{"id":81390,"date":"2025-01-03T08:14:53","date_gmt":"2025-01-03T08:14:53","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/01\/03\/nerval-et-la-fin-de-la-france-druidique\/"},"modified":"2025-01-03T08:14:53","modified_gmt":"2025-01-03T08:14:53","slug":"nerval-et-la-fin-de-la-france-druidique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/01\/03\/nerval-et-la-fin-de-la-france-druidique\/","title":{"rendered":"Nerval et la fin de la France druidique"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Nerval et la fin de la France druidique <\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip;nous ne faisions que r\u00e9p\u00e9ter d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge une f\u00eate druidique survivant aux monarchies et aux religions nouvelles. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sylvie a \u00e9merveill\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations de lectrices et de lecteurs de sensibilit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale et romantique. C&rsquo;est que ce bref roman conte la fin de la France initiatique et irr\u00e9elle. Ce qui avait pu rester va \u00eatre d\u00e9truit (cf. Balzac qui d\u00e9crit le processus dans toute son &oelig;uvre, du passage de cette France des druides et des chevaliers \u00e0 celle des Macron) ou r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de spectacle ou d&rsquo;illusion (cf. cette fascination pour le th\u00e9\u00e2tre ou les actrices qui caract\u00e9rise Nerval).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;arriv\u00e9e du chemin de fer, machine apocalyptique dont Dosto\u00efevski a si bien parl\u00e9 dans l&rsquo;Idiot (voyez mon livre) va tout modifier ; c&rsquo;est la fin des distances, c&rsquo;est la fin du myst\u00e8re et du p\u00e8lerinage de la vie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Senlis est une ville isol\u00e9e de ce grand mouvement du chemin de fer du Nord qui entra&icirc;ne les populations vers l&rsquo;Allemagne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Je n&rsquo;ai jamais su pourquoi le chemin de fer du Nord ne passait pas par nos pays, &ndash; et faisait un coude \u00e9norme qui encadre en partie Montmorency, Luzarches, Gonesse et autres localit\u00e9s, priv\u00e9es du privil\u00e8ge qui leur aurait assur\u00e9 un trajet direct. Il est probable que les personnes qui ont institu\u00e9 ce chemin auront tenu \u00e0 le faire passer par leurs propri\u00e9t\u00e9s. &ndash; Il suffit de consulter la carte pour appr\u00e9cier la justesse de cette observation. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Citons cet extrait de l&rsquo;impeccable Th\u00e9ophile Gautier, que nous avions repris d\u00e9j\u00e0 (de son Voyage en Espagne) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est un spectacle douloureux pour le po\u00e8te, l&rsquo;artiste et le philosophe, de voir les formes et les couleurs dispara&icirc;tre du monde, les lignes se troubler, les teintes se confondre et l&rsquo;uniformit\u00e9 la plus d\u00e9sesp\u00e9rante envahir l&rsquo;univers sous je ne sais quel pr\u00e9texte de progr\u00e8s. Quand tout sera pareil, les voyages deviendront compl\u00e8tement inutiles, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment alors, heureuse co\u00efncidence, que les chemins de fer seront en pleine activit\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chez Nerval le r\u00eave est comme dans film Brazil (tourn\u00e9 \u00e0 Marne-la-Vall\u00e9e&hellip;) le seul moyen (avec le th\u00e9\u00e2tre, et on aurait invoqu\u00e9 encore la cin\u00e9philie dans les ann\u00e9es soixante) de fuir la r\u00e9alit\u00e9 et de retourner vers les lieux de la Source :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je me repr\u00e9sentais un ch\u00e2teau du temps de Henri IV avec ses toits pointus couverts d&rsquo;ardoises et sa face rouge\u00e2tre aux encoignures dentel\u00e9es de pierres jaunies, une grande place verte encadr\u00e9e d&rsquo;ormes et de tilleuls, dont le soleil couchant per\u00e7ait le feuillage de ses traits enflamm\u00e9s. Des jeunes filles dansaient en rond sur la pelouse en chantant de vieux airs transmis par leurs m\u00e8res, et d&rsquo;un fran\u00e7ais si naturellement pur, que l&rsquo;on se sentait bien exister dans ce vieux pays du Valois, o&ugrave;, pendant plus de mille ans, a