{"id":81412,"date":"2025-01-21T16:07:24","date_gmt":"2025-01-21T16:07:24","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/01\/21\/parvulesco-et-david-lynch-sur-le-cauchemar-us\/"},"modified":"2025-01-21T16:07:24","modified_gmt":"2025-01-21T16:07:24","slug":"parvulesco-et-david-lynch-sur-le-cauchemar-us","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/01\/21\/parvulesco-et-david-lynch-sur-le-cauchemar-us\/","title":{"rendered":"Parvulesco et David Lynch sur le cauchemar US"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Parvulesco et David Lynch sur le cauchemar US<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>David Lynch est mort et il ne tournait plus depuis dix-sept ans. Les larmes de crocodile des uns (dont Spielberg) ne doivent pas nous faire oublier l&rsquo;avarice des autres : qui a cess\u00e9 en effet de le financer, et sur quel ordre ? Ce n&rsquo;est certes pas parce que ses films ne rapportaient rien, malgr\u00e9 leur dimension de film-culte qui ne concernait qu&rsquo;une chapelle peu \u00e9clair\u00e9e. On a sciemment laiss\u00e9 crever son cin\u00e9ma. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 j&rsquo;ai assez fr\u00e9quent\u00e9 Kubrick pour savoir qu&rsquo;un long silence au cin\u00e9ma est parfois pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 une myriade d&rsquo;opus rat\u00e9s. Perte d&rsquo;inspiration, disent les idiots ? D&rsquo;autres savent qu&rsquo;il vaut mieux se taire et mirer l&rsquo;\u00e9cran blanc. Certains ma&icirc;tres d\u00e9p\u00e9rirent sous le nombre de leurs films sans inspiration : Godard, Resnais, Ridley Scot&hellip; Roule, torrent de l&rsquo;inutilit\u00e9, comme dit Montherlant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Imdb.com a dit un jour que les trois plus grands cin\u00e9astes \u00e9taient Hitchcock, Kubrick &ndash; j&rsquo;ai \u00e9crit sur les deux &ndash; et David Lynch, sur qui j&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire : je me demande en effet s&rsquo;il y a tant \u00e0 dire sur lui. Et comme en plus il y a selon moi du politiquement incorrect&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Soyons brefs et synth\u00e9tiques :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>-Lynch est le t\u00e9moin de la mont\u00e9e de l&rsquo;horreur dans les ann\u00e9es Kennedy-Johnson. Le bon vieux temps va \u00eatre remplac\u00e9, que MAGA pleure encore (l&rsquo;am\u00e9ricain est plus nostalgique que l&rsquo;apathique fronc\u00e9 qui a laiss\u00e9 son pays se d\u00e9zinguer sans r\u00e9agir, m\u00eame culturellement). Le pays se d\u00e9sint\u00e8gre sur tous les plans sous la pouss\u00e9e \u00e9tatique et migratoire (voyez entre autres Paul Johnson ou l&rsquo;excellent Jonah Goldberg sur le fascisme lib\u00e9ral). Ses personnages les plus c\u00e9l\u00e8bres, l&rsquo;homme-\u00e9l\u00e9phant et la t\u00eate \u00e0 effacer, montrent une horreur suinter, celle de la R\u00e9volution industrielle, puis de l&rsquo;\u00e9croulement de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine dans les ann\u00e9es soixante, dont tous les gens de droite ont parl\u00e9, et m\u00eame John Wayne dans sa fameuse interview dans Play boy. C&rsquo;est la fin de la race blanche (disons-le n&ucirc;ment), de sa famille, de ses traditions, l&rsquo;ouverture exotique des fronti\u00e8res entre autres voulue par les fr\u00e8res Kennedy (voyez l&rsquo;extraordinaire Alien nation de Peter Brimelow), la mont\u00e9e de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et de l&rsquo;orange m\u00e9canique (Vivian Kubrick soulag\u00e9e de quitter New York