{"id":81406,"date":"2025-01-15T17:45:56","date_gmt":"2025-01-15T17:45:56","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/01\/15\/tocqueville-et-la-prison-anglaise\/"},"modified":"2025-01-15T17:45:56","modified_gmt":"2025-01-15T17:45:56","slug":"tocqueville-et-la-prison-anglaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/01\/15\/tocqueville-et-la-prison-anglaise\/","title":{"rendered":"Tocqueville et la prison anglaise"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Tocqueville et la prison anglaise<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Keir Starmer est certainement l&rsquo;homme le plus dangereux et fascisant du monde. En repensant au Prisonnier que je revois sans cesse je me dis que cette s\u00e9rie n&rsquo;\u00e9tait pas une parabole ou une all\u00e9gorie sur le fascisme-totalitarisme-stalinisme-qui-ont-toujours-bon-dos mais bel et bien un DOCUMENTAIRE sur l&rsquo;Angleterre travailliste des sixties, que rejoignait le bloc soi-disant conservateur (Heath virant Enoch Powell du parti). Comme le disait l&rsquo;excellent Duroselle dans mon livre de premi\u00e8re en histoire les partis dans ce pays d\u00e9moniaque n&rsquo;annulent jamais une r\u00e9forme dangereuse vot\u00e9e par le parti adverse ; ils la compl\u00e8tent. Voter est donc vraiment pour les cons, pour parler comme Sartre (plus de guerre, plus de chasse au Trump ou au carbone, plus de politiquement correct g\u00e9nocidaire et d\u00e9ment pour satisfaire le bourgeois local, d\u00e9j\u00e0 tanc\u00e9 par Hogart dans sa gin Street). On a eu un hindou comme PM, puis un fou local (Starmer donc) qui \u00e9l\u00e8ve &ndash; f\u00e9rocement, on s&rsquo;en doute, voyez Dickens &#8211; ses enfants dans le juda\u00efsme, enfin on aura une noire nig\u00e9riane comme future PM conservatrice. Comptez sur le l\u00e9gendaire flegme britannique (qui n&rsquo;est qu&rsquo;un mot poli pour d\u00e9signer ce peuple extraordinairement soumis, docile et d\u00e9sinform\u00e9 &ndash; et ce depuis toujours, voyez McLuhan) pour dig\u00e9rer tout \u00e7a. Les rares m\u00e9contents iront se faire vacciner en Australie (paradis des nouveaux riches anglophones) ou au Canada, le reste crevant de froid. <\/p>\n<\/p>\n<p><p> L&rsquo;Angleterre et ses dominions orwelliens paraissent aujourd&rsquo;hui les entit\u00e9s administratives  (il n&rsquo;y a plus d&rsquo;Etat) les plus totalitaires du monde; difficile de savoir quelle \u00e9lite, locale ou globale, a d\u00e9cid\u00e9 de l&rsquo;\u00e9dification du cauchemar british, carbonique ou antiraciste. Un \u00e9pisode racont\u00e9 par Tocqueville va nous rappeler qu&rsquo;en la terre d&rsquo;Utopie, de Bensalem (Bacon) et de 1984 tout a toujours indiqu\u00e9 un inqui\u00e9tant cauchemar bien \u00e9loign\u00e9 des libert\u00e9s vant\u00e9es ici ou l\u00e0 par les agents de l&rsquo;Empire. Hugo semble s&rsquo;en \u00eatre rendu compte dans l&rsquo;Homme qui rit, qui d\u00e9nonce d&rsquo;une fa\u00e7on in\u00e9dite et g\u00e9niale les m\u00e9faits de la kleptocratie la plus dure et r\u00e9siliente du monde. Mais on y reviendra.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les \u00e9meutes britanniques montrent que le pauvre anglais est toujours d&rsquo;aussi mauvaise qualit\u00e9. L&rsquo;\u00e9lite ne vaut gu\u00e8re mieux (Todd a expliqu\u00e9 pourquoi) mais ce n&rsquo;est pas notre probl\u00e8me aujourd&rsquo;hui. L\u00e0 elles se sont trouv\u00e9es un adversaire \u00e0 leur hauteur ces \u00e9lites britanniques, et c&rsquo;est le pauvre anglais contre lequel elles s&rsquo;acharnent depuis Hastings, et qui finira l&rsquo;ann\u00e9e num\u00e9ris\u00e9, avant nous donc; car cette bataille de Hastings (1066 donc, avec son livre du Jugement dernier \u00e0 la cl\u00e9) est la bataille qui sert de mod\u00e8le \u00e0 la globalisation: une \u00e9lite n\u00e9o-f\u00e9odale aura toute la terre, le reste cr\u00e8vera. Guillaume avait fait d\u00e9truire des centaines de villages pour \u00e9taler ses territoires de chasse. Il chassa aussi le clerg\u00e9 saxon avec l&rsquo;aide papale (ce fut la premi\u00e8re croisade en fait, et c&rsquo;est dommage qu&rsquo;on ne le comprenne pas) et une \u00e9lite ORTHODOXE trouva refuge \u00e0 Constantinople.