battu le c&oelig;ur de la France&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis vient l&rsquo;apparition mi-th\u00e9\u00e2trale mi religieuse d&rsquo;Adrienne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tout d&rsquo;un coup, suivant les r\u00e8gles de la danse, Adrienne se trouva plac\u00e9e seule avec moi au milieu du cercle. Nos tailles \u00e9taient pareilles. On nous dit de nous embrasser, et la danse et le ch&oelig;ur tournaient plus vivement que jamais. En lui donnant ce baiser, je ne pus m&#8217;emp\u00eacher de lui presser la main. Les longs anneaux roul\u00e9s de ses cheveux d&rsquo;or effleuraient mes joues. De ce moment, un trouble inconnu s&#8217;empara de moi. &ndash; La belle devait chanter pour avoir le droit de rentrer dans la danse. On s&rsquo;assit autour d&rsquo;elle, et aussit\u00f4t, d&rsquo;une voix fra&icirc;che et p\u00e9n\u00e9trante, l\u00e9g\u00e8rement voil\u00e9e, comme celles des filles de ce pays brumeux, elle chanta une de ces anciennes romances pleines de m\u00e9lancolie et d&rsquo;amour, qui racontent toujours les malheurs d&rsquo;une princesse enferm\u00e9e dans sa tour par la volont\u00e9 d&rsquo;un p\u00e8re qui la punit d&rsquo;avoir aim\u00e9. La m\u00e9lodie se terminait \u00e0 chaque stance par ces trilles chevrotants que font valoir si bien les voix jeunes, quand elles imitent par un frisson modul\u00e9 la voix tremblante des a\u00efeules. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On a toute la symbolique des r\u00e9cits du Graal que j&rsquo;ai d\u00e9crypt\u00e9e dans mon livre (anneau, blondeur, danse, baiser, brumes, tour&hellip;) gr\u00e2ce \u00e0 des auteurs consacr\u00e9s comme Gu\u00e9non, Fulcanelli ou Coomaraswamy (oh, cet essai sur le fier baiser&hellip;) ; on a la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Dante et \u00e0 l&rsquo;origine avec le chant : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &Agrave; mesure qu&rsquo;elle chantait, l&rsquo;ombre descendait des grands arbres, et le clair de lune naissant tombait sur elle seule, isol\u00e9e de notre cercle attentif. Elle se tut, et personne n&rsquo;osa rompre le silence. La pelouse \u00e9tait couverte de faibles vapeurs condens\u00e9es, qui d\u00e9roulaient leurs blancs flocons sur les pointes des herbes. Nous pensions \u00eatre en paradis. &ndash; Je me levai enfin, courant au parterre du ch\u00e2teau, o&ugrave; se trouvaient des lauriers, plant\u00e9s dans de grands vases de fa\u00efence peints en cama\u00efeu. Je rapportai deux branches, qui furent tress\u00e9es en couronne et nou\u00e9es d&rsquo;un ruban. Je posai sur la t\u00eate d&rsquo;Adrienne cet ornement, dont les feuilles lustr\u00e9es \u00e9clataient sur ses cheveux blonds aux rayons p\u00e2les de la lune. Elle ressemblait \u00e0 la B\u00e9atrice de Dante qui sourit au po\u00e8te errant sur la lisi\u00e8re des saintes demeures. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;apparition est br\u00e8ve et promise au couvent (que de merveilles perdues ou sacrifi\u00e9es dans ces couvents &ndash; Michelet en a bien parl\u00e9) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Adrienne se leva. D\u00e9veloppant sa taille \u00e9lanc\u00e9e, elle nous fit un salut gracieux, et rentra en courant dans le ch\u00e2teau. &ndash; C&rsquo;\u00e9tait, nous dit-on, la petite-fille de l&rsquo;un des descendants d&rsquo;une famille alli\u00e9e aux anciens rois de France ; le sang des Valois coulait dans ses veines. Pour ce jour de f\u00eate, on lui avait permis de se m\u00ealer \u00e0 nos jeux ; nous ne devions plus la revoir, car le lendemain elle repartit pour un couvent o&ugrave; elle \u00e9tait pensionnaire&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sylvie la brune (ou la grecque, l&rsquo;autre \u00e9tant blonde et nordique) est de ce monde et souffre de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme po\u00e9tique du narrateur :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quand je revins pr\u00e8s de Sylvie, je m&rsquo;aper\u00e7us qu&rsquo;elle pleurait. La couronne donn\u00e9e par mes mains \u00e0 la belle chanteuse \u00e9tait le sujet de ses larmes. Je lui offris d&rsquo;en aller cueillir une autre, mais elle dit qu&rsquo;elle n&rsquo;y tenait nullement, ne la m\u00e9ritant pas. Je voulus en vain me d\u00e9fendre, elle ne me dit plus un seul mot pendant que je la reconduisais chez ses parents&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais les bons parents vont nous priver d&rsquo;Adrienne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La figure d&rsquo;Adrienne resta seule triomphante, &ndash; mirage de la gloire et de la beaut\u00e9, adoucissant ou partageant les heures des s\u00e9v\u00e8res \u00e9tudes. Aux vacances de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, j&rsquo;appris que cette belle \u00e0 peine entrevue \u00e9tait consacr\u00e9e par sa famille \u00e0 la vie religieuse. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;en reste qu&rsquo;une figure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Remontons le temps. On est sans doute dans les ann\u00e9es 1820, sous Charles X, roi dont Stendhal pensa le plus grand bien. La France aristocrate et traditionnelle a de beaux restes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quelques ann\u00e9es s&rsquo;\u00e9taient \u00e9coul\u00e9es : l&rsquo;\u00e9poque o&ugrave; j&rsquo;avais rencontr\u00e9 Adrienne devant le ch\u00e2teau n&rsquo;\u00e9tait plus d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;un souvenir d&rsquo;enfance. Je me retrouvai \u00e0 Loisy au moment de la f\u00eate patronale. J&rsquo;allai de nouveau me joindre aux chevaliers de l&rsquo;arc, prenant place dans la compagnie dont j&rsquo;avais fait partie d\u00e9j\u00e0. Des jeunes gens appartenant aux vieilles familles qui poss\u00e8dent encore l\u00e0 plusieurs de ces ch\u00e2teaux perdus dans les for\u00eats, qui ont plus souffert du temps que des r\u00e9volutions, avaient organis\u00e9 la f\u00eate. De Chantilly, de Compi\u00e8gne et de Senlis accouraient de joyeuses cavalcades qui prenaient place dans le cort\u00e8ge rustique des compagnies de l&rsquo;arc&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le narrateur ne pouvait rien avec Adrienne, mais il a perdu l&rsquo;amour de Sylvie (promise \u00e0 l&rsquo;industrie et au grand fris\u00e9) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je m&rsquo;excusai sur mes \u00e9tudes, qui me retenaient \u00e0 Paris, et l&rsquo;assurai que j&rsquo;\u00e9tais venu dans cette intention. &laquo; Non, c&rsquo;est moi qu&rsquo;il a oubli\u00e9e, dit Sylvie. Nous sommes des gens de village, et Paris est si au-dessus ! &raquo; Je voulus l&#8217;embrasser pour lui fermer la bouche ; mais elle me boudait encore, et il fallut que son fr\u00e8re interv&icirc;nt pour qu&rsquo;elle m&rsquo;offr&icirc;t sa joue d&rsquo;un air indiff\u00e9rent. Je n&rsquo;eus aucune joie de ce baiser dont bien d&rsquo;autres obtenaient la faveur, car dans ce pays patriarcal o&ugrave; l&rsquo;on salue tout homme qui passe, un baiser n&rsquo;est autre chose qu&rsquo;une politesse entre bonnes gens&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourtant la belle grecque a m&ucirc;ri :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je l&rsquo;admirai cette fois sans partage, elle \u00e9tait devenue si belle ! Ce n&rsquo;\u00e9tait plus cette petite fille de village que j&rsquo;avais d\u00e9daign\u00e9e pour une plus grande et plus faite aux gr\u00e2ces du monde. Tout en elle avait gagn\u00e9 : le charme de ses yeux noirs, si s\u00e9duisants d\u00e8s son enfance, \u00e9tait devenu irr\u00e9sistible ; sous l&rsquo;orbite arqu\u00e9e de ses sourcils, son sourire, \u00e9clairant tout \u00e0 coup des traits r\u00e9guliers et placides, avait quelque chose d&rsquo;ath\u00e9nien. J&rsquo;admirais cette physionomie digne de l&rsquo;art antique au milieu des minois chiffonn\u00e9s de ses compagnes&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est Nietzsche qui \u00e9voque cette observation du voyageur Cic\u00e9ron sur la beaut\u00e9 ath\u00e9nienne&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vient la grande sc\u00e8ne : on rend visite \u00e0 la tante et on va remonter dans le Temps, dans le vrai Temps, celui d&rsquo;avant 89 (\u00e9poque sur laquelle il ne faut pas trop se faire d&rsquo;illusions, voir Taine) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je la suivis, montant rapidement l&rsquo;escalier de bois qui conduisait \u00e0 la chambre. &ndash; &Ocirc; jeunesse, \u00f4 vieillesse saintes ! &ndash; qui donc e&ucirc;t song\u00e9 \u00e0 ternir la puret\u00e9 d&rsquo;un premier amour dans ce