{"id":81549,"date":"2025-05-02T17:06:23","date_gmt":"2025-05-02T17:06:23","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/05\/02\/alger-suez-et-retour-automne-1956\/"},"modified":"2025-05-02T17:06:23","modified_gmt":"2025-05-02T17:06:23","slug":"alger-suez-et-retour-automne-1956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/05\/02\/alger-suez-et-retour-automne-1956\/","title":{"rendered":"Alger-Suez et retour, automne 1956"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Alger-Suez et retour, automne 1956<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Un automne de fantaisie, lorsque la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie rencontre l&rsquo;Histoire. &bull; Septembre 1956 \u00e0 Alger, la \u00ab\u00a0Force H\u00a0\u00bb s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 cingler pour aller liquider Nasser et terminer victorieusement la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. &bull; Un regard sur l&rsquo;Histoire, 1956 et Suez : le tournant de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre et la reconqu\u00eate de l&rsquo;ind\u00e9pendance fran\u00e7aise. Ce texte compl\u00e8te l&rsquo;<em>Ouverture Libre<\/em> <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/trump-ferdinand-of-lesseps\">de ce jour<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Avec cette note de Le Carr\u00e9 sur Smiley \u00e9voquant ces \u00e9tranges rapports anglo-am\u00e9ricains, cette \u00e9trange soumission britannique \u00e0 la puissance am\u00e9ricaine, aussit\u00f4t je reviens \u00e0 ma jeunesse alg\u00e9rienne, en plein c&oelig;ur de la guerre qui allait nous emporter. Smiley me donne une occasion litt\u00e9raire de parler d&rsquo;un moment qui \u00e9chappe \u00e0 la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, tout en \u00e9tant lui-m\u00eame une guerre, &mdash; un moment de pur bonheur. D&rsquo;autre part, c&rsquo;est une occasion encore mieux identifi\u00e9e et doublement litt\u00e9raire, au jour (<strong><em>3 octobre 2004<\/em><\/strong>) o&ugrave; je commence ce chapitre. Je suis, dans mon travail, [plong\u00e9 dans] la traduction du livre de John Charmley, <em>Churchill&rsquo;s Grand Alliance<\/em>, o&ugrave; une grande part est faite, dans sa derni\u00e8re partie, \u00e0 l&rsquo;affaire de Suez ; en v\u00e9rit\u00e9, la vision britannique que restitue Charmley de cette crise, et, par cons\u00e9quent, le r\u00f4le attribu\u00e9 aux Fran\u00e7ais de ce point de vue, ont \u00e9t\u00e9 pour moi une r\u00e9v\u00e9lation par rapport au souvenir conserv\u00e9 de cette p\u00e9riode, et \u00e0 la connaissance plus historique que j&rsquo;en ai eue ensuite. [&hellip;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;automne de 1956, \u00e0 Alger. Depuis la nationalisation du Canal de Suez par Nasser, en juillet, l&rsquo;Alg\u00e9rie r\u00e9sonne des bruits de guerre, pour diverses raisons, mais directement, \u00ab\u00a0techniquement\u00a0\u00bb dirais-je, parce que de grandes unit\u00e9s stationn\u00e9es en Alg\u00e9rie, &mdash; les parachutistes, notamment, &mdash; participeraient \u00e0 une \u00e9ventuelle op\u00e9ration militaire comme unit\u00e9s d&rsquo;assaut. Commence une \u00e9trange saison de bonheur, de la sorte dont on ne peut comprendre l&rsquo;importance qu&rsquo;en l&rsquo;\u00e9valuant du point de vue psychologique. C&rsquo;est la saison de la &lsquo;Force H&rsquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qui aurait cru \u00e0 ce bonheur ? Alger \u00e9tait entr\u00e9 dans sa \u00ab\u00a0bataille\u00a0\u00bb (la \u00ab\u00a0bataille d&rsquo;Alger\u00a0\u00bb), la guerre avan\u00e7ait vers son paroxysme. Rien ne semblait pouvoir arr\u00eater l&rsquo;engrenage n\u00e9cessairement fatal. Nous nous enfermions dans nos horribles affrontements fratricides, &mdash; ou que nous croyions tel, mais l&rsquo;on nous d\u00e9mentirait promptement, dans peu de temps, car il apparut que nous n&rsquo;\u00e9tions pas des fr\u00e8res d\u00e9chir\u00e9s mais des \u00e9trangers d\u00e9sormais hostiles. Dans cet affrontement, nous avions un bouc \u00e9missaire, l&rsquo;\u00e2me damn\u00e9e des bandits qui mena\u00e7aient notre bonheur, un <em>diabolus ex machina<\/em> des conspirations infernales ; le sourire ricanant du colonel Ghamal Abdel Nasser, le pr\u00e9sident \u00e9gyptien, r\u00e9sumait pour nous toutes les menaces pesant sur un destin abandonn\u00e9 par la gr\u00e2ce ; nous le voyions comme l&rsquo;instigateur de notre malheur, l&rsquo;inspirateur de la r\u00e9bellion, le fournisseur des armes tra&icirc;tresses de la r\u00e9volution panarabe ; d\u00e9barrassez-nous de lui et tout ira bien, les nu\u00e9es se dissiperont, le soleil brillera au grand matin, pensions-nous. Mais tout cela est du mythe et si Nasser joua son r\u00f4le de boutefeu radiophonique, &mdash; quelle haine nous \u00e9prouvions contre <em>La Voix des Arabes<\/em> du Caire, &mdash; s&rsquo;il inspira les r\u00eaveries nationalistes et tiers-mondistes, s&rsquo;il \u00e9ructa la haine des opprim\u00e9s contre les coloniaux, c&rsquo;\u00e9tait plus pour inspirer les articles de fond de nos chroniqueurs. Les rebelles comptaient plus sur eux-m\u00eames que sur Le Caire. Les \u00ab\u00a0ministres\u00a0\u00bb du FLN ext\u00e9rieur, certes, trouvaient bien d\u00e9licieuse l&rsquo;atmosph\u00e8re des palaces d\u00e9cadents des anciennes colonies, et l&rsquo;&Eacute;gypte \u00e9tait un de leurs Capoue. Nous accusions un mythe d&rsquo;\u00eatre la source de tous nos maux historiques et retrouvions ainsi, par un habile d\u00e9tour du jugement, une \u00e9trange innocence qui semblait nous absoudre de tous nos p\u00e9ch\u00e9s, les r\u00e9els comme les suppos\u00e9s, comme les fabriqu\u00e9s, &mdash; le mythe d\u00e9passant l&rsquo;histoire en quelque sorte. Puis Nasser saisit le Canal : erreur fatale !