{"id":81486,"date":"2025-03-17T20:55:50","date_gmt":"2025-03-17T20:55:50","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/03\/17\/spengler-et-lukraine\/"},"modified":"2025-03-17T20:55:50","modified_gmt":"2025-03-17T20:55:50","slug":"spengler-et-lukraine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/03\/17\/spengler-et-lukraine\/","title":{"rendered":"Spengler et l&rsquo;Ukraine"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Spengler et l&rsquo;Ukraine<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; De plus en plus se r\u00e9pand la perception que la guerre en Ukraine, \u00ab\u00a0<strong>c&rsquo;est bien plus que la guerre en Ukraine<\/strong>\u00ab\u00a0. &bull; Voici la vision du philosophe et historien Constantin von Hoffmeister (&laquo; <em>Le conflit en Ukraine ne concerne pas l&rsquo;Ukraine&#8230; <\/em>&raquo;), qui d\u00e9veloppe un argument qui n&rsquo;est pas nouveau en convoquant Spengler, mais qui nous convainc ais\u00e9ment, &ndash; convertis pr\u00each\u00e9s, &ndash; <strong>de la puissance et de l&rsquo;importance fantastiques au niveau spirituel de la crise que nous vivons<\/strong>. &bull; L\u00e0-dessus, les envol\u00e9es vides et pompeuses de Zelenski et de Macron sombrent dans l&rsquo;insignifiance qui convient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>__________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>17 mars 2025 (20H50) &ndash; On le dit et on le redit, et on ne le dira jamais assez : le conflit en Ukraine et ses dives effets et cons\u00e9quences oppose deux perceptions, voire m\u00eame deux psychologies. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles est sp\u00e9cifiquement occidentale et fonde le supr\u00e9macisme occidental ; et, dans la phase actuelle une partie importante des occidentaux poussent cette psychologie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, &ndash; ce que nous nommons du terme de \u00ab\u00a0simulacre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=mfehoQ_qVgk\">Rob Dreher<\/a>, philosophe primordialiste (et <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/chronique-dune-transmutation\">ami de JD Vance<\/a>), explique <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=nIqkpCkmC0w&#038;t=118s\">\u00e0 ce propos<\/a>, en pr\u00e9sentant son livre &lsquo;<em>Comment retrouver le go&ucirc;t de Dieu dans un monde qui l&rsquo;a chass\u00e9<\/em>&lsquo;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;  <em>Des recherches r\u00e9centes en psychiatrie, notamment aux USA, ont montr\u00e9 que notre fa\u00e7on de percevoir la r\u00e9alit\u00e9 est conditionn\u00e9e par les pr\u00e9suppos\u00e9s de notre civilisation sp\u00e9cifiquement occidentale. En  dehors de l&rsquo;Occident, les soci\u00e9t\u00e9s ont une capacit\u00e9 beaucoup plus forte de percevoir les r\u00e9alit\u00e9s spirituelles. Je pose la question \u00e0 mes lecteurs : est-il possible que nous, Occidentaux, ayons tort ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Bien entendu, ces deux psychologies s&rsquo;affrontent en Ukraine, faisant de ce conflit bien plus que ce qu&rsquo;il est, mais un conflit psychologique et civilisationnel dans un monde en pleine <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a>. Constater cela n&rsquo;est plus tr\u00e8s original aujourd&rsquo;hui, mais le r\u00e9p\u00e9ter, l&rsquo;expliciter, l&rsquo;appr\u00e9cier et le mesurer contribuent \u00e0 renforcer la cr\u00e9dibilit\u00e9 de cette situation et, nous semble-t-il, la validit\u00e9 de plus en plus \u00e9clatante de l&rsquo;attitude oppos\u00e9e au supr\u00e9macisme occidental. Ce trait supr\u00e9maciste de la psychologie