rsquo;analyse chronologique qui gratifient le Syst\u00e8me d&rsquo;une coh\u00e9rence et d&rsquo;une stabilit\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;a absolument plus. Ainsi lorsque, parlant des &laquo; <em>empires m\u00e9diatiques<\/em> &raquo; (et des \u00ab\u00a0hyper-riches\u00a0\u00bb en g\u00e9n\u00e9ral), il les pr\u00e9sente comme des chiens de garde qui ont perdu cette fonction et se sont ralli\u00e9s au Syst\u00e8me (au pouvoir), et travaillant \u00e0 son service. C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui compl\u00e8tement l&rsquo;inverse&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Cependant, l&rsquo;enchev\u00eatrement de puissants conglom\u00e9rats m\u00e9diatiques avec d&rsquo;autres forces d&rsquo;\u00e9lite met \u00e0 nu ce grotesque spectacle de clowns. Lorsqu&rsquo;un empire m\u00e9diatique devient suffisamment important, il cesse de se consid\u00e9rer comme un chien de garde du pouvoir ; au lieu de cela, il s&#8217;emp\u00eatre dans le r\u00e9seau d&rsquo;influence qu&rsquo;il \u00e9tait cens\u00e9 surveiller. Il n&rsquo;est plus un adversaire, mais un collaborateur, complice de la perp\u00e9tuation des structures qu&rsquo;il pr\u00e9tendait contester. Cette trahison silencieuse, cette collusion tacite, garantit que la dissidence reste soigneusement contr\u00f4l\u00e9e, soigneusement contenue et, en fin de compte, oblit\u00e9r\u00e9e<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&#8230; En effet, \u00ab\u00a0c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui compl\u00e8tement l&rsquo;inverse\u00a0\u00bb, comme on le voit par exemple avec le parti d\u00e9mocrate aux USA, o&ugrave; les Biden, Harris, etc., sont choisis et impos\u00e9s directement et sans la moindre vergogne par les donateurs (&laquo; hyper-riches\u00a0\u00bb, comme il se doit), au m\u00e9pris de toutes les r\u00e8gles de fonctionnement qui assuraient encore un brin de l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 ce pouvoir. Il nous para&icirc;t bien difficile que ces pouvoirs continuent \u00e0 fonctionner avec cette seule apparence de l\u00e9gitimit\u00e9, dans une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de fragilit\u00e9 extr\u00eames, avec des \u00ab\u00a0hyper-riches\u00a0\u00bb emport\u00e9s par le vertige des fortunes et incapables d&rsquo;\u00e9laborer des structures acceptables sur le temps m\u00eame tr\u00e8s court d&rsquo;un mandat pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous pensons en effet que le Syst\u00e8me a perdu la stabilit\u00e9 du d\u00e9veloppement de sa puissance, passant en mode de superpuissance par la gr\u00e2ce des \u00ab\u00a0tr\u00e8s-riches\u00a0\u00bb et s&rsquo;approchant avec fascination et une tr\u00e8s grande v\u00e9locit\u00e9 de son autodestruction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quoi qu&rsquo;il en soit et en poursuivant ainsi un d\u00e9bat, on doit lire ce texte de Constantin von Hoffmeister sur &lsquo;<em><a href=\"https:\/\/www.eurosiberia.net\/p\/pavel-durov-and-the-kafka-paranoia?publication_id=1305515&#038;post_id=148093235&#038;isFreemail=true&#038;r=jgt70&#038;triedRedirect=true\">eurosiberia.net<\/a><\/em>&lsquo;, avec sa traduction en fran\u00e7ais sur &lsquo;<em><a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2024\/08\/25\/pavel-durov-et-la-paranoia-de-kafka.html\">euro-synergies.hautefort.com<\/a><\/em>&lsquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Pavel Durov et la parano\u00efa de Kafka<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&laquo; <em>Kafka a d\u00e9crit avec une merveilleuse puissance imaginative les futurs camps de concentration, la future instabilit\u00e9 de la loi, le futur absolutisme de l&rsquo;appareil d&rsquo;&Eacute;tat<\/em>. &raquo; &ndash; Bertolt Brecht<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Dans une sc\u00e8ne tout droit sortie d&rsquo;un roman de Franz Kafka, Pavel Durov, l&rsquo;\u00e9nigmatique fondateur de Telegram, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 en France lors de son atterrissage \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport du Bourget, pr\u00e8s de Paris. Alors qu&rsquo;il d\u00e9barquait de son jet priv\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9 par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises