{"id":81380,"date":"2024-12-25T10:32:50","date_gmt":"2024-12-25T10:32:50","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/12\/25\/tocqueville-et-la-fin-du-voyage-en-amerique\/"},"modified":"2024-12-25T10:32:50","modified_gmt":"2024-12-25T10:32:50","slug":"tocqueville-et-la-fin-du-voyage-en-amerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2024\/12\/25\/tocqueville-et-la-fin-du-voyage-en-amerique\/","title":{"rendered":"Tocqueville et la fin du voyage (en Am\u00e9rique)"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"> <strong>Tocqueville et la fin du voyage (en Am\u00e9rique)<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>A mesure que nous avancions, le but de notre voyage semblait fuir devant nous<\/em>.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Tocqueville n&rsquo;a pas fait que de l&rsquo;analyse en voyageant en Am\u00e9rique ; il a aussi fait du tourisme avec son ami Beaumont et son bref journal de voyage est un des plus beaux et plus durs qui soient ; car le style incomparable de notre artiste romantique se heurte au mur de briques du puritain am\u00e9ricain qui va d\u00e9truire le monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chercher la nature fa\u00e7on Thomas Cole et Alfred Bierstadt (d\u00e9couvrez l&rsquo;\u00e9cole de Hudson) est d\u00e9j\u00e0 dur ; en effet :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Les extr\u00eames limites de la civilisation europ\u00e9enne<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Une des choses qui piquaient le plus notre curiosit\u00e9 en venant en Am\u00e9rique, c&rsquo;\u00e9tait de parcourir les extr\u00eames limites de la civilisation europ\u00e9enne, et m\u00eame, si le temps nous le permettait, de visiter quelques-unes de ces tribus indiennes qui ont mieux aim\u00e9 fuir dans les solitudes les plus sauvages que de se plier \u00e0 ce que les blancs appellent les d\u00e9lices de la vie sociale ; mais il est plus difficile qu&rsquo;on ne croit de rencontrer aujourd&rsquo;hui le d\u00e9sert. A partir de New-York, et \u00e0 mesure que nous avancions vers le nord-ouest, le but de notre voyage semblait fuir devant nous. Nous parcourions des lieux c\u00e9l\u00e8bres dans l&rsquo;histoire des Indiens, nous rencontrions des vall\u00e9es qu&rsquo;ils ont nomm\u00e9es, nous traversions des fleuves qui portent encore le nom de leurs tribus; mais partout la hutte du sauvage avait fait place \u00e0 la maison de l&rsquo;homme civilis\u00e9, les bois \u00e9taient tomb\u00e9s, la solitude prenait une vie<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Les Indiens eux-m\u00eames sont d\u00e9j\u00e0 des \u00eatres qui r\u00e9tr\u00e9cissent, comme dans le film \u00e9ponyme de Jack Arnold. Tocqueville ajoute sans concession :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Les Indiens que je vis ce jour-l\u00e0 avaient une petite stature; leurs membres, autant qu&rsquo;on en pouvait juger sous leurs v\u00eatements, \u00e9taient gr\u00eales; leur peau, au lieu de pr\u00e9senter une teinte rouge cuivr\u00e9, comme on le croit commun\u00e9ment, \u00e9tait bronze fonc\u00e9, de telle sorte qu&rsquo;au premier abord elle semblait se rapprocher beaucoup de celle des mul\u00e2tres. Leurs cheveux noirs et luisants tombaient avec une singuli\u00e8re raideur sur leurs cous et sur leurs \u00e9paules. Leurs bouches \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9mesur\u00e9ment grandes, l&rsquo;expression de leur figure ignoble et m\u00e9chante. Leur physionomie annon\u00e7ait cette profonde d\u00e9pravation qu&rsquo;un long abus des bienfaits de la civilisation peut seul donner. On e&ucirc;t dit des hommes appartenant \u00e0 la derni\u00e8re populace de nos grandes villes