occidentale n&rsquo;est ni blanc ni d&rsquo;aucune couleur, \u00e9ventuellement il serait \u00e0 la base nettement anglo-saxon ; mais ses racines tendent de plus en plus \u00e0 se diluer du fait des querelles internes et des grands changements qui l&rsquo;agitent, &ndash; \u00e0 commencer par Trump et les USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Aujourd&rsquo;hui en Ukraine<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ces consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales, finalement se refl\u00e8tent dans l&rsquo;extr\u00eame confusion de la situation ukrainienne et de l&rsquo;\u00e9volution ultra-rapide des relations USA-Russie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; En Ukraine m\u00eame, se poursuit l&rsquo;avanc\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des forces russes, avec notamment ce probl\u00e8me de l&rsquo;encerclement d&rsquo;un tr\u00e8s gros contingent de soldats ukrainiens, plus ou moins 5 000, dans les derni\u00e8res positions ukrainiennes sur territoire russe. La nouveaut\u00e9 se trouve plut\u00f4t du point de vue de l&rsquo;aggravation de la situation \u00e0 Kiev m\u00eame, et de l&rsquo;extr\u00eame et constante fragilisation d&rsquo;un Zelenski totalement enferm\u00e9 dans son narcissisme fantasm\u00e9 et dans son addiction aux divers opio\u00efdes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Entre Trump et Poutine, la partie se poursuit, \u00e0 notre avis plut\u00f4t en affichant une certaine concurrence mais s&rsquo;appuyant sur une complicit\u00e9 objective dans le but d&rsquo;en finir le plus vite possible sans qu&rsquo;aucun d&rsquo;eux ne perde la face ni ne prot\u00e8ge ses int\u00e9r\u00eats avec la plus extr\u00eame fermet\u00e9 (surtout le cas des Russes).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &#8230; Il est vrai que chacun et m\u00eame tous pensent au fond d&rsquo;eux-m\u00eames que, comme dit notre auteur ci-apr\u00e8s,<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le conflit en Ukraine ne concerne pas l&rsquo;Ukraine&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Cette guerre ne concerne pas l&rsquo;Ukraine&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>On change de contexte<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Par cons\u00e9quent, la confusion ne manque pas d&rsquo;une r\u00e9elle et forte logique interne qui parcourt cette crise ukrainienne pour en faire autre chose que ce qu&rsquo;elle para&icirc;t \u00eatre, notamment aux nombreux et vaillants journalistes des plateaux maquill\u00e9s et de la presseSyst\u00e8me<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout le monde sent bien, si l&rsquo;on ne comprend explicitement, que la partie est tr\u00e8s largement pass\u00e9e \u00e0 un palier largement sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;Ukraine. C&rsquo;est l\u00e0 que nous en venons au texte que nous pr\u00e9sentons ci-dessous, d&rsquo;un auteur que nous avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9, Constantin von Hoffmeister, commentateur allemand de politique et de haute culture, auteur du nouveau livre &lsquo;<em><a href=\"https:\/\/www.amazon.com\/dp\/1917646070\" target=\"_blank\">Multipolarity<\/a><\/em>&lsquo;, et \u00e9diteur-en-chef de Arktos Publishing.