{"id":81260,"date":"2024-09-25T01:10:36","date_gmt":"2024-09-25T01:10:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/09\/25\/celine-et-la-grosse-depression-americaine\/"},"modified":"2024-09-25T01:10:36","modified_gmt":"2024-09-25T01:10:36","slug":"celine-et-la-grosse-depression-americaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/09\/25\/celine-et-la-grosse-depression-americaine\/","title":{"rendered":"C\u00e9line et la grosse d\u00e9pression am\u00e9ricaine"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>C\u00e9line et la grosse d\u00e9pression am\u00e9ricaine<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Toujours j&rsquo;avais redout\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s vide, de n&rsquo;avoir en somme aucune s\u00e9rieuse raison pour exister. &Agrave; pr\u00e9sent j&rsquo;\u00e9tais devant les faits bien assur\u00e9 de mon n\u00e9ant individuel. Dans ce milieu trop diff\u00e9rent de celui o&ugrave; j&rsquo;avais de mesquines habitudes, je m&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;instant comme dissous. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tous les ploucs r\u00eavent d&rsquo;aller \u00e0 New York, et tous les cr\u00e8ve-mis\u00e8re r\u00eavent de se rendre en Am\u00e9rique. Et voici comment le g\u00e9nie du si\u00e8cle pass\u00e9 d\u00e9crit son exp\u00e9rience new-yorkaise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La peur de la ville debout (vision d&rsquo;horreur en fait que celle de ce New York impos\u00e9 depuis au monde entier avec ses tours de force) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Figurez-vous qu&rsquo;elle \u00e9tait debout leur ville, absolument droite. New York c&rsquo;est une ville debout. On en avait d\u00e9j\u00e0 vu nous des villes bien s&ucirc;r, et des belles encore, et des ports et des fameux m\u00eame. Mais chez nous, n&rsquo;est-ce pas, elles sont couch\u00e9es les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s&rsquo;allongent sur le paysage, elles attendent le Voyageur, tandis que celle-l\u00e0 l&rsquo;Am\u00e9ricaine, elle ne se p\u00e2mait pas, non, elle se tenait bien raide, l\u00e0, pas baisante du tout, raide \u00e0 faire peur. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le froid qui va avec, et qui frappait Tocqueville :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &Ccedil;a fait dr\u00f4le forc\u00e9ment, une ville b\u00e2tie en raideur. Mais on n&rsquo;en pouvait rigoler nous, du spectacle qu&rsquo;\u00e0 partir du cou, \u00e0 cause du froid qui venait du large pendant ce temps-l\u00e0 \u00e0 travers une grosse brume grise et rose, et rapide et piquante \u00e0 l&rsquo;assaut de nos pantalons et des crevasses de cette muraille, les rues de la ville, o&ugrave; les nuages s&rsquo;engouffraient aussi \u00e0 la charge du vent. Notre gal\u00e8re tenait son mince sillon juste au ras des jet\u00e9es, l\u00e0 o&ugrave; venait finir une eau caca, toute barbotante d&rsquo;une kyrielle de petits bachots et remorqueurs avides et cornards. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La trouille \u00e0 l&rsquo;immigration surtout pour un fauch\u00e9 (il sera aussi mis en quarantaine) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Pour un miteux, il n&rsquo;est jamais bien commode de d\u00e9barquer nulle part mais pour un gal\u00e9rien c&rsquo;est encore bien pire, surtout que les gens d&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;aiment pas du tout les gal\u00e9riens qui viennent d&rsquo;Europe. &laquo; C&rsquo;est tous des anarchistes &raquo; qu&rsquo;ils disent. Ils ne veulent recevoir chez eux en somme que les curieux qui leur apportent du pognon, parce que tous les argents d&rsquo;Europe, c&rsquo;est des fils \u00e0 Dollar.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;aurais peut-\u00eatre pu essayer comme d&rsquo;autres l&rsquo;avaient d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi, de traverser le port \u00e0 la nage et puis une fois au quai de me mettre \u00e0 crier: &laquo; Vive Dollar ! Vive Dollar !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est un truc. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Broadway :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Nous on avan\u00e7ait dans la lueur d&rsquo;en bas, malade comme celle de la for\u00eat et si grise que la rue en \u00e9tait pleine comme un gros m\u00e9lange de coton sale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;\u00e9tait comme une plaie triste la rue qui n&rsquo;en finissait plus, avec nous au fond, nous autres, d&rsquo;un bord \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;une peine \u00e0 l&rsquo;autre, vers le bout qu&rsquo;on ne voit jamais, le bout de toutes les rues du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les voitures ne passaient pas, rien que des gens et des gens encore. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Manhattan et Mammon, le manque de pognon, la cit\u00e9 tentaculaire qui nous r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de toutes petites fourmis :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;\u00e9tait le quartier pr\u00e9cieux, qu&rsquo;on m&rsquo;a expliqu\u00e9 plus tard, le quartier pour l&rsquo;or : Manhattan. On n&rsquo;y entre qu&rsquo;\u00e0 pied, comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise. C&rsquo;est le beau coeur en Banque du monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Il y en a pourtant qui crachent par terre en passant. Faut \u00eatre os\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est un quartier qu&rsquo;en est rempli d&rsquo;or, un vrai miracle, et m\u00eame qu&rsquo;on peut l&rsquo;entendre le miracle \u00e0 travers les portes avec son bruit de dollars qu&rsquo;on froisse, lui toujours trop l\u00e9ger le Dollar, un vrai Saint-Esprit, plus pr\u00e9cieux que du sang.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quand les fid\u00e8les entrent dans leur Banque, faut pas croire qu&rsquo;ils peuvent se servir comme \u00e7a selon leur caprice.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pas du tout. Ils parlent \u00e0 Dollar en lui murmurant des choses \u00e0 travers un petit grillage, ils se confessent quoi. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et ils n&rsquo;ont pas fini de lui parler \u00e0 D-Dollar avec la parit\u00e9 et les indices \u00e0 20000 !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La fameuse salet\u00e9, la piscine \u00e0 caca puritaine :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &Agrave; droite de mon banc s&rsquo;ouvrait pr\u00e9cis\u00e9ment un trou, large, \u00e0 m\u00eame le trottoir dans le genre du m\u00e9tro de chez nous. Ce trou me parut propice, vaste qu&rsquo;il \u00e9tait, avec un escalier dedans tout en marbre rose. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 vu bien des gens de la rue y dispara&icirc;tre et puis en ressortir. C&rsquo;\u00e9tait dans ce souterrain qu&rsquo;ils allaient faire leurs besoins. Je fus imm\u00e9diatement fix\u00e9. En marbre aussi la salle o&ugrave; se passait la chose. Une esp\u00e8ce de piscine, mais alors vid\u00e9e de toute son eau, une piscine infecte, remplie seulement d&rsquo;un jour filtr\u00e9, mourant, qui venait finir l\u00e0 sur les hommes d\u00e9boutonn\u00e9s au milieu de leurs odeurs et bien cramoisis \u00e0 pousser leurs sales affaires devant tout le monde, avec des bruits barbares &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La pauvret\u00e9 dans la m\u00e9tropole bab\u00e9lienne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Contre l&rsquo;abomination d&rsquo;\u00eatre pauvre, il faut, avouons-le, c&rsquo;est un devoir, tout essayer, se so&ucirc;ler avec n&rsquo;importe quoi, du vin, du pas cher, de la masturbation, du cin\u00e9ma. