{"id":81354,"date":"2024-12-04T10:06:32","date_gmt":"2024-12-04T10:06:32","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/12\/04\/evola-et-la-revolte-contre-le-monde-moderne\/"},"modified":"2024-12-04T10:06:32","modified_gmt":"2024-12-04T10:06:32","slug":"evola-et-la-revolte-contre-le-monde-moderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/12\/04\/evola-et-la-revolte-contre-le-monde-moderne\/","title":{"rendered":"Evola et la r\u00e9volte contre le monde moderne"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Evola et la r\u00e9volte contre le monde moderne<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Contribution de Nicolas Bonnal au recueil collectif : Julius Evola envers et contre tous (Orientations\/Avatar, 2009). 3266 mots.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>En titrant d&rsquo;une mani\u00e8re provocante R\u00e9volte contre le monde post-moderne, je suppose qu&rsquo;il y a quelque chose de pire que ce monde moderne contre quoi se r\u00e9volter&#8230; Sommes-nous descendus plus bas qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o&ugrave; Julius Evola tonnait contre son monde moderne?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et d&rsquo;ailleurs cela fait beaucoup de temps que l&rsquo;on tonne contre ce monde. Montesquieu s&rsquo;en moque fort dans ses Lettres persanes, et de l&rsquo;inflation, et de la mode, et de la crise d\u00e9mographique (comme d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;historien grec Polybe qui se navre du d\u00e9peuplement et du vieillissement de la Gr\u00e8ce imp\u00e9riale !), et du d\u00e9sir mim\u00e9tique, et de la vanit\u00e9 des sujets du roi, et du pape, et du reste&#8230; Au XIX\u00e8me si\u00e8cle, que pourtant moi europ\u00e9en je contemple avec nostalgie, Poe, Tocqueville, Maupassant, Baudelaire et tant d&rsquo;autres contemplent avec m\u00e9pris le &laquo; stupide dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle &raquo; de Daudet. Pour en revenir \u00e0 Montesquieu, il modernise une critique acerbe du si\u00e8cle du &laquo; roi-machine &raquo; (Apostolides) que l&rsquo;on pressent \u00e0 travers les &oelig;uvres de Fureti\u00e8re, la Bruy\u00e8re, la Fontaine ou m\u00eame Sorel, auteur de l&rsquo;\u00e9tonnante histoire de Francion. Bref, la Fin des Temps est dans l&rsquo;air du Temps, et on relira avec stup\u00e9faction la fin des M\u00e9moires de Saint-Simon pour s&rsquo;en convaincre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De quoi donc se plaint Evola et de quoi pouvons-nous nous plaindre nous, trente-cinq ans apr\u00e8s sa disparition ? L&rsquo;esprit traditionnel n&rsquo;est-il pas li\u00e9 \u00e0 je ne sais quelle hypocondrie qui fait tout voir en noir, une m\u00e9lancolie plut\u00f4t, comme celle du nain grincheux, symbole de Saturne et du plomb et qui toujours se plaint, surtout lorsque, comme Evola, il a affaire aux femmes ? Du reste Blanche-Neige la reine alchimique trouble, et bien, l&rsquo;existence des sept nains chercheurs de tr\u00e9sors&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;insiste, quitte \u00e0 para&icirc;tre un peu lourd; car tout de m\u00eame l&rsquo;esprit traditionnel aura  bien entach\u00e9 ma jeunesse, en lui faisant voir tout en noir ; et l&rsquo;on ne vit qu&rsquo;une fois, contrairement aux chats : &laquo; On est forc\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire pour soi, de penser pour soi et d&rsquo;esp\u00e9rer la fin de tout. Demain ce sera pis encore &raquo;, \u00e9crit dans son prodigieux journal un L\u00e9on Bloy plus inspir\u00e9 que lorsqu&rsquo;il attend le retour des cosaques, comme d&rsquo;autres attendaient de l&rsquo;orient du capital communiste et des supermarch\u00e9s un r\u00e9veil