d&rsquo;Europe, et cependant c&rsquo;\u00e9taient encore des sauvages. Aux vices qu&rsquo;ils tenaient de nous se m\u00ealait quelque chose de barbare et d&rsquo;incivilis\u00e9 qui les rendait cent fois plus repoussants encore<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le contact avec l&rsquo;Occident souille. On ne saurait \u00eatre plus gu\u00e9nonien. Et pourtant on n&rsquo;a pas affaire \u00e0 des inconnus :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ces \u00eatres faibles et d\u00e9prav\u00e9s appartenaient cependant \u00e0 l&rsquo;une des tribus les plus renomm\u00e9es de l&rsquo;ancien monde am\u00e9ricain. Nous avions devant nous, et c&rsquo;est piti\u00e9 de le dire, les derniers restes de cette c\u00e9l\u00e8bre conf\u00e9d\u00e9ration des Iroquois, dont la m\u00e2le sagesse n&rsquo;\u00e9tait pas moins connue que le courage, et qui tinrent longtemps la balance entre les deux plus grandes nations de l&rsquo;Europe<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9go\u00efsme froid de l&rsquo;Am\u00e9ricain frappe Tocqueville (il a boulevers\u00e9 et r\u00e9volt\u00e9 Beaumont) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>D&rsquo;autres avouaient que probablement l&rsquo;Indien mourrait; mais on lisait sur leurs l\u00e8vres cette pens\u00e9e \u00e0 moiti\u00e9 exprim\u00e9e : qu&rsquo;est-ce que la vie d&rsquo;un Indien? C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 le fond du sentiment g\u00e9n\u00e9ral. Au milieu de cette soci\u00e9t\u00e9 si jalouse de moralit\u00e9 et de philanthropie, on rencontre une insensibilit\u00e9 compl\u00e8te, une sorte d&rsquo;\u00e9go\u00efsme froid et implacable lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des indig\u00e8nes de l&rsquo;Am\u00e9rique. Les habitants des &Eacute;tats-Unis ne chassent pas les Indiens \u00e0 cor et \u00e0 cri ainsi que faisaient les Espagnols du Mexique; mais c&rsquo;est le m\u00eame instinct impitoyable qui anime ici comme partout ailleurs la race europ\u00e9enne.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On ne peut pas dire qu&rsquo;il la porte dans son c&oelig;ur cette race europ\u00e9enne qui a rompu d\u00e9j\u00e0 avec ses racines spirituelles et le r\u00e8gne de la qualit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Il ne faut pas parler de promenade romantique \u00e0 notre pionnier US :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Traverser des for\u00eats presque imp\u00e9n\u00e9trables, passer des rivi\u00e8res profondes, braver les marais pestilentiels, dormir expos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;humidit\u00e9 des bois, voil\u00e0 des efforts que l&rsquo;Am\u00e9ricain con\u00e7oit sans peine s&rsquo;il s&rsquo;agit de gagner un dollar, car c&rsquo;est l\u00e0 le point; mais qu&rsquo;on fasse de pareilles courses par curiosit\u00e9, c&rsquo;est ce qui n&rsquo;arrive pas jusqu&rsquo;\u00e0 son intelligence. Ajoutez qu&rsquo;habitant d&rsquo;un d\u00e9sert il ne prise que l&rsquo;&oelig;uvre de l&rsquo;homme. Il vous enverra volontiers visiter une route, un pont, un beau village; mais qu&rsquo;on attache du prix \u00e0 de grands arbres et \u00e0 une belle solitude, cela est pour lui absolument incompr\u00e9hensible. Rien donc de plus difficile que de trouver quelqu&rsquo;un en \u00e9tat de vous comprendre<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Apr\u00e8s Tocqueville se lance dans de belles descriptions m\u00e9ditatives et presque transcendantales. On pense \u00e0 Chateaubriand, Senancour, \u00e0 Maurice de Gu\u00e9rin :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Il est difficile de se figurer le charme qui environne ces jolis lieux o&ugrave; l&rsquo;homme n&rsquo;a point