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tolkien savait ces choses, et lui qui d\u00e9testait les Normands et se concentrait sur le vieux g\u00e9nie saxon (voyez mon livre) avait compris que la dystopie et le monde moderne avaient lieu en Angleterre. Lisez enfin l&rsquo;Homme qui rit de Hugo (l&rsquo;Homme qui rit est l&rsquo;anc\u00eatre du Joker de Batman) qui d\u00e9crit magnifiquement (plus grand roman du monde, a dit justement &ndash; tout arrive &ndash; Ayn Rand) le sort du pauvre dans l&rsquo;&icirc;le noire d&rsquo;Herg\u00e9, m\u00e8re de toutes les dystopies. Certains disent que l&rsquo;\u00e9lite poss\u00e8de encore 50% des terres britanniques, d&rsquo;autres 85%. Elle a concentr\u00e9 sa population INDUSTRIELLE dans cinq villes depuis un si\u00e8cle et demi comme dans ses dominions (90%  de la population australienne ou canadienne vit dans cinq ou six villes) et tout le monde est content-vaccin\u00e9-num\u00e9ris\u00e9-alcoolis\u00e9-connect\u00e9. Le contr\u00f4le du pauvre par la cruaut\u00e9 (toujours exemplaire) ou du britannique moyen par la presse et par les m\u00e9dias (voyez McLuhan) a toujours \u00e9t\u00e9 sans \u00e9gal. Le flegme britannique ou soumission imb\u00e9cile aura fait le reste \u00e0 travers les \u00e2ges: voir les guerres fratricides contre une Allemagne qui ne demandait que la paix (cf. nos textes sur Grenfell et Churchill).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais pour \u00eatre parfaite une \u00e9lite diabolique doit aussi et surtout \u00eatre humanitaire et progressiste (voyez Dorian Gray et son couple festif, homo, socialiste, amateur d&rsquo;exotismes, collectionneur et anarchisant). Comme dit Trotski dans un texte c\u00e9l\u00e8bre que j&rsquo;ai recens\u00e9, &laquo; pour chaque brigandage elle (l&rsquo;\u00e9lite bancaire US) sert un mort d&rsquo;ordre humanitaire &raquo;. De ce point de vue le christianisme avec sa tartuferie ontologique et mill\u00e9naire et ses capacit\u00e9s baroques \u00e0 se transformer lui servira jusqu&rsquo;au bout d&rsquo;accompagnateur fid\u00e8le.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Elite la plus dure du monde, la f\u00e9odalit\u00e9 british a toujours su y faire avec le paup\u00e9risme au point de cultiver son pauvre depuis la R\u00e9forme. Elle a cr\u00e9\u00e9 le pauvre soumis, industriel, num\u00e9ris\u00e9, absous et b\u00e9ni, pauvre qui n&rsquo;a pas le droit de bouger de sa paroisse. Et elle l&rsquo;a fait sous Elisabeth, au moment o&ugrave; Shakespeare (dix fois moins sulfureux et inform\u00e9 que Marlowe, mais c&rsquo;est un autre probl\u00e8me) dessine la mondialisation dans la Temp\u00eate avec ses Caliban. C&rsquo;est ce que nous explique Tocqueville donc dans son incroyable \u00e9tude sur le paup\u00e9risme qui d\u00e9crit en quelques pages le monde \u00e0 venir du &laquo; mendiant ingrat &raquo;, comme dit L\u00e9on Bloy :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Mais je suis profond\u00e9ment convaincu que tout syst\u00e8me r\u00e9gulier, permanent, administratif, dont le but sera de pourvoir aux besoins du pauvre, fera na&icirc;tre plus de mis\u00e8res qu&rsquo;il n&rsquo;en peut gu\u00e9rir, d\u00e9pravera la population qu&rsquo;il veut secourir et consoler, r\u00e9duira avec le temps les riches \u00e0 n&rsquo;\u00eatre que les fermiers