{"id":81430,"date":"2025-02-04T06:34:48","date_gmt":"2025-02-04T06:34:48","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/02\/04\/flaubert-et-la-catastrophe-francaise-de-1870\/"},"modified":"2025-02-04T06:34:48","modified_gmt":"2025-02-04T06:34:48","slug":"flaubert-et-la-catastrophe-francaise-de-1870","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/02\/04\/flaubert-et-la-catastrophe-francaise-de-1870\/","title":{"rendered":"Flaubert et la catastrophe fran\u00e7aise de 1870"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Flaubert et la catastrophe fran\u00e7aise de 1870<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Je dirais que la correspondance de Flaubert est le plus grand livre du monde moderne, devant m\u00eame le Zarathoustra de Nietzsche,  et qu&rsquo;il est gratuit, \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger en plusieurs volumes sur le site Gallica de la biblioth\u00e8que nationale, dont on saluera le travail. Il y a des milliers de pages, alors perdez-vous y. Flaubert a compris le d\u00e9sastre imp\u00e9rial de Napol\u00e9on III, d\u00e9sastre m\u00e9taphysique et moral avant tout.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1853 il \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Louise Colet cette sentence d\u00e9finitive sur notre modernit\u00e9 d\u00e9sastreuse et notre pr\u00e9sent permanent :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em> &laquo; 89 a d\u00e9moli la royaut\u00e9 et la noblesse, 48 la bourgeoisie et 51 le peuple. Il n&rsquo;y a plus rien, qu&rsquo;une tourbe canaille et imb\u00e9cile. Nous sommes tous enfonc\u00e9s au m\u00eame niveau dans une m\u00e9diocrit\u00e9 commune. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ceci on a pu descendre plus bas, notamment en 1870, en 1940, en 1968, ou sous le bin\u00f4me Macron-Hollande. Comme dit un ami nomm\u00e9 Sylvain, et prof d&rsquo;informatique dans une fac priv\u00e9e am\u00e9ricaine (essayez, cela ouvre l&rsquo;esprit) : &laquo; en France quand on touche le fond on creuse encore &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais voyons 1870. J&rsquo;en ai parl\u00e9 citant Maxime du Camp  (qui souligne la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 fran\u00e7aise face au s\u00e9rieux prussien) ou Renan (qui vaticine une victoire russe apr\u00e8s celle allemande en Europe). 1870 ouvre la porte de la rapide d\u00e9cadence mat\u00e9rielle, morale et culturelle de la France, jadis mod\u00e8le et \u00e2me de cette Europe. La r\u00e9publique sera pire que l&#8217;empire, et le bilan de la troisi\u00e8me r\u00e9publique fut \u00e0 tous \u00e9gards d\u00e9sastreux, y compris sur le plan moral avec entre autres les crimes du colonialisme inutile.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>1870&hellip; L&rsquo;\u00e9poque est d\u00e9j\u00e0 assez nihiliste et Flaubert \u00e9crit du reste :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; On se paye de mots dans cette question de l&rsquo;immortalit\u00e9, car la question est de savoir si le moi persiste. L&rsquo;affirmative me para&icirc;t une outrecuidance de notre orgueil, une protestation de notre faiblesse contre l&rsquo;ordre \u00e9ternel. La mort n&rsquo;a peut-\u00eatre pas plus de secrets \u00e0 nous r\u00e9v\u00e9ler que la vie. Quelle ann\u00e9e de mal\u00e9diction! Il me semble que je suis perdu dans le d\u00e9sert. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;ann\u00e9e est mauvaise d\u00e9j\u00e0 en juin, et il le rappelle :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; Je ne suis pas plus gai que vous, car l&rsquo;ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9, pour moi, atroce. J&rsquo;ai enterr\u00e9 presque tous mes amis ou du moins les plus intimes. En voici la liste : Bouilhet, Sainte-Beuve, Jules de Goncourt, Duplan le secr\u00e9taire de Cernuschi, et ce n&rsquo;est pas tout. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Mais d\u00e9marrons. La guerre arrive, les esprits en France sont enflamm\u00e9s, et on cherche \u00e0 se prendre une \u00e9ni\u00e8me rouste. Le  22 juillet, Flaubert \u00e9crit \u00e0 George Sand :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; Que devenez-vous, ch\u00e8re ma&icirc;tre, vous et les v\u00f4tres ? Moi, je suis \u00e9c&oelig;ur\u00e9, navr\u00e9 par la b\u00eatise de mes compatriotes. L&rsquo;irr\u00e9m\u00e9diable barbarie de l&rsquo;humanit\u00e9 m&#8217;emplit d&rsquo;une tristesse noire. Cet enthousiasme, qui n&rsquo;a pour mobile, aucune id\u00e9e, me donne envie de crever pour ne plus le voir. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Les raisons :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; Le bon Fran\u00e7ais veut se battre 1&deg; parce qu&rsquo;il est jaloux de la Prusse; parce que l&rsquo;\u00e9tat naturel de l&rsquo;homme est la sauvagerie; 3&deg; parce que la guerre contient en soi un \u00e9l\u00e9ment mystique qui transporte les foules. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le trait de g\u00e9nie ensuite :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; En sommes-nous revenus aux guerres de races ? J&rsquo;en ai peur. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Apr\u00e8s notre artiste en remet une louche sur le bourgeois sartrien d&rsquo;alors :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; Le bourgeois d&rsquo;ici ne tient plus. Il trouve que la Prusse \u00e9tait trop insolente et veut &laquo; se venger &raquo;<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le 3 aout Flaubert revient sur ce bellicisme insens\u00e9 (cf. le &laquo; Fran\u00e7ais parfaitement enthousiaste &raquo; de Louis-Ferdinand C\u00e9line, avant la racl\u00e9e de juin 40) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Je vous assure qu&rsquo;ici on se ferait assommer si on s&rsquo;avisait de pr\u00eacher la paix. Quoi qu&rsquo;il advienne, nous sommes recul\u00e9s pour longtemps<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le g\u00e9nie ensuite. Flaubert insiste sur le racisme entre petits blancs :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Les guerres de races vont peut-\u00eatre recommencer. On verra, avant un si\u00e8cle, plusieurs millions d&rsquo;hommes s&rsquo;entre-tuer en une s\u00e9ance. Tout l&rsquo;orient contre toute l&rsquo;Europe, l&rsquo;ancien monde contre le nouveau. Pourquoi pas ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Mais il voit aussi dans cette grosse guerre une mal\u00e9diction li\u00e9e \u00e0 Suez (tiens, tiens&hellip;) et la grande industrie :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Les grands travaux collectifs comme l&rsquo;isthme de Suez sont peut-\u00eatre, sous une autre forme, des \u00e9bauches et des pr\u00e9parations dont nous n&rsquo;avons pas id\u00e9e<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>A cette \u00e9poque la France plonge vite dans la mis\u00e8re (et on nous fait le coup des cinq milliards pay\u00e9s rubis sur l&rsquo;ongle&hellip;) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La mis\u00e8re s&rsquo;annonce bien. Tout le monde est dans la g\u00eane, \u00e0 commencer par moi. Mais nous \u00e9tions peut-\u00eatre trop habitu\u00e9s au confortable et \u00e0 la tranquillit\u00e9.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Comme toujours Flaubert regrette un bon vieux temps qu&rsquo;il sait pourri pourtant :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Nous nous enfoncions dans la mati\u00e8re. Il faut revenir \u00e0 la grande tradition, ne plus tenir \u00e0 la vie, au bonheur, \u00e0 l&rsquo;argent, ni \u00e0 rien; \u00eatre ce qu&rsquo;\u00e9taient nos grands-p\u00e8res, des personnes l\u00e9g\u00e8res, gazeuses. Autrefois on passait sa vie \u00e0 crever de faim<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le 17 aout, encore \u00e0 George Sand :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Paris lundi et j&rsquo;en suis reparti mercredi. Je connais maintenant le fond du Parisien et j&rsquo;ai fait dans mon c&oelig;ur des excuses aux plus f\u00e9roces politiques de 1793. Maintenant, je les comprends. Quelle b\u00eatise quelle l\u00e2chet\u00e9, quelle ignorance, quelle pr\u00e9somption ! Mes compatriotes me donnent envie de vomir. Ils sont \u00e0 mettre dans le m\u00eame sac qu&rsquo;Isidore. Ce peuple m\u00e9rite peut-\u00eatre d&rsquo;\u00eatre ch\u00e2ti\u00e9, et j&rsquo;ai peur qu&rsquo;il le soit<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Et ce peuple a r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9t\u00e9 ch\u00e2ti\u00e9 et il s&rsquo;en moque \u00e0 chaque fois. C&rsquo;est ce qui fera de C\u00e9line le pacifiste enrag\u00e9 et le francophobe dont j&rsquo;ai parl\u00e9. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis Flaubert annonce notre \u00e8re ubuesque :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Voil\u00e0 o&ugrave; nous a conduits le suffrage universel, dieu nouveau que je trouve aussi b\u00eate que l&rsquo;ancien. N&rsquo;importe. Vous croyez qu&rsquo;il en sera d\u00e9mont\u00e9, le bon suffrage universel ? Pas du tout. Apr\u00e8s Isidore, nous aurons Pignouf 1er. Ce qui me d\u00e9sole dans cette guerre, c&rsquo;est que les Prussiens ont raison. A leur tour !  Puis \u00e0 celui des Russes !<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>D\u00e9ch\u00e9ance fran\u00e7aise mais aussi d\u00e9faite allemande en perspective :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Nous allons devenir une Pologne, puis une Espagne. Puis ce sera le tour de la Prusse, qui sera mang\u00e9e par la Russie. Quant \u00e0 moi, je me regarde comme un homme fini. Ma cervelle ne se r\u00e9tablira pas. On ne peut plus \u00e9crire quand on ne s&rsquo;estime plus. Je ne demande qu&rsquo;une chose, c&rsquo;est \u00e0 crever, pour \u00eatre tranquille. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>J&rsquo;ai cit\u00e9 dans mes chroniques cette grande envol\u00e9e de Renan, extraite d&rsquo;une lettre au c\u00e9l\u00e8bre historien allemand Mommsen :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le Slave, dans cinquante ans, saura que c&rsquo;est vous qui avait fait nom synonyme d&rsquo;esclave : il verra cette longue exploitation historique de sa race par la v\u00f4tre, et le nombre du Slave est le double du v\u00f4tre, et le Slave, comme le dragon de l&rsquo;Apocalypse dont la queue balaye la troisi\u00e8me partie des \u00e9toiles, tra&icirc;nera un jour apr\u00e8s lui le troupeau de l&rsquo;Asie centrale, l&rsquo;ancienne client\u00e8le des Gengis Khan et Tamerlan.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Flaubert voit la fin d&rsquo;un dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle heureux et l&rsquo;av\u00e8nement des mis\u00e8res modernes. Il voit un d\u00e9clin ontologique, comme Nietzsche un peu plus tard (lisez et relisez la deuxi\u00e8me consid\u00e9ration sur l&rsquo;histoire) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Nous sommes assaillis de pauvres. Ils commencent \u00e0 faire des menaces. Les patrouilles de ma milice commenceront la semaine prochaine, et je ne me sens pas dispos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;indulgence. Ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;affreux dans cette guerre, c&rsquo;est qu&rsquo;elle vous rend m\u00e9chant. J&rsquo;ai maintenant le c&oelig;ur sec comme un caillou et, quoi qu&rsquo;il advienne, on restera stupide. Nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 parler des Prussiens jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de notre vie<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>A Maxime du Camp, il \u00e9crit le 29 septembre :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ce qui me d\u00e9sole, c&rsquo;est l&rsquo;immense b\u00eatise dont nous serons accabl\u00e9s ensuite. Toute gentillesse, comme e&ucirc;t dit Montaigne, est perdue pour longtemps. Un monde nouveau va commencer. On \u00e9l\u00e8vera les enfants dans la haine du Prussien. Le militarisme et le positivisme le plus abject, voil\u00e0 notre lot d\u00e9sormais \u00e0 moins que, la poudre purifiant l&rsquo;air, nous ne sortions de l\u00e0, au contraire, plus forts et plus sains<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Pour \u00eatre honn\u00eate j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 Edmond Burke \u00e0 ce sujet, Burke et son &laquo; si\u00e8cle de philosophes, d&rsquo;\u00e9conomistes et de sophistes &raquo;, Burke et cette &laquo; chevalerie \u00e0 jamais en all\u00e9e &ndash; The age of chivalry is gone.&raquo;&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On parle beaucoup de d\u00e9ch\u00e9ance imp\u00e9riale am\u00e9ricaine; tout est bas\u00e9 sur du faux, du toc et de la dette marchant au simulacre (mille milliards pour Tesla&hellip;). Idem \u00e0 cette \u00e9poque pour l&#8217;empire bonapartiste :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Oui, mon vieux, tu as raison. Nous payons maintenant le long mensonge o&ugrave; nous avons v\u00e9cu, car tout \u00e9tait faux, fausse arm\u00e9e, fausse politique, fausse litt\u00e9rature, faux cr\u00e9dit et m\u00eames fausses courtisanes. Dire la v\u00e9rit\u00e9 c&rsquo;\u00e9tait \u00eatre immoral<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La