fix\u00e9 sa demeure, o&ugrave; r\u00e8gnent encore une paix profonde et un silence non interrompu. J&rsquo;ai parcouru dans les Alpes des solitudes affreuses o&ugrave; la nature se refuse au travail de l&rsquo;homme, mais o&ugrave; elle d\u00e9ploie jusque dans ses horreurs m\u00eames une grandeur qui transporte l&rsquo;\u00e2me et la passionne. Ici la solitude n&rsquo;est pas moins profonde, mais elle ne fait pas na&icirc;tre les m\u00eames impressions. Les seuls sentiments qu&rsquo;on \u00e9prouve en parcourant ces d\u00e9serts fleuris, o&ugrave;, comme dans le Paradis de Milton, tout est pr\u00e9par\u00e9 pour recevoir l&rsquo;homme, c&rsquo;est une admiration tranquille, une \u00e9motion douce et m\u00e9lancolique, un d\u00e9go&ucirc;t vague de la vie civilis\u00e9e, une sorte d&rsquo;instinct sauvage qui fait penser avec douleur que bient\u00f4t cette d\u00e9licieuse solitude aura cess\u00e9 d&rsquo;exister.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Mais le blanc va arriver :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; &hellip;<em>d\u00e9j\u00e0, en effet, la race blanche s&rsquo;avance \u00e0 travers les bois qui l&rsquo;entourent, et dans peu d&rsquo;ann\u00e9es l&rsquo;Europ\u00e9en aura coup\u00e9 les arbres qui se r\u00e9fl\u00e9chissent dans les eaux limpides du lac et forc\u00e9 les animaux qui peuplent ses rives de se retirer vers de nouveaux d\u00e9serts<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p> Il y a quand m\u00eame encore des mavericks chez ces blancs, des artistes, des coureurs des bois :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; &hellip;<em>ce sont les Europ\u00e9ens qui, en d\u00e9pit des habitudes de leur jeunesse, ont fini par trouver dans la libert\u00e9 du d\u00e9sert un charme inexprimable. Tenant aux solitudes de l&rsquo;Am\u00e9rique par leur go&ucirc;t et leurs passions, \u00e0 l&rsquo;Europe par leur religion, leurs principes et leurs id\u00e9es, ils m\u00ealent l&rsquo;amour de la vie sauvage \u00e0 l&rsquo;orgueil de la civilisation, et pr\u00e9f\u00e8rent \u00e0 leurs compatriotes les Indiens, dans lesquels cependant ils ne reconnaissent pas des \u00e9gaux<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Mais il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire contre le blanc destructeur :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; &hellip;<em>ce peuple immense qui, comme tous les grands peuples, n&rsquo;a qu&rsquo;une pens\u00e9e, et qui marche \u00e0 l&rsquo;acquisition des richesses, unique but de ses travaux, avec une pers\u00e9v\u00e9rance et un m\u00e9pris de la vie qu&rsquo;on pourrait appeler h\u00e9ro\u00efque, si ce nom convenait \u00e0 autre chose qu&rsquo;aux efforts de la vertu; peuple nomade que les fleuves et les lacs n&rsquo;arr\u00eatent point, devant qui les for\u00eats tombent et les prairies se couvrent d&rsquo;ombrages, et qui, apr\u00e8s avoir touch\u00e9 l&rsquo;Oc\u00e9an-Pacifique, reviendra sur ses pas pour troubler et d\u00e9truire les soci\u00e9t\u00e9s qu&rsquo;il aura form\u00e9es derri\u00e8re lui<\/em>&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Avant de d\u00e9truire ou de bombarder le reste du monde ! Comme dit Beaumont l&rsquo;Am\u00e9rique est le seul pays qui n&rsquo;ait pas eu d&rsquo;enfance myst\u00e9rieuse ! Sa mission \u00e9tait de nous engloutir dans la matrice mafieuse, mat\u00e9rialiste et num\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis notre voyageur redevient po\u00e8te et \u00e9voque la similitude cette for\u00eat et du grand oc\u00e9an. On pense \u00e0 Melville, \u00e0 Moby Dick, ou \u00e0 l&rsquo;essai de Jacques Cabau sur la Prairie perdue, qui insiste sur la haine qu&rsquo;inspire aux intellectuels