{"id":81311,"date":"2024-11-03T11:30:56","date_gmt":"2024-11-03T11:30:56","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/11\/03\/hugo-et-nietzsche-face-au-retrecissementdes-hommes\/"},"modified":"2024-11-03T11:30:56","modified_gmt":"2024-11-03T11:30:56","slug":"hugo-et-nietzsche-face-au-retrecissementdes-hommes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/11\/03\/hugo-et-nietzsche-face-au-retrecissementdes-hommes\/","title":{"rendered":"Hugo et Nietzsche face au r\u00e9tr\u00e9cissement\u00a0des hommes"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Hugo et Nietzsche face au r\u00e9tr\u00e9cissement des hommes<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>On a d\u00e9couvert Quatre-vingt-treize gr\u00e2ce au texte d&rsquo;un camarade espagnol ; et cette sensationnelle tirade du vrai h\u00e9ros du film (sic), le marquis de Lantenac. Tout cela nous rappelle que Victor Hugo est un des plus grands g\u00e9nies du monde, et que l&rsquo;homme qui rit, qui a inspir\u00e9 le Joker de Batman (pas moins) est le roman pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 d&rsquo;Ayn Rand et de tous ceux qui r\u00eavent d&rsquo;histoire fantastique et expressionniste (revoir le jeudi de Chesterton et d\u00e9couvrir l&rsquo;adaptation sensationnelle de Paul L\u00e9ni, aux temps h\u00e9ro\u00efques du cin\u00e9ma muet). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lantenac annonce l&rsquo;essentiel : la France va devenir petite.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; Ce n&rsquo;est pas la question. La question est ceci : \u00eatre un grand royaume ; \u00eatre la vieille France, \u00eatre ce pays d&rsquo;arrangement magnifique, o&ugrave; l&rsquo;on consid\u00e8re premi\u00e8rement la personne sacr\u00e9e des monarques, seigneurs absolus de l&rsquo;&Eacute;tat, puis les princes, puis les officiers de la couronne, pour les armes sur terre et sur mer, pour l&rsquo;artillerie, direction et surintendance des finances. Ensuite il y a la justice souveraine et subalterne, suivie du maniement des gabelles et recettes g\u00e9n\u00e9rales, et enfin la police du royaume dans ses trois ordres. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>C&rsquo;est la fin d&rsquo;un ordre organique et de la France europ\u00e9enne :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; Voil\u00e0 qui \u00e9tait beau et noblement ordonn\u00e9 ; vous l&rsquo;avez d\u00e9truit. Vous avez d\u00e9truit les provinces, comme de lamentables ignorants que vous \u00eates, sans m\u00eame vous douter de ce que c&rsquo;\u00e9tait que les provinces. Le g\u00e9nie de la France est compos\u00e9 du g\u00e9nie m\u00eame du continent, et chacune des provinces de France repr\u00e9sentait une vertu de l&rsquo;Europe ; la franchise de l&rsquo;Allemagne \u00e9tait en Picardie, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de la Su\u00e8de en Champagne, l&rsquo;industrie de la Hollande en Bourgogne, l&rsquo;activit\u00e9 de la Pologne en Languedoc, la gravit\u00e9 de l&rsquo;Espagne en Gascogne, la sagesse de l&rsquo;Italie en Provence, la subtilit\u00e9 de la Gr\u00e8ce en Normandie, la fid\u00e9lit\u00e9 de la Suisse en Dauphin\u00e9. Vous ne saviez rien de tout cela ; vous avez cass\u00e9, bris\u00e9, fracass\u00e9, d\u00e9moli, et vous avez \u00e9t\u00e9 tranquillement des b\u00eates brutes. Ah ! vous ne voulez plus avoir de nobles ! Eh bien, vous n&rsquo;en aurez plus. Faites-en votre deuil. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La fin des nobles va pr\u00e9cipiter la fin du pays. On relira mes textes sur Bonald et on admirera la plume de Hugo qui, quoiqu&rsquo;ennemi de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, laisse vivre et enfler une telle parole (Stendhal lui regrette d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;Ancien R\u00e9gime vers 1840, voir Lucien Leuwen) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; Vous n&rsquo;aurez plus de paladins, vous n&rsquo;aurez plus de h\u00e9ros. Bonsoir les grandeurs anciennes. Trouvez-moi un d&rsquo;Assas \u00e0 pr\u00e9sent ! Vous avez tous peur pour votre peau. Vous n&rsquo;aurez plus les chevaliers de Fontenoy qui saluaient avant de tuer, vous n&rsquo;aurez plus les combattants en bas de soie du si\u00e8ge de L\u00e9rida ; vous n&rsquo;aurez plus de ces fi\u00e8res journ\u00e9es militaires o&ugrave; les panaches passaient comme des m\u00e9t\u00e9ores ; vous \u00eates un peuple fini ; vous subirez ce viol, l&rsquo;invasion ; si Alaric II revient, il ne trouvera plus en face de lui Clovis ; si Abd\u00e9rame revient, il ne trouvera plus en face de lui Charles Martel ; si les Saxons reviennent, ils ne trouveront plus devant eux P\u00e9pin ; vous n&rsquo;aurez plus Agnadel, Rocroy, Lens, Staffarde, Nerwinde, Steinkerque, la Marsaille, Raucoux, Lawfeld, Mahon ; vous n&rsquo;aurez plus Marignan avec Fran\u00e7ois Ier ; vous n&rsquo;aurez plus Bouvines avec Philippe Auguste faisant prisonnier, d&rsquo;une main, Renaud, comte de Boulogne, et de l&rsquo;autre, Ferrand, comte de Flandre. Vous aurez Azincourt, mais vous n&rsquo;aurez plus pour s&rsquo;y faire tuer, envelopp\u00e9 de son drapeau, le sieur de Bacqueville, le grand porte-oriflamme ! Allez ! allez ! faites ! Soyez les hommes nouveaux. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>J&rsquo;aime cette id\u00e9e que cet homme nouveau, c&rsquo;est surtout un homme qui se laisse envahir sans r\u00e9agir : 1814, 1815, 1870, 1914, 1940, et depuis les ann\u00e9es soixante c&rsquo;est un m\u00eame un homme qui se laisse remplacer en se croisant les doigts.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Ma&icirc;tre poursuit :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; Devenez petits !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le marquis fit un moment silence, et repartit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Mais laissez-nous grands. Tuez les rois, tuez les nobles, tuez les pr\u00eatres, abattez, ruinez, massacrez, foulez tout aux pieds, mettez les maximes antiques sous le talon de vos bottes, pi\u00e9tinez le tr\u00f4ne, tr\u00e9pignez l&rsquo;autel, \u00e9crasez Dieu, dansez dessus ! C&rsquo;est votre affaire. Vous \u00eates des tra&icirc;tres et des l\u00e2ches, incapables de d\u00e9vouement et de sacrifice. J&rsquo;ai dit. Maintenant faites-moi guillotiner, monsieur le vicomte. J&rsquo;ai l&rsquo;honneur d&rsquo;\u00eatre votre tr\u00e8s humble&hellip;. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Remercions Hugo et relisons Zarathoustra alors sur ce dernier homme qui rapetisse tout :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; Malheur ! Les temps sont proches o&ugrave; l&rsquo;homme ne mettra plus d&rsquo;\u00e9toile au monde. Malheur ! Les temps sont proches du plus m\u00e9prisable des hommes, qui ne sait plus se m\u00e9priser lui-m\u00eame. Voici ! Je vous montre le dernier homme. &laquo; Amour ? Cr\u00e9ation ? D\u00e9sir ? &Eacute;toile ? Qu&rsquo;est cela ? &raquo; &ndash; Ainsi demande le dernier homme et il cligne de l&rsquo;&oelig;il. La terre sera alors devenue plus petite, et sur elle sautillera le dernier homme, qui rapetisse tout. Sa race est indestructible comme celle du puceron ; le dernier homme vit le plus longtemps. &laquo; Nous avons invent\u00e9 le bonheur, &raquo; &ndash; disent les derniers hommes, et ils clignent de l&rsquo;&oelig;il. Ils ont abandonn\u00e9 les contr\u00e9es o&ugrave; il \u00e9tait dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l&rsquo;on se frotte \u00e0 lui : car on a besoin de chaleur. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La r\u00e9alit\u00e9 sera support\u00e9e ou ignor\u00e9e gr\u00e2ce aux drogues :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; Un peu de poison de-ci de-l\u00e0, pour se procurer des r\u00eaves agr\u00e9ables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agr\u00e9ablement. On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l&rsquo;on veille \u00e0 ce que la distraction ne d\u00e9bilite point. On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop p\u00e9nibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait ob\u00e9ir encore ? Ce sont deux choses trop p\u00e9nibles. Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la m\u00eame chose, tous sont \u00e9gaux : qui a d&rsquo;autres sentiments va de son plein gr\u00e9 dans la maison des fous. &laquo; Autrefois tout le monde \u00e9tait fou, &raquo; &ndash; disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l&rsquo;&oelig;il. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Dans un autre passage admirable Nietzsche \u00e9crit &ndash; toujours sur cet homme petit qui rapetisse tout :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; Et un jour il aper\u00e7ut une rang\u00e9e de maisons nouvelles ; alors il s&rsquo;\u00e9tonna et il dit : Que signifient ces maisons ? En v\u00e9rit\u00e9, nulle grande \u00e2me ne les a b\u00e2ties en symbole d&rsquo;elle-m\u00eame ! Un enfant stupide les aurait-il tir\u00e9es de sa bo&icirc;te \u00e0 jouets ? Alors qu&rsquo;un autre enfant les remette dans la bo&icirc;te ! Et ces chambres et ces mansardes : des hommes peuvent-ils en sortir et y entrer ? Elles me semblent faites pour des poup\u00e9es empanach\u00e9es de soie, ou pour des petits chats gourmands qui aiment \u00e0 se laisser manger. Et Zarathoustra s&rsquo;arr\u00eata et r\u00e9fl\u00e9chit. Enfin il dit avec tristesse : Tout est devenu plus petit ! Je vois partout des portes plus basses : celui qui est de mon esp\u00e8ce peut encore y passer, mais &ndash; il faut qu&rsquo;il se courbe ! Oh ! quand retournerai-je dans ma patrie o&ugrave; je ne serai plus forc\u00e9 de me courber &ndash; de me courber devant les petits ! &raquo; &ndash; Et Zarathoustra soupira et regarda dans le lointain. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/visite-aux-morts-pour-la-france\">https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/visite-aux-morts-pour-la-france<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-vicomte-de-bonald-et-la-tradition-bafouee\">https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-vicomte-de-bonald-et-la-tradition-bafouee<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-vicomte-de-bonald-et-le-lugubre-destin-anglo-saxon\">https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-vicomte-de-bonald-et-le-lugubre-destin-anglo-saxon<\/a><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hugo et Nietzsche face au r\u00e9tr\u00e9cissement des hommes On a d\u00e9couvert Quatre-vingt-treize gr\u00e2ce au texte d&rsquo;un camarade espagnol ; et cette sensationnelle tirade du vrai h\u00e9ros du film (sic), le marquis de Lantenac. 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