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La cin\u00e9philie comme culture de mort on conna&icirc;t \u00e7a nous aussi. C&rsquo;est la petite mort dit le ma&icirc;tre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Premier gros acc\u00e8s de d\u00e9prime :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce qui est pire c&rsquo;est qu&rsquo;on se demande comment le lendemain on trouvera assez de force pour continuer \u00e0 faire ce qu&rsquo;on a fait la veille et depuis d\u00e9j\u00e0 tellement trop longtemps, o&ugrave; on trouvera la force pour ces d\u00e9marches imb\u00e9ciles, ces mille projets qui n&rsquo;aboutissent \u00e0 rien, ces tentatives pour sortir de l&rsquo;accablante n\u00e9cessit\u00e9, tentatives qui toujours avortent, et toutes pour aller se convaincre une fois de plus que le destin est insurmontable, qu&rsquo;il faut retomber au bas de la muraille, chaque soir, sous l&rsquo;angoisse de ce lendemain, toujours plus pr\u00e9caire, plus sordide &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s ces lignes sublimes sur l&rsquo;\u00e2ge qui vient :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est l&rsquo;\u00e2ge aussi qui vient peut-\u00eatre, le tra&icirc;tre, et nous menace du pire. On n&rsquo;a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voil\u00e0. Toute la jeunesse est all\u00e9e mourir d\u00e9j\u00e0 au bout du monde dans le silence de v\u00e9rit\u00e9. Et o&ugrave; aller dehors, je vous le demande, d\u00e8s qu&rsquo;on a plus en soi la somme suffisante de d\u00e9lire ? La v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est une agonie qui n&rsquo;en finit pas. La v\u00e9rit\u00e9 de ce monde c&rsquo;est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n&rsquo;ai jamais pu me tuer moi. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s la r\u00e9signation du peuple bien bestial et soumis :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Au lit ils enlevaient leurs lunettes d&rsquo;abord et leurs r\u00e2teliers ensuite dans un verre et pla\u00e7aient le tout en \u00e9vidence. Ils n&rsquo;avaient pas l&rsquo;air de se parler entre eux, entre sexes, tout \u00e0 fait comme dans la rue. On aurait dit des grosses b\u00eates bien dociles, bien habitu\u00e9es \u00e0 s&rsquo;ennuyer. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s la petite mort du cin\u00e9phile (on conna&icirc;t comme on disait) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il faisait dans ce cin\u00e9ma, bon, doux et chaud. De volumineuses orgues tout \u00e0 fait tendres comme dans une basilique, mais alors qui serait chauff\u00e9e, des orgues comme des cuisses. Pas un moment de perdu. On plonge en plein dans le pardon ti\u00e8de. On aurait eu qu&rsquo;\u00e0 se laisser aller pour penser que le monde peut-\u00eatre, venait enfin de se convertir \u00e0 indulgence. On y \u00e9tait soi presque d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors les r\u00eaves montent dans la nuit pour aller s&#8217;embraser au mirage de la lumi\u00e8re qui bouge. Ce n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait vivant ce qui se passe sur les \u00e9crans, il reste dedans une grande place trouble, pour les pauvres, pour les r\u00eaves et pour les morts. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Deuxi\u00e8me attaque de spleen am\u00e9ricain :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; En Afrique, j&rsquo;avais certes connu un genre de solitude assez brutale, mais l&rsquo;isolement dans cette fourmili\u00e8re am\u00e9ricaine prenait une tournure plus accablante encore.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Toujours j&rsquo;avais redout\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s vide, de n&rsquo;avoir en somme aucune s\u00e9rieuse raison pour exister. &Agrave; pr\u00e9sent j&rsquo;\u00e9tais devant les faits bien assur\u00e9 de mon n\u00e9ant individuel. Dans ce milieu trop diff\u00e9rent de celui o&ugrave; j&rsquo;avais de mesquines habitudes, je m&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;instant comme dissous. Je me sentais bien pr\u00e8s de ne plus exister, tout simplement. Ainsi, je le d\u00e9couvrais, d\u00e8s qu&rsquo;on avait cess\u00e9 de me parler des choses famili\u00e8res, plus rien ne m&#8217;emp\u00eachait de sombrer dans une sorte d&rsquo;irr\u00e9sistible ennui, dans une mani\u00e8re de doucereuse, d&rsquo;effroyable catastrophe d&rsquo;\u00e2me. Une d\u00e9go&ucirc;tation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce commerce qui fatigue et qui vous prend la t\u00eate car il est non-stop. Il aurait pu \u00eatre sc\u00e9nariste