am\u00e9ricains leur civilisation :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Il nous est souvent arriv\u00e9 d&rsquo;admirer sur l&rsquo;Oc\u00e9an une de ces soir\u00e9es calmes et sereines, alors que les voiles, flottant paisiblement le long des m\u00e2ts, laissent ignorer au matelot de quel c\u00f4t\u00e9 s&rsquo;\u00e9l\u00e8vera la brise. Ce repos de la nature enti\u00e8re n&rsquo;est pas moins imposant dans les solitudes du Nouveau-Monde que sur l&rsquo;immensit\u00e9 des mers<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Et plus loin :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ce n&rsquo;est pas au reste dans ce seul cas que nous avons remarqu\u00e9 la singuli\u00e8re analogie qui existe entre la vue de l&rsquo;Oc\u00e9an et l&rsquo;aspect d&rsquo;une for\u00eat sauvage. Dans l&rsquo;un comme dans l&rsquo;autre spectacle, l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;immensit\u00e9 vous assi\u00e8ge. La continuit\u00e9, la monotonie des m\u00eames sc\u00e8nes \u00e9tonne et accable l&rsquo;imagination<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p> On a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 nos coureurs des bois si fran\u00e7ais (red\u00e9couvrez en ce sens la captive aux yeux clairs de Hawks, film tourn\u00e9 avec des acteurs canadiens) ; ils reviennent sous la plume de notre indien :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>P\u00e9n\u00e9trez sous cette cabane de feuillage; vous y rencontrerez un homme dont l&rsquo;accueil cordial et la figure ouverte vous annonceront d\u00e8s l&rsquo;abord le go&ucirc;t des plaisirs sociaux et l&rsquo;insouciance de la vie. Dans le premier moment, vous le prendrez peut-\u00eatre pour un Indien. Soumis \u00e0 la vie sauvage, il en a volontairement adopt\u00e9 les habits, les usages et presque les m&oelig;urs : il porte des mocassins, le bonnet de loutre et le manteau de laine. Il est infatigable chasseur, couche \u00e0 l&rsquo;aff&ucirc;t, vit de miel sauvage et de chair de bison<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Or cet homme est fran\u00e7ais :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Cet homme n&rsquo;en est pas moins rest\u00e9 un Fran\u00e7ais gai, entreprenant, fier de son origine, amant passionn\u00e9 de la gloire militaire, plus vaniteux qu&rsquo;int\u00e9ress\u00e9, homme d&rsquo;instinct, ob\u00e9issant \u00e0 son premier mouvement moins qu&rsquo;\u00e0 sa raison, pr\u00e9f\u00e9rant le bruit \u00e0 l&rsquo;argent. Pour venir au d\u00e9sert, il semble avoir bris\u00e9 tous les liens qui l&rsquo;attachaient \u00e0 la vie. On ne lui voit ni femme ni enfants<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Et de le comparer au rude am\u00e9ricain enfant de Ca\u00efn :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>A quelques pas de cet homme habite un autre europ\u00e9en qui, soumis aux m\u00eames difficult\u00e9s, s&rsquo;est raidi contre elles. Celui-ci est froid, tenace, impitoyable argumentateur. Il s&rsquo;attache \u00e0 la terre et arrache \u00e0 la vie sauvage tout ce qu&rsquo;il peut lui \u00f4ter. Il lutte sans cesse contre elle, il la d\u00e9pouille chaque jour de quelques-uns de ses attributs. Il transporte, pi\u00e8ce \u00e0 pi\u00e8ce, dans le d\u00e9sert ses lois, ses habitudes, ses usages, et, s&rsquo;il se peut, jusqu&rsquo;aux moindres recherches de sa civilisation avanc\u00e9e. L&rsquo;\u00e9migrant des &Eacute;tats-Unis n&rsquo;estime de la victoire que ses r\u00e9sultats<\/em>&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p> Tocqueville sent le danger du m\u00e9tissage surtout culturel ; et il \u00e9crit \u00e0 ce sujet :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ne sachant comment se guider au jour incertain qui l&rsquo;\u00e9claire, son \u00e2me se d\u00e9bat p\u00e9niblement dans les langes d&rsquo;un doute universel : il adopte des usages oppos\u00e9s, il prie \u00e0 deux autels, il croit au r\u00e9dempteur du monde et aux amulettes du jongleur, et il arrive au bout de sa carri\u00e8re sans avoir pu d\u00e9brouiller le probl\u00e8me obscur de son existence. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ce qu&rsquo;il ressent dans son voyage c&rsquo;est l&rsquo;effrayant bouleversement en cours &ndash; que Fenimore Cooper d\u00e9noncera aussi :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Cinquante lieues s\u00e9parent encore cette solitude des grands \u00e9tablissements europ\u00e9ens, et nous sommes peut-\u00eatre les derniers voyageurs auxquels il ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de la contempler dans sa primitive splendeur : tant est grande l&rsquo;impulsion qui entra&icirc;ne la race blanche vers la conqu\u00eate enti\u00e8re du Nouveau-Monde! C&rsquo;est cette id\u00e9e de destruction, cette arri\u00e8re-pens\u00e9e d&rsquo;un changement prochain et in\u00e9vitable qui donne, suivant nous, aux solitudes de l&rsquo;Am\u00e9rique un caract\u00e8re si original et une si touchante beaut\u00e9<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On est presque chez Tolkien (chez Fenimore Cooper il r\u00e8gne une aura elfique dans les descriptions d&rsquo;indiens) ; mais l&rsquo;homme capitaliste poss\u00e8de un trop grand pouvoir de destruction. Tocqueville :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>On les voit avec un plaisir m\u00e9lancolique. On se h\u00e2te en quelque sorte de les admirer. L&rsquo;id\u00e9e de cette grandeur naturelle et sauvage qui va finir se m\u00eale aux magnifiques images que la marche de la civilisation fait na&icirc;tre. On se sent fier d&rsquo;\u00eatre homme, et l&rsquo;on \u00e9prouve en m\u00eame temps je ne sais quel amer regret du pouvoir que Dieu vous a accord\u00e9 sur la nature. L&rsquo;\u00e2me est agit\u00e9e  par des id\u00e9es, des sentiments contraires; mais toutes les impressions qu&rsquo;elle re\u00e7oit sont grandes, et laissent une trace profonde<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Sources principales :<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Tocqueville &ndash; Journal de voyage (archive.org)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fenimore Cooper &ndash; Le Dernier des Mohicans<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; Tolkien ; les grands westerns am\u00e9ricains<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jacques Cabau &ndash; La prairie perdue<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tocqueville et la fin du voyage (en Am\u00e9rique) &laquo; A mesure que nous avancions, le but de notre voyage semblait fuir devant nous.&raquo; Tocqueville n&rsquo;a pas fait que de l&rsquo;analyse en voyageant en Am\u00e9rique ; il a aussi fait du tourisme avec son ami Beaumont et son bref journal de voyage est un des plus&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[4279,2640,14262,14261,5276,6745],"class_list":["post-81380","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-blanche","tag-bonnal","tag-colonisation","tag-damerique","tag-indiens","tag-race"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81380","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81380"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81380\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81380"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81380"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81380"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}