qui l&rsquo;attendaient, arm\u00e9es d&rsquo;un mandat d&rsquo;arr\u00eat l&rsquo;accusant d&rsquo;avoir permis des activit\u00e9s criminelles par l&rsquo;interm\u00e9diaire de sa plateforme de messagerie. Les accusations, aussi surr\u00e9alistes que graves, portent sur la complicit\u00e9 de trafic de drogue, les d\u00e9lits p\u00e9docriminels et le blanchiment d&rsquo;argent, le tout d\u00e9coulant du manque de mod\u00e9ration pr\u00e9sum\u00e9 de Telegram. Son arrestation n&rsquo;est pas seulement une catastrophe personnelle, mais un rappel brutal de l&rsquo;absurdit\u00e9 qui attend ceux qui d\u00e9fient la main invisible mais omnipr\u00e9sente du pouvoir dans un monde qui pr\u00e9tend prot\u00e9ger la libert\u00e9 tout en la d\u00e9mantelant m\u00e9thodiquement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Que devient Telegram apr\u00e8s l&rsquo;arrestation de Durov ? La question suscite un malaise qui se m\u00e9tastase rapidement en d&rsquo;innombrables chuchotements sp\u00e9culatifs, tous plus incertains les uns que les autres. Une rumeur, qui se faufile d\u00e9j\u00e0 dans les couloirs num\u00e9riques, insiste sur le fait que l&rsquo;\u00e9quipe de Durov est pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 cette \u00e9ventualit\u00e9, qu&rsquo;il existe un protocole clandestin pr\u00eat \u00e0 \u00eatre mis en &oelig;uvre sur le coup de minuit. Mais comme toutes les rumeurs, elle se nourrit de l&rsquo;absence de sources v\u00e9rifiables. La v\u00e9rit\u00e9, envelopp\u00e9e d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9, est aussi insaisissable que l&rsquo;homme lui-m\u00eame. La question de savoir si Telegram persistera, et sous quelle forme d\u00e9form\u00e9e, reste une \u00e9nigme troublante, une question suspendue dans le vide, l\u00e0 o&ugrave; devrait se trouver la certitude.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans l&rsquo;Occident moderne, la libert\u00e9 d&rsquo;expression est pr\u00e9sent\u00e9e comme un principe sacr\u00e9, un embl\u00e8me brillant de la d\u00e9mocratie qui contraste pr\u00e9tendument avec les \u00ab\u00a0r\u00e9gimes despotiques\u00a0\u00bb de la Russie et de la Chine. Pourtant, sous cette fa\u00e7ade polie se cache une r\u00e9alit\u00e9 aussi \u00e9touffante et absurde que n&rsquo;importe quel cauchemar kafka\u00efen &#8211; un endroit o&ugrave; les dissidents sont poursuivis sans rel\u00e2che, leurs voix \u00e9touff\u00e9es, leurs libert\u00e9s \u00e9teintes. Les m\u00e9saventures de Julian Assange, d&rsquo;Edward Snowden et maintenant de Pavel Durov nous rappellent \u00e9trangement que la d\u00e9votion de l&rsquo;Occident \u00e0 la libert\u00e9 d&rsquo;expression n&rsquo;est qu&rsquo;une pr\u00e9tention creuse, une mascarade masquant une v\u00e9rit\u00e9 plus sombre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Durov est citoyen de quatre pays : la Russie, Saint-Kitts-et-Nevis, la France et les &Eacute;mirats arabes unis. La multiplicit\u00e9 de ses identit\u00e9s refl\u00e8te sa tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 l&#8217;emprise toujours plus \u00e9troite du pouvoir de l&rsquo;&Eacute;tat, de rester une \u00e2me sans attaches dans un monde o&ugrave; la v\u00e9ritable autonomie n&rsquo;est qu&rsquo;un r\u00eave \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Pourtant, la r\u00e9v\u00e9lation que Durov a renonc\u00e9 \u00e0 sa citoyennet\u00e9 russe, associ\u00e9e \u00e0 sa r\u00e9cente d\u00e9tention en France, souligne la futilit\u00e9 de tels efforts. Peu importe le nombre de fronti\u00e8res que vous traversez, peu importe le nombre de nationalit\u00e9s que vous assumez, la griffe de fer de la censure vous traquera in\u00e9vitablement si vous refusez de vous plier \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 lib\u00e9rale de l&rsquo;Occident. Les personnes attach\u00e9es \u00e0 une libert\u00e9 authentique ne devraient pas \u00ab\u00a0fuir\u00a0\u00bb vers l&rsquo;Occident, mais s&rsquo;en \u00e9loigner.