spirituel qui ram\u00e8nerait l&rsquo;occident dans le droit chemin&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs \u00e0 mon sens une des qualit\u00e9s d&rsquo;Evola : il n&rsquo;attendait pas de grand r\u00e9veil, il a pens\u00e9 en ksatriya au sauvetage individuel sur un champ de bataille ruin\u00e9 et abandonn\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;a pas vraiment donn\u00e9 de recettes, mais il a plut\u00f4t cru \u00e0 un salut tr\u00e8s personnel, de type nietzsch\u00e9en si l&rsquo;on veut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cinquante ans apr\u00e8s ses grands manuels de r\u00e9sistance (arc et massue, tigre), on ne peut que confirmer l&rsquo;effondrement de tout : des \u00e9tats, des nations, des occidentaux, de la famille, des paysages, la pollution du monde qui a atteint un stade ontologique (mais dont parlent d\u00e9j\u00e0 les transcendantalistes am\u00e9ricains !). On n&rsquo;en est m\u00eame plus \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des conflits id\u00e9ologiques qui opposaient le communisme et l&rsquo;occident lib\u00e9ral. L&rsquo;islam rentre dans le rang \u00e0 Duba\u00ef ou \u00e0 M\u00e9dine et l&rsquo;orient goberge comme on sait. Tout le monde se fout de tout, se d\u00e9sint\u00e9resse du politique et du reste, les Fran\u00e7ais subissent broncher le gouvernement le plus incapable de leur histoire (mais c&rsquo;est aussi ce que disaient Bloy ou Toussenel, lui du temps de la monarchie de juillet&#8230;). Nous sommes entr\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 post-moderne d\u00e9crite au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 par Gilles Lipovetsky dans son Eloge de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, o&ugrave; il pr\u00e9sente un individu cool et d\u00e9sabus\u00e9, humoristique et nihiliste. La diff\u00e9rence est qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque il avait encore un peu de r\u00e9action. Il n&rsquo;y a plus rien aujourd&rsquo;hui, et cette disparition de toute r\u00e9action, qui nous remplit d&rsquo;angoisse et tremblement, est \u00e0 mon sens apparue (sic) au milieu des ann\u00e9es 2000; quand avec les horreurs de la bourse et de l&rsquo;Irak, du bric et du broc, de la mondialisation et du n\u00e9ant, tout le monde s&rsquo;est laiss\u00e9 aller au vide \u00e9ternel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9poque est opaque, les temps sont mous. Mais comme dit d\u00e9j\u00e0 Zarathoustra repris par Charles de Gaulle (lire Tournoux), &laquo; Tout est vain, tout est mort, tout a \u00e9t\u00e9 &raquo;&#8230; Il dit aussi : &laquo; le d\u00e9sert cro&icirc;t&#8230; malheur \u00e0 qui rec\u00e8le des d\u00e9serts ! &raquo;. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pour cela que l&rsquo;on a accru la consommation d&rsquo;anxiolytiques, d&rsquo;antid\u00e9presseurs et de somnif\u00e8res de toute sorte. Dans les ann\u00e9es 70 la figure du militant ou du rebelle laisse la place \u00e0 celle du d\u00e9pressif (il culpabilise pour son ch\u00f4mage, sa technophobie, ou son absence de convivialit\u00e9&#8230;); et l&rsquo;on voit aussi le degr\u00e9 d&rsquo;abrutissement atteint par le cin\u00e9ma, que l&rsquo;on compare aux grands films contestataires du d\u00e9but des seventies : je pense au Grand Secret d&rsquo;Enrico, \u00e0 Soleil vert ou Rollerball.