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous s&ucirc;mes \u00e0 l&rsquo;instant de science ferme et assur\u00e9e que nous n&rsquo;en ferions qu&rsquo;une bouch\u00e9e. Les camions GMC des 2e et 3e R\u00e9giments de Parachutistes Coloniaux (RPC) de la 10e Division Parachutiste (DP) apparaissaient dans les rues d&rsquo;Alger repeints en beige sable, avec un \u00e9norme \u00ab\u00a0H\u00a0\u00bb peint en blanc sur les capots, signe indubitable de notre lib\u00e9ration prochaine. (Le nom de code donn\u00e9 \u00e0 la force fran\u00e7aise participant \u00e0 l&rsquo;attaque \u00e9tait \u00ab\u00a0Force H\u00a0\u00bb.) Le gouvernement fran\u00e7ais, ce rassemblement de p\u00e2les femmelettes et de faux-durs avec la cigarette au bec, du Mollet roublard et magouilleur \u00e0 un Pineau fr\u00eale de convictions diaphanes et d&rsquo;une \u00e9loquence criarde, se d\u00e9couvrait une \u00e2me de soldat du Christ partant en croisade. Il crut \u00e0 la divine surprise. Nous cr&ucirc;mes que notre malheur \u00e9tait \u00e0 son terme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi l&rsquo;Alg\u00e9rie s&rsquo;ouvrit-elle sur le monde ext\u00e9rieur. Il est difficile de restituer, par les seuls mots, l&rsquo;euphorie et l&rsquo;ivresse qui s&#8217;empar\u00e8rent de nous. Notre calcul \u00e9tait simple, je veux dire du c\u00f4t\u00e9 de la raison : le <em>diabolus ex machina<\/em> liquid\u00e9, il ne faisait aucun doute que la r\u00e9bellion s&rsquo;\u00e9tiolerait d&rsquo;elle-m\u00eame, comme une racine priv\u00e9e d&rsquo;eau, comme une fleur priv\u00e9e de racines ; aussi go&ucirc;tions-nous, avec les derniers mois de libert\u00e9 du dictateur panarabe et ricanant, les pr\u00e9misses d&rsquo;une paix nouvelle. Le diable n&rsquo;\u00e9tait donc pas en nous. Nous retrouvions l&rsquo;espoir d&rsquo;un peu de dignit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire, au fond de nous, l&rsquo;espoir que nous avions eu un jour quelque dignit\u00e9 et que nous la retrouvions. Un vent nouveau soufflait sur nous. Je me rappelle d\u00e9sormais (le <strong><em>5 octobre 2004<\/em><\/strong>) avec pr\u00e9cision le sentiment qui s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9 de nos \u00e2mes ; c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 la fois une rupture et une lib\u00e9ration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je m&rsquo;int\u00e9ressai, pour ce temps d\u00e9sormais, \u00e0 la politique. Il s&rsquo;\u00e9tait forg\u00e9 une alliance franco-britannique, \u00e0 laquelle allait se joindre Isra\u00ebl. Nul ne comprenait le jeu am\u00e9ricain. Tout cela \u00e9tait temporaire mais particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur. Pendant quelques mois, l'\u00a0\u00bbordre am\u00e9ricain\u00a0\u00bb \u00e9tait bris\u00e9. Le livre de Charmley, que j&rsquo;ai d\u00e9cortiqu\u00e9 avec la minutie qu&rsquo;on imagine, qui est celle du lecteur qui s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 se faire traducteur, qui tente d&rsquo;investir l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;\u00e9crivain, ses secr\u00e8tes pens\u00e9es, ses perceptions ultimes, m&rsquo;a permis de retrouver ces sentiments, de les cerner, de les pr\u00e9ciser, puis de renforcer jusqu&rsquo;aux plus minutieux d\u00e9tails le domaine de la politique de cet \u00e9pisode essentiel de la Guerre froide, avec les faits venant confirmer les sentiments. Ainsi suis-je renforc\u00e9 dans mon sentiment que la vraie Guerre froide, finalement, fut celle que se livr\u00e8rent l&rsquo;Am\u00e9rique et l&rsquo;Europe pour la capture de nos \u00e2mes, \u00e0 nous Europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>La prosp\u00e9rit\u00e9,<\/em> \u00e9crit Charmley parlant de l&rsquo;investissement de l&rsquo;Europe par l&rsquo;Am\u00e9rique, <em>nous amena \u00e9galement la colonisation culturelle am\u00e9ricaine<\/em>.&raquo; Nous avions \u00e9vit\u00e9 cette sorte de choix, d&rsquo;une fa\u00e7on radicale et caricaturale \u00e0 la fois, en \u00e9cartant r\u00e9solument l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y e&ucirc;t un choix. D\u00e9sormais, confront\u00e9s \u00e0 la crise de Suez, nous d\u00e9couvrions que le choix est in\u00e9vitable, qu&rsquo;il est la substance m\u00eame de la vie, le sang de notre corps, l&rsquo;\u00e9lan de l&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aussit\u00f4t, rangeant mes sentiments \u00e0 l&rsquo;aide des faits historiques, je juge que l&rsquo;ann\u00e9e 1956 est un Moment grandiose et tragique de l&rsquo;Histoire, c&rsquo;est-\u00e0-dire le Moment historique d&rsquo;un basculement nous emportant vers la rupture. En f\u00e9vrier, au XXIIe Congr\u00e8s, Krouchtchev d\u00e9voile au cours d&rsquo;une s\u00e9ance \u00e0 huis clos les crimes \u00e9pouvantables de Staline. (Nous l&rsquo;ignorions encore, certes, le discours du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCUS, Nikita Sergue\u00efevitch Krouchtchev, est gros de son v\u00e9ritable continuateur, Mikha\u00efl Sergue\u00efevitch Gorbatchev. Cet \u00e9v\u00e9nement [Krouchtchev et le XXII\u00e8me Congr\u00e8s] est, pour moi, annonciateur d&rsquo;autres [qui] laisseront des traces profondes dans mon existence.) A partir de cet \u00e9v\u00e9nement du XXIIe Congr\u00e8s, rapidement suivi de son exposition publique par des fuites calcul\u00e9es, notamment avec le relais de la CIA, un tremblement gigantesque bouleverse le monde communiste d\u00e9j\u00e0 \u00e9branl\u00e9 et d\u00e9boussol\u00e9 depuis la mort de Staline en mars 1953, et, bient\u00f4t, le monde tout court. Mais faisions-nous partie du monde, au sens historique normal?