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans <a href=\"https:\/\/www.rt.com\/news\/614311-west-russia-simulation-reality\/\">son article<\/a>, von Hoffmeister hausse \u00e9videmment le cadre de l&rsquo;analyse en se r\u00e9f\u00e9rant au philosophe de l&rsquo;histoire Oswald Spengler. Son analyse choisit alors une repr\u00e9sentation symbolique qu&rsquo;on retrouve chez nombre de philosophes antimodernes allemands du temps (Heidegger, Anders, etc.) : opposer la spiritualit\u00e9 sous quelque forme que ce soit (l&rsquo;histoire pour Spengler) \u00e0 la technique dans son sens le plus vaste (la technologie pour Spengler selon von Hoffmeister), &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire la m\u00e9canisation du monde et par cons\u00e9quent la m\u00e9canisation de cet homme-moderne qui a cru qu&rsquo;il dominerait le monde en le m\u00e9canisant. C&rsquo;est cet affrontement  qui est en cours en Ukraine.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le conflit en Ukraine ne concerne pas l&rsquo;Ukraine. Il s&rsquo;agit de la derni\u00e8re tentative d\u00e9lirante de l&rsquo;Occident pour exercer un contr\u00f4le sur un monde qui n&rsquo;en a plus besoin. L&rsquo;Occident, perdu dans le labyrinthe de son propre cauchemar technocratique, se d\u00e9bat comme une b\u00eate agonisante, m\u00e9canis\u00e9e et aveugle. Le philosophe historique allemand Oswald Spengler (1880-1936), dans \u00ab\u00a0L&rsquo;Homme et la technique\u00a0\u00bb (1931), a d\u00e9crit la chute ultime de la civilisation faustienne, o&ugrave; la technologie, autrefois extension de la culture organique, devient une cage de fer, emprisonnant ses cr\u00e9ateurs dans un monde qu&rsquo;ils ne comprennent plus. La r\u00e9ponse occidentale \u00e0 l&rsquo;Ukraine est pr\u00e9cis\u00e9ment la suivante : drones, sanctions, r\u00e9cits m\u00e9diatiques fabriqu\u00e9s en temps r\u00e9el, illusion de toute-puissance entretenue par des algorithmes et intelligence artificielle. Mais la r\u00e9alit\u00e9 lui \u00e9chappe. Plus l&rsquo;Occident se m\u00e9canise, plus il perd sa capacit\u00e9 \u00e0 percevoir les cultures vivantes et dynamiques qu&rsquo;il cherche \u00e0 contr\u00f4ler<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Bien entendu, toute l&rsquo;interpr\u00e9tation symbolique, qui est magnifiquement construite et d\u00e9crite, est pr\u00e9sente dans l&rsquo;opposition qu&rsquo;on per\u00e7oit entre l&rsquo;Occident (l'\u00a0\u00bbOccident collectif\u00a0\u00bb de plus en plus r\u00e9duit, de plus en plus dispers\u00e9) et la Russie. C&rsquo;est une position intuitive qui caract\u00e9rise la Russie, une  opposition induite par l&rsquo;exp\u00e9rience historique et la vigueur des racines civilisationnelle. Les Russes ne sont pas moins brillants que les Occidentaux dans le domaine des technologies (celles de l&rsquo;armement, de l&rsquo;\u00e9lectronique de combat, par exemple), mais il y a quelque chose en eux qui, &ndash; dans tous les cas jusqu&rsquo;ici, &ndash; les pr\u00e9vient contre toute soumission \u00e0 cette force terrible, qui pr\u00e9serve en eux les aspects fondamentaux de l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Cette guerre ne concerne pas l&rsquo;Ukraine. Elle ne l&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9. Il s&rsquo;agit de la lutte finale entre la technique et l&rsquo;histoire, entre la machine et l&rsquo;\u00e2me. Et \u00e0 la fin, la machine \u00e9chouera. Spengler l&rsquo;a vu. Nous le voyons maintenant. Et la Russie, quelle qu&rsquo;elle soit, le comprend mieux que l&rsquo;Occident ne le comprendra jamais<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il est int\u00e9ressant, ou plut\u00f4t encourageant, de voir combien cette sorte de textes devient aujourd&rsquo;hui de plus en plus courant, de plus en plus acceptable par obligation du poids de la force de pens\u00e9e qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent, &ndash; face \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec tonitruant des