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Gu\u00e9non \u00e9voque d\u00e9j\u00e0 cette crise psychologique dans la Crise du monde moderne ; auquel je r\u00e9pondrai en citant S\u00e9n\u00e8que ou m\u00eame les sum\u00e9riens qui se plaignaient du fisc (cf. Samuel Noah Kramer) : le monde n&rsquo;est-il pas toujours en crise, le monde n&rsquo;est-il pas une \u00e9ternelle crise moderne ? Apr\u00e8s on pourra toujours m&rsquo;objecter que du temps de l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or les choses allaient mieux, il y a 65 000 ans, et que les hommes \u00e9taient dor\u00e9s, comme le dit H\u00e9siode : mais cela m&rsquo;est difficile \u00e0 v\u00e9rifier, surtout que l&rsquo;histoire, la g\u00e9ographie (ma formation&#8230;) ou l&rsquo;arch\u00e9ologie ne valent rien pour les traditionnels&#8230; Quant \u00e0 Evola qui encense l&#8217;empire romain, je peux lui donner \u00e0 lire ou relire bien des textes, notamment de S\u00e9n\u00e8que, qui se d\u00e9sesp\u00e8re de l&rsquo;\u00e9tat de son empire romain, de son pain et de ses jeux du cirque, lui qui avait \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9cepteur d&rsquo;un des monstres les plus renomm\u00e9s de l&rsquo;Histoire. Il est facile de citer Caton quand on n\u00e9glige de lire P\u00e9trone ou Tacite, ou bien s&ucirc;r Juv\u00e9nal qui comme Montesquieu ou Boileau semble avoir \u00e9crit hier matin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;en ai fini avec mon introduction qui sert non pas \u00e0 noyer le sujet, on l&rsquo;aura compris, mais \u00e0 le nier : \u00e0 quel moment peut-on parler de temps traditionnel, d&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or, de soci\u00e9t\u00e9 parfaite sinon dans les r\u00eaves, ou sinon m\u00eame de mauvaise foi ?&#8230; Et pourtant, je n&rsquo;y peux mais : de la m\u00eame mani\u00e8re que Delenda est Carthago, Delendum est monstruum modernum.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut d\u00e9truire le monde moderne, il faut encore plus d\u00e9truire le monde post-moderne, et si on ne peut le faire, il faut lui r\u00e9sister de toutes nos forces, \u00e0 peine de sombrer dans la d\u00e9pression, &laquo; l&rsquo;angoisse m\u00e9taphysique &raquo; dont se moquait Gu\u00e9non, et tout le reste. Mais il ne faut pas le m\u00e9sestimer, car, on l&rsquo;a vu, les murailles de J\u00e9richo n&rsquo;ont jamais surv\u00e9cu longtemps au passage du buccin capitaliste. Marx nus avait pr\u00e9venus dans son Manifeste. La Chine, l&rsquo;Inde, le Japon, tout a \u00e9t\u00e9 balay\u00e9 par l&rsquo;avarice, la gourmandise (15% d&rsquo;ados chinois ob\u00e8ses..) et la cyber-luxure, quand ce n&rsquo;est par la paresse spirituelle et intellectuelle, celle qui enrichit les laboratoires pharmaceutiques&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car j&rsquo;en viens \u00e0 un autre obstacle, beaucoup plus concret maintenant : le temps. Pas le Temps avec un grand &laquo; T &raquo;, celui de l&rsquo;eschatologie, mais le mien, le v\u00f4tre, celui de notre vieillissement organique auquel Houellebecq a consacr\u00e9 des pages dit-on d\u00e9finitives. Le philosophe australien Pearson parle de ce fardeau de la personnalit\u00e9 vers 1890 d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je me promenais l&rsquo;autre jour \u00e0 cap d&rsquo;Ail et je longeais mes plages et mes roches pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, comme un promeneur romantique. Soudain je vis un voilier rempli de plaisanciers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je pensais aussit\u00f4t \u00e0 Evola : le monde moderne, c&rsquo;est cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un tas de gens \u00e0 poil qui &laquo; profitent de la mer, &laquo; qui profitent de leur vie &raquo;, &laquo; qui profitent de leur temps libre &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bloy d\u00e9nonce d\u00e9j\u00e0 cette obsession du Jouir qui est la marque de la vie sous le Second Empire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais&#8230; mais il y a en 2010 une petite diff\u00e9rence avec