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est vrai qu&rsquo;en Alg\u00e9rie, \u00e0 cette \u00e9poque, j&rsquo;ignore en gros le \u00ab\u00a0congr\u00e8s de la d\u00e9stalinisation\u00a0\u00bb alors que le monde s&rsquo;en \u00e9meut. (Je m&rsquo;y int\u00e9resserai plus tard, lorsque les \u00e9v\u00e9nements et les circonstances m&rsquo;auront d\u00e9livr\u00e9 du carcan alg\u00e9rien.) Nous sommes isol\u00e9s dans notre drame dont nous ne cessons de croire qu&rsquo;il a des dimensions plus qu&rsquo;historiques, fait pour rester dans la m\u00e9moire des hommes \u00e0 jamais, pour supplanter l&rsquo;Histoire en ce sens. Le monde ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie et \u00e0 son drame n&rsquo;existe que pour repr\u00e9senter l&rsquo;hostilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale que notre parano\u00efa alimente sans cesse. La rupture est compl\u00e8te, l\u00e0 aussi, comme elle l&rsquo;est pour les suites du XXIIe Congr\u00e8s, repr\u00e9sent\u00e9es et ressenties de fa\u00e7on si diff\u00e9rente ici et l\u00e0, comme on le d\u00e9couvrira bien plus tard. Cette remarque me fait m&rsquo;interroger, cette interrogation d\u00e9bouche sur la r\u00e9flexion plus profonde que j&rsquo;offre au lecteur : l&rsquo;Alg\u00e9rie et notre conflit que je situe si compl\u00e8tement en dehors du temps historique, le sont-ils r\u00e9ellement apr\u00e8s tout ? Ce n&rsquo;est que plus tard, bien plus tard, en un sens ce n&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui (<strong><em>11 octobre 2004<\/em><\/strong>), que je d\u00e9couvre la subtile concordance, et m\u00eame la convergence, entre deux situations qui me paraissent si \u00e9trang\u00e8res, &mdash; et, ainsi, consid\u00e9rant notre crise en Alg\u00e9rie avec notre isolement moins s\u00e9par\u00e9e du monde qu&rsquo;elle ne semble au premier jugement, ou au jugement qui s&rsquo;arr\u00eate au superficiel. Il s&rsquo;agit pour l&rsquo;instant d&rsquo;une concordance, voire d&rsquo;une convergence th\u00e9orique, dans le cadre d&rsquo;une analyse g\u00e9n\u00e9rale qui s&rsquo;impose peu \u00e0 peu \u00e0 moi, li\u00e9e \u00e0 mon exp\u00e9rience autant qu&rsquo;\u00e0 mes intuitions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La crise de Suez sembla temporairement, mais d\u00e9cisivement peut-\u00eatre, nous l&rsquo;esp\u00e9rions, \u00e9loigner de nous le centre et le moteur de la crise. D&rsquo;acteurs contraints et soumis au caprice du jugement d&rsquo;une Histoire d\u00e9tourn\u00e9e, nous devenions spectateurs exp\u00e9riment\u00e9s et absous par les souffrances v\u00e9cues d&rsquo;une Histoire sanctifi\u00e9e. Nous prenions notre temps, pass\u00e9s en deuxi\u00e8me ligne et install\u00e9s dans une trompeuse f\u00e9licit\u00e9. Il faut dire que nos soldats, appr\u00eatant leurs bardas et fourbissant leurs fusils, surtout nos favoris les parachutistes, promenaient leurs certitudes carnassi\u00e8res de la victoire. Cette fois, nous allions en finir. Pour une fois jugions-nous, dans la longue crise qui nous opposait autant \u00e0 Paris et aux Fran\u00e7ais qu&rsquo;aux terroristes en train de devenir des r\u00e9sistants, pour une fois nous ressentions une certaine r\u00e9solution de notre gouvernement. La chose est confirm\u00e9e par Charmley, dans les tr\u00e8s rares remarques qu&rsquo;il consacre \u00e0 l&rsquo;attitude fran\u00e7aise: Paris ne fait que pousser \u00e0 la guerre, de toutes les fa\u00e7ons et dans toutes les circonstances; Paris veut frapper vite et fort; Paris arrange la coordination avec une attaque d&rsquo;Isra\u00ebl; Paris consid\u00e8re le recours \u00e0 l&rsquo;ONU comme tromperies et man&oelig;uvres dilatoires pour retarder l&rsquo;attaque; Paris promet \u00e0 Washington, du bout des l\u00e8vres, et ne compte rien tenir ; Paris s&rsquo;exasp\u00e8re des h\u00e9sitations britanniques (<em>disgusted<\/em>, \u00e9crit Charmley)&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici, il importe que je me d\u00e9barrasse des sentiments d&rsquo;alors, de ces jugements excessifs que l&rsquo;on se forme sur l&rsquo;instant et qui emprisonnent la pens\u00e9e si l&rsquo;on n&rsquo;y prend garde. Revenant encore \u00e0 ma vie actuelle, me rem\u00e9morant la [lecture du Charmley] dont j&rsquo;ai entam\u00e9 la traduction, je rapporte deux observations que j&rsquo;en ai d\u00e9gag\u00e9es. La premi\u00e8re revient au constat que cette \u00e9tude historique faite par un Britannique, orient\u00e9e de fa\u00e7on massive vers les rapports anglo-am\u00e9ricains, ne laisse que fort peu de place aux rapports franco-britanniques et \u00e0 la France elle-m\u00eame. Pour la crise de Suez o&ugrave; la France joue un r\u00f4le majeur, le cas est d&rsquo;autant plus frappant. On n&rsquo;en retient qu&rsquo;avec plus d&rsquo;acuit\u00e9 l&rsquo;orientation qu&rsquo;il en d\u00e9c\u00e8le chez les Fran\u00e7ais. Charmley en parle peu, il ne parle par cons\u00e9quent que des choses importantes dans l&rsquo;action des Fran\u00e7ais, des choses qui sont frappantes et retiennent l&rsquo;attention des autres acteurs, m\u00eame