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La notion de presse libre, si souvent c\u00e9l\u00e9br\u00e9e en Occident, se r\u00e9v\u00e8le farce am\u00e8re. On nous sert la fiction r\u00e9confortante que les m\u00e9dias fonctionnent sans cha&icirc;nes, que les journalistes recherchent la v\u00e9rit\u00e9 sans crainte de repr\u00e9sailles. Pourtant, le calvaire de Durov, qui fait \u00e9cho \u00e0 celui d&rsquo;Assange, r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 et la tromperie qui se cachent derri\u00e8re cette fausse \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb. Lorsque Durov a quitt\u00e9 la Russie, ce n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 la recherche de plus de libert\u00e9s, mais parce qu&rsquo;il a refus\u00e9 de se soumettre aux exigences de censure de VK, le r\u00e9seau social russe largement utilis\u00e9, en r\u00e9sistant aux pressions exerc\u00e9es pour qu&rsquo;il remette les donn\u00e9es des utilisateurs aux autorit\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Kafka, le ma&icirc;tre du d\u00e9sespoir bureaucratique, trouverait dans le destin de Durov une familiarit\u00e9 troublante. Ce destin rappelle celui de Josef K. dans Le Proc\u00e8s, condamn\u00e9 non pas pour un crime sp\u00e9cifique mais pour le soup\u00e7on insidieux et omnipr\u00e9sent qui envahit tous les aspects de l&rsquo;existence. Dans un monde o&ugrave; le moindre \u00e9cart d\u00e9clenche les soup\u00e7ons les plus graves, comment la libert\u00e9 peut-elle \u00eatre autre chose qu&rsquo;une am\u00e8re illusion ? Ne sommes-nous pas tous, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, prisonniers d&rsquo;une vaste bureaucratie sans visage, o&ugrave; chaque action est scrut\u00e9e, chaque intention remise en question et chaque individu r\u00e9duit \u00e0 une copie conforme de lui-m\u00eame ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La terreur qui s&rsquo;infiltre dans ce monde n&rsquo;est pas seulement la peur du ch\u00e2timent. C&rsquo;est quelque chose de plus profond, de plus envahissant &#8211; une terreur qui immobilise l&rsquo;\u00e2me. C&rsquo;est la crainte de prononcer un mot innommable, de nourrir une pens\u00e9e impensable, de d\u00e9fier le regard omniscient qui nous observe \u00e0 chaque coin de rue. Cette terreur, comme l&rsquo;a compris Kafka, est une anticipation du ch\u00e2timent ainsi qu&rsquo;une anxi\u00e9t\u00e9 profonde et paralysante, &ndash; une aspiration \u00e0 quelque chose qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir, mais aussi une peur de tout ce que le pouvoir touche. En Occident, cette crainte est dissimul\u00e9e sous la rh\u00e9torique de la \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb, envelopp\u00e9e dans le mensonge r\u00e9confortant selon lequel nous sommes libres de parler, libres de penser, libres de r\u00e9sister.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cependant, l&rsquo;enchev\u00eatrement de puissants conglom\u00e9rats m\u00e9diatiques avec d&rsquo;autres forces d&rsquo;\u00e9lite met \u00e0 nu ce grotesque spectacle de clowns. Lorsqu&rsquo;un empire m\u00e9diatique devient suffisamment important, il cesse de se consid\u00e9rer comme un chien de garde du pouvoir ; au lieu de cela, il s&#8217;emp\u00eatre dans le r\u00e9seau d&rsquo;influence qu&rsquo;il \u00e9tait cens\u00e9 surveiller. Il n&rsquo;est plus un adversaire, mais un collaborateur, complice de la perp\u00e9tuation des structures qu&rsquo;il pr\u00e9tendait contester. Cette trahison silencieuse, cette collusion tacite, garantit que la dissidence reste soigneusement contr\u00f4l\u00e9e, soigneusement contenue et, en fin de compte, oblit\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;hypocrisie la plus flagrante de l&rsquo;Occident r\u00e9side dans sa foi en la mission moralisatrice de multinationales comme Google, dont le credo, &laquo; Don&rsquo;t be evil &raquo;, s&rsquo;est transform\u00e9 en une banale rengaine. Les architectes de Google croient sinc\u00e8rement qu&rsquo;ils fa\u00e7onnent le monde pour le rendre meilleur, mais leur soi-disant ouverture d&rsquo;esprit ne s&rsquo;\u00e9tend qu&rsquo;aux points de vue qui s&rsquo;alignent sur le courant lib\u00e9ral-imp\u00e9rialiste de la politique am\u00e9ricaine. Tout point de vue qui remet en question ce r\u00e9cit est rendu invisible, rejet\u00e9 comme non pertinent ou dangereux. Telle est la terreur sourde de leur mission &#8211; l&rsquo;horreur tranquille d&rsquo;un monde o&ugrave; les voix dissidentes ne sont pas r\u00e9duites au silence par la force, mais simplement ignor\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oubli.