des pauvres, tarira les sources de l&rsquo;\u00e9pargne, arr\u00eatera l&rsquo;accumulation des capitaux, comprimera l&rsquo;essor du commerce, engourdira l&rsquo;activit\u00e9 et l&rsquo;industrie humaines et finira par amener une r\u00e9volution violente dans l&rsquo;&Eacute;tat, lorsque le nombre de ceux qui re\u00e7oivent l&rsquo;aum\u00f4ne sera devenu presque aussi grand que le nombre de ceux qui la donnent, et que l&rsquo;indigent ne pouvant plus tirer des riches appauvris de quoi pourvoir \u00e0 ses besoins trouvera plus facile de les d\u00e9pouiller tout \u00e0 coup de leurs biens que de demander leurs secours (1835)<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il y a beaucoup de pauvres en Angleterre donc :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>P\u00e9n\u00e9trez maintenant dans l&rsquo;int\u00e9rieur des communes ; examinez les registres des paroisses, et vous d\u00e9couvrirez avec un inexprimable \u00e9tonnement que le sixi\u00e8me des habitants de ce florissant royaume vit aux d\u00e9pens de la charit\u00e9 publique<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p> Et de distinguer les deux charit\u00e9s, la traditionnelle (enfin, l&rsquo;ancienne, la chr\u00e9tienne) et la moderne :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Il y a deux esp\u00e8ces de bienfaisances : l&rsquo;une, qui porte chaque individu \u00e0 soulager, suivant ses moyens, les maux qui se trouvent \u00e0 sa port\u00e9e. Celle-l\u00e0 est aussi vieille que le monde ; elle a commenc\u00e9 avec les mis\u00e8res humaines; le christianisme en a fait une vertu divine, et l&rsquo;a appel\u00e9e la charit\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>L&rsquo;autre, moins instinctive, plus raisonn\u00e9e, moins enthousiaste, et souvent plus puissante, porte la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame \u00e0 s&rsquo;occuper des malheurs de ses membres et \u00e0 veiller syst\u00e9matiquement au soulagement de leurs douleurs. Celle-ci est n\u00e9e du protestantisme et ne s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e que dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La deuxi\u00e8me charit\u00e9 est in\u00e9dite et dangereuse (rappelons que c&rsquo;est elle qui promeut depuis le th\u00e9osophisme l&rsquo;invasion de pays europ\u00e9ens promis au brassage num\u00e9rique des troupeaux de Laban &ndash; voyez mon livre sur Internet) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La premi\u00e8re est une vertu priv\u00e9e, elle \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;action sociale ; la seconde est au contraire produite et r\u00e9gularis\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est donc de celle-l\u00e0 qu&rsquo;il faut sp\u00e9cialement nous occuper<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Atelier du monde moderne. Voici comment Tocqueville d\u00e9crit notre Angleterre (quel est son secret ? Voyez le Repaire du ver blanc, livre de Bram Stoker et film de Ken Russell avec l&rsquo;in\u00e9vitable-inqui\u00e9tant-omnipr\u00e9sent Hugh Grant) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le seul pays de l&rsquo;Europe qui ait syst\u00e9matis\u00e9 et appliqu\u00e9 en grand les th\u00e9ories de la charit\u00e9 publique est l&rsquo;Angleterre. A l&rsquo;\u00e9poque de la r\u00e9volution religieuse qui changea la face de l&rsquo;Angleterre, sous Henri VIII, presque toutes les communaut\u00e9s charitables du royaume furent supprim\u00e9es, et comme les biens de ces communaut\u00e9s pass\u00e8rent aux nobles et ne furent point partag\u00e9s entre les mains du peuple, il s&rsquo;ensuivit que le nombre de pauvres alors existants resta le m\u00eame, tandis que les moyens de pourvoir \u00e0 leurs besoins \u00e9taient en partie