{"id":81558,"date":"2025-05-09T09:14:47","date_gmt":"2025-05-09T09:14:47","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/05\/09\/quand-victor-hugo-entrevoit-lhorreur-architecturale\/"},"modified":"2025-05-09T09:14:47","modified_gmt":"2025-05-09T09:14:47","slug":"quand-victor-hugo-entrevoit-lhorreur-architecturale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/05\/09\/quand-victor-hugo-entrevoit-lhorreur-architecturale\/","title":{"rendered":"Quand Victor Hugo entrevoit l&rsquo;horreur architecturale"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Quand Victor Hugo entrevoit l&rsquo;horreur architecturale<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;horreur architecturale s&rsquo;est reproduite partout sur notre pauvre terre, la recouvrant de tours de Babel. Plus aucune ville n&rsquo;est reconnaissable, toutes se flattant de reproduire le squelette du business cosmopolite. On attend que Tom Cruise en fasse l&rsquo;escalade dans ses missions pas possibles, et puis on est content \u00e0 Duba\u00ef ou \u00e0 Shanghai pendant qu&rsquo;au pied du d\u00e9bris min\u00e9ral se serrent les cohortes des fourmis motoris\u00e9es qui r\u00eavent de retrouver leur t\u00e9l\u00e9 ou leur caisse de supermarch\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En relisant Notre-Dame de Paris je me suis toutefois consol\u00e9 : la catastrophe avait eu lieu bien avant Manhattan ! On se souvient que Hugo se lance dans une de ses digressions philosophiques dont il a le secret, et qui nous ouvre un pan de pens\u00e9e sur l&rsquo;infini. Dans le chapitre Deux du livre Cinqui\u00e8me il explique que l&rsquo;architecture \u00e9tait jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du moyen \u00e2ge le grand livre de l&rsquo;humanit\u00e9. Et que c&rsquo;est pour cela aussi que l&rsquo;on construisit autant d&rsquo;\u00e9glises au moyen \u00e2ge : elles \u00e9taient des lieux d&rsquo;expression, voire de contestation !<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La pens\u00e9e alors n&rsquo;\u00e9tait libre que de cette fa\u00e7on, aussi ne s&rsquo;\u00e9crivait-elle tout enti\u00e8re que sur ces livres qu&rsquo;on appelait \u00e9difices&hellip;.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Aussi n&rsquo;ayant que cette voie, la ma\u00e7onnerie, pour se faire jour, elle s&rsquo;y pr\u00e9cipitait de toutes parts. De l\u00e0 l&rsquo;immense quantit\u00e9 de cath\u00e9drales qui ont couvert l&rsquo;Europe, nombre si prodigieux qu&rsquo;on y croit \u00e0 peine, m\u00eame apr\u00e8s l&rsquo;avoir v\u00e9rifi\u00e9&hellip;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>De cette mani\u00e8re, sous pr\u00e9texte de b\u00e2tir des \u00e9glises \u00e0 Dieu, l&rsquo;art se d\u00e9veloppait dans des proportions magnifiques. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il est vrai que l&rsquo;on peut passer des heures dans une \u00e9glise m\u00e9di\u00e9vale, dans une cath\u00e9drale, m\u00eame s&rsquo;il faut se munir des guides savants ou des livres d&rsquo;alchimie&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais vient l&rsquo;imprimerie. Et c&rsquo;est le chant du signe, si j&rsquo;ose dire. Et ici Hugo que l&rsquo;on pr\u00e9sente toujours comme le grand progressiste de service se fait le pessimiste, comme tant d&rsquo;\u00e9crivains catholiques de haute \u00e9poque (Bloy, Bonald, Bernanos&hellip;). On est en 1830, avant le verbiage humanitaire. Mais savourez ces tours et pensez \u00e0 nos ch\u00e2teaux Louis XIII-Louis XIV etc. si tristes finalement :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; Aussi voyez comme \u00e0 partir de la d\u00e9couverte de l&rsquo;imprimerie l&rsquo;architecture se dess\u00e8che peu \u00e0 peu, s&rsquo;atrophie et se d\u00e9nude. Comme on sent que l&rsquo;eau baisse, que la s\u00e8ve s&rsquo;en va, que la pens\u00e9e des temps et des peuples se retire d&rsquo;elle !