lorsqu&rsquo;on n&rsquo;est pas en pr\u00e9sence de celui qui suscite cette attention. La deuxi\u00e8me observation concerne par cons\u00e9quent le jugement g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;on peut se former sur le comportement des Fran\u00e7ais, \u00e0 partir du tri de l&rsquo;essentiel que nous propose involontairement l&rsquo;historien. Constamment, Charmley se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une position fran\u00e7aise dont il semble aller de soi qu&rsquo;elle est autonome, \u00e0 ce gouvernement fran\u00e7ais dont il para&icirc;t \u00e9vident qu&rsquo;il suit sa propre politique (que celle-ci soit sage ou pas concerne un autre d\u00e9bat, on le comprend) et qui la manifeste avec la plus extr\u00eame vigueur. Une autre remarque, pour compl\u00e9ter cette deuxi\u00e8me observation, est l&rsquo;absence compl\u00e8te, du c\u00f4t\u00e9 des Anglo-Saxons, et, particuli\u00e8rement, du c\u00f4t\u00e9 des Am\u00e9ricains, d&rsquo;espoir qu&rsquo;on puisse influer sur les Fran\u00e7ais pour qu&rsquo;ils changent cette fa\u00e7on de voir ind\u00e9pendante. Au contraire, dans les moments d\u00e9cisifs, l&rsquo;impression pr\u00e9vaut que les Britanniques sont l&rsquo;enjeu d&rsquo;une lutte d&rsquo;influence entre Am\u00e9ricains et Fran\u00e7ais, ce qui est accorder aux Fran\u00e7ais une influence consid\u00e9rable puisque per\u00e7ue comme pouvant \u00e9quilibrer, voire d\u00e9passer celle des Am\u00e9ricains. Ce jugement implicite ne se comprend que par le constat, \u00e9galement implicite parce qu&rsquo;inexprim\u00e9 ni m\u00eame formul\u00e9, que les Anglais et les Am\u00e9ricains avaient la perception constante, presque inconsciente ou, disons, comme allant de soi, d&rsquo;une forte affirmation autonome et ind\u00e9pendante de la part des Fran\u00e7ais ; ou bien, dirais-je encore, une affirmation \u00ab\u00a0plus forte qu&rsquo;eux\u00a0\u00bb, parce que c&rsquo;est la nature m\u00eame qui parle. Le myst\u00e8re est l\u00e0: pourquoi les Fran\u00e7ais ont-ils cette nature si ce n&rsquo;est parce que la France en est effectivement nimb\u00e9e? Pourquoi cette nature se manifeste-t-elle de fa\u00e7on si constante, jamais vaincue, jamais entam\u00e9e, jamais lasse, m\u00eame dans les moments historiques les plus notoirement indignes (celui de la IV\u00e8 R\u00e9publique proche de l&rsquo;effondrement)?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Charmley rapporte cet \u00e9pisode critique o&ugrave; les Isra\u00e9liens attaquent l&rsquo;&Eacute;gypte, le 29 octobre 1956 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Les Am\u00e9ricains furent totalement surpris par l&rsquo;invasion isra\u00e9lienne de l&rsquo;&Eacute;gypte. Ils avaient assum\u00e9 que la Jordanie \u00e9tait l&rsquo;objectif du renforcement militaire isra\u00e9lien que leur renseignement avait identifi\u00e9. D&rsquo;abord, Eisenhower ne put \u00ab\u00a0croire que l&rsquo;Angleterre s&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9e entra&icirc;ner dans ce truc\u00a0\u00bb et Dulles exprima la crainte que les Arabes imaginent que l&rsquo;Am\u00e9rique en avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement inform\u00e9e. Le 29 octobre, Eisenhower \u00e9tait encore si peu convaincu que les Britanniques \u00e9taient \u00ab\u00a0dans le coup\u00a0\u00bb qu&rsquo;il se demandait s&rsquo;il ne fallait pas les avertir que \u00ab\u00a0les Fran\u00e7ais nous ont tromp\u00e9s\u00a0\u00bb. Mais, contrairement \u00e0 son vieil ami MacMillan, Eisenhower avait correctement interpr\u00e9t\u00e9 la pens\u00e9e de son alli\u00e9. Il pensait que les Britanniques \u00ab\u00a0estim[ai]ent que nous finir[i]ons par aller avec eux\u00a0\u00bb mais il n&rsquo;avait pas l&rsquo;intention d&rsquo;agir de la sorte. Quels que soient les m\u00e9rites de la cause britannique, \u00ab\u00a0rien ne les justifie de nous doubler\u00a0\u00bb. L&rsquo;assistant au secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat Hoover parlait pour une majorit\u00e9 de dirigeants am\u00e9ricains lorsqu&rsquo;il affirmait que \u00ab\u00a0si nous nous \u00e9tions mis du c\u00f4t\u00e9 anglo-fran\u00e7ais nous aurions trouv\u00e9 l&rsquo;URSS align\u00e9e avec les Arabes et, en fait, avec toute l&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb. Dulles, qui affirmait qu'\u00a0\u00bbil y avait eu une bataille entre les Fran\u00e7ais et nous-m\u00eames pour attirer \u00e0 soi les Britanniques dans la situation de crise du Moyen-Orient et d&rsquo;Afrique du Nord\u00a0\u00bb, pensait que l&rsquo;Am\u00e9rique devait saisir \u00ab\u00a0sa chance \u00e0 bras le corps\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9rer\u00a0\u00bb les Britanniques&hellip;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip; Finalement, non, les Fran\u00e7ais l&#8217;emportent et, contre l&rsquo;espoir de Dulles, \u00ab\u00a0entra&icirc;nent\u00a0\u00bb les Britanniques dans l&rsquo;attaque&hellip; Allons donc ! Est-ce de la sorte qu&rsquo;on peut interpr\u00e9ter la crise \u00e0 cet instant crucial, selon la propre interpr\u00e9tation de Dulles: une partie de bras de fer entre Fran\u00e7ais et Am\u00e9ricains pour emporter la d\u00e9cision des faibles et h\u00e9sitants Britanniques, et que les Fran\u00e7ais l&#8217;emporteraient finalement? Pourtant, ce sch\u00e9ma g\u00e9n\u00e9ral des Fran\u00e7ais tenant une position d&rsquo;influence fondamentale semble bien \u00eatre celui que favorisent les duettistes Ike-Dulles, qui conduisent la plus grande puissance