d\u00e9truits<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cons\u00e9quence : on fabrique du pauvre&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le nombre des pauvres s&rsquo;accrut donc outre mesure, et &Eacute;lisabeth, la fille de Henri VIII, frapp\u00e9e de l&rsquo;aspect repoussant des mis\u00e8res du peuple, songea \u00e0 substituer aux aum\u00f4nes que la suppression des couvents avait fort r\u00e9duites, une subvention annuelle, fournie par les communes<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Pas besoin de communisme, m\u00eame sacerdotal. Albion fabrique et contr\u00f4le son pauvre Made in England:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Une loi promulgu\u00e9e dans la quarante-troisi\u00e8me ann\u00e9e du r\u00e8gne de cette princesse dispose que dans chaque paroisse des inspecteurs des pauvres seront nomm\u00e9s ; que ces inspecteurs auront le droit de taxer les habitants \u00e0 l&rsquo;effet de nourrir les indigents infirmes, et de fournir du travail aux autres. A mesure que le temps avan\u00e7ait dans sa marche, l&rsquo;Angleterre \u00e9tait de plus en plus entra&icirc;n\u00e9e \u00e0 adopter le principe de la charit\u00e9 l\u00e9gale. Le paup\u00e9risme croissait plus rapidement dans la Grande-Bretagne que partout ailleurs<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Tocqueville rappelle aussi que la terre se concentre entre quelques mains (cf. l&rsquo;Ukraine ou la France en ce moment d&rsquo;extermination des paysans) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Il arrive depuis un si\u00e8cle, chez les Anglais, un \u00e9v\u00e9nement qu&rsquo;on peut consid\u00e9rer comme un ph\u00e9nom\u00e8ne, si l&rsquo;on fait attention au spectacle offert par le reste du monde. Depuis cent ans, la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re se divise sans cesse dans les pays connus; en Angleterre, elle s&rsquo;agglom\u00e8re sans cesse. Les terres de moyenne grandeur disparaissent dans les vastes domaines, la grande culture succ\u00e8de \u00e0 la petite.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Tocqueville rappelle qu&rsquo;il vaudrait mieux ne pas trop pousser tout le monde \u00e0 l&rsquo;oisivet\u00e9 :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Il y a pourtant deux motifs qui le portent au travail : le besoin de vivre, le d\u00e9sir d&rsquo;am\u00e9liorer les conditions de l&rsquo;existence. L&rsquo;exp\u00e9rience a prouv\u00e9 que la plupart des hommes ne pouvaient \u00eatre suffisamment excit\u00e9s au travail que par le premier de ces motifs, et que le second n&rsquo;\u00e9tait puissant que sur un petit nombre. Or un \u00e9tablissement charitable, ouvert indistinctement \u00e0 tous ceux qui sont dans le besoin, ou une loi qui donne \u00e0 tous les pauvres, quelle que soit l&rsquo;origine de la pauvret\u00e9, un droit au secours du public, affaiblit ou d\u00e9truit le premier stimulant et ne laisse intact que le second<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>R\u00e9sultats ? Avant la Ferme des Animaux donc, beaucoup de pauvres, surtout beaucoup de surveillants :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Les Anglais ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de placer des surveillants des pauvres dans chaque commune<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On cr\u00e9e une nouvelle classe, celle des assist\u00e9s :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Toute mesure qui fonde la charit\u00e9 l\u00e9gale sur une base permanente et qui lui donne une forme administrative cr\u00e9e donc une classe oisive et paresseuse, vivant aux d\u00e9pens de la classe industrielle et travaillante. C&rsquo;est l\u00e0, sinon son r\u00e9sultat imm\u00e9diat, du moins sa cons\u00e9quence in\u00e9vitable. Elle reproduit tous les vices du syst\u00e8me monacal, moins les hautes id\u00e9es de moralit\u00e9 et de religion qui souvent venaient s&rsquo;y joindre.