l&rsquo;\u00e9poque de la r\u00e9bellion d&rsquo;Evola (les sixties). Lui \u00e9tait contemporain d&rsquo;une jeunesse gauchiste, stripteaseuse, marginale, contestataire, luxurieuse&#8230; Celle d\u00e9crite par Godard, dans les films &laquo; existentialistes &raquo; d&rsquo;Antonioni ou caricatur\u00e9e dans les films de Dino Risi (Les Monstres, magnifique parabole sur les Rigolus de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation toute neuve \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais l\u00e0 c&rsquo;\u00e9tait diff\u00e9rent : sur mon voilier d&rsquo;ailleurs modeste de quarante pieds il n&rsquo;y avait que des vieux \u00e0 bord. Oh, pas des vieux paralytiques, pas des cacochymes. De bons retrait\u00e9s bien nourris au viagra et aux farines animales, un bon troupeau festif de &laquo; grosses b\u00eates bien dociles, bien habitu\u00e9es \u00e0 s&rsquo;ennuyer &raquo; (C\u00e9line). Le troupeau post-moderne est en effet postmoderne au sens litt\u00e9ral, il vient apr\u00e8s les modernes, il a donc vingt ou trente ans de plus. Je vois 30% de sexag\u00e9naires o&ugrave; que ce soit en Europe ou en Am\u00e9rique du Nord, et m\u00eame en Am\u00e9rique du sud, dans les zones principalement peupl\u00e9es de blancs (Uruguay, sud du Br\u00e9sil, province de Buenos Aires). Je sais que la population du Br\u00e9sil va passer d&rsquo;une moyenne d&rsquo;\u00e2ge de 25 \u00e0 4l ans d&rsquo;ici quinze ans, et que la Chine, qui ne sait d\u00e9j\u00e0 pas quoi faire de sa jeunesse, va compter 500 millions de retrait\u00e9s (ou pr\u00e9sum\u00e9s tels) en 2050. La population russe va dispara&icirc;tre, comme l&rsquo;allemande, la cor\u00e9enne, l&rsquo;italienne, etc. il ne restera que les noirs et les robots. Sur ces bonnes nouvelles, on se demande contre quoi on va se r\u00e9volter ? Peut-\u00eatre que les Folamour qui nous gouvernent vont nous concocter un plan de survie cannibale, en tout cas il est certain que ce ne sont pas des septuag\u00e9naires remari\u00e9s, dont nous ferons bient\u00f4t tous partie, qui vont nous tirer de l&rsquo;orni\u00e8re. Buzzati le peu \u00e9volien nous avait pr\u00e9venus dix bonnes fois dans le K.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame, Julius Evola se plaint des Beatles ou de la litt\u00e9rature existentialiste ou du jazz : mais que cette Sous-culture nous para&icirc;t grande aujourd&rsquo;hui ! La nullit\u00e9 abyssale de l&rsquo;\u00e9poque, que m\u00eames les ados que je croise reconnaissent, n&rsquo;est plus mise en doute par personne. Il suffit d&rsquo;ouvrir sa page Yahoo pour se rendre compte du niveau ahurissant de nullit\u00e9 de pr\u00e9occupation des gens : je copie ce que j&rsquo;ai sous les yeux (nous sommes le 6 octobre 2009, \u00e0 11 heures du matin).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Val\u00e9rie Payet, Karim Benzema, Spencer Tunick, Rugby f\u00e9d\u00e9ral, Chantal Goya, Rallye de Catalogne, Lindsay Lohan, Peugeot 3008, Loi Hadopi, Brigitte Bardot&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 ce qui passionne mes contemporains, qui ont tous ou presque bac+5, et qui sont tous plus cons que la cuisini\u00e8re de Flaubert. Il me semble bien d\u00e9licat tout d&rsquo;un coup, Evola, de se plaindre de Sartre ou Pasolini, de Louis Armstrong ou des jeux olympiques de Rome&#8230; Nous sommes bien plus bas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes plus vieux, nous sommes plus b\u00eates. C&rsquo;est la premi\u00e8re observation. Nous sommes plus vieux ; donc plus radins, plus luxurieux (tout en \u00e9tant post-sexuels, car les filles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui pr\u00e9f\u00e8rent boire entre elles que faire l&rsquo;amour, et plus un jeune ne se