du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>N&rsquo;est-ce qu&rsquo;un incident ou une mauvaise interpr\u00e9tation passag\u00e8re du comportement des Fran\u00e7ais? Le reste ne nous pousse pas \u00e0 accepter cette vue restrictive et accidentelle. D&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, les Fran\u00e7ais tels que les d\u00e9crit Charmley se montr\u00e8rent beaucoup plus avis\u00e9s dans leur comportement, et certainement beaucoup plus r\u00e9alistes, d&rsquo;un r\u00e9alisme d&rsquo;une puissance qui assume ses responsabilit\u00e9s et prend les pr\u00e9cautions que lui sugg\u00e8re sa vision ind\u00e9pendante de la crise. Les Fran\u00e7ais avaient agi en ne s&rsquo;aveuglant pas sur le comportement des Am\u00e9ricains, et pour ne pas se trouver \u00e0 merci en cas d&rsquo;\u00e9chec. Ils ne commirent pas l&rsquo;erreur fatale que commirent les Britanniques, qui conduisit ces m\u00eames Britanniques \u00e0 se trouver rapidement \u00e0 la merci des Am\u00e9ricains une fois que les Anglo-Fran\u00e7ais eurent d&ucirc; c\u00e9der sur le terrain. Les Fran\u00e7ais m\u00e9nageaient l&rsquo;avenir, les Britanniques se soumettaient par avance, par na\u00efvet\u00e9 sentimentale et par fatalisme m\u00eal\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Confiant dans l&rsquo;acquiescement au moins tacite des Am\u00e9ricains et attentif \u00e0 ne pas d\u00e9couvrir l&rsquo;\u00e9tendue de la \u00ab\u00a0collusion\u00a0\u00bb<\/em> [alliance secr\u00e8te des Franco-Anglais avec les Isra\u00e9liens pour une intervention coordonn\u00e9e, r\u00e9alis\u00e9e au d\u00e9part entre Fran\u00e7ais et Isra\u00e9liens], <em>il<\/em> [MacMillan] <em>n&rsquo;avait pris aucune pr\u00e9caution \u00e9conomique avant l&rsquo;action militaire. L\u00e0 o&ugrave; les Fran\u00e7ais avaient obtenu une avance du FMI avant les op\u00e9rations, MacMillan n&rsquo;avait rien fait. Devant le cabinet<\/em> [le 12 novembre], <em>il avertit que \u00ab\u00a0nos r\u00e9serves en or et en dollars continuent \u00e0 diminuer \u00e0 un rythme pr\u00e9occupant\u00a0\u00bb et que, \u00ab\u00a0dans la mesure o&ugrave; nous devrons solliciter une aide \u00e9conomique am\u00e9ricaine, nous devrons \u00e9viter de nous ali\u00e9ner le gouvernement am\u00e9ricain plus qu&rsquo;il n&rsquo;est n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb. En ne prenant aucune pr\u00e9caution, MacMillan laissait l&rsquo;Angleterre compl\u00e8tement vuln\u00e9rable non seulement \u00e0 la baisse de la livre, mais aussi aux pressions am\u00e9ricaines via le FMI&#8230;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jusqu&rsquo;au bout, au c&oelig;ur de cette crise o&ugrave; ces puissances moyennes se trouvaient soumises aux pressions mena\u00e7antes des deux \u00ab\u00a0super-puissances\u00a0\u00bb, et principalement de la \u00ab\u00a0super-puissance\u00a0\u00bb amie, les Fran\u00e7ais tinrent ce m\u00eame r\u00f4le d&rsquo;acteur r\u00e9solu qui assume ses responsabilit\u00e9s, &mdash; en un mot, toujours le m\u00eame, d&rsquo;acteur autonome et ind\u00e9pendant :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>D&rsquo;autre part, les Fran\u00e7ais insistaient, malgr\u00e9 leurs propres doutes, pour lancer imm\u00e9diatement l&rsquo;op\u00e9ration de d\u00e9barquement a\u00e9roport\u00e9e et l&rsquo;acceptation de l&rsquo;UNEF<\/em> [la force de la paix des Nations-Unies en &Eacute;gypte, dont la formation venait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9cid\u00e9e par un vote de l&rsquo;Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ONU] <em>aurait hypoth\u00e9qu\u00e9 cette op\u00e9ration. Il y eut une r\u00e9union houleuse du cabinet le 4 novembre. Eden avait d\u00e9cid\u00e9 que les op\u00e9rations seraient acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es, comme les Fran\u00e7ais le d\u00e9siraient, mais des rumeurs de cessez-le-feu isra\u00e9lien provoqu\u00e8rent une r\u00e9volte chez certains ministres&hellip;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9cid\u00e9ment, ce qui impressionne le plus dans ces constats est bien que Charmley ne parle gu\u00e8re des Fran\u00e7ais ; il n&rsquo;en \u00e9prouve pas le besoin. Les Fran\u00e7ais n&rsquo;ont pas leur place dans le r\u00e9cit parce que l&rsquo;agencement des \u00e9v\u00e9nements et le point de vue (britannique) de l&rsquo;auteur conduisent \u00e0 cette combinaison dont les Fran\u00e7ais ne sont jamais un rouage essentiel. Ils apparaissent accessoirement, pourtant cet accessoire s&rsquo;inscrit dans la manifestation d&rsquo;une substance aussi dure que le marbre&hellip; L&rsquo;exceptionnalit\u00e9 fran\u00e7aise sourd m\u00eame de l&rsquo;accessoire, malgr\u00e9 la m\u00e9diocrit\u00e9 de ceux qui la servent, pipe au bec et gouailleurs. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9chappe \u00e0 la raison m\u00eame s&rsquo;il en use dans la mesure de ses besoins.