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Un abaissement moral du pauvre et m\u00eame du riche trop tax\u00e9 (on le rassure : les ultra-riches ne le sont nulle part, tax\u00e9s) en d\u00e9coule :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Mais le droit qu&rsquo;a le pauvre d&rsquo;obtenir les secours de la soci\u00e9t\u00e9 a cela de particulier, qu&rsquo;au lieu d&rsquo;\u00e9lever le c&oelig;ur de l&rsquo;homme qui l&rsquo;exerce, il l&rsquo;abaisse. Le pauvre qui r\u00e9clame l&rsquo;aum\u00f4ne au nom de la loi est donc dans une position plus humiliante encore que l&rsquo;indigent qui la demande \u00e0 la piti\u00e9 de ses semblables au nom de celui qui voit d&rsquo;un m\u00eame &oelig;il et qui soumet \u00e0 d&rsquo;\u00e9gales lois le pauvre et le riche.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>La charit\u00e9 l\u00e9gale laisse subsister l&rsquo;aum\u00f4ne, mais elle lui \u00f4te sa moralit\u00e9. Le riche, que la loi d\u00e9pouille d&rsquo;une partie de son superflu sans le consulter, ne voit dans le pauvre qu&rsquo;un avide \u00e9tranger appel\u00e9 par le l\u00e9gislateur au partage de ses biens<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Aucune gratitude \u00e0 attendre (L\u00e9on Bloy a donc raison) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; Le pauvre, de son c\u00f4t\u00e9, ne sent aucune gratitude pour un bienfait qu&rsquo;on ne peut lui refuser et qui ne saurait d&rsquo;ailleurs le satisfaire ; car l&rsquo;aum\u00f4ne publique, qui assure la vie, ne la rend pas plus heureuse et plus ais\u00e9e que ne le ferait l&rsquo;aum\u00f4ne individuelle; la charit\u00e9 l\u00e9gale n&#8217;emp\u00eache donc point qu&rsquo;il n&rsquo;y ait dans la soci\u00e9t\u00e9 des pauvres et des riches, que les uns ne jettent autour d&rsquo;eux des regards pleins de haine et de crainte, que les autres ne songent \u00e0 leurs maux avec d\u00e9sespoir et avec envie. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Comme un implacable et m\u00e9chant lib\u00e9ral (mot qui ne veut rien dire depuis des si\u00e8cles) ou m\u00eame libertarien (voyez mon recueil), Tocqueville explique donc :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>J&rsquo;ai dit que le r\u00e9sultat in\u00e9vitable de la charit\u00e9 l\u00e9gale \u00e9tait de maintenir dans l&rsquo;oisivet\u00e9 le plus grand nombre des pauvres et d&rsquo;entretenir leurs loisirs aux d\u00e9pens de ceux qui travaillent<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Les sceptiques pourront relire Jack London et sa description des pauvres londoniens (sic) victimes non pas du capitalisme mais de la charit\u00e9 trop bien ordonn\u00e9e. Tocqueville \u00e9crit alors, comme un bon tao\u00efste chinois :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Si l&rsquo;oisivet\u00e9 dans la richesse, l&rsquo;oisivet\u00e9 h\u00e9r\u00e9ditaire, achet\u00e9e par des services ou des travaux, l&rsquo;oisivet\u00e9 entour\u00e9e de la consid\u00e9ration publique, accompagn\u00e9e du contentement d&rsquo;esprit, int\u00e9ress\u00e9e par les plaisirs de l&rsquo;intelligence, moralis\u00e9e par l&rsquo;exercice de la pens\u00e9e: si cette oisivet\u00e9, dis-je, a \u00e9t\u00e9 la m\u00e8re de tant de vices, que sera-ce d&rsquo;une oisivet\u00e9 d\u00e9grad\u00e9e acquise par la l\u00e2chet\u00e9, m\u00e9rit\u00e9e par l&rsquo;inconduite, dont on jouit au milieu de l&rsquo;ignominie et qui ne devient supportable qu&rsquo;\u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e2me de celui qui la souffre ach\u00e8ve de se corrompre et de se