certitudes modernistes qui dominent le monde comme on l&rsquo;\u00e9crase, mais d&rsquo;une mati\u00e8re de plus en plus vermoulue, pourrie, en processus tr\u00e8s rap&icirc;de de d\u00e9composition. &Eacute;crire cela n&rsquo;est pas prendre parti, c&rsquo;est simplement rendre gr\u00e2ce \u00e0 la dignit\u00e9 de ce qu&rsquo;il reste de respectable dans l&rsquo;homme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>F\u00e9licitons-nous ! Car, &ndash; bref, &ndash; \u00e9crire cela c&rsquo;est faire  preuve d&rsquo;un pessimisme plein d&rsquo;esp\u00e9rance alors qu&rsquo;il semblerait bien que nous n&rsquo;arrivions pas \u00e0 compl\u00e8tement nous d\u00e9truire nous-m\u00eame malgr\u00e9 notre d\u00e9sir forcen\u00e9 d&rsquo;autodestruction.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Simulacre (l&rsquo;Ouest) contre r\u00e9alit\u00e9 (Russie)<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le conflit en Ukraine ne concerne pas l&rsquo;Ukraine. Il s&rsquo;agit de la derni\u00e8re tentative d\u00e9lirante de l&rsquo;Occident pour exercer un contr\u00f4le sur un monde qui n&rsquo;en a plus besoin. L&rsquo;Occident, perdu dans le labyrinthe de son propre cauchemar technocratique, se d\u00e9bat comme une b\u00eate agonisante, m\u00e9canis\u00e9e et aveugle. Le philosophe historique allemand Oswald Spengler (1880-1936), dans &laquo; L&rsquo;Homme et la technique &raquo; (1931), a d\u00e9crit la chute ultime de la civilisation faustienne, o&ugrave; la technologie, autrefois extension de la culture organique, devient une cage de fer, emprisonnant ses cr\u00e9ateurs dans un monde qu&rsquo;ils ne comprennent plus. La r\u00e9ponse occidentale \u00e0 l&rsquo;Ukraine est pr\u00e9cis\u00e9ment la suivante : drones, sanctions, r\u00e9cits m\u00e9diatiques fabriqu\u00e9s en temps r\u00e9el, illusion de toute-puissance entretenue par des algorithmes et intelligence artificielle. Mais la r\u00e9alit\u00e9 lui \u00e9chappe. Plus l&rsquo;Occident se m\u00e9canise, plus il perd sa capacit\u00e9 \u00e0 percevoir les cultures vivantes et dynamiques qu&rsquo;il cherche \u00e0 contr\u00f4ler.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un cessez-le-feu ? Une n\u00e9gociation ? L&rsquo;Occident les propose comme un bureaucrate proposant un nouveau code des imp\u00f4ts, comme si la guerre \u00e9tait une feuille de calcul adaptable \u00e0 des projections trimestrielles. Les \u00e9missaires du pr\u00e9sident am\u00e9ricain Donald Trump rencontrent des responsables russes, non pas parce qu&rsquo;ils croient en la paix, mais parce que la vieille Am\u00e9rique &ndash; son Am\u00e9rique &ndash; a pressenti le changement. Un ordre mondial de puissance brute remplace le r\u00eave occidental d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie num\u00e9rique, et la Russie, la Chine et une histoire mill\u00e9naire s&rsquo;y opposent. Spengler l&rsquo;avait vu venir : les machines prendraient le dessus sur l&rsquo;\u00e2me, et l&rsquo;Occident deviendrait incapable de pens\u00e9e organique. C&rsquo;est pourquoi ils ne peuvent comprendre la Russie &ndash; non pas par manque d&rsquo;intelligence, mais parce que leur intelligence a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 un processus algorithmique, d\u00e9pourvu de profondeur culturelle. L&rsquo;Occident pense comme une machine, et la Russie, toujours une cr\u00e9ature de l&rsquo;histoire, pense comme un empire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le pr\u00e9sident russe Vladimir Poutine rejette l&rsquo;offre de cessez-le-feu car il sait qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un mirage. Il parle de causes