sanctuaire des souvenirs fid\u00e8les ? Le portrait d&rsquo;un jeune homme du bon vieux temps souriait avec ses yeux noirs et sa bouche rose, dans un ovale au cadre dor\u00e9, suspendu \u00e0 la t\u00eate du lit rustique. Il portait l&rsquo;uniforme des gardes-chasse de la maison de Cond\u00e9 ; son attitude \u00e0 demi martiale, sa figure rose et bienveillante, son front pur sous ses cheveux poudr\u00e9s, relevaient ce pastel, m\u00e9diocre peut-\u00eatre, des gr\u00e2ces de la jeunesse et de la simplicit\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La vieille tante s&rsquo;\u00e9meut et nous aussi car on atteint le sommet de la prose fran\u00e7aise (comme disait Jean Richer, p\u00e8re de mon ami et pr\u00e9facier Nicolas, l&rsquo;&oelig;uvre de Nerval ne compte pas par sa quantit\u00e9 mais par sa magie) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La tante poussa un cri en se retournant : &laquo; &Ocirc; mes enfants ! &raquo; dit-elle, et elle se mit \u00e0 pleurer, puis sourit \u00e0 travers ses larmes. &ndash; C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;image de sa jeunesse, &ndash; cruelle et charmante apparition ! Nous nous ass&icirc;mes aupr\u00e8s d&rsquo;elle, attendris et presque graves, puis la gaiet\u00e9 nous revint bient\u00f4t, car, le premier moment pass\u00e9, la bonne vieille ne songea plus qu&rsquo;\u00e0 se rappeler les f\u00eates pompeuses de sa noce. Elle retrouva m\u00eame dans sa m\u00e9moire les chants altern\u00e9s, d&rsquo;usage alors, qui se r\u00e9pondaient d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de la table nuptiale, et le na\u00eff \u00e9pithalame qui accompagnait les mari\u00e9s rentrant apr\u00e8s la danse. Nous r\u00e9p\u00e9tions ces strophes si simplement rythm\u00e9es, avec les hiatus et les assonances du temps ; amoureuses et fleuries comme le cantique de l&rsquo;Eccl\u00e9siaste ; &ndash; nous \u00e9tions l&rsquo;\u00e9poux et l&rsquo;\u00e9pouse pour tout un beau matin d&rsquo;\u00e9t\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La fin du livre est plus sombre et Nerval compte ses ruines avec une \u00e9mouvante r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Byzance, qui accueillit les saxons en fuite apr\u00e8s 1066 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cette vieille retraite des empereurs n&rsquo;offre plus \u00e0 l&rsquo;admiration que les ruines de son clo&icirc;tre aux arcades byzantines, dont la derni\u00e8re rang\u00e9e se d\u00e9coupe encore sur les \u00e9tangs, &ndash; reste oubli\u00e9 des fondations pieuses comprises parmi ces domaines qu&rsquo;on appelait autrefois les m\u00e9tairies de Charlemagne&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le narrateur revoit Adrienne, mais comme actrice :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La sc\u00e8ne se passait entre les anges, sur les d\u00e9bris du monde d\u00e9truit. Chaque voix chantait une des splendeurs de ce globe \u00e9teint, et l&rsquo;ange de la mort d\u00e9finissait les causes de sa destruction. Un esprit montait de l&rsquo;ab&icirc;me, tenant en main l&rsquo;\u00e9p\u00e9e flamboyante, et convoquait les autres \u00e0 venir admirer la gloire du Christ vainqueur des enfers. Cet esprit, c&rsquo;\u00e9tait Adrienne transfigur\u00e9e par son costume, comme elle l&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 par sa vocation. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il revoit Sylvie qui va se jeter dans les bras du &laquo; grand fris\u00e9 &raquo; (un suspect, ce Nerval ?) et s&rsquo;adonne \u00e0 l&rsquo;industrie des gants :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Elle soupirait et pleurait, si bien que je ne pus lui demander par quelle circonstance elle \u00e9tait all\u00e9e \u00e0 un bal masqu\u00e9 ; mais, gr\u00e2ce \u00e0 ses talents d&rsquo;ouvri\u00e8re, je comprenais assez que Sylvie n&rsquo;\u00e9tait plus une paysanne. Ses parents seuls \u00e9taient rest\u00e9s dans leur condition, et elle vivait au milieu d&rsquo;eux comme une f\u00e9e industrieuse, r\u00e9pandant l&rsquo;abondance autour d&rsquo;elle. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On est loin de la Fianc\u00e9e du Cantique des cantiques :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mon fr\u00e8re de lait parut embarrass\u00e9. J&rsquo;avais tout compris. &ndash; C&rsquo;est une fatalit\u00e9 qui m&rsquo;\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e d&rsquo;avoir un fr\u00e8re de lait dans un pays illustr\u00e9 par Rousseau, &ndash; qui voulait supprimer les nourrices ! &ndash; Le p\u00e8re Dodu m&rsquo;apprit qu&rsquo;il \u00e9tait fort question du mariage de Sylvie avec le grand fris\u00e9, qui voulait aller former un \u00e9tablissement de p\u00e2tisserie \u00e0 Dammartin. Je n&rsquo;en demandai pas plus. La voiture de Nanteuil-le-Haudoin me ramena le lendemain \u00e0 Paris. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Balzac a parl\u00e9 tr\u00e8s prosa\u00efquement des illusions perdues ; et ici :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Telles sont les chim\u00e8res qui charment et \u00e9garent au matin de la vie. J&rsquo;ai essay\u00e9 de les fixer sans beaucoup d&rsquo;ordre, mais bien des c&oelig;urs me comprendront. Les illusions tombent l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre, comme les \u00e9corces d&rsquo;un fruit, et le fruit, c&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rience. Sa saveur est am\u00e8re ; elle a pourtant quelque chose d&rsquo;\u00e2cre qui fortifie, &ndash; qu&rsquo;on me pardonne ce style vieilli. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La fin arrive sur un ricanement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;oubliais de dire que le jour o&ugrave; la troupe dont faisait partie Aur\u00e9lie a donn\u00e9 une repr\u00e9sentation \u00e0 Dammartin, j&rsquo;ai conduit Sylvie au spectacle, et je lui ai demand\u00e9 si elle ne trouvait pas que l&rsquo;actrice ressemblait \u00e0 une personne qu&rsquo;elle avait connue d\u00e9j\u00e0. &ndash; &Agrave; qui donc ? &ndash; Vous souvenez-vous d&rsquo;Adrienne ? Elle partit d&rsquo;un grand \u00e9clat de rire en disant : &laquo; Quelle id\u00e9e ! &raquo; Puis, comme se le reprochant, elle reprit en soupirant : &laquo; Pauvre Adrienne ! elle est morte au couvent de Saint-S&hellip;, vers 1832. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La France des origines c&rsquo;est termin\u00e9. La suite est chez Flaubert ou chez C\u00e9line.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Sources<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.sos-grannygeek.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Th\u00e9ophile_Gautier_-_Voyage_en_Espagne-1.pdf?utm_source=mailpoet&#038;utm_medium=email&#038;utm_campaign=NEWSLETTER1903\">Voyages en Espagne<\/a>, Th\u00e9ophile Gauthier<\/p>\n<\/p>\n<p><p> <a href=\"https:\/\/www.vousnousils.fr\/casden\/pdf\/id00180.pdf\">Les filles du feu<\/a>, G\u00e9rard de Nerval<\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Perceval-reine-%C3%A9tudes-litt%C3%A9rature-arthurienne\/dp\/1520847319\/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&#038;crid=2ZOT2AUM7U6DD&#038;dib=eyJ2IjoiMSJ9.yn-HWGlkVJRk7OgzZRjTMw.92rvRejAtTF2yiIDZ7sMKpiKifyiy14FipbgYt9F0yQ&#038;dib_tag=se&#038;keywords=bonnal+perceval&#038;qid=1729688672&#038;s=books&#038;sprefix=bonnal+perceval%2Cstripbooks%2C99&#038;sr=1-1\">Perceval et la reine<\/a>, Nicolzas Bonnzal<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nerval et la fin de la France druidique &laquo; &hellip;nous ne faisions que r\u00e9p\u00e9ter d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge une f\u00eate druidique survivant aux monarchies et aux religions nouvelles. &raquo; Sylvie a \u00e9merveill\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations de lectrices et de lecteurs de sensibilit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale et romantique. C&rsquo;est que ce bref roman conte la fin de la France initiatique&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2640,5185,14275,3158,14277,14276],"class_list":["post-81390","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bonnal","tag-decadence","tag-druides","tag-francais","tag-gautier","tag-theophile"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81390","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81390"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81390\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81390"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81390"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81390"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}