risque \u00e0 &laquo; draguer &raquo;, \u00e0 la fa\u00e7on des idiots du film Les Valseuses). Nous n&rsquo;avons plus un seul id\u00e9al politique, juste la volont\u00e9 de nuire \u00e0 notre prochain par le biais juridique dont l&rsquo;\u00e9cologie exterminatrice n&rsquo;est qu&rsquo;une des ramifications (et pas l&rsquo;inverse). On nous a interdit d&rsquo;interdire, eh bien maintenant tout va nous \u00eatre interdit: conduire, boire, respirer, fumer, monter dans un avion, cracher par terre, parler m\u00eame&#8230; On aura droit au doigt dans le cul puisque Ben Laden a invent\u00e9 le suppositoire explosif&#8230; Le monde postmoderne s&rsquo;annonce comme le mauvais film dont parlait Deleuze. Depuis les attentats gluants de 2001, et ce Ground Zero qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 reconstruit (Les Hommes au milieu des ruines &ndash; des ruines ou des tuiles ?), nous sommes dans un espace-temps gel\u00e9, circulaire, clos, une ronde de nuit infernale et ennuyeuse, g\u00e2teuse et interminable. Je me r\u00e9fugie moi dans la vieille musique classique de Pollini ou Karajan, dans les westerns des ann\u00e9es 50, d\u00e9cennie diabolis\u00e9e par Evola, mais o&ugrave; l&rsquo;on peut encore admirer du Walsh, du Donen ou du Ford. Et j&rsquo;essaie de ne m\u00eame plus regarder les nouvelles, de savoir ce qui se passe, ou ne se passe plus. Il devient difficile de se faire des amis, les gens devenant trop cons (le mot est juste). Ceux qui ne le sont pas souffrent, culpabilisent, prennent des produits toxiques (je parle des drogues autoris\u00e9es bien s&ucirc;r), deviennent timides&#8230;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On n&rsquo;ose plus, de peur de se faire traiter d&rsquo;aigris, ou plus simplement tra&icirc;ner devant les tribunaux. Il y a cinquante ans les clivages \u00e9taient politiques ou spirituels, aujourd&rsquo;hui ils sont purement existentiels. On se fond dans la masse ou pas, avec peu de perspectives de futur. Car si l&rsquo;\u00e9tranger (pas si \u00e9tranger d&rsquo;ailleurs) de Camus commence par la visite au cadavre de la m\u00e8re \u00e0 l&rsquo;hospice, il faut savoir que c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;hospice que se terminera pour tous la chanson de geste post-moderne, d&rsquo;ici cinquante ou cent ans. On nous promet une dur\u00e9e de vie de 120 ans, et comme le disait le docteur Alexis Carrel ; la soci\u00e9t\u00e9 augmentera notre dur\u00e9e de vieillissement bien plus que notre dur\u00e9e de vie. Cela doit d&rsquo;ailleurs correspondre \u00e0 une logique infernale : une \u00e9pouvantable salle d&rsquo;attente o&ugrave; l&rsquo;on ne peut rien faire. Je me vois actuellement environn\u00e9 par mes vieilles tantes qui voudraient bien mourir et ne le peuvent plus (Exorciste III, le meilleur). Elles ont cent ans, elles redoutent d&rsquo;en tirer encore pour vingt ou trente. Quant aux enfants, ils vieillissent en m\u00eame temps que leurs parents. On h\u00e9ritera \u00e0 80 ou 90 ans, si l&rsquo;on a des parents. Le monde nouveau est avanc\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;aurais 80 ans dans une France qui n&rsquo;aura plus rien de fran\u00e7ais, ou je serai ailleurs, dans un monde qui n&rsquo;aura plus rien de monde ; je ne sais pas de quoi je vivrai, si m\u00eame je survivrai, car on me fera comprendre comme \u00e0 quelques autres milliards de vieillards que je suis de trop sur cette terre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Des sexag\u00e9naires friqu\u00e9s iront faire des croisi\u00e8res minables sur des mers pollu\u00e9es ou bien assisteront \u00e0 des concerts de rock-stars grabataires&#8230; et l&rsquo;on r\u00e9\u00e9lira des politiciens lift\u00e9s, botox\u00e9s et chevronn\u00e9s promettant \u00e0 un vieux public de trouillards de nettoyer au karcher des banlieues qu&rsquo;ils ont eux-m\u00eames peupl\u00e9es, avec les compagnies a\u00e9riennes et le patronat, de populations allog\u00e8nes inassimilables mais tenues par la drogue et la m\u00e9diocrit\u00e9 de la vie ordinaire. Yeaaaah !