d\u00e9grader ? <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Et d&rsquo;observer l&rsquo;\u00e9tendue des d\u00e9g\u00e2ts :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Lisez tous les livres \u00e9crits en Angleterre sur le paup\u00e9risme ; \u00e9tudiez les enqu\u00eates ordonn\u00e9es par le Parlement britannique ; parcourez-les discussions qui ont eu lieu \u00e0 la Chambre les Lords et \u00e0 celle des communes sur cette difficile question ; une seule plainte retentira \u00e0 vos oreilles : on d\u00e9plore l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9gradation o&ugrave; sont tomb\u00e9es les classes inf\u00e9rieures de ce grand peuple ! Le nombre des enfants naturels augmente sans cesse, celui des criminels s&rsquo;accro&icirc;t rapidement ; la population indigente se d\u00e9veloppe outre mesure ; l&rsquo;esprit de pr\u00e9voyance et d&rsquo;\u00e9pargne se montre de plus en plus \u00e9tranger au pauvre ; tandis que dans le reste de la nation les lumi\u00e8res se r\u00e9pandent, les m&oelig;urs s&rsquo;adoucissent, les go&ucirc;ts deviennent plus d\u00e9licats, les habitudes plus polies, &#8211; lui, reste immobile, ou plut\u00f4t il r\u00e9trograde ; on dirait qu&rsquo;il recule vers la barbarie, et, plac\u00e9 au milieu des merveilles de la civilisation, il semble se rapprocher par ses id\u00e9es et par ses penchants de l&rsquo;homme sauvage<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Probl\u00e8me enfin : cette soci\u00e9t\u00e9 de charit\u00e9 promeut le contr\u00f4le et la SURVEILLANCE (remarquez, c&rsquo;est ce que fait la religion : Dieu t&rsquo;espionne, te contr\u00f4le, puis te juge, peut-\u00eatre avec Microsoft pour v\u00e9rifier l&rsquo;\u00e9tendue et le nombre de tes p\u00e9ch\u00e9s). Le pauvre n&rsquo;a donc plus le droit de quitter sa commune.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Or, comme dans un pays o&ugrave; la charit\u00e9 publique est organis\u00e9e, la charit\u00e9 individuelle est \u00e0 peu pr\u00e8s inconnue, il en r\u00e9sulte que celui que des malheurs ou des vices rendent incapable de gagner sa vie est condamn\u00e9, sous peine de mort, \u00e0 ne pas quitter le lieu o&ugrave; il est n\u00e9. S&rsquo;il s&rsquo;en \u00e9loigne, il ne marche qu&rsquo;en pays ennemi ; l&rsquo;int\u00e9r\u00eat individuel des communes, bien autrement puissant et bien plus actif que ne saurait l&rsquo;\u00eatre la police nationale la mieux organis\u00e9e, d\u00e9nonce son arriv\u00e9e, \u00e9pie ses d\u00e9marches, et s&rsquo;il veut se fixer dans un nouveau s\u00e9jour, le d\u00e9signe \u00e0 la force publique qui le ram\u00e8ne au lieu du d\u00e9part. Par leur l\u00e9gislation sur les pauvres, les Anglais ont immobilis\u00e9 un sixi\u00e8me de leur population. Ils l&rsquo;ont attach\u00e9 \u00e0 la terre comme l&rsquo;\u00e9taient les paysans du Moyen Age<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Tocqueville vaticine ensuite une apocalypse [bis : reprise] qui est toujours \u00e0 venir :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Mais je suis profond\u00e9ment convaincu que tout syst\u00e8me r\u00e9gulier, permanent, administratif, dont le but sera de pourvoir aux besoins du pauvre, fera na&icirc;tre plus de mis\u00e8res qu&rsquo;il n&rsquo;en peut gu\u00e9rir, d\u00e9pravera la population qu&rsquo;il veut secourir et consoler, r\u00e9duira avec le temps les riches \u00e0 n&rsquo;\u00eatre que les fermiers des pauvres, tarira les sources de l&rsquo;\u00e9pargne, arr\u00eatera l&rsquo;accumulation des capitaux, comprimera l&rsquo;essor du commerce, engourdira l&rsquo;activit\u00e9 et l&rsquo;industrie humaines et finira par amener une r\u00e9volution violente dans l&rsquo;&Eacute;tat, lorsque le nombre de ceux qui re\u00e7oivent