de Koyaanisqatsi C\u00e9line ! D&rsquo;ailleurs Debord et Ellul sont cit\u00e9s au g\u00e9n\u00e9rique de cette &oelig;uvre fabuleuse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; En sortant des t\u00e9n\u00e8bres d\u00e9lirantes de mon h\u00f4tel je tentais encore quelques excursions parmi les hautes rues d&rsquo;alentour, carnaval insipide de maisons en vertige. Ma lassitude s&rsquo;aggravait devant ces \u00e9tendues de fa\u00e7ades, cette monotonie gonfl\u00e9e de pav\u00e9s, de briques et de trav\u00e9es \u00e0 l&rsquo;infini et de commerce et de commerce encore, ce chancre du monde, \u00e9clatant en r\u00e9clames prometteuses et pustulentes. Cent mille mensonges radoteux. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et les rites du transport d\u00e9j\u00e0 compliqu\u00e9s en Am\u00e9rique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Un tramway longeait le bord de l&rsquo;Hudson allant vers le centre de la ville, un vieux v\u00e9hicule qui tremblait de toutes ses roues et de sa carcasse craintive. Il mettait une bonne heure pour accomplir son trajet. Ses Voyageurs se soumettaient sans impatience \u00e0 un rite compliqu\u00e9 de paiement par une sorte de moulin \u00e0 caf\u00e9 \u00e0 monnaie plac\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du wagon. Le contr\u00f4leur les regardait s&rsquo;ex\u00e9cuter, v\u00eatu comme l&rsquo;un des n\u00f4tres, en uniforme de milicien balkanique prisonnier. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Troisi\u00e8me crise de d\u00e9prime li\u00e9e au manque de pognon :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Alors tout devient simple \u00e0 l&rsquo;instant, divinement, sans doute, tout ce qui \u00e9tait si compliqu\u00e9 un moment auparavant&#8230; Tout se transforme et le monde formidablement hostile s&rsquo;en vient \u00e0 l&rsquo;instant rouler \u00e0 vos pieds en boule sournoise, docile et velout\u00e9e. On la perd alors peut-\u00eatre du m\u00eame coup, l&rsquo;habitude \u00e9puisante de r\u00eavasser aux \u00eatres r\u00e9ussis, aux fortunes heureuses puisqu&rsquo;on peut toucher avec ses doigts \u00e0 tout cela. La vie des gens sans moyens n&rsquo;est qu&rsquo;un long refus dans un long d\u00e9lire et on ne conna&icirc;t vraiment bien, on ne se d\u00e9livre aussi que de ce qu&rsquo;on poss\u00e8de. J&rsquo;en avais pour mon compte, \u00e0 force d&rsquo;en prendre et d&rsquo;en laisser des r\u00eaves, la conscience en courants d&rsquo;air, toute fissur\u00e9e de mille l\u00e9zardes et d\u00e9traqu\u00e9e de fa\u00e7on r\u00e9pugnante. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela repose sur une culture de la frustration qui s&rsquo;apprend apr\u00e8s l&rsquo;enfance abrutie de cin\u00e9ma.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lola ne rassure pas, mais ses copines non plus :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je n&rsquo;arrivais pas d\u00e9m\u00ealer tout \u00e0 fait le vraisemblable, dans cette trame compliqu\u00e9e de dollars, de fian\u00e7ailles, de divorces, d&rsquo;achats de robes et de bijoux dont son existence me paraissait combl\u00e9e. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comment s&rsquo;en sortir ? Par la menace du revolver (on est en Am\u00e9rique !) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Elle a sorti alors un revolver d&rsquo;un tiroir et pas pour rire. L&rsquo;escalier m&rsquo;a suffi, j&rsquo;ai m\u00eame pas appel\u00e9 l&rsquo;ascenseur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Ccedil;a m&rsquo;a redonn\u00e9 quand m\u00eame le go&ucirc;t du travail et plein de courage cette solide engueulade. D\u00e8s le lendemain j&rsquo;ai pris le train pour Detroit o&ugrave; m&rsquo;assurait-on l&#8217;embauche \u00e9tait facile dans maints petits boulots pas trop prenants et bien pay\u00e9s. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Heureusement il y a les beaut\u00e9s hell\u00e9niques (Stoddard, idole de Fitzgerald, parle de ce caract\u00e8re hell\u00e9nique de la race premi\u00e8re am\u00e9ricaine) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quelles gracieuses souplesses cependant ! Quelles d\u00e9licatesses incroyables ! Quelles trouvailles d&rsquo;harmonie !