pour gagner la campagne anglaise, dixit Vincent Lo Brutto) : soci\u00e9t\u00e9 multiraciale, drogue, violence ultra, racaille toute-puissante, horreur des paysages urbains, tout ce que d\u00e9crit Kunstler dans sa Long Emergency. Aux cowboys vont succ\u00e9der des ob\u00e8ses ahuris de drogues autoris\u00e9es et de t\u00e9l\u00e9, cowboys enferm\u00e9s dans des territoires protocolaires autoroutiers interminables. C&rsquo;est la fin de la petite ville blonde de Jane Powell (Small Town Girl, une de mes com\u00e9dies musicales pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, voyez mon livre).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela pour se demander si le message clairement racial de Lynch (lui-m\u00eame officiellement partisan de Bernie Sanders, et comme il a raison sur certains plans !) a \u00e9t\u00e9 compris par l&rsquo;Ennemi, qui l&rsquo;aurait puni pour cela ? Cet homme tranquille th\u00e9oriquement de gauche d\u00e9livrait un message de blondeur, de nostalgie, parois optimiste (cf. le petit couple survivaliste de Nicholas Cage et la sublime Laura Dern), mais surtout nihiliste et pessimiste : rien ne va rester de l&rsquo;ordre ancien. Et comme nous perdons en m\u00eame la t\u00eate et la m\u00e9moire&hellip; Blue Velvet avec son oreille et non son temps retrouv\u00e9  d\u00e9crit cette atmosph\u00e8re de petite ville US sortie des films de Negulesco ou de Douglas Sirk, petite ville fragile si d\u00e9test\u00e9e par l&rsquo;\u00e9lite, qui va \u00eatre liquid\u00e9e par le Deep State et ses repr\u00e9sentants, ces \u00e9lites folles que d\u00e9nonce alors Christopher Lasch (mais aussi le fr\u00e8re de Paul Auster). Les \u00e9lites pr\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;exotisme \u00e0 plumes, comme l&rsquo;a rappel\u00e9 Gilles Chatelet dans Vivre et penser comme des porcs (livre presque d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Attali et Sorman&hellip;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La critique cannoise c\u00e9l\u00e9brait l&rsquo;atmosph\u00e8re de sexe hard, de lib\u00e9ration sexuelle, de drogue ou de d\u00e9rive sociale qui marquait les films de Lynch. Elle fut surprise (je me souviens de la r\u00e9action d&rsquo;Elizabeth Quin) par The Straight Story qui narre l&rsquo;aventure routi\u00e8re d&rsquo;un vieil homme, p\u00e8re d&rsquo;une fille handicap\u00e9e et soucieux d&rsquo;aller retrouver son fr\u00e8re sur sa tondeuse \u00e0 gazon (\u00e9loge de la lenteur !) \u00e0 quelques centaines de kilom\u00e8tres de l\u00e0. Cadre enchanteur, mais c&rsquo;\u00e9tait le Canada d&rsquo;avant Trudeau. Ici Lynch jetait un peu son masque et l&rsquo;insucc\u00e8s aupr\u00e8s d&rsquo;un public toujours plus h\u00e9b\u00e9t\u00e9 pr\u00e9cipita sa chute. Mulholland Drive qui se voulait un film sur une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9 fa\u00e7on Twin Peaks (belle peinture de la d\u00e9ch\u00e9ance US avec un casting de jeunes d&rsquo;une beaut\u00e9 sensationnelle et les plus beaux paysages du monde dans l&rsquo;Etat de Washington), s&rsquo;av\u00e9ra en fait et en d\u00e9finitive un &laquo;pilote&raquo; rat\u00e9 qui n&rsquo;int\u00e9ressa pas les t\u00e9l\u00e9s &ndash; comme les derniers Columbo qui d\u00e9crivaient tr\u00e8s bien et presque involontairement (donc excellemment) la d\u00e9ch\u00e9ance int\u00e9grale de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine sous les ann\u00e9es Bush et Clinton, nos mondialistes consacr\u00e9s. Le dernier film tourn\u00e9 en Bulgarie m \u00e9tait apparu comme insipide : je maintiens que le plus dur chez Lynch