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s la crise de Suez, on \u00e9pilogua beaucoup. Un expert fran\u00e7ais, devenu plus tard homme politique et des plus habiles, expert dans l&rsquo;art de d\u00e9guiser des positions conformistes sous le vernis d&rsquo;une ind\u00e9pendance fabriqu\u00e9e du langage, choisit, alors qu&rsquo;il \u00e9tait encore \u00e9tudiant et relativement innocent, comme sujet de la th\u00e8se qui couronnait ses \u00e9tudes de science politique de s&rsquo;attacher aux le\u00e7ons de la crise de Suez. Il s&rsquo;agit de Pierre Lellouche. Il disait pour conclure (je cite en substance, d&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;on m&rsquo;en rapporta) que \u00ab\u00a0le Royaume-Uni avait tir\u00e9 comme le\u00e7on de cette crise qu&rsquo;il ferait en sorte de ne plus jamais se trouver, dans une crise internationale, dans une position antagoniste de celle des Etats-Unis, tandis que les Fran\u00e7ais tir\u00e8rent la le\u00e7on qu&rsquo;ils feraient en sorte que jamais plus, dans une crise internationale, ils ne se trouveraient en position de d\u00e9pendance des Etats-Unis\u00a0\u00bb. Cela peut para&icirc;tre s\u00e9duisant parce que la conclusion rencontre une r\u00e9alit\u00e9; \u00e0 part que, en fait, personne n&rsquo;a rien d\u00e9cid\u00e9 du tout, que les Britanniques capitul\u00e8rent sous la f\u00e9rule d&rsquo;un MacMillan valet des Am\u00e9ricains, apr\u00e8s que ce dernier e&ucirc;t contribu\u00e9 assez naturellement \u00e0 \u00e9carter un Eden malade<\/p>\n<\/p>\n<p><p>, le seul Britannique \u00e0 avoir montr\u00e9 des vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;ind\u00e9pendance d&rsquo;esprit; que les Fran\u00e7ais suivirent leur pente naturelle qui est de ne pas <strong>savoir<\/strong> (je p\u00e8se ce mot : c&rsquo;est celui qui convient) se soumettre, d&rsquo;\u00eatre, en une sorte de comportement qui est compl\u00e8tement paradoxal, \u00ab\u00a0prisonniers\u00a0\u00bb de l&rsquo;incapacit\u00e9 de la race d&rsquo;\u00eatre autre chose qu&rsquo;ind\u00e9pendante. Les Fran\u00e7ais ne <strong>savent<\/strong> pas se soumettre: au pire, ils capitulent (P\u00e9tain, Vichy apr\u00e8s Verdun), s&rsquo;interdisant de se tromper eux-m\u00eames comme les Britanniques savent se tromper eux-m\u00eames. Il \u00e9tait normal que les Fran\u00e7ais, apr\u00e8s Suez, d\u00e9veloppassent l&rsquo;arme nucl\u00e9aire dans l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;en faire l&rsquo;instrument modernis\u00e9 de leur ind\u00e9pendance; mais ils la d\u00e9veloppaient d\u00e9j\u00e0 (depuis Mend\u00e9s-France, et d&rsquo;ailleurs les pr\u00e9misses allant jusqu&rsquo;en 1939-40) comme si cela allait de soi. Apr\u00e8s Suez et gr\u00e2ce \u00e0 Suez se posa en termes strat\u00e9giques pr\u00e9cis la question de l&rsquo;utilit\u00e9 politique de cette arme. On abandonna rapidement, avec de Gaulle, le projet farfelu de tenter d&rsquo;en faire une arme commune franco-allemande (une \u00ab\u00a0arme europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, rien que cela), pour la ramener \u00e0 la substance m\u00eame des choses: elle serait l&rsquo;arme de l&rsquo;ind\u00e9pendance. De Gaulle irait jusqu&rsquo;\u00e0 refuser, dans des conversations de 1960, l&rsquo;offre amicale et peut-\u00eatre m\u00eame d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e de Eisenhower d&rsquo;une aide technique, pour garder cette perception de soi d&rsquo;avoir agi de fa\u00e7on compl\u00e8tement, int\u00e9gralement ind\u00e9pendante. Encore une fois, les \u00e9v\u00e9nements avaient d\u00e9cid\u00e9 pour la France, la substance de la France avait d\u00e9pass\u00e9 les analyses \u00ab\u00a0de conjoncture\u00a0\u00bb comme disent les \u00e9conomistes. A partir de l\u00e0, Britanniques et Fran\u00e7ais furent confirm\u00e9s dans des voies d\u00e9cid\u00e9ment divergentes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;ann\u00e9e 1956 avait \u00e9t\u00e9 si importante pour l&rsquo;Histoire. Pour nous, revenus \u00e0 nos errances alg\u00e9riennes, elle se termina dans l&rsquo;amertume. Je me rappelle le retour de la \u00ab\u00a0Force H\u00a0\u00bb, victorieuse de Nasser mais battue par le soi-disant \u00ab\u00a0sens de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, le d\u00e9barquement dans le port d&rsquo;Alger des camions peints en beige sable, en novembre et d\u00e9cembre 1956. Le spectacle \u00e9tait piteux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;attache aux \u00e9v\u00e9nements de la crise de Suez, je le constatai plus tard et jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant, une image compl\u00e8tement d\u00e9favorable jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre irr\u00e9m\u00e9diablement catastrophique, une sorte de perception d&rsquo;un \u00e9pisode absolument honteux, comme une maladie inacceptable \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre honteuse. Du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, des consid\u00e9rations tactiques l&#8217;emport\u00e8rent constamment dans le jugement qu&rsquo;on en eut, pour discr\u00e9diter et condamner une action qui avait \u00e9chou\u00e9. Suez n&rsquo;avait r\u00e9solu en rien la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie et l&rsquo;avait au contraire aggrav\u00e9e alors qu&rsquo;on attendait qu&rsquo;elle f&ucirc;t d\u00e9cisive en la terminant par la liquidation du <em>diabolus ex machina<\/em>, le colonel Nasser. Cette tentative ultime de r\u00e9soudre le conflit alg\u00e9rien &lsquo;par le haut&rsquo; nous enfermait dans un calvaire qui contenait le germe d&rsquo;une guerre civile. La guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie portait d\u00e9sormais avec elle, du point de vue fran\u00e7ais, une image si catastrophique qu&rsquo;on ne put que la ha\u00efr de plus en plus. La crise de Suez fut d\u00e9finitivement enferm\u00e9e dans cette vision ingrate et fausse de g\u00e9nitrice en partie de ce prolongement catastrophique. Les gaullistes ne furent pas tendres pour cette crise, ou bien ils l&rsquo;ignor\u00e8rent ; dans tous les cas ils n&rsquo;insist\u00e8rent jamais pour l&rsquo;interpr\u00e9ter plus favorablement, ce qui aurait d&ucirc; \u00eatre le cas s&rsquo;ils l&rsquo;avaient appr\u00e9ci\u00e9e dans la perspective historique qui convient. Mais on comprend leur r\u00e9ticence. Tout jugement favorable \u00e0 cet \u00e9gard eut conduit \u00e0 consid\u00e9rer favorablement un gouvernement repr\u00e9sentant le pire qu&rsquo;un gaulliste pouvait imaginer en fait de gouvernement de la IVe R\u00e9publique (Mollet, Pineau et toute la clique, m\u00eame pas un Mend\u00e8s-France pour rehausser le tableau), &mdash; donc un jugement favorable \u00e0 la IVe elle-m\u00eame. Il n&rsquo;en \u00e9tait pas question.