profondes, d&rsquo;histoire, d&rsquo;un monde qui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 des transactions et des man&oelig;uvres diplomatiques. L&rsquo;Occident recule d&rsquo;horreur. C&rsquo;est l\u00e0 la diff\u00e9rence fondamentale : la Russie comprend encore ce que signifie la guerre, tandis que l&rsquo;Occident ne voit qu&rsquo;un flux incessant de donn\u00e9es sur les victimes, les livraisons d&rsquo;armes et les objectifs strat\u00e9giques. Spengler appelait cela le tournant tragique de la civilisation faustienne : l&rsquo;homme, ayant cr\u00e9\u00e9 ses machines, ne les contr\u00f4le plus. L&rsquo;Occident ne fait pas la guerre pour le pouvoir ou le territoire, mais pour maintenir l&rsquo;illusion qu&rsquo;il d\u00e9tient toujours le contr\u00f4le. La guerre comme processus. La guerre comme algorithme. L&rsquo;objectif final n&rsquo;est jamais la victoire, seulement la gestion perp\u00e9tuelle des crises.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pendant ce temps, les technocrates financiers du G7 inventent 50 milliards de dollars de toutes pi\u00e8ces, exploitant les int\u00e9r\u00eats des avoirs gel\u00e9s de la Russie, un tour de passe-passe que Spengler verrait comme l&rsquo;\u00e9tape ultime du d\u00e9clin occidental : la manipulation \u00e9conomique remplace la production r\u00e9elle, la richesse artificielle remplace la v\u00e9ritable force culturelle. L&rsquo;Occident ne construit plus. Il se contente d&rsquo;extraire, de redistribuer et de sanctionner, esp\u00e9rant que les rouages de la finance mondiale remplaceront l&rsquo;\u00e9lan naturel d&rsquo;une civilisation naissante. La Russie, au contraire, revient aux anciennes m\u00e9thodes : industrie, puissance militaire, autonomie. La diff\u00e9rence est flagrante. Une civilisation s&#8217;embourbe dans ses propres tours du chapeau m\u00e9caniques, tandis que l&rsquo;autre revient \u00e0 la logique fondamentale de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Spengler voyait la technologie \u00e0 la fois comme la grande r\u00e9ussite et la ruine finale de l&rsquo;Occident. Initialement outil, prolongement de la volont\u00e9 humaine, elle se retourne contre ses cr\u00e9ateurs, les r\u00e9duisant \u00e0 de simples composants d&rsquo;un syst\u00e8me qui ne leur sert plus. L&rsquo;obsession de l&rsquo;Occident pour les sanctions, la surveillance et le contr\u00f4le narratif n&rsquo;est pas une expression de puissance. C&rsquo;est un signe de faiblesse. Les v\u00e9ritables civilisations imp\u00e9riales n&rsquo;ont pas besoin de microg\u00e9rer le monde ; elles le fa\u00e7onnent par leur seule volont\u00e9. C&rsquo;est pourquoi Trump, malgr\u00e9 ses d\u00e9fauts, repr\u00e9sente la seule v\u00e9ritable possibilit\u00e9 de renaissance occidentale. Il rejette l&rsquo;\u00e9thique manag\u00e9riale. Il comprend le pouvoir d&rsquo;instinct, comme les dirigeants d&rsquo;autrefois. La nouvelle r\u00e9volution conservatrice am\u00e9ricaine n&rsquo;est pas une question d&rsquo;id\u00e9ologie. Il s&rsquo;agit de reprendre le contr\u00f4le de la machine. Et pourtant, l&rsquo;appareil m\u00e9diatique, organisme monstrueux n\u00e9 de la technique, poursuit sa marche inexorable, fa\u00e7onnant la r\u00e9alit\u00e9 par la distorsion. Spengler \u00e9crivait que la presse, aux derniers stades de la civilisation occidentale, cesse d&rsquo;informer et dicte plut\u00f4t ce qu&rsquo;il faut croire. L&rsquo;Ukraine est r\u00e9duite \u00e0 un champ de bataille symbolique dans ce grand r\u00e9cit. La Russie est le m\u00e9chant, car le syst\u00e8me a besoin d&rsquo;un m\u00e9chant. La v\u00e9rit\u00e9 importe peu. Les gros titres sont \u00e9crits