c&rsquo;est cette angoisse de la pellicule blanche qui frappe d&rsquo;autres petits ma&icirc;tres comme Jarmusch ou Payne (en France qu&rsquo;avons-nous avec notre cohorte de cin\u00e9astes subventionn\u00e9s par l&rsquo;Etat-PS ?) et cette fatigue de d\u00e9crire ou de refl\u00e9ter une r\u00e9alit\u00e9 qui ne cesse de dispara&icirc;tre, conform\u00e9ment aux pr\u00e9dictions de Debord dans les ann\u00e9es soixante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je termine par une citation de Jean Parvulesco dans Retour en Colchide (merci au fid\u00e8le lecteur Paul), livre o&ugrave; il parle \u00e9trangement de mon rapport avec un Grand Monarque, que j&rsquo;ai connu et qui n&rsquo;a pas re\u00e7u l&rsquo;accueil qu&rsquo;il m\u00e9ritait. Avec Parvulesco nous parlions souvent \u00e0 La Rotonde du jeune Godard (g\u00e9nie \u00e9blouissant c&rsquo;est certain) qu&rsquo;il avait inspir\u00e9, de Kubrick, de Hollywood (comme son texte sur ce grand incendie rituel et sacrificiel nous manquera !), et bien s&ucirc;r de Rohmer et de Schroeder. Jean r\u00e9agit tr\u00e8s fortement \u00e0 Eyes Wide Shut de Kubrick. Mais gr\u00e2ce \u00e0 mon lecteur Paul je trouve ces lignes sur le triomphe du satanisme dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine et occidentale, lignes inspir\u00e9es par Mulholland Drive :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; &hellip;Car ce film de David Lynch  est en r\u00e9alit\u00e9 le r\u00e9cit &#8211; la mise en sc\u00e8ne de sa propre d\u00e9sint\u00e9gration en marche et partant d&rsquo;une certaine d\u00e9sint\u00e9gration totale de ce monde, ramenant \u00e0 la superbe s\u00e9quence finale du basculement g\u00e9n\u00e9ral dans la d\u00e9mence collective totale co\u00efncidant d&rsquo;une mani\u00e8re sous-entendue avec une prise en possession d\u00e9finitive par les Enfers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En derni\u00e8re analyse, Mulholland Drive signifie et annonce l&rsquo;engagement peut-\u00eatre irr\u00e9versible de l&rsquo;actuelle soi-disant civilisation am\u00e9ricaine vers une conclusion infernale, vers la p\u00e9tition de plus en plus paroxystique de sa prise en main par les pouvoirs occultes des soubassements nocturnes de ce monde. Par leur glissement fatal sous la R\u00e9gence des T\u00e9n\u00e8bres. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il n&rsquo;y a rien \u00e0 ajouter. Le triomphe de Satan me semble \u00e9vident en France comme en Am\u00e9rique maintenant &ndash; et tr\u00e8s bien accept\u00e9. Je pense encore que si j&rsquo;\u00e9cris un bref livre sur Lynch j&rsquo;y inclurai un texte sur le cin\u00e9ma n\u00e9o-noir. Le cin\u00e9ma noir ou n\u00e9o-noir est ce qui permet de rentrer dans la graisse de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise et moderniste, de lui en extraire le lard. Le plus grand film en la mati\u00e8re, qui annonce Lynch, l&rsquo;incontournable reste Point Blank de John Boorman, qui narre la destruction de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine par le capitalisme modernis\u00e9 (voyez mon texte sur Robert Reich et les manipulateurs de symboles), entit\u00e9 qui adore d\u00e9vorer ses enfants inconscients.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parvulesco et David Lynch sur le cauchemar US David Lynch est mort et il ne tournait plus depuis dix-sept ans. Les larmes de crocodile des uns (dont Spielberg) ne doivent pas nous faire oublier l&rsquo;avarice des autres : qui a cess\u00e9 en effet de le financer, et sur quel ordre ? 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