r\u00e9publique arrive avec Gambetta et ses cassages de jambe (Bernanos), et on se doute que Flaubert, malgr\u00e9 Sand, ne s&rsquo;en contente pas. Il \u00e9crit \u00e0 sa ni\u00e8ce Caroline, celle qui le ruinera:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La R\u00e9publique me para&icirc;t d\u00e9passer l&rsquo;Empire en b\u00eatise. On parle toujours des arm\u00e9es du Centre et on ne les voit pas. On prom\u00e8ne les soldats d&rsquo;une province \u00e0 l&rsquo;autre, voil\u00e0 tout<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il voit un monde nouveau na&icirc;tre, bien plus nul que l&rsquo;ancien, celui du r\u00e8gne de la quantit\u00e9 et de la m\u00e9diocrit\u00e9 qui finit sous nos yeux en ce moment. A mon avis, et je l&rsquo;ai prouv\u00e9, Chateaubriand a parfaitement trait\u00e9 cette question dans la conclusion des M\u00e9moires d&rsquo;Outre-tombe. Mais  notre g\u00e9nial Flaubert ajoute que la prochaine guerre sera mondiale :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Quoi qu&rsquo;il advienne, le monde auquel j&rsquo;appartenais a v\u00e9cu. Les Latins sont finis maintenant c&rsquo;est au tour des Saxons, qui seront d\u00e9vor\u00e9s par les Slaves. Ainsi de suite. Nous aurons pour consolation, avant cinq ou six ans, de voir l&rsquo;Europe en feu; elle sera \u00e0 nos genoux, nous priant de nous unir avec elle contre la Prusse<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il annonce la guerre civile de la Commune :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Dans un mois tout sera fini, c&rsquo;est-\u00e0-dire le premier acte du drame sera fini, le second sera la guerre civile<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>A George Sand il \u00e9crit encore :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Paris finira par \u00eatre affam\u00e9 et on ne lui porte aucun secours. Les b\u00eatises de la R\u00e9publique d\u00e9passent celles de l&rsquo;Empire. Se joue-t-il en dessous quelque abominable com\u00e9die ? Pourquoi tant d&rsquo;inaction ? <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il voit pulluler les pauvres partout, dont on ne me parla jamais au cours des humanit\u00e9s pourtant pouss\u00e9es :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; Nous n&rsquo;avons eu mardi dernier que trois cents pauvres environ. Que sera-ce cet hiver ? Quelle abominable catastrophe et pourquoi ? dans quel but ? au profit de qui ? Quel sot et m\u00e9chant animal que l&rsquo;homme et comme c&rsquo;est triste de vivre \u00e0 des \u00e9poques pareilles. Nous passons par des situations que nous estimions impossibles, par des angoisses qu&rsquo;on avait au Ve si\u00e8cle, quand les Barbares descendaient en Italie<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il semble que jamais fatigu\u00e9s, nous allions vers de nouveaux d\u00e9sastres gr\u00e2ce au virus et au reste !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes d&rsquo;accord sur le reste. Un monde laid et b\u00eate va na&icirc;tre, qui va du reste d\u00e9truire le g\u00e9nie allemand si flamboyant sous Napol\u00e9on &ndash; voyez mes textes \u00e0 ce sujet, d\u00e9di\u00e9s \u00e0 Robert Steuckers, et publi\u00e9s dans le recueil sur Gu\u00e9non et les gilets jaunes) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>J&rsquo;ai le sentiment de la fin d&rsquo;un monde. Quoi qu&rsquo;il advienne, tout ce que j&rsquo;aimais est perdu. Nous allons tomber, quand la guerre sera finie, dans un ordre de choses ex\u00e9crable pour les gens de go&ucirc;t. Je suis encore plus \u00e9c&oelig;ur\u00e9 par la b\u00eatise de cette guerre que par ses horreurs<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>A Claudius Popelin, Flaubert \u00e9crit le 28 octobre dans une tonalit\u00e9 presque gu\u00e9nonienne :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Je suis convaincu que nous entrons dans un monde hideux o&ugrave; les gens comme nous n&rsquo;aurons plus leur raison d&rsquo;\u00eatre. On sera utilitaire et militaire, \u00e9conome, petit, pauvre, abject. La vie est en soi quelque chose de si triste, qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas supportable sans de grands all\u00e9gements. Que sera-ce donc quand elle va \u00eatre froide et d\u00e9nud\u00e9e. Le Paris que nous avons aim\u00e9 n&rsquo;existera plus<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il r\u00eave d&rsquo;un ailleurs, souvent b\u00e9douin d&rsquo;ailleurs :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Mon r\u00eave est de m&rsquo;en aller vivre ailleurs qu&rsquo;en France, dans un pays o&ugrave; l&rsquo;on ne soit pas oblig\u00e9 d&rsquo;\u00eatre citoyen, d&rsquo;entendre le tambour, de voter, de faire partie d&rsquo;une commission ou d&rsquo;un jury. Pouah ! Pouah !