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;attaque de Suez s&rsquo;appuyait par ailleurs sur une politique fran\u00e7aise qu&rsquo;on jugeait compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1960, qui \u00e9tait l&rsquo;alliance avec Isra\u00ebl. Charmley nous sugg\u00e8re au contraire, d&rsquo;une fa\u00e7on convaincante pour mon compte, que ce ne fut pas un facteur d&rsquo;influence essentiel du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais. Dans cette crise, les Isra\u00e9liens suivirent plut\u00f4t, pour ce qui est de la psychologie de la crise, la ligne britannique qui tenait compte essentiellement de la position am\u00e9ricaine. Suez, pour ces deux parties, l&rsquo;isra\u00e9lienne et la britannique, est un \u00e9pisode fondamental des relations transatlantiques ; pour les Fran\u00e7ais, cette crise fait partie de la guerre civile poursuivie depuis la Lib\u00e9ration autour de la question du gaullisme, de la l\u00e9gitimit\u00e9 du r\u00e9gime de la IV\u00e8me R\u00e9publique exprim\u00e9e par le fardeau des guerres coloniales et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Devant cette m\u00e9connaissance fran\u00e7aise de l&rsquo;aspect essentiel de cette crise, y compris de la part des gaullistes aveugl\u00e9s par la tactique politicienne, c&rsquo;est l&rsquo;interpr\u00e9tation britannique telle que Charmley la d\u00e9veloppe qui m&rsquo;int\u00e9resse. Elle seule met en \u00e9vidence, par contraste avec le comportement de l&rsquo;\u00e9quipe Eden-MacMillan, la signification du comportement fran\u00e7ais dans les le\u00e7ons qu&rsquo;on doit tirer sur l&rsquo;importance essentielle une fois de plus d\u00e9montr\u00e9e du fait de la souverainet\u00e9 nationale et de sa l\u00e9gitimit\u00e9 fondant une politique naturellement ind\u00e9pendante et potentiellement transcendantale. C&rsquo;est cette perception historique de la crise qui doit \u00eatre conserv\u00e9e, montrant que la souverainet\u00e9, d\u00e8s lors qu&rsquo;elle existe aussi fortement que dans le cas fran\u00e7ais, influe sur les politiques m\u00eame des plus m\u00e9diocres. (L&rsquo;enseignement retrouve notre \u00e9poque : peut-on trouver plus m\u00e9diocre que le gros du personnel politique fran\u00e7ais en 2002-2004 ? Pourtant, il soutient et poursuit une politique qui a la force et la dignit\u00e9 de cette conscience de la souverainet\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour autant, les Britanniques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (<strong><em>18 octobre 2004<\/em><\/strong>), compl\u00e8tement plong\u00e9s dans les cons\u00e9quences de la pr\u00e9sence d&rsquo;un cas pathologique extr\u00eame de confusion d\u00e9cadente (Tony Blair) \u00e0 la t\u00eate de leur gouvernement, ont perdu, s&rsquo;ils l&rsquo;ont jamais eu pour la majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux, cet enseignement qui sourd si clairement de l&rsquo;interpr\u00e9tation historique qu&rsquo;en donne Charmley. L&rsquo;ancien ministre travailliste des affaires \u00e9trang\u00e8res Robin Cook, d\u00e9missionnaire du gouvernement Blair en mars 2003 \u00e0 cause de la guerre contre l&rsquo;Irak et l&rsquo;alignement pathologique, &mdash; je tiens \u00e0 cet \u00e9pith\u00e8te, &mdash; de Blair sur GW Bush et les Am\u00e9ricains, fait le 15 octobre 2004 ce commentaire dans <em>The Guardian<\/em> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Le dilemme politique de Downing Street r\u00e9side dans sa volont\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de voir la nation tourner la page sur la controverse entourant les origines de la guerre <\/em>[en Irak]<em>, tout en \u00e9tant d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 \u00e9viter que quiconque en porte la responsabilit\u00e9. Pourtant, il est impossible d&rsquo;imaginer comment le gouvernement pourrait tourner la page sur la plus grande erreur depuis Suez sans d&rsquo;abord parvenir \u00e0 une catharsis qui attribue les responsabilit\u00e9s et r\u00e9partit les bl\u00e2mes.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Irak-2004 peut \u00eatre jug\u00e9 <em>stricto sensu<\/em> comme \u00ab\u00a0<em>the biggest blunder since Suez<\/em>\u00ab\u00a0, ce qui conduit \u00e0 \u00e9tablir une \u00e9quivalence compl\u00e8te entre Eden-1956 et Blair-2004. Techniquement, on comprend l&rsquo;\u00e9quivalence ; on comprend aussit\u00f4t, \u00e9galement, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, combien c&rsquo;est de la courte vue. Face \u00e0 la puissance destructrice de l&rsquo;Am\u00e9rique, aussi manifeste en 1956 qu&rsquo;en 2004 m\u00eame si ce fut sous une forme diff\u00e9rente, Eden est la compl\u00e8te antith\u00e8se de Blair, et la pathologie n&rsquo;est pas du c\u00f4t\u00e9 qu&rsquo;on croit si l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 la seule apparence \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb du mauvais \u00e9tat de sant\u00e9 de Eden. Dans cette occurrence, l&rsquo;homme sain, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;homme historiquement estimable et m\u00eame admirable par certains c\u00f4t\u00e9s, donc l&rsquo;homme tragique et nietzsch\u00e9en, c&rsquo;est Anthony Eden, &mdash; et le malade, le publiciste, le menteur pathologique, le \u00ab\u00a0dernier homme\u00a0\u00bb nietzsch\u00e9en qui sacrifie son destin historique \u00e0 l&rsquo;apparence du monde pharisien, c&rsquo;est Tony Blair le faux croyant. (En d&rsquo;autres occasions et autres crises, Tony Blair est moins m\u00e9prisable jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre estimable ; c&rsquo;est pourquoi la partie 2001-2005 de ses liens avec les Am\u00e9ricains est un contraste d&rsquo;un radicalisme si extr\u00eame, que l&#8217;emploi de l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te \u00ab\u00a0pathologique\u00a0\u00bb doit \u00eatre confirm\u00e9 et amplifi\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quant \u00e0 la question de la souverainet\u00e9 qui m&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 ce point avec la politique d&rsquo;ind\u00e9pendance qui en d\u00e9coule, c&rsquo;est-\u00e0-dire une politique digne et historiquement saine qui ouvre une perspective transcendantale, le lecteur comprend aussit\u00f4t o&ugrave; je le place. Eden est l&rsquo;homme digne abandonn\u00e9 de ses pairs dans une politique d&rsquo;abandon et de capitulation, ce qu&rsquo;on nommerait aujourd&rsquo;hui avec notre go&ucirc;t des images simplistes et path\u00e9tiques de grossi\u00e8ret\u00e9 un \u00ab\u00a0Munich transatlantique\u00a0\u00bb, o&ugrave; MacMillan tient ferme le r\u00f4le d&rsquo;un Chamberlain tortueux et florentin (l\u00e0 aussi c&rsquo;est pi\u00e8tre justice de ma part, mais je sacrifie \u00e0 la logique de l&rsquo;image simpliste : Chamberlain est sans le moindre doute possible plus digne et plus avis\u00e9 que ne fut MacMillan vingt ans plus tard) ; alors qu&rsquo;en 2004, Blair est un malade postmoderne \u00e0 l&rsquo;esprit d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 et au jugement pervers, qui s&rsquo;est isol\u00e9 du reste, de ses pairs notamment, parce qu&rsquo;il porte une contagion et que sa solitude politique est une camisole impos\u00e9e par son comportement. L&rsquo;un a mesur\u00e9 la perversit\u00e9 du comportement am\u00e9ricain, l&rsquo;autre s&rsquo;y \u00e9broue avec d\u00e9lice ; l&rsquo;un est lucide et cela le conduira \u00e0 sa trahison, l&rsquo;autre est un illusionniste qui veut pousser le jeu jusqu&rsquo;au bout alors que les spectateurs ne marchent plus, pour conserver le pouvoir et son ivresse jusqu&rsquo;\u00e0 la corde. Blair est bien plus MacMillan que Eden, simplement un MacMillan qui pourrait bien \u00e9chouer sur le terme parce que les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont plus le sens de la puissance pateline qu&rsquo;avait encore la doublette Eisenhower-Dulles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi est-ce \u00e0 une autre lumi\u00e8re que je rappelle cette fin d&rsquo;\u00e9pisode, d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e plus haut. A la fin novembre et en d\u00e9cembre 1956, les unit\u00e9s de la \u00ab\u00a0Force H\u00a0\u00bb regagn\u00e8rent l&rsquo;Alg\u00e9rie. Nous rev&icirc;mes dans les rues d&rsquo;Alger les GMC peints en couleur sable des r\u00e9giments parachutistes retour de Suez. La guerre reprenait ses quartiers d&rsquo;hiver apr\u00e8s avoir cru, au grand soleil \u00e9gyptien, qu&rsquo;elle parviendrait \u00e0 renverser son destin. L&rsquo;intendance commen\u00e7ait \u00e0 recouvrir la couleur sable du vert olive sombre traditionnel des maquis des Aur\u00e8s. La guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie entrait dans son hiver le plus long. Seules les illusions nous faisaient croire encore au soleil et \u00e0 la lumi\u00e8re. Mon c&oelig;ur d&rsquo;adolescent se serrait sans rien conna&icirc;tre de la cause d&rsquo;une telle \u00e9motion n\u00e9gative. <em>Mektoub<\/em>, disent les Arabes, c&rsquo;est-\u00e0-dire les musulmans ; ils ne croient pas si bien dire dans cette occurrence, et pour nous, et pour eux \u00e9galement.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Philippe Grasset<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alger-Suez et retour, automne 1956 &bull; Un automne de fantaisie, lorsque la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie rencontre l&rsquo;Histoire. &bull; Septembre 1956 \u00e0 Alger, la \u00ab\u00a0Force H\u00a0\u00bb s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 cingler pour aller liquider Nasser et terminer victorieusement la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. &bull; Un regard sur l&rsquo;Histoire, 1956 et Suez : le tournant de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre et la reconqu\u00eate de l&rsquo;ind\u00e9pendance&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[2734,2743,2651,2745,2736,2744,2747,2737,2742,2746],"class_list":["post-81549","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-charmley","tag-dehors","tag-du","tag-dulles","tag-eden","tag-eisenhower","tag-francaise","tag-macmillan","tag-memoires","tag-souverainete"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81549","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81549"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81549\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}