<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La fin du moyen \u00e2ge suppose ici pour Hugo une fin du g\u00e9nie national et un d\u00e9but de la mondialisation de l&rsquo;horreur architecturale. C&rsquo;est le retour au pr\u00e9jug\u00e9 classique, comme disait Gu\u00e9non, celui de l&#8217;empire niveleur romain ou alexandrin. Ici il rejoint Burckhardt, Schuon et m\u00eame Spengler qui tape si fort sur la renaissance.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Mais, d\u00e8s le seizi\u00e8me si\u00e8cle, la maladie de l&rsquo;architecture est visible ; elle n&rsquo;exprime d\u00e9j\u00e0 plus essentiellement la soci\u00e9t\u00e9 ; elle se fait mis\u00e9rablement art classique ; de gauloise, d&rsquo;europ\u00e9enne, d&rsquo;indig\u00e8ne, elle devient grecque et romaine, de vraie et de moderne, pseudo-antique. C&rsquo;est cette d\u00e9cadence qu&rsquo;on appelle renaissance<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Oubli\u00e9 le g\u00e9nie du moyen \u00e2ge. Et le jeune auteur des g\u00e9niales Orientales va encore plus loin :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>L&rsquo;architecture se d\u00e9pouille, elle s&rsquo;effeuille, elle maigrit \u00e0 vue d&rsquo;&oelig;il. Elle est mesquine, elle est pauvre, elle est nulle&hellip; Elle appelle des man&oelig;uvres \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;artistes. La vitre remplace le vitrail. Adieu toute s\u00e8ve, toute originalit\u00e9, toute vie, toute intelligence<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le g\u00e9nie national et m\u00e9di\u00e9val disparu (Hugo pr\u00e9f\u00e8re le gothique au roman, \u00e0 la fois pour des raisons politiques et esth\u00e9tiques), il ne reste \u00e0 l&rsquo;artiste qu&rsquo;\u00e0 constater la mont\u00e9e de la g\u00e9om\u00e9trie qui enchantait les Grecs (Nerval d\u00e9noncera notre pr\u00e9jug\u00e9 classique et notre oubli celtique).<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>&Agrave; partir de Fran\u00e7ois II, la forme architecturale de l&rsquo;\u00e9difice s&rsquo;efface de plus en plus et laisse saillir la forme g\u00e9om\u00e9trique, comme la charpente osseuse d&rsquo;un malade amaigri. Les belles lignes de l&rsquo;art font place aux froides et inexorables lignes du g\u00e9om\u00e8tre. Un \u00e9difice n&rsquo;est plus un \u00e9difice, c&rsquo;est un poly\u00e8dre. L&rsquo;architecture cependant se tourmente pour cacher cette nudit\u00e9<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La transformation de l&rsquo;\u00e9difice en poly\u00e8dre, c&rsquo;est aussi &ndash; et le pauvre Hugo n&rsquo;est pas l\u00e0 pour le voir &ndash; la transformation de l&rsquo;Europe en bric-\u00e0-brac d&rsquo;infrastructures et r\u00e8glements, et aussi la transformation progressive de la France en hexagone. Le squelette math\u00e9matique p\u00e9trifie le monde depuis les ing\u00e9nieurs de la Renaissance et l&rsquo;horreur de leur architecture. Et le peuple des cit\u00e9s ou des condominiums a remplac\u00e9 celui des b\u00e2tisseurs de cath\u00e9drales. On comprend l&rsquo;hommage romantique au Moyen Age.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"https:\/\/www.bibebook.com\/files\/ebook\/libre\/V2\/hugo_victor_-_notre-dame_de_paris.pdf\" target=\"_blank\">Cliquer pour acc\u00e9der \u00e0 hugo_victor_-_notre-dame_de_paris.pdf<\/a><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand Victor Hugo entrevoit l&rsquo;horreur architecturale L&rsquo;horreur architecturale s&rsquo;est reproduite partout sur notre pauvre terre, la recouvrant de tours de Babel. Plus aucune ville n&rsquo;est reconnaissable, toutes se flattant de reproduire le squelette du business cosmopolite. 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