<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Je ne d\u00e9sesp\u00e8re pas de l&rsquo;humanit\u00e9, mais je crois que notre race est finie (cf. notre texte sur Drumont et la France glacaire). C&rsquo;en est assez pour \u00eatre triste. Si j&rsquo;avais vingt ans de moins je reprendrais courage. Et si j&rsquo;avais vingt ans de plus, je me r\u00e9signerais<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il sent le retour du refoul\u00e9 catholique, celui qui va amener des P\u00e9guy et justement exasp\u00e9rer quelques ann\u00e9es plus tard des g\u00e9nies comme Bloy, Drumont ou Bernanos :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>En fait de r\u00e9signation, je vous pr\u00e9dis ceci : la France va devenir tr\u00e8s catholique. Le malheur rend les faibles d\u00e9vots et tout le monde, maintenant, est faible. La guerre de Prusse est la fin, la cl\u00f4ture de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Oui mais elle va aussi devenir tr\u00e8s la\u00efque la France r\u00e9publicaine&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il insiste &ndash; et il a raison, car la b\u00eatise catho ou am\u00e9ricaine est toujours d&rsquo;actualit\u00e9 avec Trump ou ce pape :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Je meurs de chagrin, voil\u00e0 le vrai, et les consolations m&rsquo;irritent. Ce qui me navre, c&rsquo;est la f\u00e9rocit\u00e9 des hommes; la conviction que nous allons entrer dans une \u00e8re stupide. On sera utilitaire, militaire, am\u00e9ricaine et catholique, tr\u00e8s catholique<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Soumission, institution, go&ucirc;t de la croisade et du sacrifice&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et puis il voit que l&rsquo;Europe va entrer, via les revanchards Fran\u00e7ais, dans un si\u00e8cle de guerres :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; &hellip;<em>ces civilis\u00e9s sauvages me font plus horreur que les cannibales. Et tout le monde va les imiter, va \u00eatre soldat. La Russie en a maintenant quatre millions. Toute l&rsquo;Europe portera l&rsquo;uniforme. Si nous prenons notre revanche, elle sera ultra-f\u00e9roce, et notez qu&rsquo;on ne va penser qu&rsquo;\u00e0 cela, \u00e0 se venger de l&rsquo;Allemagne ; Le gouvernement, quel qu&rsquo;il soit, ne pourra se maintenir qu&rsquo;en sp\u00e9culant sur cette passion. Le meurtre en grand va \u00eatre le but de tous nos efforts<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/nicolasbonnal.wordpress.com\/\">Nicolas Bonnal<\/a> sur <a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Nicolas-Bonnal\/e\/B001K7A4X0\">Amazon.fr<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; C\u00e9line, le pacifiste enrag\u00e9 ; Gu\u00e9non, Bernanos et les gilets jaunes ; chroniques sur a fin de l&rsquo;histoire<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Flaubert &ndash; Correspondance, Gallica BNF, 1859-1871<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Flaubert et la catastrophe fran\u00e7aise de 1870 Je dirais que la correspondance de Flaubert est le plus grand livre du monde moderne, devant m\u00eame le Zarathoustra de Nietzsche, et qu&rsquo;il est gratuit, \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger en plusieurs volumes sur le site Gallica de la biblioth\u00e8que nationale, dont on saluera le travail. Il y a des milliers&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2640,2651,14331,2645,14332,4310],"class_list":["post-81430","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bonnal","tag-du","tag-franco-prussienne","tag-guerre","tag-malediction","tag-progres"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81430","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81430"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81430\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81430"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81430"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81430"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}