l&rsquo;aum\u00f4ne sera devenu presque aussi grand que le nombre de ceux qui la donnent, et que l&rsquo;indigent ne pouvant plus tirer des riches appauvris de quoi pourvoir \u00e0 ses besoins trouvera plus facile de les d\u00e9pouiller tout \u00e0 coup de leurs biens que de demander leurs secours<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Conclusion :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Je ne dirai point que ce d\u00e9sir universel et immod\u00e9r\u00e9 des fonctions publiques est un grand mal social ; qu&rsquo;il d\u00e9truit, chez chaque citoyen, l&rsquo;esprit d&rsquo;ind\u00e9pendance, et r\u00e9pand dans tout le corps de la nation une humeur v\u00e9nale et servile ; qu&rsquo;il y \u00e9touffe les vertus viriles ; je ne ferai point observer non plus qu&rsquo;une industrie de cette esp\u00e8ce ne cr\u00e9e qu&rsquo;une activit\u00e9 improductive et agite le pays sans le f\u00e9conder : tout cela se comprend ais\u00e9ment. Mais je veux remarquer que le gouvernement qui favorise une semblable tendance risque sa tranquillit\u00e9 et met sa vie m\u00eame en grand p\u00e9ril<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On verra : le gouvernement travailliste est tr\u00e8s capable de mettre la vie du pauvre anglais en p\u00e9ril pour des raisons climatiques (sauver le climat en tuant le pauvre donc) tout en revendiquant et en provoquant l&rsquo;apocalypse nucl\u00e9aire avec la Russie ; comme disait Debord, &laquo; notre soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que trop patiente jusque-l\u00e0. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sources principales :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/lesakerfrancophone.fr\/le-syndrome-churchill-et-la...\">https:\/\/lesakerfrancophone.fr\/le-syndrome-churchill-et-la&#8230;<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Tocqueville-politiquement-incorrect...\">https:\/\/www.amazon.fr\/Tocqueville-politiquement-incorrect&#8230;<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/riac\/1986-n16-riac02301\/...\">https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/riac\/1986-n16-riac02301\/&#8230;<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/De_tocqueville_alexi...\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/De_tocqueville_alexi&#8230;<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/grands-auteurs-traditionnels-Contre...\">https:\/\/www.amazon.fr\/grands-auteurs-traditionnels-Contre&#8230;<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/danyves\/blog\/220117\/comment-tr...\">https:\/\/blogs.mediapart.fr\/danyves\/blog\/220117\/comment-tr&#8230;<\/a><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tocqueville et la prison anglaise Keir Starmer est certainement l&rsquo;homme le plus dangereux et fascisant du monde. En repensant au Prisonnier que je revois sans cesse je me dis que cette s\u00e9rie n&rsquo;\u00e9tait pas une parabole ou une all\u00e9gorie sur le fascisme-totalitarisme-stalinisme-qui-ont-toujours-bon-dos mais bel et bien un DOCUMENTAIRE sur l&rsquo;Angleterre travailliste des sixties, que rejoignait&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[4012,2640,10606,14301,11671,14055],"class_list":["post-81406","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-apocalypse","tag-bonnal","tag-comme","tag-dhabitude","tag-pauvrete","tag-starmer"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81406","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81406"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81406\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81406"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81406"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81406"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}