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>P\u00e9rilleuses nuances ! R\u00e9ussites de tous les dangers ! De toutes les promesses possibles de la figure et du corps parmi tant de blondes ! Ces brunes ! Et ces Titiennes ! Et qu&rsquo;il y en avait plus qu&rsquo;il en venait encore ! C&rsquo;est peut-\u00eatre, pensais-je, la Gr\u00e8ce qui recommence ? J&rsquo;arrive au bon moment ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On en reparle tant\u00f4t. Car ce sera la f\u00eate des fesses \u00e0 D\u00e9troit, ville du Roy.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus tard il oublie les bonnes sensations. Et il \u00e9crit dans sa correspondance ces lignes qui refl\u00e8tent son basculement politique. La r\u00e9volution bolch\u00e9vique am\u00e9ricaine \u00e0 la Roosevelt ne lui pla&icirc;t pas, pas plus qu&rsquo;aux \u00e9crivains de droite am\u00e9ricaine (Stoddard, Grant, Fitzgerald, Yockey bien s&ucirc;r, etc.) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ceci est je le sais tout \u00e0 fait am\u00e9ricain qui est aussi le pays non seulement des parfaits peppys mais aussi des tout \u00e0 fait cr\u00e9tins et ivrognes 100 pr 100. Vous parlez de ga&icirc;t\u00e9, je ne connais rien de plus d\u00e9chirant de plus sinistre que l&rsquo;Am\u00e9rique ce pays absolument d\u00e9pourvu de vie profonde d\u00e8s qu&rsquo;on cesse de s&rsquo;y exciter et qu&rsquo;on commence \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir. (Lettre \u00e0 Darling Karen, p. 218).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il sombre dans l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme primaire comme on dit, mais il s&rsquo;exprime comme un Ren\u00e9 Gu\u00e9non ou presque :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Une impuissance spirituelle inou\u00efe. Un lyrisme de Galeries Lafayette &ndash; des enthousiasmes d&rsquo;ascenseur. L&rsquo;\u00e2me pour eux c&rsquo;est un trombone \u00e0 coulisse et qui brille. Plus on a de projecteurs dessus et plus on est amoureux &ndash; une totale inversion, perversion, d\u00e9pravation de toutes les mystiques. Une nation de garagistes ivres, hurleurs et bient\u00f4t compl\u00e8tement Juifs. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Heureusement il leur reste encore le corps aux am\u00e9ricains, aujourd&rsquo;hui frapp\u00e9s de surpoids ou bien d&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La nature qui veut sans doute qu&rsquo;il reste des compensations divines en tout leur a donn\u00e9 ce corps admirable, ce miracle de gr\u00e2ce et de forme, une certaine ivresse musicale aussi, une po\u00e9sie qui trompe, p\u00e9n\u00e8tre, comme celle de l&rsquo;eau, souple, infiniment souple, tout \u00e0 fait \u00e9touffante et meurtri\u00e8re en tr\u00e8s peu de temps. &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u00e9line et la grosse d\u00e9pression am\u00e9ricaine &laquo; Toujours j&rsquo;avais redout\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s vide, de n&rsquo;avoir en somme aucune s\u00e9rieuse raison pour exister. &Agrave; pr\u00e9sent j&rsquo;\u00e9tais devant les faits bien assur\u00e9 de mon n\u00e9ant individuel. Dans ce milieu trop diff\u00e9rent de celui o&ugrave; j&rsquo;avais de mesquines habitudes, je m&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;instant comme dissous. &raquo;&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2917,2640,3396,2662,14107,3256,9125,14106,3257],"class_list":["post-81260","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-americaine","tag-bonnal","tag-dollar","tag-en","tag-hauteur","tag-new","tag-vie","tag-ville","tag-york"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81260","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81260"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81260\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81260"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81260"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81260"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}