avant que les \u00e9v\u00e9nements ne se produisent. La guerre existe moins comme une lutte physique que comme un spectacle m\u00e9diatique, un rituel grotesque dans lequel les dirigeants occidentaux jouent les guerriers tout en veillant \u00e0 rester loin des cons\u00e9quences de leurs actes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais tandis que l&rsquo;Occident est prisonnier de sa simulation, la Russie op\u00e8re dans le r\u00e9el. Le champ de bataille n&rsquo;est pas une m\u00e9taphore. C&rsquo;est un lieu o&ugrave; les hommes tuent et meurent. Spengler a averti que les civilisations de la phase avanc\u00e9e deviendraient incapables de v\u00e9ritable guerre &ndash; elles s&rsquo;engageraient dans des conflits, mais uniquement comme des exercices technocratiques, d\u00e9pourvus de la lutte existentielle profonde qui a d\u00e9fini les grandes guerres de l&rsquo;histoire. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;Occident ne peut pas gagner en Ukraine. Il combat en tant qu&rsquo;entit\u00e9 bureaucratique, et non en tant que peuple. Et la Russie, malgr\u00e9 tous ses d\u00e9fauts, combat en tant que peuple. La diff\u00e9rence est essentielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous voici donc, \u00e0 assister \u00e0 la fin d&rsquo;une \u00e9poque. Les techniques de l&rsquo;Occident ne peuvent la sauver. Plus il s&rsquo;appuie sur la technologie, plus il s&rsquo;affaiblit. Les technocrates occidentaux croient guider l&rsquo;histoire, mais l&rsquo;histoire leur \u00e9chappe. L&rsquo;Ukraine n&rsquo;est qu&rsquo;un chapitre d&rsquo;une histoire bien plus vaste &ndash; celle du retour de l&rsquo;ancien monde, de l&#8217;empire reprenant sa place sur l&rsquo;&Eacute;tat manag\u00e9rial. Et Trump ? Il n&rsquo;est pas la solution, mais il en est un sympt\u00f4me. Un signe que, quelque part, enfoui sous les couches de bureaucratie et de papier peint num\u00e9rique, l&rsquo;Occident se souvient encore de ce qu&rsquo;est la puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette guerre ne concerne pas l&rsquo;Ukraine. Elle ne l&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9. Il s&rsquo;agit de la lutte finale entre la technique et l&rsquo;histoire, entre la machine et l&rsquo;\u00e2me. Et \u00e0 la fin, la machine \u00e9chouera. Spengler l&rsquo;a vu. Nous le voyons maintenant. Et la Russie, quelle qu&rsquo;elle soit, la comprend mieux que l&rsquo;Occident ne le comprendra jamais.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Constantin von Hoffmeister<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Spengler et l&rsquo;Ukraine &bull; De plus en plus se r\u00e9pand la perception que la guerre en Ukraine, \u00ab\u00a0c&rsquo;est bien plus que la guerre en Ukraine\u00ab\u00a0. &bull; Voici la vision du philosophe et historien Constantin von Hoffmeister (&laquo; Le conflit en Ukraine ne concerne pas l&rsquo;Ukraine&#8230; &raquo;), qui d\u00e9veloppe un argument qui n&rsquo;est pas nouveau en&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[2657,2954,2659,14391,14392,1296,2658],"class_list":["post-81486","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-constantin","tag-dreher","tag-hoffmeister","tag-primordialisme","tag-rob","tag-ukraine","tag-von"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81486","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81486"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81486\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81486"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81486"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81486"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}