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aucune soci\u00e9t\u00e9 ayant mis en place un syst\u00e8me de surveillance de masse n&rsquo;a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ses abus, et l&rsquo;Occident n&rsquo;est pas diff\u00e9rent. Il est devenu banal de supposer que le gouvernement surveille nos moindres faits et gestes, alors qu&rsquo;il est consid\u00e9r\u00e9 comme parano\u00efaque de croire le contraire. Cette normalisation de la surveillance est le dernier t\u00e9moignage de l&rsquo;enracinement de ces m\u00e9canismes de contr\u00f4le. Nous vivons dans une r\u00e9alit\u00e9 o&ugrave; la vie priv\u00e9e est un anachronisme, o&ugrave; chaque geste est enregistr\u00e9, chaque mot catalogu\u00e9, chaque murmure de d\u00e9saccord consign\u00e9 en vue d&rsquo;un jugement futur. L&rsquo;&Eacute;tat de surveillance n&rsquo;est plus une dystopie lointaine ; c&rsquo;est le monde dans lequel nous vivons, le cauchemar dont nous ne pouvons pas nous r\u00e9veiller.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce monde, la transformation de l&rsquo;individu est in\u00e9vitable et exceptionnellement kafka\u00efenne. Alors qu&rsquo;Oge Noct se r\u00e9veille de ses r\u00eaves agit\u00e9s, il se retrouve inexplicablement transform\u00e9 en un insecte monstrueux. Cette m\u00e9tamorphose est une aberration physique et un symbole de la d\u00e9shumanisation inflig\u00e9e par un syst\u00e8me qui broie l&rsquo;\u00e2me. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;Assange, de Snowden ou de Durov, le sch\u00e9ma est le m\u00eame : ceux qui osent d\u00e9fier le syst\u00e8me ne sont pas port\u00e9s aux nues mais d\u00e9grad\u00e9s, leur humanit\u00e9 \u00e9rod\u00e9e par l&rsquo;implacable machine de contr\u00f4le qui se d\u00e9clare championne de la libert\u00e9 tout en perp\u00e9tuant une tyrannie inflexible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tel est le vrai visage de l&rsquo;Occident moderne &#8211; une spirale descendante kafka\u00efenne dans laquelle la promesse de libert\u00e9 n&rsquo;est gu\u00e8re plus qu&rsquo;une farce cruelle, et o&ugrave; ceux qui la recherchent sont condamn\u00e9s \u00e0 vivre dans une peur perp\u00e9tuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est comme un fleuve, n&rsquo;est-ce pas ? Un fleuve qui sort de son lit, se r\u00e9pand dans les champs, perd de sa profondeur au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tend, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ne reste plus qu&rsquo;une mare sale et stagnante. C&rsquo;est ce qui arrive aux r\u00e9volutions. Elles commencent avec force, avec d\u00e9termination, mais \u00e0 mesure qu&rsquo;elles s&rsquo;\u00e9tendent, elles s&rsquo;amincissent, elles perdent leur substance. Et lorsque la ferveur s&rsquo;\u00e9vapore enfin, que reste-t-il ? Rien d&rsquo;autre que la boue de la bureaucratie, \u00e9paisse et \u00e9touffante, qui s&rsquo;insinue dans tous les recoins de la vie. Les anciens carcans qui nous retenaient \u00e9taient au moins visibles, tangibles, mais ces nouveaux carcans sont faits de papier, de formulaires, de tampons et de signatures, interminables et \u00e9touffants. Et pourtant, nous les portons tout de m\u00eame, sans m\u00eame nous rendre compte de l&rsquo;\u00e9troitesse de leur lien.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Constantin von Hoffmeister<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Kafka \u00e0 Durov &bull; Arrestation \u00e0 Orly, en France, de &laquo; l&rsquo;\u00e9nigmatique fondateur de &lsquo;Telegram&rsquo; &raquo; Pavel Durov. &bull; C&rsquo;est la France de Macron qui a r\u00e9alis\u00e9 cet exploit selon les consignes de Bruxelles, de Thierry Breton &#038; Cie. &bull; Aussit\u00f4t, une temp\u00eate parcourt la presse alternative et tous les opposants de fortune et&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[2657,14053,2659,13648,8572,8852,2658],"class_list":["post-81220","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-constantin","tag-durov","tag-hoffmeister","tag-pavel","tag-telegram","tag-tyrannie","tag-von"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81220"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81220\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}