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette esp\u00e8ce d&rsquo;horreur ordinaire que je viens de d\u00e9crire sommairement n&rsquo;est m\u00eame pas neuve : elle est tout enti\u00e8re pr\u00e9sente dans le Voyage au bout de la nuit. Relisez ces pages inoubliables, et cette &laquo; petite musique de la vie que l&rsquo;on n&rsquo;a plus envie de faire danser &raquo;, et ce troupeau soumis, et &laquo; ce commerce partout, ce chancre du monde &raquo;. Car c&rsquo;est bien le commerce qui aura eu raison de tout cela. Ah, l&rsquo;Angleterre et son bonheur mat\u00e9riel qu&rsquo;elle aura partout impos\u00e9&#8230;Un des int\u00e9r\u00eats du reste d&rsquo;Evola est qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 physiquement \u00e0 son si\u00e8cle : il aimait le sport, l&rsquo;alpinisme, la guerre, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme, il avait le culte des valeurs chevaleresques contemporaines, il admirait J\u00fcnger ou Drieu. Mais on sait comment a termin\u00e9 Drieu, et on relira Soixante-dix s&rsquo;efface de J\u00fcnger pour comprendre comment a termin\u00e9 le grand homme. Dans ce livre admirable, on sent comment peu \u00e0 peu J\u00fcnger, avec toute sa culture, sa bonne sant\u00e9, son \u00e9quilibre romain, son go&ucirc;t pour la bonne vie, est progressivement envahi, d\u00e9prim\u00e9, poss\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;horreur de ce monde de consommateurs impersonnels.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il se rend au Maghreb, o&ugrave; je suis n\u00e9, et progressivement il voit le monde de  Gu\u00e9non et de Titus Burckhardt se d\u00e9liter devant lui, avec sa m\u00e9diocrit\u00e9, sa sexualit\u00e9, ses constructions, son horreur \u00e9conomique et tout le reste. Et c&rsquo;est J\u00fcnger, que m\u00eame Evola admirait&#8230; Alors, o&ugrave; en sommes-nous, camarades ? Plus bas que l&rsquo;enfer ! Nous avons touch\u00e9 le fond, mais le fond est vaseux, et nous nous enfon\u00e7ons encore. Un monde sans pr\u00eatres, sans guerriers, sans grands hommes, sans visionnaires, sans conscience, sans jugements, un monde en outre sans corps et sans jeunesse, sans valeurs et sans m\u00e9moire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le sauvetage ne peut \u00eatre qu&rsquo;individuel, dit-on. Peut-\u00eatre familial, si l&rsquo;on a rencontr\u00e9 la belle \u00e2me-s&oelig;ur ad\u00e9quate. Le plus dur est alors de transmettre \u00e0 l&rsquo;enfant la lucidit\u00e9 sans le malheur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De r\u00e9volte, mieux vaut n&rsquo;en pas parler. On nous drogue, on nous ment, on nous disperse maintenant comme \u00e0 Pittsburgh \u00e0 coups de canon \u00e0 son. Les foules n&rsquo;existent plus, les soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes non plus, les ordres solaires ou religieux encore moins. La nature, c&rsquo;est ce qui me peine le plus d&rsquo;ailleurs, para&icirc;t de moins en moins r\u00e9elle, naturelle. Elle est un parc national cartographi\u00e9 par Google Earth dans le meilleur des cas, et pour le reste&#8230; Nous savons que nous avons six fois plus de temps \u00e0 partager avec un conjoint, quinze fois plus de temps libre qu&rsquo;il y a deux si\u00e8cles, et qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de religion qui tienne vraiment la route (mais Nietzsche le disait d\u00e9j\u00e0). Chacun peut se soumettre \u00e0 son filet d&rsquo;illusions personnelles ou collectives, mais le filet est de plus en plus trou\u00e9. Nous ne sommes m\u00eame plus dans le profil d&rsquo;une attente eschatologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien orgueilleusement, les pr\u00e9dictions se sont succ\u00e9d\u00e9 pour rien, o&ugrave; Gu\u00e9non nous annon\u00e7ait la fin du monde moderne qui serait celle d&rsquo;une illusion (ah bon ?). Pour l&rsquo;instant, c&rsquo;est notre propre fin, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de notre p\u00e9nible vieillissement, qui nous guette. Comme l&rsquo;autre dans sa tour, nous n&rsquo;avons rien vu venir. Ceux qui attendaient trop se sont tromp\u00e9s ou en ont tromp\u00e9 d&rsquo;autres. Peut-\u00eatre que Debord a raison et que &laquo; le destin du Spectacle n&rsquo;est pas de finir en despotisme \u00e9clair\u00e9 &raquo; ; mais nous n&rsquo;en sommes m\u00eame pas certains. Peut-\u00eatre que tout va s&rsquo;\u00e9teindre lentement, minablement, puisque, comme le dit mon ami Jean Parvulesco, qui participe \u00e0 ce recueil sur Evola, &laquo; la race humaine est fatigu\u00e9e &raquo;. En 1941, les Allemands lancent 170 divisions pour attaquer la Russie et ils se heurtent \u00e0 la r\u00e9sistance de toute une nation de 160 millions d&rsquo;habitants. Les deux pays n&rsquo;ont pas aujourd&rsquo;hui le dixi\u00e8me de cette frappe militaire d&rsquo;alors, et les deux nations sont aujourd&rsquo;hui en voie de disparition d\u00e9mographique. L&rsquo;histoire est termin\u00e9e, merci monsieur Fukuyama.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si j&rsquo;en reste \u00e0 ma notion personnelle, que je n&rsquo;impose \u00e0 personne, de r\u00e9volte \u00e9volienne contre ce monde du n\u00e9ant absolu et relatif, je vois les contenus suivants : continuer d&rsquo;\u00e9crire ; continuer de lire, d&rsquo;\u00e9couter (ou d&rsquo;en jouer) de la musique ; danser, faire du sport, continuer de fr\u00e9quenter les t\u00eates conscientes, m\u00eame si l&rsquo;on se fait un peu de mal \u00e0 force &ndash; et qu&rsquo;elles se rar\u00e9fient dangereusement) ; aller vers ce qui reste de nature ; pratiquer la r\u00e9volution froide de Houellebecq en refusant par exemple de consommer; fuir, l\u00e0-bas fuir, autant que je le peux. Et m\u00e9priser, aussi m\u00e9priser mais jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ignorance de l&rsquo;infra-humanit\u00e9 coprophage qui m&rsquo;entoure. Car je n&rsquo;ai plus de temps \u00e0 perdre. Jamais le mens sana in corpore sano ne m&rsquo;aura sembl\u00e9 si vrai, \u00e0 une \u00e9poque de vide intellectuel et d&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 corporelle. A une \u00e9poque o&ugrave; l&rsquo;on n&rsquo;a plus d&rsquo;hommes au milieu des ruines, mais des touristes au milieu des ruines. Nous n&rsquo;avons d&rsquo;autre choix alors : les temps sont mous, devenons durs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Pourquoi si dur ? &raquo;, demande le morceau de charbon dans le Zarathoustra. Parce qu&rsquo;on n&rsquo;a pas le choix, justement. C&rsquo;est cela ou y passer tout de suite. On attendra que les touristes soient partis et l&rsquo;on se prom\u00e8nera entre nous dans les ruines. En relisant les &OElig;uvres du baron Evola.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Evola-Envers-contre-tous-Collectif\/dp\/1907847006\">Evola envers et contre tous<\/a>, Collectif<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Evola et la r\u00e9volte contre le monde moderne Contribution de Nicolas Bonnal au recueil collectif : Julius Evola envers et contre tous (Orientations\/Avatar, 2009). 3266 mots. 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